CHAP. I. — THÉODOSE A CONSTANTINOPLE
talion et saints transports M » ^ Quand le protestantisnne. nous renroche, comme un chant idolâtrique, notre acclamation pascale : Begina cœlî lœiare! ignore-t-il doHC que nous l'avons empruntée à saint Grégoire de Nazianze? Quand nous adressons à la inère du Dieu ressuscité notre invocation suppliante et triomphante à la fois : Om pro nobis Deum^ alléluia la prétendue Réforme sait-elle que nous traduisons en l'abrégeant, la belle prière qui termine le Christus patiens? « Glorieuse Vierge, dit Grégoire de Nazianze, 4aignez accueillir cette œuvre : elle vous appartient de droit, à vous seule, parce que seule vous avez eu le privilège incommunicable de la maternité divine. Pardonnez-moi d'avoir osé chanter vos gloires, d'avoir voulu tresser une couronne de fleurs pour votre front de reine ! Plus d'une fois, vous avez daigné me faire éprouver "*^otre puissance miséricordieuse : délivrez-moi toujours des périls qui m'environnent, protégez-moi contre les ennemis visibles et invisibles. Que la fm de ma vie soit telle que je l'ai souhaitée ; qu'elle soit protégée par votre maternité, ô vous dont le patronage est tout-puissant près de votre Fils ! Défendez-moi contre l'ennemi des âmes, arrachez-moi aux flammes et aux ténèbres. C'est par vous que la grâce divine a rayonné sur le monde. A vous, nos hymnes de reconnaissance! Salut, ô Mère vierge, joie de tous les cœurs, belle entre toutes les vierges, élevée au-dessus de tous les ordres célestes ! Maîtresse souveraine de la terre et des cieux, orgueil du genre humain, soyez toujours miséricordieuse pour la race dont vous êtes la fleur. Pour moi en particulier, soyez la porte du salut. 0 reine, accordez-moi l'expiation de mes péchés et donnez le salut à mon âme-. » — Telles sont ces poésies de Grégoire de Nazianze, trop oubliées aujourd'hui, et qu'il conviendrait de remettre en honneur et en lumière. L'antiquité chrétienne ne les avait pomt ainsi négligées. Elles eurent, pendant de longs siècles, des commentateurs et des scholiastes, absolument comme celles d'Komère ou ce Sop'aocle. En ces dernières années, le cardinal Mat a publié, <j'aj»rès un manuscrit du Vatican, ua travail de ce genre j ar Cos-
* B. Greg. Naz., Chnstus patiens, vers. 2105. — " Id.j, ibid,^ vers. 2&/5-i601.
mas de Jérusalem *, condisciple de saint Jean Damascène et évêque de Majuma (743). Il serait digne de notre époque, de renouer les traditions interrompues, en reprenant l'étude des trésors de poésie et de foi, qui nous furent légués par le génie des Pères de l'Église.
^ III. llenrfre de ValciBtijiien II.
19. Quelques mois après la mort de saint Grégoire, une autre nouvelle sinistre arrivait au palais de Gonstantinople. On venait apprendre à Théodose que son jeune beau-frère Valentinien II avait été lâchement assassiné, à Vienne dans les Gaules, parle préfet du prétoire Arbogast. L'impératrice Galla, tendrement attachée à son frère, fit retentir l'appartement impérial de ses cris de douleur. La surprise, l'horreur, le désespoir, dans la situation de grossesse avancée où elle se trouvait, lui causèrent un saisissement tel que bientôt on put craindre pour sa vie. Elle donna laborieusement le jour à une fille que Théodose voulut nommer Placidie, dans l'espoir que sa naissance pourrait ramener un peu de calme et de paix dans le WBur de la malheureuse mère. Mais le coup avait été trop violent, fialla rendit à Dieu son âme, en prononçant une dernière fois le nom de Valentinien. Gonstantinople» l'Asie tout entière pleurèrent eette jeune impératrice sitôt ravie à leur amour. Au lieu des fêtes d'une naissance impériale, c'était un double deuil, causé par le plus horrible des attentats, qui frappait à la fois l'empire d'Orient et celui d'Occident.
20. Voici ce qui s'était passé dans les Gaules. Théodose avait, quitté son jeune beau-frère, Valentinien II, à l'époque oii celuî-ci atteignait l'âge de la majorité et comptait prendre en main l'administration de son empire. Dirigé par saint Ambroise qui possédait toute sa confiance, il avait plus que de l'aptitude : il avait de la volonté. Or, c'est par la volonté personnelle et la droiture d'intention qu'on gouverne les hommes. Nous ne saurions trop le redire, en ce siècle d'atermoiements, de défaillances et d'hésitations perpé-
1 Cosmas Hierosolymitan., Adcarmina S. Gregorii; Pair, grcec.t U XXXVIil^ col. 539-840.