‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 39 sur 97 · XIL CHAIRE DE SAINT PIERRE A ANTIOCHE · texte numérisé non relu

XIL CHAIRE DE SAINT PIERRE A ANTIOCHE

62. L'Évangile porté à Antioche. — 63. La chaire de saint Pierre à Antioche. Objections dn protestantisme moderne. — 64. La fête de la Chaire de saint Pierre à Antioche. Autorité en histoire de la tradition catholique. — 65. Saint Paul et saint Barnabe à Antioche. Le nom chrétien. — 66. Famine universelle prédite par le prophète Agab. La reine d'Adiabène à Jérusalem. Charité des cbrétiens d' Antioche envers leurs frères de Judée.

§ I. Le Cénacle.

1. L'Évangile de Jésus-Christ, écrit par une main inspirée, se L'Évaugfft transforme après l'ascension du Sauveur et devient l'Évangile de saint-'&Bill. l'Esprit-Saint K L'incarnation du Verbe, sa vie de trente-trois années pendant laquelle, « conversant avec les hommes, il se laissa voir sur la terre, » furent sans doute le fait capital de l'histoire du monde. Cependant, circonscrit par l'espace et le temps, limité à la période de sa durée, restreint au pays qui en fut l'heureux témoin, cet événement ne pouvait changer l'univers et régénérer l'humanité qu'à la condition de se fixer pour jamais dans les entrailles du monde. L'immanence de l'Esprit-Saint dans l'Église de Jésus-Chrisf pouvait seule réaliser cette merveille. Les œuvres du Père, exécutées par son Verbe, se perpétuent par l'Esprit de Dieu. Au jour d^

» C'est l'expression de saint Jean Chrysostôme qui dit, en parlant de» Actes des Apôtres : T(w nveuftaxo; laTi TioXiTeîa ta piêXfov toùto. (Joan. Chrys., In Acta; Patrol. grœc., tom. LX, col. 34).

la création, cet Esprit fécond « était porté sur les eaux. » Au jour de la chute, l'Esprit divin se retira de l'homme et l'empire des intelligences fut abandonné à l'Esprit du mal. L'œuvre de la rédemption avait pour but de réintégrer l'Esprit de Dieu dans les âmes. L'histoire de lÉgUse nous apparaîtra désormais comme ThistcL^ de l'Esprit-Saint dans le monde. Les premières pages de cette dinne histoire ont été écrites par la même main qui avait tracé l'Évangile de Jésus-Christ. Les dernières le seront par la main des anges, au livre du jugement final ; elles s'ouvriront à nos regards épouvantés entre les splendeurs de l'éternité triomphante et les tortures de l'éternité maudite. Sans l'efi'usion de l'Esprit-Sainl sur les apôtres, le Cénacle de Jérusalem fût resté muet, l'Église n'eût pas été fondée, le nom de Jésus-Christ serait à peine arrivé jusqu'à nous à travers la vague obscurité des âges. Par une autre loi de la Providence rédemptrice, l'œuvre de 1 Esprit-Saint dans l'Église ne sera close que par le second avènement du Verbe incarné, qui viendra dans sa gloire juger les mortels, et leur faire rendre compte des grâces reçues et des grâces méprisées.

2. Saint Luc adresse l'Évangile de lEsprit-Saint qu'il a commencé sous le nom d'Actes des Apôtres, au même personnage qui avait déjà reçu de sa main l'Évangile de Jésus-Christ'. « Dans un précédent livre, ô Théophile, dit saint Luc, j'ai parlé de tout ce que Jésus, dès l'origine, a fait et enseigné jusqu'au jour oîi ayant donné ses préceptes, selon l'Esprit-Saint, aux apôtres qu'il avait choisis, il s'éleva dans les cieux. Après sa passion, il s'était manifesté vivant à leurs regards par de nombreux prodiges ^ ; leur apparaissant durant quarante jours et les entretenant du royaume de

* Visum est et mihi assecuto omnia a principio diligenter, ex ordine tibi describere, optime Iheophile. (Luc, Èvangel., r, 3.) Théophile auquel saint Luc donne le titre â'Excellence [Optime] , titre que nous verrons plus tard appliqué dans les Actes des Apôtres au gouverneur de Judée, Félix, était vraisembleitilemeûl un magistrat considérable d'Antioche. Son nom indique une origine grecque (0ew çt'Xo;, ami de Dieu;. Quoi qu'il en soit, sous le nom de Théophile, les deux écrits apostoliques de saint Luc s'adressent à tous les fidèles rachetée par le sang à& Jésuà- Christ.

'Nous traduisons ainsi d'après le texte grec : 'Ev icoXXovç TîxtMfipCon;.

CIIAP. I. — LE CENACLE.

Dieu. Rompant le pain avec eux, il leur avait prescrit de ne point quitter Jérusalem, mais d'y attendre la réalisation de la promesse du Père, \o\is l'avez entendue de ma bouche, cette promesse, ditil. Jean baptisait dans l'eau, mais, avant peu de jours, vou? serez baptisés dans l'Esprit-Saint. — Ceux qui l'entouraient l'interrogèrent alors en ces termes : Seigneur, sera-ce en ce temps que vous rétablirez le royaume d'Israël?— Il leur répondit : Il ne voua appartient pas de connaître les temps ni les heures que le Père s'est réservés dans sa puissance. Mais vous serez investis de la vertu de l'Esprit-Saint et vous serez mes témoins * à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux c:ilrémités de la

terre*. »

Telles avaient été les dernières recommandations de Jésus-Chrisl avant son Ascension glorieuse. La divine économie du gouvernement de 1 Église y est résumée tout entière. Le principe générateur qui mettra en circulation dans le monde la vie surnatureUe apportée par le Verbe, ne sera ni un prosélytisme humain, ni l'enseignement ou la méditation exclusive d'un texte sacré. Le Testament Nouveau diffère complètement, sous ce rapport, du Testament Ancien. La révélation du Sinaï, fixée par Moïse d'une manière irrévocable, avait scellé le judaïsme dans une doctrine écrite et fait de la nation hébraïque le peuple d un livre. Jésus monte au ciel sans avoir rien écrit de sa loi, ni sur des tables de pierre ni sur les parchemins des scribes. Il a confié cette loi substantielle et vivante au souvenir de ses apôtres, il l'a inscrite « sur les tablettes de chair de leur cœur ^ » comme dit saint Paul. Il leur a communiqué ses préceptes par un enseignement oral: prœcipiem apostolis, loguens*. A leur tour les apôtres les transmettront au monde par la prédication. Vos eritis mihi testes. La tradition, non le livre, est donc réellement la base du Testament Nouveau. Pour n'avoir pas compris cette doctrine fondamentale du Sauveur, le protestantisme a fait rétrograder l'enseignement évangélique jusqu'aux limbes duju-

• '£(76(761 \un iiipTvpeç. — « Act. apost. , l , 1-8. — » II Cor., al, 3. - * ÀcU, I, 2-3.

