CHAP. IV. — MOBT DE SAINT ÉPIPHANE
doutaient pas de l'effet immense que devait produire une acci»sation d'hétérodoxie lancée par Épiphane contre Chrysostome. Si tout le peuple ne prenait pas immédiatement parti contre \archevêque, il y aurait du moins une scission profonde dans les esprits, et la popularité de Chrysostome en serait certainement affaiblie. Leur calcul fat déjoué. Selon le programme fixé d'avance, Épiphane se rendit à la basilique. Il en avait déjà franchi le vestibule, lorsque l'archidiacre Sérapion se présenta devant lui, déploya un parchemin écrit par Chrysostome lui-même et lut à haute voix ce qui suit : Précédemment, vénérable frère, vous avez dans ce diocèse où seul je possède la juridiction accompli des actes anticanoniques. C'est ainsi que, sans mon autorisation, vous avez conféré l'ordination à un diacre. Depuis, sans même m'en prévenir, vous avez célébré les divins mystères en diverses églises à votre convenance. Non-seulement vous avez agi de la sorte, mais, invité ofJficiellement par moi à prendre part à nos synaxes, vous vous y êtes publiquement refusé. Aujourd'hui vous allez vous compromettre par une démarche plus décisive encore. Prenez garde au péril qui pourrait en résulter pour vous. Si le peuple dans sa fureur se porte à des extrémités qu'il est facile de prévoir, je tiens à vous avertir que je ne réponds de rien *. — Le ton de ce message ne ressemblait nullement à celui qu'en pareille circonstance aurait pris un sectaire. Épiphane réfléchit quelques instants, puis se retira-. » 26. « Sur les entrefaites, reprend Sozomène, l'enfant impérial, Théodose le Jeune, tomba malade. Eudoxia dans son angoisse eut recours aux prières et à l'intercession des saints évêques réunis à Constantinople. Elle envoya un de ses chambellans à Épiphane pour le conjurer d'obtenir de Dieu la guérison du jeune prince. Dites à l'impératrice, répondit Épiphane, que si elle prend ea main la cause de Dieu, Dieu de son côté favorisera la sienne. Si l'auguste épouse d'Arcadius consent à chasser de Constantinople les fauteurs de l'hérésie, les moines Ammonius, Dioscore, Eusebius
« Socrat., HisU ecaet.t lib. VI, cap; xv. — » Sozom., Eist. eçcles., lib, VlUU cap. XIV.
et EuthyraB, le Seigneur rendra la santé à son fils. — Cette réponse arrivait dans un moment défavorable. Eudoxia ne songeait nullement à /a question de l'orig'ijisme. Les solitaires de Nitrie qu'elle avait admis à son audience, et dont elle connaissait la sainteté, l'avaient entretenue de toute autre chose que de cette controverse dogmatique. Enfin, Arcadius qui se piquait de littérature, ce qui lui était bien permis dans le désœuvrement où il vivait, affichait ostensiblement son goût pour Origène. « Aussi, reprend le chroniqueur, quand la réponse de l'évêque de Salamine fat transmise à Eudoxia, elle fut fort mal accueillie. Si le Seigneur veut m'enlever monfiIs,ditrimpératrice,je me soumettrai humblement à sa volonté. Dieu me l'a donné, il a de même la puissance de me le ravir. Quant îl l'évêque de Chypre, s'il était en son pouvoir de disposer de la vie ou de la mort, il n'aurait pas laissé mourir avant-hier Crispio, son archidiacre bien-aimé. » — Pour comprendre l'allusion faite ici par Eudoxia, il faut savoir que l'avant-veille Épiphane avait en effet perdu un prêtre qu'il aimait beaucoup et dont il avait fait son archidiacre. Ce prêtre se nommait Crispio. Il avait été autrefois moine à Éleuthéropolis, ainsi que ses deux frères Salamanes et Physco. Promu h l'évêché de Salamine, Épiphane l'avait amené en Chypre et s'en était fait accompagner à Constantinople K
27. La maladie du prince impérial perdit bientôt son caractère de gravité. Eudoxia n'y songea plus; mais elle se préoccupa de réconcilier les Grands-Frères avec le vénérable évêque de Chypre. « Par son ordre, reprend Sozomène, Ammonius, Dioscore, Euthymius et les autres proscrits de Scété vinrent trouver Épiphane. Celui-ci ne les avait jamais vus. Qui êtes-vous ? leur demanda-t-il.
— Vénérable père, répondit Ammonius, nous sommes les Mixpo» 'ASîXçoi {Lcngi-Fratres). Je désirerais savoir de votre révérence si vous avez jamais lu nos hvres, ou rencontré un de nos disciples.
— Non, jamais, reprit l'évêque. — Comment donc se fait-il, objecta Ammonius, que sans aucune espèce de preuves ni de renseignements authentiques, vous noua condamnez comme d'abomi-
I gozom., Eist. eccles,, lib. VIII, cap. XV ; lib. VI, cap, ixxn.
CHAP. IV. — MORT DE SAIKT ÉPIPHAKE. 49t
nables sectaires?— On me l'avait dit, reprit Épîphane. — Et voas l'avez cru? demaada Ammonius. — Oui, répondit l'évêque. — Un tien, reprit le solitaire, nous avons agi fort différemment vis-à-via de votre révérence. Il nous est arrivé plus d'une fois de rencontrer quelques-uns de vos uisciples. Nous avons lu tous vos livres et avec grand bonheur, entre autres celui que vous avez intitulé : Ancoratus. Aussi, qaaud on se permettait en notre présence de calomnier votre foi et de vous traiter d'hérétique, nous vous défendions avec autant d'énergie que s'il se fût agi de notre propre père. C'était d'ailleurs notre devoir, car vous êtes un des plus illustres champions de la vérité. Combien de fois ne nous sommesnous pas constitués vos défenseurs, au risque de nous compromettre vis-à-vis des puissants? Et vous, sans nous connaître, sans avoir entre les mains aucune preuve, sans nous avoir jamais entendus, vous nous persécutez, noua qui sommes vos plus dévoués apologistes ! — A cette interpellation, Épiphane demeura quelque tempr silencieux. Il se fit ensuite raconter en détail tout ce qui s'était passé en Egypte et dans les montagnes de Nitrie. La vérité se fît jour dans son âme, et il prodigua aux solitaires toutes les preuves de sa tendresse. »
28. Soudainement éclairé par ces révélations qui luî firent entrevoir des abîmes de méchanceté, de noirceur et d'intrigue, Épiphane prit sur-le-champ son parti. Il n'y avait que douze jours qu'il était à Constantinople, il résolut de partir aussitôt. Au moment où il prenait cette détermination, un clerc lui remit de la part de Chrysostome un billet ainsi conçu : a Sage Épiphane et vénérable frère, est-il vrai que vous sollicitiez de l'empereur ua ordre d'exil contre moi ?» — Ces quelques mots achevèrent ds désillusionner son esprit, en lui découvrant une trame nouvelle dont il n'avait pas jusque-là soupçonné la profondeur. Il traça à la hâte, sur les tablettes que lui transmettait Chrysostome, ces mots aussi expressifs que laconiques : « Athlète du Christ, s'^uffrez et triomphez ! » Puis il gagna le port où il devait s'embarquer. La faction de Théophile, surprise de son brusque départ, le suppRait de rester encore. « Non, répondit-il. J'ai hâte d'aller respirer un XI. 32
