‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 54 sur 77 · II. MORT DE SAINT ÉPIPHANX · texte numérisé non relu

II. MORT DE SAINT ÉPIPHANX

iO. Théophile d'Alexandrie et saint Jérôme. — 21. Théophile d'Alexandrie

et saint Épiphane. — 2î. Conciles de Chypre et d'Alexandrie contre l'origénisme. — ï3. Succès des intrigues de Théophile. — 24. Voyage de saint Epiphane à Constantinople. — 25. La synaxe à la basilique des Douze-Apôtres. -26. Saint Épiphaue et l'enfaat impérial. — 27. Visite deg Grands-Frères à saint Épiphane. — 28. Embarquement et mort de saint Épiphane.

29* Attitude des évêques réunis à Constantinople. — 80. Lei quarante ^vSques fidèles. — 31. Attitude impassible de saint Jean Chrysostome. «— 32. L'homélie In divite. — 33. Porphyre, patriarche d'Antioche. — 3t. La faction de Théophile. — 35. Ouverture des sessions au monastère du Chêne. — 36. Mémoire de Théophile contre saint Jean Chrysostome.— 37. Suite du mémoire de Théophile. — 38. Fin du mémoire de Théophile. — 39. Insuccès du premier mémoire de Théophile. — 40. Second mémoire d'Isaac et de Théophile contre saint Jean Chrysostome. — 41. Habileté perfide du second mémoire. — 42. Le conciliabule du Chêne et le tri' dinium de saint Jean Chrysostome. — 43. Première citation de saint Jean Chrysostome. Réponse des évêques ses adhérents. — 44. Réponse personnelle de saint Jean Chrysostome. — 45. Le notaire impérial et les deux clercs de Constantinople. — 46. Récit parallèle de Théodore de Trimithunte. — 47. Une dissidence entre la version de Théodore fle Trimithunte et celle de Palladius. — 48. Aquilinus et Théophile. — 49. Aquilinus et saint Jean Chrysostome. — 50. Déposition de Chrysostom* par le conciliabule du Chêne.

fi IV. PREMIER EïIL DE CHRYSOSTOME.

H. Appréciation des forfaits commis parle conciliabule da Chêne. --E2. Diteours d'adieu prononcé par Chrysostome. — 53. Chrysostome se livre # •et bourreaux et part pour l'exii.

E. EjCs Gi£»aîî{î.s-IL'''ii*ôi'cf:;.

1. L'étincelle qui devait liiire éclater en une exDlosion foniiî- <fable les haines efc les vengeances contre saint Joan Ciiryiostotne partit d'Alexandrie. Le iialriarclie Théophile dou*- '•: r;;..,r,tôre irî-.|oiet, arabilieux et tyrannique s'est déjà lévélé à nous p^i l'histoire de ses démêlés avec saint Jérôme, -"enitit; de se lompromettre gravement dans une lutte, nouvelle avec les monastères de Nitrie. Cet épisode lucal qui eut un j'etentissement si funeste dans riiistoire n'était jusqu'à ces dernières années qi^e fort obscurt^ment connu. Palladius, Socrate, Sozomène, Théodorei, vivant à Byzance ou à Antioche fort loin du théâtre des événements, ne nous en avaient laissé qu'un récit incomplet, vague, dont la liaisoa avec le grand drame de Gonstantinople et l'influence décisive sur sun tragique dénouement n'apparaissaient que d'une manière confuse, presque invraisemblable. Le tout se bornait à nous apprendre que les quatre principaux chefs dos monastères de Nitrie, Diosr.ir^, Amnioniua, Eusèbe et Euthyme, vieillards vénérables, frères <»,''nn la nature et la grâce, tous quatre d'une taille majestueuse am leur avait valu le surnom de Longi- Ficaires (Grands-Frères), nprès avoir été chassés de leur solitude par le patriarche d'AIexanàrie, s'étaient réfugiés à Gonstantinople où ils avaient invoqué la jirotection de saint Jean Ghrysostome. Celui-ci avait accueilli leurs plaintes, consolé leur infortune par la plus généreuse hospitalité, ?t invité Théophile à venir en personne à Byzance se justifier des ici-nsaiions portées contre lui. Théophile avait accepté rinvitation. Il était venu à Gonstantinople en accusé. Mais bientôt, appuyé du crédit d« l'impératrice dont il servait les instincts de vengeance, il avait înteiTerti les rôles. Devenu à son tour accusateur, juge et bourreau, il avait lancé une sentence d'interdit et os déposition eontre Chrysostorae. Telle était jusqu'ici la donnée sur laquelle les bistont!J!s avaient à travailler. Le plus récent d'entre eux, M. Martin (d'Agde), dont l'œuvre est d'ailleurs si consciencieuse à la fois et '^i re.'narquable, n'a malheureusement pas soupçonné qu'il y «ût autre chose. M. A. Thierry, nous n'avons pas besoin de 1©

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dire, ne 8'en est pas douté non plus ; en sorte que, bienveillante ou hostile, la critique des historiens flottait toujours dans lïnconna. au mil/ su de difficultés insolubles et de problèmes inextri- kj cables. Au poi ût de vue canonique, il était impossible d'admettre || jue le patriarche d'Alexandrie, le titulaire le plus élevé de tout l'univers catholique après le pontife romain, eût pu être cité canoliquement au tribunal du métropolitcla de Constantinople, lequel, jelon l'ordre établi par le concile de Nicée, ne venait qu'au cinquième rang dans la hiérarchie ecclésiastique. On croyait, il est vrai, atténuer cette difficulté, les uns en affirmant que, dans soa ambition d'omnipotence, Chrysostorae avait une fois de plus enfreint toutes les règles canoniques à l'égard de Théophile d'Alexandrie, les autres en soutenant que Chrysostome, par un sentiment de charité tout apostolique, s'était mêlé à ce différend pour concilier les deux partis, éviter de plus grands scandales et rétablir la paix. De part et d'autre on en était donc réduit aune appréciation arbitraire qui ne s'appuyait au fond que sur les mêmes récita diversement interprétés, et laissait subsister toutes les difficultés principales. En effet, Chrysostome n'avait aucune espèce de juridiction canonique à exercer sur le patriarche d'Alexandrie, son supérieur hiérarchique. Citation régulière ou simple admonition fraternelle, ces deux procédés étaient absolument nuls visà-vis de Théophile. Une des règles les plus connues et les mieux observées à cette époque statuait qu'une accusation contre un évêque devait être jugée en première instance par le concile de la province, et en appel par le pape au jugement duquel étaient de droit réservées toutes les causes majeures. Nous avons jprécédemment cité cette disposition canonique. Théophile la conaiaissait aussi bien que Chrysostome. En supposant que Chrysos-' lomo, par un zèle mal entendu ou par un abus de pouvoir indigne de son éminente sainteté, se fût permis une démarche contraire au droit ecclésiastique, Théophile n'était pas homme à s'y prêter le moins du monde. Il eût au contraire protesté contre l'immixtioa intempestive du métropolitain de Constantinople, et jamais il n'eût quitté Alexandrie pour venir se fcdre juger à Byzance.

2. Telle était la difficulté qui préoccupait tous les esprits sérieux, â. propos de cet épisode^ des Grands-Frères demeuré pour Baronius aussi bien que pour les Bollandistes un point d'interrogation suspendu au milieu de la période la plus intéressante et la plus décisive de l'histoire de saint Jean Ghrysostome. Cette lacune hagiographique, comme tant d'autres du même genre, déconcertait la science impartiale; mais elle servait admirablement les adversaires de la suprématie romaine en laissant croire qu'au V* siècle la prééminence doctrinale, ariministratîve, gouvernementale ou disciplinaire du saint siège n'existait pas, en Orient du moins, et que les rênes du pouvoir ecclésiastique flottaient au hasard tantôt entre les mains des illustres génies qui se trouvaient alors investis duu titre épiscopal, tantôt entre les mains des titulaires de quelque grand siège tirant son importance exclusivement du fait de la résidence impériale. Combien de fois, méditant nousmême sur cet épisode dit des « Grands-Frères, » nous avons lu et relu les pages de Socrate et de Sozomène, de Palladius et de Théodoret, sans y trouver la lumière que nous cherchions! Il était réservé au cardinal Mai de nous apporter enfin la solution du problème. Le savant cardinal eut le bonheur de retrouver dans la bibliothèque du Vatican, sous le numéro 866, un manuscrit renfermant le texte grec d'un ouvrage de Théodore évêque de Trimithunte en Chypre, intitulé : hepi Tor Bior kai ths ehopias kaï

TÛN eAI^i^'EÛN IQAISNOr TOr MAKAPIQTATOr TOT XPrSOSTOMOÏ , De vita et exsilio et afflictiombus Joannis beatissimi Chrysostomi, Théodore, l'évêque de Trimithunte dont il est question ici, vivait uc siècle et demi après saint Ghrysostome. Il avait recueilli toutes les pièces officielles relatives à la persécution et à l'exil du grand docur. Malheureusement son ouvrage, comme celui de Théodoret qui se retrouvera peut-être un jour, demeura complètement inconnu jusqu'à ce que le jardinai Mai l'eût inséré au tome VI* * de son immo?-

* Mal, Bibtiotheca nova Patrum, tom. %l, pag. 263. — M. l'abbé Migne, dout BOUS ne saurior.s trop louer les travaux et le zèle, a reproduit le tezte grec de Théodore de Trimithuute et la version latiae qu'en a donnée le çarduai Waï, Patr. grœc, tom. XLVII, col. 56-87.

