III. PROGRÈS DE LA FOI
21. Homériles. Martyre du roi Aréthas. — 22. Saint Jacques de Balne', ou Sarug. Saint Isaac de Ninive. — 23. Terre des Angles, île des Saints. — 24. Saints d'Ecosse et d'Irlande. — 25. Mort de saint Hormisdas. Sa lettre à saint Rémi.
§ I. Fin du schisme d'Orient.
Notice de
S- Hormisdas
d'après lo
Liber Pon-
tificalis.
1. « Hormisdas, dit le Liber Pontificalis, était né en Campanie, dans la cité de Frusinona (Frosinone). Son père se nommait Justus. Il siégea neuf ans et dix jours, à l'époque du roi Théodoric et d'Anastase Auguste, depuis le consulat du sénateur Cassiodore
CnAP. III. — FIN DU SCniSME D ORIENT.
jusqu'à celui de Symmaque et Boèce. Son élection réunit tout le clergé romain et effaça jusqu'aux dernières traces du schisme de l'antipape Laurent. Il construisit une basilique sur le territoire d'Albe, dans le domaine dit Fontis, En un synode tenu à Rome, il fut convenu que pour donner une nouvelle preuve de la miséricordieuse sollicitude du siège apostolique, on enverrait des légats à l'empereur grec d'Orient, afin de mettre un terme à la scission qui se perpétuait depuis Pierre (Monge) d'Alexandrie et Acacius. Le roi Théodoric conseilla lui-même cette mesure. Cette ambassade fut confiée aux deux évoques Ennodius de Pavie et Fortunat de Catane , auxquels on adjoignit le prêtre romain Venantius , le diacre du siège apostolique Vital, et le notaire du même siège Hilarus. Ceux-ci s'étant rendus près d'Anastase, ne purent rien obtenir. Une seconde fois, Hormisdas renvoya à Constantinople Ennodius avec l'évêque de Misène, leur donnant des lettres explicites concernant la foi, dix-neuf protestations destinées à être affichées dans les diverses métropoles, et un libellus (mémoire) oii toute la controverse, au point de vue historique et doctrinal, était élucidée. L'empereur Anastase persista dans son obstination, car dès lors il était entièrement acquis à l'eutychianisme. Il essaya de corrompre les légats et d'acheter leur conscience ; mais ils rejetèrent ses propositions avec horreur. Anastase furieux les fit sortir de la ville durant la nuit par une porte dérobée. Une escorte de soldats et de prétoriens, commandée par Héhodore et Demetrius, les conduisit à un navire délabré qui prit aussitôt la mer. On espérait les faire périr de la sorte. Anastase avait soigneusement empêché les légats de communiquer avec les évêques d'Orient. Cependant les envoyés du saint-siége purent remettre à quelques moines orthodoxes les dix-neuf exemplaires des protestations pontificales, qui furent ainsi répandues et affichées dans toutes les cités de l'Asie. Les évêques eutychéens, complices de l'hérésie d'Anastase et craignant les vengeances de cet empereur, arrachèrent ces affiches et les envoyèrent à la cour. Anastase ne mit plus de bornes à ses fureurs contre le pape Hormisdas. Il lui écrivit une lettre pleine d'injures où il disait entre autres choses : « Apprenez que nous