EÎr plus pur. Je vous laisse le palais, la ville et les théâtres! » Ayant alDsi pris congé de ces évêques courtisans, il monta sar le navire et s'assit sur le tillac. On leva l'ancre. Épiphane, comme s'il eût été averti par une vision divine du sort qui l'attendait, se mit à raconter aux deux prêtres qui raccompagnaient les diverses circonstances de sa vie, les périls qu'il avait ccarus, les voyages qu'il avait entrepris et les nombreuses luttes dont sa longue carrière avait été traversée. Ce récit se prolongea jusqu'au coucher du soleil. En ce moment, le ciel s'obscurcit, le vent s'éleva et les flots s'agitèrent. Le saint évêque, jetant les yeux sur le ciel chargé de nuages, annonça que la tempête durerait deux jours et deux nuits. « Mais rassurez-vous, dit-il aux matelots, le navire abordera heureusement au port. » Après ces paroles, l'illustre vieillard fut pris d'une défaillance. On le porta sur un lit. Quand il reprit ses sens, il fit placer sur son cœur le livre des Évangiles, croisa les bras et demeura dans une sorte de prostration qui dura jusqu'au matin di2 troisième jour. Selon la prophétie qu'il avait faite, la tempête s'était calmée. Le soleil se levait radieux à l'horizon. Epiphane se réveilla comme d'un long sommeil, et demanda de l'encens. Il le fit brûler par ses prêtres, et dit: Prions, mes enfants. — Agenouillés près de sa couche, les prêtres priaient et pleuraient en silence. Enfin il leur fit signe de s'approcher, les embrassa et leur dit : « Adieu, mes bien-aimés. Soyez heureux sur cette terre. Vous n'y verrez plus Épiphane !» — A ces mots, il expira. Le navire, en abordant à Salamine, n'apportait plus qu'un cercueil, autour duquel tous les habitants de l'île de Chypre vinrent répandre eurs prières avec leurs larmes. Ils avaient perdu un père, et l'Église un de ses plus illustres et plus saints docteurs.
§ m. JLe coueilI&î!iuIe du Oiêne
29. Le départ subît d Épiphane précéda de quelques semaines rentrée à Constantinople du patriarche d'Alexandrie. Chaque lotir, les évêques appelés au concile arrivaient de tous les points de l'Orient. L'habileté de Théophile avait surtout consisté à se
CHAp. 17. — co:>;cîlt.\l-.;le dit chêne, 489
faire précéder h la cour d'Arcadius par un homme tel que le Paint évêque de Chypre, lequel, sans le vouloir, sans se douter la moins du monde de la comédie qu'on lui faisait jouer, dvait complètement détourné les esprits du but réel de l'assemblée. Un courant d'opinion s'était établi sur cet incident. La question de l'origénisme apparaissait au fond de la querelle comme le véritable nœud de la difficulté. Or, cette question, précédemment tranchée à propos de la controverse de Jérôme avec Piuiin, ne faisait doute pour personne, au point de vue théologique. Les nouveaux arrivants déploraient peut-être de fort bonne foi que le grand docteur Chrysostome se fût déclaré ouvertement en faveur de l'origénisme ; mais ils le croyaient, et dès lors leurs sympathies allaient du côté de Théophile. A ces motifs qui agissaient déjà puissamment sur des consciences relativement honnêtes, si l'on joint la disgrâce officielle de la cour, la cessation complète de rapports entre l'archevêché et le palais, on comprendra la solitude qui se fit peu à peu autour ce saint Jean Chrysostome. La plupartle fuyaient; les uns, par un scrupule en soi très-légitime, les autres par déférence pour le gouvernement impérial; ceux-ci par un sentiment avoué de courtisanerie, ceux-là par une sorte de prudence mitoyenne qui consiste à observer une neutralité absolue entre deux puissants adversaires; un certain nombre par respect pour saint Épiphane dont la renommés était universelle; d'autres enfin par un sentiment plus noble encore et moins rare qu'on ne le croit dans les grandes assemblées. Ces derniers se croyaient personnellement incapables de prendre un parti et d'ouvrir une solution au milieu de tant de difilcultés. Ils estimaient donc plus prudent de s'abstenir. Tous enfin s'accordaient, comme le dit Théodore de Trimithunte, pour remettre au concile la décision dont personne n'osait prendre la responsabilité. On attendait de toutes parts, avec une impatience égale, l'arrivée des légats du pape Innocent I. Seule, Eudoxia savait qua ce? légats n'arriveraient point, puisqu'elle les avait fiait déporter dans le casiellum d'Athira. Elle jouissait en secret du désappointement général, et se promettait de faire tourner au profit d« sa rengeance personnelle contre Chrysostome une réunion dont le
but était fort différent. Ce demie» appoint fit en somme le succès de Théophile. En dépit de tous les efforts de son infernale diplomatie, ce patriarche aurait échoué s'il n'avait eu Eudoxia pour complice. Mail au moment oii nous sommes arrivés, Théophile ignorait encore la triomphante ressource qui l'attendait à Constautinople. L'impératrice n'était pas femme à confier à qui que ce fût un pareil secret. Il y a des choses qu'on se murmure à l'oreille, sans témoin, facie ad faciem. On préférerait se couper la langue plutôt que de les exposer au hasard d'i:ne indiscrétion. La confidence qu'Eudoxia devait plus tard faire au patriarche était de ce genre. Eudoxia attendait donc l'arrivée de Théophile, tandis que celui-ci, après avoije épuisé tous les moyens indirects de défense, après avoir successivement fait agir en sa faveur saint Jérôme dans Ja capitale de rOccident, et saint Épiphane dans la nouvelle Rome, hésitait encore à quitter Alexandrie et à venir affronter les hasards d*un concile régulièrement convoqué. S'ii eût pu se douter des intentions secrètes de l'impératrice, s'il eût su que les légats du pape étaient détenus en captivité au fond de la Thrace, il se fût sans doute épargné bien des dépenses superflues; il n'aurait pas chargé son navire de tant de vaisselle d'or et d'argent, de tant de meubles somptueux, d'étoffes de soie, de parfums ni de pierreries. Son avarice dut regretter plus tard ces folles profusions ; mais le succès définitif lui servit de dédommagement. Quoi qu'il en soit, Théophile n'arrivait pas à Constaatinople. Les légats du pape ne paraissaient pas non plus, et les évêques attendaient dans une anxiété et un trouble indescriptibles.
30. Quarante d'entre eux, nous dit Palladius *, avaient eu le courage de se prononcer tout d'abord en faveur de saint Jean Chrysostome. Leurs noms nous sont aujourd'hui inconnus, mais l'Église bénira à jamais leur pieux dévouement. Ceux-là du moins n'avaient pas fléchi le genou devant l'idole de Baal ; ils avaient résisté aux caresses et aux séductions, comme aux menaces
* Nous aToni» déjTi cité ce passage de Palladius, daas la confrontalhon établie entre son récit et celui de Tliéodore de Trimithuote. Cf. Pallad., Dialog. de Vita Chrysost, cap. VIII.
