CHAP. I. — SACRE DE S. AUGUSTIN ET DE S. CHRTSOSTOME
d'un véritable concile. Mais Augustin ne partaseait pas l'allégressa universelle. Plus on le désirait pour évêque, moins il voulait letre. «Je ne veux pas présider, je veux servir, s'écriait-iî. A peine arraché à la ierapête de mes passions, on préteod me constituer le pilote du navire ! Est-il en ce monde une responsabilité plus laborieuse, plus formidable, plus périlleuse que celle d'un évoque ! Dieu m'es( témoin que, pour éviter ce fardeau, quand d'autres cités voulaient me l'imposer, j'ai pris la fuite, je me suis enfoncé au désert. J'y retournerai encore! » Ainsi disait Avro^ustin, mais il était gardé par la vigilance de tout un peuple. La faite lui était complètement impossible. Cependantdescirconstancesimprévueslui vinrent en aide. Il articula d'abord, comme fin de non-recevoir, l'usage ordinaire de l'Église qui ne permettait pas d'élire un évêque pour un siège dont le titulaire vivait encore. Telle était en effet la législation canonique de cette époque. Saint Augustin l'avait vue en pratiqua autour de lui. Il ne savait pas, alors, que le concile de Nicée ea avait fait l'objet d'une décision disciplinaire. Sans cela, il se îùi retranché plus énergiquement encore derrière ce texte favorable à son humilité. Mais ce ne fut que plus tard, et quand il était déjà depuis longtemps évêque, que ce canon de Nicée lui tomba entre les mains. Quoi qu'il en soit, on répondit à ses scrupules par de nombreux exemples d'évêques-coadjuteurs nommés dans des circonstances analogues. C'est qu'en eiTet, toute loi purement disciplinaire, par le fait même de sa promulgation, suppose des exceptions possibles. Or, les évoques présents à lîippone déclaraient qu'Augustin était précisément l'homme pour qui une telle exception devait être faite, et que son mérite extraordinaire la justifiait surabondamment. Yalère triomphait, et se voyait déjà au comble de ses vœux, lorsqu'on mit en circulation dans le public une lettre d u primat de Numidie, Megalius, lequel, trompé vraisemblabl^'nent par un« habile manobuvre des Donatistes ou des Manichéens, cr'àculait une accusation des plus graves contre les mœurs d'Augustin. Voici cequ! avait donné lieu à la calomnie. Un jour, le saint prêtre d'Hippone avait envoyé les eulogies (pain bénit), à l'une des femmes les plos considérables de la ville, laquelle, retenue dans sa demeure par une XI. 7
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indisposition, n'avait pu se rendre à rassemblée des fidèles. Augiirflin avait remis les eulogies à Tépoux de la malade, sur la propre demande de celui-ci. Il n'y avait donc là pas même l'ombre de ce que l'on pourrait appeler uaft imprudence. Mais la femme dont il s'agissait était l'une des admiratrices les plus ferventes du génie d'Augustin. La malignité des hérétiques ens'enima cette action si simple. Le primat de Numidie, Megalius, prit la plainte au sérieux, et accepta leurs récriminations comme si elles eussent été fondées. Quel ne fut pas son étonnement, quand il vit Augustin venir ie féliciter de son zèle, et le supplier de maintenir sa résistance ! Augustin crut en effet que cet incident écarterait de ses épaules le fardeau qu'il se promettait d'éviter à tout prix. Ce fut le contraire qui arriva. Megalius connaissait le cœur humain. Ce trait d'humilité sublime le fit réfléchir. Il voulut remonter à la source des bruits diffamatoires qu'il avait acceptés si légèrement. L'enquête à laquelle 11 se livra lui eut bientôt démontré, d'une part, l'innocence