‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 76 sur 96 · CHAP. VU. — SYNCHRONISME · texte numérisé non relu

CHAP. VU. — SYNCHRONISME

que l'empereur, nouveau Trajan, allait bientôt revenir dans sa capitale, jouir de ses glorieux travaux et reprendre lui-même pour le bonheur du monde les rênes de l'administration. Quelques semaines après, le préfet de Rome recevait de Galpurnius, secrétaire de Garus, la lettre suivante : «Une maladie soudaine a frappé l'empereur. Il était au lit, lorsqu'un orage affreux éclata. Un coup de tonnerre plus violent que tous les autres retentit. Quelques minutes après, le cri : Carus est mort ! sec*"! entendre dans le camp, Les cubicularii se précipitèrent dans l'appartement iinpérial. Cous» ternes à la vue du cadavre de leur maître, ils mirent le feu à la tente* Le bruit s'est répandu parmi les soldats que l'empereur est mort foudroyé; maïs la vérité est qu'il a succombé à la maladie dont il était atteint. » La rédaction de cette missive était, on le voit, fort équivoque et fort embarrassée. En ce temps-là, comme aujourd'hui, l'on tenait compte de l'opinion, des intérêts, des préjugés populaires, dans le style des dépêches officielles. Or, c'était ua préjugé, ou si l'on veut une superstition universelle à Rome, que tout empereur qui dépasserait Gtésiphon verrait fatalement se terminer ses conquêtes et sa vie. D'anciens oracles avaient accrédité cette croyance populaire, et mille avis officieux en étaient parvenus à Carus, lors de son départ pour l'Orient. L'empereur s'était contenté de sourire, en répondant que les livres sibyllins ne valaient pas une bonne armée. En effet, ce n'était point là que se trouvait le véritable danger. Garus ne mourut rii de maladie, ni d'un coup de foudte. Il fut assassiné dans sa tente par son préfet du prétoire Aper, qui aspirait à l'empire. Galpurnius, confident et peut-être complice d'Aper, n'avait garde d'en souffler mot. Sa lettre amphibologique permettait au peuple de continuer à exalter la véracité des oracles, tandis que le sénat restait libre de décréter l'apothéose de Carus, ce qu'il n'eût pu faire en conscience si cet empereur fût tombé sous la vengeance des dieux, et sous le tonnerre allumé par les destins. Une chose restait malheureusement avérée , et consternait tous les esprits à Rome. C'est que le gouvernement de Carinus, jusque-là provisoire, devenait définitif par cette mo'-t.

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Notice de 3. Lcs Chrétiens y étaient aussi intéressés que les païens ; la "'après " cruauté de Carinus sévissait indistinctement sur les uns et les ' ficauT '" autres. Cependant le clergé et les fidèles de Rome venaient d'élire eToiocl^? un pape. « Caïus, dit le Liber Pontifîcalis, était né en Dalmatie. Son père, du même nom que lui, appartenait à la famille de Dioolétien. Il siégea sous les règnes de Carinus, Numérien et Dioclétien, depuis le xiv des calendes de janvier (19 décembre), sous le consulat de Carus II et Carinus (283), jusqu'au x des calendes de mai (22 avril), sous ''e consulat de Dioclétien VI et Constance II (295). Il rendit le décret relatif aux ordinations dans l'Église : Nul ne sera promu à l'épiscopat, s'il n'a préalablemant passé par les degrés de portier, lectsur, exorciste, acolythe {sequens), sous-diacre, diacre, prêtre. Il partagea le territoire de Rome en diaconies. II ▼écut neuf ans caché dans les catacombes, pour se soustraire à la persécution de Dioclétien. Découvert ensuite par les bourreaux, il reçut la couronne du martyre. En quatre ordinations, au mois de décembre, il imposa les mains à vingt-cinq prêtres, huit diacres, et cinq évêques destinés à diverses Églises. Il eut la tête tranchée, ainsi que le prêtre Gabinius, son frère, pour avoir tous deux encouragé la vierge Suzanne, fille du prêtre Gabinius et nièce du pontife, à garder inviolablement les vœux qu'elle avait faits au Seigneur. Caïus fut enseveli dans le cimetière de Calliste, sur la voie Âppienne, le X des calendes de mai (22 avril 295). Après lui, le riége épiscopal demeura vacant onze jours. »

La famille dalmate qui donna en même temps un souverain pontife à l'Église et un empereur à Rome n'était point illustre selon le monde, avant la. promotion presque simultanée de deux de ses membres sur le trône des persécuteurs et sur celui des martyrs. Dioclès, avant de latiniser son nom et de s'appeler Diocletianus, était esclave du sénateur romain Anulinus. Né à Diocîéa, petiti^ bourgade de Dalmatie dont les ruines subsistent encore aujour d'hui près de Narenta, il avait pour oncle Caïus, père du pontife de ce nom et du prêtre Gabinius. Ce dernier, avant d'être élevé an sacerdoce, avait été marié. Sa fille, la vierge et martyre sainte Suzanne, dont le nom est encore aujourd'hui un des titres cardi-

