‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 19 sur 103 · XIV. iO · texte numérisé non relu

XIV. iO

Redones (Rennes), Edibius des Ambiani (Amiens), Sophronius des Veromandui (Vermand, Noyon), Maurusio d'Ebroicum (Évreux), Leontianus de Constantina (Coutances), Livanius (saint Levange) de Sylvanectum (Senlis), Eusèbe des Aurelii (Orléans), Theodosius (saint Théodose) d'Autissiodorum (Auxerre) , Aventinus (saint Aventin) de Carnutum (Chartres) K La loi 39. L'alliance entre l'Église et l'État dans la jeune monarchie

franque s'affirmait, on le voit, d'une manière solennelle pour la prospérité commune de l'État et de l'Église. La loi salique , révisée alors par Clovis dans le sens chrétien, n'est pas moins explicite. Voici le prologue de cette loi fameuse, qui semble, suivant la remarque de M. Augustin Thierry, affecter dans ses premières lignes une forme poétique et le texte d'un chant destiné à se graver dans toutes les mémoires. « La nation des Francs, illustre, fondée par Dieu son auteur, forte sous les armes, profonde en conseil, ferme dans les traités de paix, noble dans sa taille élancée, d'une blancheur et d'une beauté singulière, hardie, agile et rude au combat, depuis peu convertie à la foi catholique, pure de toute hérésie, lorsqu'elle était encore sous une croyance barbare, avec l'inspiration de Dieu, recherchant déjà la clef de la science, aspirant à la piété, adopta la loi salique dictée par les chefs qui étaient alors les juges du peuple. On choisit entre plusieurs quatre hommes : Wisogast, Bodogast, Salogast et Windogast, dans les lieux appelés Salaghève, Bodoghève, Windoghève ^. Ils se réunirent en trois mais ^, discutèrent avec soin toutes les causes des procès, traitèrent de chacune en particulier et formulèrent le texte de la loi. Puis, lorsqu'avec l'aide de Dieu, Clovis le chevelu, le beau, l'illustre roi des Francs, eut, le premier de sa race, reçu le baptême catholique, tout ce qui, dans le pacte primi-

» Labbe, Collcd. Concil., t. IV, col. 1403-1410.

- Gant veut dire bôle; glieve ou gau, canton, district. Sologast est l'hôte, l'habitant du canton de Sali; Bodogast, l'hôte du canton de Bode, etc. (Note de M. Guizot, Hist. de la civilisation en France, tom. I, pag. 242.) — Cf. tom. Xll de cette Histoire, la note des pages 391-394.

3 Mallum, assemblée des hommes libres.

tif, était jugé peu convenable fut amendé avec clarté, et ainsi fut dressée cette constitution sainte. Vive quiconque aime les Francs ! Que le Christ garde leur royaume et remplisse leurs chefs de la lumière de sa grâce; qu'il protège l'armée, qu'il munisse le peuple du rempart de la foi, et leur accorde les joies de la paix et les jours de la félicité, lui qui est le Seigneur des conquérants et le maître des rois. Car cette nation, petite par le nombre, mais grande par le courage, a brisé par la force des armes le joug que les Romains faisaient peser sur sa tête. Ce sont les Francs qui, après avoir reconnu la sainteté du baptême, ont recueilli précieusement et enchâssé dans l'or et les pierreries le corps des saints martyrs que jadis les Romains avaient brûlés par le feu, massacrés par le fer et jetés à la dent des bêtes féroces '. » — Il serait difficile d'imaginer une profession de foi plus chrétienne et plus digne d'un grand peuple que cette page qui ouvre le recueil des quatre-vingt et un titres dont se compose la loi Salique. L'article le plus célèbre et le plus souvent cité de ce code est le VP du titre LVIII, qui exclut les femmes du partage des terres patrimoniales : De terra vero Salicâ, nulla portio hœreditatis mulieri veniat ; sed ad virilem sexum tota terrœ hœr éditas per veniat -. De là est venue cette maxime aussi ancienne que la monarchie elle-même : <( Le royaume de France ne tombe pas de lance en quenouille : » Regnum Franciœ non cadit ad fusum e lancea. Ainsi que la loi burgonde, celle des Francs repose tout entière sur le principe du wehr-ghild, ou composition, appliqué aux malfaiteurs. L'énumération des délits est presque la même dans les deux lois : vol de bestiaux, de brebis, de porcs, de chiens, de chevaux, d'oiseaux, d'arbres, de moissons, de fruits, d'abeilles ; rapt d'esclaves, de jeunes garçons, de jeunes filles, d'hommes ou de femmes de condition libre. Les crimes sont le meurtre commis sur l'esclave ou l'homme libre, les sévices ou blessures graves, la violation des tombeaux, l'incendie ou le pillage des églises, le faux témoignage, le vol avec effraction ou effusion de sang. Tous les délits et crimes, même celui de

' Lex salica, prolog. Paris, Firmin Didot, 1828. — * Ibid., pag. 210.

