‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 60 sur 97 · CTIAP. I. — CHAIRE DE SAINT PIERRE A ANTIOCHE · texte numérisé non relu

CTIAP. I. — CHAIRE DE SAINT PIERRE A ANTIOCHE

Tigre étaient ses tributaires. Ses tlottes sillonnaient la mer Egée et les rivages de l'Hellade ; elles entretenaient avec les ports de la Sicile et de l'Italie un échange régulier de communications. L'empire que Jésus-Christ était venu fonder sur la ter^'e, adopta, selon la judicieuse remarque de Baronius, les capitales du monde païen, pour en faire les boulevards de la foi. Ce fut une date solennelle, dans l'histoire du genre humain, que celle de l'arrivée de Pierre à Antioche. Après tant de siècles écoulés, ce jour mémorable e?t célébré chaque année par les catholiques de tout l'univers. Antioche, déchue aujourd'hui de son rang de métropole, a vu s'amonceler autour d'elle les ruines de ses palais et de ses temples. La population qui l'habite en ce moment suffit à peine à réveiller les échos de son immense enceinte; sous son nom turc, il semble qu'elle ait rompu avec tous les souvenirs de sa gloire. Et pourtant le monde entier saura jusqu'à la fin des siècles que l'an 36 de notre ère, le 22 février, Antioche eut l'honneur de recevoir dans ses murs un pêcheur gajléen, qui s'appelait Simon et que Jésus-Christ avait surnommé Pierre.

63. « Dans la quatrième année qui suivit l'Ascension de Notre- La chaire <?; Seigneur au ciel , dit la Chronique d'Alexandrie , Pierre l'Apôtre , TAntioche! étant parti de Jérusalem , vint à Antioche la Grande , et y prêcha ^pio'te's°anla parole de Dieu. Il prit lui-même en main l'administration de ^'jerne? cet épiscopat , et s assit sur la chaire de cette Église , se rendant ainsi aux prières des frères convertis du judaïsme à la foi; car Pierre , en ce voyage , ne communiqua point avec ceux du paganisme qui s'étaient faits chrétiens. Laissant les choses en cet état, il quitta Anlioche K n Les témoignages de toute l'antiquité chrétienne confirment le fait. Les protestants modernes conviennent de l'authenticité de ces témoignages. « La tradition qui attribue à Pierre la tondation et le gouvernement de l'Eglise d'Antioche , dit l'un d'eux, est très-ancienne; Eusèbe la rapporte -; saint Jérôme

1 Chronicon Pascale seu Alexandrinum. Olymp. 203; Patrol. grcec, tom. XGII, îol. 558.

2 Hist. eccles., III, 36. (Note de M. de Pressensé , Hist. des trois premitrt liècles, tom. I, pag. 405.)

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également *, et Origène l'a confirmée ers ces termes : Ignatium dico episcopum Antiochiœ post Petrum secundum ^. Le Liber pontificahc ne fait que copier les Pères , de même que Baronius ^ et avec lu/ tous les écrivains catholiques. » On ne saurait plus explicitement rendre hommage au double caractère d'antiquité et d'universalité de la tradition. « Mais, ajoute le même écrivain, le silence de l'auteur des Actes infirme tous ces témoignages. Nous prouverons plus tard que l'épiscopat n'existait pas à cette époque. On s'explique très-bien l'origine de la légende. Les idées épiscopales rendirent bientôt nécessaire la régularisation rétrospective de l'Église d'Antioche au point de vue hiérarchique ; on ne pouvait s'en tenir au récit des Actes , qui en attribuaient la fondation à de simples évangélistes. On savait que Pierre avait à la même époque , voyagé dans les contrées voisines. Quoi de plus naturel que d en faire le premier évèque d'Antioche'*? » Voilà comment le parti pris et les préjugés de secte peuvent égarer des esprits sérieux. Quand Théophile d'Antioche se déclare le sixième évêque de cette ville après saint Pierre ^, il débite une légende! Quand Eusèbe de Césarée, Ihistorien le plus exact de l'antiquité chrétienne, et qui avait l'avantage de vivre sur les heux mêmes, affirme que saint Ignace fut le troisième évêque d'Antioche après saint Pierre ®, il raconte une fable ! C'est encore une fable qu'il insère dans sa Chronique universelle, à la date de l'an 43, par cette note aussi simple dans son exposé que significative dans sa concision : « Pierre le chef ayant d'abord fondé l'ÉgUse d'Anlioche , vint •■» Rome prêcher 1 Évangile. Après avoir été le premier évêque d'Antioche , il fut le premier de Rome , et garda ce dernier siège jusqu'à sa mort ! » Origène , qui passa de longues années en Syrie, répète une légende lorsqu'il nous dit qu'entre saint Pierre et saint Ignace il n'y eut qu un seul évêque, à Antioche, saint

