CHAP. III. — CHRYSOSTOME ET EUDOXIA
témoins qui en justifièrent. Le concile admit ce moyen de défense et pria Severianus de pardonner la distraction de l'archidiacre. Chrysostome, d** sou côté, pour donner satisfaction entière à l'offensé, déclara que Sérapion demeurerait huit jours suspendu de son office. Cette mesure de rigueur était d'autant plus significative que Sérapion était le bras dro";« ie Chrysostome dans l'administration diocésaine, et qu'il apportait à ses fonctions autant de zèle que d'aptitude. Cependant Severianus ne se montra point encore satisfait. Il persista dans ses exigences vindicatives et sollicita lea pères dans l'espoir d'obtenir non-seulement une sentence d'interdit contre le diacre mais une excommunication absolue. Chrysostome indigné se leva, et, quittant le siège de la présidence, dit aux pères : Je laisse entre vos mains la suite de cette affaire et ne veux y intervenir en aucune façon. Jugez-la selon que vous le croirez convenable. — Après ce peu de mots, l'archevêque sortit. Le concile entendit alors les accusations réciproques de Severianus et de Sérapion. Chacun des deux adversaires maintenait ses prétentions sans en rien relâcher. Le concile ne crut pas devoir pro° noncer de sentence et la cause resta en suspens. Mais, à partir de ce jour, Chrysostome s'abstint de toutes relations avec Severianus. Il lui fit même remettre par un tiers un billet conçu en ces termes ; Il ne convient pas que vous demeuriez si longtemps éloigné de l'église confiée à vos soins. La cité de Gabala pourrait se plaindre d'être abandonnée par son évêque. Retournez donc le plus tôt possible à votre siège et consacrez à votre troupeau les talents que Dieu vous a départis *. »
81. Une parenthèse est ici nécessaire à ouvrir pour l'édification du lecteur. Le récit que nous venons de traduire textuellement sur le grec de l'auteur novatien Socrate, a été tellement revu, corrigé et annoté par cet écrivain qu'il nous en a laissa deux ver* fiions, la première plus abrégée et constituant le onzième chapitre du sixième livre de son Histoire ecclésiastique, la secontiG plus
Socrat., BisU ecctes.f lib. VI, «ap. xi ; Pair, grœc, tom. L&TII> col. 696-
lûO. — Appendix ad euindem librum ibid. col. 732-736.
étendue qui, sous forme d'appendice, est annexée à ce livrp. «^omme chapitre suj)pîémentaire. Nous sommes donc parfaitemes.*, certains d'avoir là toi^s les renseignements les plus exacts que Socrate avait pu se procurer sur un incident qui devait avoir pour l'aveair des conséquences si terribles. Car il fut réellement le point de départ des féroces vengeances que Severianus de Gabala poursuivit avec un acharnement sans égal contre îi [lustre métropolitain. Cependant il résulte avec la dernière évidence, du récit même de Socrate, c'est-à-dire d'un témoin dont le caractère personnel nous garantit la complète impartialité, il résulte, dis-je, de ce récit que saint Jean Chrysostome apporta dans cette querelle avec ou prélat hypocrite et ambitieux une modération, un calme, une douceur, une patience vraiment évangéliques. Au contraire, Sev«frianus déploya une violence sans bornes. Son exclamation dans le chœur de la basilique était un blasphème. Quoi ! parce qu'un diacre absorbé dans la prière ou la méditation n'avait pas remarqué l'entrée fastueuse de cet évêque dans le sanctuaire; parce qu» CQ diacre ne s'était pas levé en pied pour saluer cette tyra^ciqcs grandeur, il fallait que le diacre mourût excommunié, sinon le Christ n'était pas descendu des cieux, l'Église était renversée, la fui catholique n'était qu'un vain mot! Et cétait un évêque qui 'aaçàit de telles imprécations au pied ûes autels, en présence de y^■^t un clergé, devant tout un peuple! Non content de cette explosion de rage, il rentre dans sa demeure, et, au mépris de toutes les lois canoniques, il dépose et excommunie ce diacre, leqjel n'était pas soumis à sa juridiction, ne relevait pas de soa autorité! Que ne dirait-on pas si l'on trouvait de pareils empiéteiiicnts à reprocher à saint Jean Chrysostome? Mais ce grandhomme, ce grand saint ne laissait diriger ni son esprit ni sa conduite par des mobiles de ce genre. Une difficulté cannurque surgi/ ealre so i archidiacre et un évêque. Chrysostome remet le jugement à UL". concile. L'assemblée déclare l'archidiacre innocent.. Elle recoiiKf/.i que le fait inciiminé s'est produit sans préméditation, forkicement et par conséquent sans aucune faute de la part ùc l'accusé. JMai^ré ce verdict consciencieux et solennel, Chryso»»
CHAP. III. — ClirtYSOSïOME ET EUDOXIA, 43S
tome, pour ménager l'amour-propre du plaignant et lui donner une satisfaction à laquelle il n'avait pas droit, suspend de ses foncliotis ourayt huit jours l'innocent archidiacre. Severianus insiste ; il veut un interdit absolu, une excommunication solennelle." afin de couvrir sous l'autorité du concile la sentence fVrégulière,' abusive, anti-canonique qu'il a portée lui-même. Il le V8»i4; il l'exige. Il vient proposer cette mesure aux évoques réunis et à Chrysostome leur président. Cette démarche , qu'on le comprenne bien, était une insulte grossière, un outrage personnel et direct publiquement fait à l'autorité du métropolitain. Cependant Chrysostome subit l'injure, supporte l'outrage. Fidèle à sa devise: «i il auuuic et ne fait souffrir persunne. » S'il eût voulu se défendre à son tour contre une attaque aussi passionnée que brutale, les raisons ne lui eussent pas fait défaut. Le droit était tout entier en sa faveur. Il pouvait avec son éloquence incomparable demander «ompte à Severianus de l'étrange audace avec laquelle cet évêque de Gabala, usurpant dans la capitale de l'Orient une autorité qui n'appartenait qu'au ractropoliLain, s'était permis de frapper des censurer ecclésiastiques un diacre du clergé de Cyzance. Et quel diacre? Celui-là même qui était investi des fonctions les plus •éminentes et représentait fort exactement ce que nous appelons aujourd'hui un vicaire général, c'est-à-dire, uu pied de la lettre, XultereQo du patriarche de Coustantinople. Il pouvait insister sur Tatireux blasphème prononcé par Severianus, dans un accès de tolère que rien no justifiait. Il puuv;iit, eu iaviiquant le passé, /rappeler les témoignages de coniiance, d'afiéction, de paternelle sollicitude dont il avait comijié Scvcjianus et tnetlrc enoppu^ilion l'ingratitude par laquelle cet amliiticux hypocrite récompensai ^ iaat de bonté', de uiansuétudc et d'égards. Chrysostome ne Lit rieo de tout celii. 11 ne vuulut même pas avoir l'air de peser par sa présence sur ia décision que le concile provincial jugcraità propos de prendre. Quittant le siège de la présidence, il remit à rassemblée ie soin dr /igor l'airiire dans Tindépendance la ;)lu9 complète. Si l'or: r,er.sistê à ne pas voir dans toute cette conduite de Chrysostome la pratique de la charité, de la prudence, de 1» Xi. 28
434 POMTIFICAT DE SAINT INNOCETNT I (40i-417)î
modération, du désintéressement poussé jusqu'à l'héroïsme, D faut renoncer à rien comprendre en histoire.