meurtre, sont rachetables au moyen d'une composition et d'une amende fixées d'avance par la loi. Dans la condition encore nomade et aventureuse des Francs, l'incarcération pour délits eût été à peu près impraticable. Des prisons annoncent un état stable, et ne conviennent pas à un peuple campé sous la tente comme une armée. Il est remarquable que la faculté de rachat des peines afflictives est accordée même aux esclaves. Le meurtre n'est pas, comme chez les Burgondes, puni de mort. Cette différence entre les deux législations accuse un degré d'infériorité relative dans la civilisation des Saliens, chez lesquels le respect pour la vie de l'homme n'avait point encore pénétré assez profondément sous l'influence encore trop récente du christianisme. Quoi qu'il en soit, dans son ensemble la loi des Francs nous apparaît empreinte d'un caractère particulier de douceur qui tranche avec les coutumes des autres races barbares, et explique la sympathie générale qui accueillit leurs premières conquêtes dans les Gaules. Dernières 40. GcUes qui marquèrent les dernières années de Clovis ne ciovis. furent que des usurpations sanglantes. Autour de ce prince, subsistaient encore plusieurs chefs indépendants : Sigebert le Boiteux à Cologne, Cararic à Térouanne, Ragnacaire à Cambrai, Regnomer chez les Cenomanni (Mans). Clovis les immola successivement à son ambition, avec une perfidie qui ne prenait pas même la peine de se dissimuler. Du palais des Thermes, oii il demeurait à Paris, il envoya un message secret à Chlodéric, fils de Sigebert, et lui manda : « Voici que votre père est vieux et qu'il boîte de son pied malade. S'il venait à mourir, son royaume vous appartiendrait de droit, ainsi que notre amitié. » Cette insinuation fit naître dans le cœur de Chlodéric la pensée d'un parricide. Un jour Sigebert, sortant de Cologne, traversa le Rhin et s'enfonça dans la forêt de Buconia (Fulde). Vers l'heure de midi, il sommeillait dans sa tente, lorsque des meurtriers soudoyés par son fils le poignardèrent. Chlodéric se hâta de transmettre cette nouvelle à Clovis. « Mon père est mort, lui annonçait-il ; son royaume et ses biens sont en mon pouvoir. Dépêchez-moi quelques-uns de vos officiers et je leur remettrai parmi ces trésors ce qui pourrait vous convenir. »

CnAP. II. — ÉGLISES DES GAULES. 149

Des envoyés francs ne tardèrent point à arriver à Cologne. Chlodcric leur fit voir les trésors du palais. « Voici, leur dit-il en montrant ua coffre de fer, le lieu où mon père entassait ses pièces d'or. — Videz-le jusqu'au fond, répondirent les envoyés, afin de savoir ce qu'il renferme ; car tout vous appartient. — Chlodéric se baissa pour plonger ses mains dans le coffre. En ce moment, l'un des envoyés leva sa francisque [bipennem) et lui fendit le crâne. Clovis se rendit alors à Cologne, convoqua le peuple et dit : Écoutez-moi. Pendant que je naviguais sur la Scaldis (l'Escaut), Chlodéric, fils de mon parent Sigebert, nourrissait des projets parricides et faisait courir le bruit que je voulais moi-même la mort de Sigebert. Celui-ci crut devoir s'enfuir, pour échapper à la fureur d'un fils dénaturé. Mais pendant qu'il traversait la forêt de Buconia, Chlodéric le fit égorger par des brigands. A son tour, Chlodéric vient d'être assassiné, je ne sais par qui, au moment oii il ouvrait les trésors de Sigebert. Je ne suis nullement complice de tous ces forfaits. Loin de moi la pensée horrible de verser le sang de mes proches ! Mais enfin, ce qui est fait, est fait. Je vous ouvre un conseil ; suivez-le, s'il vous est agréable. Donnez-vous à moi, je saurai vous défendre ! — A ces mots, les guerriers de Cologne agitèrent leurs boucliers en signe d'assentiment, et poussèrent des clameurs enthousiastes, Clovis, élevé sur un pavois, fut mis en possession du royaume et des trésors de Sigebert '. » — Il tourna ensuite ses armes contre le roi de Tarvenna (Térouanne), Cararic. Ce prince, on se le rappelle, avait jadis gardé la neutrahté dans la lutte entre le roi des Francs et Siagrius. Ce fut le motif que Clovis mit en avant pour ces tardives représailles. Cararic fut pris avec son fils. On leur coupa leur longue chevelure, symbole de la puissance, et Clovis les fit tous deux ordonner prêtres. « Un jour, dit Grégoire de Tours, Cararic pleurait en songeant à ses malheurs. Son fils lui répondit en montrant sa tête rasée : Les branches qu'on a coupées là appartiennent à un arbre encore vert ; elles refleuri-