164 PONTIFICAT DE SAINT nORMISDAS (514-523).
donnons des lois à tous et que nous n'en recevons de personne. » Mais la main de Dieu frappa ce prince impie : durant un orage, la foudre tomba sur lui et l'étendit mort. Son successeur, Justin, dit le "Vieux, prit les rênes du gouvernement. Il était orthodoxe. Son premier soin fut d'envoyer le sénateur Gratus au pape Hormisdas avec des lettres oii il demandait au pontife de l'aider à rétablir la paix des églises en Orient. Hormisdas, par le conseil du roi Théodoric, fit partir pour Constantinople en qualité de légat l'évêque de Capoue Germain, accompagné des prêtres Jean et Blandus, des diacres Félix et Dioscore et du notaire apostolique Pierre. Il leur donna des instructions précises sur la foi, et leur remit un libellus détaillé sur la forme à suivre pour recevoir l'abjuration des schismatiques et réconcilier les pénitents. En arrivant à Constantinople, ils furent reçus par la population avec des transports d'allégresse. Une multitude de moines orthodoxes et de personnages illustres vint à leur rencontre. L'empereur Justin et le consul Vitalianus allèrent les recevoir au Caslellum Rotundum et les escortèrent jusqu'à la capitale, au chant des hymnes sacrées. Le sénateur Gratus les accompagnait. L'évêque de Constantinople Jean et tout le •clergé cathohque de la ville assistaient à cette entrée solennelle et partageaient la joie générale. Mais les complices d'Acacius et les fauteurs de l'eutychianisme, renfermés dans la grande basilique de Sainte-Sophie, rédigèrent une protestation et l'adressèrent à l'empereur. (( Si l'on ne nous rend pas compte des motifs pour lesquels Acacius, notre ancien évêque, a été condamné, disaient-ils, nous ne consentirons pas à rentrer dans la communion du siège apostolique. » L'œuvre de réconciliation n'en fut pas moins accomplie. Le pape Hormisdas se rendit à Ravenne pour en conférer avec le roi Théodoric. Après cette entrevue, le pape adressa une lettre solennelle [auctoritatem) à l'empereur Justin, aux termes de laquelle, après avoir renouvelé les condamnations antérieures contre Pierre Monge, Acacius et tous les hérétiques eutychéens, le pontife réintégrait les églises d'Orient dans la communion du siège apostolique. Hormisdas ayant découvert des manichéens à Rome, les fit passer en jugement et condamner à l'exil. Leurs livres furent brûlés
cnAr. III. — FIN DU scnisME d'orient. 165
publiquement sur la place de la basilique constantinienne (Saint- Jean-de-Latran). Sous ce pontife, l'épiscopat d'Afrique, qui avait été depuis soixante-quatorze ans aboli par les ariens, commença à se reconstituer. Dans le même temps, on reçut à Rome une couronne d'or envoyée par Clovis, roi des Francs, au tombeau du bienheureux Pierre apôtre *. Un grand nombre de vases d'or ou d'argent et d'objets précieux furent également envoyés de Constantinople par l'empereur Justin, entre autres un manuscrit des saints Évangiles revêtu de deux tablettes d'or du poids de quinze livres, enrichies de pierres précieuses; une patène d'or avec des hyacinthes du poids de vingt-cinq livres; un calice d'or enrichi de pierreries du poids de huit livres ; une couronne d'or du même poids ; trois calices d'argent doré (vermeil) pesant chacun cinq livres ; deux patènes d'argent pesant chacune vingt-cinq livres ; deux plateaux d'ambre [gabata electrina) pesant chacun deux livres ; deux cofîrets d'or pour conserver le cierge (pascal)?, thecas cerei, pesant chacun six livres; des manteaux [pallia olobera blaiiea) de soie teinte de pourpre, et dans un coffret d'or un snffitoriurn (parement d'autel) provenant de la chlamyde impériale, destiné à couvrir la confession du bienheureux Pierre apôtre. Tous ces présents furent envoyés en actions de grâces par Justin l'empereur orthodoxe. Le roi Théodoric offrit de son côté au bienheureux Pierre apôtre deux lustres [ceroslata) d'argent pesant soixante-dix livres. Le pape
• Nous avons parlé, dans le chapitre précédent, de l'envoi au tombeau de saint Pierre d'une couronne d'or, en exécution des ordres donnés de sou vivant par Clovis. M. du Roure, dans sou Hisioire de Théodoric (tom. Il, pag. 19.), a cru devoir nier ce fait. « Clovis, dit-il, n'envoya point sa couronne en hommage à saint Pierre de Rome, ainsi que plusieurs l'ont avancé pour raisons. » Cette insinuation qui, dans l'esprit de l'auteur, se rapporte sans doute à l'idée d'une sorte de reconnaissance féodale de la suzeraineté du pape Hormisdas sur la France de Clovis, ne représente tout au plus qu'un malicieux anachronisme. Le don d'une couronne d'or envoyée par Clovis au tombeau du prince des apôtres était un simple présent comme ceux de l'empereur Justin, également mentionnés par le Liber Pontificalis, Hincmar {Vit. S. Bemigii, cap. Lv; Pair, lut., tom. CXXV, col. 1169) et Aimoin [Hist. Franc, lib. il, cap. xxv; Pair, lat., tom. CXXXIX, col. 662) attestent, comme le Liber Pontificalis , l'envoi d'une couronne d'or au tombeau de l'apôtre saint Pierre. C'est donc là un fait historique des mieux constatés.
