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2oS PONTIFICAT DE SAINT COKNELIUS (2ol-2o2).
tion qu'iî n'a pas le moins du monde tranchée, comme on le répèle généralement. Je suis persuadé qu'à l'époque où il écrivait, les chefs de l'école gallicane durent le trouver trop judicieux, malgré l'espèce de satisfc^clion qu'il donnait sous toutes réserves, au système alors prédominant. Je n'insisterai pas davantage sur l'imposfcibilitc matérielle où se fussent trouvés les fondateurs prétendus de nos Églises, d'accomplir leur mission dans les Gaules en 250, a l'époque où la persécution de Dèce, l'une des plus violentes, séviseiiit dans toute sa fureur, couvrant le monde de bûchers et de chevalets. Ce point d'histoire a été suffisamment éclairci dans les volumes précédents. Il était bon néanmoins de rétablir l'attitude véritable de Fleury dans une controverse qui de son temps passiannait tous les esprits en France, et qu'un engouement en quelque sorLc officiel imposait à l'opinion.
18. Cette digression nous a quelque peu écartés du schisme de Xovatien et de l'agitation qu'il causait dans l'Église entière. L'affaire des lapsi intéressait toutes les consciences. L'histoire de cette époque est pleine d'épisodes relatifs à cet objet. Saint Denys, évêque d'Alexandrie, écrivait à Fabius d'Antioche : « Nous avions ici un saint vieillard, nommé Sérapion, dont la conduite avait toujours été irréprochable. Durant la persécution, il eut le malheur de succomber. Depuis, il avait confessé sa faute et en avait sollicité le pardon; cependant, comme il était du nombre des sacrificali, il ne fut point réhabilité. Une maladie lui survint; il resta trois jours sans parole et sans connaissance. Le quatrième jour, ayant repris ses sens, il appela son petit-fils. Jusquesàquand voulez-vous donc prolonger mes souffrances et ma vie? lui dit-il. l'âtez-vous de faire venir un prêtre qui m'admette à la commuijion. — A peine il avait achevé ces paroles qu'il retomba dans sa éthargie. Le jeune homme courut chez un prêtre. Mais c'était la uit, et ce prêtre était malade lui-même. Cependant, comme avais donné l'ordre de recevoir les mourants à la paix de l'Église, urtout quand ils avaient auparavant confessé leur faute et sollicité le pardon, le prêtre remit au jeune homme une parcelle de pain eucharistique, lui recommandant de l'administrer au vieil-
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lard, après l'avoir imbibée d'eau. Le jeune homme revint donc. Au moment où il rentrait, le vieillard retrouva subitement I| parçle : Enfin, mon fils, vous voilà ! dit-il. Le prêtre n'a pu voul accompagner, mais faites vite ce qu'il vous a commandé. — Le jeune homme humecta le pain eucharistique, et le plaça dans la bouche du vieillard. Celui-ci eut le temps de consommer peu à peu lea saintes espèces, et aussitôt il rendit l'âme. N'est-il pas évident que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'avait conservé le saint pénitent en ce monde, que pour lui laisser la joie d'être réconcilié avec l'Église, et de recueillir ainsi le mérite de ses bonnes œuvres, après que son crime avait été effacé par le repentir *? » On voit par cette lettre les sentiments orthodoxes de Scdnt Denys d'Alexandrie. Aussi^ dans un concile tenu à Antioche, après la mort de Fabius, il s'éleva avec force contre les partisans du schisme, et confondit toutes leurs espérances -. L'antipape Novatien lui avait adressé, comme à tous les évêques du monde, une circulaire dans laquelle il cherchait à l'attirer à sa communion. Voici la réponse du saint évêque : « Denys au frère Nçvatien, salut. Si, comme vous l'affirmez, c'est malgré vous qu'on vous a promu au pontificat, vous nous le prouverez en abdiquant. Il ne vous eût pas été moins glorieux de souffrir la mort, pour éviter un schisme à l'Église, que de l'affronter pour ne pas sacrifier aux idoles. Je crois même que cela eût été plus grand encore. Car, enfin, un martyr ordinaire ne meurt que pour le salut de son âme seule ; le prêtre qui mourrait pour éviter un schisme, mourrait pour le salut de toute l'Église. Cependant si vous réussissiez, par la voie de la persuasion, ou par celle de l'autorité, à ramener vos adhérents au sein de l'unité catholique, votre mérite serait plus grand encore que votre faute. Celle-ci serait effacée ; on ne se souviendrait plus que de celui-là. Que s'il vous est impossible de prendre cet empire sur vos partisans, du moins songez à sauver votre âme. Je vous souhaite de rentrer dans la paix, et, à ce prix, de vous fortifier dans le Seigneur K »
' Euseb., Hist. eccles., lib. VL cap. xliv, — * Ibid., cap. xlvi. ' Euseb. j tîist. eccles., lib. VL cap. XLV. Nous croyons devoir faire remarquer ici que l'identité de nom entre saint Deuys i'Aréûpayile, saint Denys de
P&NTIFICAT DE SAINI erORNELIUS (251-252).
19. Dans cette grande lutte, nulle intervention ne fat pi us active ni plus dévouée que celle de saint Cyprien. A la nouvelle que Maxime^ Nicostrate, Urbain et les autres confesseurs qui avaient administré l'Église de Rome durant l'interrègne, avaient un instant donné leur adhésion au schisme, le grand évêque de Carthage leur écrivait en ces termes : « Mes lettres précédentes, bien-aimés frères, vous ont assez prouvé le respect dont j'honorais vos chaînes et mon attachement inviolable à votre communion. Aujourd'hui, je vous en conjure, cédez à mes instances, quand elles ont pour but de conserver à votre passé son glorieux éclat. Vous le dirai-je, en toute simplicité ? Mon âme a été accablée de tristesse, mon cœur s'est brisé d'affliction, en apprenant que, contrairement à la discipline de l'Eglise, à la loi de l'Évangile et à l'unité catholique, vous aviez consenti à l'élection d'un second évêque, en d'autres termes, h /établissement d'une seconde ÉgUse. Chose monstrueuse et à jamais regrettable ! C'est déchirer les membres du Christ et lacérer, par un schisme funeste, le troupeau du Seigneur, lequel ne doit former qu'un corps et qu'une âme. Je vous en supplie, faites immédiatement cesser ce divorce scandaleux. Songez à votre honneur illustré par la confession du nom de Jésus-Christ ; songez aux préceptes de la tradition divine; revenez à l'Église, votre mère, qui applaudissait naguère à votre héroïsme, lorsque vous vous élanciez aux combats de la fgi! Ne vous imaginez pas sou-
C}orinthe et saint Denys d'Alexandrie, a prêté, durant tout le moyen âge, è nue Qonfusion entre les reliques de ces divers personnages. C'est ainsi que, dans le bréviaire de Soissons, imprimé en 1742 par ordre de Msr de Fitz-James, on 'Usait, sous la rubrique du 3 octobre, fête prétendue de saint Denys l'Aréopagite, les paroles suivantes: Caputheati martyris in Constaniinopolitanœ urbis capella imperiali repositum, sub initium seculi der.imi tertii, Niveloni Suessionensi episcopo, a Ba'duinoprimoin Laiinis ùnperalore donalum est, et in LongipontaniAn ordinis Cislercienns nio»asterium in diœcesi Suessionensi deportatum. La relique linsi mentionnée existe encore à Longpont, sous le titre de Caput S. Dio- %ysii Areoparjita ; mais il est facile de comprendre que, lors du partage des reliques, au moment de la conquête de Constantinople par les croisés, les indications hâtivement faites durent être très-brèves. Vraisemblablement le Caput Dionysii Alexundriœ, à la faveur des abr^iviations alors en usage, fut transformé an Ciput Tirtn^sii Arccpi^ils ; la là I'«rrear si longtemps accréditée et reproduite en dernier lieu par k bréviaire galHcsa de Soissoni,
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tenir les intérêts de l'Évangile, quand vous vous séparez du troupeau de Jésus-Christ, et quand vous répudiez la concorde et lapais du Seigneur. Plus un guerrier a conquis d'illustrations et de grades, plus il doit respecter la discipline intérieure du camp, et se dévouer au salut commun. Vous le savez, le faisceau de notre unité ne doit jamais être rompu. Nous ne pouvons sortir de l'Église pour aller à vous ; c'est donc à vous de revenir à l'Eglise votre mère et à notre communion. Tel est l'objet de mes vœux les plus '-incères et de mes plus ardentes supplications *. » La réponse ne se :it pas attendre; elle était conçue en ces termes : « Au frère Gyprien, î\Iaxirae, Urbain, Sidonius et Macarius, salut. Nous ne doutons pas, frère bien-aimé, que vous ne partagiez notre joie. Après avoir mûrement délibéré sur la conduite à tenir ; ne consultant que l'utilité de l'Église et le bien de la paix ; laissant de côté toutes les autres considérations que nous abandonnons au jugement de Dieu, nous avons fait la paix avec Cornélius, notre évêque, et avec tout le clergé catholique. Cette démarche a comblé de joie l'Église univer» selle ; nous voulons que vous en soyiez informé l'un des premiers, vous qui y prendrez une si grande part '. » De son côté, le pape Cornélius mandait la même nouvelle à saint Cyprien, en ces termes : « Autant notre amertume et notre affliction avaient été grandes, lorsque les intrigues du schismatique Novatien eurenfi entraîné les confesseurs de la foi dans son parti, autant nous avons éprouvé de consolation dans le Seigneur, quand nous les avons vus, dans la simplicité d'une conscience droite, revenir à l'Église qu'ils avaient un instant abandonnée. Déjà quelques-uns de noi t'rères nous avaient prévenu du changement qui s'opérait dant leurs dispositions; mais nous n'osions pas nous livrer pleinement à cette douce espérance, lorsque deux de ces confes. 'urs, Urbain e Sidonius, vinrent en personne trouver nos prêtres et leur affirmèrent que Maxime, cet illustre prêtre, demandait avec eux à rentrer dans le sein de l'Église. Je voulus les entendre moi-même. Ils me furent donc présentés, et me dirent que Novatien avait abusé de
*■ S. Cypr., Epist. xliv, Patrol. lai., tom. IV, col. 340. — * Id,. Epist, L.