> Greg. Turon., Hist. Franc, lib. II, cap. xl; Pair, lat., tom. cit., col. 237,

ront. Plaise à Dieu que l'auteur de nos infortunes meure en aussi peu de temps que mes cheveux mettront à repousser ! — Ce mot fut rapporté à Glovis, qui donna l'ordre de décapiter les deux princes. » — « Or, continue Grégoire de Tours, le roi de Gameracum (Gambrai), nommé Ragnacaire, était un païen féroce dont les violences, les cruautés, ne connaissaient pas de frein. Il avait pour favori et conseiller un débauché comme lui, nommé Farro. Ce ministre brutal-, toutes les fois qu'on apportait à son maître soit des présents, soit des mets pour la table royale, avait coutume de dire : Voilà qui va bien pour le roi et son fidèle Farro ! — Les Francs ne pouvaient supporter son arrogance. Glovis en fut informé ; il fit distribuer aux leudes * de Gameracum des bracelets et des baudriers qui paraissaient d'or. En réalité, ils n'étaient que de cuivre doré ; mais la fraude ne fut découverte que plus tard, et cette largesse du roi des Francs lui gagna tous les cœurs. Il en profita pour se mettre en campagne avec son armée et s'approcher de Gambrai. Ragnacaire, surpris à l'improviste, envoya quelquesuns de ses leudes ' reconnaître l'ennemi. Ils revinrent et lui dirent : C'est une troupe alliée qui vient se mettre à votre disposition et à celle de votre fidèle Farro. — Quelques heures après, Glovis et les Francs entraient dans la ville. Ragnacaire leur fut livré pieds et poings liés. Pourquoi, lui dit Glovis, as-tu laissé humiher à ce point notre royale famille? Il valait mieux mourir que te laisser enchaîner ! — Et en parlant ainsi, il lui trancha la tête de sa framée. Le frère de ce malheureux était là. Si tu avais secouru le roi, ton frère, comme tu en avais le devoir, lui dit Glovis, il n'eût pas été enchaîné par ses leudes. — Et il l'étendit mort à ses pieds. Cependant les leudes reconnurent que les présents de Glovis n'étaient que de cuivre doré. Ils osèrent s'en plaindre : C'est bien assez, leur ditil, pour des traîtres qui ont livré leur roi au supplice !» — « Les deux princes de Gameracum, ajoute Grégoire de Tours, étaient proches parents de Glovis. Il leur restait un frère, nommé Rigno-

» Leude, leute, liude, dans les anciennes langues teutoniques, signifiaient proprement peuple, gens. Quelquefois ce mot s'appliquait d'une manière spéciale aux compagnons du roi.

ClIAP. II. — ÉGLISES DES GAULES. 151

mer, qui commandait dans la ville des Cenomanni (Mans). Clovisle fit assassiner, et réunit ainsi toute la Gaule septentrionale à ses domaines. Il en usa de même envers plusieurs autres rois et chefs qui lui étaient alliés par la naissance, de peur qu'ils ne disputassent la souveraineté à lui ou à ses fils. Un jour cependant, ayant rassemblé ses guerriers, il feignit de déplorer l'extinction de presque toutes les branches de la famille royale des Francs. Malheur à moi ! dit-il. Je reste comme un voyageur au milieu des étrangers. Je n'ai plus de parents pour me secourir, si l'adversité frappait à ma porte. — Il parlait ainsi, reprend l'annaliste, non pas qu'il s'affligeât de la mort des siens, mais son langage était une ruse nouvelle, pour découvrir s'il lui restait encore quelques parents à faire mourir *. »

M . (( Cependant, continue Grégoire de Tours, ce fut lui qui mourut ^^o''^ "Je

■^ ° ' ■• Clovis. Par-

le premier (27 novembre oll), dans la cité des Parisii. Il fut inhumé tag« de ses

^ ^ . ^***^ entre

dans la basilique des Saints-Apôtres, qu'il avait élevée de concert «es quatre avec la reine Clotilde. Sa mort eut lieu cinq ans après la bataille de Voclada (Vouillé). Son règne en avait duré trente. Il n'était âgé lui-même que de quarante-cinq ans. Depuis la mort de saint Martin jusqu'à celle de Clovis, cent douze ans s'étaient écoulés ^. Après la perte de son époux, la reine Clotilde vint se fixer à Tours, servant en toute chasteté et bienveillance la basilique du bienheureux Martin, et ne visitant plus que rarement la cité des Parisii ^. » — <( Le royaume de Clovis fut partagé entre ses quatre fils : Theuderic (Thierry I), Chlodomer (Clodomir), Childebert et Chlotocarius (Clotaire I) *, en portions d'une étendue fort inégale. Thierry, l'aîné,

1 Id., ifjid., cap. XLi, xLii ; tom. cit., col. 238-240.

* Nous avons déjà dit que la date donnée ici par Grégoire de Tours est fort controversée, et que la chronologie u'a point encore fixé l'année précise de la mort de saint Martic. (Cf. tona. XII de cette Histoire, note, pag. 46.)

' Greg. Turon., Hist. Franc, lib. II, cap. XLiil et ultim.; Pair, lat., t. LXXl, col. 240.