d'Au- :gustin, de l'autre, l'inconvénient de sa propre crédulité. Megalius fit bon marché de la question d'amour-propre personnel. Sa lettre à. la main, il vint trouver les évêques réunis; leur demanda pardon d'avoir accueilli trop facilement une dénonciation injurieuse contre un grand docteur et un grand saint, et déclara que le lendemain il sacrerait Augustin dans l'église d'Hipponc. En effet, le Jenclemain, veille de la fête de Noël (393), en présence d'une multitude ivre de joie, sous les yeux du vénérable Valère qui fondait en larmes, Augustin, le modèle des évêques, le plus illustre des aocteuiS, la gloire de l'Église latine, le disciple de saint Ambroise, le fils de la pieuse Monique, recevait l'onction pontificale. La date de sa consécration devint dès lors une des solennités les plus chèrea au cœur des fidèles africains. Du fond de 63 retraite de Noie, Paulin, à cette nouvelle, s'écriait : « Elle est admirable, la Proviâence divine, dans sa conduite envers les saints! Ce n'est pas Augustin que je félicite, c'est l'église d'Afrique qui le compte aujourd'hui parmi ses évêques. Quelle grâce Dieu fait à cette église de réserver pour elle seule les trésors de doctrine céleste, les fiota jd'éloquence et d'onction surnaturelle qui tombent des lèvies et
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du cœur d'Augustin ! Tout est nouveau, dans la sublimité comma dans la vocation de ce génie. Le voilà évêque d'une église doaC; l'évoque vit encore! Au vénérable Valère, évêque d'Hippone, s'adjoint pour coévêque le grand Augustin. Heureux vieillard, qui, après avoir obtenu de Dieu par ses prières, ses mérites et ses vertus, la gloire d'avoir Augustin pour prêtre, a encore obtenu la faveur inappréciable de l'avoir pour collègue ! A peine si ces merveilles de la grâce paraissaient réalisables. Mais voilà que le Tout- Puissant y a mis la main, et ce qui est difficile aux hommes est facile à Dieu ' ! »
; 58. « Vers le même temps, dit Sozomène, l'évêque de Constantinople. Nectaire, vint à mourir (27 septembre 397). Dans l'assemblée qui se tint pour lui choisir un successeur, chacun mettait en avant le nom d'un candidat, sans pouvoir le faire agréer par la majorité, et le temps s'écoulait en pourparlers inutiles. Or, il y avait à Antioche, sur l'Oronte, un prêtre nommé Jean, d'une admirable sainteté de vie, d'une naissance illustre, d'un génie plus grand encore, car il était maître dans l'art de l'éloquence, et le sophiste Libanius lui avait rendu ce glorieux hommage au'il surpassait tous les orateurs de son temps. En eflet, à son lit de mort, Libanius, interrogé par ses disciples qui lui demandaient : Quel sera votre successeur? avait répondu : Je vous proposerais Jean ; mais les chrétiens nous l'ont ravi ! — Les multitudes se pressaient pour l'entendre. Il avait un tel charme que toutes les âmes s'élançaient à sa suite dans la pratique de la vertu et dans la route delà foi. Lui-même il donnait l'exemple d'une vie divine dans un corps mortel, et sa vue seule enflammait d'ardeur pour la perfection. On eût dit qu3 sa parole, qui ravissait pourtant les cœurs, était sans apprêt et sans art. Il exposait les Saintes Écritures avec une simplicité touchante, uniquement préoccupé de la vérité, jamais de l'effet. Mais ses œuvres illustraient ses discours et les rendaient irrésistibles. Tel était Jean. Son extérieur, sa conversation, avaient quelque chose de grave et d'austère ; son langage était à la fois
#S. Paulin., Epist. inter Epist. Augutt,} Patr. lat., tom. XXXIII, col. 126.
