CHAP. IX. — EXCOMMUNICATION. RETRAITE A ÉPIIREM
a point eu de résurrection à Bétlianie, pourquoi cette localité, détruite par les Romains, et ayant survécu à cette première ruine, a changé son nom historique pour s'appeler : « Village de Lazare. » Pourquoi, si l'Évangile n'est qu'une légende, la tradition a-t-elle si soigneusement conservé le souvenir de Lazare; pourquoi surtout le tombeau lui-même conserve-t-il en ce moment, après tant de siècles de révolutions, la forme exacte et précise que lui donne l'historien sacré? Les apocryphes, les écrivains légendaires peuvent inventer des récits, mais ils ne sauraient créer ni les monuments, ni les traditions locales.
§ III. Excommunication. — Retraite ù. Épiirem.
39. « Or, continue l'Évangéhste, un grand nombre d'entre les semcûce Juifs qui étaient venus près de Marie et de Marthe, et qui avaient '^^téTpar7e' va le miracle opéré par Jésus, crurent en lui. Cependant quelques- conSlus. uns d'entre eux allèrent trouver les pharisiens , et leur dirent ce qu'avait fait Jésus. Les pontifes et les pharisiens réunirent le Conseil. Que faire? disaient-ils. Voilà cet homme qui opère une multitude de prodiges! Si nous le laissons agir ainsi, tous croiront en lui; et les Romains viendront détruire notre ville et notre nation. — L'un d'eux, nommé Caïphe, qui était le grand prêtre de cette année, leur répondit : Vous êtes sans intelligence, et ne comprenez pas qu'il est expédient qu'un seul homme meure pour le peuple, plutôt que de voir périr la nation entière. — Or, cette parole de ^ Caïphe lui fut inspirée. Comme il était le grand prêtre de cette année, il prophétisa ^ que Jésus devait mourir pour la nation, et non-seulement pour la nation juive en particulier, mais afin de rassembler, sous sa direction unique, les enfants de Dieu, dispersés dans tout le monde. A partir de ce jour, ils songèrent donc à le mettre à mort. C'est pourquoi Jésus ne se montrait plus en public parmi les Juifs; mais il se retira dans la contrée voisine du désert, en la ville d'Éphrem, et il y demeurait avec ses disciples. Or, la
* Sans le savoiré
134 HISTOIRE DE l'égose. — l" frOQrE (AK 1-312).
Pâque des Juifs était proche. Un grand nombre des habitants de la contrée montèrent à Jeruf^alem, avant la Pâque, pour y accomplir les purifications préparatoires. Les Juifs cherchaient Jésus parmi cette foule. Ils se disaient les uns les autres, dans le Temple : Que vous en semble? Ne viend?a-t-il pas ici pour la solennité? — Or les pontifes et les pharisiens avaient publié l'ordre à quiconque saurait où était Jésus, de le dénoncer, pour qu'ils pussent s'emparer de sa personne '. »
La royauté 40. Les membres du Sanhédrin, sous la présidence de Caïphe,
ck Jésus. . ,,,T.,i.
constatent la réalité du miracle opéré a Bethanie, et du pouvoir
thauinaturgique dont le Sauveur donnait à chaque instant des preuves nouvelles. «Voilà, disent-ils, que cet homme opère une multitude de prodiges! Tous vont croire en lui! » Cette dernière parole, dans la bouche des docteurs pharisiens, a nne signification précise qu'il faut comprendre. Il importerait fort peu aujourd'hui, dans nos civilisations modernes, que l'opinion publique, prenant parti pour tel ou tel docteur, se prononçât, par exemple, en faveur de l'homœopathie contre l'allopathie; pour la doctrine des générations régulières contre celle des générations spontanées. S il se produisait chez nous un système complet d'astronomie , partant d'une base diamétralement contraire à celui de Galilée et ayant la prétention d'expUquer tous les phénomènes célestes, quand même, par engouement irréfléchi, par amour de la nouveauté, la foule se déclarerait unanimement pour la théorie nouvelle, la politique des hommes détat s'en préoccuperait fort peu. Elle laisserait aux savants, directement intéressés dans la question, le soin de défendre leurs préjugés de corps, leurs précédents officiels et leur amourpropre engagé. Telle n'était pas l'atlitude du Sanhédrin. « Si nous laissons faire Jésus, disent les hommes d'état de Jérusalem, tous croiront en lui, et les Romains viendront détruire notre ville et notre nationalité. » Pour que la foi à Jésus pût leur faire craindre de telles conséquences pohtiques, il fallait que cette foi fût bien dilférente de l'adhésion qu'on pourrait donner, de nos jours, à des
* Joan., XI, 45 ad ultim.