CHAP. VI. — CLAUDE LE GOTHIQUE
ristique; ces restes augustes qui respirent la bonne odeur du Christ sont chaque jour arrosés par la libation divine du sang de Jésus- Christ '. » C'est ainsi, comme le dira plus tard saint Ambroise, que l'Église primitive a réunissait ses victimes triomphales autour de l'hostie non sanglante du sacrifice eucharistique. Pendant que le Christ s'immolait sur l'autel pour le salut des hommes, le corps des martyrs, rachetés par Jésus-Christ, reposait sous l'autel, comme le témoignage de la divine rédemption 2. » Libre donc au protestantisme de crier à l'idolâtrie, quand l'Église cathoHque vénère aujourd'hui les reliques des saints. Il nous suffira de lui retourner la réponse que saint Jérôme adressait de son temps à l'hérétique Vigilance : « Honneur au pontife romain qui célèbre les divins mystères sur le corps des glorieux apôtres ! Pour vous, ce précieux dépôt n'est que la cendre inerte de deux hommes morts; pour nou? ces ossements sont sacrés et vénérables. Vous n'y voyez qu'une poignée de poussière; nous y voyons l'autel de Jésus- Christ K n
2. L'avènement de saint Félix I sur le siège épiscopal de Rome coïncidait avec celui de Claude II, sur le trône des Césars. La mort
Trina manus variis operata decoribus illam
Excoluit ; bijugi laqueari et marmore fabri
Pictor imaginibiis divina ferentibus ora.
Ecce vides quantus splendor, velut cède renata
Rideat msculptum camerâ crispante lacunart
In ligno mcntitur ebur : tectoque superns
PendenLes bjcfun spiris retinentur uhenis.
Et medio in vacuo Iaxis vaga lumina mitant
Funibiis ; undantes fiammas levis aura fati(jai.
Nam quasi coniignata sacris cœnacula iectis
Spectanl de superis altaria tota fenest, ,s.
Sub quibus intus habent sanctorum corpora sedem.
Namque et apostolici cineres sub cœlite mensâ
Depositi, placitum Chrisii spirantis odorem
Pulveris inter sancta sacri libamina reddunt. (Paulin., Poema xxvii, vers. 384 ; Patr. M., tom. LXI, col. 657.) * Succédant victiviœ triumphales, ubi Christus hostia est; sed Ule super alfars gui pro hominibus passus est ; isti sub altare qui illius redempti sunt passiom, (S. Ambrosius, Epist. xxu, cap. xiii ; Pair, lat., tom. XVI, col. 1023.) » S. UiQroayoi., Ad Vigilant.; Patr. lat.. tom. XXIII, col. 34G.
c'Aureolus était venue fort à propos affermir le pouvoir chancelant de ce prince, qui s'était d'ailleurs empressé de reconnaître la souveraineté de Tetricus dans les Gaules. Débarrassé des préoccupations extérieures, qui pouvaient menacer sa nouvelle couronne, Claude II se hâta de persécuter les chrétiens. Il appartenait, lui aussi, à cette école de politiques et d'hommes d'État qui voient dans la rehgion de Jésus-Christ un danger social et une menace pour l'empire. Un premier édit confisqua les propriétés des fidèles. Bientôt on les condamna eux-mêmes à la déportation, ou aux travaux forcés. Ainsi deux cent soixante chrétiens furent d'abord employés à l'extraction de la pouzzolane, dans les arénaires de la voie Salaria. Mais Claude ne respira pas en liberté tant qu'il les sut vivants. Un jour, le 1" mars 269, pendant les jeux publics, on amena les confesseurs au milieu de l'amphithéâtre ; des archers les tuèrent l'un après l'autre en les perçant au cœur de leurs flèches. Le 24 du même mois était l'anniversaire de la promotion de Claude à l'empire. Il restait un second fils de Philippe l'Arabe, du nom de Cyrinus. Il était chrétien. Claude le fit tuer et jeter dans le Tibre. Il se débarrassait ainsi, en une seule exécution, d'un compétiteur possible et d'un chrétien avoué. Les fidèles recueiilirent le corps du martyr et lui donnèrent la sépulture dans la catacombe de Pontien. Plus tard ces précieuses reliques furent transportées à Tegernsée, en Bavière. Trois nobles romaines, Tryphonia, Cyrilla, sa fille, et la vierge sainte Prisca, reçurent à cette époque la couronne du martyre. Toute une famille, originaire de Perse, eut le même sort. Maris, avec Martha, sa femme, et leurs fils Audifax et Abacum, étaient venus du fond de l'Asie pour visiter les tombeaux des saints apôtres. Les largesses de ces nobles Persans aux pauvres de Rome signalèrent leur arrivée dans la capitale du monde. C'était le moment où Claude venait de faire massacrer dans l'amphithéâtre trois cents chrétiens à la fois. Maris et sa famille passèrent la nuit suivante à recueiUir et à inhumer les restes des martyrs. Arrêtée à son tour, cette famille étrangère fut livrée aux plus affreux supplices. La flagellation, le chevalet, les ongles de fer, les torches ardentes, furent successivement employés par