82. Le peuple de Constantinople, témoin deâ faits que nous ra contons, n'hésista pas un seul instant à les apprécier à leur juste valeur. Il n'y eut qu'une voix pour protester eontre l'arrogance de Severianus. On trouvait que Clirysostome avait poussé trop loin l'abnégation de sa personnalité et de son droit évident. En face de celte démonstration non équivoque du sentiment public, l'évêque de Gabala crut devoir enfin reprendre la route de son évêché. « 11 partit donc, dit Socrate, et déjà il était à Chalcédoine, lorsquel'impératrice lui expédia l'ordre de revenir immédiatement sur ses pas. Severianus obéit de bon cœur. Mais Chrysostome refusa absolument de le revoir. Toutes les démarches tentées en ce sens près de l'archevêque échouèrent devant une résistance formelle. Enfin Eudoxia eut recours à un expédient désespéré. Un dimanche, durant la célébration de l'office solennel à la basilique des Apôtres, elle se présenta devant le trône de l'archevêque, tenant dans ses bras le jeune Théodose, son fils. Elle déposa l'enfant impérial sur les genoux de Chrysostome, et le conjura par cette tête si chère de pardonner à Severianus et de lui rendre son amitié. L'arche- ^ Têque céda à des instances si pressantes et consentit à reprendre ses relations avec Severianus. Mais des deux côtés le cœur avait été blessé profondément ; et Severianus, à dater de cette époque, nourrit une haine mortelle contre Chrysostome. » Ainsi parle Socrate.
83. 11 nous reste, pour contrôler son récit et en démontrer la véracité, deux monuments parallèles également précieux et également authentiques. Ce sont les deux discours que Chrysostome d'un côté, et Severianus de l'autre, prononcèrent à propos de cette réconciliation solennelle. Le peuple de Byzance ne voulait absolument plus de Severianus, Les intrigues de ce misérable évêque avaient été percées à jour : son hypocrisie, sa duplicité étaient notoires. On le méprisait donc et on le détestait. Il est remarquable que, de tous les vices, celui que les multitudes pardonnent le moins volontiers c'est l'hypocrisie. On dirait que le genre hu»
CHAP. III. — CHRTS03T0MB ET EUDOXIA, 4^.^
main a conservé une horreur instinctive contre tout ce qui UA rappelle le serpent de l'Éden. Quoi qu'il en soit, Chrysostome, îé» concilié persor-nellement avec Severianus, voulait que la réconciiiatii)j fut complète et que les fidèles de Byzance l'acceptassent comncj il raeceptdit lui-môme. La tâche n'était pas facile. Yoici l'allocution que l'illustre archevêque prononça en cette circonstance. Les ménagements, les précautions oratoires auxquels il fut obligé de recourir sont la meilleure preuve des obstacles qu'ii avait à vaincre dans l'opinion publique. « De même, dit-il. que le corps, de toute nécessité, doit être uni à la tête, ainsi l'église doit être unie à l'évêque, le peuple au prince. L'arbre adhère à sa racine, le fleuve se rattache à sa source ; ainsi les enfants doivent se grouper autour de leur père, les disciples autour du maître. Ce n'est pas sans dessein que je rappelle à votre charité ces images familières. J'ai besoin pour ce qui me reste à dire de ne pas rencontrer de dissidence, de ne soulever aucune objection. Il faut que votre obéissance filiale, votre soumission pour le père de vos âmes croissent avec l'affection que vous lui prodiguez. Enfants bienaimés, j'attends aujourd'hui de vous une couronne bien précieuse et chère, celle de votre docilité. Il dépend de vous qu'on me proclame le plus heureux des évêques. Il vous suffira de mettre ea pratique les enseignements que vous avez entendus tant de fois de ma bouche. Il vous suffira d'accomplir le précepte de l'apôtre : « Obéissez à ceux qui sont proposés à votre direction, suivez leurs conseils, parce que ce sont oux qui ont la surveillance de vos âmes et qu'ils fin rendront compte au Seigneur *. d Pénétrez-vous de cô commandement apostolique sous la protection duquel il convenait de placer tout d'abord ce discours. Je suis père et j'ai des conseils à donner à mes enfants ; la tendresse des pères selon la nature devient plus ardente encore sous le souffle de TEsprit-Saînl pour les pères selon la grâce. Je suis père, et j'éprouve à l'égard de mes jBIs an amour si profond que je verserais volontiers mon sang pour eux. C'est ce que firent les apôtres, c'est la parole même de Notre-Seî-
* Btor., XV, ih