leur nom pour envoyer à toutes les églises du monde des lettres pleines de mensonge et de calomnies : ils affirmaient que tout cela avait été fait à leur insu et que Novatien ne leur communiquait point le contenu de ses lettres schismatiques ; ils confessaient cependant la part qu'ils avaient prise personnellement au schisme, en laissant imposer les mains, comme pour une consécration épiscopale, sur la tête du sectaire. Ils manifestaient le plus vif repentir et nous suppliaient de jeter un voile sur le passé et de réhabiliter leur mémoire, en les admettant à notre communion. Je donnai l'ordre de convoquer le presbyterium, qui s'est tenu aujourd'hui même. Cinq évêques, qui sont en ce moment à Rome, se sont joints à cett". assemblée. Maxime, Urbain, Sidonius et la plupart des frères que leur exemple avait entraînés dans le schisme, se présentèrent. A leur vue , ce fut comme une explosion de tous les cœurs, qui éclatèrent en actions de grâces rendues à Jésus-Christ. On les embrassait, comme s'ils venaient de sortir de la prison où ils ont été si longtemps enfermés pour la foi. Ils s'exprimèrent ensuite en ce& termes : Nous savons que Cornélius a été élu par le Dieu toutpuissant et par Jésus-Christ Notre-Seigneur, pour être l'évêque de la très-sainte Église catholique. Nous confessons notre erreur; nous avons été le jouet de l'imposture ; on nous avait circonvenus par des discours captieux et perfides. Bien qu'on nous ait vuscommuniquer extérieurement avec un schismatique et un hérétique, notre cœur n'en était pas moins tout entier et sincèrement attaché à l'Église. En effet, nous ne l'ignorons pas : comme il n'y a qu'un Dieu, un seul Christ Notre-Seigneur, à qui nous avons rendu le témoignage du martyre, un seul Esprit-Saint, il ne doit y avoir qu'un seul évêque de l'Eglise catholique. Telle fut leur profession de foi : vous comprendrez à quel point nous en sommesémus. Etait-il possible après cela de refuser la communion de l'Église à ces illustres confesseurs ? Aussi nous avons donné l'ordre d'admettre Maxime à la paix, en lui conservant sa dignité sacerdotale. Tous les autres ont été successivement réhabilités, au milieu des acclamations de joie du peuple fidèle. A l'instant même oii ce grand acte vient de s'accomplir, je vous en
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adresse le récit et je fais partir l'acolyte Nicépliore pour vous lo transmettre, en sorte que, comme si vous aviez été présent à cetîu assemblée, il vous sera possible d'associer vos actions de grâces à celles que nous adressons pour cette heureuse journée au Dieu Tout-Paissant et à Jésus-Christ Notre-Seigneur. Vous aurez, frère, à communiquer ces lettres aux Églises d'Afrique, pour qu'on sache partout que la faction schismatique va chaque jour s'affaiblissant. Adieu, frère bien-aimé *. n
20. Ces nouvellos remplirent de joie le cœur de Cyprîen. Aux confesseurs réhabilités, il s'empressait d'adresser des paroles de féîicitation. « Rien ne manque plus, disait-il, h rint;5grité de votro foi, depuis que vous avez proclamé l'unité inviolable de l'Église, en vous séparant d'une erreur et d'un schisme qui avaient abusé de votre nom. Gloire à vous d'être rentrés dans le camp d'où vous étiez sortis naguère pleins de vigueur pour affronter les bourreaux et braver la mort! Vous avez rapporté les trophées de la victoire aux mêmes lieux oii vous aviez revêtu la céleste armure, et ainsi l'Église du Christ ne demeurera pas privée des généreux athlètes que le Christ avait préparés lui-même au triomphe ^ ! » En même temps, l'évêque de Carthage écrivait au pape : « J'ai reconnu l'affection dont vous nous honorez dans l'empressement avec lequel vous m'avez envoyé l'acolyte Nicéphore pour nous communiquer l'heureuse nouvelle du retour des confesseurs au sein de l'unité, et nous transmettre de vive voix des renseignements explicites sur les pernicieuses manœuvres déployées par Novatien et Novat contre l'Éghse du Christ. Deux jours auparavant, leurs émissaires débarquaient ici, pour renouer le fil de la conspiration qu'ils y ont ourdie depuis si longtemps. L'arrivée de Nicéphore, le surlendemain, a donc été comme un coup de la Providence. Nous avons immédiatement publié la sentence que vous avez portée contre Évariste '. D'évêque qu'il était auparavant, H
• S. Cypr., Epist. XLVi, Patrol. lut., tom. III, col. 716. — * S. Cypr., Epist. Ll, Patrol. lut., tom. IV, col. 342.
3 Cet Evariste était l'un des trois évoques consécrateurs de Novalien. Lde deux autres, ccmme nous l'avons vu précédemment, s'étaient rétractes %, avaient été admis à la comaïuDion laïque.
264 PONTIFICAT DE SAINT CORNELIUS (2ol-2o2).
n'est plus même un simple laïque. Banni de son siège, privé de toute juridiction sur son peuple, excommunié par l'Église , il va sans doute errer de province en province pour chercher à entraîner de nouvelles victimes dans son naufrage. Nicostrate, que vous avez déposé du diaconat dont il avait souillé le caractère par ses fraudes, ses extorsions et ses rapines, essaie vainement de propager l'erreur sur cette terre d'Afrique '. Son arrivée ici ne resf-emble guère à ce qu'il s'en était promis. On ne voit en lui qu'un transfuge sacrilège. La mémoire de ses forfaits le suit partout. Vainement ce déserteur de l'Église cherche à se parer de son ancien titre de confesseur, comme si l'on pouvait donner encore \^ nom glorieux à un apostat ^ ! »
21. Dans un premier concile de soixante-dix évêques, réunis à -^arthage, saint Cyprien avait fait reconnaître l'autorité du pape estime (231). Félicissime et les cinq prêtres qui avaient causé tant ùe troubles dans cette église furent anathématisés. La question des apostats, sérieusement examinée, y fut résolue par des canons pénitentiaux qui se résument ainsi : 1° Les libellatici qui avaient embrassé la pénitence aussitôt après leur chute, seront dès lors admis à la communion ; 2° Les sacrifîcati seront traités plus sévèrement, sans toutefois leur ôter l'espérance du pardon, de peur qu'une rigueur excessive ne les jette dans le schisme ou l'hérésie. La durée de leur pénitence canonique sera proportionnée à leur degré de culpabilité et à leurs dispositions actuelles. Ceux qui n'ont cédé qu'à la violence des tourments, seront admis après trois
* Nicostrate, qui avait fait partie avec saint Moïse et le prêtre Maxime de la commission intérimaire de Rome, n'imita malheureusement pas la coniJuite des autres coufesseurs. 11 persista dans le schisme, fat fait évêque par -iutipape et envoyé à Carthage, pour essayer de s'emparer de ce siège. Le Ci-'jcr Poniificali'i 'J-ins la notice de saint Cornélius, avait brièvement indiqué le fait : in Afncu Nicostratum. Cette courte mention est explicitement justifiée par i'Épître de saint Cyprien que nous reproduisons. C'est une nouvelle preuve de la véracité des témoignages du Liber Pontificales. Nous la relevons ici. après tant d'autres qui so;i-l déjà [inssées sous le* rcux du lecteur, pour ot'iblir de plus eu plus l'autorité d'un monument si longtemps dédaigné eu France.