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nalîces de Rome *, se trouvait ainsi la petite nièce de Dioclès. Tant que celui-ci ne fut que l'esclave, ou l'affranchi d'un patricien, sa parenté n'offrait ni périls, ni honneurs. Mais Dioclès avait embrassé la carrière des armes. Simple légionnaire, il était à Atuatuca Tungrorum, Tongres ', sur la frontière de la deuxième Germanie, logé cihez une druidesse qui lui reprochait un jour la parcimonieuse économie avec laquelle il ménageait sa maigre solde. « Je saurais bien être libéral si j'étais empereur, répondit-il. »> — La prophétesse gauloise k regarda fixement et lui dit d'un ton solennel : « Tu crois n'avoir dit qu'une plaisanterie sans conséquence. Tu seras empereur, Dioclès; tu ceindras la pourpre le jour où tu auras tué le sanglier {Aprum). » Le soldat de fortune était naturellement ambitieux, cette étrange prédiction exalta ses espérances. Il employait les interv£dles de paix que les Germakis laissaient aia légions romaines à chasser dans les forêts de la Gaule et à tuer de sa main autant de sangliers qu'il en rencontrait. Ces exploits cynégétiques ne lui réussirent point; en voyant successivement monter sur le trône Tacite , Probas et Garus, le chasseur désappointé se disait tristement : « Je tue le gibier et d'autres le mangent. » La chasse aux hommes, la guerre, lui fut plus heureuse. Sous le règne de Probus, il comptait déjà parmi les meilleurs généraux de l'empire et fut élevé au consulat. Dans l'expédition de Garus, en Perse, il commandait la garde impériale, avec le titre alors fort envié de cornes domesticorum. Un pas encore, et il touchait au but de ses ambitions si longtemps caressées. Le fatal sanglier de la druidesse allait bientôt tomber sous sa main. En attendant, la mort inopinée de Garus laissait l 'empire divisé entre les deux frères Garinus et Numérien. Gelui-ci, tout entier à sa douleur, versa tant de larmes qu'il en contracta une ophthalmie. L'armée romaine, victorieuse et désolée, quitta la Perse, escortant le cadavre de son empereur. Numérien laissant la direction au préfet du prétoire Aper, dont il avait épousé la fille, voyageait seul dans une litière

1 Ce titre est actuellement porté par S. £m. le cardinal Bamabo, préfet da ,a Propagande. — * Tundem.

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fermée, à la suite du cercueil impérial. Il devait payer de la vie ce touchant hommage rendu à la mémoire paternelle. ^'*>[" 3. Carinus était incapable de donner à Rome un pareil exemple

de piété filiale. La nouvelle de la mort de son père fut accueillie par ce prince dénaturé et ses compagnons de débauches avec une barbare allégresse. Les meurtres des patriciens continuèrent, et le sang des chrétiens ne fut pas épargné. Deux riches époux venus d'Orient à Rome, saint Ghrysanthe et sainte Daria, furent jetés dans une arénaire de la voie Salaria et ensevelis tout vivants par les bourreaux '. Le soir on se partageait leurs riches dépouilles dans le palais de l'empereur. Le sénateur chrétien Marinus fut étendu 8ur le chevalet; on lui déchira les flancs avec des ongles de fer, et son corps ensanglanté fut jeté aux bêtes d« l'amphithéâtre '. Le tribun Glaudius fut précipité, une pierre au cou, dans le Tibre» Ses deux fils Jason et Maurus furent décapités avec soixante-dix soldats chrétiens. Hilaria, veuve du tribun Glaudius, recueillit les reliques de son mari et de ses fils. On la trouva priant sur leur tombe, et elle fut égorgée '. Le prêtre Diodore et le diacre Marcien eurent le même sort *. Les gouverneurs des provinces secondèrent avec empressement la haine de Garinus contre le nom chrétien. A Aquilée, l'évêque saint Hilaire, son diacre Fabien, et trois autres confesseurs, Félix, Largus et Denys furent décapités ^. A Constantia in Arctos, la ville actuelle de Gonstance, en Suisse, l'évêque Pelagius (saint Pelay) , fut mis à mort par le préfet galloromain Evilasius ^, A. Édesse, trois martyrs, Taléthès, Asteriug et Alexander donnaient leur sang pour Jésus-Ghrist '. Enfin à Diospolis, l'antique Thèbes égyptienne, le gouverneur Sabinus faisait emprisonner sept généreux confesseurs, jadis persécutés à Gorinthe BOUS l'empereur Dèce. Ils étaient venus depuis chercher dans les déserts de la Thébaïde une retraite ignorée, où ils pussent servir en liberté le Dieu que Rome avait proscrit. Ils se nommaient Victorinus, Victor, Nicéphore, Glaudien, Sérapion, Dioscore etP'apias.

- « Bolland., Ad. sanct.; Martyr, rom., 25 octobr. — * Ibid., 26 decemb. — • 3 deceinbr. — * l deceuibr. — * 16 martii. — « 28 august. — ' 20 maii. .

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