CHAP. IT. — conciliabulï: du chêne. 501
efc auxfaiears de la cour. Qu'on loue tant qu'on voudra la prudence cauteleuse des majorités, leurs hésitations intéressées et timides ; elles peuvent engraisser les vivants, mais elles déshg» norent la mémoire des morts. L'histoire s'inquiète fort peu de sa» voir comhien d'argent, de faveurs, de privilèges, furent la récompense de chacun des membres de la majorité qui devait souscrira les actes du conciliabule du Chêne. Elle juge les actes. Si les évêques qui condamnèrent Ghrysostome à l'exil, c'est-à-dire à la mort, pouvaient secouer la poussière de leur sépulcre et ressusciter soudaia devant nous, il n'y aurait pas dans les fossés du chemin assez de pierres pour écraser ces infâmes! Ajoutons que la sentence de rhistoire est ici celle de Dieu lui-même, puisqu'on ce moment Ghrysostome est un saint canonisé par le sutïrage de quinze siècles. Voilà donc en définitive ce que gagnèrent les lâches évêques qui, par faiblesse, signèrent la déchéance de saint Jean Ghrysostome. « Que sert à l'homme de conquérir l'univers, s'il vient à perdre son âme? » Ils étaient donc quarante autour de Chrysos* tome; quarante seulement! Les autres peuplaient les antichambres d'Eudoxia. Ces quarante dont chacun voudrait être aujourd'hui, s'il en était temps encore, habitaient avec Ghrysostome, sous son toit, dans cette demeure épiscopale où régnaient le génie et la vertu. Plus ^.ard ils payèrent de l'exil, de la confiscation de leurs biens, de la perte de la liberté, de la vie même, l'honneur d'avoir eu une conscience et d'avoir osé dire au mal : Je t'abhorre ! C'est pourtant là ce que doit faire non pas seulement un prêtre, un évêque, mais le plus humble des fidèles de Jésus-Christ, sous peine d'encourir la damnation éternelle.
31. Qu'elle était cependant magnifique et sublime, l'attitude de Ghrysostome, à l'heure solennelle où cette ligue imposante se formait contre lui! De quelque côté qu'il pût jeter les yeux, des pièges l'environnaient, des embûches lui étaient tendues : ies obstacles se révélaient à chaque pas. Il le savait; il le voyait. Chaque jour, à chaque heure, ses amis venaient l'en avertir, Kieo de tout cela n'altérait le calme et la sérénité de son grand cœur. Il souriait à la trahison, au péril, à la lâcheté, redisant ces belle»
paroles : Set'psos lœserunt, non me! Les fidèles, d'autant plus avides de l'entendre que chaque fois on se disait que son discours serait peut-être le dernier, se portaient en foule au pied de sa chaire. Il se multipliait pour repondre à leur empressement filial. Tantôt dans réalisa de l'Anastasie dont les voûtes semblaient retrouver les échos de l'éloquence de saint Grégoire, tantôt dans la basilique des Douze-Apôtres, au milieu des souvenirs de la grande époque constantinienne, il prêtait à la doctrine évangélique le charme et l'entraînement de sa parole brûlante. Voici une homélie qu'il prononça, à cette époque, sur le verset du Psalmiste : JSe limueris, cum dives factus fuerit homo ; et cum midtiplicata fuerit gloria dornus ejus *. Nous choisissons de préférence ce discours parce que, grâce à un jeu de mots particulier à la langue grecque, il prêta à des allusions que les ennemis de Ghrysostome envenimèrent. Le terme latin gloria a pour équivalent en grec Bô^a ou èuôo^îa. L'orateur se servit indifféremment de l'un ou de l'autre, sans se douter vraisemblablement du parti que la malignité de ses ennemis en tirerait «•outre lui près de l'impératrice Eudoxia. Ces sortes de recherches sont à l'usage des délateurs de tous les temps et de tous les pays. Malheur à qui fait métier des unes, malheur surtout à qui soudoie les autres ! Ghrysostome était au-dessus de ce ti*afic subalterne. Le pouvait vendre quj voulait. Il dédaignait trop les Iscariotes pour .;onger même à la possibilité de leur existence. Et cependant il y a, il y aura toujours des Iscariotes. Toujours ils vendront le Christ et toujours le Christ se laissera vendre. Ghrysostome n'ignorait pas les manœuvres de ses ennemis ; Jésus-Christ connaissait '• 'jutes les démarches de Judas. Le divin Sauveur se laissa trahir ; êjhrysostome se laissa vendre. L'or des Juifs, comme celui d'Eudoxia, porta malheur aux mains qui le donnèrent non moins qu'à celles qui le reçurent.
32. Ghrysostome disait donc à tout son peuple réuni dans l'Anastasie ; « C'est une grande joie pour le laboureur de promener le soc de la charrue sur un champ couvert d'épines et de ronces,
* i'salm., xLViii, n.
CnAP. IV» «^ CONCILIABULE DU CHÊNE. 503
n défonce le sol, il en extirpe les plantes parasites, puis il sème le l>on grain dans les sillons amendés, et rien ne fait obstacle à leur germination ni à leur croissance. Le semeur évangélique fait de même. Il lui faut pour la parole divine des cœurs préparés, des âmes attentives, que le tumulte extérieur, le retentissement des bruits de ce monde n'atteignent pas. Telle est en ce moiaent ma joie et ma volupté sainte. Vous êtes un champ bien préparé. Je l'affirme, et pourtant je ne saurais lire dans le fond de vos consciences. Mais vos regards fixés sur mes lèvres, votre attitude recueillie, le silence général, tout m'assure que je ne me trompe point. Si chacun de vous pouvait parler, il me dirait: Semeur, répands ton grain céleste. Nous voulons tous le recueillir et le faire fructifier dans notre âme. Les préoccupations du siècle ne nous en empêcheront pas. — Tels sont vos sentiments unanimes, lis m'imposent à moi-même des efforts de plus en plus redoublés. Avec la fécondité du champ s'accroît la sollicitude du laboureur. Or, l'Écriture est un champ qui grandit non pas seulement par la science du docteur, mais par le génie de l'auditoire. Donc bienheureux êtesvous, et bienheureux moi-même, d'avoir, vous à me dépasser toujours, moi h ne jamais rester inférieur à votre niveau! a Bienheureux , dit l'Écriture, celui qui parle à des oreilles qui l'entendent*. — Bienheureux, disait le Sauveur, ceux qui ont faim et soif de la justice*! >) C'est donc sur vous, mes bien-aimés, sur vous tous, rassemblés dans cette enceinte, que se concentrent en De moment mes pensées et mes affections. — Mais les autres, oîi sont-ils? — Au forum, à leurs affaires, à leur fortune. Esclaves de la chair, ils sont occupés à servir la chair, leur dure maîtresse : pendant que vous, les affranchis du Christ, vous travaillez librement à décorer de vertus votre âme libre. Si je pouvais ioterpellep l'un de ces esclaves de la chair, je lui dirais : 0 homme, u. "^s-tu? — Sur la place publique. — Qu'y fais-ta? — J'attends l'occasion de ramasser un peu de boue et de fange. — infortuné, /.'<^ns à moi. Je te donnerai la perle sans prix et le parfum de l'immortar»