« S Cypr., Epist. LV, Pair, lat., tom. !!!. r>oi 726
cnAP. III. — l'antipajpe novatien. 265
ans de pénitence. — On régla tout le détail de l'examen qu'on ferait subir aux lapsi, et la gradation des pénitences diverses à leur inaposer. Ces règlements, avec les actes du concile, furent adressés au pape saint Cornélius. Pour commenter les ordonnances qui venaient d'être adoptées, saint Cyprien composa et publia son traité de Lapsis, oh l'on trouve toute l'éloquence d'un Père de l'Église et toute l'âme d'un bon pasteur. Au point de vue historique, dogmatique et disciplinaire, cet ouvrage a une importance capitale. Lu tout entier en concile, il fut solennellement approuvé par l'auguste assemblée. « Les voilà donc au milieu de nous, disait saint Cyprien, les voilà ces illustres confesseurs, couronnés des palmes de la victoire ! Il nous est donné de les contempler de nos yeux; de les couvrir de saints baisers; de les presser sur notre cœur; et de nous dédommager enfin d'une si longue absence. La voilà cette blanche cohorte du Christ, qui a brisé l'impétuosité farouche de la persécution; qui a triomphé du cachot par la patience, de la mort par la vertu ! Vous avez héroïquement résisté au siècle ; vous avez xaissé à l'avenir un exemple immortel ! Votre bouche a fidèlement confessé le Christ auquel vous liaient vos premiers serments. Vos mains accoutumées aux œuvres de Dieu se sont noblement refi* sées à des sacrifices sacrilèges. Vos lèvres, sanctifiées par l'alimenÉ céleste du corps et du sang du Seigneur, ont rejeté avec dégoût le contact des mets profanes, restes impurs des idoles. Votre tête n'a point été souillée par l'imposition du voile d'infami? avec lequel les apostats s'approchaient de l'autel idolâtrique. Votre front pur, oij brille intact le signe de la croix, n'a point suU la couronne du diable et s'est réservé aux couronnes de notriï Dieu. Quelle joie, pour l'Église votre mère, de vous accueillir au retour de tant de glorieux combats ! Avec quels transports d'allégresse elle ouvre ses portes à votre phalange invincible et reçoit de vos mains les trophées arrachés à l'ennemi ! A côté de ces triomphateurs, qu'elles viennent les femmes généreuses qui ont vaincu deux fois en luttant et contre les bourreaux et contre la faiblesse de leur sexe! Qu'elles approchent ces légions de vierges et d'eafants chrétiens, dont l'héroïsme s'est élevé au-dessus même de
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i'fige ! Toute cette assemblée vous acclame, chacun ici voudrait baiser la trace de vos pas * ! — Cependant parmi les joies triomphales de ce jour, ma pensée se reporte avec une douleur indicible sur les autres enfants que l'ennemi a arrachés à mes entrailles maternelles. Les paroles ne suffiraient point à vous exprimer mon iffliction. Voyez mes îùrmes et comprenez combien est lamentable .a blessure qui nous a été infligée; combien sont sensibles les pertes multipliées d'un troupeau naguère si florissant ! Je pleure, frères bien-aimés, je pleure avec vous! Quoique votre pasteur n'ait point failli personnellement, il souffre avec vous de vos blessures. Mon cœur se brise avec le vôtre ; je prends ma part de cet immense poids de tristesse et de deuil; avec chacun de vous je me frappe la poitrine ; je mêle mes pleurs à vos pleurs, mes sanglots à vos sanglots ; avec vous je me prosterne en suppliant. Les traits de l'ennemi qui ont atteint votre âme, ont percé la mienne; le glaive qui vous a frappé a déchiré mes entrailles ^. — Cependant, mes bien-aimés, les ténèbres de la persécution n'ont point obscurci pour jamais le rayon de la lumière et de la miséricorde divines. Si nous étudions la cause de nos malheurs, nous saurons y trouver un remède. Le Seigneur a voulu éprouver son Église. Une longue paix avait énervé parmi nous les liens de la discipline; la Coi languissante et endormie avait besoin pour se réveiller d'un coup de tonnerre ^. On voyait les chrétiens", oubliant la sainteté de leur profession, se livrer avec une ardeur insatiable à la poursuite des richesses de ce monde. On ne trouvait plus chez les prêtres la piété ni le dévouement; chez les ministres inférieurs, le sentiment du devoir et de la foi. Les œuvres n'étaient plus saintes, les mœurs n'étaient plus disciplinées. Les hommes s'abandonnaient à un luxe tout païen, les femmes n'élevaient plus vers le ciel que des yeux chargés d'un fard adultère, une tête ornée d'une chevelure menteuse 1 Les mariages avec les infidèles se multipliaient; on prostituait aux gentils les membres du Christ. Le blasphème, que dis-je?
* S. Cypr., de Lapsis, cap. ii; Patr. lat., tom. IV, col. 466. — *S. Cypr., de Lapsis, cap. iv. — 3 Jd.^ cap. v.
GHAr. III. — l'antipape novatien. 2fi7
/e parjure étaient devenus familiers ; plus de respect pour les supérieurs; plus de concorde ni d'union; des médisances et des haines perpétuelles. Un certain nombre d'évêques, au lieu de prêcher la vertu par leur parole et leur exemple, abandonnaient la direction spirituelle de leur église ; ils devenaient des administrateurs de biens. Désertant leur chaire pontificale et le peuple confié à leurs soins, ils voyageaient dans les provinces lointaines, pour des affaires de commerce, des trafics de marchands. Pendant que les frères mouraient de faim dans l'église, l'or regorgeait dans leurs inains vénales '. A Dieu ne plaise, mes bien-aimés, que je dissimule ces tristes égarements d'un passé qui nous préparait tant de désastres! Les cœurs déjà enchaînés par l'amour des choses de îa terre, pouvaient-ils s'élever au-dessus de la persécution et prendre un libre essor vers les cieux ^7 De là cette multiplicité de défaites et de chutes. J'avoue cependant, qu'en dehors de cette raison générale de défaillance, il y eut des surprises involontaires. C'est ainsi que nous avons vu les confesseurs Gastus et ^Emilius suc comber d'abord à la rigueur des tourments. Mais Dieu leur fit la grâce de se présenter une seconde fois au combat. Ils triomphèrent des flammes qui les avaient précédemment vaincus. Ils obtinrent leur pardon, non plus seulement par des larmes de repentir, mais par les flots de leur sang généreusement versé ^. Voilà une sainte et courageuse expiation. Pour les autres lapsi, il n'y a de remède que dans la pénitence, l'exomologèse (confession) de leur faute, la purification de leur conscience par le sacrement et l'imposition des mains du prêtre. Se présenter à la communion avant ces épreuves préliminaires, ce serait profaner le corps et le sang du Seigneur; ce serait renouveler la première apostasie*. Sous nos yeux, des exemples terribles ont prouvé qu'une telle conduite attire sur les coupables la vengeance du ciel. Un de ces malheureux, qui était monté spontanément au Gapitole pour abjurer le Christ, lorsqu'il eut
» S. Cypr., de Lapsis, cap. vi. — * Id., cap. xi, xii. — ' Id., cap. xill. Ga ancien calendrier de l'Église de Carthage, publié par Mabillon, indique la fêle des saints martyrs Castus et ^milius le 11 des calendes de juin (2î mail. — * De Lapsis, cap. xvi.
2(38 rONÏIFICAT DE SAINT CORNELIUS (2oi-2)2).
prononcé les paroles de son apostasie, fut soudain frappé de mutisme. Sa langue paralysée se refusa depuis à formuler la confession de son crime. Une femme, qui avait agi de même, au sortir du Capitole, se rendit aux thermes publics. Elle était à peine dans le bain, quand elle fut saisie du malin esprit. De ses dents convulsivement serrée?,, elle s'arracha la langue qui venmt de prononcer les paroles d'abj; iration. Devenue son propre bourreau, elle ne tarda pas à expirjr dans les plus horribles soufl'rances. Écoutez ur. autre fait, qui eut lieu en ma présence. Un père et une mère fuyant la persécution, avaient laissé leur petite fille aux main; de sa nourrice. Cette femme porta la pauvre abandonnée aux magistrats païens, qui, ne pouvant faire manger des viandes offertes aux idoles à une enfant à la mamelle, se contentèrent de lui faire avaler un peu de pain détrempé dans le vin du sacrifice. Quelque temps après, la mère chrétienne vint reprendre sa petite ;ille, laquelle ne sachant point encore parler, ne put naturellement pas raconter ce qui avait eu lieu. La nourrice avait d'ailleurs eu soin de garder le silence sur le passé. Or, un jour que je célébrais :es saints mystères, la petite fille fut présentée par sa mère à la it'^ception des sacrements, Durant les prières , l'enfant s'agitait dune manière inaccoutumée; tantôt elle fondait en larmes; tantôt elle avait des mouvements convulsifs, comme si elle eiit voulu témoigner par ses gestes ce qu'il lui était impossible d'exprimer par son langage. Enfin, ^près que les saintes cérémonies furent achevées, le diacre présenta le calice aux assistants ; quand ce fut au tour de l'enfant, celle-ci, comme frappée d'une vision divine, détourna la tête, serrant les dents, et repoussant de ses petites mains le calice. Le diacre insista : de vive force, il introduisit dans la bouche dé l'enfant quelques gouttes du breuvage eucharistique. Mais aussitôt la petite fille fut prise de vomissements. L'Eucharistie ne put séjourner sur des lèvres profanées. Le sang du Seigneur s'échappa de i'€ite poitrine impure; tant est formidable la majesté du sacrement dominical! Devant cette pure lumière, tous les secrets de ténèbres sont dévoilés. Les fautes les plus ignorées ne sauraient se dissimuler aux prêtres de Dieu. Voilà ce qu» eut lieu pour une enfant
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qui n'avait pas encore l'usage de la parole. Maintenant, voici qtii concerne une jeune fille, déjà parvenue à l'adolescence. Un autre jour que j'offrais le saint sacrifice, cette malheureuse, coupable d'une précédente apostasie, se glissa parmi le? autres fidèles, et reçut l'aliment eucharistique, ou plutôt le glaive divin qui allait lui donner la mort. Elle n'eut pas plutôt consommé le sacrilège, qu'elle tomba sans vie à nos pieds. Une autre, dans les mêmes conditions, avait renfermé les saintes espèces dans une armoire de sa maison. Un jour qu'elle voulut prendre le sacrement dans ses mains indignes,, un jet de feu s'élança de la muraille et l'empêcha d'approcher. Un des sacrificati avait obtenu, dans des conditions pareilles, sans expiation préalable, un fragment du pain eucharistique : il l'emporta dans sa maison ; mais il ne lui fut donné ni de toucher, ni de consommer le corps du Seigneur. Arrivé chez lui quand il ouvrit la main, au lieu du sacrement, il ne trouva plui qu'un peu de cendres inertes. Je pourrais multiplier à l'infini ces exemples. Combien de lapsi, qui, sans confession ni pénitence préliminaires, s'étant présentés à la communion, sont tombés immédiatement en la possession du démon ! Combien qui sont devenus énergumènes et fous furieux* ! Ah! qu'elle est plus grande et plus salutaire, la conduite de ceux qui, sans être liés par le forfait idclâtrique d'un sacrifice ou d'un libelle acheté des magistrats, mais siiiî-plement pour en avoir eu la pensée ou la tentation, viennent avec sincérité et repentir confesser cette faute aux prêtres du Seigneuïv découvrir le fond de leur conscience, déposer un fardeau gui leuk' pèse, et, à de légères blessures, appliquer des remèdes énergiqaes, se rappelant qu'il est écrit : On ne se rit pas impunément de Dieu 'i: Sans doute, les martyrs ont le droit d'adresser des demandes d'indulgence; mais pourvu qu'elles soient justes et légitimes, pourvu que le prêtre de Dieu consente à les accueillir ^. Le Seigneur peut sanctionner ce que les martyrs soHicitent et ce que les prêtres ont fait pour les coupables , mais à la condition qu'auparavant inter-
♦ De Lapsis, cap. xxiv-xxvi. — ' Ibid., cap. xxviii ; Gol., vi, 7. — • Ibid.; cap. xviii.
