CHAP. I, — SAINT PIERRE A LA PORTA SPECIOSA
la foi, dans l'allégresse et la simplicité du cœur, « vendaient leurs domaines et autres biens. » — « Les apôtres savaient , dit un auteur du iv* siècle, que l'Église allait envahir les nations. Voilà pourquoi ils ne voulurent point acquérir de biens-fonds en Judée, et n'en retinient que le prix pour secourir les pauvres *. »
|§ m. Saint Pierre à la Porta Speeîosa.
13. « Or, Pierre et Jean montaient au Temple, pour la prière de Jf^^ï;«;jf;;^, la neuvième heure 2. En ce moment, on portait un homme perclus Porta^^ dès sa naissance. On avait coutume de le diéposer chaque jour à la porte de l'édifice sacré, nommée Speciosa, « la Belle 3, » afin qu il pût demander l'aumône à tous ceux qui entraient. L'infirme voyant Pierre et Jean prêts à franchir le seuil les pria de lui faire l'aumône. Pierre le fixant des yeux, lui dit : Regarde-nous. ~ Le mendiant les considérait donc, espérant en obtenir une offrande.
» Futuram ecclesiam in gentihus apostoli prœvidebant : idcirco prœdia in Judœa minime sunt adepti, sed pretia tantummodo ad fovendos egenos. (Corp. jur. ;anon., Décrétai^ pars, caus. xii, qufest. i, cap. xv.) Nous examinerons en détail les bases de la communauté primitive de l'Église de Jérusalem, à l'occasion du fait historique d'Ananie et de Saphire.
'■' Ad horum oralionis nonam, trois heures après midi. Les Juifs s'assemblaient alors au Temple pour la prière qui précédait le sacrifice du soir, Sacrifidum vespertinum, auquel correspondent nos Vêpres. Prime, Tierce , Sexte , None, iiipres, sont donc autant d'heures de prière retenues du cérémonial juif par es Apôtres, et conservées par l'Église catholique. Apostolica instituiio qua Dominum Jesum Christum ad hoc venisse in hune mundum noverat ut legem non solveret, ita Vêler is Testamenti décréta distinont ut quœdam ex eis sicut erant con- Ula Evangelicœ eruddioni profutura decerperet , et quœ dudum fuerant consuetu- .{i/ds Juduïcœ fièrent observantiœ christianœ. (S. Leou. Rlagu., Sermo VU de .'ejunio sept, mens.; Patrol. lat., LIV, 453.) Saint Cyprien affirme positivement I [ue toutes ces heures de prière furent conservées par les apôtres, eu souvenir de la pratique des justes de l'ancienne loi. Quœ horarum spatia jampridem i piritualiter déterminantes adoratores Dei, statis et legitimis ad precem temporibus servabant, et manifestata postmodum res est sacramenta olim fuisse quod ante sic justi precabantur. (S. Cyprian. * De oratio»'^. Dominic. , car xxxiv; Patrol. latin., IV, 341.)
3 Nous avons parlé de v.eiie porte, dont la matière, pur airain de Corinthe, et le merveilleux travail justifiaient \o. titre de Belle, qui lui avait été donné par le peuple. (Tom. IV de cette Histoire , pag. 149, ISO.)
Pierre lui dit : Je ne possède ni or ni argent; mais ce que j'ai je te le donne. Au nom de Jésus-Christ de Nazareth , lève-toi et marche ! — Lui prenant alors lu main droite, il le souleva. A l'instant, les jambes et les pieds de l'infirme se consolidèrent. Bondis sant, il se redressa et se mit à marcher. Il entra avec eux dans le Temple, s'élançant plein d'allégresse et louant Dieu. Le peuple le voyait marcher et entendait ses actions de grâces. Or tous le reconnaissaient pour l'infirme qui mendiait assis à la Belle-Porte. La stupéidction et l'étonnement, causés par le miracle, étaient au comble. Le mendiant s'attachait aux pas de Pierre et de Jean. La multitude tout entière Tes suivit au Portique de Salomon *. »
14. « S'adressant au peuple, Pierre parla ainsi : Hommes d'Israël, pourquoi vous étonner? Pourquoi tous vos regards se fixent-ils sur nous, comme si c'était par notre sainteté, ou par notre puissance, que nous a3'ons fait marcher cet infirme ? Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son Fils Jésus, celui que vous avez livré à Pilate, et que vous avez renié, quand le gouverneur romain, proclamant son innocence, voulait le mettre en liberté. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé la grâce d'un assassin I L'auteur de la vie a été mis par vous à mort, mais Dieu l'a ressuscité, et nous en sommes témoins. C'est en son nom que ce perclus, connu de vous tous, a été guéri comme vous le voyez. La foi en Jésus-Christ vient d'opérer, sous vos yeux, cette merveille. Et maintenant, frères, je sais que vos princes et vous, vous avez agi par ignorance. Par la bouche de tous les prophètes, Dieu avait annoncé les soufirances et la passion de son Christ*; les prophéties ont été ainsi réalisées. Faites donc pénitence et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés, quand viendront les jours de repos et de paix , que le Seigneur donnera au second avènement de Jésus-Christ. Jusqu'à cette époque de restauration universelle, prédite de siècle en siècle par tous les saints prophètes, le Christ doit rester aux cieux. Moïse avait dit : « Jéhovah, votre Dieu, vous suscitera, du milieu de vos frères,
^Act., m, 1-11. — « Cf. Psalm. xxi, XL, Lxviii, etc.; Isai,, cap, un, etc.