1 Eccli., XXX, 13. — « Matth., r, 6.
lité. Pourquoi entasser sans fin des pièces d'or qui te glissent dans les doigts ? Pourquoi te courber sans repos ni trêve sous la tyrannie de l'avarice? Pourquoi briguer des magistratures, des dignités qui passent si vile ? Pourquoi t' embarrasser dans ces préoccupations matérielles qui existent aujourd'hui et ne seront plus demain ? La fleur sans le fruit, l'ombre sans le corps, l'éphémère sans la réalité, voilà ce que tu poursuis ; et tu ne songes point à ce qui subsiste et demeure éterceilement ! « Toute chair est pareille au brin d'herbe de la prairie, toute gloire humaine est semblable à la fleur des champs. L'herbe se dessèche, la iïeur tombe, mais la parole du Seigneur reste pour l'éternité K » Tu regorges de biens? Qu'importe à ton âme? Plus tes coffres sont pleins, plus ton âme est vide. Tu amasses des feuilles, Cu négliges le fruit. De grâce, quel profit [en résultera-t-il pour toi? Tu as des trésors, il te faudra les quitter; des dignités et des charges, elles ne te vaudront que Ja haine des envieux. Tiens donc écouter les paroles de la véritable sagesse, viens expier tes péchés par la pénitence, déposer le fardeau de tes iniquités, soulagerta conscience, décharger ta pensée et ton cœur. Viens ici homme, tu sortiras ange -! — Je sais les objections qu'on voudrait me faire. Yoicl que dans la môme rue passe un puissant du siècle ; il est à cheval, le harnais de ce cheval est d'or massif; le cavalier a pour escorte une foule de satellites qui épient l'honneur d'un regard du maître. Le tourbillon s'envole et, sur le bord du chemin, un pauvre, dans sa nudité ou ses haillons non moins abjects, étale sa misère. Ce double spectacle exalte les cœurs. On veut être riche, et en attendant on déteste ceux qui le sont. On frissonne à la vue du pauvre et l'on se promet à tout prix d'éviter l'écueil de l'indigence. Mais un roi s'approche, c'est David. Écoutez -"'^ qu'il vous dit : « Ne tremblez point, lorsqu'un homme est devenu riche et que la gloire de sa maison s'est accrue. 11 mourra un jour sans rien emporter de sa puissance, et son faste descendra avec lui dans la tombe ^. » — Ah ! me dites-vous, c'est
« Isa., XL, 6. — * S- Joan. Chrysost., ïn psnlni. XLvnr, n* ! ; Pair. grcK,^ om. LV, col. 49D, 500. — » Vsalm., XLVili. 17. IS.
là un sage conseil, facile à donner, glorieux pour qui le prêche. Mais le moyen de ne pas craindre un puissant, de ne pas redouter sa colère, de ne pas succomber sous les coups de sa vengeance? Toilà ce qu'il faudrait nous apprendre. — Mes Lien-aimés, songez-y. La richesse des hommes participe à la caducité de la nature humaine. Qu'est-ce que l'homme? Une frêle créature qui vit peu de temps, et disparaît sans retour. Or, les richesses que l'homme peut accumuler, sa puissance, ses dignités^ ses charges, sont de même. Que dis-je?Non, elles sont plus éphémères encore. Souvent en effet elles disparaissent avant lui et n'ont même pas la patience de la suivre jusqu'à son heure dernière, si prochaine cependant. Ai-je besoin de dire ces choses dans une capitale qui compte d'icn ombrables exemples delà fragilité des fortunes humaines, qui a tant vu de dignités humaines englouties, perdues, anéanties avant leuT possesseur? Qui de vous ne les a connus, ces puissants, ces riches, endormis le soir dans l'abondance et se réveillant le matin dans l'opprobre et la détresse? Cessez donc de me dire : Voyez un tel; il est couvert de pourpre, les parfums de l'Arabie embaument son palais ; ses esclaves sont des rois. — Est-ce donc à cet éclat extérieur et factice que votre regard s'arrête ? Si je pouvais, sous ces brillants dehors, vous ouvrir la conscience de ce puissant, de ce riche, si je pouvais sous vos yeux mettre à nu les agitations, les inquiétudes, les tourments qui le dévorent, vous comprendriez la folie de l'ambition et de l'amour désordonné des richesses. Je vous l'ai redit bien souvent, mais je ne connais rien qui traduise mieux ma nsée. La face de ce monde est pareille à celle d'un fleuve dont les ondes, miroir trompeur, ont déjà disparu quand on les regarde. « Ne tremblez donc pas devant le riche, et ne vous laissez point éblouir par l'éclat de sa gloire. » En vérité, que pourriez-vous en redouter? C'est un arbre qui n'a que des feuilles, nul fruit. Vous le craindriez, lui dont l'amertume ronge le cœur, dont la vie est une perpétuelle angoisse, dont chaque pas es^ accompagné do terreurs ! Si vous avez un serviteur dans votre maison, juand vous êtes absent ce serviteur se sent à l'abri de l'œil du aaaître. Mais le riche porte partout avec lui son maître, son tyran,
50Ô PO:STinCAT DE SAINT INNOCENT I (401-417).
je veux dire son avarice, gui ne l'abandonne ni jour ni nuit. Parents, amis, domestigues, tout est pour l'avare un sujet de défiance et d'alarmes. Ses envieux, ses bienfaitsurs eux-mêmes lui sont autant d'ennemis. Car c'est îe propre de la richesse de multiplier autour d'elle les envieux et les jaloux. Le pauvre ne saurait guère avoir d'ennemis. Nul ne songe 'ù, lui envier sa misère ni à lui reproclier la patience quïl peut avoir. Mais le riche, travaillant sans cesse à étendre sa fortune ou sa puissance, devient comme le point de mire de toutes les convoitises rivales. C'est une Borte d'ennemi publie contre lequel chacun conspire, bien qu'à son approche le sourire Foit sur tous les visages et la flatterie sur toutes les lèvres. Vienne ensuite le vent de l'adversité qui secoue toutes les feuilles de l'arbre, la scène change soudain et les masques tombent. Les faux amis se découvrent, la tourbe des adulateurs se disperse. Les éloges se changent en un chœur d'imprécatioris. Le scélérat, le fourbe, le concussionnaire! Voilà ce que crie plus haut Que tout le monde le parasite de la veille. Quoi I ne flattais-tu pas hier cet homme que tu insultes aujourd'hui, ne lui baisais-tu pas les mains, ne léchais-tu pas les miettes de sa table? — Moi! répondra-t-il. C'est possible. Mais c'était le ieu de la comédie. Aujourd'hui oue la farce est jouée, je cesse d'être acteur et je dis la Térité. — Telles sont pourtant, mes bien-aimés, les réalités de cette vie. Et si je parle ainsi, ce n'est pas, je vous l'ai répété mille fois, ce n'est pas oue je condamne les richesses, non, mais seulement l'abus qu'on en fait. La richesse est bonne en soi, à la condition d'être accompagnée d'œuvres qui la sanctifient. Et quelles sont ces oeuvres? L'aumône, la miséricorde, la piété qui soulagent le pauvre et secourent l'indigence. « .l'étais l'œil des aveugles, le pied des boiteux, le père dea orphelins *, ?> disait le eaint homme Job. Il avait ainsi trouvé le secret d'allier la richesse à 1? vertu. « Ma maison, ajoutait-il, fut toujours ouverte pour ) iiospitalité *. » Tel est en effet le ministère providentiel des richesses véritables. Parmi les riches, il en est qui ne songent qu'à
* job., XXIX, 15, 16. — * M., xxxr, 32.