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viennent une expiation sincère, les larmes d'un véritable repentir et l'iiumble confession de la faute *. Je vous en conjure donc, mes irès-chers frères, que chacun de vous confesse son péché, pendant qu'il est encore en ce monde, et que sa confession peut être méritoire et valable ; pendant que la satisfaction, et l'absolution donnée par le prêtre, peuvent être agréées du Seigneur *. » On ne saurait trop insister près du protestantisme moderne, sur des textes de l'an 250, écrits par saint Cyprien, et si formellement explicites au sujet des dogmes de la présence réelle et du sacrement de pénitence. « Eh quoi ! ajoute le grand évêque de Carthage, en revenant de l'autel du démon, voilà ces lapsi qui s'avancent vers le saint du Seigneur, les mains souillées par un encens fétide ! Avec le hoqiiet qu'ils rapportent des viandes offertes aux idoles, pendant que leur bouche exhale encore leur crime, avec l'odeur d'une contagion infecte, ils envahissent le corps du Seigneur ! C'est donc en vain que l'Apôtre aurait dit : Quiconque mange le pain et boit le calice du Seigneur indignement, se rend coupable du corps et du snng de Jésus-Christ ! Toutes ces choses, on les méprise, on les foule aux pieds ! Avant l'expiation des crimes, avant la confession du péché, tandis que la conscience n'est pas encore purifiée parle sacrifice et la main du prêtre, quand le courroux du Seigneur éclate encore en menaces, les sacrilèges font violence au corps et au sang de Jésus-Christ, plus coupables par ce péché commis delà bouche et de la main que par leur apostasie précédente! Ils prennent pour la paix ce qu'on leur fait accepter comme tel à force de ruses et de captieuses paroles! On n'est pas uni à l'Église, quand on se sépare de l'Évangile. Pourquoi appeler le dommage un bienfait? Pourquoi donner à la cruauté le nom de miséricorde? A des homme? qui devraient incessamment pleurer leur faute et en solliciter le pardon, pourquoi faire espérer une réconciliation chimérique, avant l'épreuve des larmes et de la pénitence? De pareils ministres sont aux apostats ce que la grêle est aux moissons; l'ouragan aux arbres; l'épidémie aux troupeaux; la tempête aux
1 S. C.jpr., de Lapsis, cap. ixxvi. — » Ibid., cap. xxix.
CUAP. III. — L ANTIPAPE KOVATIEN.
naM'ies. Ils enlèvent la consolation de l'éternelle espérance ; ils arrachent l'arbre dans sa racine; ils sèment la contagion par leurs homicides promesses; ils brisent contre l'écueil le vaisseau qui allait arriver au port • ! »
22. Le traité de Lapst's, composé pour le premier concile de Cartilage, fut bientôt suivi du magnifique ouvrage de V Unité de l'Église, le clîcf d'œuvre de saint Cyprien. Un second concile de quarantedeux évêques - s'étaii^éuni dans la même ville. En prévision d'une nouvelle et prochaine persécution, Cypiieu crut devoir tempérer quoique peu la rigueur de la discipline. Les canons ponitentiaux relatifs aux apostats y furent modifiés dans un sens plus miséricordieux. On devait admettre les lapsi à la communion, sans attendre qu'ils fussent en danger de mort, et sans insister sur la durée pré- ^édomment fixée de la pénitence. C'est ainsi que dès lors l'Église, ittentive au bien spirituel de ses enfants, savait appliquer, moilifier, tempérer les règles suivant les circonstances. Immuable dans sa foi, elle proportionnait la discipline aux besoins divers des temps. Privât, l'évêque hérétique de Lambèse, en Numidie, dont nous avons déjà signalé les efforts séditieux, se présenta au second concile de Carthage, pour se justifier des crimes qui l'avaient fait déposer. Cette nouvelle tentative échoua comme les précédentes. Pour se venger, il réunit un conciliabule dans lequel, après avoir anathématisé saint Cyprien, il ordonna comme évêque de Carthage, Fortunat, un des cinq prêtres séditieux qui entretenaient le trouble dans cette Église. Ainsi le schisme établi à Rome par l'antipape Novatien, se compliquait de celui d'un évêque intrus en Afrique. Sans nul doute, l'affaiblissement de la discipline, le relâchement des mœurs, la décadence de l'esprit de foi, dont saint Cyprien nous traçait tout à l'heure un tableau aussi indigné
Second eoQcilo de Carthage, sous saint
Cyprien.
Sntiisrac de Fortunat.
* S. CjçT.yde Lapsis, cap. xv, xvi.
* Pour se rendre compte du progrès de la foi sur la terre africaine, à l'époque de saint Cyprien, on consultera avec fruit le savant ouvrage de M- Guérin : Voyage archéologique dans la régence de lunis, exécuté et publié sous les auspices et aux frais de M. H. d'Albert, duc de Luynes, membre de l'Institut. Paris, 1862, 2 vol. in 4», Pion.
qu'éloquent, avaient dû contribuer pour une large part au succès relatif de ces schismatiqaes tentatives. Mais nous aurions presque le droit de bénit- ces excès d'un autre âge, puisqu'ils nous ont valu le magnifique exposé doctrinal de la hiérarchie ecclésiastique, tel que l'évêque de Carlhage nous !'a laissé dans le livre de Unitate. On nous pardonnera d'insister autant sur cette partie des œuvres de saint Cyprien. Plus on les a négligées jusqu'ici, plus il importe de les mettre en lumière. D'ailleurs, l'inlérct que le gallicanisme avait à les tenir dans l'ombre n'existe plus pour nous, et le protestantisme, qui recule encore devant la soumission à la chaire apos- ',oliqiie, a besoin de savoir ce qu'on pensait de la grave question âe l'autorité du Saint-Siège, en l'an 231.
' 23. « Ce n'est pas seulement la persécution qu'il nous faut craindre, frères bien-aimés-j dit saint Cyprien : la violence ouverte prévient tout d'abord contre elle ^. Ses attaques multipliées n'ont point empêché le monde de se ranger en masse sous la loi de l'Évangile. Mais en voyant déserter de toutes parts les autels idolâtriques et les lemples des faux dieux, le démon a imaginé un nouveau moyen de séduction, au sein même du christianisme. Par l'hérésie, par le schisme, il corrompt la vérité de Jésus-Christ, et rompt le faisceau de l'unité. Il arrache à l'Église ses conquêtes, et verse ses ténèbres au sein même des radieuses splendeurs de la rédemption ; en sorte que des hommes qui se croient et se nomment chrétiens ne sont plus que les séides de l'Antéchrist. La cause d'une erreur si lamentable c'est qu'on ne remonte point à l'origine de la vérité; qu'on ni- se rattache point au chef du pouvoir ecclésiastique; qu'on abandonne ia céleste doctrine 3. Pour quiconque veut y réfléchir attentivement, il n'est jias besoin de longues investigations. Notre foi û'appuie sur une démonstration facile et simple. Le Seigneur a dit àCéphas : «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce aue tu délieras sur la terre
* Q. Cypr., de Unitat. Ecoles., cap. i. — *Jbid., cap. il. — » Ibid., cap. m.