4fi0 PONTIFICAT DE SAINT INNOCENT I (401-4)7;.

telle collection des Pères inédits. Nous allons donc pour la pr emiè}*.3 lois traduire en fi.dnçaia ce document d'un prix inestimable et laïre connaître la vérité "sur l'incident fameux des Grands-Frères, 3. « Il y avait à Alexandrie, dit Théodore de Trimithunte, une chrétienne fervente nommée ïhéodotis, sœur du préfet de la ville. Cette pieuse femme remit au prêtre Isidore, aôrainistrateur du xenodochium (grand hôpital), une somme de mille pièces d'or', à la condition expresse que cette offrande vraiment royale serait exclusivement consacrée à secourir les pauvres de 1* cité. Isidore était pieux et discret. Il avait reçu jadis l'ordination sacerdotale des mains du grand Athanase. Sa vie était exemplaire. Le patriarche Théophile faisait alors des constructions superbes dans les dépendances de sa basilique et avait besoin d'argent. Il manda le prêtre Isidore et le somma de lui dire la vérité au sujet du bruit répandu dans la ville à l'occasion des récentes largesses de Théodotis-. Elie m'a en effet remis cetto somme énorme, répondit Isidore : mais elle aa'ix fait jurer de n'en pas distraire une obole, et de l'employer touto entière à secourir les indigents. —Et comme le patriarche voulait tout savoir, il insista pour connaître les termes erprés dont Ja (:,;onatrice s'était servie. Elle m'a dit, ajouta Isiaore, qu'il valait mieux secourir les pauvres que d'élever, comme vous le faites, d« somptueux édifices. — Cette réponse et le refus opposé par le courageux prêtre à la criminelle condescendance qu'on lui demandait exaspérèrent le patriarche. La perte d'Isidore fut résolue, Théophile imagina d'intenter contre lui une accusation infâme. II la rédigea lui-même et la fit écrire par une main étrangère. Puis mandant de nouveau le pieux abbé: Isidore, loi dit-il, voici ut mémoire qui m'a jadis été remis contre vous. Je l'avais complètement perdu de vue. L'autre jour, en cherchant d'autres pièces, je l'ai retrouvé. Prenez-en connaissance. — Seigneur pape, répondit rbomme de Dieu après avoir parcouru des yeux le libelle diffama •

» Environ cent mille francs de notre monnaie.

* 'EYpa>Ve^ ^o'"* "^^ à^^^ 'Itriôwpoy co&ojiixriv xoTriifOp(«v. (Theodor. Trimiaiunti. De vita et exsilio S. Joann. Chrysosi., § V, Pair, gnvc, tom. X.F.VU, .40.(6.)

toire, vous aviez oublié cette accusation. Mais vous rappelez-vons du moins le noxa de l'accusateur? — Oui, répondit Théophile, Je îe connais parfaitement et nous le trouverons au besoin. — Or, le patriarcli'» s'était prémuni de ce côLé. Il avait mis sa sœur dans ie secret de cette fourbeiùe et l'avait chargée de lui procurer un faux .témoin. L'iiabile confidente s'adressa à une pauvre veuve; elle lui remit une somme considérable à condition que la veuve subornerait son fils, jeune adolescent, qui viendrait soutenir l'accusation calomnieuse. Mais cette veuve était une honnête femme et une pieuse chrétienne. Elle avertit immédiatement Isidore et lui montra l'argent ainsi que les autres offrandes au prix desquelles on avait voulu achetersa conscience. Théophile, ignorant cette circonstance, poursuivit lo procès canonique. Mais, en séance solennelle, Isidore produisit pour sa justification le témoignage même qu'on avait cru préparer contre lui. Le patriarche dans sa fureur interrompit la discussion, et fit flageller le vertueux prêtre. Baigné dans son sang, Isidore fut jeté devant la porte de l'église. On le croyait mort, mais il revint à lui, et, quittant Alexandrie, se réfugia dans les montagnes de Scété. Elles avaient été le premier théâtre des vertus de son adolescence, elles devenaient l'asile de sa vieillesse outragée *. » 4, « Après une pareille scène de violence, les dix évêques qui avaient assisté au jugement d'Isidore rompirent tout lieu de communion avec le patriarche. C'étaient Jean de Termuthis, Zosirae de Sethros, Alexandre d'Oxyrinque, Chérômon de Péluse, Nonnos d'Athriba, Dulcetes de Paralis, Serapion de Panis, et les trois pré-' lats lybiens : Clément de Marmarique, Lucien de Parœto et Menas de Darna. Yingt membres du clergé d'Alexandrie, prêtres et diacres, se joignirent à eux. Réunis en synode, ils dressèrent un procès-verbal des faits et une accusation j5.-ridiqrie itontre le patriarche. Le tout fut envoyé par eux à Innocent, pape de Rome, afin qu'il pût formuler un jugement eu vertu de son autorité universelle : 'ETii\i.'\rJM aOTriv *•.; 'Pa)p.T)v Ivvoxsvtt'^ tw TcaTiâ, ïv' aOrr^v iipiÇ-o y.KOoX'icwç

• ibeodor. Trimithunt., De vita, ex^ilio et afflictionibus S. Joaftn. ChrysoH,, ■> V ; l'atr. grcec, toin. LXVSI, col. 57.

462 PONTIFICAT DE SAlî^f INNOCENT I (401-417).

Cepc-ridant Isidore vivait en paix dans les montagnes de INitrtr, laiss«ii>. h. Dieu qui voit tout l8 soin de sa propre défense. Le patriarche, au contraire, informé de la dénonciatio.! canonique faite contre lui, était rongé dinquiétude et ne savait quel parti prendre Or, le pape Innocent, après avoir pris connaissance du niérooire synodal, écrivit au patriarche d'Alexandrie une lettre conçue en jes tenues : « Innocent, évoque de Rome, à son frère Théophile. On articule contre vous des accusations de la nature la plus grave. Si les faits sont tels qu'on les expose, je les condamns formellement et je déclare que vous avez agi eu tyran non en ^^asieur. Vsnillez donc désormais conformer votre condui-le aux règles des saints canons, et réparez les fautes que vous pouvez avoir commises. Autrement je serais forcé de convoquer le synode romain et de prononcer un l'ugcment contre vous. — Le patriarche répondit à îa lettre pontificale par la suivante; Théophile, évêque du siège fondé par saint Marc, à Innocent, pape de Rome. Je ne cesi^erai jamais de lutter contre les ennemis de l'Église. Si vous accueillez les calomnies que mes adversaires vous adressent contre moi, vous compromettrez votre autorité sans aucun profit pour la justice. Moi aussi je présidée un siège épiscopal que la majesté évangélique environne. Je compte par centaines les évêques qui relèvent de moi. Je les réunirai pour me défendre et protester contre l'iniquité de vos censures. Adieu et changez de sentiments. Sinon, adieu encore, mais attendez-vous à d'amers regrets *. »

o. u Cet insolent message parvint à sa destination. Le pape Innocent convoqua en synode tous les évêques d'Italie. On prit connaissance des faits et des nouvelles instructions que dans l'intervalle l'épiscopat égyptien avait fait parvenir à Rome. Après quoi, le pape prononça contre Théophile une sentence solennelle de suspense qui fut souscrite par tous les pères du concile. Un exemnlaire du décret fut expédié à Jean Chrysostome, archevêque dû Constantinople, afin qu'il le transmît à l'empereur ArcadiiiS. Voici la teneur de cet acte synodal : Les évêques d"Italie réunis

> Theodor. Trimithunt., De vita, exsilio et afflictionibus S. Joann. Chrysost., ©•• VI, vu.

en concile bous la présidence du grand pontife assis suf 1$ :hairo de Pierre apôtre, à l'empereur Arcadius, à Jean archevêque de Constantinople et à tousses sutïragaats. — II ne serait pas jUSte que sous un piiiice chrétien la persécution des Pharaons contre Moïse pût se renouveler, de sorte que le peuple de Dieu revînt au régime ces briques cuites et des lourds fardeaux que lui imposait l'Egypte, ('/est Gueloue chose de semblable que le patriarche d'Alexandrie, ThéophiV, vient de perpétrer au mépris de toutes les lois civiles et religieuses. 11 a rougi ses mains du sang innocent; il a désho- :>oré la chaire évangt^lique sur laquelle il était assis. Réunis en joncile nous avons scrupuleusement examiné l'affaire et pris connaissance des pièces contradictoires qui nous ont été fournies par les cvêques de Lybie et d'Egypte, lesquels déplorent avec nous les forf;iits commis par le patriarche et s'accordent à flétrir la cruelle tvrunnie dont le vénérable prêtre et abbé Isidore vimt d'être victime. Les clercs de l'Église d'Alexandrie protestent contre les violences de tout genre dont le patriarche s'est rendu coupable vis-àvii de te pieux serviteur de Jésus-Christ. En conséquence, péir ruutorité de Pierre, coryphée de l'Église, et d'un consentement unanime, nous avons solennellement prononcé une sentence d'inle:dit contre Théophile et nous le déclarons suspendn de ses fooctioiH épiscopales. C'est à vous qu'il appartient de promulguer ca rt^î-oj. Veuillez dom; ip iaiie publier régulièrement. Invitez le* -ùénonclateurs da p.;!,; iarche à produire leurs accusations dans ua «soncile régulièrement assemblé, où le patriarche comparaîtra lui- «aêrne. lîn attendant, il convient de oe plus recevoir à la cour l'apocnsiaire (1) de Théophile. Car il n'est malheureusement pas douteux qu'après un jugement régulier tous les attentats du patriarche d'Alexandrie ue soient prouvés jusqu'à l'évidence (:2). »

(1) Sorte d'ambassadeur ecclésiastique que les évèqiies des principaux sièges d'Orient entretenaient àJMirs fraisdans les résidences impériales. Socrat3,Sozomèae.Pallr.dius etTliéoloret, s'accordcat ici avec le nouveau chroniqii'ur, ri affirment que Ttiéopliile dépensait des sommes énormes pour se îc'ne représenter ainsi à la cour, et capter en sa faveur le crédit des personnages influents.