1 De Viris illusir., i. (It.)

» /« Luc. fiom. VI; tom. 111, édit. Dclarue, pag. 738. (It.) — » Annal., i, 845. (It.)

* Pressensé, ibid. — s Euseb., Hist. eccles., !ib. IV, cap. xxîv; PatroU grœc, XX, 389. — « Euseb., Chronic ; PalroL. grmc, XIX, K33.

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Jérôme redit la même fable en ces termes : « Ignace, le troisième dvêqne d'Antioche depuis Pierre l'apôtre, fut condamné aux bêtes et fut envoyé enchaîné à Rome, où il fut martyrisé sous Trajan *. )» Enfin, saint Jean Chrysostôme, ce puissant génie, aussi grand par l'érudition que par l'éloquence, qui vit le jour à Antiocbe, qui fut élevé dans cette Église, qui en devint prêtre et qui en est resté l'une des plus brillantes lumières, savait si peu l'histoire de sa patrie qu'il se fait lécho d'une légende! La population d'Antioche à laquelle il s'adresse, du haut de la chaire de vérité, ne proteste pas contre une telle fable, en entendant l'illustre oraieur s'écrier, dans son panégyrique de saint Ignace : « Quelle est la quatrième couronne qui brille au front de cet évêque? Je le dirai; c'est d'avoir eu à gouverner notre patrie. S'il est dillîcile de commander à cinquante, à cent hommes, quelle sagesse, quelle vertu ne faut-il pas pour diriger cette cité illustre, pour commander une population de deux cent mille âmes ? Dans les armées impériales, les légions prétoriennes, les plus nombreuses de toutes, ont pour chefs des otliciers d'élite; de même dans l'administration civile, les villes les plus considérables sont régies par les fonctionnaires du mérite le plus éprouvé. C'est ainsi que Dieu a voulu traiter Antioche. Il y fixa longtemps l'Apôtre à qui il avait confié le gouvernement du monde entier, Pierre, aux mains de qui il avait remis les clefs du ciel ; au pouvoir et au jugement duquel il avait soumis tout le reste; en sorte qu'on pourrait dire que notre cité soutient à elle seule le parallèle avec l'univers ! Et puisque j'ai cité Pierre, je touche à la cinquième couronne de saint Ignace, celle que Pierre lui a tressée de ses mains, en l'appelant à l'honneur de lui succéder en cette chaire épiscopale. Quand un architecte a extrait de la carrièje la pierre qu'il veut placer au fondement d'un vaste édifice, il en cherche une autre qui ne lui soit pas trop inférieure, pour élever la seconde assise, ei assurer la base de la construction. Ainsi Pierre, éloigne d'Antioche, choisit pour cette Église, avec la grâce de l'Esprit-

1 Hierou., De Viris tllustr., cap. xvi; Patrol. lat., XXIII, 633.

Saini, un docteur digne de lui-même, afin que l'édifice naissant ne périclitât point par la défaillance du successeur ♦. » Prétendre que Théophile d'Antioche, en l'an 168 de notre ère, Origène en 230, EusèbeenSlo, saint Jérôme et saint Jean Chrysostôme (344-407) sont des légendaires, qui se sont trompés sur un fait aussi facile à contrôler à l'époque où ils vivaient, constitue réellement un outrage à la bonne foi historique. Nous demandons si l'existence d'Alexandre ou de Gyrus pourrait nous être prouvée plus péremptoirement. En vérité qui èfes-vous donc pour traiter de légendaires des témoins qui se nomment Eusèbe, Origène, Chrysostôme? Mais, dites-vous, l'auteur des Actes garde le silence sur la fondation dd l'Église d'Antioche par saint Pierre. L'auteur des Acfes, répondraisje, garde aussi le silence sur le martyre de saint Pierre, et cependant vous croyez que saint Pierre fut martyrisé. Nous prouverons, dites-vous, que l'épiseopiit n'existait point à celte époque. Permettez-nous, en attendant votre démonstration, d'en cr^ ire le mot de saint Paul : « L'Esprit-Saiut a posé les évêques pour régir l'Eglise de Dieu ^. »