ciiAi:'. i:i. — L'aMII'APE ïïovatieii, â7S
sera délié dans les cieux *. » Une seconde iois, après sa résurrection, Xotre-Seigrieur dit à Pierre : a Pais mes brebis ^. » C'est donc sur Pierre seul que le Seigneur a voulu bâtir son Église ; c'est à lui seul qu'il a confié le soin de paître ses brebis. Il est vrai qu'à tous les apôtres réunis, après la résurrection. Jésus-Christ disait.' « Comme mon Père m'a envoyé , je vous envoie ; recevez le Saint-Esprit : les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ^. » Mais il n'en avait pas moins constitué l'unité de l'Église sur une chaire unique, celle de Pierre ; de son autorité divine, il avait placé l'origine et la source de l'unité sur la tête d'un seul. Nul doute que les autres apôtres ne fussent ce qu'était Pierre : ils entraient eu partage avec lui d'honneur et de puissance : cependant le fonde* ment de l'unité est posé sur la primauté de Pierre. C'est ainsi que l'Eglise du Christ est une ; qu'elle ne présente qu'une seule chaire. Bien que tous les évoques soient pasteurs, il n'y a pourtant qu'un seul troupeau, sous la direction unanime des successeurg: des apôtres *. Il n'y a qu'un seul êpiscopat, dont tous les évêquej président solidairement une partie ; il n'y a de môme qu'une seule Église, quoique par les accroissements de sa glorieuse fécondité elle s'étende à une multitude de membres. Le soleil envoie beaucoup de rayons, mais il n'y a qu'une seule lumière ; l'arbre se divise en plusieurs rameaux, mais il n'y a qu'un seul tronc, un»e seule racine; la source distribue au loin ses ondes, mais quelle qu'en soit l'abondance, l'origine des nombreux ruisseaux reste la même. Séparez le rayon lumineux de son foyer, il s'éteint; détachez un rameau de l'arbre, il meurt ; isolez le ruisseau de 1/ source, il tarit. Il en est de même de l'Église du Seigneur : les rayoD' de sa clarté illuminent l'univers, mais pour être ainsi répandue^ sa lumière n'en reste pas moins une. Arbre mystérieux, l'Eglisc étend ses rameaux sur le monde ; fleuve immense, elle arrose toutes les contrées de îa fAff^ de ses eaux vivifiantes ; mais l'arbre
1 Jlauh., XVI, 18, 19. -^ . 'o*a., ixi, 15. — » Joan., xv, 21-23. — * De Unit, 'tccie.'-.. cap. fv.
VlII. 19
r:/4 l'Û.MIFICAT LE h.i.iM' COHNELiUS (25' -202^
n a qu'âne seule tête ; le fleuve qu'une source ; c'est partout le mꜫ nrincîpe, uartout la même origine, partout une même mère, riche aes trésors de sa fécondité. Son sein nous a portés; son lait nous a nourris ; son esprit nous anime '. Se séparer de l'Église, c'est s'unir à la femme adultère ; c'est se priver des promesses faites à rÉglise. Jamais il n'obtiendra les récompenses promises par le Christ, celui qui abandonne l'Église du Christ! C'est un étranger, un profane, un ennemi. On cesse d'avoir Dieu pour père, quand on n'a plus l'Église pour mère ^ ! » Tel est, dans ses données principales, le traité de saint Cyprien sur V Unité de rÉglise, expression fidèle de l'idée qu'on se formait de la société chrétienne, au III* siècle. « Un évêque, centre de l'unité et du gouvernement dans chaque diocèse, avec des prêtres, des diacres, exerçant leur ministère sous son autorité ; un épiscopat, un, quant à son origine, universel dans son expansion, embrassant le monde entier par la totalité de ses membres; et enfin, à la tête de ces évêques, l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre, l'évêque de l'Église racine et mère de la catholicité, de l'Église d'où découle l'unité sacerdotale, voilà le plan que saint Cj^irien déroule sous nos yeux, tel que le Christ l'avait conçu, tel qu'il s'était réalisé dans les faits •', » tel qu'il subsiste encore aujourd'hui, pour durer jusqu'à la consommation des siècles.
24. 11 est probable que le traité de Lapsis fut envoyé par son illustre auteur au pape saint Cornélius, en même temps que les actes du ii* concile de Carthage. portant condamnation de Privât, évêque de Lambèse, et de ses créatures. De leur côté, les schismatiques dépêchèrent à Rome Félicissime, et l'adressèrent, chose r»'marquable, non pas à Novatien, tant l'influence de l'antipape s" 'tait amoindrie aux yeux même de ses partisans-nés! mais à saint Cornélius. Le pontife rejeta de telles avances avec une vigueur apostolique, et en écrivit à saint Cyprien pour lui reprocher en termes pleins dt i)ienveillance de n'avoir reçu, à ce sujet, aucun
» s. Cypr., de Vniiat, Ecoles., cap. v. — * Ibid., cap. vi. — » Freppd^ ScùaU Ci^f/rien, p. 2S9.
CHAF. m. — SYiNCUllUNlSilE.
avis de sa part. L'illustre évêque ( e Cartilage répondit en ces termes : a Les schismatiques osent djnc encore franchir les mers et porter leurs lettres à la chaire de Pierre, à rÉgli?>f; principale d'où est émanée l'unité du sacerdoce, sans penser que ceux à qui ils s'adressent sont ces Romains, dont l'Apôtre a loué si hautement la foi, et près desquels l'infidélité ne saurait trouver accès! Con- <iamnés par notre concile, ces désespérés ne regardent sans doute pas comme suffisante l'autorité des évêques d'Afrique. Leur cause a été examinée, leur sentence prononcée. » Quelques écrivains peu favorables à la primauté du siège de Rome, ont prétendu voir, dans cette lettre de saint Gyprien, une protestation contre les appels au souverain pontife en général. Mais Cécilien, successeur de saint Gyprien, qui en appellera à Rome contre les Donalistes ; saint Athanase, qui en appellera à Rome contre les Ariens ; saint Jean Chrysostônie, qui en appellera à Rome contre ses ennemis particuliers ; saint Gyprien lui-même, qui en avait appelé précédemment à Rome contre Novat et Félicissime, suffisent à établir, par des faits assez frappants, la doctrine de l'Église sur ce point. Dans le fait, les schismatiques dont il est question ici n'appelaient point : sachant comme tout le monde que la chaire de Pierre était .la source de l'unité et de la légitimité sacerdotales , ils voulurent en avoir des lettres de communion pour autoriser leur faux évêque.
§ II. Sjnchronisme.
125. La paix relative dont jouissait l'Église, tenait à la mort inopinée de l'empereur Dèce, survenue en décembre 251. Une nouvelle invasion des Gotus avait rappelé ce prince en Mésie. La discipline des légions romaines eut facilement raison de quelques tribus nomades, auxquelles la tactique militaire, mais non le courage, faisait défaut. Les barbares, refoulés sur le Danube, demandèrent la paix , offrant de rendre tous les prisonniers faits par eux et d'abandonner leur butin. Dèce voulait mieux; il croyait l'ocoa*» «ion favorable pour exterminer des ennemis si remuants. Au lieu
d'accepter leurs propositions, il donna l'ordre à Gallus, son lieutenant, de se porter sur l'arrière de l'armée barbare pour lui couper la retraite, pendant que lui-même, avec le césar Herennius Etruscus, son fils, encragerait une bataille décisive. Gallus n'exécuta qu'une partie des ordres de son maître. Il avait son programme particulier, dont il ne jugea point à propos d'informer l'empereur. Tl s'éloigna avec ses légions, et se posta entre la rive du Danube <t l'ennemi. Mais là se borna son intervention. Il laissa le reste de Tarmée, sous la conduite de Dèce et de son fils, entamer contre les barbares une lutte inégale. Le jeune Herennius Etruscus, blessé à mort par une flèche, tomba de «heval. Ce n'est qu'un homme de moins! cria l'empereur aux soldats. Compagnons, ne nous arrêtons pas à pleurer inutilement un mort. En avant! — En parlant ainsi, il se jetait lui-même, avec la fureur du désespoir, au milieu des ennemis qui l'entourèrent de toutes parts, et il périt BOUS leurs coups. Ainsi finit , à l'âge de cinquante ans, après ^eux ans de règne, l'un des plus cruels persécuteurs de l'Église. Son nom a laissé dans le martyrologe une longue trace de sang. Nous relevons ici les noms des victimes qui n'ont point encore trouvé place dans l'énumération donnée précédemment : A Anagni, la vierge Secundina ' ; à ApoUonia en Phrygie, les saints Thyrse, Leucus et Callinique ^ ; à Alexandrie, saint Isidore ^ ; à Ravenne, les saintes Maure et Fusca "* ; à Astorga, en Espagne^ la vierge sainte Marthe ^ ; en Asie, Scdnt Troade ^; en Chj^re, saint Conon ^; à Corinthe, les -saints Denys, Cyprien, Anicet, Paul et Crescent®; en Afrique , Jes saints Térence et Pompée '; à Nicomédie, saint Quadrat •" ; à Camerino, saint Anastase ** ; à Rome, les saint? Calocerus et Parthenius, officiers de la maison impériale **; à Arezzo, les deux frères Pergentius et Laurentin *3 ; à Chio, sainte Mérope '■* et saint Faustus *' ; en Achaïe, le saint prêtre Myron *^ ; à Césarée, en Cappadoce, les saints Germain, Théophile, Césaire et Vital **, t'uu des plus célèbres
» 15 janvier. — * 28 janv. — » 5 février. — * 13 Wf. - ' 23 fév. — • 2 mars.
— ' 6 mars. — '10 mars. — • 10 avril. — »« 7 mai, " 11 mai. — "19 u»i*
— " 3 juin. - •* 13 juillet.— » 16 juillet. — •• 17 août. — " 3 aoT.