(2) Theodor. Trimilhunt., lo<-. cit., n» xiu.

485 POKTIFÎCAT DE SAISI T2f?C0CENT î (iGÎ-4î7}.

6. « ASPJrtdjuf, ©près avoir reçu cette lettre authentique ' dâ papRlnnoceîît, tpp;çla sur-le-champ l'apocrisiaire d'Alexandrie, lui fcn remit un exemplaire^, lai s'^ifia que ses pouvoirs expiraient à l'instant même et lui enjoigait de partir aussitôt pour l'Egypte afin d'en informer Théophile. De son côté, Chrysostome communiqua le resci'it pontifical aux évêques de sa province, lesquels y souscrivirent tous. Cependant l'apocrisiaire de retour en Egypte transmit le message au patriarche. L'embarras de ce dernier tut grand. D'une part, il n'osait résister ouvertement à l'empereur; de l'autre, il ne voulait à aucun prix laisser éoruiter l'affaire à Alexandrie. Son parti fut bientôt pris. L'apocrisiaire fut arrêté sur l'heure efc jeté en prison. En même temps, Théophile envoya demander au préteur impérial une escouade de soldats. J'en ai besoin, disait-il, pour porter secours aux monastère» de Nitn'e contre ace bande d» brigands qui ravagent la contrée. — Le préteur, d'jpe de ce :3îensonge, mit un» escorte de cinq cents hommes à la disp-«*>îtion da patriarche. Oeiui-ci partit avec eux, la nuit suivante, Lc>; brigands ru'il voulait pourcbasper n'étaient autres que les solitaires eux* nêmes, coupables d'avoir donné asile au prûfre Isidore. II lui Importait de faire disparaître tous ceux qui pourraient témoigner juridiquement contre ses crimes passes. Le patriarche, à la tête de ses soldats armés d'épc*^.-» et de bâ'oris, se rua sur les cellules des sept abbés Hicrax, Oioscore, Ammonius, les deux Isaa:, Inisthore et Titoïs. On les lui avait dénoncés comme ayant reçu chez tux le proscrit. Une perquisition minutieuse n'amena aucune découverte. Les moines avaient descendu Isidore dans une citerne desséchée. Le patriarche fit alors amonceler des sarments autour des cellules ; on y mit le feu, et tout ce qu'elles contenaient fut brûlé. Après cette barbare expédilion, Théophile revint à Alexandrie *. »

7. « Les moines ees victimes y arrivèrent en même temps que l'ii. Couverts d'une tunique de toile, seul vêtement qui leur restât, ils pai'couraient les rues en pleurant, et racontaietît l'horrible trai-

» Par -ie mol unUieidique, le cLronîqueur enteud une épître aatographa, « ràe )dor. Trimithunt., loc. cit., u» ix.

CHAP. lY. — LES gra:<ds-frères. 465

lement qu'ils venaient de .subir. Leur sainteté étaiè ©ennue; la ville tout entière se souleva au récit de leurs infortunes, et le peuple indigné courut mettre le feu au palais du patriarche. Une ;ouîe immense était assemblée. Le pillage commençait. Déjà les combles de l'édifice étaient envahis par les démolisseurs et les incendiaires, lorsque le préteur Nicolaiis, effrayé de cette émeute, parut devant la populace et essaya de parlementer. On ne lui répondit que par les acclamations mille fois répétées de : Mort à Théophile ! — Ce cri se reproduisait chaque fois que le préteur voulait ouvrir la bouche. Nicolaiis songeait déjà à leur livrer le patriarche, mais celui-ci s'était blotti dans une piscine souterraine où il resta jusqu'à la nuit close. Le préteur, ne sachant trop quel moyen employer pour cahner l'effervescence populaire, imagina de faire apporter des vêtements somptueux. Il eu décora les moines qu'il fit monter sur son propre char, et, lui-même, à pied, tenant la bride des chevaux, les conduisit au prœtorium. La foule l'y suivit. Nicolaiis monta sur son tribunal et commença une harangue, dans l'espoir que cette fois il serait mieux écouté. Mais ses efforts furent en pure perte. La multitude qui encombrait le prétoire poussait des vociférations tumultueuses, jetant ses vêtements en l'air et criant que le préteur était complice des violences de Théophile. Aussitôt que Nicolaiis eut compris le sens de cette accusation, il trouva moyen de se faire écouter. Non, dit-il, l'escorte de cinq cents hommes que j'avais donnée à Théophile n'avait d'autres instructions que de poursuivre les brigands qui avaient envahi, disait-on, dans les monastères de Nitrie. Tel a été le prétexte dont le patriarche s'est servi près de moi. Je le jure par le nom sacré des empereurs! Et maintenant pour mieux vous prouver que j'étais de bonne foi dans tout ceci et que j'ai été indignement trompé, voulez-YOtis qu.a je vous aide à chasser le patriarche? J'y souscris. Je vais eavcçi^er au désert chercher le vénérable Isidore. Vous l'élirez, si vous le voulez, à la place de Théophile et je vous appuierai de tout mon pouvoir pour le faire monter sur le trône pontifical. — Ces dernières paroles furent accueillies par un tonnerre d'applaudissements. Des tribun» militaires et des soldats furent immédiatement envoyés à Nitrie, zi. 30

3vec ordre de ramener le prôtre Isidore. La colère du peuple était apaisée. Durant la nuit, Théophile déguisé en meodian'.: sortit d'Alexandrie eî alla se réfugier dans un des monastères voisins de la viilc. Cependant Nicolaûs n'épargnait rien pourcaîmerlesespii^s 11 combla de présents les religieux qu'il avait amenés au tribunal :- ;jf son char, il les fit escorter jusqu'à la maison oî: ils avaient reçu l'hospitalité, leur donna une garde d'honneur qui devait veiller nuit et jour à la sûreté de leurs personnes, et ,fn prenant congé d'eux leur recommanda de faire connaître à ioute la poDulation la bienveillance dont il était animé à leur égard *. »

8. « Cependant la nouvelle de l'émeute d'Alexandrie s'était promptement répandue dans toute l'Egypte. Elle arriva jusqu'aux monastères de Scété. Isidore, ea apprenant qu'on le cherchait pour le faire évêque, quitta la cellule où il s'était réfugié. Il revêtit une tunique de lin qu'un des chefs des villages voisins lai prêta. îl se couvrit le visage d'un capuchon qui ne laissait pas l'oir ^es traits. Puis, une cithare à la main, comme un chanteur ambulant, suivi d'un chien, pour que tout son équipage fût au complet, il descendit la rive du Nil et se dirigea vers la Maxéotide où il espérait trouver un abri sûr. Chemin faisant, il jouait de sa cithare dans les bourgades qu'il traversait, et recueillait les aumônes que les passants voulaient bidn lu; donner. Un jour, le tribun Cantbarodus qu'on avait envoyé à sa recherche le rencontra sans le reconnaître, durant une de ces exhibitions populaires, l'écouta quelques instanis et lui dit : Tu es un brave musicien et ton talent vaut bien quehjue chose. Mais si tu pouvais me dire où est maintenant Tabbé Isidore, je te donnerais plus d'argent d'un seul coup que jamais artiste ambulant n'en reçut en toute sa vie. — Au lieu de répondre à cette interpellation, le faux mendiant se mit à danser avec son chien, en s'accompagnan' ie sb jithare, et le tribun continus Ba route. Les perquisitions faites à Scété et à Nitrie furent tout naturellement inutiles. Cantharodus revint docc annoncor sa déconvenue au préteur d'Alexandrie '. »