CnAP. IV. — CONCILIABULE DU CHÊNE. 507
ajouter sanj cesse à leurs domaines; d'autres, au contraire, s'occupent de soulager autour d'eux la détresse de leurs frères. Les premiers sont riches en amassant, les seconds sont riches ep *listribuant; les uns sèment pour la terre, les autres sèment pour le ciel. Or, la distance qui sépare le ciel de la terre sépare aussi ces deu:? sortes de riches. Autant la hcine s'accumule contre les uns, autant les bénédictions se concentrent sur la tète des autres. Le riche avare n'est pas seulement détesté par cenx à qui il refuse un bienfait, mais par une multitude d'autres qui compatissent à la détresse du pauvre. Le riche miséricordieux n'est pas seulement aimé par ceux qu'atteignent directement ses aumônes, mais par une multitude d'autres qui applaudissent à sa libéralité. C'est qu'il y a solidarité entre tous les membres de la famille humaine; ou plutôt c'est qu'il y a entre nous tous l'étroite fraternité de Jésus-Christ. Je n'ai pas été secouru personnellement, mais mon frère l'a été, et je jouis du bonheur qu'on lui a fait, absolument comme si on me l'eût procuré à moi-même. Un riche miséricordieux, c'est le port où toutes les barques vont se réfugier contre la tempête ; c'est le père de tous, le bâton des vieillards, le guide des jeunes gens, l'appui des opprimés. De tous les cœurs s'échappent pour lui des bénédictions et des prières. Que Dieu lui rende en prospérités tout le bien qu'il fait ! Il est digne de sa fortune ; que le Seigneur la lui conserve ! Voilà ce que répètent toutes les bouches, ilais, au contraire, s'il s'agit d'un spoliateur, d'un riche avare : Le misérable ! s'écrie-t-on
de toutes parts ! Le voleur ! Le traître ! — Que vous a-t-il fait ?
A moi, rien. Mais il a dépouillé mon frère. — Voilà ce que noua entendons chaque jour. Et si l'adversité frappe cette opulence inexorable, c'est à qui l'insultera dans son malheur. A votre avis est-ce là un sort enviable? Qui de vous souhaiterait la richesse à en pareil prix? En vérité, la condition de cet homme est pire que celle d'un forçat. Le forçat n'a que le corps enchaîné, l'autre est enchaîné corps et âme. En voyant le forçat traîner lourdement sa chaîne, on épvouve un sentiment de commisération, mais i'autre on ne le plaint pas, on le hait, parce qu'il s'est volontairement choisi ses fers. — Évêque, prenez garde, me dira-t-on. Vous voilà
503 PONTIFICAT DE SAINT INNOCENT I [iOi-HV,
encore contre les riches. — Non, répondrai-je. C'est vous qu êtes toujours contre les pauvres ! — Vous tombez à nouveau sur les spoliateurs ! me dira-t-on. — Et moi je répondrai : Vous prenez de nouveau le parti des oppresseurs contre leurs victimes. Tant qu'on ne se lassera pas de dévorer la substance du pauvre, je ne me lasserai pas de protester et de me plaindre. Je suis évêque ; vous le dites et vous le savez. Laissez-moi donc écarter le loup qui vient dévaster mon troupeau, et s'aoharne contre ma brebis. Quoi! On «nvahira le bercail et le pasteur ne criera point! Qae diriezvous d'un berger qui ne défendrait pas ses ouailles? Or je suis pasteur d'hommes, et les hommes valent mieux qu'une brebis. Ce n'est pas à coups de pierres que je poursuis le ravisseur, c'est avec Ja parole que je le frappe. Ou plutôt je ne le poursuis ni ne le frappe, mais je le rappelle de ma voix la plus tendre, car ce ravisseur n'est lui-même qu'une brebis égarée. Oh! qu'il revienne donc au bercail, qu'il se range de nouveau sous la houlette du pasteur i Pourquoi chercher à corrompre le troupeau, quand on devrait travailler à l'accroître ? Mon frère, ce n'est pas vous que je poursuis, c'est le loup qui menace ma bergerie. Si vous n'êtes pas le loup, ou si vous cessez de l'être, je cesserai de vous poursuivre. Non. je ne prêche pas contre les riches, mais pour les riches. Je ne prêche pas contre vous, je parle au contraire en votre faveur, bien que vous ne le veuilliez pas comprendre. — Et comment cela? me dira-t-on. — Parce que je travaille à vous retirer de l'abîme de vos iniquités ; parce que je m'épuise à faire cesser vos rapines et par conséquent à changer en bénédictions les haines qui s'amassent contre vous. Vous avez péché, vous avez fait le mal; venez à moL Avec la grâce de Jésus-Christ, je purifierai votre âme, je vous convertirai ; les inimitiés précédentes deviendront des amitiés indissolubles et les terreurs actuelle? disparaîtront devant une sécurité inébranlable. Si dans le passé vous avez travaillé pour la terre, dans l'avenir vous travaillerez pour le ciel. Si dans le passé vous avez exposé votre âme à la poursuite des biens périssables, dans l'avenir r^us sauverez votre âme et vous acquerrez ces biens étern&lr dont Tœil ne saurait voir, l'oreille entendre, le cœur embras«
ser I3. divine magnificence *. Voilà ce que je vous prêche. Est-ce donc le langage d'un adversaire, d'un ennemi? Ou plutôt n'est-ce point la parolo du plus sage des conseillers, du plus tendra des pères. — N'importe, me dira quelqu'un. Je vous déteste! — Eh bien, moi, je vous aime du fond de mes entrailles. Je vous chéris, je chéris votre âme. Vous aurez beau me repousser, je ne vous abandonnerai pas. Je suis votre médecin ; je veux vous guérir. Et comme Notre-Seigneur sur la croix, je ne cesserai de redire : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font '. »
33. Telle était ceite éloquence de Chvysostome, telles étaient les ardeurs de sa charité et de son zèle pour Je salut des âmes. Ce magnifique discours fat travesti par les ennemis du grand orateur et l'on persuada à l'impératrice que l'homme de Dieu avait traîné dans la boue la majesté souveraine. Sur ces entrefaites, Théophilo arriva à Constantinople. Il ne lui fallut que vingt jours pour nouar tous les fils de sa conjuration. Nous en avons déjà fait connaître l'odieuse trame. Quand le patriarche eut enfin obtenu d'Arcadius l'autorisation de juger Chrysostome et d'examiner canoniqaement le libelle diffamatoire qu'il avait dicté lui-même aux deux diacres excommuniés, il se mit en devoir d'ouvrir enfin le fameux concile attendu depuis si longtemps. Acacius de Bérée, Severianus de Gabala, Antiochus de Ptolémais, ses principaux instruments, l'aidaient de touie leur influence. Ils s'étaient associés une nouvelle recrue ea la personne de Porphyre, successeur du vénérable Flavien sur le siège d'Antioc'oe. L'élection de Porphyre avait été un vrai brigandage. On se rappelle que la faction de Théophile avait essayé, quelques mois auparavant, de faire une enquête sur la jeunesse et les premières années de Chrysostome, dans l'espoir d'y rele rer des griefs qu'on pourrait faire figurer ensuite au procès. Les en; issaires envoyés à Antiucbe pour ce sujet s'abouchèrent avec un prêtre, de mœurs fort décriées, nommé Porphyre. Ils ne trouvèrent pas les chefs d'accusation qu'ils cherchaient, mais en revanche Porphyre
1 Cor., n, 9. — *Luc., xxiJi, 34 ; S, Joan. Chrys., In psalm. XLWJij passimj Patr. grœc.f tom. LV, col. 500-506.
SiO POSIIFJCAT Da s,Aii;x innocent 1 (1^1-417}.