* On sait qu'en ces derniers temps l'étude étymologique des noms propres d'hommes et de lieux a fait des progrès considérables, sous l'influence de M. Aug. Thierry, et qu'elle a réformé avec juste raison un certain nombre de décisions erronées, trop légèrement admises sur nos origines nationales, avant qu'on eût compris la nécessité de remonter à la langue des Germains

eut le lot le plus considérable. Au midi, les Ruthènes (Rodez), les Arvernes (Glermont), le territoire d'Albi dont il avait aidé son père à faire la conquête; à l'est, la France transrliénane, les territoires de Trêves, Mayence, Cologne. Il fixa sa résidence à Metz, et son royaume commença à prendre le nom d'Austrie ou Austrasie {Oster-7ike, royaume de l'est). Clodomir occupa la Gaule centrale, c'est-à-dire les provinces des Garnutes (Chartres), des Cenomanni (Mans), des Andegavi (Angers), des Turones (Tours) et des Bituriges (Bourges). Il séjourna à Orléans. Ghildebert prit l'ouest de la Gaule, la Neustrie [Ni-oster-rike^ royaume de l'ouest), comprenant les provinces qui s'appelèrent depuis l'Ile de France, la Picardie, la Normandie, la Haute-Bretagne et l'Aquitaine occidentale. Il résida k Paris. Glotaire, le plus jeune, fut le moins bien partagé. Sa domination ne comprit guère que la Belgique occidentale, depuis Soissons sa capitale jusqu'à l'embouchure de la Meuse. « Cependant, ajoute Grégoire de Tours, la division territoriale ainsi répartie fut acceptée sans conteste par les quatre frères. En demeurant unis, ils conservaient une force considérable. Aussi Amalaric, fils d'Alaric II, qui régnait alors en Espagne, demanda la main de leur sœur, nommée Clotilde comme sa mère. Les quatre rois accueillirent favorablement cette proposition, et la jeune princesse comblée de présents partit pour l'Espagne '. » Elle devait y trouver le martyre.

et des Celtes pour fixer la valeur de uotre vocabulaire franc. Nous résumons ici ks principales découvertes dues à ce système qui est le seul vrai. D'abord, le nom de Franc ne veut point dire libre, comme on l'a cru si longtemps. Frek, freng, frank, wrang, selon les différents dialectes germaniques, répond au mot latin ferox, dont il a tous les sens favorables et défavorables : lier, intrépide, orgueilleux, cruel. (Ang. Thierry, Temps mérovingiens, tom. \, pag. 45, édit. in-12.) Nous avons déjà indiqué l'étymologie de Phararaoud {whar-mund, bouche vraie). Voici l'explication des autres uoms francs de la race mérovingienne. Clodion {H/odio, hlod) signifie célèbre. Mérovée {Merovng), éniinent guerrier. Childéric [Uilde-rik), fort ou brave au combat. Clovis [lUodo-wig), célèbre guerrier. Clotilde {Clirotechildis-Hrole-hild), vaillante conseillère. Thierry {Theode-rik) , brave ou puissant parmi le peuple. Clodomir (Illodo-mir), chef célèbre. Childebert [Hilde-berl), brillant dans le combat. Clotaire {lUot-her), célèbre et émineut. Gondebaud {Gunde-buld), rude combattant.

» Greg. Turon., HisU Franc, lib. III, cap. i;Patr. lut., tom. LXXI, col. 242.

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42. La bienheureuse vierge Genovefa ne survécut que quelques Mort de mois à Clovis. « De retour à Lutèce, après un pèlerinage au tom- Gencvièye. beau de saint Martin, dit son biographe, la thaumaturge continuait à guérir les malades par l'onction de l'huile bénite. Un jour on lui amena un démoniaque, et comme elle voulait lui faire l'onction accoutumée, il se trouva que l'ampoule était vide. Troublée de ce contre-temps, la servante de Dieu ne savait que faire, car le pontife qui seul bénissait l'huile dont elle se servait était absent. Elle s'agenouilla et se mit en prières, suppHant le Seigneur de faire miséricorde à l'infirme. Quand elle se releva, l'ampoule se trouva pleine d'huile; la vierge fit l'onction sur l'énergumène, qui fut aussitôt délivré. Dix-huit ans se sont écoulés depuis lors, ajoute le biographe, et j'ai vu de mes yeux l'ampoule contenant encore quelques gouttes de cette huile miraculeuse. Je ne décrirai point en détail la mort de la sainte, ni les honneurs qui entourèrent ses funérailles, pour ne pas trop allonger ce récit. Genovefa mourut chargée d'années et de vertus. Elle était âgée de quatre-vingt-neuf ans, quand elle quitta ce siècle pour émigrer vers le Seigneur. Son corps fut déposé en paix dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul sur le mont Leucotitius, le III des nones de janvier. Deux miracles signalèrent ses obsèques. Un adolescent, nommé Pudens, souffrait d'une maladie incurable. Ses parents en pleurs l'amenèrent au sépulcre de la bienheureuse vierge, et à l'instant l'infirme fut guéri '. Un Goth, paralysé des deux mains, passa la nuit en prières sur le tombeau de la sainte, et le lendemain son infirmité avait disparu. L'éghse oii Genovefa fut inhumée, près de la tombe de Clovis, n'était point encore achevée. La reine Clotilde termina cet édifice, et en fit décorer le triple portail par des peintures représentant les patriarches, les prophètes et les martyrs. Rémi, évêque de Durocortorum (Reims), celui qui avait baptisé Clovis, en fit solennellement la dédicace en