• Ilieodor. Trimithunt., loc. cit., n» 10. — * ImcI., n» îL

CUAP. IV. — LES GRANDS-FRÈRES, 46t

9. « Déjà celui-ci s'était réconcilié avec le patriarche. Le tumulte dont Alexandrie avait été le théâtre n'avait pas duré longtemps. Chaque citoyen avait repris son négoce et ses iiabitudes domestique?, Théophile avait profité de l'apaisement général. Il donna au préteur une somme considérable pour acheter son appui. Il distribua parmi le peuple des largesses bien entendues qui lui refirent un parti imposant. Après quoi, il rentra solennellement à Alexandrie. On lui fit une réception triomphale, bien que, dans le fond du cœur, les gens dont il venait de soudoyer les acclamations continuassent à le détester. Son premier acte, après son retour,' fut de bannir les solitaires qui avaient fort involontairement causé tous ces troubles. A leur départ, les hommes de Dieu reçurent de toute la cité d'Alexandrie des secours en argent et en nature. Pourvus ainsi par la charité publique, ils prirent la route de Gonstantinople et s'arrêtèrent à Jérusalem. L'évêquO de cette ville les admit à son audience. Prosternés à ses pieds^, ils lui racontèrent tout ce qui venait de se passer. L'évêque avait peine à croire à la réalité de tant d'horreurs. Il se fit répéter plusieurs fois ce douloureux récit. Les religieux lui donnèrent connaissance de toutes les pièces qui prouvaient la véracité de leurs assertions. Touché jusqu'aux larmes, l'évêque de Jérusalem leur adjoignit pour compagnon de voyage un de ses diacres, nommé Juvénal, afin d'appuyer leurs réclamations près de l'empereur. Ce fut ainsi que ces saints religieux, habitués dans la solitude à lutter contre les démons, parvinrent enfin à. Constantiuople. Eux qui n'avaient jamais, durant une longue vie, mis le pied hors de leurs celules, et qui avaient espéré mourir au désert, se trouvaient soudaia étés au milieu d'une immense capitale, parmi toulef» les intrigues d'une cour somptueuse. Leur première visite fut pour l'archevêque Jean, qui les accueillit avec sa bonté ordinaire, leur fournit tout ce dont ils avaient besoin, et leur fit donner l'hospitalité par l'entremise de la diaconesse Olympias. Cette pieuse veuve passait sa vie dans l'exercice de toutes les vertus ascétiques. Ses immenses richesses ne lui servaient qu'à secourir les pauvres. Sa sainteté était universellement connue et l'avait rendue clière à l'archevêque,'

■463 poNnncAT de saint innocent i (401-417).

Olympias prodigua aux vénérables proscrits les marques les plus| touchantes de sa charité. Cependant, le diacre Juvénal remit àl l'eiïîpereur et à Jean Chrysostome les lettres dont son évêque l'a- Taii t'hargé pour eux. Chrysostome eut à ce sujet une conférence avec Arcadius. Celui-ci parut effrayé des attentats de Théophile.'! Toutefois il ne voulut point intervenir au nom de sa puissance civile; pour les réprimer, et préféra remettre le jugement à un concile '. »i 10. « Voici la lettre qu'il écrivit en cette occasion au pape Inno-| cent. — Arcadius, empereur auguste, victorieux, heureux, à notre ' père le pape de Rome, salut. J'expédie à votre paternité le maître des offices Mulpentius, qui vous remettra ces lettres écrites toul entières de ma main. En présence des faits désastreux qui viennent' de se passer à Alexandrie depuis la sentence de suspension déjà portée contre Théophile, la mesure la plus convenable à prendre me paraît celle d'un concile régulièrement assemblé, où se trouve- Talent réunis les évêques d'Orient et d'Occident, sous la présidence Re votre paternité. Je vous prie donc de vouloir bien convoquer une assemblée de ce genre. J'écris dans ce sens à Honorius, mon frère et collègue impérial, votre fils, afin qu'il concerte avec vous cette démarche et en facilite l'exécution de manière à éviter tous les retards. Il conviendrait de réunir dans cette ville de Constantinople les évêques d'Egypte et de Libye, avec les divers membres du elergé alexandrin qui ont rédigé l'appeî canonique adressé à votre sainteté contre Théophile. On ferait également venir Théodotis dont le nom a été mêlé au début de cette affaire, et dont le témoignage doit être recueilli. Le concile présidé par vos légats prendra connaissance û« tous les griets articulés jusqu'ici par des dépositions verbales contre le patriarche d'Alexandrie, lequel sera admis à présenter ses moyens justificatifs. Si l'enquête étublit la parfaite exactitude des accusations, Théophile sera déposé, et le concile prononcera contre lui les peines canoniques qu'il jugera à propos. Quant à moi, je ferai en ce qui me concerne exécuter la sentence, et le coupable passera le reste

1 Theodor. Trimithunt., loc. cit., n» 12.

CnAP. IV. — LES GRANDS-rRÈRES." 469

[e sa vie à expier le sacrilège abus qu'il a fait du pouvoir eccléiasiiqne. Heureux s'il peut obtenir de la miséricorcîe divine, par me pénitence sincère, le pardon de ses crimes ! Tous daignerez

onc, bienheureux père, adresser en la forme accoutumés à tous es évêques des lettres de convocation, afin qu'ils se rendent J ci en nême temps que vos légats pour procéder à l'examen à.e »et*(! raportante affaire. — La lettre de l'empereur h son frère Ffonoriuf sortait ces mots : Pendant que d'un commun accord noa^cJRvai!ons à la gloire et à la sûreté de l'empire, le pape d'Alexandrie, rhécphile, a suscité des troubles et commis des attentats aussi cruels que scandaleux. Adressez-vous donc, dans votre bienveillance fraternelle, au grand pontife Innoceat de Rome, afio qu'il jonvoque au plus tôt un concile qui te tieudra à Constantiaople, et ù il enverra ses légats *. d

11. « En môme temps, l'emperear écrivait an préteur d'Alexandrie, Nicolaûs, la lettre suivante : Vous n'ignorez pas le« troubles occasionnés jadis en Egypte par l'ambition et la tyrannie des patriarches ariens. L'empire en a souffert dans sa dignité, et les populations elles-mêmes en ont conservé un souvenir désastreux. Il semble que l'on veuille aojourd'hui renouveler ces scandales d'un autre âge. Je m'étonne qu'investi comme vous l'êtes de ma confiance et de .T.on autorité, vous ayiez permis de tels excès. La puissance que vous exercez en Egypte, vous la tenez de nous; taais vous êtes loin d'en faire un bon usage. On vous a payé pouf acheter votre silence, et maintenant vous laissez impunis des crimes qui déshonorent mon règne. Ne persévérez pas davantage dans une pareille voie, autrement vous encourriez notre indignation, et rien ne pourrait vous soustraire à un châtiment légitima- Cette lettre vous sera remise par notre fidèle Bassus. Aussitôt que. TOUS l'aurez reçue, vous ferez immédiatement partir pour Constantinople le patriarche Théophile sans lui accorder ni escorte d'honneur, ni aucune des prérogatives ordinaires. Vous le traiterez en accusé. C'est comme tel qu'il doit comparaître devant le synode

• Tbeodcr. Trimithunt., loc. cit., n« 13.

qui va ss réunir ici pour le juger. Telle est ma volonté formelle. Tous me répondrez de son exécution sur Totre tête. Ayez soin d'envoyer en même temps en cette capitale tous le? accusateurs de Théophile, évêques, clercs et laïques, sans oublier surtout la veuve Théodotis. Le concile entendra leurs dépositions et prononcera impartialement la sentence sous l'inspiration de l'Esprit-Saint. -~ L'empereur fit également adresser à tous les évêques d'Orient des lettres de convocation pour le futur concile, les invitant chacun en particulier à venir y prendre part. On avait joint à ce message un exemplaire des accusations formulées contre le patriarche Théophile *. »

12. « Or, à cette époque, l'impératrice Eudoxia était personnellement fort irritée contre Jean Cbrysostome. La situation da cette princesse vis-à-vis du courageux archevêque rappelait celle d'Hérodiade vis-à-vis du précurseur Jean-Baptiste. L'origine de ia querelle était celle-ci : A l'époque de la vendange, l'impératrice ayant fait une excursion dans la campagne, mit pied à terre swr une vigne contiguë au domaine impérial. Geit^ vigne appartenait à une pauvre veuve. On ne sait si Eudoxia l'avait fait de dessein prémédité ou si ce fut une circonstance fortuite. Quoi qu'il en soit, elle cueillit une grappe de raisin, la mangea, et dit : Je viens de faire acte de propriété sur ce domaine. Déciormais la vigne m"appartient. Si la veuve qui l'a possédée jusqu'ici fait quelque difTiculté pour autoriser cette translation, je m'engage à l'indemniser selon qu'il lui conviendra. — La veuve ne voulut accepter aucune compensation. Elle supplia Chrysostome d'intercéder pour elle et d'obtenir de l'impératrice la restitution de sa vigne. L'archevêque le lui promit. Il vint trouver l'impératrice. Ayez pitié, dit-il, d'une veuve infortunée et rendez-lui la vigne de ses pères. — Eudoxia répondit ; C'est une loi sacrée chez les Romains ^ue partout où l'empereur met le pied et fait même involontairement acte de propriété, le domaine, par droit de Révolution, pasLJ à la couronne. Je ne puis donc absolument pas

ïheodor. Trlmithunt., loc. cit.^ n* 14.

