‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 65 sur 77 · CHAP. V. — RAPPEL DE CHÏIYSOSTOME, S · texte numérisé non relu

CHAP. V. — RAPPEL DE CHÏIYSOSTOME, S

les yeux l'avaient aperça de loin, inclinant la tête sur sa poitrine et poursuivant modestement sa marche, de nouvelles acclamations interrompaient les chants sacrés. La foule prévoyait de nouvelles déceptions. Mais elles devaient venir du côté où ou les attendait le moins. Les artifices de Théophile et de sa faclion ne devaient point se produire en ce jour de publique alléi^^'osse. « Or, dit Socrate, lorsqu'on fut arrivé au iaubourg de Mariana, près d'un palais appartenant à l'impératrice et nommé Anaplos, Jean s'arrêta tout à coup, déclarant qu'il n'irait pas plus loin et ne poserait pas le pied dans la ville jusqu'à ce qu'un concile régulièrement assemblé n'eiàt reconnu son innocence et levé Tinterdiction prononcée contre lui par le synode du Chêne *. » Ainsi parle Socrate, dont le récit est d'ailleurs confirmé par le témoignage identique de Sozomène, C'est là une nouvelle preuve du scrupuleux respect de saint Chrysostouie pour chacune des prescriptions canoniques. 11 était de règle, en effet, qu'un évêque oa un clerc déposé par un concile, ne pouvait être réhabilité que par une nouvelle décision synodale. L'homme de Dieu connaissait cette règle et la mettait en pratique. « Mais, ajoute Socrate, le peuple ne comprit rien à ce scrupule. Il s'imagina que c'était une nouvelle intrigue de l'impératrice. Des cris séditieux retentirent. Pour ne pas prolonger une scène qui pouvait dégénérer en émeute, Jean consentit à reprendre sa marche. Les rues qu'il avait à traverser étaient jonchées de fleurs et décorées de tentures. On parvint ainsi à la basilique constantinienne. Mais là encore, Jean refusa de monter sur le trône épiscopal. Sans entendre aucune raison, la foule le prit dans ses bras, le porta sur la chaire sacrée, et le contraignit de bénir son peuple. Ce n'était pas assez, et comme il persistait à dire qu'à moins d'une réhabilitation solennelle il ne voulait pas remplir Bes fonctions épiscopales, mille bras le portèrent à l'ambon. Quand il y fut ainsi porté malgré lui et que cette multitude se fut comme enivrée du bonheur de le revoir, il se fit un silence solennel et Chrysostome fut obligé de prendre la parole -. »

1 Sacrât., Ub. VI, cap. xvi; Sozomeii., lib. VJII, cap. XVJII. — ' Socrat. et fiozonjcu. lûc. cit.

r^ria pontificat de saint IN^NOCENT I (401-417).

6. « Qas dirai-je? s'écria-t-il. Quels mots puis-jc avoir sur les lèvres? Qae le Seigneur soit béni dans les siècles des siècles! Ctî lut mon adieu au départ, c'est ma salutation de bienvenue en ce retour inespéré. Je n'ai pas d'ailleurs cessé de répéter cette parole sur la route de l'exil. Je vous l'avais léguée comme un gage de consolation, je vous la rapporte comme une action de grâces. « Béni soit donc le Seigneur dans les siècles des siècles ! » Les situations sont différentes, l'hymne est le même. Fugitif et proscrit, je bénissais; revenu de l'exil, je bénis encore. Béni soit Dieu qui a permis mon expulsion; béni soit le Dieu qui a préparé mon retour! Béni soit le Dieu qui avait déchaîné les tempêtes; béni soit le Dieu qui les a calmées. Oh! puissé-je vous apprendre à le bénir toujours ! Bénissez-le dans les épreuves, pour en abréger la durée ; bénissez-le dans la prospérité, pour la rendre durable! Job lui avait rendu grâces dans l'opulence, il le glorifia dans l'adversité. Quisuis-je donc pour vous parler ainsi? Mais il n'importe, et quelle que soit ma faiblesse personnelle, je puis du moins vous dire que, dans les conjonctures si diverses qui viennent de se succéder pour moi, la disposition de mon âme est restée constamment la même. Le courage de votre pilote n'a été ni brisé par la tempête, ni amolli par le retour du calme. En raéloigaant de vous, je bénissais le Seigneur; eu vous contemplant de nouveau, mes bien-aimcs, je le bénis encore. On m'avait séparé de vous par la distance, on ne vous avait point ravis à mon cœur. A quoi donc ont abouti les intrigues des méciiants? Elles ont redoublé l'affection de mes anciens amis ; elles m'ont créé des amis nouveaux. Autrefois, dans cette enceinte, mes regards ne tombaient que sur des chrétiens. En ce moment, je vois des païens, des juifs, qui pleurent de joie en me contemplant. Autrefois nous n'avions d'auditoire que dans Tiatérieur de l'église, aujourd'hui la place publique continue l'église, et du fona de la place jusqu'ici on dirait une sfcule iète! Nul ne commande le silence, et tous sont silencieux et recueillis. Qai se doute seulement en ce jour qu'il pourrait y avoir dco jeux au cirque? Tout le monde est ici. Constantinople toat entière s'est donné rendez-vous à la maison de Dieu, On s'y

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