gneur : « Le boa pasteur donne sa vie pour ses brebis '. » Mais, ce que je ferais pour vous, vous devez le faire pour moi ; car îe lien d'indissoluble afleciion qui nous unit est réciproque. C'est encore ce que nous enseigne le grand apôtre Paul, quand il salue Aquilas ek Priscilla «ses coadjuteurs en Jésus-Christ, lesquels, dit-il, ont exposé leur vie pour sauver la mienne ^. » S'il est beau le pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, il n'est pas moins sublime, le îroupeui; qui donne sa vie pour son pasteur. Magnifique union du pasteur et du troupeau, que le loup dévorant ne peut entamer, que U mort ne peut vaincre ! La charité est en eiTet un mur plus solide que le diamant. L'Écriture nous l'enseigne : « Le frère uni au frère, devint une forterosse inexpugnable ^. » Écoutez-moi donc dans les sentiments de cette charité céleste et que nul dVatre vous ne songe aies troubler. C'est un sujet digne de cette église, digne de toute votre bienveillance, quej'ni à traiter en ce nioaioiit. Je viens vous parler de la paix. Et quel message saurait mieux cù'ivenir à un ministre de Dieu près d'un peuple chréiien? Doi: pourrait veni:- la réctistance, quand le message est tel ei qupaid l'ambassadeur, toal indigne qu'il puisse être, possède cependant toute votre aiTection? Je viens vous p;irler de la paix, cette paix pour laquelle le Fils de Dieu est descendu sur la terre afin de réconcilier dans son sang la terre au ciel. Je viens vous parler de It paix, cette nai.x pour laquelle le Fils de Dieu a souffert, pour laquelle il a été crucifié, pour laquelle il est mort; cette paix qu'il nous a léguée comme Bon unique héritage, qu'il a établie comme le rempart de l'Église, le bouclier contre l'ennemi, le glaive contre les démons, le port assuré du salut, la rançon du monde, la compensation pour toutes nos fautes»! Voilà le message dont je suis aujourd'hui chargé près de vous. Ne m'infligez pas la honte d'un refus, ne déshonorez pas mon ambassade. Je vous en supplie, acclamez tous ma requête. Je le confesse devant Dieu, il s'est produit de tristes incidents ati sein de cette église. Je suis loin de les approuver. Non, je n'approuve pas le désordre; je n'approuve p»^ les mouvements sédiiîsux!
» Joann., x, 11. — » Rom.; ZVi, 3, 4. — « ProiTrb., xviii. *9t
CTTAP, III. — CORYSOSTOME ET 437
Mais effaçons le passé; calmez vos esprits, déposez les anciens ressentiments, oubliez tous les souvenirs amers, l' suffit des maux qui ont affligé notre église. Mettons-y un terme. Que cette agitation finisse. Dieu le veut : le très-pieux empereur le désire. Or il faut obéir aux princes, surtout quand ils se montrent eux-mêmes plein?, de soumission aux lois ecclésiastiques. C'est le motde saint Paul : <( Soyez soumis aux rois et aux puissances'.» Les rois dont parlait l'Apôtre étaient des persécuteurs, et notre prince à nous est an serviteur de Jésus-Christ, un protecteur dévoué de l'Église. Maintenant que j'ai préparé vos âmes à la docilité filiale, écoutez enfin l'objet de ma requête. Je vous demande de vouloir bien accueillir l'évêque Severianus, notre frère, au milieu de vous. » — Il paraît qu'en ce moment des applaudissements unanimes éclatèrent dans l'assemblée, et qu'à force d'éloquence insinuante et douce l'orateur avait triomphé de toutes les résistances. En effet, Chrysostome reprit en ces termes : « Merci de la faveur avec laquelle vous acceptez ma requête ! Vous me donnez des fruits d'obéissance. J'ai la preuve en ce moment que le bon grain semé dans vos âmes n'a point été stérile; voici que je moissonne des gerbes de salut au centuple. Que le Seigneur vous rende en grâces et en bénédictions le prix de votre miséricorde et de votre docilité! C'est une véritable hostie de paix que vous venez d'offrir sur son autel. Personne n'a protesté en entendant le nom que j'avais à prononcer devant vous. La charité fraternelle a entouré ce nom comme d'une sauvegarde. A la voix de Jésus-Christ les haines ont disparu. Vous le recevrez donc, celui dont je parle, vous le recevrez de tout cœur, à bras ouverts. Le passé et ses tristesses, s'il y en a eu, ont cessé d'être. Quand la paix est conclue, il ne faut pas qu'il reste un seul vestige de l'ancienne discorde, afin que la joie soit complète au ciel, sur la terre et dans le cœur de l'Église. Prions donc maintenant, prions tous, pour que désormais cette sainte Église de Dieu soit fixée dans une paix inaltérable en Jésus-Christ Notre-Seigneur à qui soit la gloire en
• TU., m, 1.
