‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 23 sur 96 · CHAP. II. — INTERRÈGNE · texte numérisé non relu

CHAP. II. — INTERRÈGNE

prêtres, sans en référer à l'évêque, s'arrogeaient le drait de réconcilier avec l'Église et d'admettre aux sacrements tous ceux qui se présentaient munis d'une pareille recommandatian.

40. Saint Cyprien réclama fortement contre ces indignes aLus. îl donna, du lieu où il se tenait caché, les instructions les plus précises et envoya au clergé de Rome toutes les pièces de cette affaire, en même temps qu'il lui écrivait pour expliquer les motifs de sa retraite, qui avaient été mal interprétés à Rome. De son côté, Lucianus, poussé d'ailleurs par quelques prêtres et diacres indlsriplinés, pressait la réconciliation des apostats, en vertu des '>jiïiets des martyrs. îl osa même adresser à saint Cyprien, au nom de DUS les confesseurs, cette lettre : <( Tous les confesseurs au pape^ Cyprien, salut. Sachez que flous avons donné la paix à tous ceux sur lesquels vous aurez pris des informations au sujet de leur conduite depuis la chute, et nous voulons que vous le mandiez aux autres évêques. Nous souhaitons que vous ayez la paix avet les saints martyrs. — En présence d'un exorciste et d'un lecteur. — Écrit par Lucianus 2. » Par suite de cette étrange lettre, on vit, en divers endroits, les peuples s'élever contre leurs prélats, ti exiger d'eux sur-le-champ la communion qu'ils croyaient leur avoir été accordée universellement par les martyrs et les confesseurs. Saint Cyprien, dans cette difficile situation, prit encore k parti d'écrire à l'Église de Rome, et il lui adressa, avec le billet d(f Lucianus, tous les autres documents relatifs à cette affaire.

4i. Les prêtres qui administraient l'Église romaine, pendant L\ vacance du Saint-Siège, répondirent par une admirable lettre, où ils approuvent entièrement la conduite du saint évêque, blâmant ^'arrogance des apostats et encore plus l'indiscrétion de ceux qui îes excitaient. « Rien de plus convenable dans la paix, disent-ils, Tien de plus nécessaire dans la guerre d'une persécution, que de s-, tenir inviolableraent attachés à la discipline de l'Église: l'aband>:iner, serait abandonner le gouvernail au milieu de la tempête.

'•On Si rappelle ce que nous avons dit précédemment sur le sens de c» mot, dans la primitive Église. — * S. Cypr., Epist. xvi

ii02 INTERREGNE (20 JANVIER 250-2 JUIN 251).

Ce n'est pas une maxime récente chez nous ; eette sévérité, cette foi , cette discipline s'y retrouvent dès les premiers temps. L'Apôtre n'aurait pas dit que l'on parlait de notre foi dans tout le monde, si dès lors elle n'eût jeté de profondes raciaes; ce serait un grand crime de dégénérer d'une telle gloire. A Dieu ne plaise que l'Église romaine perde sa vigueur, par une facilité profane, et qu'elle relâche les nerfs de la discipline, en renversant la majesté de la foi. En présence de défections chaque jour plus nombreuses, accorder à ceux qui sont tombés le remède d'une réconciliation qui ne leur servira de rien, ce serait, par une fausse miséricorde, ajouter de nouvelles plaies à celles de l'apostasie, en ôtant à ces malheureux le refuge d'une salutaire pénitence ; ce ne serait pas gué- 2ir, mais donner la mort. Depuis le martyre de Fabien, de glorieuse mémoire, nous n'avons pu encore, à cause de la difficulté des temps, élire un évêque qui règle toutes ces affaires, et examine avec autorité et prudence ceux qui sont tombés. Cependant nous pensons comme vous qu'il faut attendre la fm de la persécution, pour traiter la question des apostats, en consultant avec les évêques, les prêtres, les diacres, les confesseurs et les laïques qui sont demeurés fermes. Car il nous semble que ce serait attirer trop de haines, si un seul prononçait sur un crime aussi universel. Voyez, en effet, le monde entier plein des ruines de ceux qui sont tom- 0C3. Un mal si étendu demande à la fois beaucoup de prudence et di'.s remèdes efficaces; ceux qui veulent le réparer doivent agir avec circonspection, de peur que ce qui se serait fait contre les règles ne soit jugé de tous comme nul. Prions donc les uns pour les autres. Prions pour ceux qui sont tombés, afin qu'ils se reiovent ; qu'ils reconnaissent la grandeur de leur crime ; qu'ils diviennent pénitents c^ patients; qu'ils ne troublent point par leur inquiétude l'état enf cite flottant de l'Église, de peur d'y allumer ane persécution intestine; qu'ils frappent aux portes, mais qu'ils ne les brisent pas. Ilassemblés avec quelques évêques des villes voisines, et avec ceux que la persécution a chassés ici des autres provinces éloignées, nous avons cru qu'il ne fallait rien innover avant l'élection d'un évêque de Rome. Jusque-là, qu'on tienne en

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