II. MANES
22. Saint Archelaûs, évêque de Cbarres. Marcellus, gouverneur de Mésopotamie. Lettre de Manès à Marcellus. — 23. Antécédents de Manès. Réponse de Marcellus à Manès. — 24. Conférence publique de Cbarres entre saint Archelaûs et Manés. Exposition du système dualiste par Manès. — 25. Objection d'Arcbelaûs. Embarras de Manès. Sa défaite. — 26. Seconde conférence publique entre Arcbelaùs et Manès à Diodoride. — 27. Manès écorcbé vif par ordre da roi ae Perse. — 28. Cosmogonie raanicbéenne. — 29. Théologie manichéenne. r— 30. Morale manichéenne. Organisation occulte.
§ ITT. MOKT DE SAINT EnTTCHIEN.
2i. Constitution du pape saint Eutychien contre le manichéisme. — 3î. Assassinat de l'empereur Probus. Avènement de Carus. — 33. Mort du pape saint fculychien. Saint Clair, évêque des Namnetenses (Nantes).
§ &. Clande le Gothique.
x.îicede i' " Félix, Romain do naissance, dit le Liber Pontifîcalîs , eut àpHsùî ' pour père Constantius. Il siégea cinq ans, dix mois et vingt-cinq ' Jirln's!'^' jours, sous les règnes de Claude et d'Aurélien, depuis le consulat ^u'îrfyr»" ^c Glaudc ct Patcmus (269), jusqu'à celui d'Aurélien et Capitolinus (-74). Il régla par une constitution la célébration des saints mystères sur les sépulcres des martyrs. En deux ordinations, au mois àe décembre, il imposa les mains à neuf prêtres, deux diacres et Cin({ évêques destinés à diverses Églises. 11 érigea la basilique de ia voie Auréiicnne, au second milliaire de Rome, et y fut enseveli {e III des calendes de juin (30 mai 274). Le siège épiscopal lut vacant pendant cinq jours. »
La constitution liturgique de saint Félix I, ne créait pas un usage nouveau dans TÉglise. Dès le siècle apostolique, on offrait le saint sacrifice sur la tombe des martyrs. Le fait résulte clairement des paroles si connues de saint Jean dans l'Apocalypse : « Je vis, sous
CHAP. yU <— CLAUDE LE GOTUIQUE.
l'autel, les âmes des fidèles mis à mort pour le Verbe de Dieu et pour la confession qu'ils ont faite de la vérité. Ils criaient à haute voix: Quand donc, Seigneur, Dieu saint et véritable, vengerezvûus notre sang répandu à grands flots par les habitants de la terre *? » Depuis lors, sans loi écrite, sans décret officiel, la tradition de l'autel des martyrs, s'était perpétuée dans toutes les églises du monde. La constitution de saint Félix I eut donc pour objet spécial d'enregistrer cette coutume apostolique et de la rendre obligatoire, en défendant d'offrir les augustes mystères sur un autel qui ne posséderait pas au moins quelques reliques des martyrs. Tel est le sens précis du décret pontifical. Le culte des reliques, solennellement confirmé par une ordonnance officielle, en l'an 269, ne plaît guère au protestantisme. Mais historiquement «lucun fait n'est environné de preuves plus explicites. Nous racontions naguère, d'après un poème de Prudence, le martyre du prêtre saint Hippolyte, qui précéda de quelques années celui de son homonyme, l'illustre évoque de Porto, dont nous traduirons bientôt le glorieux récit. Or Prudence nous apprend que les restes mutilés du bienheureux prêtre Hippolyte furent recueillis dans une urne de marbre : « table auguste sur laquelle, dit-il, on offre le divin sacrifice, en sorte que, dépositaire fidèle des ossements qu'elle garde pour l'avènement du Juge suprême, cette table sert encore au banquet spirituel où les habitants des rives du Tibre viennent chercher la vie de leurs âmes ". » Ou se rappelle les paroles significatives des Actes de saint Irénée que nous avons reproduites précédemment 3 : « Le bienheureux Zacharie recueillit les précieuses rehquea de l'évêque martyr et les déposa dans une crypte ignorée des persécuteurs. Un autel s'élève aujourd'hui sur ce corps sacré, hostie
- ipoc, VI, 9, 10.
llla sacramenti donatrix mensa, eademque
Custos fida sui martyyHs apposita, Servixt ad. œlerni spem judicis ossa sepulrro, Pascit ilem sancKs Tibricolas dapibus.
('Prudent., Péris' ephanon, liyraa. xi ; Putr. lat., tom. LX, col • 549.) » Cf. LULU. VU de cette Histoire, pag. 530.
immolée pour le Christ. Là, le bienheureux évêque distribue encore à son troupeau fidèle les célestes aliments des divins mystères, le couvre de sa protection et le fortifie par ses miracles. » Les pontifes romains, de temps immémorial, célébraient le sacrifice eucharistique sur les tombeaux vénérés de saint Pierre et de saint Paul. Les diverses translations de ces tombes augustes, dont nous avons parlé plus haut, avaient précisément pour but de faciliter aux papes la célébration des mystères dans des catacombes encore ignorées des persécuteurs. Quand la paix fut rendue à l'Église, à l'avènement de Constantin , les reliques des apôtres et des martyrs furent entourées de nouveaux et triomphants hommages. On construisit autour d'elles ces monuments d'un genre tout particulier, dont la forme s'est conservée dans les principales basiliques de Piorae, sous le nom de Confession. En souvenir des persécutions, le corps des martyrs reste dans une crypte souterraine. Il faut descendre par des escaliers de marbre précieux, éclairés par des lampes d'or, jour et nuit allumées, pour pénétrer jusqu'à l'autel où reposent les précieux ossements. C'est ainsi que, durant trois siècles, des générations de fidèles descendaient les marches dérobées qui conduisaient dans le dédale obscur des arénaires, oîiles pontifes offraient pendant la nuit l'auguste victime, sur le corps de leurs prédécesseurs martyrs. La Confession de Saint-Pierre et de Saint-Paul avait, dès l'époque Constantinienne, la forme traditionnelle qu'elle conserve aujourd'hui. Voici en quels termes la décrivait saint Paulin de Noie. « L'architecture, la sculpture, la peinture ont décoré le sanctuaire de leurs chefs-d'œuvre; sur les frises et les lambris de l'édifice sacré, le statuaire et le peintre ont épuisé toutes les ressources de leur art. Voyez quelle splendeur éclate dans cette voûte sculptée, où l'ivoire se mêle aux bois précieux. Les lampes, suspendues par des chaînes d'airain, répandent un jour plein de lùystère en ce lieu vénérable. Des colonnes de marbre ont remplacé les lourds piliers de l'arénaire; l'argent et l'or recouvrent l'ancien et grossier ciment. Des galeries supérieures ont été ménagées pour qu'on puisse d'en-haut découvrir l'autel où sont renfermés les corps des saints. La cendre des apôtres est déposée sous la table eucha-