se manifesta à leurs yeux comme un accusateur et à l'occasion un faux témoin dont la complicité pouvait être précieuse. Il s'agissait de l'investi? d'un caractère et d'une dignité qui passent avoir quelque prestige. Le moyen était simple. La mort de Flavien approchait. En réussissant à lui donner Porphyre pour successeur, on aurait ainsi d'un seul coup grandi le traître, et préparé ce singulier spectacle d'un patriarche d'Antioche accusant à la face de l'univers la plus grande illustration ecclésiastique qu'eût produite Anticche. Les événements réassirent au gré des conspirateurs. Aeace de Bérée, Severianus de Gabala et Antîocbus de Ftolémaïs, prévenus de la maladie de Flavien, se rendirent dans la métropole de la Syrie, afin de préparer toutes choses en vue de la prochaine élection. Ils eurent d'abord un peu plus d'obstacles à vaincre qu'ils ne le croyaient. Le peuple no partageait nullement leurs sympathies pour le prêtre Porphyre, il y avait un ecclésiastique vertueux qui depuis quarante ans édifiait toute la ville par sa charité, son dévouement et la régularité de sa vie. Il se nommait Constantius. Aussitôt que Flavien eut reçu les honneurs de la sépulture, un cri unanime se fit entendre. Constantius, évoque ! disaient hommes, femmes et enfants. Cette manifestation spontanée allait compromettre le succès de la conjuration. Acace de Bérée prit sur-lechamp une mesure énergique. Un de ses aflidés partit pour Constantinople, dénonça à l'impératrice Eudoxia le prêtre Constantius comme un fanatique dangereux et rebelle, qui soulevait les peuples de l'Asie contre l'autorité des souverains légitimes. Peut-être le fit-on passer pour un partisan de Gaïnas. Séance tenante, Eudoxia fit rédiger un décret de bannissement. Constantius devait être déporté dans une des oasis de i'Égypte. Prévenu à temps, il réussit Il s'évader et se réfugia en Chypre. Ainsi débarrassés d'un concurrent redoutable. Porphyre et ses trois protecteurs épiscopaux Étaient maîtres du terrain. Les quelques résistances locales qu'ils rencontrèrent encore furent bientôt brisées. Deux membres influents du clergé d'Antioche, Cyriacus et Biophante, furent incarcérés, et les autres se turent. Restait à tiiompher des répugnances populaires énergiquement prononcées contre Porphyre. Cette
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difficulté était plus sérieuse. On l'éluda habilem'^nt. Le jour où les païens célébraient les jeux olympiques en l'honneur d'Hercule, pendant que toute la population d'Antioche s'était portée au faubourg de Daphné pour assister à Cd spectacle, Porphyre, entouré de quelques clercs ses partisans, entra dans la basilique. Les trois évêques l'y attendaient. On ferma les portes et on procéda en toute hâte aux cérémonies du sacre. Le lendemain matin, Antioche apprit cette intrusion sacrilège. Ce fut un mouvement général d'indignation. Bientôt la foule se rua sur la demeure épiscopale et y mit le feu. Les trois prélats consécrateurs eurent le temps de se jeter dans la montagne et d'échapper à la fureur d'i peuple. Porphyre les accompagnait. Le soulèvement d'Antioche fut dénoncé à la cour comme une émeute suscitée par le parti rebelle de Constantius. Ordre fut donné au comte Valentinus, gouverneur de Syrie, de réintégrer Porphyre sur son trône épiscopal et de traiter les opposants en criminels de lèse-majesté. La rigueur de cette menace fit plier tous les courages. A la tête d'une légion de soldats, l'arme au poing et le glaive nu, Porphyre prit possession du siège métropolitain. Il était patriarche d'Antioche, ou du moins il en avait le titre, et ce fat en cette qualité qu'il parut au conciliabule du Chêne *.
34. On éprouve un sentiment de tristesse profonde et d'amer dégoût à enregistrer tant de scandales, de violences et d'infamies. Il faut cependant en avoir le courage. Autrement on ne comprendrait pas le dessein providentiel qui a livré l'Église d'Orient, en punition de ses crimes, à une décadence si profonde. Plaise à Dieu de lui envoyer enfm après l'expiation la renaissance ! L'aurore de jours meiUeurs semble se lever maintenant pour ces chrétientés dé» solées. Au moment où nous écrivons l'histoire de son passé lamentable, l'Église d'Orient semble prête à renouer les hens de communion avec le saint siège. Puisse-t-elle persévérer dans cette voie de salut et comprendre que tout son avenir est là! Quoi qu'il ^n soit,
» Pallad^ Diaiog. de Vita S. Chryscsi., cap. xvi ; Pair. grcBC., toia. XLVIF, ^' 54. 55.
îes q»jatre principaux assesseurs de Théophile triomphaient précisément de ce qui devait faire la ruine définitive de leur patrie. Ils eavaienî ^ue les légats du pape saint Innocent I, relégués par l'impératrice dans une citadelle de la Thrace, ne viendraient pas juger leurs attentats ni contrôler leur abominable conduite. Le patriarche d'Alexandrie avait amené avec lui vingt-neuf évêques égyptiens des provinces de la Maréotide ou de l'Heptanomide. C'étaient autant de voix acquises d'avance à l'iniquité. Cyrinus de Chalcédoine, compatriote et pareufe de Théophile, marchait avec eux. On avait fait venir les prélats simoniaques déposés au concile d'Éphèse. Nous en connaissons quatre nominativement. C'étaient Macaire, Paul d'Héraclée, Faustin et Eugnomonius. Le nom des deux autres ne nous est point parvenu. Gerontius de Nicomédie, l'ancien yoviroç de Milan, déposé une première fois par saint Ambroise et une seconde fois par ChrysosLomej était là, plus acharné que tous les autres à l'œuvre de la vengeance commune. « Jamais, dit saint Nil, on ne verra pareille réunion de pasteurs dépravés, d'artisans de mensonge, d'hommes de pestilence, mus par une jalousie infernale, dominés par l'esprit de Satan, foulant aux pieds la crwiite de Dieu, le respect des saints canons et le droit sacré de l'innocence *. » Une quarantaine d'évèques composaient en somme ce conciliabule du Chêne, si justement flétri par la réprobation de la postérité. Comme nombre, il ne dépassait donc pas la réunion des prélats restés fidèles à saint Jean Chrysostome. Mais là encore devait se produire un phénomène qu'on a remarqué à toutes les époques et dans tous les pays. C'est que, dans les conflits ardents où les passions sont soulevées, les gens de bien se laissent toujours effacer par l'audace des pervers. Dieu semble alors laisser le triomphe au désordre et au crime. La voix de l'équité, de la raison, du droit, de la justice, n'est plus écoutée. Elle se perd au milieu du tumulte et des vociférations des méchants. Une dernière remarque qu'il importe de ne pas négliger, c'est que, parmi cette factiorî impie qui allait se déshonorer pour jamais, se trouvaient
* M. Martin d'Agde, histoire de S. Jean Cfirysoatome, chap. xxzr, pag. iOS.