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plein de profondeur et d'éclat. Dès son enfance, il avait laissé deviner ce que serait son génie. Il reçut les leçons des plus habiles msîtres, Libanius fut son professeur de rhétorique; Andragathius de philosophie. On le destinait au barreau, et sa famille comptait le voir s'illustrer dans cette carrière. Mais le jeune homme s'était mis à étudier les divines Écritures ; il commença dès lors à ee tracer un plan de philosophie d'après les lois de l'Église. Dans cette nouvelle voie qui s'ouvrait à son intelligence, il eut pour maîtres les solitaires fameux qui gouvernaient alors les monastères d'Antioche, et entre autres Carterius et saint Diodore, plus tard évoque de Tarse. A cette école du Christ, nouvelle pour lui, il ne se rendait pas seul. Son exemple entraîna d'autres disciples de Libanius, tels que Maxime, devenu depuis évêque de Séleucie, et Théodore, évoque de Mopsueste. Ce dernier, après une étude sérieuse de la religion chrétienne et un commerce d'intimité longuement entretenu avec les pieux solitaires, se détermina à embrasser la vie monastique. Il quitta le monde et se renferma dans la solitude. Mais il ne persévéra point dans sa première ferveur. Ses pensées prirent un autre cours; il revint sur ses pas, reparut dans ]q monde et annonça l'intention de se marier. Jean lui adressa alori^ une épître qu'on eût pu croire dictée par un ange *. n
59. « Qui m'ouvrira la source des pleurs? disait-il, qui donnera à mes yeux des torrents de larmes? Cher ami, j'emprunte ces paroles au prophète, bien que je n'aie pas comme lui à déplorer la ruine des cités, des nations ou des empires. Mais je pleure quelque chose de plus précieux que tout cela ; je pleure sur votre âme ! Qui connaîtrait, comme je l'ai connue, la splendeur dont elle brillait avant que le démon l'eût dévastée, comprendrait mon désespoir. Des mains barbares profanant le saint des saints, brûlant les chérubins d'or, souillant l'arche d'alliance, le propitiatoire, les tables de la loi, n'auraient pas commis un plus épouvantable sacriîége ! Et maintenant le voilà, ce temple spirituel, naguère si écla- Cant, dépouillé de sa divine parure, nu, vide, dévasté, ouvert par
* Sozomea., Hist. Eeclesiast., lib. VIU^ cap. iij i'atrol. 'jv-xc, tom. LXVU, col 1514-1515.
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mille brèches à tous les honteux ennemis de l'âme : l'orgueil, la luxure, l'avarice. Qu'ils entrent, qu'ils foulent aux pieds ce sanctuaire ! Plus de gardes, plus de défenseurs. Voilfe. pourquoi je pleure. Voilà pourquoi les larmes inondent ma face. Je ne me consolerai "olus, jusqu'à ce que j'aie vu le temple de Dieu rendu à sa splendeur première. 0 mon ami! ne désespérez pas de votre conversion. Puisque Satan a bien eu l'infernal pouvoir de vous précipiter des sommets de la vertu dans cet abîme de honte et de péché; combien plus Dieu déploiera-t-il de puissance pour vous arracher à la servitude et vous rendre la liberté? N'en doutez pas, il vous relèvera plus haut que vous ne fûtes jamais. — Au lieu de cette lettre inerte et froide, je voudrais vous envoyer les larmes que je verse pour vous, les gémissements qui s'échappent de ma poitrine. 0 tête chérie, répondez à la grâce de Dieu qui vous soiiicite, et que bientôt, plein d'une force et d'une vie nouvelle, je vous revoie florissant parmi le troupeau de Jésus-Christ, m.êlant vos prières à celles des saints ' ! »
60. « En lisant cette épître, continue le chroniqueur, Théodore sentit son âme comme percée par les flèches du repentir. Il abandonna soudain sa fortune et ses espérances terrestres, renonça au mariage qui se préparait, courut se jeter dans les bras de son ami, et concerta avec lui sa rentrée dans le monastère. Tel était Jean ; telle était la puissance de persuasion de sa parole et de son exemple. Le peuple d'Antioche , subjugué par son éloquence , ne se rassasiait jamais de l'entendre. Il reprenait, avec une indépendance et une vigueur intrépide, les pécheurs publics. Une injustice fait€ à autrui semblait devenir la sienne propre. Par ce côté, Jean avait toutes les sympathies de la multitude. Mais il se faisait aussi des inimitiés terribles parmi les puissants et les fiches, dont il flétrissait l'oppression et les désordres. Quoi qu'il en soit, la renommée de son éloquence et de sa vertu avait dépassé les borpo.s de sa patrie. Il n'était pas une contrée de l'empire romain qui ne retentît de la gloire de Jean Chrysostome.^ors donc qu'à Con&7
* S. JoauQ. Cbrysost., Ad Iheodorum lapsum; Pair, grœe,f tom. XLYll» «ol. 277-316, paseim.
