‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 60 sur 96 · CHAP. V. — MORT DE SAINT DT^M · texte numérisé non relu

CHAP. V. — MORT DE SAINT DT^M

évoque Maxime de s'éloigner de sa ville épiscopale. Il y consentit, et laissant l'administration de sa chère église au prêtre Félix, le vieillard sortit à pied , durant la nuit , pour chercher un asile dans les rochers de la montagne. Le lendemain, Félix était arrêté par ordre du magistrat. Après avoir subi le supplice de la flagellation, il fut jeté, pieds et mains liés, dans un étroit cachot, dont le sol était semé de débris de verre cassé. Le généreux confesseur rendit grâces ^ Dieu d'avoir été trouvé digne de souffrir pour son nom. La nuit éiait venue, sans mettre fin à sa prière. Tout à coup, . la cellule s'illumina d'une splendeur céleste ; un ange apparut au prisonnier, et lui dit : Félix, serviteur de Jésus-Christ, suismoi. — Le confesseur croyait rêver. Il répondit, en montrant ses chaînes et la porte fermée du cachot : Je ne saurais faire un mouvement dans l'intérieur de cette prison; les gardes qui veillent derrière cette porte m'empêcheraient de sortir, quand même vous l'ouvririez sous mes pas. — Lève-toi , lui dit l'ange. — Félix fit un effort pour se soulever sur son lit de douleur. En ce moment, les fers qui entravaient ses pieds et ses mains se détachèrent d'eux-mêmes. La porte s'ouvrit, sans que le sommeil des gardes fût interrompu. Félix, sur les pas de son guide céleste, sorfit donc. Ils marchèrent longtemps sans rien dire par des chemins inconnus. Au moment où l'ange l'abandonna, Félix était dans una région déserie de la montagne voisine de Noie. Le jour commençait à paraître. En regardant autour de lui, Félix aperçut un vieillard étendu sans mouvement et presque sans vie sur le rocher. C'était le saint évêque Maxime, demeuré sans nourriture depuis son départ de sa ville épiscopale. Il attendait la mort dans ce désert. Félix s'approcha, essayant de le réchauffer dans ses bras et de le rappeler à la vie. Une grappe de raisin sauvage était suspendue aux flancs du rocher. Félix en fit distiller la liqueur sur les lèvres desséchées du vieillard. L'évêque reprit un peu de force, la parole lui revint, il reconnut son libérateur, l'embrassa tendrement et lai dit : Vous êtes donc enfin venu ! Dieu me l'avait promis. Rame* nez-moi, je vous prie, au milieu de monbien-aimé troupeau. C'est là qu'un évêque doit mourir. — Félix chargea le vieillard sur ses

épaules, et le porta dans la maison d'une pauvre chrétienne, où le saint évêque se tint caché jusqu'à la fin de la persécution. A la mort de Maxime, le clergé et les fidèles de Noie demandèrent unanimement Félix pour lui succéder. Le saint confesseur résista à leurs instances, et fit élire à sa place un prêtre nommé Quintus. Il se retira ensuite dans une solitude, pour se livrer tout entier à la contemplation des choses divines. Sa parole était pleine de gravité et de solennels enseignements. Le ministè:;*^ de la prédication l'attirait seul au milieu des hommes. Le reste du temps, i: vivait dans un jardin isolé qu'il cultivait de ses mains, et dont ii partageait les fruits avec les pauvres. Pauvre lui-même, il n'avait qu'un habit qu'il échangeait souvent contre celui d'un mendiant ; quand on le pressait daccepter les présents de l'opulence, il répondait en souriant qu'il ne voulait être riche que de la grâce de Jésus- Christ et des biens éternels. Il acheva ainsi son pèlerinage, au terme d'une heureuse vieillesse, et fut enterré dans sa chère solitude, à laquelle il voulut rester fidèle même après sa mort. Mais, dans l'Église de Jésus-Christ, les saints ne meurent pas, ou plutôt c'est à Jeur mort que commence pour eux une vie nouvelle, plus féconde que la première. Sous le règne de Constantin, une basilique fut élevée sur la tombe du glorieux confesseur. Le culte de saint Félix s'étendit à toute l'Italie et au monde entier. Les guérisons miraculeuses obtenues par l'intercession du serviteur de Dieu, se multiplièrent tellement qu'au v" siècle, on accourait à Noie du fond de la Germanie et de l'Espagne. Nous verrons plus tard saint Damase. saint Augustin, saint Paulin, se prosterner devant les reliques vénérées du protecteur céleste de Noie dont la puissance fit iiéchir l'orgueil du farouche Aîaric-

Page 1