‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 52 sur 77 · XI. ig · texte numérisé non relu

XI. ig

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cation calomnieuse de lèse-majesté contre Théognoste. Celul-fif malgré son innocence, fat condamné au bannissement. La sentence portait confiscation des biens de la victime et comprenait sa femme et ses enfants dans le décret d'exO. Je n'insisterai pas sur tons les détails de cette odieuse iniquité. Il me suffira de dire que Théognoste, brusquement enlevé par une escouade de soldats, jj mourut en chemin, sans avoir atteint le terme de son funeste i{i ▼oyage. Sa veuve crut pouvoir alors revenir à Constantinople.il a Elle implora le secours du divin Chrysostome et se plaça sousïj ■a protection. Yéritable imitateur de Jésus-Christ, miséricor-ii< dieux comme son maître , l'archevêque accueillit cette infortu-|) née et lui prodigua les consolations d'une paternelle tendresse, h Cependant il réfléchissait sérieusement aux moyens qu'il devait prendre pour fléchir le cœur du souverain et en obtenir une nouvelle sentence qui restituerait à la veuve et aux enfants de Théognoste leurs biens injustement spoliés. Comme si le démon eût lutté de malice avec la bonté du grand archevêque, un incident fortuit survint dans l'intervalle et rompit tous les projets de Chrysostome. On était à l'époque de la vendange. L'impératrice, veulant s'en donner le joyeux spectacle, dirigea sa promenade vers les^ coteaux situés en dehors de la ville. Elle mit pied à terre, entra, dans une vigne et y cueillit de sa main une grappe mûre qu'elle porta à sa bouche. Il se trouvait que cette vigne appartenait précisément au domaine patrimonial de la veuve de Théognoste. On eait qu'à cette époque une loi de dévolution impériale déclarait que toute terre où le souverain, soit accidentellement, soit de dessein préconçu, avait fait acte de propriété, appartenait de pleiiiS droit au monarque dans le cas oii celui-ci voudrait profiter da bénéfice de cette mesure, sauf indemnité à régler amickblement ivec le possesseur. Or Eudoxia connaissait cette loi ausux que personne. C'était avec préméditation qu'elle avait posé \e pied sur ie domaine de la veuve de Théognoste et qu'elle venait d'y faire acte de propriété. Elle voulait accabler par un dernier revwt eette femme infortunée , mais surtout elle voulait atteindre den;Si^re elle l'illustre pontife qui lui avait accordé sa protection.

MAP. III. — CHKTSOSTOMI BT BUDOXIAo ^5vi

A??^^itôt donc qu'elle eut mangé en riant sa grappe <^e r-'isiai^ elle év<-):iiu qu'en vertu de la loi de dévolution la vigne sur laquelle ffiif i-ivsj't mi? l?" pied demeurerait annexée au domaine impériaJ. EiH50N.';t ne doutait pa?. que l'archevêque ne protestât ultérieure- Mtînt cùnti<3 cette nouvelle spoliation. Mais elle se promettait alors de lui répondre par le texte même de la loi, et de le faire ainsi passer pour un séditieux qui attaquait la constitution même de l'empire. Tels étaient les calculs d'Eudoxia. Ils furent déjoués. Le noble pontife ne fit aucun éclat. Il se contenta de faire parvenir à l'impératrice les supplications les plus touchantes, faisant appel à la clémence, non à la loi. Eudoxia dans son arrogance se retranchait derdère le texte du code, et transmettait à l'archevêque les réponses les plus insolentes. Ghrysostome, en véritable médecin des âmes, redoublait de modération à mesure que l'impératrice témoignait une irritation plus vive. Sans doute, disait-il, la loi existe. Je n'en conteste point l'authenticité. Mais il faut remarquer que coUe loi fut proraulgni'e par des empereurs païens. Sa rigueur n'<»-t pins en harmonie avec le gouvernement de princes qui font ;;ioi.c (ie servir Jésus-Christ. — D'autres fois il disait à l'impi^'iatîice : Je le sais, vous êtes la loi vivante par le seul fait que vous exercez l'autorité impériale. Mais h coté de votre pouvoir qui vous permet tout, il y a la conscience qui vous avertit intérieurement et vous fait à merveille discerner le juste et l'injuste. Je vous en supplie donc; ne fournissez pas aux malveillants un prétexte à des comparaisons odieuses. Ils citeront l'épisode de Jézabel et de la vigne de Kaboth. Ils trouveront dans l'Ancien Testament des allusions pleines d'outrages et d'injures '. .»