Hormisdas en plusieurs ordinations faites à Rome au mois de décembre consacra vingt et un prêtres et cinquante-cinq évêques destinés à diverses églises. Il fut enseveli dans la basilique du bienheureux Pierre apôtre, le viii des ides d'août, sous le consulat de Maximus (6 août 523). Après lui, la vacance du siège épiscopal fut de sept jours '. »
Révolte 2. Au moment oîi saint Hormisdas montait sur la chaire aposto-
li Constan-
tinop'.econtre liquo, Constantinoplc voyait se dérouler une révolution qui faillit
l'empereur
Anastase. avoir pour l'emporeur Anastase les conséquences les plus funestes. Ce prince, dans son inconcevable démangeaison de tout bouleverser, annonça un jour le projet de réformer les Évangiles dont il trouvait le style trop simple. Il prétendait en même temps changer la liturgie, et forcer notamment le clergé et les fidèles de chanter le trisagion avec les additions hérétiques que Pierre le Foulon y avait faites. Les catholiques résistèrent à ces innovations sacrilèges. Timothée, le nouveau patriarche, les encourageait au contraire de toute son influence. Il choisit le jour d'une procession solennelle 011 toutes les rues de Gonstantinople étaient pleines de spectateurs, pour inaugurer le chant impie exigé par le despote byzantin. Mais la masse du peuple indignée courut aux armes. La sédition fut terrible, et l'on évalue à dix mille le nombre des personnes massacrés en ce jour. Un des généraux d'Anastase, nommé Vitalien, qui avait des sujets de ressentiment contre l'empereur, essaya de profiter à son avantage des troubles suscités par les discussions religieuses. Il se mit à la tcte des révoltés, et en quelques mois se rendit maître de la Thrace, de la Mésie et d'une partie de l'Illyrie.
1 Lib. Poniif., cap. Liv; Pair, lat., tom. cxxviii, 473-476. Nous renvoyons ici, selon notre coutume, les travaux d'oruemeutalion ou de restauration mentionnés au Liber Pontificalis, et exécutés dans les basiliques romaines jiar le pape Hormisdas. Eodem tempore fecit papa Hormisdas apud beatum Petrurn uposiolum trabein, qnam ex argento cooperuit, quœ pensabat libras nMle et quadraginta. Hic fecit in basilica Constantiniana arcum argenteum ante altare, qvi pensabat libras viginti, canthara argentea sexdecim, pensantia singula iibrai quindecim. Item ad beatum Paulum fecit arcus argenfeos duos, pensantes singuli libras viginti; canthara argentea quindecim, pensaniia singula libras quindecim; amas argenteas très, pensantes singulœ libras decem; scyphos argenteos stationules sex cum crucibus, pensantes singuli libras scx.
CHAP. III. — FIN DU SCniSME D ORIENT.
Il était aux portes de Constantinople aux premiers jours de juin 514. Les catholiques le saluèrent par des cris d'enthousiasme et voulaient le proclamer empereur. Anastase, tremblant dans son palais, capitula; il se présenta, tête nue, dans l'attitude d'un suppliant, devant le peuple réuni à l'hippodrome, promit solennellement de rappeler les évêques bannis, d'embrasser la communion orthodoxe et de protéger l'Église véritable. Ces nouvelles protestations n'étaient au fond qu'un mensonge de plus : elles suffirent cependant pour apaiser le tumulte. Le peuple, l'armée, le sénat maintinrent Anastase sur le trône, et Vitalien fut éloigné avec le titre de gouverneur de Thrace. Pour donner un semblant d'exécution aux promesses que la peur venait de lui arracher, Anastase écrivit au pape une lettre pleine de respects hypocrites, dans laquelle il essayait de justifier le long silence qu'il avait gardé vis-à-vis des souverains pontifes ses prédécesseurs, et priait Hormisdas d'envoyer des légats à un concile qui devait se réunir à Héraclée, pour traiter de la réunion des deux églises et de l'extinction du schisme d'Orient (515). Cette première dépêche fut bientôt suivie d'une seconde, où il renouvelait les mêmes protestations et les mêmes instances '.
3. Hormisdas saisit avec ioie l'occasion d'éteindre un schisme qui instructions
" , de saint
désolait depuis si longtemps l'Eglise. Il envoya à Constantinople Hormisdas en qualité de légats Ennodius, l'ancien diacre et maintenant successeur de saint Epiphane sur le siège de Pavie, Fortunat évêque de Catane, le prêtre Venantius, le diacre Vital, et le notaire Hilarus. Nous avons encore les instructions écrites et minutieusement détaillées qu'il leur remit en cette circonstance. « Lorsqu'avec l'aide de Dieu et la protection des saints apôtres, disait-il, vous serez arrivés sur le territoire de l'empire grec, vous recevrez avec les égards convenables ceux des évêques qui se présenteront à votre rencontre. S'ils vous offrent un logement, ne le refusez pas, de peur que les laïques ne supposent que vous rejetez toute idée de réunion. Mais s'ils vous invitent à leur table, déclinez doucement leur offre et excusez-vous en disant : Priez Dieu que nous
