V. MORT DU PAPE SAINT DKNYS
40. Usurpation et mort d'Odenath. Zénohie, reine d'Orient. Usumation d'Aureolus en Rhétie. — 41. Assassinat de Gallien à Mediolauum (Milan). Promo* tioD de Claude le Gothique. — 42. Mort du pape sainl Denys^ de Grégoice J« Thaumaturge et de saint Félix de Noie.
§ I. Les martyrs.
1. La chaire apostolique demeura un mois vacar.ta, après le martyre du pape saint Etienne I. L'Église de Rome,, veuve de son pasteur, apprenait chaque jour le massacre de l'un de ses
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enfants. C'est ainsi que l'acolythe Tarsicius fut arrêté par les païens, au moment où il avait sur lui la sainte Eucharistie. Les soldats, qu: se saisirent de sa personne, voulurent savoir ce qu'il portait. L'héroïque ministre de Jésus-Christ rcfiisa de découvrir les saintes espèces, et se laissa assommer à coupa de pierre et de bâton par la populace *. Dans une réunion solennelle aux catacombes, le clergé et les fidèles de Rome, bravant la fureur de la persécution, eurent le courage de donner un saccosseur au pontife martyr. On se rappelle que saint Etienne I avait confié à Sixte, son archidiacre, le gouvernement de l'Église, pendant que lui-même, emprisonné pour la foi, il subissait les premières atteintes de la huitième persécution. Les suffrages de l'assemhloe se portèrent sur le couragenx archidiacre, auquel le Liber Vr>rf:(]caUs consacre la notice suivante : « Sixte, grec d'origine, él. H .n converti de la philosophie à la foi. Il siégea deux ans, onze mois, six jours, depuis le consulat de Maxime et Glabrion (257), jusqu'à celui d'^milianus et Bassus (259), sous le règne de Yalérien. Il reçut la couronne du martyre dans cette cruelle pers(5cution. Saisi par ordre de l'empereur avec six de ses diacres, Félicissime, Agapitus, Januarius, Magnus, Vincent et Etienne, le vi des ides d'août (6 août 259) , il eut la tête tranchée. Le preshyterium dirigea l'Église après sa mort. Trois jours après le martyre du bienheureux Sixte, son archidiacre Laurent, avec le sous-diacre Claude, le prêtre Severus, le lecteur Crescentius et le portier Romanus souffrirent la mort pour le nom de Jésus-Christ, le iv des ides d'août (10 août 239). En deux ordinations, au mois de décembre. Sixte avait imposé les mains à quatre prêtres, sept diacres , et deux évêques destinés à diverses églises. Il fut enseveli dans le cimetière de Galliste, sur la voie Appienne. Ses compagnons de martyre reçurent la sépulture dans le cimetière de Prétextât, sur la voie Appienne, le viii des ides d'août (5 août 259), à l'exception du bienheureux Laurent, qui fut enseveli dans le cimetière de Cyriaque, sur la voie Tiburtiae, en une crypte de VAgro^Verano^
Martyr, rom., 15 januar.
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avec plusieurs aulres confesseurs de la foi, le iv des ides d'août (10 août 239). Le siège épiscopal demeura vacant pendant trentecinq jours. » — Le souverain pontificat, dans de telles circonstances, n'était que {'occasion plus prochaine du martyre. Saint Sixte II se montra digne de cette sublime vocation. Sous le coup de la persécution qui le menaçait, il trouva assez de calme et de tranquillité d'âme pour terminer, de concert avec saint Denys d'Alexandrie, l'affaire des rebaptisants. Saint Denys, chassé de son siège par Émilien, préfet d'Egypte, avait été exilé sur les côtes de Lybie, dans la petite ville de Géfro. Les habitants, qui étaient tous païens, se convertirent à sa voix ; et il retrouva bientôt, dans cette contrée éloignée, une église aussi fervente que celle dont la violence le tenait séparé. Il écrivit plusieurs lettres à saint Sixte, pour l'informer des efforts qu'il faisait pour ramener les dissidents à la décision du pape saint Etienne I*'. Il eut la consolation de voir rentrer dans l'unité tous ceux qu'une erreur passagère en avait écartés.
lUarivre ne 2. Salut Cypricn, à la première nouvelle de la persécution, avait i Caribage. écrit, BU stylc brûlant, une Exhortation au martyre^ qu'il adressait à tous les fidèles de son église. Il fut pris le premier et conduit devant le proconsul d'Afrique, nommé Paternus, qui se contenta de l'envoyer en exil à Curube, port de mer, à une vingtaine de lieues de Carthage. Mais Galère Maxime, successeur de Paternus, arriva i'. Carthage avec des sentiments plus hostiles. Il donna i'ordre d'amener le saint évêque au prétoire. Une multitude immense se rassembla, pour assister à l'interrogatoire de l'illustre docteur. — « Es-tu Thascius Gyprien? lui demanda le proconsul. — Je le suis, répondit le saint. — Es-tu l'évêque de ces ?acriléges chrétiens? — Je le suis. — Les augustes empereurs ordonnent de sacrifier aux dieux. — Je ne sacrifierai pas. — Songe à ce que tu veux faire. — En une chose si juste, il n'y a point à délibérer. Exécutez les ordres que vous avez reçus. » La sentence fut portée, et le proconsul lut ce décret : « Thascius r'vprion ?pra puni par le glaive. — Deo (jraiiasl » répondit le généreux cvc(iue. Les chrétiens, mêles à la foule, s'écrièrent alors :
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<( Qu'on non.^ fasse mourir avec lui ! » Une scène tumultueuse suivit le jugement : le proconsul donna l'ordre de conduire saint Cyprien hors de la ville, pour prévenir la sédition qu'il craignait. L'évêque de Cartbage se banda lui-même les yeux; un prêtre et un diacre, qui l'accompagnaient au lieu du supplice, lui lièrent les lUiiins; il fit remettre vingt-cinq pièces d'or à l'exécuteur, et présenta sa tête au bourreau qui l'abattit d'un c^ip. les chrétiens l'ocueillirent le sang du martyr dans des étoff s de lin 3t de soie (14 septembre 2o8). Huit de ses disciples, la plupart clercs de l'église de Carthage, Lucius, Montan, Flavien, Julien, Victorin, l'rimulus, Renus et Donatien, imitèrent leur saint éY'êque danssos courage et dans sa mort.