90. Nous avons encore une des lettres que saint Jean Ghrysostome adressa en cette circonstance à l'altière impératrice. Voici ce monument de charité vraiment épiscopale. a Le S?k-u civ^ateur de l'univers, disait-il, est essentiellement la source et l'origme de tout poavcir et de toute domination. Les conditions sociales qui

(1) Léo PhiWoph., Laudate S. Jodnn.Chrusost., n" xx ; Patr.grœc, t. G VIL, col. 266-268.

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règlent les rang» entre les hommes ne tiennent pas à une inégalité h de nature enue eux. Ainsi, quand le Seigneur a remis dans vos m aaaina /e sceptre de la royauté, c'est uniquement pi^ur que vous ?;i prciégiez le droit de cli.iciin et rendiez à tous la justice. La gloire,, i| l'opulence, ],- oplendeai-, réclat du trône ne compteront de rie;- 'f\ au jour formidable du jugement suprême ; une seule chose servi: i alor3^ l'accomplissement des préceptes divins. Je vous en supplie donc, ne perdez pas de vue cette grande considération et ne bannissez pas de votre âme lu crainte de Dieu. C'est lui, vous le savez, qui tient dans sa main notie vie à tous. Aux uns il ajoute, à d'autres il retranche les années. (( Je suis, ciit-il, celui qui Um nu qui fait vivre. Quel mortel pourrait se soustraire à ma puissance *? Mais il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant - ! » itinsi, limon et cendre, fleur, brio d'herbe, poussière, ombre, fumée et songe, voilà ce que nous sommes, nous t-ms hotuMes moitels, dont la vie éphémère n'est qu'une apparition entre ànux morts. Depuis le j^ur où la sentence fat prononcée sur notîo raco ^ où ii nous fut dit : « Tu es poussière et lu retourneras en poui,sière ^, » nous revêtons la coi-ruption en même temps que mitre Têtement de chair. Tous d'un même courant nous clissons vers hi Mort. Sortis de terre, nous y reloarnons bientôt les uns après lus autres, rois et particuliers, princes et sujets, R,eportez le regard de Totre pensée sur les empereurs qui tinrent avant vous le sceptre. Songez à ce qu'ils furent autrefois et à ce qu'ils sont aujourd'hui. Ceux qui ont fait le bien n'ont pas seulement laissé dans le monde ane mémoire toujours vénérée et chérie, mais ils jouissent en ce moment de la bienheureuse immortalité du ciel. Ceux au contraire çiiî ont commis l'injustice et le crime, ont laissé ici-bas un souverJ>? abhorré: ils ne ressusciteront que pour les éternels tourments. Que votre piété imite donc ia foi pure et la reli^-ea.*^ conduite des bon« firirices. Qu'elle daigne faire rendre à l'infortunée veuve d« f héognoste, à. ses malheureux enfants, le dernier débris de leui patrimoine. Ils ont assez souffert dans le passé. N'ajoutez point à

' Itcjier., xxxil, 39. — • Hebr., x, 31. — " b'en.j m. 19.