daïsme et emprisonné les âmes dans les réseaux d'une lettre morte. §aint Paul, au contraire, disait à ses chers Corinthiens, et, en leur personne, aux fidèles de tous les âges : « Notre épître c'est vous, » épître gravée dans nos cœurs, mais connue et lue par tous les D hommes. Manifestement vous êtes l'épître du Christ, fournie » par nous, et écrite non à l'encre, mais par l'Esprit du Dieu » vivant, non sur des tables de pierre, mais sur les tablettes de » chair du cœur * . »

"s°M*^ 3. Mais comment maintenir l'unité de foi, de gouvernement, de prit dans morale et de culte, dans un enseignement livré ainsi à l'action individuelle des apôtres, dispersés sur toute la face de la terre? H semble que le divin fondateur de l'Eglise ait voulu multiplier les dîfiScultés autour de son œuvre, pour mieux la distinguer des institutions humaines. Douze Galiléens, sans lettres; douze pécheurs dont l'un vient de trahir son maître et de mourir ignominieusement, pendant que les autres se sont enfui devant la fureur des Juifs et la croix du Golgotha, sont chargés de faire connaître le Christ « jusqu'aux extrémités du monde ! » Ils doivent fonder le royaume immortel de la vérité catholique sur les ruines du paganisme, résister aux attaques de toutes les philosophies et triompher de la puissance des Césars. Leur Maître les abandonne, sans même leur avoir dicté une formule dogmatique, sans avoir écrit pour eux un code, sans avoir gravé sur la pierre ou le marbre ne fût-ce qu'ur article de sa loi. Humainement parlant, prétendre changer la face du monde avec des instruments aussi faibles, et fonder une doctrine immuable sur des éléments si peu compactes, serait une folie. Telle fut pourtant « la folie de la Croix *. » Dieu pouvait seul choisir de préférence et appeler a les ignorants de ce monde pour con- » fondre les sages; les faibles de ce monde pour renverser les » puissants ; le vulgaire, méprisé du monde, véritable néant, pour » détruire lorgueilleux édifice des sociétés païennes ^. » La chair,

1 Epistola nostra vos estis, scripta tn cordibus nosiris , quœ scitur et legitur ab omnibus hominibus. Manifestati quod epistola estis Christi , ministrata a nabis, et tcripta non atromento, sed Spiritu Dei vivi, non in tabulis lapideis, sed in tabulit cordis camalibus. (Il Cor., m, 2, 3.) - * 1 Cor., i, 18-23. — » 1 Cor., i, 27, 28

CîIAP. I. — LE CÉNACLE. 289

l'élément humain, ne saurait revendiquer la gloire d'un tel résultat. L'Esprit-Saint descendra sur le berceau de l'Église naissante , comme il était descendu dans l'humble maison de Nazareth, berceau du Verbe fait chair; comme il était descendu sur les flots de l'abîme pjimordial, berceau de l'univers. « Vous recevrez la ) vertu de l'Esprit-Saint qui surviendra en vous. » Une nouvelle invasion du surnaturel dans le monde est donc prédite avec une divine assurance. Les apôtres attendent leur transformation. « L'Esprit-Saint leur enseignera toutes choses. » Jusque-là , ils ne peuvent rien, ils ne tentent rien pour propager leur foi. Ainsi le prosélytisme humain est muet, la bouche des disciples de Jésus- Christ ne s'ouvrira qu'au souffle de l'Esprit de Dieu. Si les rationalistes répudient théoriquement l'intervention surnaturelle de l'Esprit divin, ils se trouveront en face de l'unité et de la perpétuité de l'Église, obtenues par des moyens évidemment sans proportion avec le but. Le miracle qu'ils prétendent repousser d'un côté les envahira de l'autre. Après avoir nié l'incarnation du Verbe, il leur faudra nier l'action permanente de i'Esprit-Saint. Mais la foi à Jésus-Gl.risl Dieu, et l'existence de l'ÉgUse cathohque, inspirée, gouvernée et enseignée par l'Esprit de Dieu, sont des faits contre lesquels la négation la plus obstinée demeure absolument impuissante.

4. « Au retour du mont des Oliviers, après l'Ascension de leur Retraite maître, les apôtres montèrent au Cénacle où demeuraient Pierre Cénacle^ el Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemi et Matthieu, Jacques, fils d'Alphée, Simon le Zélote et Jude, frère de Jacques. Tous unanimement persévéraient dans la prière, avec les femmes, Marie mère de Jésus et ses frères'. » Le Cénacle, déjà consacré par l'institution de TEucharistie, était au sud de Jérusalem 2. Le palais de Caïphe le séparait seul du Temple. Adossée

' Act.apost., I, 13, 14.

2 « Le Cénacle, dit Mgr Mislin , est aujourd'hui converti eu mosquée. On y » trouve plusieurs habitations. En le visitant, nous étions suivi de huit à dix » Turcs, qui nous laissèrent faire tranquillement nos prières aux lieux qu'on » nous désignait comme ayant été consacrés par quelque événement reli- » gieu.^. I)

au mur d'enceinte, loin du centre de la ville, cette habitation écartée et silencieuse convenait à la retraite et à la vie de prière que les apôtres voulaient mener. Du haut du rempart qui y étai* contigu, la vue s'étendait au midi sur le champ de Hakeldama, payé au prix du sang de Jésus; à l'est sur le torrent du Cédron, la grotte de Gethsémani et la montagne des Oliviers. C'était là que Pierre, toujours désigné le premier, avait fixé son séjour avec ses dix compagnons, Marie, mère du Sauveur et les parents de Jésus. L'unanimité des cœurs dans la même espérance et dans la persévérance de la prière, tel est le caractère de cette première retraite apostoHque, qui préparait l'avènement de l'Esprit-Saint et la conversion du monde. « Chaque jour, dit ailleurs saint Luc, ils montaient au Temple, louant et bénissant Dieu*. » Jésus-Chri?t, durant les jours de sa vie mortelle, avait honoré le Temple de Jérusalem, comme la maison de son Père. Si le judaïsme, ouvrant enfin les yeux à la lumière des prophéties, eut reconnu le Messie dans le crucifié du Golgotha, le Temple de Salomon et de Zorobabel fût devenu le trait d'union monumental entre le Testament Ancien et le Testament Nouveau. Le Saint des Saints re^té vide, attendait, depuis les jours de la captivité, son Arche d'alliance, les tables de la loi, la manne du désert, la verge tleuried'Aaron, disparues avec Jérémie. L'Arche eucharistique de l'aUiance nouvelle ; la loi vivante de l'Évangile, le pain des anges, la chaire de saint Pierre, centre d'un sacerdoce immortel, auraient substitué leurs réalités divines aux figures de la loi mosaïque. La table des Pains de Proposition, le vin des libations répandu sur l'autel de Jéhovah fussent devenus, dans le banquet de Jésus-Christ, le pain qui donne la vie aux âmes et le vin qui fait germer les vierges; au sang des victimes, qui ruisselait depuis deux mille ans sur la montagne de Sion, eût succédé le sacrifice non sanglant de l'agneau qui rachète les péchés du monde. Telle devait être l'harmonieuse transformation de la Jérusalem de David, si l'ingrate cité n'avait volontairement répudié ses magnifiques destinées. Voilà pourquoi les apôtres, à l'exemple

» Luc, XXIV, 53.

Cil A p. U

LE CENACLE.

