‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 45 sur 96 · CHAP. V. — LES MARTYRS · texte numérisé non relu

CHAP. V. — LES MARTYRS

feu, tu as vu le glaive, seras-tu sage à présent; et, par ta soumission à ma volonté et à celle de ton père, mériteras-tu qu'il te rende son affection et qu'il te reçoive chez lui? » Le jeune Cyrille répondit : « Vous m'avez fait grand tort de me rappeler ; je ne crains ni le feu ni l'épée ; j'ai hâte d'aller à une demeure beaucoup plus désirable, et je soupire après des richesses bien plus solides que celles de mon père. Ne tardez pas à me faire mourir pour que j'aille plus promptement à Dieu. » Les assistants pleuraient en l'entendant parler ; mais il leur disait : « Vous devriez vous réjouir, au lieu de pleurer ainsi. Loin de chercher à m'affaiblir par vos larmes, vous devriez m'encourager et m'animer à tout souffrir. Vous ne savez pas quelle est la gloire qui m'attend, quelle est mon espérance, quelle est la cité céleste où je vais! Laissez-moi finir ma vie mortelle. » Ce fut dans ces sentiments qu'il reçut la couronne du martyre. En lisant cette page de l'histoire de l'Église, on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, ou la foi qui inspire à un âge si tendre une telle hauteur de vues et un tel héroïsme, ou J'aveuglement des païens, qui croyaient triompher d'une telle foî par le glaive et les bûchers.

o. Saint Sixte II avait précédé dans le ciel cette pléiade de glorieux martyrs, que les édits de Valérien multipliaient sur tous les points du monde, et dont l'histoire de la terre n'a pu garder tous les noms. Le 6 août 2o8, pendant que le pontife célébrait les saints mystères, au cimetière de Calliste, des soldats s'emparèrent de su personne et le conduisirent au supplice. Laurent, archidiacre de l'Eglise romaine , le suivait en pleurant, et lui disait : « Oij allez-vous, mon père, sans votre fils? On allez-vous, saint pontife, sans votre diacre? » Sixte lui répondit : « Ce n'est pas moi qui t'abandonne, ô mon fils. Mais un plus grand combat t'est réservé ; tu me suivras dans trois jours. » Comme il achevait ces mots, un soldat lui trancha la tête. Il avait occupé le saint siège onze mois et six jours. Il avait envoyé en Gaule saint Poregrinus, premier évoque d'Auxerre. Parmi les louanges que l'antiquité a données à saint Sixte II, on remarque surtout celle de pontife doux et pacifique. C'est à sa mansuétude qu'était réservée la consolante mission

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de terminer la querelle des rebaptisants, qui avait rempli d'amertume le pontificat de son prédécesseur. Cependantle préfet de Rome, croyant que les chrétiens avaient de grands trésors à leur disposition, et voulant s'en emparer, se fit amener l'archidiacre Laurent qui en avait la garde. «Vous autres chrétiens, lui dit-il, vous vous plaignez que nous vous traitons cruellement. Il n'est point ici question de supplices; je vous demande ce qui dépend de vous. On dit que dans vos cérémonies les pontifes offrent des libations avec des vases d'or; que le sang des victimes est reçu dans des coupes d'argent, et que, pour éclairer vos sacrifices nocturnes, vous avez des cierges fixés sur des chandeliers d'or. On dit que, pour fournir à ces offrandes, les frères vendent leurs héritages, et réduisent parois zeurs enfants à l'indigence; mettez au jour ces trésors cachés. L'empereur en a besoin pour solder les troupes et rétablir les finances de l'État. J'apprends que, selon votre doctrine, il faut rendre à chacun ce qui lui appartient : or, l'empereur reconnaît comme sienne la monnaie sur laquelle est empreinte son image : rendez «.lonc, comme vous dites, à César ce qui est à César. Si je ne me trompe, votre Dieu ne fait point battre monnaie; il n'a pas apporte e fcfgent en ce monde, il n'y a apporté que des paroles : rendez nous l'argent et gardez les paroles. — J'avoue, répondit Laurent, que notre Église est riche; l'empereur lui-même ne possède pas de s: grands trésors. Je vous ferai voir ce qu'elle a de plus précieux; donnez-moi seulement quelque temps pour tout mettre en ordre, dresser l'état de toutes nos richesses et en faire le calcul. » Le préfet lui donna trois jours de délai. Dans cet intervalle, Laurent parcourut la ville, pour chercher en chaque rue les pauvres (jue l'Église nourrissait. Il les rassembla tous : lépreux, aveugle?, iDOÎteux, paralytiques, malades couverts d'ulcères, et les rangea dans la cour de l'église. « Venez, dit-il ensuite au préfet, vous ferrez une c'-ande cour pleine de vases précieux et de lingo's d'or, entassés sous les galeries. » Puis, ouvrant une porte, il montra au préfet toutes les infirmités humaines réunies. «Voilà, lui dit-il, les trésors dont je vous parlai». J y ai joint les perles et les pierreries; vous voyez les vier/cs et le.^ veuves : c'est la couronne do

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l'Eglise. Profitez de ces richesses pour Rome, pour l'empereur et pour vous-même. » Le préfet, exaspéré, se livra à tous les transports de sa fureur. Il fit apporter un immense gril de fer, sous lequel on mit des charbons ardents. Le saint diace y fut étendu et trouva encore la force, au milieu des tortures, de dire au tyran: <i Faites-moi retourner, je suis assez rôti de ce côté. C'est assel (.'uit, vous pouvez manger. » Et il rendit ainsi son âme à Dieu, inartvr de la foi et de la charité.