' Quem cum ab infirmiiate calculi nimium afflictum parentes sui vivere desperarent, et ad iumulum sanctœ virginis Genovefœ, cum fldui et 'jemitibus medelam ejus œgritudinis implorassent , ipsa die, lapis ab eadem infirmitatc generatus, ab eodem egressus est. Vlteriusque eum predicta infirmitas non vexavit. (Bolland., Act. S. Genovef., 3 jan.

présence des trois princes Clotaire, Ghildebert et Glodomir. Après la mort de la très-bienheureuse Geneviève, on entretint sur son tombeau une lampe allumée dont l'huile guérissait les malades. Il arriva fréquemment que, sans être renouvelée, cette huile se multipliait d'elle-même sous la main des fidèles qui venaient constamment y puiser, comme à une source intarissable '. » On sait que la basilique primitive changea son vocable des Saints-Apôtres pour prendre celui de sainte Geneviève, et devint le centre d'une abbaye, qui porta elle-même le nom de la glorieuse vierge et qui subsista jusqu'à l'époque de la Révolution française '.

§ III. Église d'Orient.

Persécntion 43, L'histoirc de l'église des Gaules, dont nous n'avons pas voulu

de Thrasa- 07 x-

mond en interrompre le récit, nous a fait anticiper sur la marche chronolos. Fuigence gique des événements et perdre de vue les autres parties du monde

et les exilés ° ^ ^ ^

de Cagiiari. chrétien. L'Afrique, après un court intervalle de paix, voyait la

1 Bolland., Ad. S. Genovef., 3 jan.

' Le 6 novembre 1793, la châsse de sainte Geneviève fut portée à la Monnaie par la section dite du Panthéon. Un arrêté du 21 du même mois ordonna que les ossements de la bienheureuse « seraient brûlés en place de Grève. » La sentence fut exécutée Je 3 décembre suivant. Le 3 janvier 1822, Ms' de Quélen inaugura la nouvelle église de Sainte-Geneviève, fondée en 1757 par Louis XV, à la suite d'un vœu fait par ce prince douze années auparavant, lors de la maladie soudaine qui faillit l'enlever à Metz. L'archevêque de Paris avait pu obtenir cinq fragments authentiques des reliques de sainte Geneviève qui avaient été détachés de la châsse de la bienheureuse, dans la période du moyen âge, en faveur de diverses églises de la province. On conserve à Saint-Étienne-du-Mont (Paris) le tombeau primitif de la sainte. Voici l'inscription qui en fait foi : « La pierre du tombeau de sainte Geneviève, offerte ici à la vénération des fidèles, est celle qui a reçu le corps de la sainte le 3 janvier 512. Elle a gardé ces restes précieux pendant cent vingt ans. Après qu'ils eurent été déposés dans la châsse que saint Éloi leur avait préparée, et [ilacés dans l'église supérieure de l'abbaye, la pierre du tombeau, religieusement conservée dans l'église souterraine, demeura l'objet de la piété des fidèles jusqu'à la révolution de 1793. Le 3 décembre 1803, elle a été transférée de l'église ruinée de Sainte-Geneviève en celle de Saint- Etienne-du-Mont, par les soins de M. de Voisins, curé de la paroisse, avec l'autorisation do S. Em. M?' le cardinal de Belloy, archevêque de Paris. »

cnAP, II. — ÉGLISE d'orient. 155

persécution contre les catholiques se renouveler par les ordres de Thrasamond (49G). Le système qu'il adopta contre ses sujets orthodoxes ne consistait plus en violences ouvertes, en supplices barbares, en exécutions sanglantes. Thrasamond espérait séduire les catholiques en leur promettant des charges, des dignités, de l'argent ou des faveurs. Toutefois il exila de nouveau saint Eugène, évêque de Carthage, qui mourut l'an 505 à Albi, dans les Gaules, ville alors sous la domination arienne des Visigoths ; et il défendit sous les peines les plus sévères d'ordonner des évêques aux sièges vacants, pour interrompre ainsi la perpétuité du gouvernement ecclésiastique et empêcher la succession de l'épiscopat. D'un commun accord , le clergé des diverses provinces résolut de refuser l'obéissance à ce décret tyrannique. Toutes les chrétientés furent comme par le passé pourvues de pasteurs. L'Église d'Afrique, si fertile en grands hommes et en saints illustres, semblait vouloir, avant de s'éteindre pour de longues années, retrouver la fécondité de sa jeunesse. L'élection de saint Fulgence au siège de Ruspe, dans la Bysacène, fut une des premières et des plus glorieuses violations des récents édits (508). Le nouvel évêque conserva les pratiques de la vie monastique au milieu des honneurs de sa dignité. La première institution de son épiscopat fut la fondation d'un monastère dans la ville de Ruspe. Il y demeurait avec les frères, vêtu comme eux, partageant leurs mortifications et leurs travaux, ne se distinguant entre tous que par son humilité, sa douceur, sa patience et ses extraordinaires austérités. Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis sa promotion à l'épiscopat, lorsque Thrasamond l'envoya prendre par ses satelhtes, et le fit déporter en Sardaigne avec soixante autres évêques africains. Ces confesseurs de Jésus-Christ emportèrent avec eux dans leur exil le corps de saint Augustin qui demeura deux cents ans à Cagliari, comme si les ossements du docteur de la grâce eussent dû abandonner leur patrie, quand leur patrie elle-même abandonnait la doctrine de la grâce et la voie de la vérité.