<3u Sauveur, allaient prier dans le Temple. L'Évangile de Jésus- Christ, olivier céleste, comme dit saint Paul, devait se grefïer, sur le sauvageon du judaïsme ; ainsi la loi mosaïque, que le Verbe était venu « non pas briser, mais accomplir, » eût reçu la plénitude de sa perfection. 11 est donc certain que le Temple de Jérusalem fut en quelque sorte le berceau de l'Église naissante. C'est un point de vue que nous aurons l'occasion de mettre davantage en lumière quand nous étudierons en détail les rites de la liturgie catholique. 5. (( En ces jours-là Pierre, se levant, prit la parole au milieu des disciples *. Or le nombre des assistants était d'environ cent-vingt. Hommes frères, dit-il, il faut que la prophétie dictée à David par l'Esprit-Saint reçoive son accomplissement. Judas s'est fait le guide de ceux qui saisirent Jésus ; il avait vu son rang marqué parmi nous, il avait été élu pour partager notre ministère. Et maintenant il est en possession ^ du champ acheté au prix de l'iniquité : il s'est pendu 3; son corps s'ouvrit par le milieu et ses entrailles se répandirent sur le sol. Le fait est connu de tous les habitants de Jérusalem, qui ont donné le nom de Haceldama au champ de sépulture. Cependant il est écrit au Uvre des Psaumes : a Que sa maison demeure abandonnée; que nul ne vienne l'habiter, et que son

1 Nous traduisons le texte original : 'Ev [XEctp tûv (j(.a8-/iTwv. {AcL, i, 15.)

2 OÔToç |j.èv û5v £•/.^1^aato x^piov èx u,tG6où r/j; àôtxtaç. <Act., i, 28.) La Vulgale a très-littéralement traduit ce passaye : Et hic guidem possedlt agnm de mercede iniquitatis. On sait que l'-noriste grec exTViffa-to emporta simiilement ridée de possession. C'est que Judas avnit pris réellement possession du champ de Haceldama, où il fut enterré le premier, inaugurant ainsi la sépulture, achetée de l'argent de son crime, pour inhumer les pèlerins qui mouraient à Jérusalem. Ces notions élémentaires d'exégèse et de philologie

ébraïques sont universellement connues; ce qui ira pas empêché un récent rivain dn tracer ces lignes : « Quant au mnlheureux Judas de Kérioth, des légendes terribles coururent sur sa mort. On prétendit que, du prix de sa perfidie, il avait acheté un champ aux environs de Jérusalem. 11 y avait justement, au sud du mont Sion, un endroit nommé Huksldama (le champ du sang). Ou supposa que c'était la propriété acquise par le traître. » (Vie de Jésus, pag. 437, 438.)

3 Du Cénacle où Pierre parlait, la vue s'étendait, à l'est, sur la vallée des Oliviers, où l'on montre encore aujourd'hui, près du village de Siloau [Kefr- Silwdn), l3 lieu où Judas se pendit. Au sud, les apôtres avaient sous les yeux le champ de Hakeldama et la tombe du traître.

292 rONTIFICAT DE SATNT PIERRE (33-66).

épiscopat soit confié à un autre '. » Ainsi il faut coQstituer un de ces hommes qui nous ont accompagnés pendant toute la durée de la vie publique du Seigneur Jésus, depuis le baptême de Jean jusqu'au jour de l'Ascension, afin qu'il soit avec nous témoin de la résurrection. — Us en présentèrent deux : Josepli-Barsabas, surnommé le Juste; et Matthias. Priant ensuite, ils dirent : Seigneur, vous qui connaissez le cœur de tous, montrez celui des deux que vous aurez choisi pour lui donner, dans ce ministère et dans cet apostolat, la place qu'après sa prévarication Jndas a laissée pour aller en son lieu. — Us jetèrent le sort, et le sort tomba sur Matthias qui fut ainsi associé aux o!ize apôtres -. »

Telle fut cette première allocution pontificale, dont les Consistoireromains ont retenu la forme solennelle, et dont les papes conserveront jusqu'à la fin des siècles le fraternel langage. Pierre se lève au sein du collège apostolique. Chargé par Jésus-Christ lui-même du gouvernement de l'Église, il exerce son ministère. Ni Jean, le disciple que Jésus aimait, ni Jacques surnommé « le fils du Tonnerre » ne songent à lui disputer la prééminence. Pierre se lève, Pierre parle aux cent-vingt personnes qui formaient aiors le noyau de l'Église universelle : aussitôt sans objection, sans réserve, san.-~ récrimination, sans réticence, les cent-vingt croyants obéissent à la voix de Pierre. On nous demande pourquoi les catholiques qui peuplent aujourd'hui le monde inclinent leur conscience et leur foi devant une parole du successeur de saint Pierre. Le texte de saint Luc répond pour nous aux esprits superbes qui voudraient faire de l'Eglise une démocratie sans chef, sans gouvernement, sans hiérarchie, sans autorité visible. D'autres, moins absolus dans leurs prétentions, reconnaissent volontiers au successeur de Pierre le droii de parler dans l'Église, mais à la condition de répéter comme un écho fidèle la pensée préalablement consultée de tout le corps enseignant. Le texte de saint Luc ne se prête pas davantage à ces distinctions subtiles, a En ces jours-là, Pierre se levant, au mille des disciples, prit la parole et dit : Il faut. » Pierre ne consulte pas

* Psalm., Lxviii, 26; cvii/ 8. — * Ad., l, 15 ad ultiin.

CIIAP, r. — LE CENACLE.

il n'interroge pas ; il se lève ; il ouvre la bouche, et sa première parole est à la fois une afiirmalion et un commandement : « Il faut. »

6. La question tranchée au Cénacle, par le prince des apôtres, Primauté

■^ • ' 11 i. "*-' "'erre

«'tait pourtant aussi complexe, aussi délicate, aussi réellement dans le goc

^ . . vernemeiitd(

épineuse qu'aucune de celles qui furent, dans la suite des âges, lEgUse.

1 • i-p T , 1 j Son autorité

résolues par le jugement des souverains pontites. L un des douze doctrinain. apôtres choisis par le Sauveur venait de léguer au monde le scandale dune chute sans repentir et d'une mort désespérée. Fallait-il le remplacer par un autre? Si, comme le disent les protestants, il n'y avait pas de hiérarchie au Cénacle, il eût été fort inutile d'élever l'un des cent-vingt fidèles de cette assemblée primitive à Ihonneur chimérique d'un ministère qui appartenait à tous comme à chacun, à la dignité d'un apostolat spécial qui n'existait pas. Pierre renverse d'un mot l'hypothèse protestante. Judas Iscariote avait été investi, par l'élection divine, d'un épiscopat réel ; il avait été appelé à la cléricature ' par le Sauveur. Cette vocation privilégiée l'avait élevé au dessus des soixante-douze disciples. Pour quiconque sait lue, cela résulte clairement du discours de Pierre. Mais où était la nécessité de donner un successeur à Judas Iscariote ? L'Evangile ne dit nulle part que le Sauveur en eût fait la recommandation. Sans doute le nombre des apôtres rappelait celui des douze patriarches et des douze tribus d'Israël. Mais ce nombre symbolique avait été représenté une première fois, pendant la vie publique de Jésus- Christ. Les onze du Cénacle eussent-ils été impuissants à convertir le monde, après la descente du Saint-Esprit; et l'adjonction d'un douzième était-elle indispensable ? Ces diverses considérations étaient île nature à tenir les esprits en suspens. Pourquoi d'ailleurs ouvrir la porte à des rivaUtés entre les frères ? Etait-il opportun de pro-