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rendre îette vigne. Mais j'en donnerai une autre à la veuve, si eTle y consent. — Or, comme je l'ai dit, la veuve ne voulait entendre à aucun arrangement de ce genre. Elle redoublait d'insistance près de Chrysostome et finissait par lui devenir fort importune, supposant toujours que l'archevêque ne voulait pas employer en sa faveur le crédit don', il était censé jouir près de l'impératrice. Jean, de son côté, fatiguait Eudoxia de réclamations que celle-ci ne voulait plus écouter. Il avait recours tantôt aux prières, tantôt aux alla-sions voilées sous forme de paraboles, sans réussir jamais à airac'aer des mains de l'impératrice le domaine annexé. Enfin, un jour qu'il se présentait au palais pour renouveler sa demande, Eudoxia lai en fit défendre l'entrée par les gardiens. L'archevêque, de son côté, donna aux o.^fiarii (portiers) de la basilique l'ordre suivant : SI Eudoxia se présente pour venir à l'église, empêchez-la d'entrer et fermez les portes. Si elle insiste, vous répondrez : Tel est l'ordre quÇ D0U3 a donné l'archevêque, — Après cet éclat, l'inimitié de rirQ« pératrice devint une guerre déclarée *. »

13. « Tout l'Orient en fut instruit. Le vénérable évêque d'Antioche - apprit donc la haine violente de l'impératrice Eudoxia contre Jean Chrysostome. Son âge et sa faiblesse ne lui permirent pas de se rendre à Constantinopîs. Mais il se fit représenter par un légat auquel il adjoignit cinq évèq!ies. Malheureusement, parmi les évêques que le saint vieillard iavesti^sxii ainsi de sa confiance, les principaux étaient Acace de Bérée et Diogène d'Apamée, tous deux hostiles à Jean Chrysostome. Le saint vieillard l'ignorait, mais le suffrage canonique d'Antiocbé ne leur en appartint pas moins, et ils en usèrent. L'évêque de Gabala, Severianus, n'agit pas avec moins d'habileté. Il persuada à Gemmulus, métropolitain de Samosate, et à Théodose, archevêque d'Édesse, qu'ils agiraient sagement en imitant l'abstention de leur collègue d'Antioche, et il sa

* Theodor. Trimitbunt., loc. cit., n» lo.

ï Ls patriarche d'Autioche était encore à celte époque Flavien, l'aTCÎ, le protecteur, oa pourrait dire le père de saint Jean Chrysostome. Nons nylons ici cette particularité, parce qu'elle a une importance coDsidérabU dans la question d'authenticité qu'on pourrait soulever à propos de la uor ^ellfl chronique de Théodore de Trimitbnnte.

fit donner leur délégation à lui-même et à Léonas d'Ancyre, autre envieux de Chrysostome. En sorte que ce groupe, hostile aa grand archevêque et disposant du vote des principaux sièges de l'Asie, arriva i* ^G2stantinople, résolu de se mettre complètement au set** vice des vengeances d'Eudoxia. De son côté, le patriarche d'Alexaa drie, Théophile, avait tout mis en œuvre pour acheter la connivence du préteur Nicolaiis. Celui-ci, après la réception de la lettre impériale, avait montré la plus vive irritation contre le prélat. Miife il y avait entre eux un lien très-intime, quoique fort secret. Nicolaiis avait eu antérieurement la faiblesse d'ouvrir sa caisse à Théophile et de lui prêter des sommes considérables appartenant an fisc impérial, La disgrâce du patriarche allait donc du même coup ruiner et déshonorer Nicolaiis. Théophile profita de cette situation. Par l'entremise de Georges, neveu du préfet, des pourparlers eurent lieu. Nicolaiis fut couvert des sommes qu'il Rvait témérairement avancées ; 8on ne^eu reçut pour sa part des présents considérables. A ce prix, le fonctionnaire accorda à Théophile un sursis dont celui-ci avait besoin pour se préparer à soutenir la lutte. Le patriarche gavait que tout était vénal h Constantinople," Alexandrie était alors l'entrepôt commercial des Indes, Théophile acheta une véritable cargaison de meubles précieux, d'étoffes de soie, de parfums, de pierreries, et entassa le tout à bord d'un navire. Il fit ensuite appel aux évêques, prêtres et diacres qui voulurent lui vendre leur conscience et leur suffrage. Il s'en trouva un grand nombre. Le patriarche s'embarqua avec eux et fit voile pour Constantinople '. »

14. « Cependant Eudoxia avait fait garder par Marianus, un de ses chambellans, le port où devaient aborder les légats du pape Innocent, envoyés pour présider le futur concile. Le jour où ils mirent pied à terre, ces légats furent arrêtés. On leur prit les lettres pontificales dont ils étaient chargés et on les emmena de leur personne sQî" les frontières de la Thrace, dans le castelbnn d'Atliyra, OÙ ils furent détenus prisonniers. Cet incident demeura secret, ea

• Tbeodor. Trimithunt., loc. c!t., t» 16.

sorte que tous les évêques réunis à Gonstanlinople attendaieni toujours les légats qui n'arrivaient point. Théophile vint le dernier, sans qu'on eût de leurs nouvelles. L'empereur Arcadius ne voulut point l'admettre à son audience. Il n'en fut pas de même d'Euâoxia. Celle-ci reçut le patriarche, et le mit en rapport avec les évêques hostiles à Jean Chrysostome. Elle se montra libérale envers «ux tous, les comblant de présents, et les invitant chaque jour à sa table. Ce fut alors que Chrysostome, cédant peutêtre à un sentiment trop naturel, aurait prononcé la fameuse parole qui lui fut tant reprochée : « Rassemblez ces prêtres d'ignominie qui mangent à la table de Jézabel ! Jusques à quand boîtez-vous des deux côtés? Si Jôhovah est le seul Dieu, suives Jéhovah. Si au contraire la table de Jézabel est la table de Dieu, allez, mangez et vomissez ! » Que cette parole soit authentique ou non, il est certain que les évêques en remirent une copie à l'empereur Arcadius, lequel s'en montra fort courroucé et reporta sur Théophile l'affection qu'il avait jusque-là conservée pour Chrysostome K V)

15. « Sur ces entrefaites, Jean avait conféré l'ordination sacerdotale à deux moines de Nitrie, Dioscore et Hiérax, réfugiés à Coastantinople. Cette action lui fut plus tard gravement reprochée. On prétendit qu'il ne les avait ordonnés que pour assurer plus de crédit à la déposition qu'ils devaient faire contre Théophile en présence du futur synode. De son côté, Eudoxia combla de caresses et ce prévenances la veuve Théodotis, celle qui avait autrefois remis les cent pièces d'or entre les mains du vénérable Isidore d'Alexandrie. Théodotis se laissa séduire. L'impératrice lui fit épouser le nréfet de Constantinople, Clémentinus, et dès lors le témoignage de cette femme ne fut plus à craindre. Les évêques d'Egypte et de Libye, ainsi que les membres du clergé alexandrin qui s'étaient portés accusateurs de Théophile, furent circonvenus lour à tour et gagnés à force de présents. A mesure qu'ils cddaient â riafiuence de la souveraine, les portes du palais et de la faveur

Trîniîlhunt., loc. cit., n« 11.

474 P3::Ti:'!C.'.'r :••!■' saînt innd;:;:>-t i ('.01-'17}.

impériale s'ouvraient pour eux. Ceux qui résistèrent furent relégués à Thessalonique. Un système ds persécution et de terreur fut organisé publiquement contre les évoques, moinea, cîerc?, prêtres, diacres, vierges et veuves qui demeuraient attachés h Cbrysostome. On ne se cachait pas pour les accabler des plus cruels traitements. Ce fut un spectacle lamentable de voir ces innocentes victimes succomber les unes après les autres. On les flagellait, oa les jetait au fond des cachots, oa les envoyait en exil. Des laïques, de pieuses femmes partaient ainsi pour les p'ages désertes de la Scytbie ou de la Tiiraee, et leurs biens étaient confisqués. Chrysostome, toujours plus intrépide, continuait à braver la colère d'Eudoxia. II ne semblait pas s'apercevoir que Théophile, venu en accusé, allait au concile prendre le rôle d'accusateur. Voici, disait-il, qu'Hérodiade renouvel'o ses lureors. Jézabel veut toujours enlever la vigne de :\abolh î — il j^arlaiî ainsi, et cependant Eudoxia était toute-puissante '. »

16. « Dans l'intervalle le aouvena palriarclie d'Antioche, Porphyre-, était arrivé à Constantinopîe, tlécidé à appuyer de toute son influence la faction qui allait accabler rinno**ent archevêque. Il se présenta avec Acace de Bérée et Severianu;^ de Gabala. à Taudience de l'empereur. Seigneur, lui dit-il, les légats de Rom!? ne paraissent point. Réservons le droit du souverain pontife et commençons l'examen de l'affaire qui nous appelle ici. Baignez nommer les commissaires impériaux que votre majesté désire voir assister a Cûnci'e. l*ln îeur présence, nous entendrons ]e5 moines accusateurs de Tiiéopbile. Cette enquête gagnera beaucoup à être publique, car, au fond, ces moines ne sont que des origénistes acharnée. — Au moment où Porphyre tenait ce langage, l'empereur siégeait aa milieu de toute sa cour sur le tribunal du prétoire. Un mot la frappa dans cette requête, mot qui n'avait point encore été prononcé i37ant lui. C'était celui d'origénistes. Il prit à part les trois évêques et leur dit : Mes pères, je ne comprends pas ce que

» Theodo?. Trimithant., loc. cit. n» 18.

* D.ius l'iubirv.illti, eu eiTal, Fi.ivieo étiil mort, et Porphyre lui nvrjt él« do lué poir succasseur daus dos circouslaaces que Dou« feroDs connaître.