La fêle de la 64. Mais ce ne serait point assez d'avoir fait justice de ces insaint pierre croyablcs prétentions. 11 importe, en un temps où l'on a tout nié sans pudeur, d'insister plus que jamais sur les caractères historiques du cathohcisme. A force de pailer légendes, on en était venu, vers la fin du dernier siècle, à reu erser en France l'édifice de la foi. Disons-le donc : La solennité annuelle de la chaire de saint Pierre à Antioche, célébrée de temps immémorial au sein de l'Eglise, se» rait seule, et à défaut de tout autre monument, une démonstration incontestable du fait lui-même. La tradition catholique n'est pas chose aussi frivole que le protestantisme affecte de le croire. Nous ne connaissons rien, dans les annales du monde, qui soit plus sérieux, plus grave et plus solennel. Notre-Seigneur n'avait laissé, en quittant la terre, aucun document écrit. « Allez, avait-il dit à ses apôtres, enseignez toutes les nations, apprenez-leur à observer

• Joan. Ghrysost.j In S. Ignat. martyr.; Patrol. grcec, L, 591.

* Discours de saiat Paul aux fidèles de Milet, Acl,, XJ, 28.

à Anliur.lie.

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tout ce que je vous ai prescrit, et voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles *. » La tradition est donc la loi «^ essentielle, la base divine de l'Église. Or, pour le fait qui nous occupe, la tradition était si fidèlement maintenue que chaque chrétienté conservait, dès les premiers siècles, les tables sacrées, les dyptiques, où l'on inscrivait par ordre le nom de chaque évêque. r ^^^-^ Ces listes étaient récitées dans les offices publics, et l'on en faisait n^^ publiquement mémoire pendant la célébration des saints mystères. ,,^ '^ ^ . Ce n'est pas tout; le jour anniversaire d'une intronisation épiscopale ^ était un jour de fêle célébré par les fidèles tout un diocèse. Il en était ainsi à l'époque de saint Augustin, de saint Jean Chrysostôme , de saint Léon le Grand. Nous avons encore les discours qu'ils adressaient à leurs peuples en cette circonstance, Aujour- u d'hui même , les dyptiques, dressés annuellement pour régler les offices dans chaque diocèse, inscrivent le jour de la prise de possession de l'évêque, et indiquent des prières spéciales pour cet anniversaire. Or la fête de la chaire de saint Pierre à Antioche se célébrait dans l'Église universelle, dès l'an 354. Un calendrier dressé à cette époque, sous le pape Libère, place cette solennité à la date du 22 février. Trois homélies prononcées par saint Léon le Grand, à l'occasion de cette fête, nous prouvent que les fidèles étaient habitués à la célébrer avec un concours et une pompe extraordinaires. Et l'on s'imagine qu'au sein de l'Église catholique, où la tradition est sacrée, de tels faits n'ont d'autre valeur que vceux d'une légende ! « On savait, dites-vous, que Pierre avait voyagé dans les contrées voisines, quoi de plus naturel que d'en faire le premier évêque d'Antioche? » Mais l'on savait aussi, par le té- v. moignage des Actes, que Pierre avait réellement porté le premier la foi à Césarée, et cependant on ne l'indique nulle part comme le premier évêque de Césarée. Le séjour de Pierre à Joppé avait as- 5ez de célébrité , et cependant Pierre n'est indiqué nulle part comme le premier évêque de Joppé. « On s'expHque très-bien, dites-vous , l'origine de la légende. Les idées épiscopales reii»

» Matth., xxvin, 19, 20.