union avec Dieu le Père et l'Esprit-Saint, dans les siècîes des siècles. Amen '. »
84. Le lendemain Severianus, mettant à profit le pacte de réconciliation que l'éloquence de saint Jean Chrysostome venait de faira agréG? de 'a sorte, parut au milieu de l'assemblé^ et prit à son lour la parole. On célébrait alors les fêtes de la Nativilé du Seigneur, ou, comme on disait en Orient, la solennité des Théopha- Dies -. L'évêque de Gabala prit texte des leçons de l'Évangile du jour, et prononça avec prétention et emphase une allocution que nous reproduisons tout entière, afin que le lecteur en comparant les deux discours puisse mesurer la distance qui séparait le génie affectueux etpaternel de Chrysostome, de la raideur hypocrite et glaciale de Severianus. « A l'avènement de Notre-Seigneur et Sauveur dans sa forme corporelle, disait l'évêque de Gabala, les chœurs célestes des anges annoncèrent cette bonne nouvelle aux bergers. Voici que je vous annonce une grande joie, dirent-ils. Moi aussi je répète la parole évangélique. Je vous annonce aujourd'hui une grande joie. Aujourd'hui la paix règne dans l'Église et l'hérésie frémit impuissante. Aujourd'hui le vaisseau de l'Église touche le port et la barque des hérétiques reste en proie à la fureur de la tempête. Aujourd'hui les brebis du Seigneur sont en sûreté et les loupg hurlent de rage. Aujourd'hui la vigne du Seigneur est dans l'abondance et les ouvriers d'iniquité sont dans la détresse. Aujourd'hui le peuple du Christ triomphe et les ennemis de la vérité sont humiliés. Aujourd'hui le Christ est dans la joie et le démon dans le deuil. Aujourd'hui les anges sont dans l'allégresse et les puissances de l'enfer dans la confusion. Mais qu'est-il besoin de prolonger ces antithèses ? En ce jour, le Christ, roi de la paix, s'est avancé dans sa paix ; il a mis en laite la nuée des discordes, apaisé les dissentiments, calmé les agitations. Comme les rayons du solei 'illuminent les cieux, ainsi la splendeur de la paix illumine l'Église. Oh ! qu'il est aimable, ce nom de la paix! La paix, le plus
* S. Joann. Chrysost., De recipienâo Severiano ; Pntrol. grœc, lova. LU, «ol. 423-42Ô. — * Nous avons eu pr écédeimiieat l'occasioa d'exBiiq,uer ce termS liturgique. Cf n« 50 de ce chapitre.
CHAP. III. — CIIRYS0S70ME ET EUDOXIA. 439
inébranlable fondement delà religion chrétiense ! La paix, céleste armure de l'autel du Seigneur ! El que pourrions-nous dire pour parler dignement de la paix, quand le Clirist lui-même a voulu en porter le nom ? L'anôtre nous l'enseigne. « Le Christ est notre paix dit-il. C'est le Christ qui a réconcilié la terre et le ciel en sa personne **, )• c'eci lui (|ul a rétabli dans le monde i'ii;irinonie détruite par l'oeuvre du démon. De même donc que sur le passage d'un souverain les rues et les places se décorent, que les cités à l'envi se ■couvrent de tentures et de fleurs, afin que tout sourie au regard du prince; de même quand le Christ roi de paix lait son avènement parmi nous, il convient d'écarter tous les sujets de tristesse et de remplacer les ténèbres du mensonge par l'illumination de la vérité. La discorde s'enfuit devant les splendeurs de la paix. Yous avez pu remarquer quelque chose d'analogue dans les monnaies qui représentent l'image auguste des deux empereurs, ces frères couronnés. L'artiste a représente la concorde sous les traits d'une femme étendant les deux mains sur leur tête, gracieux symbole qui exprime l'union de sentiments et de volonté entre deux frères séparés par la distance. C'est ainsi quu la paix du Seigneur est venue s'interposer entre deux évoques, et, joigriant les mains sur nos têtes, a réuni notre esprit en une même aiïection. Nous pouvons donc redire le mot du prophète Zacharie : « Un conseil de paix s'établira entre l'un et l'autre -. » Hier notre père commun *, dans son discours évangélique, a donné la préface de la paix ; aujourd'hui j'en expose la doctrine. Hier il nous a tendu les bras pour nous accueillir avec la parole de paix, aujourd'hui cVst moi qui viens, le cœur dilaté, les mains étendues, porter au Seigneur les offrandes de la paix. La guerre a donc cessé, la n-îieuse paix a triomphé de tous les obstacles. Les démons pkurenî, .a troupe infernale pousse des. lamentations ; la joie ^ £-.i eiel, l'allégresse parmi Iss anges dont l'atmosphère est toute ne paix. Oui, les puissances des cieux admirent le spectacle que n is leur donnons ea ce jour, elles qui vivent à la source de la paix éternelle doni
» Eplies., Il, 1*. — * Zachar., vi, 13. — » Severianus désigne ainsi Ciirj-
Doetoiiie.
quelques gouttes arrivent ici-bas comme la rosée des cieux. Voilfi pourquoi la paix fut souhaitée à la terre sur îe berceau aè Jésur-, pendant que la splendeur de la paix illuminait les sphères célestes. Voilà pourquoi ^es anges disaient aux bergers : « Gloire à Di^ii dans les hauteurs du ciel, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté * ! )) La terre et le ciel se renvoient ainsi matuellement '••?. gage de paiîi. Les anges dans les cieux annoncent la paix à la terre ; les saints sur la terre glorifient le Christ qui est notre paiv et le saluent de leurs mystiques acclamations : Hosanna in excehis ' ! Disons donc nous aussi : •( Gloire dans les hauteurs célestes au Dieu )) qui a humilié le démon et fait triompher son Christ 1 « Gloire dans les hauteurs célestes au Dieu » qai met la discorde en faite et établit le règne de la paix! La discorde, c'est l'œuvre par excelîsnce du dénaon. Vous connaissez en ce genre son artifice et ses rusffs. Satan avait vu la solidité de notre foi, il avait vu cotre fermeté reposant sur la majesté des dogmes et féconde en fruits de salut. Un pareil spectacle enflamma sa jalousie eï ?a ragr : il voulut dans sa fureur briser les liens de notie union fraternel-^, déraciner la charité, détruire la paix. Ah ! puisse cette paix da Seigneur demeurer toujours avec nous en Jésus-Christ Notre-Seigneur, à qui soit la gloire avet: Dieu le Père e» ITsprit-Sctint <ians les siècles des siècles, A men -. »
85. Certes, il faudrait plaindre le mauvais goût de la cour d'Arcadius, si elle put hésiter un seul instant entre les deux orateurs, et surtout si elle donna jamais la préférence aux déclamaiions antithétiques de l'évêque de Gabaîa sur l'éloquence pleine de mouvement, de chaleur et de vie qui s'échappait comme un fleuve majestueux du cœur de GhrysoslomH. Au moment ou cette scène se passait dans la basilique constantinienne, saint Porphyre, évêque de Gaza, était à Byzance. Lui du moins il était digne de cornpreDdro 1© génie et la vertu de l'illustre patriarche. Mnrc, son lidèle biogiaphr e» disciple, nous raconte à ce sujei des pHtlicularités qu'il importe de mettre en lumière, pour faire mieux resssrtir Tauréole
» Luc, II, 14. — « Matth., ixi, 9. — * S. Joan. Cbryioat., Oper,, Serm» Severiani de pace ; Pair, grac, tom. cit., eol. 423-428.