TOUS venez de dire à propos d'Origène. J'ai îu le Ilept 'Apx^v de ce gjrand docteur et j'en suis dans le ravissement. — ■ Les évêquea n'insistèrent pas. Cette première tentative, fruit d'une conspiration savamment ourdie contre Ghrysostome, éclioua. Cependant, l'empereur se montrait fort inquiet du retard des légats de Rcrie. Il ignorait complètement les embûches qui leur avaient été tendues et persistait à les attendre. Enfin ne les voyant point venir, il se décida à donner aux évêques l'autorisation d'ouvrir le concile, et désigna pour commissaires impériaux Hésychius, préfet du prétoire, Maxence et Diodore capitaines des gardes, le questeur Aquilinus et quelques patriciens *. »

17. Telle est la première partie du récit de Théodore de Trimithunte. Quelques-uns des faits qu'il énonce gont complètement nouveaux ea l'état actuel de la science historique. On pourrait donc à première vue se défier de leur authenticité. Mais, outre que ce n'est point ainsi qu'on invente, il y a dans leur contexture un accord tellement parfuit avec les chroniques déjà connues que leur véracité s'affirme d'elle-même. Les sous-entendus, les lacunes de celles-ci sont si merveilleusement éclaircis et comblés par celuilà que le tout forme un ensemble désormais indissoluble. Pai-fois les chroniqueurs déjà connus se sont étendus davantage sur un point particulier que Théodore de Trimithunte n'a fait qu'effleurer. I>lu3 souvent, au contraire, ce dernier complète leurs indications trop concises. Comme ea pareille matière le lecteur a le droit do 3it! pas s'en rapporter à notre témoignage, nous croyons devoir mettre sous ses yeux la narration de Palladius, la plus complète de celles qui étaient à notre disposition avant l'importante découverte faite par le cardinal Mai d'immortelle et à jamais regrettable mémoire. Cette citation ne fera pas double emploi. On y trouvera une quantité de détails omis par Théodore Je Trimithunte, et l'on -demeurera convaincu de l'exactitude et de la véracité du document très-ancien, quoique nouveau pour notre siècl^ dont nous venons de reproduire le texte.

« Theodor. Trimithunt., loc. cit., n» XTX.

18. Voici donc le récit de Palladius. « Parmi les pasteurs mercenaires qui s'étaient constitués les ennemis de ClirysGstome, dit-il, Acace âe Berée tint î© premier rang. Ce prélat avait eu précédeme ment l'occasion de faire un voyage à Constantinople. Il se plaignit que Chrysostome ne lui eût pas offert l'hospitalité dans son palais. On se rappelle que, pour les raisons déjà exposées dans mon récit, l'archevêque n'invitait jamais personne à sa table. Il ne logeai!; donc point chez lui les évêques, ce qui ne l'empêchait pas de mettre à leur disposition des maisons où ils étaient au besoin reçus à ses frais. Quoi qu'il en soit, Acace de Bérée prit pour une insulte personnelle la conduite de Chrysostome à son égard. Il en exprima tout haut son ressentiment, et, en présence de quelques clercs de Constantinople, il alla jusqu'à dire : Votre évêque ne me trouve pas digne de manger à sa table. Je lui servirai un plat de ma façon! — Il se lia étroitement avec Antiochus de Ptolémaïs, Severianus de Gabala, Isaac, le fatur évêqud de Cysique, et ensemble ils conspirèrent la perte de Chrysostome. Dans l'espoir d€ recueillir quelques détails qui pussent leur servir à incrimi:ier son adolt^dcence et la première partie de sa vie, ils dépêchèrent à Antioche un de leurs affîdés pour faire secrètemeni cette enquête. Elle n'aboutit à rien, et le mot du Psalmiste se vérifia : Defecerunt scrutantes scrutiaio *. Ils eurent alors recours au patriarche d'Alexandrie, Théophile, dont l'esprit dlntrigues, de ruse et de méchanceté leur était connu. Tliéophile se trouvait au plus tort de ses démêlés a.vec les monastères de Nitrie. » — Palladius reproduit ici trèsexactement l'épisode de Théodotis et du prêtre Isidore, tel qua nous venons de le lire dans le récit de l'évêque de Trimithunte. Il nous suffira donc de noter les particularités omises par ce dernier, — « Théophile ne tarda pas, ajoute Palladius, à être informé que le vénérable Isidore, ce prêtre octogénaire, échappé tout sanglant aux Xh lins des bourreaux, avait trouvé un asile dans les déserts de Nitric. Sur^^-champ il écrivit aux évêques de ^;ette province d'avoir à expulser immédiatement de leurs solitudes les principaux abbés coupables d'aveu: donné l'hospitalité au proscrit. Cet ordrfl)

«THAP. lY. — LES GRANDS-FRÈRES. 477

tyrannîque fut exécuté. Les religieux ainsi expulsés brutalement Tinrent à Alexandrie, et sa prosternèrent aux pieds de Théophile. Celui-ci, l'œil étincelant, le visage pâle de colère, ge jeta sui AmmoniiiS, le chef de la députation, et d'un coup de poing lui mit la figure en sang. Il continua longtemps à le frapper, ea criant : Hérétique, anathématise Origène ! — Les moines n'en purent obtenir d'autre réponse. Les serviteurs du palais les accablèrent de mauvais traitements. Ils purent enfin sortir de cet antre sauvage, et, couverts de sang, ils reprirent le chemin de leur solitude. La vengeance du patriarche n'était pas encore satisfaite. Il réunit à Alexandrie un synode composé des évêques suburbains, et lança une sentence d'excommunication et d'anathème contre ces religieux. Muni de ce décret synodal, il se présenta au gouverneur d'Alexandrie en le sommant de lui prêter main-forte pour faire exécuter la sentence et chasser d'Egypte les innocents condamnés. Le gouverneur lui délivra l'ordre qu'il sollicitait et lui donna quelques soldats. Théophile partit avec eux. En chemin, il grossit sa troupe d'une multitude de scélérats. Arrivé à Nitrie, il attendit la nuit, fit distribuer à ses hommes du vin en abondance, puis se rua à travers les édifices et les cellules de la montagne sainte. Le premier qui lui tomba sous la main fut l'évêque Dioscore, que des nègres éthiopiens traînèrent par les cheveux et firent sortir de l'église. Le pillage commença. Théophile cherchait Isidore et deux autres religieux contre lesquels il était plus particulièrement irrité. On ne les trouva point. Les frères les avaient cachés au fond d'une citerne dont l'orifice avait été soigneusement recouvert. Dans sa fureur, le patriarche fit rassembler des sarments et brûla \ei cellules. Les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, d'autreï codex de grand prix, furent la proie des flammes. Un témoin ocu» iaire assure qu'un des serviteurs du monastère fut brûlé vif. Apre! cette exécution barbare, Théophile revint à Alexandrie. De leui côté, les religieux qu'il avait inutilement poursuivis prirent If route de Jérusalem. Trois cents moines les accompagnèrer.c dans leur fuite, et sa dispersèrent dans les différentes communautés de la Palestine. Le patriarche écrivit aux évêques de cette province

478 PONTIFICAT DE SALNÏ. Ii^^iOGEST I (401-417),

pour leur défendre de recevoir les proscrits. Vous navîez pas 1» droit disait-il, d'accueillir dans vos cités des rebelles que j'ai chassés canoniquement. Cependant comme vous avez agi de bonne foi, J9 vous pardonne volontiers. Mais ayez soin désormais de ne les admettre ni à la communion ecclésiastique ni à celle des simples laïques. — Les malheureux, traqués ainsi par la haine du patriarche, errèrent longtemps dans les diverses contrées de l'Asie, jusqu'à ce qu'enfin la Providence les amenât à Constantinople. Prosternés aux pieds de Jean Ghrysostome, ils le supplièrent de venir au secours de leur détresse et de leur faire rendre justice. Ils étaient aa nombre de cinquante. L'archevêque, à la vue de leurs cheveux blancs et de leur figure vénérable, au récit de leurs atroces souffrances dont ils ne lui avaient point encore nommé l'auteur, ae sentit ému jusqu'au fond des entrailles. Comme autrefois Josepa en présence de ses frères, il ne put retenir ses larmes. Quel est, dit-îl, le sanglier de la forêt, la bête farouche qui a pu vous traiter si cruellement et ravager ainsi la vigne du Seigneur? — Ceux-ci lai répondirent : Père, daignez vous asseoir sur votre trône et écouter notre requête. Tous seul pouvez cicatriser nos plaie». Celui qui nous a infligé tant de blessures, c'est le pape d'Alexandrie, Théophile. Tous les autres évêques, soit par crainte de sa puissance, soit par indifférence pour nos malheurs, ont refusé de se charger de notre cause. Si vous faites comme eux, il ne nous restera plus qu'un seul parti à prendre, celui de nous adresser directement à l'empereur et de dérouler devant les tribunaux civils une série d'attentats dont la pubhcité serait un déshonneur pour l'Église. Si au contraire vous comprenez la nécessité d'éviter un scandale, vous vous emploierez près du patriarche Théophile afin d'obtenir de lui qu'il revienne sur une sentence injustement prononcée, et qu'il permette à des moines innocents de retourner servir Dieu dans la solitude d'où ils ont été violemment arrachés. ►- Ghrysostome, espérant réussir sans peine dans une pareille négociation, leur promit de s'y employer. Gardez religieusement, dit-il, le secret sur la cause qui vous amène, et attendez en silettce le retour du messager que je vais expédier à Alexandrie. — Chry-

