‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 26 sur 96 · MARTYRE DE SAINT CORNELIUS (14 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

MARTYRE DE SAINT CORNELIUS (14 SEPTEMBRE

28. Lettre de saint Cornélius au sujet de la translation des reliques de saint Pierre et de saint Paul. — 29. Les objections de la critique du xvii* siècle. — îjO. Découvertes catacombaires. Justification des traditions romaines et des données du Liàer pontificalis. — 31. Martyre du prêtre romain saint Hippo- Jyle.

1. Le laps de temps qui venait de s'écouler au milieu des orages de la persécution, n'avait nullement été, pour l'Église romaine, dépourvu d'une administration centrale ni d'une direction supérieure. Nous en avons la preuve péremptoire dans la correspondance active échangée entre le clergé de Rome et saint Cypiien, de Carthage. Le Liber Pontificalis confirme explicitement le fait, et il y a lieu de s'étonner qu'on n'ait point jusqu'ici songé à profiter de ce double et précieux renseignement, pour l'étude de l'organisation ecclésiastique de Rome au iii^ siècle, a Après le martyre de saint Fabien, dit le Liber Pontificalis^ les prêtres Moïse et Maxime, avec le diacre Nicostrate, furent arrêtés et jetés en prison. Durant cet intervalle, Novat vint d'Afrique. Le prêtre Moïse, après on/, mois de détention, mourut dans son cachot. Ce fut alors que Novi: Téussit à «séparer de l'Église Novatien et quelques autres confesfeurs '. » En dehors de tout autre élément de contrôle, il ne saurai !. lètre douteux que ce triumvirat de confesseurs : Moïse, Maxime (.'t Kicostrate, ne fût réellement investi, pendant l'interrègne, des pouvoirs dirigeants et de l'autorité suprême, au sein de l'Église de Eome. Si Ton songe, d'un côté, au laconisme ordinaire du Liber

» Llb. Poûtif., S. Fabianus.

^i:.M'. III. — ADMINISTRATION SEDE VACANTE. 207

Poniificalis ; de l'autre, à la destination spéciale d'un recueil, dont Ifi but officiel était de transmettre à la postérité la série légitime <ies successeurs de saint Pierre sur le trône apostolique, on concevra sans peine que la mention exceptionnelle des prêtres Moïse, Maxime et du diacre Nicostrate, durant un interrègne pontifical iKi pouvait avoir d'autre signification. Mais nous n'en sommes pas r.duits sur ce point à de simples conjectures. Une hypothèse, qt;elque fondée qu'elle puisse être, ne satisfait d'ordinaire ni les <"sprits prévenus, toujours prêts à soupçonner la partialité de ! "auteur, ni les esprits indifférents, pour lesquels une question présentée sous une forme hypothétique, demeure essentiellement douteuse. Or, dans la circonstance actuelle, les Épîtres de saint Cyprion au clergé de Rome, pendant la vacance du siège, ne 1 lissent pas subsister l'ombre d'un doute. C'est aux prêtres Moïse *■[ Maxime, que le saint évêque de Carthage les adresse nomina- !!vi;ment : Cyprîanus Moisi et Maximo presbyteris '. Ce sont les prêtres Moïse, Maxime et les diacres Nicostrate et Rufin qui répondent, au nom du clergé de Rome, à l'illustre évêque de Carîluige : Cœcilio Cypriano episcopo Eccle^iœ Carihaginiensium, Moyses ef Jlf'ximus presbyteri et Nicostratus et lîufinus diaconi 2. Enfin, et ce fait est d'autant plus remarquable qu'il a été plus longtemps tenu chez nous dans une ombre complaisamment ménagée, les décisions des prêtres et diacres de Rome, aussitôt qu'elles sont transmises à saint Gyprien, deviennent pour lui des règles de conduite qu'il notifie à son clergé et à son peuple. Voici les termes mêmes de l'une de ces notifications : « Cyprien, aux prêtres et diacres de Carthage, f nilut. Je vous adresse, frères bien aimés, des exemplaires de ma irttre au clergé dirigeant de Rome 3, et la réponse qui vient de îu'être transmise par les prêtres Moïse, Maxime, et les diacres Nicostrate, Rufin, au nom des confesseurs de cette Église emprisoBnés pour ia foi. Prenez toutes les mesures en votre pouvoir pouï que sette réponse et ma lettre qui l'accompagne soient portées \

« s. Cy?r., Epist. IT, Patrol. iat-, tom. IV, col. 264. — « S. Cypriao., Epist. XXVI, ibid., col. 290. •-• * id cierum Romce agentem.