*Nous ne saurions trop insister sur ces expressions A' épiscopat : ïriv èmorxoitYiv aOxoO )à6o'. etefo;; de cléricature, "EXa^s tov y.),r)pov xrji; ôtaxovta; TaOrri;; d'apostolat :\-KO(5-zo).fi!;, qui remplissent le premier discours de saint Pierre, et la première page des Actes. L'Église catholique parle aujourd'hui comme on parlait au Cénacle. Elle a conservé son apostolat, ses évêques, sa cléricature. Les siècles ont passé, la langue de l'Église, sa hiérarchie, sa constitution sont restées immuables.

céder en ce moment à une élection qui pouvait froisser certaines vanités personnelles? S'il s'était trouvé un traître parmi les douze, ne pouvait -il se trouver un ambitieux parmi les cent-vingt du Cénacle * ? Pierre se détermine pourtant. 11 supplée au silence d& lésus-Christ et de l'Évangile. Parmi les difficultés et les périls de la situation, le pilote imprime la direction d'une main ferme. On sent qu'il a tout entières la responsabilité du vaisseau de l'Église, et l'autorité du gouvernoment. Quoi encore ? La première parole de Pierre est un acte de solennelle et doctrinale interprétation des Écritures. En recevant les clefs du royaume céleste, il a reçu le dépôt des Livres saints, et la mission d'en ouvrir le sens mystérieux. A la première page des Actes, les fils du libre examen et de l'interprétation individuelle, peuvent se convaincre que Pierre exerce souverainement sa prérogative dogmatique. «D faut que Judas soit remplacé, parce que David l'a prédit » Mais David nomrae-t-il quelque part et désigne-t-il expressément, par son titre et ses fonctions, Judas Iscariote? Non; cependant le regai'd prophétique de David a vu la trahison du Golgotha. Saint Pierre l'affirme . Jésus-Christ avait, dans ce même Cénacle, la veille de sa mort, fait une déclaration analogue ; il avait dit : « La parole de Dilcnture doit être accomplie : Celui qui mange le pain avec moi a levé contre moi le talon '. » Cette interprétation divine d'un passage des psaumes, ett fixait à jamais le sens réel. Or ce que Jésus-Christ avait fait pour un texte du prophète-roi, Pierre le fait aujourd'hui pour d'autres versets du psalmiste. David avait dit : « Que la maison du méchant demeure abandonnée et que nul ne vienne l'habiter. Que son épiscopat soit donné à un autre ^. » Pierre affirme que Je propliète parlait ici de Judas Iscariote, et le collège apostolique accepte la parole de Pierre, comme il avait accepté quelques semaines auparavant

> Uneilutiqne tradition rapporte que, parmi les cent vingt disciples, quatorze^e firent plus tard chefs de sectes, et donnèrent naissance aux h4résie8 djk^remier siècle (Cornel. a Lapide, toni. XVII, pag. 66). On sait, d'ailleurs,, ^u'en parlant de ces hérésiarques . saint Jean écrivait ces mots siguificatife Bx nobis profUerunt, scd ex nobis non erant. (I Joau,, II, 19.)

* Joan., xin, 18; Psalm., XL, 10.

» Psalm., Lxviii, 23; cviii, 8,

ClIAr. I. — LA PENTECOTE. ^05

la parole de Jésus. Prééminence de saint Pierre, direction suprême de l'Éolise, autoiité doctrinale, interprétation souveraine de 1 Ecriture tdles sont les grandes choses qui nous apparai-seut au bcrce-ui de ri^olise. Pierre commande, et les cent-vingt disciples exécutent son ordre. Viri Fratres, oportet. Et statueruni duos. Les suffraoes de lillustre assemblée se partagent sur deux hommes qm avaient fait partie des soixante-douze disciples ': Joseph-Bai'sabas, surnommé le Juste, et Matthias. L'Esprit-Saint n'était pas encore descendu du ciel pour prendre le gouvernement de l'Eghse. « Le jugement humain en a choisi deux, dit saint Augustin. Le jugement divin doit choisir entre les deux ^. » Voilà pourquoi le sort es jeté, pour cette première fois, à propos d'une ordination cathohque. « On agite les bulletins dans le pan du manteau, avait d,t a.ieur des Proverbes, mais le Seigneur les dispose 3. « Telle était la loi de la Synagogue. LEsprit de Dieu toujours vivant, toujours agissant au sein de 1 Église, en bannira pour jamais la loi du sort K 1 appellera lui-même, il choisira; et malheur, dit saint Chrysostome, à l'ambitieux qui voudra substituer l'élément humain à la vocation libre de l'Esurit de Dieu ^ !

§ II. La Femtecôte.

7 Après l'élection de Matthias, le silence de la prière règne an L..^dh^|our, Cénacle- les douze attendent, dans la retraite, l'accomphssement au cénacle. des promesses d'en haut. Leur attitude n'est pas une expectative

lEuseb Caesar., Histor. eccles., lib. l, cap. xii; Patrol. grœc tom. XX .01 117 Nicephor Callist. Histor. eccles., lib. II, cap. i. Les menologes grec. Tr •teTd;o' que Joseph-BarsaLas devint plus tard ^^^^^^^^mX^Io^ Palestine. (Le Quieu, Oriens christlanus, tom. Ili, pag. 633.) Le Martyrologe romarfait mémoire de saint Joseph le Juste, à la date du 20 juillet.

(Augustin., Enarr. in Psalm. xiX; Patrol. ;«/., tom. XXXVI, cul. 246.)

l ^'us^!'i^êlectionibus ad dignitates ecclesiasiicns perpétua prohihitlœ. ,aZLs. iCorpusJuris canonici , Décrétai., lib. V , tilul. xxi; De sorfUegns, cap. lu.) Cf. necreti, II" pars, causa xxvi, qua^st. I, Il et seq

> Jean. Chrysost., In Ad. homil. lU; Patrol. grœc, tom. LX, col. 39-42.

296 rONTIFICAT EE SAINT PIERRE (33-G6).

de doute et de dcfiance. Ils viennent de se préparer, d'un cœur unanime, à l'avènement de 1 Esprit-Saint. Us ont comblé le déficit de leurs rangs, comme des guerriers qui attendent un général pour s'élancer au combat. Jamais on n'expliquera, par des motifs humains, le silence et la retraite apostolique de dix jours, après le miracle de l'Ascension. Pour se taire, en descendant de la montagne des Oliviers ; pour se renfermer dans l'ombre du Cénacle, après les glorieuses splendeurs dont les disciples avaient été témoins, il leur avait fallu un ordre positif du divin Maître. Leur silence actuel confirme donc l'autlienlicité de la prophétie relative à l'Esprit-Saint, précédemment faite par le Sauveur; de même que l'effusion d'ardeur et de zèle qui débordera bientôt de leur poitrine embrasée, sera la preuve irrésistible de la réalisation des promesses et de l'invasion du Saint-Esprit dans leurs cœurs.