Siiième 44. Le pape Symmaque, touché des souffrances des confesseurs

6t dernier

concile de africains, leur fournissait chaque année les vivres et les vête- Symmaque. ments nécessaires. Le roi Théodoric lui-même voulut s'associer à cette œuvre de charité. Symmaque, dont l'âme se dilatait à proportion des infortunes, consacrait annuellement des sommes considérables au rachat des captifs. Il écrivait aux exilés des lettres de consolation, oii il prodiguait toutes les expressions de sa tendresse et de sa sollicitude paternelles. Le zèle du saint pape pour le maintien des droits de l'Église était égal à sa charité. En 504, il avait tenu à Rome un VP concile, dont les décrets portent l'empreinte d'une vigueur vraiment apostolique. Ils sont spécialement dirigés contre l'usurpation des domaines ecclésiastiques par les princes ariens. '( C'est un sacrilège dont Dieu se réserve le châtiment, disait le pape, que les souverains d'un pays enlèvent à l'Église ce que les fidèles lui ont offert pour la rémission de leurs péchés et le salut de leurs âmes. Anathème donc à qui retiendra injustement, ou contestera de mauvaise foi, la propriété des biens ecclésiastiques ! Tout acte de ce genre, exécuté même par les ordres du prince, est entaché d'injustice et nul de plein droit'. » A la lecture de ces décrets énergiques, les pères du concile répondirent par des acclamations unanimes. La fermeté de ce langage, au commencement du vi^ siècle, sous un roi arien, est digne de fixer l'attention. Elle fait le plus grand éloge de Théodoric qui non-seulement ne s'en offensait point, mais conformait entièrement sa conduite à de semblables décrets rendus par les évêques catholiques. L'église de Narbonne avait été injustement spoliée. Théodoric fit écrire immédiatement au duc Ibas, son général, commandant la province romaine dans les Gaules, et lui ordonna de réparer le dommage. II montra la même bienveillance en faveur de l'église de Milan, dontl'évêque Eustorgius avait été dépouillé des propriétés territoriales que son siège possédait en Sicile. « Notre volonté est, disait-il, que personne n'ait à souffrir d'injustices sous notre règne. La gloire d'un souverain consiste dans la sécurité de ses sujets. » — « Réprimez vigoureusement toute tentative d'oppression, mandait-il à Ibas, afin de vous

1 Labb., Concil., tom. IV, col. 1373.

d'Orient.

cnAP. II. — ÉGLISE d'orient. 157

rendre illustre dans la paix, comme vous l'êtes déjà dans la guerre ' . » 43. Ainsi l'Église, forte de l'union qui régnait entre le pape et Persécution

del'empereur

le roi, poursuivait en Occident le cours de ses pacifiques con- Anastase

coiilrc Igs

quêtes. Il n'en était pas de même en Orient. Anastase, un instant catiioiiques détourné de ses projets anticatholiques, par une guerre contre les Perses qui dura trois ans, reprit en 503 la politique hostile déjà inaugurée contre l'Église au commencement de son règne. Secondé par les intrigues de Xénaïas évêque monophysite d'Hiérapolis et par les artifices du moine Scverus, ancien secrétaire de Pierre Monge, il eut bientôt rallié à l'eutychianisme un parti formidable. Le patriarche de Constantinople, Macedonius, malgré les antécédents fâcheux de sa promotion, opposa une résistance héroïque à ces entreprises impies. La populace byzantine, toujours prête à saisir les moindres prétextes d'agitation, se rua sur le palais épiscopal et sur les édifices de l'Église. Le sang coula à grands flots. Cependant Macedonius ne cédait pas. Anastase suborna pour l'assassiner un scélérat nommé Ascholius, qui manqua son coup et fut découvert. Le patriarche, loin de poursuivre la punition de ce crime, prit le coupable sous sa protection et lui fit une pension annuelle. Une telle magnanimité ne toucha point l'empereur. Il fit proposer à Macedonius et aux autres évêques d'Orient deux mille livres d'or, s'ils voulaient procéder à la condamnation des décrets du concile de Chalcédoine. Le patriarche répondit qu'on ne pouvait prendre une telle détermination sans un concile œcuménique, présidé par le pape. L'empereur irrité ôta le droit d'asile à son église, et le transféra aux temples des hérétiques. Macedonius demeura ferme, et fulmina une sentence d'anathème contre tous les adversaires du concile de Chalcédoine. Les esprits s'aigrissaient chaque jour davantage. Dans un soulèvement des hérétiques, secrètement excité par Anastase, les catholiques parcoururent les rues et les places pubhques en criant : « Chrétiens, c'est le temps du martyre. N'abandonnons pas notre père ! » Le lâche empereur, auteur volontaire de tous ces désordres, s'épouvanta tellement des proportions que