1 S. Hormisd., Anastasii Epist. i, col. 369.; ejusd. Epist. n, col. 373; Pair, lat., t. LXIII.
ayions d'abord la joie de communiquer ensemble à la table mystique; alors celle du repas commun nous sera vraiment délicieuse. — N'acceptez d'eux aucun présent soit en vivres, soit de toute autre nature, à l'exception des moyens de transport qu'ils mettraient en cas de besoin à votre disposition. Excusez-vous de rien recevoir ; dites que vous êtes pourvus de toutes les ressources nécessaires et que vous ne demandez d'eux que leur cœur, avec les seules richesses dignes des ministres de la religion, c'est-à-dire la charité et l'union dans la foi. Parvenus à Constantinople, vous prendrez le logement que le très-clément empereur vous aura assigné. Avant d'en avoir eu audience, vous ne recevrez personne autre que ceux qu'il vous enverrait lui-même. Après votre première audience, vous pourrez recevoir, avec précaution toutefois, les orthodoxes qui se montreraient zélés pour le rétablissement de l'union et qui seraient en état de vous donner des renseignements utiles. Lorsque vous serez présentés à l'empereur, vous lui remettrez les lettres qui lui sont destinées en disant : Votre père, le vénérable pape de Rome, vous salue ; il prie Dieu chaque jour et invoque les saints apôtres Pierre et Paul pour la prospérité de votre règne et le succès de vos généreux efforts pour le rétablissement de l'unité catholique. — Si l'empereur, avant de recevoir ses lettres et d'en prendre connaissance, vous interroge sur l'objet de votre mission, répondez-lui : Que votre clémence daigne d'abord prendre connaissance des lettres qui lui sont destinées. — S'il vous demande ce qu'elles contiennent, répondez-lui : Elles ne renferment rien autre chose que des salutations adressées à votre piété, et des actions de grâces pour le zèle que vous apportez à rétablir l'unité dans l'Église. Daignez en prendre connaissance et vous aurez la preuve de notre assertion. — Après que vous aurez ainsi parlé, attendez que les lettres aient été lues et n'entamez aucune négociation auparavant. Quand le prince en aura pris connaissance, vous ajouterez : Le saint pape, votre père, nous a chargés également d'une lettre pour votre serviteur Vitalien, lequel, avec votre permission, lui a envoyé des députés. Mais nous avons l'ordre de ne remettre à sa destination le message adressé à Vitalien qu'autant
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que vous nous y aurez autorisés. — Si l'empereur demande communication de cette lettre, vous répondrez : Le saint pape, votre père, ne nous a pas donné l'ordre de communiquer cette lettre, et nous ne saurions outrepasser nos instructions. Cependant, pour que vous puissiez vous convaincre de la parfaite innocuité de ce message, envoyez avec nous telle personne que vous croirez devoir choisir. Vitalien lira sa lettre devant elle et devant nous. Le pape se borne à le prier de joindre ses efforts à ceux de votre clémence pour le rétablissement de la concorde et de l'unité catholique. — Si l'empereur témoigne quelque défiance et dit : Vous pouvez avoir d'autres ordres secrets qui ne sont pas exprimés dans ces lettres, vous répondrez : En conscience nous protestons contre cette pensée. Telle n'est pas la manière d'agir de l'Église romaine. Nous venons ici pour soutenir la cause do Dieu et non pour commettre un parjure. La mission dont le saint pape nous a chargés est une mission de bonne foi ; il agit en toute sincérité ; ses prières, ses vœux ne tendent qu'au maintien des constitutions apostoliques et à l'extinction de l'hérésie. Notre légation n'a pas d'autre objet. — Si l'empereur vous dit : C'est dans la même pensée que j'ai invité le saint pape à se rendre au concile, afin de lever tous les obstacles qui pourraient s'opposer encore à la réunion. Vous lui répondrez : Nous en rendons grâces à Dieu et à votre piété. Ce dessein est digne d'un grand prince et conforme en tout à la tradition et à la doctrine des pères. Mais l'unité sainte et véritable ne pourra être rétabhe au sein de l'Église du Christ, qu'autant que votre clémence observera la ligne de conduite de ses augustes prédécesseurs Marcien et Léon. — Si l'empereur vous demande ce que vous entendez par là, vous ajouterez : On ne saurait procéder au rétablissement de l'union sans déclarer d'abord que le concile de Chalcédoine et les lettres du saint pape Léon contre les hérétiques Nestorius, Eutychès et Dioscore demeureront inviolables. — Si l'empereur vous dit : Nous recevons le concile de Chalcédoine, ainsi que la lettre du pape Léon ; vous lui rendrez grâces, et, lui baisant la poitrine, vous direz : Nous avons aujourd'hui la preuve que Dieu vous inspire et vous guide. La doctrine de Chalcédoine