8. a Quand les jours de la Pentecôte furent accomplis, les disciples étaient tous unanimement * en ce même Cénacle ^. Il se fit soudain, du haut du ciel, un bruit pareil à celui d'un vent violent, et la maison où ils étaient assis en retentit tout entière . En ce moment ils virent paraître comme des langues de feu qui , se partageant, vinrent se reposer sur chacun d'eux. Alors tous furent remplis de lEsprit-Saint, et ils commencèrent à parler diverses langues, selon que l'Esprit-Saint les inspirait. Or, il se trouvait à Jérusalem, avec

1 '0(Jio9uixa8àv.

^ In eodem loco Cette expression prise isolément pourrait s'entendre d'un lieu indéterminé où les apôtres eussent été réunis. Mais, rapprochée du contexte, elle désigne évidemment le Cénacle, que les fidèles n'avaient cessé d'Labiler depuis l'Ascension. Aussi saint Cyrille de Jérusulem dira plus tard : « L'Esprit-Saint, qui avait fait entendre ses oracles par la bouche des pro- » phètes. descendit sur les apôtres, le jour de la Pentecôte, sous la forme de » langues de feu. Le fait eut lieu, en cette viilo de Jérusalem, dans la basilique » majeure des Apôtres. » (Cyriil. Hieros., Caiech. xvi. De Spiritu 5anc/o,§lV; Pairol. grcec, tom. XXXIll, col. 924.) Or, la basilique majeure des Apôtres à Jérusalem, située au sud du mont Sion , n'était autre que le Cénacle luimême. Elle fut le siège métropolitain de saint Jacques, premier évêque de Jérusalem, et le prêtre Lucien nous apprend que le premier diacre, saint Etienne, y reçut l'ordination, des mains des apôtres. {Lucian Presbyt., Epistol. de revelatione corporis Stephani martyris rimi, cap. YIIi; Patrol. lat., tom. XLI, col. 815.)

ciiAP. I. — LA r::]S"TECOTE. 297

les habitants, des Juifs et des prosélytes craignant Dieu, de tous les peuples qui sont sous le ciel. A la nouvelle du prodige, la foule s'assembla, plongée dans l'étonnement, car chacun entendait les disciples parler dans sa propre langue. Surpris, épouvantés, ils disaient : Tous ces hommes qui nous parlent ne sont-ils pas des Galiléens? Comment donc pouvons-nous les entendre chacun dans la langue du pays qui nous a vu naître? Parthcs et Mèdes, fils d'Élam *, habitant la Mésopotamie, la Judée et la Cappadoce, le Pont et l'Asie *, la Phrygie et la Pamphylie, l'Egypte et les plages de la Lybie Cyrénaïque, étrangers romains 3, juifs * et prosélytes ^

» Perses. — * La Proponlide, province voisine de la mer de ce nom, est appelée Asie, par les géographes tinciens. { Ptolem. , lib. V, tab. I. Asia. ) Elle est ainsi désignée dans la première Épître de saint Pierre : Petrus apostolus Jesu Christi electis advenis dispenioms Ponti , Gcdatiœ , Cappadociœ, Asiœ. ( I Petr. i. 1.)

3 'Em5Yi[jioOvT£; 'Pw[jLaïoi. Nous avons parlé précédemment des Romains appelés à Jérusaleai par leurs fonctions, leur négoce, par les intérêts d'affaire ou de simple curiosité. Les gouverneurs romains avec leur suite, leurs secrétaires, leurs hôtes, leur garde et leurs esclaves; la garnison romaine avec «es soldats recrutés dans les diverses contrées du monde, et parmi lesquels se trouvait, depuis le règne d'Hérode l'Ascalouite , un corps de Gaulois; les changeurs et les marchands attirés de toutes les provinces de l'univers par l'appât du lucre ; les colonies romaines établies en Palestine , depuis la conquête, et ces diverses catégories d'étrangers, sont toutes comprises sous le terme générique : Advenœ romani. Avec le système d'esclavage , qui régnait alors sur le monde, et le cosmopolitisme de la tyrannie romaine, on conçoit qu'une telle agglomération put représenter, en réalité et d'une manière absolue, toutes les races de l'univers connu. Ainsi se justifie l'expression de «aint Luc : « 11 se trouvait , à Jérusalem , des hommes do toutes les nations qui sont sous le ciel. » 11 nous semble donc que Cornélius a Lapide s'est trop avancé en disant : Est hyperbole; non enim erant absoluie ex omni natione, quia non legimus hic adfuisse Indos, Japones, Sinas, imo nec Galles, Germanos, Hisponos, Sca-matas. (Cornel. a Lapide, In Act., ii, 5.)

4 L'écrivain sacré avait parlé plus haut des Hébreux << qui habitaient la Judée;.) qui habitant Judœam;i\ mentionne ici les Juifs dispersés eu Asie. en Afrique, en Europe. Nous retrouverons cette distinction en usage dans tous les écrits apostoliques.

5 Les Juifs avaient deux sortes de prosélytes ou convertis : les prosélytes de justice, c'est-à-dire les étrangers cocvertis au judaïsme, qui s'étaient soumis à la circoncision et à tous les rites de la loi mosa'jque. ils entraient en participation de toutes les prérogatives du peuple de Dieu; leur nom même indique qu'ils avaient accompli toute justice aux yeux des fidèles Hébreux.

Cretois et Arabes, tous, nous les entendons par'er en notre idiome des grandes œuvres de Dieu! — La surprise et l'admiration étaient généraleG; on se demandait à l'envi : Que peut être cette merveille? — D'autres cependant e'clataient en railleries, disant ; Ces hommes sont ivres M »

9. La Pentecôte, ainsi nommée du mot grec lievT£x6(7T7i (Cinquantaine), était l'anniversaire de la promulgation de la loi sur le Sinaï^, cinquante jours après la fameuse Pâqne mosaïque, célébrée par les Hébreux sur le soi égyptien. En cette fête solennelle, les Juifs offraient au Temple de Jéhovab deux pains de blé nouveau, prémices de la moisson qui commençait à cette époque de l'année ^. Le parallélisme entre l'ancienne et la nouvelle Alliance est ici frappant. Les langues de feu du Cénacle, symbole visible des dons de l'Esprit-Saint , sont substituées aux foudres et aux éclairs du Sinaï. Les prémices de la moisson spirituelle de Jésus- Christ vont tomber aux pied- du prince des Apôtres. L'unité du monde, rompue dans les plaines de la Babylonie par la confusion des langues, se reconstitue au Cénacle par le don des langues. L'Église, polyglotte à son berceau , continuera jusqu'à la fin des

Les prosélytes d'habitation étaient des étrangers qui, renonçant aux superstitions idolâtiiqnes , et reconnaissaut Jéhovah pour le vrai Dieu , ne s'étaient cependant pas soumis à la circoncision ui aux autres pratiques de la loi juive. Leur coutacl ae communiquait point rimpurefé I/galo, et de là leur nom. Le Syrien Naaman, l'eunuque de la reine Candace étaient Jes prosélytes é'hahitaiion.