sostome leur fit ensuite donner un logement dans les dépendances de l'Anàistasie. Les frais de leur hospitalité furent fûarnis par de pieuses femmes, sans que Chrysostome intervînt offiereilement. Du reste les religieux eux-mêmes y pourvurent en partie par le travail de leurs mains. Or, il arriva en ce temps des clercs envoyés d'Alexandrie par Théophile pour trafiquer à la cour des magistratures vacantes alors en Egypte, et vendre au plus offrant le crédit du patriarche. Chrysostome voulut savoir d'eux s'ils connaissaient les moines fugitifs. Leur réponse fut assez naïve. Oui, dirent-ils, nous les connaissons. Ils ont été fort maltraités chez nous. Ne les admettez pas à la communion, cela vous brouillerait avec le pape Théophile. Mais, pour tout le reste, soyez bienveillant à leur égard ; ils le méritent, et en agissant de la sorte vous remplirez le devoir d'un pieux et saint évêque. — D'après ce conseil, Jean n'admit point les religieux à la communion ecclésiastique. Cependant il écrivit à Théophile, le priant de se relâcher de sa rigueur et de permettre à ces moines de rentrer à Nitrie. Le patriarche répondit par un refus formel. 11 dépêcha en même temps à la cour de Constantinople quelques-uns des clercs intrigants et habitués à la chicane dont il se servait d'ordinaire. Il leur remit un mémoire dicté par lui, dans lequel les religieux étaient présentés comme des imposteurs adonnés à l'étude des sciences occultes et des arts magiques. Dans l'impuissance où il se trouvait d'attaquer leur vie et leurs mœurs, il avait imaginé celle odieuse calomnie. Elle réussit parfaitement, grâce à l'habilelé des émissaires chargés de la mettre en ciiculation. Bientôt les courtisans du palais d'Arcadius, en se montrant du doigt les vénérables opprimés, ne les désignèrent plus que sous l'épithète des yavÎTai (sorciers). Ainsi outragés dans leur honneur et d'autant plus maltraités par le patriarche qu'ils employaient près de lui plus d'intercesseurs, les religieux se décidèrent à remettre à Jean Chrysostome une accusation en forme contre Théophile. Leur requête contenait, articles par articles,, les griefs que j'ai déjà rappelés et d'autres d'une nature plus grave encore, que je rougirais d'énoncer en public. Vainement Chrysostome leur représenta les inconvénients qu'il pouvait y avoir poa*"

eux à recourir à ce moyen juridique. Vainement il les supplia luimême et les fit prier par d'autres évêques de renoncer à cet appel. lî ne put obtenir leur désistement. En conséquence, il expédia un nouveau message à Théophile. Les religieux dont je vous ai déjà parlé, lui mandiit-il, en sont venus à un tel point d'exaspération qu'ils ont déposé contre vous une dénonciation en forme. Répondez-moi sur-le-champ. Ils ne m'écoutent point et ne veulent pas quitter la cour, décidés à y poursuivre juridiquement le procès qu'ils vous intentent. — A cette nouvelle, la fureur de Théophile ne connut plus de bornes. L'évoque Dioscore, l'un des quatre grands-frères, était resté jusque-là dans son diocèse d'Hermopolis. C'était un vénérable vieillard qui n'avait plus que quelques jours à vivre. Le patriarche lança contre lui un décret d'excommunication et le fit arracher de son église. En même temps, il répondait à Chrysostome la lettre suivante : J'aime à croire que vous n'ignorez pas absolument les canons promulgués par le concile de Nicée. L'un d'eux porte en termes explicites que nul évêque n'a droit de jugement hors des limites de son diocèse. Si jusqu'à ce jour vous avez ig-aoré cette règle, prenez la peine de l'apprendre et îibstenez-vous de recevoir les accusations calomnieuses qu'on pourrait vous adresser contre moi. S'il était question de procéder à un jugement régulier à mon égard, ce ne pourrait être qu'en Egypte et par les évêques de cette contrée. Mais vous, qui êtes à plus de soixante-quinze jours de marche d'Alexandrie, qu'avez-vous avoir dans cette affaire? — Jean Chrysostome reçut cette lettre insolente et ne la communiqua à personne. Il se borna à renouveler près des religieux ses conseils de paix et de réconciliation. Sa voix ne fui pas écoutée. La lutte était maintenant engagée entre les moines opprimés et les clercs que Théophile avait envoyés à la cour. Les premiers se montraient plus résolus que jamais à obtenir Jr-îlice, les seconds voulaient qu'on renvoyât au tribunal du patna'"'.he , les prétendus rebelles dont ils incriminaient la conduite. L'irritation devenait chaque jour plus vive. Ghry- Bostome, pour se débarrasser de leurs sollicitations contradictoires 9 finit par lire aux deux partis la réponse de Théophile,

et leur déclara qu'il ne se mêlerait plus en rien de leur différend. Les religieux adressèrent alors à l'empereur un exemplaire complet de leur mémoire contre Théophile. Puis, un jour que l'impératrice Eudoxia s'était rendue à la basilique de l'Hebdomon, ils vinrent la supplier de faire examiner leurs griefs par les juges du prétoire, e'offrant à être confrontés en personne avec leurs adversaires, Subsidiairement, ils demandaient que le patriarche fût cité à comparaître devant l'archevêque Jean pour y être jugé. — Leur requête fut accueilUe. Un rescrit impérial fut rendu, portant que Théophile serait contraint ds venir se justifier devant l'archevêque de Constantinople, et qu'en attendant les accusateurs des moines auraient à prouver en justice la vérité des griefs qu'ils articulaient contre ceux-ci, sous peine de subir le châtiment réservé aux calomniateurs (c'était le dernier supplice). En conséquence, un des fonctionnaires impériaux, Elaphius, fut envoyé à Alexandrie pour chercher le patriarche, pendant que le procès commençait au prétoire de Constantinople. L'accusation contre les Grands-Frères fut examinée; on en découvrit bientôt le peu de fondement. La loi, de son glaive terrible, pesait sur les calomniateurs. Ces malheureux,' pour sauver leur tête, demandèrent un sursis jusqu'à l'arrivée da patriarche. C'était le patriarche qui les avait subornés comme faux témoins, c'était lui qui devait les sauver. Ils l'espéraient du moins. Les juges leur accordèrent le délai qu'ils sollicitaient, mais ils refusèrent d'admettre de caution dans une affaire aussi grave et les firent jeter en prison. Le patriarche, de son côté, ne se pressait pas de venir, en sorte que quelques-uns des captifs moururent dans leur cachot avant son arrivée. Quand enfin Théophile aborda à Constantinople, il réussit à force d'argo.it à faire relâcher les autres. Ce fut le samedi de la Quinquagésimc à la sixième heure du jour (trois heures de l'après-midi), que le patriarche fit son entrée à Constantinople. Le navire qui l'amenait était chargé des plus opu« lentes raretés de l'Inde, des plus riches productions dt TF-gypte. Au moment oii il mit pied à terre, les matelots se rangèrent autour de lui et le saluèrent de leurs applaudissements. Il apportait de çuoi acheter toutes les consciences. Sans daigner paraître à l'église,

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il alla habiter les tabernacles des pécheurs. Durant trois semaines," il demeura ainsi sans mettre le pied dans aucune basilique ni visiter Cbrysostome. Il ne perdait cependant pas le temps. Jour et nuit, tramant de nouvelles intrigues, il était occupé à poursuivre non pas seulement l'exil, mais la mort de Jean. Son or coulait à flots pour calmer les scrupules des puissants qui hésitaient à le suivre dans cette voie criminelle. Sa table somptueuse était un appât pour recruter les dévouements parasites. Il multipliait les avances près des clercs; il faisait miroiter à leurs yeux l'espérance des dignités les plus brillantes s'ils consentaient à servir ses desseins. Il eut recours près de certains personnages à des moyens plus honteux encore. Sa peine ne fut point perdue. Cbrysostome avait déposé canoniquement et banni de l'Église deux diacres convaincus l'un d'adultère, l'autre d'homicide. Le patriarche promit à ces deux scélérats de les rétablir dans leurs lonctions, s'ils consentaient à signer un libelle d'accusation contre le bienheureux archevêque. Le pacte fut conclu, et je dois ajouter que Théophile leur tint sa promesse, car aussitôt après l'exil de Jean il les fit réhabiliter. Ces deux misérables, sous la dictée du patriarche, rédigèrent donc un long mémoire rempli d'infâmes calomnies et d'accusations non moins atroces qu'invraisemblables contre Jean Chrysostome. La seule particularité qui lût vraie dans te factum était celle-ci : Jean avait coutume, après la communion, de boire quelques gouttes d'eau ou de mettre dans sa bouche une pastille fondante. 11 recommandait aux fidèles d'en faire autant, afin, disait-il, d'éviter qu'une expectoration subite n'exposât à rejeter avec la salive quelque parcelle des espèces consacrées, Théophile avait trouvé moyen de travestir ce fait en je ne sais quel énorme sacrilège. Quoi qu'il en soit, muni de ce mémoire signé des deux diacres parjures, il se rendit triomphalement chez Eugraphia. Acacius de Bérée, Antiocnus de Ptolémaîs, Severianus de Gabalô «t les j^rincipaux ennemis de Jean y étaient réunis. Tous ensemble, ils délibérèrent sur le meilleur moyen de se servir de cette pièce calomnieuse. L'un d'entre eux ouvrit le conseil de porter le libelle à l'empereur et d'obtenir que Jean fût contraint

même par la force, à venir se justifier des griefs articulés contre lui. L'audience impériale fut accordée immédiatement. Tentes les portes s'ouvraient, toutes les difficultés s'aplanissai^m devant l'or de Théophile. La réponse de J'cimpereur fut telle, qu'on la désirait. La synagogue juive n'8'.ait pas agi autrement à l'égard de notre divin Sauveur. Cependant nous étions quarante évêques réunis dans la demeure de Jean et nous restions stupéfaits de l'audace de ce Théophile, venu comme accusé à Constantinople, lequel se montrait partout environné d'un cortège d'évêques simoniaques, accueilli par les princes, les magistrats, les fonctioanaires de tout grade avec une faveur de plus ea plus marquée. Mais Chrysostome nous disait : Le temps de ma délivrance est proche. Aux afflictions du présent, la mort succédera bientôt pour moi. Priez, vénérables frères, afin de rester toujours fidèles h l'Église, et quand je vous aurai été enlevé souvenez-vous de moi devant le Seigneur '. »