CHAP. m. — SYNCHRONISME. 277
martyrs de la vu* persécution générale fut saint Christophe, dont !e culte resta si populaire en Italie, en Espagne, dans les Gaules et en Germanie, durant tout le moyen âge. Ses reliques, rapportées de Constantinople, lors de la conquête de cette ville par les Latins (1204), étaient d'une proportion au-dessus de l'ordinaire et justifient la tradition qui donne à ce saint une taille u'igantesque. Son nom de Christophore [Porte-Christ) a seul fait naître la symbo* îique légende racontée par Jacques de Voragine. a Un ermite rencontre le géant au bord d'an fleuve et lui dit : Puisque tu es ai prodigieusement grand et robuste, et que tu veux mettre ta force au service de Jésus-Christ, mon roi, établis-toi sur ces rives eÉ passe sur tes épaules les pèlerins qui viennent clicreher ici les pa" rôles de salut. Ainsi tu seras agréable à mon Dieu, et peut-être <laignera-t-il se manifester à toi. — Le géant acci'pta la proposition. Quelques jours après, un jeune enfant d'une uurv^illeuse beauté se présente pour passer le fleuve. Christophe le charge sur ses -épaules ; mais le poids du jeune inconnu étonne le géant ; ce poidg augmente à mesure qu'il avance, et quand enfin il a pu atteindre l'autre rive, Christophe dépose son fardeau vivant sur le rivage. Enfant, dit-il, je croyais sentir peser sur moi le monde, en ta portant sur mes épaules! — Christophe, répondit l'inconnu, cesse de t'en étonner. Tu viens, en effet, de porter sur tes épaules celui qui a créé le monde '. » Cette parabole monastique, pour laquelle la critique du dernier siècle s'est montrée si injustement sévère, était, comme l'ont fort judicieusement remarqui'- les Bollandistes, une vive image de la situation du monde baihare, dont la force exubérante devait se mettre au service de Ji's ";-Christ. Le sens mystique du moyen âge ne se trompait donc ]hi-.'. .-n adoptant la moralité d'un tel récit, qui n'a d'ailleurs rien ' m m un avec la
vie réelle du saint. Les Actes de saint Christ' |iubliés par les
Bollandistes, nous apprennent qu'après de n iieuses convergions opérées par lui à Samos, il fut arrêté, et ifi' dans un cachot. Après l'avoir fait d'abord meurtrir à coups de verges, dans une
* Legend. aurea^ cap. xcv. Cf. Bolland., Act. fonct., S. Chrisloph., 25 Julii,
sanglante flagellation, les juges essayèrent contre lui un nouveau genre d'épreuves. Ils introduisirent dans la prison du soldat chrétien deux misérables créatures, Nicaea et Aquilina. Mais au lieu de réussir à corrompre le serviteur de Dieu, ces deux jeunes filles se convertirent à sa voix, abjurèrent les désordres de leur vie passée et confessèrent le nom de Jésus-Christ. Elles eurent la gloire de lonsommer leur martyre, au milieu des plus cruelles tortures. Saint lEhristophe eut la tête tranchée, le 2o juillet de l'an 231. — C'est fncore de la courte mais terrible persécution de Dèce, que date le '«nouvement qui porta plus tard les fidèles au désert, et enfanta les merveilles des institutions monastiques. Un jeune homme de la Lasse Thébaïde (231), nommé Paul, fuyant les bourreaux, trouva une grotte ombragée d'un palmier, près de laquelle coulait une fontaine. Paul s'enferma dans cette grotte; y vécut, sous l'œil de Dieu, quatre-vingt-dix ans, et remporta cette gloire de la solitude, qui a fait de lui le premier ermite chrétien.
26. Après la fin tragique de l'empereur Dèce, son successeur, on l'a déjà deviné , fut le perfide lieutenant qui avait assisté, l'arme au bras, à la défaite de l'armée romaine. Calus Vibius Trebonianus régna donc, sous le nom plus connu de Gallus. Soit pour écarter le reproche de trahison qu'il n'avait que trop mérité, soit pour complaire aux prétoriens restés fidèles à la mémoire de Dèce, Il associa le second fils de ce dernier, Hostilianus Decius, à l'empire, et se contenta de faire portera Volusien, son propre fils, le fitre de César. Cette révolution militaire, accomplie en un jourflans l'enceinte d'un camp, à trois cents lieues de Rome, se jus'i- ■^ait, dans l'esprit des légions, par la nécessité de terminer glorieusement la lutte contre les barbares. Mais Gallus ne l'entendait point ainsi. Aussitôt que, revêtu des insignes impériaux, il eut étA salué, ainsi que son collègue Decius le Jeune, en qualité d'Augiisti». au lieu de marcher contre les Goths, il conclut avec eux une pniv honteuse , leur laissant tous leurs prisonniers, tout leur butin, (;!; s'engageant à leur verser chaque année, à titre de subside, un tribut considérable ; de leur côté, les barbares promettaient de respecter fidèlement les frontières de l'empire. Après cette capitula-
CUAP. ni, — SYNCHRONISME. 27iJ
tion indigne du nom romain, Gaîlus et son collègue impérial Decius le Jeune vinrent étaler au Capitole, à défaut des lauriers de la victoire, leur pourpre déshonorée. La date de leur avènement coïncidait avec celle de la mort d'Origène. Ce grand homme, encore tout meurtri des tortures subies durant la persécution, «émigradc? cette vie, dit Eusèbe, à l'âge de soixante-dix ans. ;> L'nistorien grec, pour nous faire comprendre l'attitude hostile que Gallus conserva contre les chrétiens, emprunte le fragment suivant d'une Èpîtra contemporaine, écrite à Hermammon par saint Denys d'Alexandrie. « Gallus, disait saint Denys, ne comprit point la portée de la faute commise par Dèce ; la punition céleste qui en fut la suite ne l'éclaira point, II vînt donc se heurter à la même pierre où s'était brisé son prédécesseur. La paix succédait aux guerres incessantes contre les barbares; une prospérité inaccoutumée renaissait pour l'empire. Gallus n'en profita que pour persécuter les hommes de Dieu, qui priaient chaque jour pour le maintien de la paix et Is conservation de l'empereur. En les mettant à mort, il étoufîaî? dans le sang les prières qui s'élevaient en sa faveur, au pied du trône de Dieu *. »
27. Les chrétiens étaient en effet par excellence les hommes de la prière. Saint Cyprien, après avoir pourvu aux besoins des lapsi par de sages règlements de pénitence; aux dangers du schisme de Novatien, par le traité de Unitate Fcclesiœ, adressait à son peuple un éloquent appel h la prière. Son livre de Oratione dominica, qua saint Augustin regardait comme un chef d'œuvre 2, et après lequel saint Hilaire ne se sentait pas le courage de rien écrire sur le même sujet 3, fut publié au moment oii' Gallus reprenait les errements hostiles de Dèce, et où la peste, dont nous parlerons bientôt, commençait sa terrible apparition sur divers points dt l'empire, a Le Dieu qui nous fait vivre, dit saint Cyprien, a voulu nous apprendre lui-même à prier. Une oraison 4ue le Fils a placée lui-même sur nos lèvres, ar^veplus facilement à l'oreilie du
1 Euseb., HH. ecrle'^., lib. VII, cip. i. — * S. August., de LU, ariji'.r,, cap. xui. Epistol, 22j. — » Hilar., CotH'ficnt. in Mailh., cap.
2S0 PO.MIFICAT DE SAINT COilNELIl-S (2.'i 1-252).
Père. Ainsi il y a une discipline de la prière. S'en écarter ne constitue pas seulement une ignorance , mais une véritable faute , fétrie dans TÉvangile par ces paroles du divin Maître : « Vous rejetez le commandement de Dieu pour y substituer vos propres traditions ^ » Amsi, quand nous nous réunissons avec les frères Bour assister au sacrifice célébré par le prêtre de Dieu, il nous faut respectueusement observer la discipline de la prière ; suivre d'une voix modeste et pieuse les formules prescrites, sans clameurs désordonnées, sans précipitation tumultueuse; car notre Dieu écoute plus les cœurs que les voix. Le Seigneur n'a-t-il pas dit : « Touîcs les Églises sauront que je scrute les reins et les cœurs *? » — Ces considérations générales de saint Cyprien, sont la preuve irrécusable qu'il existait dès cette époque au sein de l'Église des formules consacrées pour la prière publique et pour les rites sacramentels. S'en écarter constituait dès lors, non pas seulement une ignorance, mais une faute caractérisée : Non ignoraniia sola tfr.. it culpa. On le voit, les principes conservateurs de l'unité liturg:i.^ae ne sont pas nés d'hier au sein de l'Eglise. L'oraison dominicale, ce compendium de la doctrine céleste, ce type de toutes les prières privées, avait dû nécessairement avoir pour corollaire ■.unité de la prière publique au sein des assemblées chrétiennes. Les heures consacrées à cette prière publique sont ainsi détermiaces par saint Cyprien : a Sous la loi juive, nous savons, par exemple de Daniel et des trois héroïques Hébreux ses compagnons cie supplice et de captivité, que les heures de tierce, de sexte et rie none, étaient officiellement les heures de la prière. Sous cette triple manifestation quotidienne se cachait encore le mystère de l'auguste Trinité, qui devait se révéler glorieusement au monde, ? l'avènement du Sauveur. La loi évangélique a confirmé et mainîinu ces trois anciennes divisions de la prière publique. En effet, £ est à l'heure de tierce, que le Saint-Esprit est descendu sur les ^)ôtres. C'est à l'heure de sexte, que Pierre, montant à l'étage
* Mti'-., vu, 8 ; S. Cypr., de Orat. domin., caii '-n-. — » Apoc, ii, i); de Oral. uL:..iu., caj). iv.
