CHAP. II. — INTERRÈGNE
suspens ceux qui peuvent attendre. A l'égard de ceux qui sont dans un péril imminent de mort, s'ils donnent des signes d'un vrai repentir, qu'on les admette. Mais prenons garde que les méchants ne louent notre extrême facilité, et que les vrais pénitents ne nous accusent d'une rigueur et d'une sévérité outrées *. » 42. Ce décret, adressé particulièrement à sain^ Gyprien, fut en- ' voyé aussi à toutes les chrétientés du monde, parce qu'il répondait à un besoin général. Telle était dès lors l'Église romaine. Privée ■de son chef par le martyre, exposée aux plus rudes coups des perjsécuteurs, non-seulement elle demeure inébranlable, mais elle communique de sa fermeté aux autres églises, sur lesquelles elle ne cesse de veiller. Attentive à toutes les démarches de l'erreur, elle sait résister aux pièges de l'hérésie ou du schisme et en prémunir les fidèles. C'est ainsi que Privât, évêque hérétique de Lambèse, en Numidie, profitant de la persécution et de la vacance du saint-sîége, ftvait envoyé des émissaires à Rome pour obtenir des lettres de communion. Saint Cyprien avertit le clergé romain de se tenir eiE garde contre ses artifices. « Vous avez suivi votre coutume, ré' pondent les prêtres de Rome àl'évêque de Carthage, en nous don» nant cet avis ; car nous devons veiller pour le corps de l'Église^ dont les membres sont distribués par toutes les provinces. Mais, sivant d'avoir reçu vos lettres, les menées de l'hérétique ne nous avaient point échappé. Futurus, adepte de Privât, est venu pour obtenir de nous des lettres de communion ; ses démarches ont été j^ infructueuses. » L'histoire enregistre avec soin des faits de ce genre. Ils prouvent d'un côté l'intérêt avec lequel les hérétiqueî cherchaient, dès lors, à se faire appuyer par le siège de Rome, ^ comme par le centre de la doctrine et de l'autorité ; de l'autre, la * vigilance avec laquelle le siège de Rome gardait le dépôt de la foi. La question des apostats ne laissa pas, malgré cette décision, d'agiter encore l'église de Carthage. Saint Cyprien y avait envoyé deux évêques, pour examiner l'âge, la condition et le mérite de «eux qui devaient être promusb à son retour, aux fonctions ecclé-
>s. typr., Epist. xxx.
tO'i IKTERi^,KE (20 JANVIER 250-2 JUIN 231).
siastiques, et pour rendre compte de la conduite des lapsi. Cette mission excita l'envie de quelques mécontents. Un homme artifieieux, nommé Félicissime, soutenu des cinq prêtres qui s'étaient apposés à l'élection de saint Cyprien, se déclara ouvertement en révolte contre son évêque. Parmi eux se trouvait Novat, prêtre indigne, dont les crimes étaient aussi notoires qu'épouvantable?. 11 établit de sa propre autorité Félicissime diacre, et, le laissant à. Carthage, il prit le chemin de Rome, dans rintb\tion, sans doute, de présenter les faits sous une couleur qui pût lui être avantageuse. Tel est en résumé et dans ses lignes générales le schisme de Car- ■ hage, qui devait plus tard s'étendre à toute la catholicité et «o l ersonnifier dans l'antipape Novatien. Il importe d'en étudier plus en détail la marche ténébreuse, et de connaître à fond les import'int^?? nécrôciations auxquelles il donna lieu.