3. En Espagne, saint Fructueux, évêque de Tarragone, fut amené avcL' deux de ses diacres, devant le gouverneur impérial, Émilien. <( Avez-vous appris l'ordre des empereurs? demanda le proconsul. — Je ne sais ce qu'ils ont ordonné, répondit l'évêque,; pour moi, je suis chrétien. — lis ont ordonné d'adorer les dieuî». — J'adore un seul Dieu qui a fait la ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment. — Ne sais-tu pas qu'il y a des dieux ? — Non. — Eh bien, on te l'apprendra. » Le gouverneur se tournant alors vers Augure, l'un des diacres, lui conseilla de ne pas s'arrêter à ce que Fructueux venait de dire. Augure répondit qu'i;^ adorait aussi le seul Dieu tout-puissant. « Et toi, dit alors Emî* lion à Euloge, l'autre diacre, adores-tu aussi Fructueux, ton évêque? — Je n'adore point Fructueux, mais le Dieu que Fructueux adore. — Es-tu donc évêque ? demanda le gouverneur saint Fructueux. — Je le suis. — Dis plutôt que tu Tas été. » Eti. les condamna tous trois à être brûlés vifs. — A Antioche, le gou*' vcrncNi- faisait conduire au lieu de l'exécution le nrêtre Saprice. Un chrétien, nommé Nicéphore, qui nourrissait (ie,pi.!is c;>ielqueS années une violente inimitié contre ce prêtre, le suivait, mêlé à la foule, et, durant le trajet, le suppliait de lui [iirdonner, avant de monter au ciel. L'âme de Saprice demeura in. m •cessible à t^ut sentiment de miséricorde. Arrivé au lieu du supp ice, le malhe**reux prêtre, si dur envers son frèr3, n'eut pas le rourage de v6./
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la mort en face ; il s'écria qu'il était prêt h sacrifier aux dieux. Les bourreaux le relâchèrent. «Que faites-vous? lui dit Nicéphore. Martyr de Jésus-Christ, ne perdez pas la couronne que vous avez déjà méritée par tant de tourments! » — Ses exhortations furent inutiles ; et cette couronne immortelle, dont Saprice venait de se rendre doublement indigne, Nicéphore la recueillit ; car les bourreaux ne firent que changer de victime, et, par ordre du gouverneur, lui tranchèrent la tête.
smc'^'cvHHe ^' ^ Césarée, en Palestine, trois amis scellèrent leur amitié par le 'd""rét"[ée' nï^rtyre. ris se présentèrent ensemble, et d'eux-mêmes, au gouver- ^"doc'*'*"* iï6ur, qui les condamna aux bêtes. Le nom de ces trois héros de l'amitié chrétienne était Priscus, Malchus et Alexandre. — Un trait plus merveilleux encore, de la part d'un enfant, nommé Cyrille, fit l'admiration de la ville de Césarée en Cappadoce. Le père de Cyrille était idolâtre. Dans sa haine du nom chrétien,- il avait chassé son fils de la maison, l'abandonnant sans secours à la charité publique. Cyrille fut amené par des soldats en présence du gouverneur. « Mon enfant, lui dit le juge avec douceur, je veux bien te pardonner tes fautes, en considération de ton âge. Il ne tient qu'à toi de rentrer dans les bonnes grâces de ton père; sois sage et renonce à ta superstition. » Le saint enfant répondit : n Je suis bien aise de souffrir des reproches pour ma conduite. Je me réjouis d'être chassé de la maison de mon père; Dieu me recevra dans une demeure plus grande et plus somptueuse. Je renonce volontiers aux biens de ce monde, pour être riche dans le ciel. Je ne crains pas la mort, parce qu'elle est suivie d'une meilleure vie. » Aloi's le juge, prenant un ton propre à intimider un enfant, le menaça des plus cruels supplices ; il le fit lier, comme pour le conduire au lieu de l'exécution : il ordonna de préparer un bûcher et d'y mettre le feu. Le courage de Cyrille n'en parut que plus assuré. H se laissa conduire, sans verser une larme ; on l'approcha du feu comme pour l'y jeter ; mais il ne perdit rien de sa constance. Le juge avait secrètement donné l'ordre de ne pas aller plus loin. Quand on vit que l'aspect du supplice n'avait fait aucune impression sur lui, on le ramena au juge qui lui dit : « Tu as vu le