dont vous faites profession est la foi catholique, la foi prêchée par les apôtres, la foi sans laquelle nul ne peut être orthodoxe, celle que tous les évêques et prêtres de l'univers ont l'obligation de croire et d'enseigner. — Si l'empereur vous dit : Les évêques d'Orient sont orthodoxes ; ils observent toutes les institutions des pères ; vous répondrez : Puisqu'il en est ainsi et que les évêques d'Orient sont fermement attachés aux décisions du saint concile de Chalcédoine, comment se fait-il qu'il y ait tant de division dans les églises de ces contrées? — Si l'empereur vous dit : Nos évêques sont en paix; il n'y avait entre eux aucune apparence de discorde lorsque le prédécesseur du saint pape a jeté la division dans les esprits par les lettres qu'il a cru devoir nous adresser ; vous répondrez : Nous aA^ons entre les mains les lettres que Symmaque de sainte mémoire a écrites en Orient. Elles ne font que répéter la formule dont votre piété vient de se servir elle-même : « J'observe les décrets de Chalcédoine; j'admets la doctrine du pape Léon. » Les lettres de Symmaque ne contiennent rien autre chose. Comment donc pourrait-on rejeter sur elles la responsabilité des dissensions et des troubles actuels? — Puis vous aurez recours aux prières, aux larmes mêmes, et vous direz : Auguste empereur, n'ayez en«ce moment d'autre pensée que celle de Dieu ; placez-vous en face de son tribunal suprême, auquel vous comparaîtrez un jour. Les décrets de Chalcédoine expriment la foi du bienheureux apôtre Pierre, sur laquelle le Christ a bâti son Église. — Si l'empereur vous dit : Vos supplications sont exaucées d'avance. Je reçois le synode de Chalcédoine; j'admets la lettre du pape Léon. Communiquez donc avec moi. Vous répondrez : Quelle espèce de communion votre piété désire-t-elle nous voir établir avec elle? Nous n'hésitons aucunement à communiquer avec vous, dès l'instant que vous professez la foi catholique ; et nous sommes pleins de joie de l'attachement quevous montrez à la doctrine des pères. Nous vous prions donc, en toute confiance, de rétablir l'unité au sein de l'Église. Faites connaître votre volonté à tous les évêques; notifiez-leur que vous admettez le concile de Chalcédoine, les lettres du pape saint Léon et les constitutions apostoliques. — S'il vous demande de quelle manière il convien-
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drait de procéder à la pacification générale, répondez-lui en toute humilité : Votre père, le très-saint pape, nous a remis une encyclique adressée en général à tous les évêques d'Orient. Que votre majesté y joigne ses lettres sacrées {jungite his litteris sacras vestras)^ déclarant que vous ordonnez de souscrire les doctrines enseignées par le siège apostolique. De cette façon, les orthodoxes se rallieront à l'unité, et l'on connaîtra les rebelles. Après que vous aurez pris cette mesure, votre père le pape de Rome est disposé à venir en personne, s'il en est besoin, prêter le concours de sa présence à l'œuvre de pacification générale, en réglant toutes choses selon les décrets des pères et pour le plus grand bien de l'Église. — Si l'empereur dit : Je consens volontiers à toutes ces propositions, mais commencez par communiquer avec l'évêque de cette ville. Répondez : Auguste empereur, nous sommes venus avec l'aide de Dieu, comptant sur votre appui et votre concours, travailler au rétablissement de la paix non-seulement dans tout l'Orient, mais aussi dans cette capitale de Constantinople. Or, la question locale à terminer ici roule sur deux individualités particulières; elle aura plus utilement sa solution après que la négociation générale sera terminée et la communion catholique rétablie. On examinera alors les affaires spéciales qui peuvent intéresser cette ville et quelques autres églises en particulier. — Si l'empereur vous dit : Je comprends votre pensée. Vous vous intéressez à la cause de Macédonius; c'est un hérétique, il ne saurait jamais être rappelé. Vous répondrez : Nous n'avons nommé personne. Si votre piété daigne y réfléchir, elle se convaincra facilement que nous proposons le meilleur moyen de lui donner à elle-même satisfaction. L'enquête et la discussion qui s'ouvriront sur les personnes étabhront la vérité d'une manière irrécusable. Si Macédonius est hérétique, sonjugementetsa jl
condamnation seront environnés d'une notoriété universelle, et l'on ne pourra plus soutenir qu'il ait été injustement déposé. — Si l'empereur insiste et dit : L'évêque actuel de cette ville admet le concile de Chalcédoine et la lettre de saint Léon. Vous répondrez : De tels sentiments l'honorent; ils seront éminemment favorables à sa cause, lorsqu'on l'examinera. Mais en attendant, que votre piété s'en tienne