la connaissance de tous les fidèles. S'il se trouve à Cartilage quelques évêques étrangers, mes collègues ; s'il en survient dans l'intervalle; ou du moins s'il arrive des prêtres ou des diacres appartenant à d'autres diocèses, donnez-leur en communication. S'ils demandent à transcrire ces pièces, pour les emporter dans leurs églises, accordez-leur en la faculté; bien que j'aie déjà chargé officiellement notre frère, le lecteur Satur, de dresser des exemplaires authentiques pour tous ceux qui en désireraient, afin que la discipline de nos églises soit fixée partout durant cet intérim. d'une manière uniforme, légitime et régulière. Pour tout le reste, ainsi que je l'ai déjà mandé aux évêques mes collègues, nous en délibérerons plus longuement dans un concile, aussitôt que, par la grâce de Dieu, il nous sera donné de pouvoir nous réunir. Courage et salut , frères chéris et regrettés ! Saluez la communauté chrétienne des frères. Adieu *. »

,ettrft de 2. En dehors de tout parti pris et de toute préoccupation ^.\du-

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térimaire give , ce langage impose l'attention et sollicite l'étude, raint 'g vacante Cvprien, écrivant au m* siècle, parle d'un rescrit de Rome adressé

clergé de ''^ » ' i'

larthage. pendant la vacance du Saint-Siège, comme en pourrait parler de nos jours un évêque catholique, auquel une congrégation de cardinaux sede vacante adresserait une décision disciplinaire quelconque. Le fait est évident et n'a besoin d'aucune autre démonstration. 11 faut avouer que c'est là quelque chose de grave. S'il . était vrai, comme on l'a dit chez nous depuis trois cents ans, que l'Eglise romaine, durant les trois premiers siècles n'exerçait aucune influence, aucune action directe sur les diocèses du monde ; s'il était vrai que la primauté de Rome ae fût qu'une invention posthume, une conquête de l'ambition des papes à ur.o époque relativement récente, la lettre de saint Gypnen n'auiail point de sens. Mais ce n'est là qu'un côté dtj m ^aeslJon, un détail épisodique et secondaire. Ce qu'il Importe sQrtout de faire observer c'est, d'une part, la fréquence des relations diocésaines avec Rome, centre de la catholicité, au m* siècle ; de l'autre, la nature

» s. Cypr,, Fpist. xxxil; Patr. lat., tom. IV, col. 316.

dei objets traités dans cette correspondance quotidienne. A ce point de vue, les Epîtres de saint Cyprien offrent à l'histoire générale ua intérêt de premier ordre. Ce qui se passait à Carthage devait se repro* duire sur tous les points du monde. Nous n'avons plus, il est vrai, les monuments relatifs aux autres parties de la chrétienté. Parmi les Épîtres de la commission intérimaire composée à Rome des prêtrel Moïse, Maxime et des diacres Nicostrate et Rufin, celles qui furent adressées à l' Église de Carthage nous ont seules été conservées, grâce à la célébrité exceptionnelle de saint Cyprien. Mais ici plus si'ie jamais, l'exception confirme la règle, c'est-à-dire que, de toutes les églises de l'univers arrivaient alors à Rome les mêmes consulta-' tiens, les mêmes demandes, les mêmes appels. S'il en est ainsi, que devient la thèse du gallicanisme? Ajoutons que la vacance du saint Siège, entre la mort de Fabien (20 janvier 250) et l'élection de Cornélius (2 juin 251), ne dura que seize mois et treize jours. Or voici, en un si court intervalle, les dépêches échangées entre l'Eglise de Rome et celle de Carthage. Une premiers Épître, adressée par la commission romaine au clergé carthaginois, est conçue en ces termes : « Nous avons appris par le sousdiacre Creraentius, votre envoyé, que le béni pape ' Cyprien, pour des motifs légitimes, a dû se soustraire à la persécution. Il a sage= ment fait ; son illustration et sa dignité ^ exigeaient de lui cette précaution, en face de la lutte décisive oii l'ennemi a ramassé toutes ses forces pour nous combattre. Or il nous incombe, à nous qui sommes préposés, en l'absence d'un pasteur, à la garde ci troupeau, de nous acquitter avec sollicitude de toutes les fonctions

* Nous ne pouvons, à propos du litre de pfipe donné ici à l'évêque dî' Carthage, que renvoyer aux détails précédemment fournis sur le sens d? cette qualification aux premiers siècles de l'Église.

2 Quod utique recte fecerit, propterea quod sit persona insignis. Qwe n'eussent pas dit les critiques du xyiii^ siècle contre cette expressi'^n de persona insignis, s'ils l'eussent trouvée dans une Décrétale? La questiou d'authenticité est tranchée par l'origine même de ce document, qui fait partie des œuvres de saint Cyprien. On prit dès lors la résolution de n'en point parler, espérant que le silence serait toujours maintenu. Aujourd'hui nous n'avons plus d autre intérêt que celui de la vérité^ et le silence de conveation est un stratagème abandonoé

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