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Jeux personnages dont la sainteté individuelle a depuis mérité les honneurs de la canonisation. L'un était l'apôtre de la Perse, le pieux évêq u e Maruthas, appelé accidentelleraent à Constantinopîe pour les affaires de ^a chrétienté lointaine. Étranger aux intrigues ds Théophile, il savait fort mal la langue grecque et ne pouvait s© faire entendre qu'à l'aide d'un interprète. Maruthas assista au conciliabule, sans se douter le moins du monde qu'on abusait de sa présence et do son nom. Un autre saint y prit part, quoique dans un rang inférieur. Iln'était encore que diacre. Plus tard il devait ajouter une illustration nouvelle au siège d'Alexandrie que Théophile déshonorait. Cyrille, c'était son nom, avait à peine vingt-cinq ans. Il était neveu du patriarche qui l'avait élevé sous ses yeux, et qui lui avait laissé complètement ignorer les tristes et infâmes secrets de cette affaire. Habitué à le révérer comme un père, Cyrille eiàt cru l'univers entier coupable de tous les crimes, plutôt que d'attribuer une faiblesse à son oncle. Plus tard il sut la vérité, mais en ce moment sa piété filiale ;nettait un bandeau sur les yeux.
35- Il fallait un local pour les séances du conciliabule. Mais toutes les basiliques de Constantinople,relevant de rautorité de Cbrysosîf'me, étaient fermée à la faction de Théophile. L'astucieux patriarche n'était pas homme à reculer devant une difficulté rie ces genre. Il y avait près de VAposfoIeton, ou église du Chêne, bâtie par Rufin, de l'autre côté du détroit, dans le faubourg de Chalcédoine, un monastère spacieux. Le supérieur consentit à le mettre à la disposition de Théophile. Ce fut là que se tinrent les séances et c'est pour cette raison qu'on a donné à cette assemblée le nom de Conciliabule du Chêne. « Les factieux s'y rendirent tous, dit Théodore de Trimithunte. Or Dorothée, l'archimandrite du mooastère, était un intrigant qui espérait tirer parti poui ia vanité personnelle du service qu'il venait de rendre au patriarche. '1 sa présenta devant les évêques et sollicita l'honneur de siéger parmi eux. Malgré les réclamations dus commissaires impériaux, sa requête fut accueillie par Théophile. Les juges soutenaient qu'il t'était pas permis de tenir dô synodes dans un monastère, et XI. 33
qu'il fallait une église. Le patriarche passa outre et déclara la session ouverte. Aquiiinus, l'un des questeurs désignés par Arca- 5ius, prit ta parole et dit : Mes collègues et moi, nous avons été désignés pour remplir près d'un concile l'office de commissaires impériaux. Mais il n'y a point ici de concile. La majeure partie des évêques sont absents. Je ne vois point les légats du pape. Nous ne savons qui a donné l'ordre de se réunir ici. En tout cas, cette assemblée n'est ni canonique, ni légitime. — Acacius de Bérée répondit : La sacrée majesté de l'impératrice a daigné nous donner l'ordre de tenir ici nos séances, parceque l'archevêque de Constantinople nous refuse tout autre local. — Il me semble, reprit Aquiiinus, que vous faites intervenir ici le nom de l'Augusta d'une façon compromettante. L'impératrice n'a certainement pas eu la pensée de rien prescrire qui fût contraire aux lois. Le croire serait faire injure à sa majesté. Laissons à Jean Chrysostome le triste rôle d'outrager la souveraine, nul dans cette enceinte ne doit se permettre de l'imiter. — L'archimandrite prit la parole et dit à Aquiiinus : Vos observations sont pleines de justesse. Cependant, je suis témoin que l'auguste impéïatrice a donné l'ordre au concile de tenir ses séances dans ce monastère *. »
36. Aquiiinus, après cette déclaration formelle, n'insista pîus. Il comprit qu'il y avait des secrets augustes dont on ne lui avait point fait confidence. Il devina qu'un génie supérieur au sien dirigeait toute cette affaire. Le mémoire accusateur rédigé sous l'inspiration de Théophile fut présenté à l'examen du conciliabule. 11 contenait vingt-sept griefs contre saint Jean Chrysostome, Cette pièce importante nous a été conservée par Photius, non pas dans son ensemble, mais dans une analyse sommaire qui ne reproduit que les têtes de chapitres. Même en cette forme mutilée, le document est d'autant plus précieux pour l'histoire qu« les actes de l'assemblée du Chêne ne nous sont point parvenus. Voici ce chef-d'œuvre d'impiété et de mensonge. Chrysostome était accusé :
' Thr" or. Trimithunt., De vita S. Chnjsost., n» 80; PaU\ gnec, L XLVII, mi. 71.
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I. « D'avoir excommunié le diacre Jean, uniquement parce que ce dernier avait frappé Eulalius, un de ses serviteurs. »
On se gardait bien de dire que le serviteur Eulaiiaa avait expiré sous les coups que lui portait son maître.
II. « D'avoir flagellé un moine, de l'avoir changé d'nne chaîne de fer et de l'avoir fait incarcérer, sous prétexte que ce moine était possédé du démon. »
Il s'agissait d'un des émissaii es de Théophile, envoyé d'Alexandrie par ce patriarche pour accuser les Grands-Frères. Ce moine avait en effet été arrêté par les magistrats civils, à l'époque où un commencement d'enquête avait été confié aux juges du prétoire. C'était par ordre de ces magistrats que le malheureux, convaincu d'imposture, avait été flagellé et jeté en prison. Chrysostome n'était pour rien dans cette affaire.
III. « D'avoir vendu une quantité d'objets précieux appartenant aux églises de Constantinople. »
Ce grief se rapportait à la munificence avec laquelle le saint archevêque avait contribué, pour sauver l'empire, aux taxes énormes imposées par l'omnipotence de Gainas. On l'avait béni alors de sacrifier l'or et l'argent de l'Église afin de racheter du pillage et de la mort ses diocésains consternés. Maintenant on lui faisait un crime d'une libéralité à laquelle tous les Byzantins , depuis l'empereur jusqu'au dernier de ses sujets, avaient dû la vie.
IV. « D'avoir également vendu les marbres précieux achetés par son prédécesseur Nectaire pour décorer la colonnade de l'Anastasie. »
Ce grief avait la même origine et la même valeur que le précédent.