tantinople, le chambellan impérial Eutrope eut prononcé son nom dans l'assemblée réunie pour l'élection épiscopale, clergé et peuple, d'une seule voix, l'acclamèrent. L'empereur Arcadius approuva ce choix et dépêcha des officiers à Antioche pour ramener le nouvel élu. Le? évêques d'Orient accoururent dans la capitale, afin de donner par leur présence plus d'éclat à un sacre qui était une fête universelle. Cependant les messagers impériaux étaient drrivés au terme de leur voyage. Ils s'adressèrent d'abord au comte d'Orient, Astérius, et lui confièrent l'objet de leur mission. Gardez-vous bien, leur dit-il, de laisser transpirer un mot de tout cela. Retournez à Parga (c'était le nom du premier relai de poste). Là vous m'attendrez ; je ne tarderai pas à vous y rejoindre. — Sur-lechamp, Astérius envoya prier Jean Chrysostome de se rendre à son palais, parce qu'il avait, disait-il, une grâce à lui demander. Cependant, comme s'il eût voulu faire une promenade, il fit atteler son char. Il avait l'air de se disposer à y monter, au moment ojj Jean Chrysostome arriva sans défiance. Il l'invita à l'accompagner. L'homme de Dieu y consentit. Astérius fit prendre la route de Parga. Arrivé à ce relai, il remit le saint aux officiers impériaux, qui l'emmenèrent à Constanlinople. Ces précautions n'étaient pas inutiles. Jamais, sans cela, le peuple d'Antioche n'eût consenti au départ de Chrysostome. Une insurrection aurait certainement éclaté dans la ville, et des flots de sang pouvaient couler. Cependant Théophile, patriarche d'Alexandrie, était arrivé à Constantinople, à la nouvelle de l'élection de Jean. Cette élection lui déplaisait. Il aurait voulu faire asseoir sur le siège vacant un de ses prêtres, Isidore, qui avait le gouvernement des pauvres et des étrangers, dans le grand hospice d'Alexandrie. Isidore avait passé sa jeunesse dans l'intimité du grand Athanase; il avait été élevé à Scété par les illustres religieux qui habitaient alors cette solitude, *^es témoins dignes de foi m'ont affirmé que sa îvie futtoujours édifiante et sainte. Cependant, quelques personnes attribuent "rintérêt que lui portait Théophile à un tout autre motif. Elles racortt<int que, durant la guerre entre Théodose et Maxime, Isidore avait accepté de Théophile la mission de se rendre à Rome,
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avec dei lettres de félicitation et des présents adressés h cbaf;ia" des deux princes; d'y attendre le résultat de la lutte, et de rpmeltra argent et dépêches à celui des deux qui se trouverait vainqueur. Arrivé à Rome, Isidore s'eflVaya pour lui-même des sa'tes quu pouvait avoir cette hypocrite ambassade. Il s'enfuit précipitamment et revint à Alexandrie. Théophile, on le conçoit, avait icitérêt à ménager un homme qui possédait un secret si compromettant pour le patriarche. C'eût été là le motif qui l'aurait, dit-on, poussé à mettre Isidore en avant pour le siège de Constantinop'e. Quoi qu'il en soit, car cette allégation n'est rien moins que prouvée, il est certain que Théophile s'opposa d'abord à l'électioû de Jean Chrysostome, Mais il céda devant rinfluence d'Eutrope. Ce chambellan impérial lui signifia d'avoir à se rallier au suffrage de ses collègues, ou à faire connaître publiquement les griefs qu'il pouvait avoir contre l'élu du clergé, du peuple et de TUrient tout entier. Théophile n'insista pas davantage : il sacra lui-même Jeaa Chrysostome, au milieu de l'allégresse universelle *. »