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dirent bientôt nécessaire la régularisation rétrospective do l'Église d'Antioche , au point de vue hiérarchique. » Mais cette nécessité dont vous parlez se fût également fait sentir pour l'Église de Gésa rée, la seconde ville de Syrie, la métropole romaine de la Palestine. Or Eusèbe, évêque de Césarée, et très-certainement imbu des idées épiscopales. selon votre expression , ne profite pas du voyage de saint Pierre, mentionné par les Actes, pour s'attribuer le titre glorieux de successeur de saint Pierre. Direz-vous qu'on ne pouvait donner à Pierre un siège même aussi considérable que celui de Césarée, ville de plus de cent mille âmes, parce qu'en somme il était relalivement inférieur à celui d'Antioche? Mais Ci' serait avouer la primauté de saint Pierre, que tout le luthéranisme répudie. Il n'est donc pas aussi facile qu'on le croit de se débarrasse i- de la tradition catholique, en lui jetant l'injurieuse épithète de légende! iDtPanitt 65. On ne doit cependant point entendre l'épiscopat de saint Antiochc. Pierre à Antioche d une résidence iixe et permanente, pendant les

Le nom i • i • • i • r

;hrétien, sept années que le prince des apôtres y maintint sa chaire sacrée. Saint Luc nous donne sur ce point la mesure exacte de ce qui se passa dans cette vie apostohque. « Pierre, dit-il, parcourait en les visitant toutes les Églises nouvelles de ce pays *. » La Chronique d'Alexandrie nous apprend en effet « qu'après avoir pris possession de la chaire d'Antioche, il poursuivit son voyage. >> Elle ajoute que Pierre ne communiqua point alors a avec ceux des piiïens qui avaient embrassé la foi. » Cette particularité prouve que la fondation du siège patriarcal d'Antioche précéda la conver.-ion du centurion Cornélius. « Or, continue Thistorien sacré, quelques fidèles originaires de Chypre et de la Cyrénaïque étant venus ensuite à Antioche, se mirent en rapport avec les païens de cette ville, et leur annoncèrent l'Évangile du Seigneur Jésus. La main de Dieu était avec ces prédicateurs, et le nombre de ceux qui crurent et se convertirent fut grand. Cette nouvelle parvint à l'Eglise de Jérusalem, qui envoya Barnabe à Antioche. Témoin des merveilles que la grâce de Dieu y opérait, Barnabe fut comblé de joie, et il exhor

« Ad., IX, 32.

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tait tous les fidèles à persévérer, d'un cœur ferme, dans la voie du Seigneur; car Barnabe était bon, et son cœur était rempli de foi et des dons de l'Esprit-Saint. 11 partit pour Tarse, afin d'y aller chercher Saul, qu'il ramena avec lui à Antioche. Pendant un an , ils demeurèrent dans cette Église, et y convertirent pnr leurs prédications une multitude d'habitants. Ce fut à Antioche que les disciples reçurent pour la première fois le surnom de chrétiens '. »

Que de mystères de charité apostolique , d'humble abnégation, de dévouement silencieux et d'amour fraternel, cachés sous la simple formule de ce récit! Barnabe est envoyé par l'Église de Jérusalem, c'est cà dire par Pierre et les autres apôtres, pour cvangéliser les païens de la grande cité d'Antioche. 11 est témoin des merveilles que la grcâce y opère. Les gerbes d'âmes remplissent la main des moissonneurs évangéliques. Barnabe n'a pas un seul instant la pensée de retenir pour lui ce champ fertile. L'année précédente, il a connu Paul, il a entendu les accents inspirés de cet apôtre; il songe dès lors à appeler un auxiliaire dont la coopération l'éclipsera bientôt lui-même. Si l'on observe que Barnabe n'était luimême qu'un envoyé des apôtres de Jérusalem, on comprendra facilement qu'il ne dut point prendre seul l'initiative de la mesure qu'il méditait. 11 la soumit certainement à ceux dont il tenait sa mission, et par conséquent à Pierre, le chef des apôtres. Quand l'humble Barnabe va chercher Saul à Tarse, il obéit donc à Pierre qui l'envoie. Pierre et Paul commencent à Antioche cette communauté de l'apostolat qu'ils scelleront à Rome par le martyre. Barnabe est le trait d'union entre ces deux grandes âmes. Voilà une partie des sous-entendus que l'historien racré laisse entrevoir quand il dit : « Barnabe était vraiment bon, son cœur était rempli de foi et des dons de l'Esprit-Saint. » Dieu bénit cette alliance sublime de l'autorité, du génie et de l'humilité. Les progrès de 1 Eghse d'Antioche furent merveilleux. Le gouverneur de Syrie, Vitcllius, qui faisait sa résidence dans cette ville, ne paraît pas avoir cherché à les entraver. Occupé d'ailleurs h cette époque dans

' Art., XI, 20-27.

