‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 57 sur 77 · CHAP. IV. — MORT DE SAINT ÉPIPHANE · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — MORT DE SAINT ÉPIPHANE

Sa réponse fut tellement accentuée que nul ne se méprit sur ses véritables intentions. Il déclara qu'à aucun prix il n'accepterait une pareille hospitalité. Dans le fait, il demeura à Constantmople sans vouloir consentir à aucune entrevue avec l'archevêque. On comprend l'effet que dut produire dans toute la ville une telle manifestation. Le patriarche d'Alexandrie n'était point encore arrivé. Mais ses émissaires l'informaient jour par jour des moindres détails de cet incident. Il s'applaudissait donc du succès de ses intrigues et se félicitait d'avoir pour auxiliaire à Gonstantinople le plus célèbre des évêques d'Orient, celui que, d'une commune voix, on désignait dans toute l'Asie sous le titre de « saint, » Épiphane ne se doutait guère du triste rôle qu'on lui faisait jouer à son insu. Uniquement préoccupé de la question dogmatique de l'origénisme, à laquelle nul autre que lui ne songeait à Gonstantinople, il réunissait dans des conférences particulières les évêques déjà arrivés, leur communiquait les décrets du concile de Chypre portant condamnation des erreurs d'Origène et les priait d'y apposer leur souscription. Quelques-uns d'entre eux y consentirent. Les autres s'y refusèrent. Théotime, métropolitain de Scythie, fut de ce nombre. Il motiva même son refus en termes énergiques. Je ne crois pas, disait-il, qu'il soit conforme aux règles de la justice et de la piété de condamner le nom d'Origène uniquement parce que des erreurs posthumes se sont accréditées sous son autorité. Nos pères avaient la plus haute estime pour cet illustre docteur. D^ quel droit, maintenant qu'il est mort, pourrions-nous faire un. procès à sa mémoire? Quand il vivait, sa doctrine était approuvée. Maintenant il y aurait une sorte de calomnie à lui prêter de» erreurs qu'il n'a peut-être jamais connues. Il y aurait surtout une irrévérence et un mépris profond pour l'antiquité ecclésiastique, dans un pareil jugement. — En parlant ainsi, Théotime tenait à la main un des écrits composés par Ougène. Il l'ouvrit et lut un pas» sage où le docteur alexandrin exposait avec toute la vigueur da son génie un des plus profonds mystères de notre foi. Quand il esaî terminé cette lecture, Théotime s'écria : Ne serait-il pas absurde d'envelopper dans un aaathème général des œuvres de ce genre f

434 ro:vïiFicAT ds saikï inijocent i (401-417).

En agissant akjsi, ou s'exposerait à condamner à la fois le bien et

le mal '. »

25. « Cependant, continue Sozoraène, Jean Chrysostome redoublait de prévenance envers Kpipbane. Il e faisait inviter aux syasxes et lui renouvelait ses instances pour qu'il acceptât chez lui Tbospitalité. Mais l'évêque de Salamine, persistant dans les mauvaises impressions qu'il avait reçues de Théophile, lui fit répondre que non-seulement il ne consentirait jamais à loger sous son toit, mais qu'il était décidé à rompre avec lui tout lien de prière et de communication ecclésiastique. Condamnez d'abord les erreurs d'Origène, lui mandait-il; chassez les hérétiques Ammonius, Dioscore et Euthyme. A cette condition, je communiquerai avec vous. — Mais Chrysostome ne pouvait prendre une pareille décision tant que la cause des Grands-Frères n'aarait pas été jugée par le concile spécialement convoqué à ce sujet 2. Une démarche de ce genre eût été contraire à toutes les règles du droit canonique. Chrysostome s'y refusa donc. Ce fut un triomphe pour les émissaires de Théophile. Leurs instances près d'Épiphane redoublèrent. Ils déterminèrent le pieux évêque à un éclat vrai- Hient scandaleux. Il fut convenu que le lendemain, qui était un jmanche, à l'heure où la synaxe ^ se tiendrait dans la basilique constantinienne des saints Apôtres, Épiphane entrerait dans l'église et lirait publiquement aux fidèles réunis le décret du concile de Chypre portant condamnation des erreurs d'Origène et des Grands-Frères Dioscore, Ammonius, Eusebius et Euthyme. L'évêque de Chypre devait en outre avertir les fidèles de Byzance que leur archevêque était soupçonné de favoriser cette hérésie. Le plan des émissaires de Théophile était fort bien conçu. Ils ne

* Sozom., Hist. eccles., llb. VIE- cap. xiv.

* On voit clairemeut cette fois <[u'il s'agissait formellement, dans la pensée de Sozomène, d'un concile régulièrement convoqué et dont la tenue avait été antérieurement décidée. Cette particularité est un argument de plu» en faveur de la nouvelle chronique dé xaffodore de Trimithunte.

* Il est inutile, je pense, d'avertir ici les lecteurs, que ce terme grec de synaxe {collecta) était l'un des nombreux vocables sous lesquels on désignait «a Orient la célébration dei 9aints mystères oa Messe solenoelle.

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