1 Cassiodor., Variar., lib. IV, Epist. xvii; lib. Il, Epist. xxix; Patr. lut., tom. L\IX, col. 622 et 5C3.

prenait l'émeute, qu'il fit préparer des vaisseaux pour s'enfuir. La nuit suivante, il manda le patriarche, lui jura hypocritement qu'il voulait désormais embrasser la doctrine cathoHque, et lui présenta en conséquence une profession de foi captieuse où il déclarait adhérer aux décisions des deux premiers conciles de Nicée et de Constantinople, sans parler de ceux d'Éphèse et de Chalcédoine. Macedonius, plein de confiance dans un retour qu'il croyait sincère, n'aperçut pas l'artifice, reçut la déclaration d'Anastase et la souscrivit imprudemment lui-même. C'était signer l'Hénotique de Zenon. Les religieux catholiques du monastère de saint Delmatius lui dessillèrent les yeux, et lui montrèrent son erreur. Il publia aussitôt une rétractation éclatante, oiiil déclarait tenir pour hérétique quiconque n'admettait pas le concile de Chalcédoine. Exil de 46. L'empereur répondit à cette courageuse protestation en fai-

Macedonins, i.i it a >t^i

patriarche de saut déporter Macedoums dans le heu même ou Luphemms, son nopie. prédécesseur, achevait son exil (510). Le concile de Chalcédoine était la terreur des monophysites, ou eutychéens. Les actes originaux de cette fameuse assemblée étaient déposés dans les archives de l'église de Constantinople. Quelques jours avant le bannissement de Macedonius, Anastase les lui fit demander, sous prétexte d'une recherche à y faire. Le patriarche, prévoyant le sort qu'on réservait à ce dépôt sacré, scella les registres de son anneau et les plaça sur l'autel , comme pour les mettre sous la garde de Dieu lui-même. La majesté du sanctuaire n'arrêta pas l'empereur. Il se fit apporter les procès-verbaux, les mit en pièces, et en jeta les débris au feu. Macedonius fut remplacé sur le siège de Constantinople par Timothéc, prêtre notoirement sacrilège, que ses vices seuls avaient pu recommander au choix impérial. La plupart des ecclésiastiques orthodoxes furent jetés dans les prisons; quelques-uns se dérobèrent à la persécution par la fuite. Des évêques courtisans vendus d'avance au pouvoir ratifièrent la condamnation de Macedonius et le déposèrent sans l'avoir entendu, se faisant ainsi accusateurs, témoins et juges dans une cause oii tout était contre la justice , le droit et la vérité. En même temps qu'il divisait l'éghse d'Orient, Anastase lançait en

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Occident un manifeste, ou plutôt un libelle diffamatoire, contre le pape Symmaque. Il l'accusait d'avoir abandonné la vraie foi pour embrasser l'erreur des manichéens, et d'avoir été ordonné contre les règles canoniques. Le souverain pontife attaqué dans son honneur et sa foi répondit avec véhémence et dignité. « Je ne puis, dit-il à l'empereur, dissimuler vos injures : elles sont trop honorables pour moi, et elles vous rendent trop coupable devant Dieu. Vous dites que je me suis fait manichéen. Rome tout entière est témoin de la pureté de ma foi : ses archives pourraient au besoin en répondre. Si je me suis écarté en rien de la doctrine catholique que j'ai reçue de la chaire du bienheureux Pierre, qu'on se lève contre moi et que je sois confondu ! Mais des injures ne sont pas des preuves, des calomnies ne sont pas des raisons. J'ignore sur quel fondement vous pouvez avancer que je n'ai pas été ordonné canoniquement, Dieu a jugé. Qui êtes-vous pour résister à sa décision souveraine? On dit que vous contraignez par l'épée de vos soldats les catholiques de Constantinople à embrasser l'hérésie d'Eutychès. Songez, prince, au sort de tous les empereurs qui ont persécuté la foi catholique. Ils ont presque tous péri misérablement. Or, c'est être persécuteur que d'accorder la liberté à toutes les hérésies, et de la refuser à la seule communion orthodoxe. Si vous regardez comme une erreur la foi catholique, il faut la tolérer avec les autres erreurs ; si vous la regardez comme la vérité, il faut non la persécuter, mais la suivre '. »

47. Cependant la condamnation de Macedonius par le concilia- Saint Sabas

, , au paliiis im»

bule de Constantmople était ouvertement désapprouvée par le pa- p6riai. triarche d'Antioche, Flavien, et par celui de Jérusalem, Élie; quoiqu'ils n'eussent pas toujours montré dans le cours de ces débats ni une connaissance suffisante de la doctrine orthodoxe, ni assez de courage pour la professer nettement. L'empereur témoigna la plus vive irritation contre l'un et l'autre, et fit assembler un concile à Sidon (511) pour les forcer à s'expliquer, et à répudier le concile de Chalcédoine ^. Flavien et Élie firent leur profession

* Symmach., Epist. x; Pair, lai., tom. LXII, col. 66-71, pass. — ^ Labbe, Concil., tom. IV, col. 1413.