^ Ad., n, i-13. "Oxi f),£Ûxou; [x.£[i.e;Ta)[Aévo'. elct. Quia musto pleni sunt isti. m Les anciens^ dit Bullet, avaient trois sortes de vin doux : le iiremier qui se faisait avec des raisins à demi-séchés au soleil et que l'on mettait sous le pressoir pour en exprimer la liqueur {passum) ; le second qui était du moût,, et qu'on cuisait jusqu'à ce qu'il fût réduit de moitié [defrulum] ; enfin le troisième qui était mêlé de miel {niulsmn). » Ce détail nous fait très-biea comprendre le sens qu'on doit attachera l'expression grecque Y^ewxoy?, traduite par le musto de la Vulgate. Les critiques du xviii^ siècle disaient: Les- Âdes nous parlent de vin doux à la Pentecôte. Or, les raisins n'étuient pas encore mûrs en Palestine, à cette époque de l'année. Donc, le récit des Ades est légendaire. Nous n'insistons poiut davantage sur ce prétentieux syllogisme, abandonné aujourd'hui, av c tant d'autres arguments voltairiens, par le rationalisme moderne. (Cf. Glaire, Les Livres saints vengés, tom. II, pag. 4b7, 438.) — ^Exod., XIX. 1. — 3 Le^it., xxin, 15.

CIIAP. I. LA l'ENTFXOTE. 209

siècles à discipliner tous les idiomes, et à les transformer h l'usage de ses dogmes, de son culte et de sa liturgie. Rien n'est plus surnaturel que cette invasiou du Saint-Esprit dans le cœur des Galiléens. Tous les efforts du rationalisme, pour l'expliquer par des Drocédés de convention ou de frivoles subterfuges, ont échoué contre la simplicité divine du récit de saint Luc. 11 faut l'admettre avec son caractère évidemment miraculeux, ou le rejeter absolument. Il n'y a pas de moyen terme. Dira-t-on que, dans leur retraite de dix jours , les apôtres avaient péuiblement étudié les principales langues du monde ? Le prodige dont les rationalistes voudraient se débarrasser ainsi retomberait sur les grammairiens, et ne serait pas moins flagrant. Reste l'exclamation ironique des pharisiens et des scribes, qui trahissent leur présence au milieu de la foule émerveillée : « Ces hommes sont ivres! » L'ivresse du vin paraît trop grossière à nos scribes modernes; ils la remplacent par celle du fanatisme. Le mot est plus élastique et se prête mieux aux idées progressives de notre siècle. Qu'importe? L'injure nouvelle est aussi impuissante que la raillerie de la Synagogue, devant les calmes réalités de l'histoire. Si l'Esprit-Saint n'est pas descendu t jr les apôtres, réunis dans le Cénacle, pourquoi les apôtres rompent-ils leur silence de dix jours? pourquoi la multitude accourtelle en tumulte autour de leur retraite écartée? pourquoi chaque étranger s'étonne-t-il d'entendre , sur les lèvres de Galiléens ignorants, les accents de sa langue maternelle? pourquoi le double miracle dune seule émission de voix, perçue comme autant d'idiomes particuliers par des milliers d'auditeurs d'origine diverse ? Et si rien de tout cela n'est vrai, si la foule réunie à Jérusalem au matin de la Pentecôte, se rendant au Temple pour y offrir les prémices de la récolte prochaine, n'a rien entendu; si elle ne s'est point assemblée autour de l'humble maison; si les langues de feu ne se sont point reposées sur les disciples; si la tempête décrite par saint Luc n'a point ébranlé les fondements du Cénacle, comme jadis le tonnerre ébranLiit les cimes de l'Horeb, pourquoi le monde romain, l'univers entier verra-t-il tout à l'heure passer^ semljlables à l'éclair, les messagers du Christ, parlant toutes les langues, con-

vertissant toutes les races et évangélisani; toutes les nations? Est-il aujourd'hui une langue, si inconnue et si barbare, que l'Esprit- Saint n'ait assouplie, pour lui faire adorer Jésus-Christ? Un fait actuel et incontestable , c'est que l'univers est chrétien. A ce grand résultat , croit-on donner une cause sérieuse quand on parle d'ivresse, de légende ou de fanatisme?

10. « Pierre debout, entouré des onze , éleva la voix : Juifs , et vous tous, habitants de Jérusalem, dit-il, apprenez la vérité, prêtez l'oreille à ma parole. Ces hommes ne sont point ivres, comme vous l'imaginez, puisqu'il n'est encore que la troisième heure tlu jour'. Mais tout ceci est Taccomplissement de la prophétie de Joël. « Aux derniers jours, dit le Seigneur, je répandrai l'eflEusion de mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront; vos adolescents auront des visions divines, et vos vieillards des songes révélateurs. En ces jours-là, je verserai leffusion de mon Esprit sur mes serviteurs et mes servantes, et leur bouche s'ouvrira aux paroles inspirées. Alors je manifesterai des prodiges au ciel et des signes sur la terre, le sang, le feu et des vapeurs fumantes. L'éclat du soleil sera converti en ténèbres, la lune se couvrira d'un voile de sang aux approches de la grande manifestation du jour du Seigneur. Ainsi il sera, et quiconque aura invoqué le nom du Seigneur sera sauvé '. » Hommes d'Israël , entendez cette parole : Jésus de Nazaretli, vous le savez, a paru au milieu de vous comme un homme investi de l'autorité de Dieu, multipliant sous vos yeux les miracles, les prodiges et les signes que Dieu opérait par lui. Livré en votre pouvoir, par une disposition expresse de la prescience divine, vous l'avez mis à mort, le faisant attacher à la croix par des mains étrangères et impies ^. Or Dieu l'a ressuscité, brisant les

• Neuf heures du matin. C'était le moment où le sacrifice allait co mencer au Temple. Nous avons dit précédemment que les Juifs ne mangeaie que vers la quatrième heure du jour (î^idi). Cet usage était rigoureuseme observé les jours de fête, où le premier repas n'avait lieu qu'après les prier ou le sacrifice du matin. (Voir dans ce volume, chap. x, n» 9. Cf. Joseph Aulobiographia.)

• Joël, u, 28-32. — ' Xsipwv àv6[j.wv. « Des mains étrangères à la loi juive. » On se rappelle tous les efforts du Sanhédrin pour faire exécuter, par la cohorte romaine, la sentence de rac"^ prononcée contre Jésus-Christ.