§ II. Fin (le la hnitième Persécution Générale.

G. La persécution semblait redoubler de violence. Les listes du Le»martyrt Martyrologe devenaient impossibles à dresser, tant le nombre des (c!fastanti*c) victimes s'accroissait. Ainsi, à Utique, on vit un jour le proconsul taire ériger dans la plaine un autel à Jupiter. Non loin était neusce une immense fosse, remplie de chaux vive. Trois cents chrétiens furent amenés devant le magistrat. Au lieu de sacrifier sur l'autel idolâtrique, ils se précipitèrent d'eux-mêmes dans k chaux fumante qui deîvora leur chair. On appela cette triste hécatombe la Masse blanche, parce que la chaux, mêlée aux ossements calcinés, fut précieusement recueillie par les fidèles d'Utique. Au temps de saint Augustin, ces précieuses reliques enrichissaient toutes les églises africaines, et le grand évêque d'Hippone illustra le souvenir de ces héros de Jésus-Christ dans un discours en leuf honueur '. — A Rome, la vierge Eugénie, d'une famille consu'^ laire, avait la tête tranchée. Sa mère Claudia, Protus et Hyacinthe, ses serviteurs, subissaient la même peiue ^. Le soldat Romanus, converti par saint Laurent, donnait aussi sa. vie pour Jésus-Christ » Arcadius, un des plus illustres citoyens de Césarée on Mauritanie, eut le corps coupé en morceaux dans l'amphithéâtre, en présence de tout le peuple assemblé *. La terre d'Afrique fut partout

« S. Augustin., Sernto 306, in Psalm. cxLiv. — 2 siméon Metaphr., Martyr. S. Eugcniœ; Palrol. grœc, tow CXVI, cpî. 610. — ^ Martyr, rom., 9 augusi. — ^ Ibid., 12 januar.

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abreuvée de sang chrétien. Voici, dans toute sa naïve simplicité, un récit dont le narrateur, témoin oculaire, a voulu cependant garder l'anonyme, a Je parcourais, dit-il, la Numidie avec Marianus, l'un de nos frères, de l'ordre des lecteurs, et le diacre Jacob, dont vous vous rappelez l'amitié pour moi. Nous séjournâmes dans le petit village de Mugoë, près de la colonie romaine deCirtha. La persécution sévissait alors avec fureur. Deux évêques, Agapius et Secundinus, passèrent dans ce village. Une escouade de soldats les conduisait au gouverneur romain à Cirtha. Nous eûmes le bonheur d'offrir une hospitalité de quelques instants à tes deux confesseurs, qui reprirent bientôt leur route, laissant {acob et Marianus remplis d'une sainte ardeur pour le martyre. Agapius et Secundinus furent mis à mort à Cirtha, en compagnie du soldat Emilien et des deux vierges Antonia et Tertulla. Deux jours après, le village de Mugoë fut investi par les païens. On se saisit du bienheureux diacre et de Marianus son compagnon. Traînés à Cirtha, ils furent mis à la torture par un stationnaire. Marianus fut suspendu par les pieds à une potence ; Jacob fut appliqué au chevalet. Ils déclarèrent tous deux que non-seulement ils étaient chrétiens, mais qu'ils avaient l'honneur de compter parmi les ministres de l'Église, l'un comme diacre, l'autre comme lecteur. Après cet aveu, on les mit en prison, oii ils se réjouirent, dans la compagnie de leurs frères, de ce qu'ils venaient de souffrir pour le Seigneur. La nuit suivante, Marianus eut une vision. Saint Gyprien lui apparut, dans l'éclat céleste de son triomphe, et lui présenta une coupe d'eau limpide et fraîche, puisée aux fontaines jaillissantes du Paradis. Quelques jours après, le gouverneur fit réunir tous les confesseurs dans une vallée voisine de Cirtha. Ils étaient en si grand nombre qu'on les rangea en file, à la suite les uns des autres, pour que le bourreau n'eut qu'à parcourir cette ligne en abattant les têtes. L'exécution eût été trop longue , si les martyrs eussent été frappés successivement à la même place, et il y aurait eu trop de cadavres entassés en un seul monceau. Quand on leur eut bandé les yeux, selon la coutume, ils dirent \. quelques-uns des frères qui les entouraient : « Pendant qu'on

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