V. « D'avoir publié d'infâmes calomnies contre les clercs, de les avoir flétris par les épithètes de misérables, de corrupteurs, prêts atout faire pour trois oboles, et d'avoir écrit un li^re plein de pareils blasphèmes. »
Cette accusation ne tombait pas, on le conçoit, sur le traité de Sacardono^ dans leauel le saint archevêque avait tracé l'idéal d'un
vrsHi ministre de Jésus-Christ. Mais nous avons dit que Clirysostome, après sa promotion à l'épiscopat, avait eu à combattre dans Bon clergé l'abus des subintroductœ. Il avait composé à ce sujet ïe livre ; npos Tors exontas nAPOENors stneisartoïl*. L'arianisme avait tellement oblitéré le sentiment de la réserve sacerdotale et corrompu les mœurs du clergé que l'homme de Dieu avait dû revenir une seconde fois sur cette matière délicate, dans le traité :
HEPI TOr TAS KANONIKAS MH SrNOIKEIN ANAPASIN 2, Nous avons
encore ces deux ouvrages. Sauf le sujet qui est lamentable eï accuse dans l'Église d'Orient une tendance invétérée au relâchement et au désordre, funestes avant^coureurs du schisme, ces deux ouvrages de Chrysostome sont dignes de la sainteté de leur illustre auteur. L'antiguité ecclésiastique leur a rendu autant d'hommages que la faction dépravés de Théophile avait prétendu leur infliger de censures,
VI. « D'avoir traité le vénérable Épiphane de >Ieux radoteur et de petit démon. »
Nous avons raconté en détail l'épisode du vojag* de aaint Épiphane à Constantinople. Ce pieux évêque, trompé par les intrigues du patriarche d'Alexandrie, avait agi, durant les dix premiers jours de sa présence dans la capitale de l'Orient, avec le plus profond mépris pour saint Chrysostome. Mais celui-ci n'avait répondu à tint d'injustes procédés aue par des preuves répétées de condescendance et de vénération, dont le métropolitain de Chypre était d'ailleurs digne à tous égards. Il en était i-ésulté qu'Épiphane avait enfin ouvert les yeax et qu'il s'était hâté de quitter Constantinople, en assurant l'illustre archevêque de sop^imitié et de sa haute estime. Le grief à propos de saint Épiphane est donc une calomnie gratuite. On sait d'ailleurs que Jean Chrysostome et l'évêque de Salamîne n'eurent point l'occasion de se rencontrer personnellement, ni par conséquent d'échanger l'un avec l'autre aucune parole blessante. Aussi le novatien Socrate, en racontaat
* Adversus eos qui apud se habent virgines subinh'oduclQs ; Pair, grœc, tom. XLVII, col. 493-514. — * Quod regulares fœminœ viris cohabitare non deLeant; Pair, grœc, ibid., col 513-532.
one anecdote qui a visiblement trait à la sixième accusation du conciliabale du Chêne, croit-il devoir se servir d'une formule dubitative. « L y a, dit-il, des gens qui assurent qu'Épipnane, sur la point de s'embarquer, dit à Jean : J'emporte l'espoir que vous ne mourrez point évêque. — Et moi, répondit Jean, j'ai l'espérance gue vous ne remettrez pas le pied dans votre patrie. — Quelques ipersonnes m'ont raconté cet incident, ajoute Socrate. Mais je ne sais irop s'il faut les en croire, et je ne voudrais point l'affirmer *. » — La réserve du chroniqueur n'est que trop justifiée. L'anecdote est complètement fausse. Sozomène nous a conservé très-exactement le dernier message échangé entre Ghrysostome et l'évêque de Salamine. Son récit est confirmé par les biographes de saint Épiphane, et enfin par Théodore de Trimithunte, dont le témoignage, venu après tant de siècles, achève de dissiper tous les nuages et d'éclaircir toutes les difficultés.
37. Nous continuons l'examen rétrospectif du libelle diffamatoire.' Ghrysostome était accusé :
VIL « D'avoir calomnié Severîanus, évêque de Gabala, et d'avoir soulevé contre lui les ôexavoO; ~ (doyens) de Byzance. »
Le lecteur connaît toute l'histoire des rapports de Severîanus avec saint Ghrysostome. La calomnie, la duplicité et l'intrigue de l'évêque de Gabala ont été mises dans tout leur jour.
YIII. (( D'avoir, devant le synode du clergé byzantin, cité les trois diacres Acace, Edaphins et Jean, et de les avoir déposés sous prétexte qu'ils lui avaient dérobé son humerai, ou pallium '. »
Sozomène et Palladius nous ont déjà appris que ces trois diacres avaient été canoniquement déposés, l'un pour homicide, l'autre pour adultère et le troisième pour un crime non moins énorme mais qui n'est pas spécifié. Le prétexte donné ici par le libelle dif-
* Socrat., Hist. ecc^es., lib. VI, cap. xiv.
* Si le texte de Pliotias n'a point été altéré, et si Sîxavoûç n'est point ans faute de copiste pour 5'.ay.ôvo-j;, cette meution du décanat comme dignité ■ecclésiastique est la plus aucienoe que nous connaissions.
« Nous avons ici nne preuve péremptoire du respect de saint Ghrysostome pour les règles canoniques relatives au synode diocésain, et par conséquent OQe nouvelle réponse à opposer aux accusations de la, critique moderna
faaatoîre n'avait d'autre but que de faire prendre le chaude au pullic et de tourner en ridicule la personne de l'illustre arclievêque,
IX. « D'avoir conféré l'ordination épiscopale à Antonius, lequel aurait été convaincu du crime de violation de sépulture. »
On sait que la violation des tombeaux, non-seulement chez les chrétiens mais chez les païens eux-mêmes, constituait un attentai flétri également par les lois ecclésiastiques et civiles. Nous n'avons aucun détail sur Antonius. Il est probable que cet évêque étai^ l'un de ceux que le concile d'Ephèse avait élus pour remplacer les sîmoniaques déposés. Peut-être Antonius, en faisant quelques constructions ou quelques réparations d'églises, avait-il déplacé une sépulture. Ce prétexte aura suffi à la haine de Théophlîe pour le transformer en un violateur sacrilège des tombeaux chrétiens.
X. « D'avoir livré le comte Jean à la soldatesque ameutée contre lui. »
Ce comte Jean était le favori de l'impératrice Eudoxîa, Chrysostome l'avait conduit en effet à GaTnas dans les circonstances que nous avons fait connaître. Il lui avait sauvé la vie au péril de la sienne.
XI. « D'avoir sacré quatre évêques en une seule et même cérémonie. »
Ce fait, sur lequel nous n'avons pas d'autres renseigneiflents, avait dû se passer au concile d'Éphèse. Vraisemblablement, le» quatre évêques en question avaient été sacrés le même jour en présence de Chrysostome, mais non pas en une même cérémonie.
XTI. « D'être entré et sorti de l'église sans faire sa prière. »
XIII. « D'avoir ordonné des diacres et des prêtres ailleurs qu'au pied de l'autel. »
XIV. « D'avoir donné des audiences à des femmes seules et sans témoins. »