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ime guerre contre les Parthes, qu'il termina par de brillants succès, il ne songeait guère que l'étendard de Jésus-Christ, porté par des Juifs obscurs, et élevé au-dessus dune légion de chrétiens, put êire destiné à voir s'incliner devant lui l'aigle des Césars. Ce fut d'Antioche que le nom chrétien prit son essor pour voler à la conquête du monde. Ce nom arrivait défiguré aux oreilles des Romains , qui devaient apprendre plus tard à le mieux connaître, et Suétone récrivait encore avec un barbarisme : Impuhore CHRESTO '. Le Christ allait pourtant poser sur la langue romaine le sceau de l'immortalité. « Jusque-là, dit saint Alhanase , les fidèles qui avaient embrassé la doctrine de Notre-Seigneur Jésus- Christ s'étaient simplement appelés disciples. Mais déjà surgissaient un grand nombre dhérésiarques , cherchant à faire prévaloir leurs erreurs sur l'enseignement apostolique, ils donnaient aussi à leurs adhérents le nom de disciples, en sorte qu il n'y avait nulle distinction entre les vrais fidèles de Jésns-Christ et les faux disciples qui suivaient les errements d'un Dosithée, d'un Judas ou d'un sectaire nommé Jean. Ce fut alors que les apôtres, réunis à Antioche, prirent la décision mentionnée au livre des Actes, ils convinrent que désormais les vrais disciples porteraient le nom de chrétiens, pour les distinguer de la foule des faux disciples. Ainsi s'accomplissait la parole d'Isaïe ^ : « Sion, tu porteras un nom nouveau que le Seigneur te donnera ^I »

66. ( Eu ces jours-là, reprend saint Luc, des prophètes de Jérusalem vinrent à Antioche. L'un d'eux, nommé Agab *, inspiré par l'Esprit-Saint, se leva, et prédit qu'une grande famine désolerait bientôt i'univers. Elle arriva en effet, sous le règne de l'empereur Claude. Tous les disciples proposèrent alors d'envoyer, chacun selon son pouvoir, des secours aux frères de la Judée. Ils le firent

1 Sueton., Claudius, XXV. — 2 7^., Lxn, 2. — s s. Athan. cité par Vigile de TapsBj Contra ariunos Dio/og. I, cap. xx; Patrol. lat., LXII, 194.

• Agab est un nom hébreu. Il dé.-^igne en celle langue l'insecle que nous appelons sauterelle : locusta. Le texte grec des Actes a ajouté à ce nom la terminaison hellénique Ayagoç, de même que la Vulgate lui a donné la désinence latine, Agabus. Nous lui conservons ici sa foi me hébraïque.

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et envoyèrent leur collecte aux anciens de Jérusalem, par les envers icu«

