CHAP. III. — MARTYRE DE SAINT CORNELIUS
glorieux qu'il était plus inespéré. Comme on le traînait au tribunal du gouverneur, les fidèles lui demandèrent quelle Église il tenait pour légitime et sainte, celle de Cornélius ou e®lle de Novatien?-» Fuyez, répondit le martyr, fuyez le schisme exécrable de Novatienl Rentrez dans le sein de l'Église catholique, celle de Cornélius, Elle est Tunique Église, fondée par Jésus-Christ, présidée par la chaire de Pierre, confessée par le grand apôtre Paal. Ce qu<; j'ai enseigné, je le rétracte ! De pécheur transformé en martyr, je pro» clame saint et vénérable ce que j'accusais d'être faux et contraire au cuite de Dieu! — En parlant ainsi, il arriva au tribunal. JJH gouverneur de Rome était venu depuis quelques jours à Osti^ voyageant, comme la peste, pour porter, dans toutes les citéi» du voisinage, la mort aux chrétiens. Une troupe de généreux confesseurs était déjà rangée en cercle dans le prétoire. Debout, le visage pâle, meurtri, exténué, ils attendaient leur tour pour subir la torture. Tous les chevalets étaient occupés. On entendait les verges tomber avec un bruit sourd sur les chairs vives, et les lanières siffler comme une grêle sanglante. Les ongles de fer s'enfonçaient dans les flancs des martyrs et leur déchiraient les entrailles. Cependant, le gouverneur allait et venait, tremblant dd rage et de fureur, au milieu des questionnaires essoufflés. Assez^ bourreau ! s'écriait-il, puisque la torture est vaine, la mort y suppléera. Qu'on tranche la tête à celui-ci ! Crucifiez celui-là ! Qu'on allume un brasier immense et qu'on y jette les autres ! Ceux qui restent seront embarqués sur un navire défoncé, et noyés à la sortie du port ! — Au milieu de cette scène de carnage, le vieillard Hippolyte est amené au pied du tribunal. Une troope effrénée et furieuse le précède, en criant : Voilà l'un des chefs chrétiens ! G'esf. une des têtes de cette secte impie ! — Comment le nommez-vous? demanda le gouverneur. — Hippolyte ! hurla la foule. — Il est donc le bien nommé, reprit le juge. S'il a jamais conduit des chevaux, des chevaux le traîneront, comme jadis le fils de Thésée ! — Aussitôt la foule se précipite et va prendre dans les pâturages voisins deux chevaux indomptés. On y attache le martyr par une corde assujettie au moyen d'un double nœud. Sous les coups de fouets, VIII. 19
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et la piqûre de mille aiguillons, les deux farouches animaux s'élancent dans une course furibonde. 0 Jésus, s'écria le vieillard, ils entraînent mon corps, prenez mon âme ! — Ce furent ses dernières paroles. Quelques minutes après, il ne restait plus du ma.?tyr que des lambeaux épars sur les pierres du chemin, les ronces des buissons, et les rochers de la montagne. Les fidèles suivaient en pleurant ce sillon de pourpre, recueillant avec des éponges et des linges le sang et les membres mutilés du martyr. Ils furent pieusement rapportés à Rome et ensevelis dans les catacombes. » Tel est le touchant et poétique récit du martyre de saint Hippolyte , écrit par saint Prudence. En face de ces drames sanglant*^ qui remplissent les trois premiers siècles de l'histoire ecclésiastique, la critique officielle ose plaider les circonstances atténuantes en faveur de la tolérance odieusement calomniée du îDC'iîde romain, vis à vis du christianisme naissant!