ClIAP. I. — LA PENTECOTE. 30!

lions du tombeau, impuissant à retenir un tel captif. Car c'est lui dont parlait David en ces termes : «Je contemplais le Seigneur; sans cesse mes yeux demeuraient fixés sur lui : il se lient à ma droite de peur que je ne sois ébranlé. Voilà pourquoi mon cœur a tressailli, ma langue a éclaté en chants de triomphe, et ma chair reposera en espérance. Car vous ne laisserez point mon âme dans les limbes, et vous n'abandonnerez pas votre Saint à la corrupliou du tombeau. 0 Dieu , vous m'avez révélé les voies de la vie, et vous me remplirez d'allégresse dans la manifestation de vos splendeurs '. » Hommes frères, vous me permettrez de vous dire hardiment que le patriarche David, qui tenait ce langage, est mort. 11 fut enseveh, et son sépulcre reste encore aujourd'hui au milieu de nous. C'est donc comme prophète, et appuyé sur le serment de Dieu qui lui promettait un fils illustre, destiné à s'asseoir pour jamais sur son trône ^, c'est dans la prescience de l'avenir que David parlait ainsi de la résurrection du Christ. Le Christ, en etfet, « ne fut pas abandonné dans la tombe, et sa chair n'a pas connu la corruption 3. » Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité, et tous nous en sommes les témoins. Transporté dans la gloire par le bras du Dieu 2out-puissant, il nous avait transmis la promesse faite par le Père d'envoyer l'Esprit-Saint. Telle est i'elïusion de cet Esprit que vous voyez et que vous entendez en ce moment. David nest pas monté au ciel, cependant David s'exprimait ainsi : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je donne pour marchepied à votre trône la tête de vos ennemis ^. » Or ce Seigneur, ce Christ dont parlait David, Dieu l'a manifesté : c'est Jésus que vous avez crucifié. Il faut que tout Israël sache aujourd'hui cette vérité incontestable. — En entendant ces paroles, la foule ouvrait son cœur au repentir. S'adressant à Pierre et aux apôtres : Hommes frères, que ferons-nous? demandèrent -ils. — Pierre leur dit : Faites pénitence. Que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ; ainsi il obtiendra la rémission de ses fautes, et vous recevrez le don du Saint-Esprit; car la promesse

» Psalru., XV, 8-10. — « Psalm., cxxxi, 11. — 3 Psalm.. xv, 10. — * Psalm., cix, 1.

en a été faite pour vous et pour vos enfants, de même que pour tous les peuples lointains que le Seigneur notre Dieu voudra appeler. — Pierre acheva de les instruire par beaucoup d'autres discours. Il les exhortait en disant : Sauvez-vous du milieu de cette génération perverse. — Or ceux qui reçurent sa parole, dans l'allégresse d'une foi sincère *, furent baptisés, et trois mille âmes furent déposées en ce jour aux pieds de l'apôtre *. » sgTiificence n Voilà le premier coup de filet du batelier devenu pêcheul

D discours ri i.

S. Pierre, d'hommes. La voix qui tremblait devant une servante, dans l'atriuin ^ ^?J^ de Caiphe, s'est trempée au feu de la Pentecôte et « confirme se frères dans la foi. » Au Cénacle , avant l'effusion de l'Esprit- Saint, Pierre était le chef du collège apostolique. Après la merveille de la Pentecôte, Pierre est toujours le prince des apôtres, le héraut de Jésus-Christ, le chef spirituel des âmes. Les onze, debout autour de lui, l'entourent en silence, prêts à sceller sa parole et son témoignage de leur sang. Il nous revient à I9 mémoire une triviahté, formulée pour la première fois en Allemagne, et répétée chez nous avec une docilité plus où moins consciente d'elle-même. Un rhéteur quelconque, peu importe son nom, a osé dire : « Le discours de Pierre aux Juifs est un chef-d'œuvre d'inanité, dont rougirait un écolier en théologie. » Demain peut-être, ce jugement de la critique moderne trouvera un écho dans quelque ouvrage populaire , et des milliers de dupes prendront en pitié l'éloquence apostolique. C'est par trop abuser de l'ignorance de ce siècle. Les apôtres n'ont pas besoin de l'indulgence des rhéteurs germains ou gaulois, mais nos rhéteurs ont besoin d'être initiés au lang.ige des apôtres. Le vieux Testament était la racine de l'Évangile. Les sophistes actuels ne connaissent ni la loi de Moïse, ni celle de Jésus-Christ, lis ressemblent à ce proconsul romain Festus, rencontrant un jour saint Paul sur son chemin, et priant Agrippa II, im roi Juif, de lui donner la clef d'une controverse inintelligible pour des oreilles étrangères, et de lui dicter son rapport à César ^. Où est, de nos

* 'A(7(jLÉvw;. La Vulgate n'a pas traduit cette expression du texte origioaL — * Act.j II, 14-41. — » Act.^ XXV. 14 ad ultim.; xxvj integr.

ClIAP. I. — LA PENTECOTE. 303

jours, le lecteur que Fleury supposait « suffisamment instruit des prophéties • » et tellement versé clans la lecture des Evangiles et âes, Actes des Apôtres, qu'il jugeait inutile « de les transcrire tout » au long, n'en prenant, dit-il, que la substance pour avoir occasion » d'y prendre les faits que nous savons d'ailleurs *? » Nous transcrivons aujourd'hui dans leur intégrité toutes les paroles de l'Évangile et des Actes, et nous déclarons que pour les comprendre, il ne suffit ni de la dose ordinaire du sens commim, ni du grain de philologie que donne la science officielle. Il faut de plus et smHout la connaisscince sérieuse de la loi juive, et des prophéties hébraïques. Les fils d'Abraham réunis à Jérusalem, au jour de la Pentecôte, avaient une lii et une espérance parfaitement distinctes de ce que nous avons nommé depuis la loi naturelle, ou de ce que nous appelons la raison philosophique. La loi datait de Moïse, et avait une formule claire, définie, officielle. L'espérance remontant jusqu'à l'Eden s'était spécifiée dans les oracles des voyants d'Isiaël. Espérance et loi se confondaient dans l'avènement du Christ, du Messie, de l'Emmanuel, Dieu avec nous. Voilà pourquoi saint Pierre redit à la foule assemblée autour du Cénacle, les paroles prophétiques de Joël et de David. L'Esprit-Saiut a révélé au pêcheur de Tibériade le sens de la loi et les oracles des prophètes. Le batelier Galiléen pose un pied vainqueur dans l'enseignement traditionnel, dont les docteurs et les scribes s'étaient réservé le monopole. Il parle aux Hébreux le seul langage que les Hébreux pussent comprendre. Joël avait annoncé l'eflusion de TEsprit-Saint qui éclatait en ce moment au sein de Jérusalem. David avait prédit la résurrection de Jésus- Christ dont les douze se proclamaient les témoins. Le rationalisme moderne n'admet ni la prophétie, ni sa réalisation. Qu'importe ? Trois mille âmes, purifiéespar lapénitence et lavées dans l'eau baptismale, s'inchnent sous la houlette du prince des apôtres. Par ces tro' i mille voix, Jérusalem constate en ce jour l'authenticité de la prop létie et la réalité de son accomplissement. Il conviendrait peut-être au

1 Fleury, Hùt. eccles., édit. in-12, 1720, tom. I, Préface, pag. i. — » Ideûi; îbid.; Levit., i, pag. 2.

u pa:n.

rationalisme d'entendre, de la bouche de saint Pierre, vine disser^ tation philosophique, à la manière de Platon ou de Sénèque. Mais l'Évangile n'est pas le rêve d'un philosophe ni l'élucubration d'ur rhéteur. Il est la Bonne Nouvelle d'un avènement promis dès le premier jour du monde et préparé par quinze siècles d'une loi figu rative et prophétique. 11 est la fleur éclose sur l'arbre d'Israël. Voilà pourquoi le rationalisme, sans rien comprendre au discours du premier des papes, ne cesse de reprocher à ses successeurs leur fidélité à imiter le langage de Pierre et à redire toujours les paroles inspirée? par Dieu même aux prophètes d'Israël. Le catholicisme est la vérité traditionnelle du monde. Sa parole est l'écho des âges, elle s'appuie sur tout le passé pour diriger l'avenir. d-''rE-[r ^^' " ^^ ^^^ fidèles assidus à la prédication des apôtres *, perséraisscnic. véraicnt dans la communion de la fraction du pain * et dans la