frères

mains de Saul et Barnabe *. » de Judée

L'historien sacré, pour ne point couper son récit, raconte à la fois la prophétie et sa réalisation. Elles furent séparées l'une de l'autre par un intervalle d'environ sept années, qui furent remplies par le règne de Caligala, et les quatre premières années de celui de Claude. Dion et SuéLone nous parlent de l'horrible détresse ov' la ville de Rome se trouva alors réduite. L'empereur fut assailli un jour, au milieu du Forum, par la populace atiamée. Il se vit en un instant accablé d'injures et poursuivi par la foule qui lui lançait, en guise de projectiles, les croûtes de pain dur dont elle était obligée de se nourrir. Une porte dérobée du palais se trouva heureusement ouverte, et Claude en profita pour se soustraire à l'émeute. Le danger qu'il venait de courir lui fit prendre des mesures efficaces, pour ramener l'abondance au sein de son immense capitale. Obligée de faire venir de toutes les provinces de l'empire, et prin- . cipalement de l'Egypte, ses approvisionnements de blé, Rome n'avait qu'un port insuffisant , où les vaisseaux ne pouvaient aborder Ihiver. Claude fit alors exécuter à Ostie des travaux gi- ' gantesques et changea sa rade incommode et étroite en un bassin qui pouvait contenir toutes les flottes de l'univers 2. Si la famine était grande à Rome, on peut facilement imaginer ce qu'elle fut à Jérusalem. L'historien Josèphe nous a décrit ses ravages. Les collectes envoyées de Syrie aux anciens de Jérusalem suppléèrent à la détresse d'une Église qui avait embrassé la pauvreté volontaire. Nous avons ici une preuve de fait contre les modernes so- ^ ciahstes, qui prétendent que le communisme était obligatoire pour les chrétiens de la primitive Eghse. Évidemment si les disciples de Paul et de Barnabe à Antioche eussent renoncé à leurs biens, ils •

a'auraient pas eu de quoi subvenir aux besoins de leurs frères de -Palestine. En dehors de ces subsides de la charité catholique, Jéru- \

salem trouva en cette circonstance nu secours inattendu. On vit un jour arriver au Temple une princesse de l'Adiabénie, nommée

» Sueton.,. Claud.^ XVIII, XIX, — « Dio Cass., Claud.; Annal., vj lib. LX^ Bistor, roman.

Hélène, convertie au culte mosaïque par un marchand juif, appelé Ananias. Déterminée à passer le reste de ses jours dans la Ville sainte, elle avait remis à son fils Izate le gouvernement de ses États, et venait avec une saite nombreuse se fixer à Jérusalem. A la vue des souffrances du peuple et des nombreuses victimes que la famine faisait chaque jour, Hélène envoya acheter, dans l'ile de Chypre, d'énormes quantités de figues sèches. Elle fit venir d'Alexandrie des navires chargés de blé. Izate son fils mit à sa dispositioa des sommes considérables; le fléau fut ainsi conjuré '. L'historien Paul Ûrose prétend que la reine d'Adiabénie embrassa plus tard la foi de Jésus-Christ ^. Mais Eusèbe ne parle point de cette conversion, qu'il eût très-certainement signalée si elle eût été réelle. Josèphe n'en dit rien non plus : il est vrai que son silence sur ce point eût été trop intéressé pour avoir une grande valeur. Mais comme la princesse Hélène fut ensevelie, avec son lils Izate, dans le tombeau qu'elle s'était fait construire à Jérusalem, et que les princes des prêtres et tout le peuple assistèrent à ses funérailles, on peut conjecturer que la royale étrangère n'était point chrétienne, ou qu'elle avait du moins soigneusement dissimulé sa croyance aux yeux des Juifs. Quoi qu'il en soit, le tombeau d'Hélène, dont on montre encore les ruines aux pèlerins, est un monument qui atteste la vérité de la prédiction d'Agab. Nous retrouverons encore une fois, dans le récit des Actes, le nom de ce disciple de Jésus-Christ, qui avait reçu le don de prophétie ^ L'Esprit-Saint communiquait ainsi visiblement ses grâces aux fidèles de l'ÉgHse naissante, « accordant aux uns, dit saint Paul, le don de l'éloquence; à d'autres, celui de l'interprétation des Ecritures; à l'un le pouvoir des miracles; à l'autre le discernement des esprits, ou le don des langues "*. »

1 Josepli., Antiq. jud., lib. XX, cap. il.

2 OfOi., Hisior., lib. VU, cap. vi; Putrol. lat., XXXI, 1075. On montre encore aujourd'hui, au nord de Jérusalem, les ruines du tombeau d'Hélène. Cette princesse s'était fait construire un palais sur le mont Acra. Il n'en reste que dea décombres. Hélène survécut au roi Izate. La mort de ce prince la rappela en Adcabénie, cù elle mourut elle-même. Son second fils, Monobeze, fit porter à Jérusalem le corps de sa iBôrc et de son frère.

- » Act., XXI, 10. — * I Cor., Âii, R-in,

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