CHAP. in. — CHRTSOSTOME ET EUDOXIA.

leur misère ; ainsi vous éloignerez les afflictions qui pourraient voua atteindre vous-même dans l'avenir. Je vous en conjure, faites au plus tôt âécher les larmes qui coulent des yeux d'une famiLe opprimée. Rappelez-vous la parole du Sauveur qui oe veut pas que le soleil se couche sur notre colère *. Rappelez-vous cette terrible menace ; « Insensé! cette nuit je vais te redemander ton âme. A qui seront alors les biens que tu as amassés -? Que sert à Thomme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme; et quelle compensation pourra-t-il trouver à un pareil dommage ^7 » Est-ce que le parfum embaumé de la vigne en fleurs, est-ce que la fraîcheur suave deL figues ou de l'olive onctueuse, et pour tout dire, est-ce que la richesse et la splendeur du trône descendront avec nous dans le tombeau? Non, toute vitalité, tout effort humain aboutit au sépulcre. Un jour, quittant tout, il nous faudra retourner nus, sans puissance ni empire, au sein de la terre d'où nous sommes sortis. Veuillez donc y réfléchir devant Dieu; faites rendre la vigne, afin que Dieu rende pour vous une sentence favorable au jour du jugement *. » 91. Eudoxia n'avait garde de suivre un pareil conseil. Yraisea» blablement elle traitait ces exhortations de fades et mystiquet homélies; elle les livrait à 1« dérision de ses eunuques ou à la critique jalouse de son évêque favori, Severianus. Quoi qu'il en soit, l'empereur Léon le Sage continue son récit en ces termes : « Plus le médecin spirituel multipliait la douceur et les exhortations, plus cette femme s'acharnait dans son ressentiment. Elle interdit à Ghrysostome l'entrée du palais ; et toute la ville fut remplie des éclats de sa colère. Or, îa fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix étant venue, après que l'empereur Arcadius, entouré de son cortège d'apparat, eut pris place dans la basilique au milieu du peuple fidèle, Ghrysostome monta en chaire selon sa coutume et parla sur îa solennité du jour avec une éloquence et une onction admirables. Quand il eut terminé son homélie, l'impératrice entourée e sep gardes d'honneur et des officiers du palais arriva au seuil df

» Ephes., IV, 26. — * Lue., x.., 'iO. — » Matth.,m, 28. — • S. Joan. CtuilW SpUL odEudotiam; Pkitr. grae.t tom. L&IV, col. 491-496.

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l'église. Mais Chrysostome en avait fait fermer les portes, avec défense de les ouvrir sous aucun prétexte à Eudoxia. lime serait impossible de décrire la rage dont cette femme fut alors saisie. Elle vomit an torrent d'injures contre le saint archevêque, ou plutôt contre Dieu même dont il était le fidèle et courageux ministre. Enfin elle ordonna aux soldats de briser à coups de hache la porte de la basi- i lique. L'un d'entre eux s'élança le premier; il levait àéya. le bras, mais à ce moment, frappé d'une paralysie soudaine, le bras sacrilège demeura immobile et le malheureux poussa un cri de douleur. Cet événement extraordinaire frappa de crainte l'imagination de l'impératrice. Elle reprit sur-le-champ îa route du palais. Quant au malheureux soldat dont la main était desséchée, il attendit que l les saints mystères fussent célébrés et courut.se jeter aux pieds de Chrysostome, le priant d'obtenir de Dieu sa guérison. Le saint arche- ! vêque intercéda pour lui; aussitôt ?e bras reprit sa souplesse et son mouvement habituels. Cependant, Eudoxia persistait dans ses projets de vengeance. Elle voulait l'exil de Chrysostome. Arcadius, c'est une justice que je dois lui rendre, s'y opposa ênergiquement et continua à témoigner la plus haute estime pour la vertu de Chrysostome '. » Ainsi parlait un historien couronné, lempereut Léon le Sage. Son récit nous fait admirablement comprendre le dangeTs affrontés si résolument par le grand cœur de saittt Jeaa Chrysostome. L'orage s'amoncelait snr sa tête^ Le moindre cho« allait faire jaiUir la foudre.

(1) Léo Philosoph., Laudat. S. Joann. Chryiost.^ loc, cit.

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