CIIAP. I. — VOCATION DES GENTILS
ange lui était apparu et lui avait dit : Envoie chercher à Joppé Simon, surnommé Pierre. Il te dira les paroles qui doivent le donner le salut, à toi et à toute ta maison. Je commençais à leur parler, quand l'Esprit-Saint descendit sur eux, de la même manière qu'il descendit sur nous à la Pentecôte. Je me souvins alor;^ de la parole que le Seigneur nous a dite : « Jean baptisait dans l'eau, mais vous serez baptisés dans l'Esprit-Saint*. » Si donc, ajouta Pierre, Dieu accorde aux païens les mêmes grâces qu'il nous a faites à nous-mêmes qui avons embrassé la foi de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui suis-je moi pour résister à Dieu? — En l'entendant parler ainsi, les murmurateurs gardèrent le silence; et les frères glorifiaient Dieu en disant : Le Seigneur a daigné aussi appelei* le^ païens à la pénitence et à la vie ^. »
Il tallaii que les apôtres et les disciples eussent une bien grande idée de l'autorité de leur chef, pour que Pierre employât vis-à-vis d'eux l'éloquente apostrophe par laquelle il conclut son discours! Quoi qu'il en soit, saint Épiphane nous a conservé un détail précieux sur ce premier consistoire, où Pierre entouré de ses frères dans l'apostolat, expose la situation de l'Église, et trace des règles de conduite aux pasteurs. « Au retour de Pierre à Jérusalem, après sou voyage de Gésarée , dit saint Épiphane , l'un des disciples nommé Cérinthe, souleva tout le troupeau des Judaïsants contre TApûtre. H est entré chez des incirconcis! s'écriait-il avec horreur. Ainsi Cérinthe préludait t'u rôle qu'il devait jouer plus tard, alors qu'il inonda l'Asie du poison de ses erreurs , et qu'il fut tombé dans le gouffre de l'hérésie. Circoncis lui-même , il éprouvait un sentiment de haine et de vengeance contre les fidèles que Dieu allranchissait de cette loi céréraonielle. Mais le Seigueur ians son amour pour les hommes , maintient et garde en sor intégrité l'inviolable dépôt de la foi. Le saint apôtre Pierre confondit l'audace de Cérinthe. La vocation de Cornélius à la foi fui l'œuvre exclusive , et comme le fruit mystérieux de la miséricorde divine. Il en fut ainsi pour que Pierre et les apôtres com-
» Malth., III, 11; Marc, ï, 8; Luc, ui, 16; Joau.. i, 2G. — ^ Act.. xi, 1-18.
398 POKTinCAT DE SAINT PIERRE (33-66).
prissent que le salut accordé aux nations ne venait point des hommes , mais de Dieu. Voilà pourquoi Cornélius reçoit les dons de VEsprit-Saint , après avoir été favorisé d'une vision angélique par laquelle Dieu déclare quïl a pour agréables ses prières, ses jeûnes et ses autres bonnes œuvres. Ainsi les apôtres , et audessus d'eux Pierre à qui il appartenait d'ouvrir les portes de l'Église, ne pouvaient repousser celui que Dieu même appelait manifestement '. »
§ XII. Chaire de aaint Pierre à Antioche.
62. « Or, dit saint Luc, ceux des frères qui avaient été dispersés par la violente persécution soulevée à Jérusalem, lors du martyre d'Etienne, étaient allés en Pliénicie,dans l'île de Chypre et jusqu'à Antioche, observant toutefois de ne prêcher lÉvangile qu'aux Juifs seuls 2. »
C'est à cette période de l'histoire ecclésiastique qu'appartient la fondation de la chaire de saint Pierre à Antioche. Cette métropole de la Syrie, la troisième ville de l'univers, et l'abrégé des merveilles du monde ^, comme on disait alors, rivalisait de splendeur avec Alexandrie et Rome même. Cicéron nous apprend qu'elle était le centre intellectuel de l'Orient, et que l'éclat des lettres et des sciences, dont elle s'était faite le sanctuaire*, répondait à la magnificence de ses palais, de ses temples, de son cirque et de ses bazars où s'étalaient toutes les richesses de l'Asie. Sa situation sur l'Oronte, en face de l'île de Chypre, non loin de la Méditerranée, la mettait en rapport avec les principales provinces de l'empire. D'une main elle touchait à l'Egypte par le littoral phénicien, de l'autre à l'Asie-Mineure par les côtes de la Pamphilie et de la mer Egée. Adossée aux plaines de la Mésopotamie, l'Euphrate et le
1 S. Epiph., Ilœres., XXVIII, cap. ii; Patrol. grœc, XLI, 580, 581. On voit que saint É, ipLane, comme saint Cliry»03tôme, lisait le texte grec des Actes, tel que nous l'avons maintenant, et qu'il rappelle le jeûne du ceiiturioa Cornélius.
» Act., XI, 20. — 3 Totiu3 orbis compendvim. — * Cicer., Pro Archiâ, m.
UMf^^ îvw>v:rfcvw VuU tX t'9^^A.^^ Vt.