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un prophète comme moi. Écoutez-le, et faites tout ce qu'il vou3 dira. Toute âme qui refusera d'écouter ce prophète, sera exterminée du milieu du peuple *. n Ainsi parlait Moïse. Les autres voyants, depuis Samuel, ont prédit de même ce qui arrive en ces jours. Or vous êtes les fils des prophètes, les enfants de l'alliance conclue par Dieu avec nos pères, et jurée par le Seigneur à Abraham, en ces termes : « Toutes les familles de la terre seront bénies en ta race *. » C'est donc pour vous racheter les premiers que Dieu a ressuscité son Fils ; c'est pour vous bénir les premiers qu'il l'a envoyé, afin que chacun de vous se convertisse et abjure son iniquité ^. »
Pierre allait soulever l'humanité sur sa couche de douleurs, comme il redressait le perclus de la Porta Speciosa. « Lève-toi et marche, » dira l'Église catholique à l'humanité tout entière. Le miracle du temple de Jérusalem ne fut qu'un épisode transitoire ; le miracle de l'humanité ressuscitée par la puissance du nom de Jésus-Christ est un fait permanent, immortel. « Vous avez mis à mort l'auteur de la vie. dit Pierre aux Juifs consternés. Vous avez livré à Pilate le fils de Jéhovah, votre Dieu. » Quelle affirmation plus nette, plus véhémente, plus précise de la divinité de Jésus-Christ pourrait nous demander encore le rationalisme? Oîi trouver, entre l'Ascension et le discours du prince des apôtres, sous le portique de Salomon, le temps « d'élaborer dans l'ombre la légende populaire qui attribua la divinité au fils du charpentier Joseph ? » Tout se tient, dans le faisceau des Livres sacrés, par des nœuds que le sophisme ne brisera jamais. Les apôtres parlent comme l'Évangile ; l'Évangile s'appuie sur le Testament Ancien. De Moïse à Jésus-Christ, ou plutôt, comme le dit saint Pierre, depuis l'origine du monde jusqu'à la consommation des siècles, l'histoire humaine se concentre dans la divine personnalité du Rédempteur.
15. « Pendant que l'apôtre parlait encore, survinrent les prêtres, rieneetJe-. :e capitaine du Temple et des docteurs sadducéens. Ceux-ci étaient ""ÇÏT' f urtout irrités d'entendre proclamer, en la personne de Jésus, le ^"^^^"^
* Deutcron., xviii, 1SM9. — « Genen., xu, 3. — 3 Act, m, 12 ad ultim.
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dogme de la résurrecliou des morts ; tous s'alarmaient de l'inÛuence exercée sm^ Ll multitude par la prédication des apôtres On n.rrêla Pierre et Jean, et on les fit garder en prison jusqu'au lendemain, car le soir était venu. Cependant, parmi les auditeurs, un grand nombre crurent , et on compta environ cinq mille hommes qu en ce jour embrassèrent la foi '. n
Tel fut le premier pas des témoins de Jésus-Christ sur la route du martyre. La prison où furent jetés les deux apôtres, avec le mendiant miraculeusement guéri par eux -, devait être une dépendance du palais Antonia. « 11 était tard, » et le capitaine du Temple dut se hâter d incarcérer les trois captifs dans le cachot le plus voisin. On ■ se souvient que la nuit n'avait pas été un obstacle au jugement du divin Maître. Cette fois les prêtres et les docteurs se montrent moins pressés dans leurs projets de vengeance. Ils respectent le règlement national, qui interdisait un acte quelconque de procédure, après le coucher du soleil ; mais ils violent toutes les lois divines et humaines, en chargeant de chaînes trois hommes dontih vont bientôt proclamer eux-mêmes l'innocence, ours de 16. « Le lendemain, les chels, les anciens et les scribes de Jéru-
' Pierre . ^ 1 T
Sanhé- salem se réunirent. Anne, le prmce des prêtres , Gaiphe, Jean,
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sumus. Alexandre et tous les membres de la race sacerdotale assistèrent h té de» cette assemblée. Ils firent comparaître les deux apôtres au milieu
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du Sanhédrin et procédant à l'interrogatoire leur demandèrent ; Par quelle puissance et en quel nom avez-vous agi ? — Alors Pierre, rempli de l'Esprit-Saint , répondit . Princes du peuple , prêtres d'Israël, écoutez. On nous traduit en jugement pour la guérison opérée sur un infirme ; on nous demande au nom de qui il a recouvré la santé. Sachez donc, vous et le peuple d Israël tout entier, que ce miracle a été fait au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Nazaréen, que vous avez crucifié, mais que Dieu a ressuscité d'entre les | morts. C'est par lui que ce perclus, maintenant debout sous vos "■
^Act., IV, 1-3.
* Le moiidiaut guéri par saint Pierre fut arrêté conjointement avec les deux apôtres. Cela résulte clairement des ver-ets 1, 9, 10 et 14 que nous traduisons plus loin. Cf. Cornélius a Lapide, In Ad., iv, 3.