CUAP. III. — CHRYSOSTOMB ET EUDOXIA. A'it
de eainteié qui brillait sur le front de Chrysostome. Malgré la teneur iorraeîîe des édits impériaux promulgués l'année précédente pour la deslrucLîùû des édifices Àdolûtriques, la ville de Gaza et la Phénicie prescaô entière avaient conservé les leurs. i]omme tout était vénal dans l'empire d'Orient, il ne fut pas difficile aux païens d'acheter à prix d'argent la connivence des gouverneurs et des autres fonctionnaires. On ferma les yeux sur la violation flagrante des édits. On alla plus loin dans cette voie, et les adorateurs do Marnas eurent assez de crédit pour faire exclure tous les chrétiens des charges et des dignités municipales. La profession de chrétiea plaçait les fidèles dans une sorte d'ilotisme po itique qui les livrait à la merci de toutes les spoliations et de toutes les vengeances. Saint Porphyre, dans son humilité, se reprochait d'être la première cause de tant de désastres. Il courut à Césarée, se prosterna en pleurant devant le métropolitain son consccrateur, et lui dit: « Je suis indigne de l'épiscopat. Dieu afflige mon troupeau en punition des faiblesses du pasteur. Il m'est impossible de rester plus longtemps témoin de pareilles calamités. Acceptez ma démission ; permettez-moi d'aller dans la retraite achever mes jours et expier mes fautes par la pénitence ! — Le métropolitain de Césarée fit relever le bienheureux évêque, continue le pieux chroniqueur; il le consola, le persuada à force d'instances de rester fidèle à l'église que Jésus-Christ lui avait confiée, et s'offrit de l'accompagner à Byzance pour solliciter près de l'empereur des mesures qui pussenl enfin mettre un terme aux souffrances des chrétientés phéniciennes. En conséquence, le J)ionhoureuY Porphyre m'écrivit de venir le rejoindre immédiatement, car j'étais resté à Gaza. Il m'ordonnait de lui apporter jes trois livres dont il se servait habituellement, et quarante-trois pièces d'or, seule ressource que nous possédions en ce moment. J'accourus aussitôt, et les deux évoques s'embarquèrent avec moi, le vingt-troisième jour du mois de Periti^^'^ (23 février 401). Dix jours après, nous abordâmes heureusement à Rhodes, oïl le navire devait fane relâche. Il y avait alors dans cette île ua solitaire d'une sainteté éminente, nommé Procopius. Il avait le doa de prophétie et ses miracles étaient aussi nombreux qu'avérés
442 POÎÎTniCAT DE SAINT INNOCENT 1 (401-417).
Nous profitâmes de notre séjour à Rhodes pour visiter cet homme de Dieu et jouir de sa conversation vraiment angéîique. Arrivés près de sa retraite, nous frappâmes à la porte, et bien qu'il eût avec l'ji un disciple chargé ordinairement d'ouvrir aux étrangers, il vini lui-même remplir ce devoir. A la vue des deux saints évêques, il se prosterna et baisa leurs pieds. Pais se relevant, i: m'embrassa moi-même ainsi que le diacre Eusebius dont le métropolitain de Césarée s'était fait accompagner. Nous introduisant alors dans son oratoire, il fit passer devant lui les dea:-: évêques en disant : Cet honneur vous est dû car vous êtes les ministres du Seigneur, tandis que je ne suis qu'un humble 8er\âteur qui n'ai pas même reçu l'ordination sacerdotale. — - L'Esprit-Saint avait ainsi révélé au bienheureux Procopius la qualité des hôtes qu'il recevait. En efTet le solitaire n'avait jamais vu auparavant les deux évêques. Nul ne lui avait annoncé leur visite et rien dans leur costume ne pouvait faire connaître leur dignité. L'anachorète leur céda l'honneur de prononcer la prière d'usage. Après l'oraison, il nous fit asseoir. Un entretien spirituel commença alors, et Procopius nous dit beaucoup de choses utiles à Tàme. Après quoi, s'étant enquis du motif de notre voyage, le bienheureux Porphyre lui exposa la triste situation des chrétiens de Gaza, la fureur obstinée des idolâtres et la persécution qu'ils faisaient subir aux fidèles. Voilà pourquoi, ajouta-t-il, nous allons à Constantinople prier l'empereur de venir au secours de cette église désolée. — Après ce récit, Procopius levant les yeux au ciel pria avec ferveur. Seigneur Jésus, dit-il, faites briller sur tant d'âmes encore ensevelies dans les ténèbres démoniaques la lumière de votre foi ! — Puis il dit aux deux évêques : Allez sans crainte, vénérables pères. Dieu connaît la droiture de vos cœurs et la pureté de votre zèle. Il vous guider? ddns ce voyage et comblera tous vos vœux. Aussitôt votre arrivée;' Byzance, adressez-vous tout d'abord au très-saint archevêque Jean. Il unira ses prières aux vôtres et vous communiquera les mûyens que Dieu lui révélera les plus propres à faire réussir votre ontreprise. Il ne lui sera pas possible de se présenter luimême au palais pour appuyer votre requête, car l'impératrice