'-a prieri; *■

?- n"?n'°" Pï'Jère. Cependant la crainte envahissait toutes les âmes. Des prodiges et des signes nombreux s'opéraient à Jérusalem par les apôtres, et la terreur était grande dans les esprits. Tous ceux qui avaient reçu la foi se réunissaient, et avaient toutes choses en commun. Ils vendaient leurs domaines et leurs autres biens, pour eu distribuer le prix à tous, selon que chacun en avait besoin. Chaque jour, ils se rendaient unanimement au Temple ; ils rompaient le pain dans les maisons et prenaient leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité du cœur, louant Dieu et trouvant grâce aux yeux de tout le peuple. Chaque jour aussi, le Seigneur amenait de nouveaux élus au sein de lÉghse K »

La prédication apostolique, la fraction du pain et la prière, tels sont les trois actes constitutifs de la société nouvelle. La doctrine est transmise par l'Apôtre ; les fidèles n'en sont pas les juges. Uf

' C'est le seus exact du grec : 'Hcrav ûèTtpoixapTïpoOvre; v^ SiSa^^ twv aitoaToXuv. — * La version S5'riaque traduit les mots grecs : toO âpxou, par l'expression liturgique : Eucharistie.

3 Act., II, 42 ad ultiin. '0 Sï Kûpioç TrpoaexîOet toùç c-toÇojjiÉvou; xaO ' :?i(jiî'pav t^ '£y.y.).Tl<7Îa. La Vulgale a traduit aiusi ce verset : Dominus autem augcbat qui salvi fièrent quotidie in idipsum. Nous rétablissons la mention expresse de l'Ejilise faite par le texte original.

CHAP. I. — LA PENTECOTE. 305

l'acceptent comme le fondement de leur foi. Us ne ia soumettent pas au critérium de leur libre examen, ils ne demandent pas une parole écrite, qu'ils puissent méditer et comprendre à leur guise. Rien, dans cette discipline primitive, ne ressemble aux sociétés bibliques du protestantisme. Les apôtres enseignent et les fidèles croient. « Tous persévèrent unanimement dans la communion de la fraction du pain. » Ainsi parle saint Luc, et saint Paul, son maître, nous explique nettement ce langage. « Le pain que nous rompons, dit-il, n'est-il pas la participation au corps du Seigneur? Le calice de bénédiction n'est-il pas la communion au sang du Christ ' ? Le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain, et accomplissant l'action de grâces eucharistique ^, le rompit, en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. Semblablement il prit le calice, après la cène, en disant: Ce calice est l'alliance nouvelle dans mon sang. Faites cela chaque fois que vous boirez ce calice en mémoire de moi. Toutes les fois donc que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à son avènement suprême. Ainsi quiconque en état d'indignité mangera ce pain et boira ce calice , sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc éprouve sa conscience , et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice, eur celui qui le mange et le boit indignement, boit et mange sa condamnation, puisqu'il ne discerne pas le corps du Seigneur *. » Ainsi la communion eucharistique au corps et au sang de Jésus-Christ, précédée de l'instruction des apôtres et suivie de la prière, telle est l'institution féconde qui commence au Cénacle, et que l'Église catholique perpétue dans sa liturgie immortelle. Le;? expressions ici sont nouvelles, comme le- actes eux-mêmes. C'est saint Luc qui nous parle de la communion , Kowuvt'a. C'est saint Paul, qui caractérise le mystère divin du corps et du sang de Jésus-Christ, par le terme évangélique d'eucharistie *. Aujourd'hui , après dix-

1 I Cor., X, 16. — 2 EiJxa'.i(7TYiç,a<;. — 3 1 Cor., XI, 23-29. * Dans le récit de la dernière cène, saint Matthieu, saint Marc et saint Lue emploientla même expression aue saint Paul. AàSwvTonoTiQpioVjxaîeùxapiaTr.craç. V 20

neul" siècles écoulés, l'Église catholique conserve et le sacrement et les noms transmis par les apôtres. Elle « discerne le corps du Seigneur Jésus, qui fut livré pour nous; le sang de la nouvelle alliance, répandu pour le salut du monde. » Par l'eucbaristie nous devenons, disait saint Cyrille d'Alexandrie, <; concorporels et consanguins avec le Christ *. » L'Église catholique parle comme saint Cyrille d'Alexandrie. La communion à l'enseignement oral des apôlres, au corps et au sang de Jésus-Christ, à Tespérance des biens éternels, se traduisait, au sein de l'Église naissante, par l'abandon des biens terrestres, vorsés dans le trésor de l'Église, et dispensés à chacun selon ses besoins. Le Temple de Jérusalem, la maison ^u, Père, est toujours le rendez-vous des adorateurs du Fils de Dieu. 11 n'en pouvait être autrement. La loi de Jésus-Christ était le complément de lo loi mosaï jne. Il fallut l'obstination du sacerdoce juif à repousser l'héritier divin d'Abraham , la Heur de Jessé , l'Emmanuel annoncé par Isai'e, pour que le Temple de Zorobabel, illustré par la présence du Christ, disparût, avec la nationalité hébraïque, dans une catastrophe suprême. Tel était le motif des terreurs répandues en ce moment sur Jéjusalem. Le.s convertis, qui embrassaient la doctrine de saint Pierre, apprenaient de lui que la ruine de Jérusalem était proche. Le Sauveur l'avait formellement annoncé. Le prince des apôtres venait de faire retentir le glas funèbre sur la cité tout entière, en rappelant les terribles paroles de la prophétie de Joël. « Les derniers jours» de Sion et du Temple étaient proches. L'effusion de l'Espiil-Saint qui devait précéder les horreurs de la destruction tléfinitive, les miracles opérés par les apôtres, cette réalisation manifeste de l'antique prophétie tenait tous h s esprits en suspens. Les Juifs, rebelles à l'action apostolique, sentaient passer sur leurs tètes comme le souJBQe des vengeances divines. Cependant les élus de la grâce et de

(Matth., XXVI. 27.) Kaî ).agwv tô TcoTrio'.ov, eO/apurr^ffaç. (Marc, XVI, 23.) Ae|(X|«vo; îtOTiiiûiov, £Ùj(aptaTifi<Ta; eÎTrs. (Lui-, xxii, 17.)

'O rriv ffâpxa 5tyô[i.zvoi toîj IwTvj&oç -^kj-wv XpiaToû , xal ttîvwv «ùtoû tô tijaiov al\L(x Ttpo; a-jTÔv euf.tc7XETai c;uvava7.'.çivâp.evo!; (ïxjTtep y.ai àvafAiyvûiJ.svoça'JTw. (Cyrjll, Alex., In Joan. Ev., lib. IV, cap. ii; l'alrol. grcec, LXXllI, 584.) Qu'est devenue l'Eucliari&lie au seiu du protestanlismeî

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