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à la proposition transmise en son nom par le maître des milices Vitalien au très-Lienheureux pape. Les choses doivent rester en l'état, jusqu'à ce qu'on ait pu discuter en concile les questions de personnes. — Si l'empereur dit : Il faudra donc dans l'intervalle que cette ville demeure sans évêque ! Comment pouvez-vous admettre une telle situation pour ma capitale, le lieu de ma résidence? Vous répondrez : Les canons ont pourvu à cette difficulté, et votre piété ne sera nullement attristée par une privation de communion. — Si l'empereur vous demande quelles sont les mesures canoniques applicables aux circonstances; répondez : On pourra laisser à Constantinople, pendant l'intérim, un évêque qui aura fait profession de la foi catholique et de soumission aux décrets du siège apostolique '. »
Persécution 4. Ce monumcut, l'un des plus anciens de son genre qui nous
eutychéenne
en illyrie soit rcsté, cst uu modèle d'urbanité, de prudence, de diplomatie chrétienne et pontificale. Les bases préliminaires de l'arrangement proposé étaient d'une part la reconnaissance formelle et explicite du concile de Chalcédoine, ainsi que des lettres de saint Léon le Grand contre Nestorius, Eutychès, Dioscore et leurs adhérents; de l'autre, l'abjuration solennelle de l'eutychianisme et de l'hérésie monophysite. Le pape chargeait en même temps ses députés d'une lettre pour l'empereur, contenant en substance les mêmes conditions pour la réunion des deux Églises grecque et latine, et l'offre d'aller en personne au concile qui devrait terminer cette grande affaire. Une telle condescendance était jusque-là sans précédent dans l'histoire des souverains pontifes. Mais Anastase n'avait nullement l'intention de poursuivre une négociation sérieuse avec le saint-siége ; il voulait gagner du temps poar tromper tout le monde. Les légats furent renvoyés avec une lettre adressée au pape. L'empereur anathématisait en termes formels la doctrine d'Eutychès; il témoignait son étonnement de ce que le pape eût pu le soupçonner de sentiments hétérodoxes au sujet du concile de Chalcédoine, « dont il avait toujours, disait-il, respecté et maintenu
' S. Hormisd., Indicul. legatis aposlolicœ sedis ad Conslantinop. ; Patr, lat., tom. LXlll, col. 374-378.
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les décrets '. » (516.) Pendant qu'il mentait ainsi à sa conscience, il faisait déporter les évêques catholiques de Nicopolis, de Lignide, de Naïsse, de Paulitale -, qui s'étaient refusés à embrasser l'eutychianisme, et il séduisait à force de menaces et d'intimidation Dorothée, métropolitain de Thessalonique, qui eut la faiblesse d'admettre à sa communion Timothée, le patriarche intrus de Gonstantinople. L'apostasie de Dorothée fournit aux évêques d'Illyrie et d'Épire, ses suffragants, l'occasion de donner une preuve de fermeté et de courage. Ils se réunirent en concile sous la présidence de Jean, évêque de Nicopolis. successeur d'Alcyson qu'Anastase avait fait déporter et qui était mort en exil ; ils déclarèrent qu'ils cessaient de communiquer avec leur métropolitain et qu'ils n'avaient d'autre communion que celle de l'Église romaine. Ils adressèrent à saint Hormisdas les procès- verbaux de leurs séances et les décrets qu'ils avaient promulgués, pour en obtenir la ratification ^.
5. Le saint pape accueillit avec bonheur ces témoignages de fidé- Violences lité et de dévouement à la cause de Dieu ; il répondit aux évêques ^na^stase""^ d'Illyrie et d'Épire pour les en féliciter. Il les invitait à formuler un anathème nominal contre Eutychès et ses adhérents, ce qu'ils avaient omis de faire dans les canons de leur concile (316). Cependant le métropolitain apostat, Dorothée, ne se tenait pas pour vaincu. Appuyé par les troupes que l'empereur Anastase mettait à sa disposition, il prélevait sur les églises d'Illyrie des impôts énormes, et inventait chaque jour de nouvelles formes d'oppression. Les évêques, ses victimes, eurent encore recours au pape, qui se détermina à envoyer une seconde députation à Constantinople, pour obtenir de l'empereur la cessation de pareilles violences. Mais cette fois Anastase, qui n'avait plus à craindre les armes de Yitalien, ne prit pas la peine de dissimuler ses intentions hostiles. Il repoussa les légats de sa présence d'une manière offensante, et les fit embarquer sur un de ses navires avec une escorte qui avait ordre de ne
' S. Hormisd., Anastasii Epist. ni; tom. cit., col. 381 et seq.
* (^es quatre évèchés étaient situés en Illyrie et en Épire.