61. « A peine assis sur la chaire épiscopale, ajoute Sozomène^ Jean consacra tous ses soins à la réforme du clergé de Byzance. Il s'informait de la conduite de chacun de ses prêtres, les reprenant, les corrigeant, quelquefois même les chassant de l'ég'.'se. Le zèle qu'il avait toujours montré contre les désordre:! el le vice s'accrut encore, depuis sa promotion à l'épiscopat. Son cr-deur pour le bien, l'indépendance de son langage, l'indignatloa qu'escitait dans son âme le spectacle des mœurs dégénérées de sott temps» narurent plus vives à Gonstantinople qu'elles ne l'avaient été à Antioche. Il ne bornait pas sa sollicitude à son propre diocèse. Son grand cœur se préoccupait du sort de toutes les églises» Axi début de son épiscopat, il se concerta avec le patriarche Théo-^ phile pour mettre un terme aux difficultés que soulevaient toujours à Antioche les restes de la faction paulinienne. Ensemble ils réso» lurent d'envoyer une députation à l'évêque de Rome, Siricius, aân qu'il tranchât la question par son autorité apostolique et i:^^
* • Soïomeo.j llist. Eccles., lib. VIII, cap. n.
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conciliât définitivement Flavien soit avec les rebelles d'Antioche," 8oit avec ceux des prélats d'Occident qui conservaient encore leurs anciennes défiances. Acace de Bérée et le prêtre Isidore, celui-là même qui venait d'être en concurrence avec Jean Chrysostome pour le siège épiscopal de Constantinople, furent chargés de cette mission. Le pontife romain les accueillit favorablement, leur remit des lettres apostoliques enjoignant à tous les ôvêques en général, et aux fidèles d'Antioche en particulier, d'avoir à communiquer avec Flavien. Cette décision mit fin au schisme si opiniâtrement prolongé d'Antioche '. »
62. Elle couronna dignement le pontificat de saint Siricius. « La règle transmise par les Apôtres, disait ce grand pape, nous apprend que la confession des évêques catholiques doit être une. Si donc il D'y a qu'une seule foi, il ne doit non plus y avoir qu'une seule tradition. S'il n'y a qu'une seule tradition, une seule discipline doit être observée dans toutes les églises. » — « Tel est, ajoute dom Guéranger, l'axiome fondamental de la catholicité. Une seule foi, une seule formule d'une seule foi ^. » Siricius eut la gloire de proclamer ce principe et de le faire prévaloir. Sa vigilance s'étendait sur tous les points de l'univers, et partout son autorité était reconnue et hénie. Il avait plusieurs fois condamné le zèle outré des Ithacieus d'Espagne, qui sollicitaient auprès des magistrats et des tribunaux la mort des Priscillianistes. L'Église entière applaudit à cette décision fondée sur la règle de la charité. Les conciles particuliers des diverses provinces recouraient à son intervention. Ceux de Carthage (393-398) le consultaient sur la question du baptême conféré par les Donatistes, et lui demandaient s'il était permis d'élever aux ordres les jeunes gens qui l'avaient reçu de leurs mains. — Ua eoncile de? vivêques de la Gaule, rassemblé à Taurinum (Turin(, renvoyait à la décision de Svricius la validité de l'élection de Félix, évêque de Trêves, ordonné par les Ithaeiens (397), Les évêques des Gaules le consultaient encore pour apprendre de lui quelles étaient les règles canoniques au sujet de la continence des ciercs, des
» SozomeQ., Hist. Ecoles., lib. VIII, cap. in. -- * Guéranger., dist. liturg-i i«n. I, paj^ 136.