CnAP. III. — CHRYSOSTOME ET ECDOXIA. 443
Eudoxia est en ce moment irritée contre lui. Mais il vous reeommandera au chambellan Aman^^^ius, pieux chrétien, qui hoziore les évêques. Celui-ci vous introdu u-a près de l'impératrice, jaquelle vous recevra avec bienveillaac î. Dans la première audience qui vous sera accordée, bornez-vou, à exposer l'objet de votre voyage, puis vous prendrez congé d'Ei:.3oxia en lui souhaitant une heureuse santé. Une seconde fois vous serez appelés près d'elle. Vous lui renouvellerez votre demande et vous ajouterez : Si votre majesté daigne exaucer notre prière, nous espérons que le Christ, Fils de Dieu, lui accordera le bonheur de donner le jour à un prince. — Cette parole comblera son cœur de joie, car en ce moment elle entre dans le neuvième mois d'une nouvelle grossesse. Elle vous accordera ainsi, avec la grâce de Dieu, tout ce que vous loi demanderez *. »
86. « Après cette révélation prophétique, continue le biographe, le saint anachorète nous recommanda au Seigneur et nous le quittâmes. De Pthodes à Byzance, notre navigation s'effectua en dix jours. Le lendemain de notre arrivée, nous nous présentâmes chez le très-bienheureux archevêque Jean. Il nous reçut avec grand honneur et déférence, et nous demanda le sujet qui nous avait fait entreprendre un si lointain et si pénible voyage. Aux premières paroles de notre réponse, il se souvint que, trois ans auparavant, le bienheureux Porphyre lui avait écrit à ce suj'ît. C'était moi alors qui avais apporfô la lettre à Gonstantinople. L'archevêque me reconnut et m'embrassa avec tendresse. Puis il nous exhorta à prendre courage et à compter sur la miséricorde et la faveur divines. En ce moment, ajouta-t-il, je ne pourrais vous accompagner personnellement chez l'euiprireur. L'uuguste Eudoxia lui a fait prendre de mauvaises dispositions à mon égard» ^lle est elle-même fort irritée contre moi, parce que je lui ai reproché la spoliation d'un domaine qu'elle s'est approprié injustement et qu'elle ne veut pas rendre. Tel est xc sujet '^e leur colère; mais
* Marc Diac, Viia S. Porphyrii, xxxili-xxxfS ; Pair, grœe.^ ton». LXV^ col. 1227, 1228.
peu m'importe cette disgrâce. Hélas ! c'est à eux qu'ils font tort, non à moi. Quand même ils pourraient m'atteindre dans mon corps, ils ne sauraient que faire du bien à mon âme. Mais remettons cela à !a miséricorde divine. Pour ce qui vous concerne, je manderai demain le chambellan Amantius. Il est attaché au service personnel de l'impératrice ; il jouit de sa confiance, et de plus c'est un vrai serviteur de Dieu. Je ne doute pas qu'il ne s'emploie avec zèle pour le succès de votre affaire. — Nous ayant ainsi parlé, l'archevêque nous recommanda à Dieu, et nous retournâmes à notre hôtellerie. Le lendemain, revenus pour saluer le saint, nous le trouvâmes en conférence avec Amantius. Déjà il lui avait parlé de nous et de l'objet de notre voyage. Le pieux chambellan, à la vue des deux évêques, se prosterna la face contre terre et leur demanda la bénédiction. Mais ceux-ci, le relevant, l'embrassèrent avec tendresse. Le très-saint archevêque Jean pria alors Porphyre de reprendre devant Amantius le récit des persécutions subies par les chrétiens de Gaza. Amantius, en apprenant ces horreurs, ne put retenir ses larmes. Vénérables pères, dit-il, ayez bon courage. Le Christ Notre-Seigneur prendra en main la cause de sa leligion persécutée. Je parlerai de vous à l'auguste impératrice. De votre côté, priez Dieu qu'il attendrisse son cœur. — Après le départ du chambellan nous restâmes longtemps à parler de choses spirituelles avec le très-saint archevêque*. »
87. « Le lendemain deux décurions envoyés par Amantius nous vinrent chercher pour nous conduire au palais. Les deux évêques furent introduits par le chambellan près de la souveraine. En les voyant, elle les salua la première et dit : Pères, bénissez-moi, — Les évêques se prosternèrent, priant Dieu et saluant l'impératrice. Elle était étendue sur un lit de repos en or massif. Pardonnez-moi, dit-elle, véaérables ministres de Jésus-Christ, si je ne me suis point Icvée à votre approche. J'aurais dû aller à la rencontre de votre sainteté jusqu'au vestibule, mais vous savez le motif qui mja
» MarcusDiac, VitaS. Porphyrii, n. xxxvn, xxxviii; Patr.grac, tom. eit.a »L 1228, 1229.