' S. Hormisd., Epist. synodic. Epir.; Pair, lat., tom. LXIII, col. 389.
d'Anastase
les laisser communiquer avec aucune des villes de l'empire (517). Ces courageux députés trouvèrent cependant le moyen de faire parvenir à leur destination quelques-unes des protestations que le pape leur avait remises pour les églises d'Orient. L'empereur en eut connaissance ; il en prit occasion d'écrire à saint Hormisdas une lettre de récriminations et d'invectives. « Nous pouvons, disaitil, souffrir qu'on nous insulte et qu'on nous méprise ; mais non qu'on nous commande '. » Comme si, dans les choses de la foi, l'empereur n'était pas soumis aux lois de l'Église, aussi bien que le dernier des fidèles ! Mort 6. Le moine Severus s'était distingué par son zèle à persécuter
les catholiques ; Anastase le récompensa en l'installant de vive force sur le siège patriarcal d'Antioche. L'intrus profita de sa dignité usurpée pour redoubler de violences. En 517 il dirigea une attaque à main armée contre les monastères catholiques des environs de Jérusalem, et y fit périr trois cent cinquante religieux. Les archimandrites écrivirent au pape, pour le prier d'intervenir en leur faveur près de la cour de Constantinople. Mais nous avons vu combien peu saint Hormisdas avait à compter sur son crédit auprès d'un empereur tel qu'Anastase. Ce prince prit ouvertement Severus sous sa protection. Élie, patriarche de Jérusalem, ayant refusé d'admettre l'apostat à sa communion, il fut envoyé en exil et remplacé par Jean, qui avait promis plus de complaisance. Mais à peine monté, grâce à cette faiblesse indigne, sur un siège qui ne lui appartenait pas, Jean se montra un tout autre homme. Touché par les exhortations de saint Sabas, il réunit son peuple dans la grande basilique de Jérusalem, et, en présence des officiers de l'empereur, aux applaudissements de tous les cathohques, il prononça solennellement l'anathème contre Eutychès et tous les hérétiques qui n'admettaient pas la foi du concile de Chalcédoine. Cet acte de courage pouvait lui coûter la vie. L'empereur en témoigna la plus vive irritation ; il se disposait à sévir, mais le temps devait manquer à sa vengeance. Les avertissements du ciel ne lui avaient pas été épargnés. L'année précédente, Timothée de Constantinople, sa
> S. Hormisd., Anastas. Episl.; Patr. lat., tom. cit., col. 409.
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créature et son complice, était mort dans l'impénitence ; le patriarche eutycliéen d'Alexandrie, Jean Nicéotes, le suivit de près au tombeau , et sa mort fut l'occasion de graves désordres en Egypte. Les barbares profitaient de ces dissensions religieuses pour faire des incursions dans l'empire. Des cavaliers gètes ou goths passèrent le Danube, ravagèrent la Macédoine et pénétrèrent en Thessalie, d'un côté jusqu'aux Thermopyles que l'ombre de Léonidas ne défendait plus, de l'autre jusqu'aux frontières de l'Épire, traînant à leur suite une population entière de captifs. Aux désastres causés par les barbares succéda (318) un tremblement de terre, le plus effroyable dont parle l'histoire : vingt-quatre cités en Dardanie furent entièrement détruites. Enfin Anastase, que tant de signes de la colère céleste n'avaient point ramené à de meilleurs sentiments, fut trouvé, pendant un orage, foudroyé dans une chambre obscure de son palais (318). On prétend qu'un des astrologues dont la cour de Byzance était pleine lui avait depuis longtemps prédit qu'il serait tué par le tonnerre. Pour prévenir ce danger, Anastase avait fait construire une galerie souterraine et vitrée, où il se croyait à l'abri des éclats de la foudre. La précaution fut inutile, et le Dieu qui dispose à son gré de la vie des hommes permit que le persécuteur de l'ÉgUse fût frappé dans l'asile même où il cherchait un refuge contre ses terreurs superstitieuses. Anastase était âgé de quatre-vingt-huit ans, et il en avait passé vingt-sept sur le trône. Son règne fut l'un des plus honteux de l'histoire du bas-empire.
7. Le successeur d'Anastase devait enfin rendre la paix à l'Église Arénement
, n . 1 T.- 1, . ^ de Justin le
et taire cesser le schisme d Orient. Dieu l'avait conduit comme par vieux au
1 • > X 1 • • ', ^ T . trône d'O-
la main, a travers des vicissitudes extraordinaires, pour l'élever à rient. cette haute destinée. En 470, un jeune berger du village de Bédériana, en Thrace, arrivait à pied à Constantinople portant un bâton à la main et une besace sur l'épaule : c'était Justin. En gardant les troupeaux de son père, au fond de sa province, théâtre de tant de batailles, il avait senti s'éveiller dans son âme le désir de la gloire et des combats. Il vint donc dans la capitale de l'empire demander du service dans les armées. L'empereur Léon, son compatriote.