19. Tel était le récit de Palladins. Toutes les difficultés canoniques dont j'ai parlé plus haut y subsistaient entières. Pourquoi, se demandait-on, pourquoi quarante évêques étaient-ils réunis dans la demeure de Jean Chrysostome? Comment le patriarche Théophile, qui avait une première fois dérliné si hautement la compétence et la juridiction de l'archevêque de Constantinople, l'avait-il ensuite si facilement acceptée, et avait-il consenti à venir de sa personne affronter le jugement d'un évêque étranger et sans droit? L'ordre de l'empereur Arcadius n'aurait pas suffi seul à déterminer un pareil changement de résolution. Car enfin, si les canons étaient formels pour défendre aux évêques d'empiéter sur leur juridiction réciproque, ces canons interdisaient non moins sévèrement à tous les évêques de reconnaître la compétence d'ua pouvoir ou d'un tribunal civil en matière ecclésiastique? Telles étaient les principales objections que soulevait le récif qô Falia#dius. Il faut bien le dire, ces objections demeuraient sans réponse satisfaisante. Çà et là pourtant quelquid ^happées de vue s'ou»

i Pallad., Dialog, de Vita S, Chryjost.

vralent vers la solution véritable, dans les diverses narrations des historiens déjà connus. Ainsi Sûzomène, en relatant la démarche des Grands-Frères près de l'impératrice Eudoxia, s'exprimait ainsi : « Un joor que VAugusta passait dans sa litière impériale, Ammonius et les autres moines s'approchèrent et lui remirent leur mémoire contre Théophile, en la priant de leur faire rendre justice. Eudoxia inclina la tête en signe d'acquiescement. Bénissez-moi, mes pères, dit-elle, priez pour l'empereur^ pour moi, pour mes enfants et pour le salut de l'empire. Je m'occuperai de hâter l'ouverture du concile et la comparution da patriarche : 'Efiot 5à èv Tâx" v-à.-nasl c-uvôôou, 7.9.\ Tr;ç eeoçt'Xou à<pî$ewi: ^ » Chaque fois que je retrouvais dans Sozomène cette parole significative; je me disais: Il s'agissait donc d'un concile à tenir, non pas d'un jugement anti-canonique dont Chrysostome ou le prétoire impérial seraient seuls chargés? Mais pourquoi cette indication si brève et si importante est-elle isolée, quand elle devrait occuper la place d'honneur? Palladius, de son côté, dans le Dialogue fameux auquel nous avons déjà fait tant d'emprunts, offrait une donnée plus explicite encore. On se rappelle que ce dialogue fut une véritable enquête débattue entre le diacre de l'Église romaine Théodore et l'évêque d'Hélénopolis, au sujet des vertus et de la sainteté de Jean Chrysostome. L'ordre suivi dans cette discussion avait été fixé d'avance entre les deux interlocuteurs. Le diacre avait commencé par résumer toutes les piècesofficielles, tous les documents parvenus à Rome sur le procès fait à Chrysostome. Or, dans cette analyse préliminaire, Théodore parle ainsi : « Les trois évêques iEmiliis de Bénévent, Cythegius et Gaudentius de Brescia, avec les nrêtres Valentinien et Boniface, légats du pape Innocent, partirent pour Gonstantinople. L'empereur Honorius et le souverain pontife leur avaient remis des lettres. Ils portaient de plus la sentence du synode romain. L'empereur Honorius mit à leur disposition les relais de la poste publique. Mais, quatre mois après, ils nous revinrent sans avoir pu achever leur voyage et nous racontèrent des énormités telles que les rois de BoJ^ylone u'eu

t So2oiDen.« Bût, eccUs., lib. VIII, cap. zill*

CHAP. lY. — LES GRASDS-FIIÈRES. 485

commirent jamais. — Quand nous eûmes dépassé Athènes, disaient-ils, un tribun militaire vint à nous, et nous signifia qu'à moins de consentir à lui remettre les lettres dont nûuà étions chargés il ne nous laisserait pas entrer à Thessalonique. Sur notre refus d'obtempérer à cette injonction, il nous embarqua sur deux petits navires dépourvus de provisions et mal équipés. Une tempête nous assaillit dans la. mer Egée. Après trois jours passés sans nourriture, au milieu des flots en furie, nous pûmes enfia gagner le port de Constantinople. Mais le chef du port ne nous laissa pas mettre pied à terre. De qui tenait-il ses ordres? Nous ne le savons. Toujours est-il qu'on nous fit reprendre la mer, et l'on nous conduisit dans un castdlum de Thrace, nommé Athyra. Là nos lettres nous furent arrachées de force. On voulait nous faire jurer de ne rien dire de ce qui s'était passé. On nous apprit que Chrysostome était déposé. On voulait nous faire souscrire à sa condamnation. Nous résistâmes. Enfin, après trois mois de détention, le tribun militaire nous jeta sur un mauvais navire et nous abandonna au caprice des flots. Nous sûmes plus tard que le pilote avait reçu une somme d'argent pour nous faire échouer sur quelque récif. Le projet reçut un commencement d'exécution, mais nous fûmes assez heureux pour échapper à la mort et gagner la côte de Lampsaque. Là, nous pûmes monter sur un autre navire, qui nous ramena sains et saufs au port d'Hydrunte, en Calabre *. » — Telle était cette importante révélation du diacre Théodore. Malheureusement, elle aussi, comme la parole d'Eudoxia citée par Sozomène, demeurait isolée et ne se reliait à aucun ensemble. Désormais ces pierres d'attente , si longtemps détachées dans l'édifice de l'histoire, reprennent aujourd'hui leur place naturelle.' La chronique de Théodore de Trimithunte nous explique tout. Il ne sera plus permis ni de reprocher à Chrysostome un empiétement de juridiction ni de s'étonner des apparentes contradictions de Théophile, ni de dire que la suprématie du saint siège était inconnue en Orient au v* siècle, et que les plus graves affaires de l'Église se| jugeaient sans que le pontife romain y prit aucune part. * Pall8<;., Diû/oy., cap. iv.

485 PONTIFICAT DE SAIInT OriOCE^TT I (/iO 1-417).

§ II. RIos't «le saint Ëpîp^sne*

20. Suspendn par un rescrit du souverain pontife, cité par une sentence 9.yiâodale de Rome à comparaâtre devant un concile oà les évêques d'Oiient réunis à Constantin ople sous la présidence des légats du saint sié»e devaient le juger canoniquemeut, Tiiéa phile sut non-seuleœeat échapper à la condamnation mais fc're retomber tout cet orage sur l-i tête du plus vertueu?-;: et du p\J& grand des évèques. Ce qu'il lui l'allut déployer d'astuce, de foujv> berie, d'fiabjleté cauteîeuse et perfide pour arriver à. ce résultat ni Palladias, ni Tiiéodore de Trimitliunte, ai aucun des autres iiistorien» ecclésiastiques de cette époque ne l'ont dit, par la raison fort simple que Tliéopbiîe s'était bien gardé de livrer ses secrets aa public. Les ciironiqueurs contemporains furent suriout frappés delà cargaison d'argent et d'or, û« soie et de pierreries, au moyen de laquelle le patriarche simoniaque acheta les âmes et les consciences. Toutefois ce ne fut là qu'un coté, le plus apparent il est vrai, mais aussi le plus compromettant, des intrigues du patriarche. Il avait à sa ressource bien d'autres moyens plus efncaces et uoins visibles. Nous les connaissons aujourd'hui, parce que chacun de ceus qui s'y laissèrent prendre nous en a livré le secret. Ainsi, pendant que Théophile exécutait sa fameuse e>:péGidon de Nitrie, le fer et le feu à la main, il écrivait à »iunt Jérôme : « Des molues, faat-il les appeler ainsi? non : des déuaons furieux ont entrepiis de ruiner la foi dans les montagnes ce Sccté. Ils ont voulu y implanter la funeste hérésie d'Origène. Je me suis alors souvenu de la faux du prophète. Je me suis appliqué le précepte de saint Paul : « R.eprends avec sévérité ceux qui pèchent. » J'ai donc sévi, il le fallait. A vous maintenant, illustra docteur de la vérité, à vous de prendre une part glorieuse dans cette luLte. On me calomniera peut-être, éclairez l'opinion publique par vos éloquents discours. Je vous envoie le moine Théodore. Il a parcouru tous les monastères de Nitrie et de Scétu; il vous dira comment, par l'expulsion des sectateurs d'Origène, j'ai rendu la paix à l'Église et rétabli dans son intégrité la

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