CHAP. III. — CnRVSOSTOME ET ECDOXIA. 445
force à demeurer en repos. Priez donc la Seipieur de (.v'-nir le fruit de mes entrailles. — Les évoques prononcèrent la formule déprécatoue en ces termes : Que la bénédiction donnée jadis à la fécondité de Sara, de Kobeccd et d'Élisaueth repC2% sut vous et sur l'enfant de votre sein! — Puis ils piirii'^reat qoelquft temps de choses spiritueiit^s, t-t tnl.n l'iiU;.H[;itilce leur dit Je sais le sujet qui vous aiiiùiîK à (jo.'isiaiititni[jl>'. Amantiuà m'en a entietf^nue. Veuillez vuub-n':êuies, mes p-r;v.-:. ui'exjm-er au juste l'objet cite vos i-écl;ni;.iliuri>. Le bumccurcux fiirpuyje lui expliqua la situation de l'église de G;iza. i.m ind i! eut lenuiué son récit, l'impératrice leur lit iette réponse : Ayci: courage, vénérables pèies. J'exposerai 1 éiat c*!s choses à l'empeieur, et j'ai la contiance d'obtenir de lui qu'il exauce votre requête. Pour le moment, eongez à vous remettre des fatigues d'un si long voyage, et recoramandez-moi au Seigneur dans vos prières. — Ayant ainsi parlé, elle fit apporter une corbeille pleine de pièces d'or. Elle en prit envirun trois poignées qu'elle remit aux évêques : Acceptez ce présent, leur dit-elle; il vous servira à couvrir les dépenses de votre séjour eu cette ville. — Les deux prélats lui témoignèrent leur reconnaissance et prirent congé. En sortant, ils distribuèrent aux décurions (lu palais la majeure partie de l'or qu'ils venaient de recevoir, (iependant lïrapératrice parla à Arcadius de la requête à^^s. deux évêques, et lui proposa de faire exécuter en Phénicie les décrets lelatifs à la destruction des temples païens. L'empereur n'approuvait point cette mesure. Je sais, répondit-il, que les habitants de Gaza sont des idolâtres obstinés. Mais ils paient fidèlement les impôts. C'est là le point important. Si nous faisons soudain détruire îeurs temples, ils abandonneront peut-être la ville et nous perdrons cette ressource précieuse. On pourrait commencer par retirer aux païens les fonctions et dignités civiles. Plus tard, on ferait fermer les monuments idolâtriques. En procédant ainsi par degrés, ils arriveraient tout naturellement où on veut les ame'is? st embrasgaraieat peu à peu le christianisme. J'ai souvent rema. ué qu'on obtient plus par ce moyen que par une rigueur soudaine et utlcxible. — Amantius, qui avait entendu cette conversation» nous
PONTlViOAT Di: SAINT INNOCENT I (.SOî-417).
an informa. Il ajoutait que l'impératrice n'avait point paru se rendre aux observations d'Arcadius, mais qu'elle s'était bornée à répondre : Quoi que nous tassions, de bon gré ou de force, l'avenir appartient ., :?, '.^ligion du Christ» — Une seconde fois Eudoxia fit mander l£3 deux évêques. J'ai entretenu l'empereur de votre requête, leur dit-elle. Il éprouve une certaine difficulté à y souscrire. Mais je ferai tout ce qui dépendra de moi pour seconder les efforts de votre zèle et travailler à la sainte œuvre que vous avez entreprise. — Le bienheureux Porphyre, ee rappelant alors la recommandation du saint anachorète Procopius, répondit : Si votre celsitude travaille pour le Christ, le Christ travaillera pour elle. Il vous donnera un fils que vous verrez sur le trône et dont le règne fera votre bonheur. -» A ces mots, le visage de l'impératrice devint rayonnant de joie. 0 mes pères, dit-elle, obtenez de Dieu par vos prières la réalisation de ce vœu si cher à mon cœur. Je vous promets de faire ensuite tout ce que vous demandez, et plus encore. Si j'ai un fils, je ferai construire une basilique au centre de la ville de Gaza. — Au sortir du palais, nous allâmes che« le très-saint archevêque Jean lui porter ces bonnes nouvelles. Nous le visitions d'ailleurs tous les jours et nous jouissions avec un ravissement inexprimable de ses entretiens plus suaves et plus purs que le miel *. » Ainsi parle le pieux chroniqueur. Quelques semaines après, Eudoxia mettait au monde un fils qui reçut le nom de Théodose, comme son aïeul. Il fut proclamé empereur le jour même de sa naissance et reçut le baptême solennel dans la basilique constantinienne des douze Apôtres. Au moment où on le retira de la piscine sainte. Porphyre remit au nouveau-né un exemplaire de sa requête. Un chambellan prit le parchemin et en lut à haute voixle* premières lignes. Puis posant la main sur la tête de l'enfant impérial, et l'inclinant doucement il dit : La puissance de Théodose le Jeune octroie toutes les demandes contenues en cette requête! ^^ Le peuple salus par des applaudissements ce premier acte de |-ovauté, et les deux évêques de Césarée et de Gaza quittèrent Constantinople chargés de présents et de bénédictions. > Marcus Diac, n. xzxix-XLiii.
c::a:'. i:: — c:uuvi;vStomk kt euduxia. 447
8S. Leur départ s'effectua durant l'absence de saint Jean Chrysoslorae, lequel était alors à Épbèse. Les joies materaelles d'£udoxia l'avaient disposée favorablement pour saint Vorphyre. Peut-être aussi, en accueillant avec tant de déférsEiec les den:^ f'vcqucs de Césarée et de Gaza, l'impératrice voulait-elle donner i)r;e leçon indirecte à l'illustre p;itiiarche de Constantinople et lui rr.onlrer ce qu'on obtenait do sa puisi=ance quand on savait se ménager ses bennes grâces. Mais Chrysostome était lort au-dessus d* calculs de ce çrenre. Il disait lui-même à saint Porphyre : « Peu m'importe leur ressentiment; c'est à eux qu'ils font tort, non à Eoi : Et mi/ii quidem non est hoc cnrœ qnod irascantv.r ; se ipsos enim Icr^n-unt, non me » Le caractère d'Eudoxia était ua mélange de gouplesse et de tyrannie qu'il faut faire exactement connaître. Voici le tableau qu'en a tracé un historien récent : « Implacable et patiente dans sa vengeance, l'épouse d'Arcadius attendait, eœbus- <Tt;ée dans ses periides attraits, que l'occasion lui livrcLt sa proie. L";rvarice partageait son cœur avec rambition ; on reconnaissait i'él(;vpd'Eutrope.ll n'yavaitpas d'odieuse exaction, de vente infâme nni kii coûtât pour grossir le royal pécule sur lequel elle payait lo dévoueujont de ??s eunuques tît des femme» perdues qui l'entouraidut. Cétait'rt concussior» eu ùiauémc; eiie eût vendu l'empereur; elle vendit réeiîeuient plusieurs lois son nom. Gauloise par le sang, grecque par le caractère, eîie mêlait k ruse à la violence; chacun de ses sourires cachait une trahison. Elle lemplit la c<!ur de délaîeiirs et trafiqua du criuie de lèse-inajesté. Toute t^rre qu'elle oaianait visite;- h:, (orî *'''■<' .