‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 75 sur 96 · II. IDÉE GÉNÉRALE DE LA PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

II. IDÉE GÉNÉRALE DE LA PREMIÈRE ÉPOQUE

58. Extension rapide du christianisme en Orient et en Occident. — 59. Obstacles au développement du christianisme. — 60. Moyens de propagande. — 61. Écrivains et phiZoiapIjei palme borbVec bu {iirkti2Qi»Qia(»>S2, Hérésie»»

Scliisnies. — 6:3. Gouvernement, disci; liue tt culte.

CIJAI'. Vil. — SYNCURONISME, 511

PONTIFICAT DE SAINT GAIUS (iJ83-i29o).

§ I. Synchronisme»

1. Les deux trônes, celui des catacombes et celui dos empereurs, Mort vaquèrent à la fois, à l'époque de la mort de saint Eutychien. Carus c ri nuï' dont nous avons enregistré l'avènement à Simiium, s'était hâté Nuii^tiioa, d'écrire au sénat: «Pères conscrits, disait-il, n^jouissez-vous de co qu'un de vos collègues et compatriotes • est appelé à régner sur le monde. » La joie n'était cependant pas sans, mélange. Si les biillantes qualités de Carus offraient un motif légitime d'allégres^ft et d'espérance, il n'en était pas de même de Carinus, son fils aîné, qui devenait de droit, par la promotion de son père, l'héritier présomptif de la couronne. Ce jeune prince, nommé César, reçut d'abord la mission d'aller gouverner les Gaules. Il y donna le spoctacle de toutes les cruautés joint à celui de toutes les turpitudes. Numérien, frère de Carinus, «'gaiement revêtu du titre de César, était un prince accompli. Sa jeunesse studieuse s'était écoulée à «uivre les levons des meilleurs maîtres d'éloquence et de philosoph e. Les sénateurs, pour accentuer leur préférence à son égard, lui décernèrent des éloges jusque-là inusités et lui remirent une adi'esse de félicitations souss ce titre : « A Numérien César, le plus excellent orateur et le meilleur prince du siècle ! » Ils se flattaient par là de l'espoir que l'empereur Carus, forcé de passer en Orient pour y achever la guerre contre les Perses, chargerait Numérien gouverner en son absence Rome et l'Occident. Mais ce fat écisément le contraire qui arriva. Les démonstrations sympaques dont son jeune frère était l'objet, éveillèrent la jalousie de rinus. Il fit intervertir les rôles. On lui donna à lui-même la

' iJarua, qui se donne ici le titre de compatriote des Romains, n'était ce vi-nrlaut pas né à Rome, mais dans la cité gallo-romairje de i\;irboDre. « Ciinime cette ville, dit Crevier, avait rang entre les plus aucicune.- colonie» r-Diinirics, c'est sans doute à ce titre que Carus se glorifiait d'être HoiîKun, à ):i ilill;''i^'ii(-u lie ses prédécesseurs immédiats : Probus, Aurélien et Claude (i (jui étuiuiit liés en lllyrie. »

mission de gouverner l'Occident et Numérîen dut accompagner l'empereur, son père, dans l'expédition projetée. Au lieu d'un prince intelligent, appliqué aux affaires, ami de la justice et gardien vigilant des lois, Rome allait être livrée à une sorte de bête farouche n'ayant d'autres instincts que ceux du sang et de la débauche. Pour prévenir, autant qu'il était en son pouvoir, les dé sordres qu'une administration confiée à de telles mains devait nécessairement produire, Carus institua près de son fils un conseil supérieur dont la sanction pouvait seule rendre obligatoires les décrets du César. Mais, trois jours après son arrivée à Rome, Carinus fit empoisonner tous les membres de ce conseil. Le préfet de Rome, qui en avait la présidence, fut la première victime; il eut pour successeur Metronianus, le confident et le complice des isfâmes plaisirs de César. On vit alors à Rome des scènes qui rappelaient les souvenirs exécrés de Caligula, Domitien et Néron. Carinus épousa en quelques mois jusqu'à neuf femmes, qu'il répudia successivement. Il remplit le palais d'histrions, de courtisanes et de proxénètes. Chaque matin , pour assouvir la cupidité sans cesse renaissante de cette meute humaine, il faisait mettre à mort quelque riche patricien , dont on se partageait l'héritage comme une curée. « On tuait donc des sénateurs pour le plaisir de César, dit Vopiscus, comme on tuait des poulets pour sa table. » CarinuS; vêtu du péplum oriental, passait le temps sur une litière d'or, couverte de feuilles de rose, à ordonner des festins impossibles et dea meurtres nouveaux. 11 n'était plus question d'autres affaires ; la signature des décrets impériaux fut confiée à un favori qui daigna consacrer quelques heures par jour à cet ennuyeux détail. En apprenant la conduite de ce monstre, l'empereur s'écria dans son désespoir: «Je le désavoue pour mon fils!» Il était trop tard. Vainement Carus hâtait son expédition. Les Sarmates, qui s'étaient opposés à son passage à travers les montagnes de la Thrace, furent taillés en pièces. L'armée romaine victorieuse traversa l'Orient, reconquit la Mésopotamie, et entra en triomphe dans les cités de Séleucie et de Ctési^'^hon. Coup sur coup, les messagers couverts de lauriers apportèrent à Rome ces heureuses nouvelles. On disait

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