CHAP. V. — RAPPEL DE CIIRTSOSTOME
18. Massacres du jour de Piques. — 19. Lettre de Chrysostome au pap© saint Innocent I. — 20. Réponse du pape. — 21. Déoart de Chrysostoœ» pour l'exil.
12. Incendie de la basilique de Sainte-Sophie. — 23. Intrusion d'Acaciu». Sainte ISicareta. — 24. Le préfet Optatus. C^ûfesseurs et martyrs. — 25. Lettre du pape saint Innocent I à Chrysostome. — 26. Lettre du papa saint Innocent I au clergé et au peuple de Constantinople. — 27. Noble attitude du souverain pontife. — 28. Exil à Cucusa, -— 29. Déportation à Arabissus. — 30. Dernière translation. Mort de saint Jean Chrysoa» tome.
§ I. Rappel de Chrysostome*
i. Le départ de Chrysostome ne fit que redoubler la fureur populaire. Cette fois, dit l'historieu Socrate, ce fut un tumulte •ffroyable *. La multitude se porta en masse sur le palsds impérial, vociférant des malédictions contre Arcadius, le conciliabule impie et surtout contre Théophile et Severianus de Gabala. L'attaque fut vive ; il fallut toute l'énergie des soldats et des gardes pour protéger la demeure et peut-être la vie des souverains, dans ce premier moment d'effervescence. « Ainsi qu'il arrive d'ordinaire dans ces sortes de révolutions, ajoute Socrate, ceux mêmes qui précédemment n'avaient eu pour l'archevêquô que des sentiments d'indifférence on même de jalousie secrète, prenaient hautement son parS et s'apitoyaient sur son sort. Ils se joignaient à la foule pour récla- 5aer contre l'injuste sentence du synode et pour flétrir la violence d'Eudoxia. Théophile était devenu surtout l'objet de l'animadversîon pubhque. C'était sur lui qu'on faisait retomber la responsabilité de tous les événements. Il faut dire qu'en effet ce t)atriarche ne prenait guère la peine de dissimuler sa fourberie. Car, aussitôt
* Socrat« HisU écoles., Mb, VI, cap. xvi,
54£ PONTIFICAT DE SAINT INNOCENT I (4Ui--il7;.
après l'exil de Jean, on le vit rétablir dans sa commuaion Bioseorf^ et les Grands-Frères. Il était donc évident que ces moines n'éuueni pas à ses^'eux des hérétiques. Dès lors, l'accusation d'origériisrae intentée primitivement contre eux, n'avait été qu'un faux prétexta imaginé par Théophile pour obtenir la déposition de l'archevêque» Cette conclusion se présentait naturellement à tous les esprits. Jointe è mille autres indices non moins certains, elle perçait à jour l'odieus complot dont saint Chrysostome venait d'cire vie time *. »
2. Severianus de Gabala voulut braver le courant d'opinion, et entreprendre la justification du conciliabule sacrilège, a II parut dans la basilique, continue Socrate, et, du haut de l'ambon, prononça un discours où il ne craignit pas d'insulter l'archevêque déposé. Quand même, disait-il, Jean n'aurait pas été très-légitimement condamné pour beaucoup d'autres forfaits, son insolence était à elle seule un crime impardonnable. Dieu lui-même, Dieu dont la miséricorde infinie se montre indulgente pour tous les autre* péchés que peuvent commettre les hommes, Dieu résiste aux superbes. C'est la parole de l'Écriture. — A ces mots, le peuple éclata en cris de fureur et d'indignation. Théophile, averti du '^nger que courait l'oraieur téméraire , se mit à la tête d'une jscouade de soldats pour venir le défendre. Son apparition aux portes de l'église fut le signal d'une lutte acharnée où le sang coula des deux parts. Cette fois, il ne fut plus possible d'apaiser la fureur du peuple ni de tromper sa vigilance. Résolue à obtenir satisfaction ou à renverser le trône d'Arcadius, la multitude vint de nouveau envahir les abords du palais. Déjà les portes ébranlées cédaient sous les efibrts de mille bras. L'impératrice, éperdue, sentait toute l'îioirsur du danger. « C'en est fait de nous ! disaitelle toute en pleurs Qu'on ramène Jean. Autrement l'empire nouséchappe ! » En ce moment, comme si le ciel lui-même eût pris parti pour l'innocence persécutée, un orage épouvantable, accompagné de secousses de tremblements de terre, éclata sur la cité. Xe peuple ri'écriait que la vengeance divine allait enfin punir taut ^^orgueilleux scélérats*
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3. Eudoxia se mit à une table et écrivit de sa main ù lïllustre proscrit. « Je conjure votre sainteté, disait-elle, de c'^ire que je ne suis pour rien dans ce qui s'est passé. Tout a été rait à mon insu. Je suis innocente du crime qui a été commis. Des pervers avaient juré de répandre votre «ang; seuls, ils ont ti-amé tout ce complot. Dieu voit les larmes que je répands et que je lui offre ea sacrifice. Revenez au milieu de nous. C'est vous qui avez baptisé mes enfants, venez leur conserver le trône et la vie I »