^cùtait 'es fruits, appartenait à son domaine ; tout hériloge qu'ollo cor>voitait était dispu'ô aux héritiers légilimr-s ri^rlnit- à la •■rri licite, et d^^vennil, 1p. propriété de la souveraine enrichie tous les jours des larmes e1 du désespoir de ses sujets. Le peuple qiii niifaisnait pas se vengea peut-être sur l'honneur de la femme de la tyrannie de la reine. On accusa ses mœurs qui furent au moins très-légères, et l'on désignait tout haut W. [iiire des enfants qu'elle donnait à l'empereur *. Il est certain
' L- firrsr.i 'o'.r^* jf;i!i ^'.vA r^v?"»! --^ ;).,;ais Mprès la mûft de uames-
qu'elle estimait peu son mari et qu'elle n'avait pas l'habîiiicîe de sa contraindre "^aucoup dans ses passions. On a dit à tort Qu'elle était ariesoe. Une piété princière couvrait tant hier) que mai de ses fastueuses apparences les bassesses et les crimes de cette vie. Une femme de cette espèce devait haïr Chrysostome, l'incorruptible ennemi des vices qu'elle adorait. Cette haine instinctive s'était accrue, à la chute d'Eutrope, par la noble fermeté du pontife à défendre les droits de l'Église ft la tête d'un malheureux; elle s'était envenimée plus tard parles sei-vices mêmes qu'on avaitimplorés de lui et qu'il avait loyalement rendes, alors que Gaïnas menaçait la ville et l'empire. D'autree circonstances où le courag« calme du prêtre s'était rencontré face à face avec îa poltronnerie de 1& cour ou s'était dressé comme une barrière devant ses usurpations, revenaient sans cesse à l'esprit de l'altière princesse avec une amertume que ses adulateurs avaient soin d'aggraver par de perfides rapports. On lui représeOii»it Jean comme un ennemi personnel qui saisissait toutes les occasions de la tourner en ridicule auprès du peuple. Les courtisatis faisaient leur métier en calomniant la vertu, en trompant leurs maîtres; Tévêque poursuivait ca noble mission en censurant les vices. C'était un malheur sans doute qu'Eudoxia personnifiât aux yeux de ses sujets l'avarice ei l'orgueil, et qu'on ne pût tonner contre certains désordres sans que la malignité publique ne montrât du doigt l'impératrice abhorrée. Mais parce que l'iniquité régnait auda-cleusement à la oocr, la chaire devait-elle être muette? Suffit-il au crime de mettre sur ses traits hideux un masque de pourpre, pour imposer silence à la vérité et commander, au lieu du mépris, le lespect? Parce qu'il étale avec plus d'orgueil ses scandales et ses orgies, pai'ce qu'il verse de plus haut ses iuaestcs poisons, le peuple doit-il rester sans ensei2:nements, et faut-il que les j^'.n-diens naturels de la loi divine refoulent au fond de leur âme leur juste indignation, de peur de blesser, memt r^iiT un faible cri de douleur, des oreilles enivrées de D-iensonges et de flatterie? Faut-il que le Christ désarmé, devenu couitisan, laisse tomber le fouet vengeur, et, au lieu d'anatuêmes «t de vœ, n'ait plus que des hommages et des complaisances? Dàni
ClAP. III. — CHUYSOSTOME ET EUDOXÎA.
ses sorties les plus véhémentes, Chrysostome fut toujours ce qu'A devait ê'.rp, l'intorprète de l'Évangile, l'horarae de Dieu, le pasteur lévoiuj des tî]-;inds et des petits. vScs pensées, ses sentiEients, ser oîèref- ardei'.tes n^itis toujours suirjtes, tous ses actes comme tous çs discoLirs cta^-nL dominés par quelque chose de supérieur qui enipîiss.-iil son c(ïvjr et sa vie. : la c'iarlé. Et lorsque Zosime 1«
présente cotanio une espèce de dénKucogue occupé à soulevai
pfuîùe, il ne s'inspire quo de r-a haine de païea contre le pontife Christ. Son assertion est une pure catomni-c; -. ^
S9. Les disgrâces des riches patriciens suivies de la confiscation îe leur fortune, les testaments forces au profit du trésor impérial, >u plutôt du pécule particulier de iïmpératriee, redevinrent à 'ordre du jour, comme au temps de Constaiice et de Valens. « II taii rare, dit Zosime, qu'un père de famille pût léguer ses biens
aes héritiers naturels. Eudoxi^i, ses eunuques, ses fc^vorites se les aisaient adjuger. Sous un tel régime, les honnêtes gens s'enluyaient de vivre et souhaitaient de mourir ^. n Parallèlement à es concussions tyranniqucs, l'impératrice avait des accès de gélérositéo C'est ainsi (ju'ella distribuait des poignées d'or aux îvêqaes phéniciens et qu'ello, construisait à Gaza une somptueuse iglise ; car elle tint Ici promesse faite à saint Porphyre avant la aissance du jeune Théodose. Le la même main qui dépouillait les rphelins et les veuves, elle bâtissait indifféremment des temples, u enrichissait des favoris. Tout était caprice, vanité et tyrannie Lans cette parvenue de la fortune. Voici comment un successeur .'Eudoxia sur le trône de Byzance appréciait le gouvernement de ette femme. « Il me faut, dit l'empereur Léon le Sage, parler 'un acte fameux de spoliation exercé contre une malheureuse euve sans défense. Parmi les dignitaires de la cour c'Arcadius, se rouvait un pieux et fidèle catholique, nommé ThcOgnoste. See ualités personnelles l'avaient rendu cher à l'empereur qui i'ddt îettait dans son intimité. Un courtisan arien, Du..:raé calug, oussé par un sentiment de jalousie diabolique, intenta uns acoiA»
'• U. Martin 4'Agde. llist. de S. Jean Chrysost., pag. 383, 38't.