‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 29 sur 97 · CHAP. XII. — LE JOUR DE LA RÉSURRECTION · texte numérisé non relu

CHAP. XII. — LE JOUR DE LA RÉSURRECTION

l'argent, et allèrent répéter leur leçon. Aujourd'huî encore, les Juifs redisent la version répandue par les soldats *. » Mais, dit saint Augustin, si les gardes dormaient, comment ont-ils pu voir les disciples enlever le corps de Jésus? S'ils ne dormaient pas, comblent n'ont-ils pas empêché le rapt? Les Juifs n'ont jamais répondu

ce dilemme, dont le rationalisme de notre époque cherche également la solution, sans plus de succès.

2. Les disciples du Sauveur ignoraient encore l'événement. Loin Ticm de l'avoir préparé, par une indigne supercherie, ils refuseront tombwu. longtemps d'en admettre la réalité. La première conquête de Jésus ressuscité devra être le cœur de ses apôtres. « Marie-Magdeleine, continue l'Évangile, se rendit la première au tombeau. Arrivée au sépulcre, avant que les ténèbres fussent dissipées, elle remarqua que (a pierre en avait été écartée. Courant alors au Cénacle, où étaient Simon Pierre et l'autre disciple que Jésus aimait, elle leur dit : On a enlevé le Seigneur du sépulcre, et je ne sais où on l'a mis! — Pierre s'élança aussitôt, suivi de l'autre disciple. Us coururent au Calvaire. Mais Jean (plus jeune et plus agile) arriva le premier. Il se pencha pour regarder dans l'intérieur du monument; il vit les linges posés h terre , mais n'entra point. Pierre , qui le suivait, arriva bientôt. Il pénétra dans l'intérieur du sépulcre, il "vit \eô bandelettes posées à terre, et le suaire plié séparément et placé à l'écart. Alors Jean entra lui-même; il vit la même chose, et crut aussi à un enlèvement. Car ni lun ni l'autre ne savaient encore que la prophétie dût s'accomplir, et qu'il fallait que Jésus ressuscitât d'entre les morts. Ils se retirèrent donc, et Pierre, dans le chemin, manifestait son étonnement'. » Voilà les hardis conspirateurs, qui, dans l'hypothèse de Caïphe et de nos lettrés, auraient eu le courage d'afironter la lance des soldats romains pour enlever leur Maître! Ils ne se hasardent même pas à demeurer près du tombeau vide et désert, protégés qu'ils sont encore par les ombres de la nuit. Les gardes pourraient revenir ! Ils se retirent aussi précipitamment qu'ils sont venus, après toutefois s'être assurés que le

«Matth., XXVIII, 11-15.

« Matth., XXVIII, 1 ; Marc, xvi. i ; Luc, xxiv, 12; Joan., xx, 1-10.

266 HISTOIRE DE l'église. — 1" ÉPOQUE (an 1-312).

sépulcre ne possède plus son hôte auguste. Ils croient à un enlèvement qui les consterne. L'idée ne leur vient pas de s'approprier les bandelettes, le lincoul et le suaire, abandonnés dans la grotte sépulcrale. Eux qui n'auraient pas craint, dit-on, de venir disputer, de vive force, le corps de leur Maître aux soldats de Tibère, n'osent même pas emporter ces reliques sacrées ! Elles pourraient les compromettre; car on recherchera sans doute le corps de Jésus l

3. Des femmes eurent le courage qui manquait à ces hommes. (( Marie-Magdeleine, dit l'Évangile, était revenue au tombeau, et se tenait à l'entrée, fondant en larmes. Dans sa douleur, elle se pencha pour regarder l'intérieur du sépulcre. Deux hommes, vêtus de blanc, étaient assis, l'un à la tète, l'autre aux pieds du lieu où le corps de Jésus avait été déposé. C'étaient deux anges, mais elle ne le savait point. Femme, lui dirent-ils, pourquoi pleurez-vous? — Hélas! répondit-elle, on a enlevé le Seigneur, mon Maître, et je ne sais où on l'a transporté! — Elle se rejeta donc en arrière, et se retirant, elle rencontra un homme, qui se tint debout devant elle. Femme, lui demanda l'inconnu, pourquoi pleurez- vous? Qui cherchez-vous ici? — Elle se persuada que c'était le jardinier, chargé d'entretenir et de garder le sépulcre. Seigneur, s'écriat-elle, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai, pour lui doniîer la sépulture ! — Jésus (car c'était lui), de sa voix si douce et si chère , prononça cette parole : Marie ! — Le reconnaissant soudain, elle s'écria : Rabboni ! (Mon bon Maître!) — Elle se précipita à ses pieds, pour les embrasser; mais Jésus lui dit : Ne reste pas ainsi attachée à mes pieds, je ne monte pas encore vers mon Père. Va trouver mes frères, et dis leur de ma part : Je monterai bientôt vers mon Père et votre Père^ vers mon Dieu et votre Dieu! — Marie-Magdeleine revint donc ti'ouver les disciples. Elle les trouva plongés dans le deuil et les larmes. J'ai vu le Seigneur! s'écria-t-elle. Voilà les paroles qu'il m'a adressées I — Mais, eu l'entendant dire que Jésus était vivant,, et qu'elle l'avait vu, les disciples refusèrent de la croire '. » Mal-

* Joao., XX, 11-18.

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