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Î03 bourreaux sans pouvoir triompher de la générosité des victimes. Martha, après avoir eu les mains coupées, fut noyée dans un étang. Son époux et ses deux fils eurent la tête tranchée. On brûla leurs corps. Mais les chrétiens en recueillirent les cendres qu'ils déposèrent pieusement dans un loculus des catacombes. Plus tard, ces précieuses reliques furent transportées à Rome, sous Icî pontifiLat de Pascal î, et exposées à là. vénération des fidèles dans l'église de Saint-Adrien. C'est là qu'elles étaient à l'époque de Charlemagne , qui en obtint une portion considérable. Les églises de Saint-Médard de Soissons, de Gemblours en Brabant, de Pruym, au diocèse de Trêves, durent à la munificence impériale de ce prince, les précieux fragments qu'elles en ont longtemps possédés. Les égorgements de chrétiens continuèrent à Hnrae pendant tout le règne de Claude IL Les prêtres Valentin, i]utychius, Hyacinthe, Justin, et le diacre Césaire furent décapités avec dix-huit fidèles; quarante-six soldats et cent-vingt autres confesseurs dont les noms ne nous ont point été conservés subirent lo même sort. Deux évêques, Ptoléraée et Romain, peut-être du nombre de ceux que le pape saint Félix avait sacrés, reçurent la couronne du martyre. La persécution ne fut cependant point générale. Elle se localisa à Rome et dans les provinces italiennes. Ainsi l'évêque de Terni, saint Valentin, eut la tête tranchée avec huit de ses prêtres. La Toscane compta quarante-deux martyrs dont les plus célèbres furent saint Gracilianus et la vierge Felicissima. On croit que l'érection d'une nouvelle catacombe, à deux milles de ilorae, sur la voie Aurélia^ par le pape saint Félix I, eut précisément pour but de soustraire les assemblées des fidèles aux recherches des persécuteurs. Les autres xoitxTQTTQpta avaient successivement été découverts, depuis trois siècles : il importait donc de déplacer les lieux de réunions et d'en ouvrir de nouveaux. Bosio et Boldetti ont retrouvé l'emplacement de la catacombe de saint Félix I, et la basilique dont parle le Liher Pontificalis, transformée avec les siècles, est aujourd'hui connue sous le nom des saints Processus et Martinien, dont les reliques y furent plus tard déposées.
Les Aci«8 3. La plus illustre victime de la persécution de Claude le d'OMio. Gothique fut saint Hippolyte, évêque de Porto, ce docteur de
L& prison* ^,y^ ,. j
1 hglise dont nous avons précédemment analysé les nombreux et savants ouvrages. Les Actes de sa passion, découverts en 1793 et publiés pour la première fois par Simon de Magistris, sont encore peu connus en France. En voici la traduction : « Sous le règne du César impie Claude, le vicariat de Rome fut confié à Romulus Ulpius, et une cruelle persécution s'éleva contre les fidèles de Jésus-Christ. Or le maître des offices, Censurinus, était lui-même un chrétien fervent; il multipliait en secret les jeûnes, les prières et les aumônes. Il ne quittait pas le tribunal ; chaque fois qu'une sentence d'emprisonnement ou de mort était prononcée, il trouvait moyen d'entretenir en secret les confesseurs pour les fortifier dans la foi. Il envoyait des vivres aux captifs et venait les servir dans leurs chaînes. L'empereur en fut informé, il donna l'ordre d'arrêter Censurinus et voulut procéder lui-même à son interrogatoire. Jusqu'ici, lui dit-il, tu m'as fidèlement servi ; ma îlémence impériale n'oublie pas tes bons offices. Mais tu sais que B place le culte des dieux au-dessus même de mes afi"ections particulières. J'ai juré de le faire respecter dans toute l'étendue de la république. — Censurinus répondit : Le vrai Dieu, le véritable Seigneur est Jésus-Christ. Je suis heureux de pouvoir en ce jour lui rendre publiquement témoignage. 11 est mort sur une croix; il fut enseveli ; mais il est ressuscité, à la vue même de ses bourreaux, aelon qu'il l'avait prédit lui-même. Il est le Dieu longtemps annoncé, qui a daigné paraître de nos jours et s'incarner dans le sein d'une "Vierge. — Tu es fou, Censurinus ! s'écria l'empereur, et sans pro- .onger davantage l'entretien, pour ne pas donner à Rome le spectacle de l'incarcératiûxi d'un maître des offices, il fit transporter le confesseur à Ostie. Là, Censurinus fut chargé de chaînes et détenu dans la prison militaire. Or, le martyr passait les jours et les nuits à chanter les louanges du Seigneur. 11 y avait dans ce temps à Ostie, une vierge d'une naissance illustre, nommée Chryséis *,
* Le nom grec de Xpu^rj, porté par la vierge d'Oatie, fut rendue par «ou
équivalent latin Aura, sous lequel la sainte est connue et invoquée.