l'admit parmi ses gardes. Le jeune soldat était catholique, intelligent, loyal et généreux. Il se signala par ses exploits dans les guerres contre les Perses et les Isauriens, dont les ravages inquiétèrent l'empire pendant les six années qui suivirent la mort de Zenon. Léon le Thrace nomma successivement Justin tribun des soldats, puis général ; Anastase lui donna le titre de sénateur. A la mort de ce dernier, l'ancien pâtre de Bédériana ajoutait à tous ces titres celui de capitaine des gardes. L'eunuque Amantius, grand chambellan d' Anastase, intriguait pour faire donner le sceptre à l'un de ses amis ; il confia au capitaine des gardes des sommes considérables afin d'acheter le suffrage des soldats. Justin les leur distribua, mais en son propi e nom, et se présenta lui-même comme candidat à l'empire. Cinquante ans de bons et fidèles services dans l'armée lui avaient valu l'affection des légions; elles le proclamèrent César le lendemain de la mort d'Anastase et l'ancien bei'ger fut empereur sous le nom de Justin le Vieux. Ce prince n'avait jamais voulu apprendre à lire ni à écrire : on fit découper dans une tablette de bois les lettres qui composaient son nom; il passait une plume trempée d'encre dans les interstices, et signait ainsi les actes de son gouvernement. Mais il sut s'entourer d'hommes capables et probes. L'intègre et habile Proclus, son ministre et son ami, dirigea d'une main ferme les affaires publiques; et l'on s'aperçut bientôt qu'un sens droit et des intentions honnêtes valent mieux, pour régner, que l'esprit de duplicité et d'intrigue qui avait si longtemps troublé TOrient, sous Anastase le Silentiaire.
Fin du 8. Le dimanche qui suivit l'élection de l'empereur Justin
Ijchéen de (15 juin 518), le patriarche Jean, récemment promu au siège °nopie/" de Constantinople, étant entré avec son clergé dans la basilique des Douze-Apôtres, le peuple s'écria, dans un transport unanime : « Longues années à l'empereur ! longues années à l'impératrice ! longues années au patriarche ! Pourquoi demeurons-nous excommuniés? Vous êtes orthodoxe : que craignez-vous? Chassez le manichéen Severus. Proclamez le concile de Chalcédoine. L'empereur aussi est orthodoxe. Longues années au nouveau Constantin ! Longues années à la nouvelle Hélène ! » On ne peut se dé-
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fendre d'un sentiment d'émotion rétrospective au cri de tout un peuple redemandant la foi de ses pères. L'écho de ces acclamations retentit, après tant de siècles, dans les cœurs catholiques comme un chant de victoire. Le patriarche cédant au désir de la multitude parut sur l'ambon, et fit la déclaration suivante : «Nous annonçons à votre charité que demain nous célébrerons la mémoire de nos saints pères du concile de Chalcédoine, lesquels ont dressé la profession de la vraie foi. » Ces paroles furent couvertes d'applaudissements. Le lendemain la solennité de la réconciliation eut lieu en effet. Le nom de saint Léon le Grand fut rétabli dans les diptyques : on effaça ceux des patriarches eutychéens qui avaient si longtemps tyrannisé les consciences. Ces actes spontanés, dictés par un saint enthousiasme, furent ratifiés quatre jours après {20 juin 518) par un concile de quarante évêques réunis alors à Constantinople. Des ordres furent expédiés dans toutes les villes de l'empire, pour y faire reconnaître le concile de Chalcédoine : partout ils furent exécutés au milieu des cris de joie du peuple. Les grandes églises d'Antioche, Jérusalem, Tyr, Ptolémaïs, Alexandrie, adressèrent à Constantinople des lettres d'actions de grâces pour un si heureux changement. Il y avait à peine un mois qu'Anastase était mort et tout l'Orient était redevenu orthodoxe. Justin écrivit au pape saint Hormisdas, pour le prier de consommer par un acte de son autorité apostolique la réconciliation des deux Églises. Il lui demandait d'envoyer des légats à Constantinople pour terminer cette grande affaire *. Hormisdas chargea de cette glorieuse ambassade Germain évêque de Capoue, un autre évêque nommé Jean, le prêtre Blandus et les diacres'Félix et Dioscore -. Le voyage des légats à travers les cités de l'empire ne fut qu'une suite d'ovations triomphales. Les évêques, les magistrats, l'armée, le peuple venaient processionnellement à leur rencontre. Le clergé s'empressait de souscrire la formule de foi et de communion rédigée par le souverain pontife, et remise par lui à ses députés. Enfin, le 28 mars 519, dans la grande basilique de Constantinople, on lut
» S. lioTiQisd., Juslin. epist.; Pair, lat., t. LXIII, col. 427. 2 S. Hormisd., Epist xxxi; ibid., col. 433.