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ordinations et des monastères des vierges. Siricius leur répondit par une décrétale, où il rappelait les mêmes instructions que dans celle adressée précédemment à Himerius, évêque de Tarragone/xout eu maintenant, avec une fermeté et une vigueur apostoliques, les prescriptions de l'ancienne discipline, le langage du saint pape respirât la modestie et l'humilité la plus sincère. Si l'on reconnaît le princo de l'Église, le « lieutenant de Dieu, » à la dignité de sa parole; oq trouve aussi le Père de la chrétienté, le Pasteur des pasteurs, dans la douceur, la mansuétude, la charité qui débordent de son âme. Saint Siricius mourut le 23 novembre 398, après un pontificat de près de quinze ans. La tradition lui attribue l'introduction du Communicantes dans les prières de la messe, et l'usage du titre de pape exclusivement afTecté aux souverains Pontifes. Ce nom fut d'abord commun à tous les prêtres; il exprime la paternité du pasteur sur son troupeau. Plus tard, les évêques seuls le portèrent. Saint Siricius commença la tradition universellement adoptée maintenant, de le réserver aur. seuls Pontifes de Rome.
63. Du temps de Baronius, on retrouva, mutilée et fruste, l'inscription qui avait été gravée sur la tombe du saint Pontife; elle était primitivement en vers alexandrins dont le style rappelle la belle latinité Damasienne. La voici : « Liberius ^ se l'attacha d'abord comme lecteur, puis comme lévite. A la mort de Damase, il mérita par ses vertus d'être assis grand prêtre sur la chaire apostol-ique et de présider à la fontaine sacrée de la doctrine et de la i^ràce. Il fut choisi de Dieu pour donner à tous les peuples une
Liberîum lector mox 'et levita seculus Post Damasum clarus totos quos i^ir.it in armoê Fonte sacro magnus meruit sedere sacerdot Cunctis ut populis pacem tune solidam daret» Hic pius, hic justus, felicia tcmpora fecit» Defensor magnus multos ut noLiles ausus pKûyi JuOiraheret, exlesiœ nula defendf-f, ilisericors, largus, meruit per sœcula nomen, scr quinos populum in annos qui rexit amorc ^unc requiem sentit, cœleslia régna potiius,
(BABON.,tom. VI, éd. Luc 17io^
paix solide. Il fut pieux, il fat juste ; il nous fit des temps prospères. Grand défenseur, il revendiqua près des puissants et de» princes les droits de l'Église. Miséricordieux, cœur large, il laisse un nom immortel. Il a gouverné avec amour le peuple fidèle durant quinze ans. Maintenant, il repose dans le royaume du ciel. » De nos jours, l'illustre archéologue romain, M. de Rossi, vient de découvrir, dans la basilique Pudentiana, une série de monuments lapidaires qui se rapportent au pontificat de saint Siricius, et nous donnent des renseignements précieux sur son époque. On sait que la basilique Pudentiana, l'une des plus antiques de Rome, avait déjà fourni à l'archéologie sacrée, dès le xvi* siècle, de nombreuses et importantes inscriptions. Celles que M. de Rossi vient d'y retrouver ne sont pas moins précieuses. Elles constatent, d'une part, le zèle du pieux pontife pour la restauration de cet édifice ; de l'autre, elles nous apportent la date précise de la ftimeuse mosaïque qui s'y trouve conservée, et dont jusqu'ici l'âge n'avait point encore été fixé. Enfin, elles renferment un témoignage explicite qui confirme la tradition romaine a-i sujet du célèbre docteur et martyr de Porto, saint Hippolyte *. Sur une grande plaque de marbre existant encore aujourd'hui dans la chapelle dite de Saint-Pierre, à la basilique Pudentiana, M. de Rossi a retrouvé l'inscriptioa suitcute :
SALVO SIRICIO EPISCOPO
ECCLESIAE SANCTAE ET ILICIO LEOPARDO ET MAXIMO PRESBB.
« Du vivant de Sîricîus évêqne de l'Église sainte, et d'Ilicius, Lcopardus et Maximus prêtres. » Il est évident que l'inscription se rapportait à une restauration de la basilique faite sous le pontificat de Siricius, par les soins des prêtres Ilicius, Leopardus et Maxime. Maisqads étaient ces derniers, dont le nom apparaissait ainsi pour la première fois au grand jour de l'histoire? Dans les mEuauscrits de
* Cr. tom, VllI decette Hiitoire, pag. 147-16S.