cuAi'. m. — s v:\cuiiOiNi6Mii. 281
supérieur de la maison pour prier, reçut l'ordre d'appeler les Gentils h la foi ; de même c'était à l'heure de sexte que Notre-Seignear <ivait.été attaché à la croix ; comme ce fut à l'heure de none que, rn?isommant le sacrifice de son sang vivificateur et réaempteur, il riompha de la mort, en mourant pour le salut du monde. Mais, iVères bien-aimés, à ces trois heures observées unanimement par l'js justes du Testament antique, la révélation nouvelle en a ajouté deux autres. Il nous faut célébrer la résurrection dominicale, qui eut lieu le matin, par la prière des Matines. De plus, quand le soleil matériel disparaît à notre horizon et que le jour touche à son déclin, il nous faut prier encore. En effet, pour nous, c'est le Christ qui est le vrai soleil , le véritable jour. Lors donc que l'astre lumineux s'éteint pour faire place à la nuit, nous demandons que luise bientôt pour nous, dans son avènement immortel, la lumière indéfectible du Christ, notre Sauveur. En pressant davan* tage cette comparaison, puisque Jésus-Christ est seul notre soleil et notre lumière, il n'y a pour nous aucune heure du jour et 'le la nuit oii nous devions interrompre la prière. Le chrétien HP connaît pas les révolutions diurnes et nocturnes du monde extélieur, puisque le chrétien est fils du jour et que son soleil l'illumine même dans la nuit. Quand pourrait-il être dans les ténèbres, celui qui porte la lumière dans son cœur? A quel instant manqueraient pour lui le soleil et le jour, quand le Christ est son unique jour et son véritable soleil? Voilà pourquoi, nous qui vivons à la 1 iimière du Christ, nous n'interrompons pas, même la nuit, le cercb de nos prières. C'est ainsi qu'Anna, la veuve évangéhque, prolongeait ses oraisons et ses veilles, « ne sortant jamais du Templa, et servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière '. » Les Ger.ils qui n'ont pas encore reçu le rayon divin de la foi, les Juifs qui l'ont dédaigné, peuvent se croire dans les ténèbres, quand la nuit étend ses voiles sur l'horizon. Mais pour nous, nos très«>chers frères, pour nous qui sommes immergés dans la lumière du Seigneur, pour nous qui sommes demeurés fidèles à notre vocation et
* Luo., îl, 37.
282 rO^^TIFICAT DE SAINT CORNELIUS (251-5o2).
qui en sentons tout le prix, la nuit est vraiment le jour. Pas d'éclipsé à notre soleil ; nous avons quitté pour jamais la région des ténèbres. Voilà pourquoi nos heures nocturnes s'épanouissent dans la prière, au sein d'une veille courageuse et vaillante. Récréés par la grâce de notre Dieu, régénérés spirituellement, nous commençons ici-bas la vie que nous devons mener sans fin. De même que, dans le royaume éternel, la prière et l'action de grâce ne se tairont jamais, de même ici-bas nous ne cessons de prier et de célébrer les louanges de notre Dieu '. » — Nous tenions à faire passer sous les yeux du lecteur ces textes de saint Cyprien. Ils intéressent au plus haut point la tradition liturgique. Qu'est devenue au sein du protestantisme cette énumération des prières de l'Église, en l'an 250 de notre ère ? Qu'a-t-il fait des nocturnes que les premiers chrétiens chantaient en l'honneur du Christ, soleil Qvà ne se couche jamais sur le monde? Où sont les matines et l'hymne ■^omphal de la résurrection ; tierce et son souvenir de TEsprit- Sain^ 'épandu sur notre îerre ; sexte et la mémoire du crucifie- 4jûent, 2one et l'écho du dernier soupir ae Jésus-Christ; vêpres, vet élan de la foi chrétienne vers le second avènement du grand Bge et le triomphe définitif de Dieu notre Père dans son royaume éternel? Que signifient, devant le témoignage précis de saint Cyprien, les reproches de superstition monacale adressés à l'immortel bréviaire de l'Église catholique? Nous supplions les universités protestantes d'Angleterre et d'Allemagne de vouloir bien y réfié- «hir. Elles pourront se convaincre que le catholicisme pratique aujourd'hui la prière universelle, selon la forme indiquée par le grand évêque de Garthage. Le traité de Oraiione dominica nous fournit un témoignage non moins précieux, au point de vue du iogme eucharistique. En commentant les paroles : «Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour ; » saint Cyprien s'exprime ainsi : « Ce texte a deux sens, l'un spirituel, l'autre littéral, qui ont chacun leur divine importance pour le salut. Spirituellement. U est question ici du pain de vie lequel est le Christ. Ce pain n'appar-
*De Oral, domin., cap. XIXIV, xixvi; Patrol. lat., loin. IV. ccl, 541-0*4.
CUAr. III. — MARTYRE DE SAINT CORNELIUS. -Mi
tient pas à tous; il est nôtre, parce que le Christ est le pain de ceax qui reçoivent le sacrement de son corps. Nous renouvelons chaque jour la demande de ce pain, de peur que nous, qui vivons dans le Christ et qui recevons chaque jour l'aliment eucharistique du salut, nous ne venions à tomber dans quelque faute grave qui nous forcerait à nous abstenir de la communion et à ne plus participer au corps du Christ. Le Sauveur a dit en effet : « Je suis le pain dk vie, descendu du ciel ; celui qui mange de mon pain, vivra cteî* nellement. Or le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour S[:; salut du monde '. » Dès lors qu'il atteste que la vie éternelle ei, le partage de ceux qui mangent de son pain, il est clair que tous ceux qui participent légitimement au sacrement d'Eucharistie e£ reçoivent le corps de Jésus-Christ ont la vie en eux. Mais, pae une raison inverse, il nous faut craindre de perdre ce privilège ; il nous faut prier, afin de ne poirxt tomber en l'état du péché, où nous serions séparés de la participation au corps du Seigneur, eg où nous tomberions sous l'anathème qu'il a prononcé lui-même eç disant : « Si vous ne mangez la chair dis Fils de l'homme et a vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous '. ■ Yoilà pourquoi nous demandons à Dieu de nous donner chaqua jour notre pain, qui est le Christ, afin que nous, qui vivons et now* mouvons dans le Christ, nous ne soyons pas séparés de la sanctifi» cation qui nous est donnée par la communion de son corps '. » — Nous prendrons la liberté de le demander atout homme de bonae foi. Y a-t-il, dans la Cène calviniste ou luthérienne, quoi que ce soit qui puisse de près ou de loin concorder avec ce texte explicite de saint Cyprien?
§ m. Martyre de Saint Cornélius (14 Septembre S5S).
28. Cependant, le pontificat de saint Cornélius touchait à son /erme. Après la glorieuse journée où le grand pape avait eu la joie de recevoir l'abjuration du prêtre Maxime et des autres confesseurs
' Joan., VI, 51. — « Joan., vi, 53. — ' Ufe '^'"ï-'- '-■''^•nin., cap. xviii; Pnfr. lat^ tou). IV, col. 531.
r^jarés un instant dans les sentiers du schisme deNovatien, le soutenir le plus attendrissant de son administration si laborieuse et si difficile fut sans contredit celui de la translation des reliques de saint Pierre et de saint Paul, déposées trente ans auparavant dans la catacombe de la voie Appienne, par saint Calliste ^. Nous avons établi précédemment, parles découvertes récentes de l'archéologie romaine, la certitude historique du lait relatif à saint Calliste. Le premier des papes qui vit un schisme s'attaquer à son autorité pontificale, avait donc consacré sa légitimité en disposant des précieuses reliques des princes des apôtres , ces deux colonnes de l'édifice de l'Église. Saint Cornélius, objet de persécutions analogues de la part d'une faction impudente et sacrilège, eut l'honneur de restituer à leurs tombeaux primitifs les restes mortels des deux apôtres. Nous avons encore l'épître circulaire dans ^iquelle il rend compte de cet épisode solennel à tous les évêques ce la catholicité. « En présence des témoignages de dévoue- Ji^ni et de charité que vous prodiguez à la chaire apostolique, dont vous soutenez avec tant de zèle la doctrine et la foi, dit-il, je crois devoir vous informer d'un événement qui intéresse l'honneur des saints Apôtres, et qui s'est produit avec la grâce de Dieu au sein de l'Église romaine. Vous aurez, je l'espère, à nous en féliciter. Sur les instances de la pieuse chrétienne et clarissime matrone, Luc;na, ics corps des bienheureux apôtres Pierre et Paul ont été ^aguères transférés des catacombes oîi ils reposaient. Dans le -îilence de la nuit, le corps du bienheureux Paul fut d'abord extrait iu sépulcre provisoire et transporté dans le prœdium de Lucina, sur .a voie d'Ostie, au lieu même oîi le grand Apôtre fut décapité. Nous soulevâmes ensuite respectueusement le Corps du bienheueux Pierre, prince des apôtres, et nous l'avons replacé dans le lombeau qu'il occupait antérieurement, au milieu des évêques de Home, non loin du temple d'Apollon sur le mont d'Or, au Vatican, orès du palais de Néron. Cette translation s'est effectuée le i)i' des calendes de juillet (29 juin 251). En célébrant cett<> .sainte f'éi>émo-
* Cf. loin. V" 'if '■•lie Histoire, pag. 5C3 « ' •"jiv-
CnAP. III. — MARTYRE DE SAINT CORNELIUS. 2K.~.