160 PONTIFICAT DE SAINT iSTMMAQUE (498-514).

de foi en des termes qui ne satisfirent point les chefs du parti schismatique. Anastase voulait les envoyer en exil. Mais le patriarche de Jérusalem, prévoyant l'orage, avait envoyé à Constantinople l'homme le plus propre à le conjurer. C'était le vénérable abbé Sabas. Celui-ci consentit à quitter sa retraite, comme l'avaient fait autrefois en des conjonctures semblables les patriarches du désert, pour aller s'opposer aux progrès de l'erreur dans la capitale de l'Orient. Il parut au palais impérial, couvert de ses pauvres vêtements de moine, ne demandant rien ni pour son monastère ni pour lui-même , ne cherchant ni la faveur ni l'admiration des hommes. Anastase, en le voyant, ne put se défendre d'un mouvement de respectueuse vénération. Les gardes avaient d'abord écarté des portes ce vieillard en haillons, qu'ils prenaient pour un mendiant. L'empereur donna ordre de l'introduire. « Il crut, dit l'historien contemporain, voir un ange sous une forme mortelle. Je suis venu, dit Sabas, pour supplier votre piété, au nom de la sainte cité de Jérusalem et de notre saint archevêque, de rendre la paix à l'Église, de ne plus troubler l'épiscopat ni le sacerdoce, afin que nous puissions prier tranquillement jour et nuit pour votre sérénité. » Anastase, ému de la sainteté à la fois majestueuse et simple du vieillard, lui accorda sa requête ; il le renvoya à son monastère, chargé de présents. Mais ce n'était là qu'une concession passagère, arrachée à cet esprit orgueilleux par l'ascendant d'une vertu éminente. Anastase n'était pas changé. Les partisans deMacedonius continuèrent à être l'objet de ses persécutions. Dans cette extrémité, les évoques d'Orient eurent recours au pape et lui adressèrent une lettre extrêmement remarquable. « Hâtez-vous, lui disaient-ils, de secourir cet Orient d'oii le Sauveur a fait sortir deux grands astres, Pierre et Paul, pour éclairer toute la terre. Si votre prédécesseur, le grand pape Léon, n'a pas cru indigne de lui de courir au-devant du farouche Attila, pour soustraire à la captivité corporelle des populations entières qui en étaient menacées, combien plus votre sainteté ne s'empressera-t-elle pas d'arracher à une captivité non moins funeste des milliers d'âmes qui déjà y gémissent et y tombent encore tous les jours ! C'est à

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VOUS de délimiter avec une précision rigoureuse la route de la foi véritable entre les deux sentiers pleins d'embûches d'Eutychès et de Nestorius. Certains esprits se découragent et s'imaginent qu'entre ces deux hérésiarques il est impossible de trouver un chemin intermédiaire qui conduise au salut, et qu'il faut nécessairement être du parti de l'un ou de l'autre. Hâtez-vous donc, avec l'aide de Dieu, de venir à notre secours. Jadis entre Arius qui divisait la nature divine et Sabellius qui confondait les personnes les saints pères ont formulé l'expression de la vérité catholique, en définissant l'unité de nature et la trinité des personnes. Vous aussi, entre Eutychès qui confond les natures et Nestorius qui les divise , montrez-nous quelle est la véritable foi orthodoxe, celle que nous ont transmise le pape saint Léon et les pères de Chalcédoine touchant les deux natures divine et humaine, unies dans la personne de Jésus-Christ notre Sauveur et notre Dieu *. » Voilà comment, dans les premières années du vi^ siècle, même après deux conciles œcuméniques sur ce sujet, les évêques orientaux suppliaient le pape de leur indiquer le chemin de la vérité; voilà comment, il y a quatorze siècles, l'église d'Orient reconnaissait qu'après Dieu son unique salut était le pape.

48. SjTnmaque adressa aux Orientaux, le 8 octobre 512, une Mort de lettre qui semble la réponse à leur pressante supplique. Il y établit symmaque. la nécessité de se soumettre invariablement aux décisions du concile de Chalcédoine *. Mais le saint pontife n'eut pas la consolation suprême de voir la réunion des deux églises qu'il appelait de tous ses vœux. Il mourut le 19 juillet 314, après une administration de quinze années, laborieuse carrière, dont chaque pas avait été marqué par une lutte nouvelle. Il s'était montré digne de son nom ^ et avait vaillamment combattu les combats du Seigneur. Son courage, son zèle, sa vigilance, sa charité se trouvèrent toujours à la hauteur des circonstances difficiles qu'il eut à traverser.

' Symmacli., Orientalium epist.; Patr. lat., tom. LXII, col. 56-61, pass. — * Symmach., Epist. vii; tom. cit., col. 61-64. — 3 L'étymologie du nom de Symmaque douae la signification de guerrier (<7U(i.!J.«xoî)-

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