4. Ce billet, écrit à la lueur de la foudre, entrecoupe par les terreurs simultanées de l'émeute grondante et des éléments déchaînés, conserve encore aujourd'hui, dans sa rédaction brusque et les hachures «e ses phrases, comme un témoignage vivant d'authenticité. Eudoxia ne se repentait pas devant le ciel et la terre conjurés, elle mentait, persuadée que le mensonge qui avait toujours été son moyen de règne suflirait encore à la sauver, elle et ses enfants. Cette femme était vraiment un type d'ignominie. Toutefois ii s'agissait, d'une part, d'apaiser le peuple ; de l'autre, de trouver moyen de faire parvenir le plus tôt possible à l'illustre proscrit ce nouvel ordre de la cour. On proclama devant la foule assemblée le décret qui rappelait l'archevêque, et l'on expédia ea môme temps un courrier à Chrysostome. Ce fut Briso ', l'un des
* Précédemment (page 394 de ce volume), en parlaut du couflit snrvena entre les processions ariennes et celles des catholiques de Constantinople au temps de Gainas, nous avons reproduit le récit d*3 Socrate qui sembhit faire entendre que Briso avait reçu alors uue blessure mortelle. BâXXetai [ib >t6f}) xarà (jisTw-ov Bftacuv ô Tr,; paai/ioo; £Jvoûy o;, ovy^-PÔtoùv t6t£ xoy; CfivwSoO;. 'ATr6).).uvTai 6è xat tive; toû ).aoù, è$ à|X2CT£pœv twv [xeçtôv. (Socrat., Hist. eccles., îib. VI, cap. VIII.) Maintenant, c'est le même historien Socrate qui nous apprend que l'eunuque Briso fut chargé en cette fameuse nuit, d'aller à la recherche de Chrysostome eiilé. neixçôîîç o-jv EpC^wv, 6 r?i; pact/.îôo; èyvoûxo?» (Socrat., Hist. eccles., Iib. IV, cap. xvi.) Sozomène tient ici le même langage que Socrate : 'Ev xàj^ei Te BptGffcova tôv à[iç' aOrriv Ttiatàv e-ivoy^ov Tîïjf.sjj^aa, (Sozomen., Hist. eccles., Iib. VIII, cap. xwiiï.) A moins donc de cu^poser qu'Eudoxia ait eu successivement deux eunuques ou chambellans du i^omda Briso, ce qui n'est pas probable, il faut entendre le premier récit de Socrate ians le sens quft Briso, frappé d'une pierre au front par les ariens, et laissé pour mort sur la place, avait survécu à cette blessure et avait plus tard repris son scfvice au palais.
chambellans de l'impératrice, qui reçut ce message. Il mit en ré« quisition tous les navires légers, toutes les barques du port, et les lança à la poursuite du navire qui la veille avait emmené Chrysostome. De son côté, Briso, suivant la route de terre et franchissant rapidement les distances au moyen des relais de la poste impériale, se dirigea sur Prœnetos, et y arriva quelques heures seulement après Chrysostorae. Il se jeta à ses genoux, le conjura d'oublier le passé et de revenir à Constantinople. En même temps, il expédiait nn courrier à Eudoxia, pour la prévenir de l'heureux succès de son voyage et lui mander que le saint archevêque ne tarderait pas à rentrer dans sa métropole.
S. A l'arrivée de ce message, l'ivresse de la population byzantine fut au comble. Le tremblement de terre était passé ; l'émeute oubliée. En un clin d'œil, la Corne-d'Or fut envahie par la multilude impatiente de revoir les traits de son pasteur bien-aimé. Le Bosphore se couvrit d'embarcations pavoisées qui , à force de rames et de voiles, se dirigeaient à la rencontre du navire attendu. Les femmes, les enfants, les vieillards, échelonnés le long de la côte, voulaient avoir le bonheur de l'apercevoir de loin. Les quarante évêques demeurés fidèles à Jean Ghrysostome durant les jours d'épreuve, avaient été amenés en triomphe jusqu'au port d'embarquement, oîi un navire les avait reçus à son bord et conduits au devant de l'illustre proscrit. On voulait qu'après lui avoir donné le dernier témoignage d'un dévouement inébranlable, ils fussent les premiers à saluer son triomphe. Enfin, le vaisseau qui portait tant de joie et d'espérances parut dans le détroit, et des acclamations enthousiastes s'élevèrent jusqu'aux cieux. Bientôt Ghrysostome mit pied à terre. Les cris de joie redoublèrent et des larmes coulèrent de tous les yeux. On se prosternait pour baiser la frange de son manteau, le sable du rivage où il avait posé le pied. Des torches de cire, des cierges furent allumés, et au chant d'un hymne de joie, une procession spontanément organisée se dirigea .ers Constantinople. De temps en temps, la toule se retournait, ^our s'assurer qu'on ne la trompait pas et qu'elle était bien réellement en possession de son patriarche Jbien-aimé. Quand tous