nie, nous adressions à Jésus-Christ, notre Dieu et notre Sauveur, par l'intercession des eaints apôtres, les plus ferventes pricreâ, pour qu'il daigne effacer le souvenir des iniquités passées, et qu'ea vous faisant croître dans la pratique des bonnes œuvres, il vous conserve en paix, durant ces tristes jours. L'ennemi antique ne cesse de multiplier contre nous les embûches et les pièges. Novatien, ordonné contrairement à toutes les règles de l'Église, contîr^ue le schisme, en s'appuyant de l'influence de Novat. Ensemble ils ont envoyé l'hérétique Nicostrate en Afrique. Ils travaillent sans cesse à dévaster le troupeau du Seigneur. Mais, si nous avon? eu à déplorer de nombreuses défections, c'est avec une grand-' Joie que nous avons accueilli le retour des illustres confesseur.-» qui, avec le prêtre Maxime, s'étaient un instant séparés de l'unitéi catholique. Ils y sont glorieusement rentrés, et ont reconquis, paZ cet acte solennel, toute leur antique gloire *. » Cette Épître de sainf Cornélius n'avait pas seulement été répudiée comme apocryphe^ par la critique outrée du xvii* siècle, mais elle avait paru suspecte au cardinal Baronius lui-même, par la raison précisément qui aujourd'hui nous en démontre l'authenticité. L'illustre historien était persuadé qu'il n'y avait eu qu'une seule translation des corps dft saint Pierre et de saint Paul, celle dont parle saint Grégoire le» Grand et qui eut lieu deux mois après le martyre des saints apôtres '. Les critiques gallicans, de leur côté, soutenaient que même cette première translation n'avait jamais eu lieu et que le récit de saint Grégoire le Grand était une légende romaine sans valeur. On conçoit dès lors l'hésitation du cardinal Baronius et lî dénégation absolue de la critique gallicane, vis-à-vis de l'Épîtrft de Scdnt Cornélius. Les découvertes récentes de M. de Rossi, l'i!" lustre archéologue catacombaire, sont venues tour à tour constater la véracité de la première translation sous le pontificat de saint Lin ; de la seconde par Calliste I et de la troisième sous saint Cornélius. L'authenticité du fait historique s'étend donc aujourd'hui
* i Epistola Decretalis S. Cornelii, Pà/r. lat.. Xom 'H. col. 8il, — *Cf. J. VI de cette Hist., pag. 2U.
sur la lettre de ce dernier pape et nous restitue un monument pontifical trop longtemps méconnu.
29. L'étude des cryptes sacrées, où l'histoire des trois premiers siècles s'inscrivait jour par jour avec le sang des martyrs, nous fournit d'ailleurs, relativement à saint Cornélius, des constatationj non moins précieuses. Le Liber Pontificalis, dont nous avons reproduit la notice, affirmait que ce pape avait été relégué à Centumcelles {Civùa-Vecckia), par ordre de l'empereur Dèce, et que ce fat dans un cachot de cette ville qu'il reçut des mains du diacre Celerinus, la lettre par laquelle saint Gyprien reconnaissait sa juridiction et sa légitime autorité. Dès lors saint Cornélius, qui fut élu le 2 juin 251, qui reçut l'abjuration des confesseurs quelques semaines après, et qui, le 29 du même mois, procédait à la translation des j*eliques des saints apôtres et tenait à Rome, vers la même époque, un concile de soixante-quatre évêques, dut être relégué au lieu de son exil vers la fin du mois de juillet. Ainsi s'explique comment la première lettre de Carthage, et toutes celles qui suivirent, le trouvèrent dans son exil de Centumcelles. Mais voici où commençait la difficulté chronologique. L'empereur Dèce perdit le trône et la vie en décembre 251. Cependant le Liber Pontificalis atteste que saint Cornélius fut décapité, le 24 septembre 252, par l'empereur Dèce, qui donna personnellement l'ordre du martyre. Comment un empereur tué deux ans auparavant par les Goths, près de Philippopolis, dans la Thrace, pouvait-il être ressuscité pour faire traîritir un pape au supplice? En 252, c'était Gallus qui régnait. 11 y avait donc, aux yeux de la critique, une impossibilité radicale à admettre la leçon du Liber Pontificalis. Pour que le martyre de saint Cornélius eût pu coïncider avec l'époque de Dèce, il aurait fallu le reporter à l'an 251. Or, d'une part, les lettres parfaitement authentiques de saint Cyprien, adressées à ce pape dans le cours de l'année 252, prouvent que Cornélius vivait encore à cette époque. D'un autre côté, tous les monuments connus, le Catalogue Lificrim, les inscriptions de Saint-Paul ho7\s les murs, le Liber Puntificnb:- lui-même s'accordent à donner plus d'un an de règne à saint Cornélius. Donc il fallait de toute nécessité que le nom de Dèce,
CUAP. III. — MARTYRE DE SAIiNï CORNELIUS. 287
inscrit dans le Liber Ponti^calis, fût une erreur. Dès lors tout le reste de son récit était également apocryphe. En consi''quence, Fïeurj, qui supprimait de l'histoire a les dissertations jt les discussions critiques,» se croyait en droit de raconter la mort de saint Cornélius en ces termes : « Saint Corneille ayant refusé de sacrifier aux faux dieux, fut envoyé en exil par ordre de l'empereur Gallus^ à Centumcella, qui était un lieu très-agréable, à quarante-cinq milles de Rome. Là, il reçut une lettre de saint Cyprien, qui le congratulait et toute l'Église romaine de sa glorieuse confession. L'évêque de Carthage fait remarquer dans cette lettre que les persécuteurs laissaient en repos l'antipape Novatien ; puis il conclut en ces termes : Puisque nous sommes avertis par la Providence divine que le jour de notre combat approche , appliquons-nous sans cesse avec tout le peuple aux jeûnes, aux veilles et aux prières. Souvenons-nous les uns des autres , et qui qne ce soit de nous qui sorte d'ici le premier, par la miséricorde de Dieu, que notre charité continue auprès de lui et que nos prières ne cessent point pour nos frères. Ainsi parlait le confesseur Cyprien au confesseur Corneille. Le pape saint Corneille mournt dans son exil cette même année 252, le 14 de septembre, après avoir tenu le saint siège un an et environ cinq mois *. » Quand le grave historien écrivait ces lignes, il ne se doutait guères que le tombeau de ce pape, mort paisiblement à Centumcella, « lieu très-agréable, à quarante-cinq milles de Rome, » se retrouverait en 1852 à Rome, sur la voie Appienne, dans la catacombe de Calliste, exactement au lieu où la « bienheureuse Lucina, comme parle le Liber Ponti- ^calis, lui avait donné la sépulture. »
30. Il nous faut donc désormais compter plus sérieusement avec oécotnertes fes témoignages du Liber Pondficalis et ne les point écarter parles baire. .i„i.-
. - , . 1 r. T • tificaîi'':, lie»
prosédés sommaires et les fins de non-recevoir du vvir siècle. 11 trR.;i i.ns
est certain que saint Cornélius fut rappelé de Centumcella à Rome, des d,.^uc<-i
pour y r-endre compte d'une prétendue conspiration qu'il entrete- Ponti}icaii». nait contre l'empire. Il est certain qu'il consomma son martyre âe
» Fleury, Uîst. ecelés.^ lettre 7, n. 9, tom. II, pag. 257-259.
ii88 PONTIFICAT DE SAINT CORNELIUS (2ol-252j.
la manière que nous l'avons raconté plus haut, d'après le Liber Ponlificalis. 11 est certain que ce ne fut point Dèce l'aîné, mais son fils Dèce le Jeune, '^.ollègue impérial de GalluSj qui ordonna son supplice. Enfin il est certain qu'une lettre de saint Cyprien, reçue par le saint pape, donna lieu aux mesures de rigueur prises contre le pontife exilé. Voi^i en effet la révélation archéologique des catacombes. Dans la crypte désignée par le Liber Pontificalis^ M. de Kossi retrouva, en 1852, non-seulement le tombeau du saint pape ïvec cette inscription : GORNELIVS MARTYR EP, mais une peinture murale désormais connue de toute l'Europe savante , et reproduite par la gravure dans la Roma sotterranea. Cette fresque représente dans un seul encadrement, et accolées l'une à l'autre, /es deux figures en pied de saint Cornélius et de saint Cyprien, avec les inscriptions incontestables , SGI CORNELII PP. — SCI CIPRIAM. L'illustre archéologue romain croit que ces peintures, restaurées par Léon III, sont de beaucoup antérieur&s à ce pape, 6» .p'on peut reporter leur composition primitive au m* siècle *. Et maintenaut nous demanderons si l'on peut expliquer, sans le texte de Liber Pontificaiis, Ta présence d'une image de saint Cyprien à côté de celle du pape Cornélius , dans la crypte romaine. Le martyre du pape avait été motivé par Dèce le Jeune sur la correspondance échangée entre saint Cornélius et l'évêque de Carthage. Toilà le fait que le peintre chrétien des catacombes avait voula immortaliser en reproduisant à côté l'un de l'autre les deux portraits de Cornélius et de Cyprien. C'est ainsi que de toutes parts la vérité historique et l'authenticité des monuments traditionnels s'affirment en face du xix' siècle.
31. Quelques jours avant le martyre de Cornélius, un prêtre Je Rome, saint Hippoly'^ différent de l'évêque de Porto, du même nom, versait son sang pour la foi. « Le prêtre Hippolyt dit saint Prudence, avait eu le malheur de renier l'orthodo.xi pour embrasser le schisme de Novatien. Mais, à l'heure de passion, il donna à la foi véritable aa témoigaa^e d'autant
* De Rossi, Roma Sotterranea- toui. I, 3» par*