FUREURS ARIENNES DE THÉODORIC
18. Mort de Tbrasaraond, roi des Vandales. Avènement d'Hildéric. Captivité d'Amalafrède, sœur de Tbéodoric, — 19. Édit de l'empereur Justin contre les hérétiques d'Orient. Menaces de représailles par Théodoric. — 20. Véritable caractère de l'édit de Justin. Correspondance de Théodoric avec l'empereur à ce sujet. — 21. Retraite de Cassiodore. Proscription du sénateur Albiuus. Exil de Boèce. — 22. Fureurs de Théodoric. — 23. Ambassade forcée de saint Jean I à Coustantinople.
§ IV. BOKCE.
24. Boèce et la critique moderne. Absence prétendue de témoignages contemporains en faveur du christianisme de Boèce. — 25. Substitution de
CUAr. lY. — SYNCHRONISME.
nom imaginée par la critique moderue. — 26. Prétendu paganisme de la Consolation philosophique de Boèce. — 27. Témoignages contemporains en faveur du christianisme de Boèce. Les Pontificaux. L'anonyme de Valois. — 28. Témoignage du païen Procope. — 29. La célèbre clirétieune Elpis, première femme de Boèce. — 30. Boèce, descendant de la famille Anicia, chrétien de naissance. — 31. Le christianisme de Boèce prouvé par sa correspondance avec Cassiodore. — 32. Le génie de Boèce apprécié par Ennodius et Cassiodore. — 33. Le christianisme de Boèce prouvé par sa correspondance avec Ennodius. — 34. Les trois sœurs sainte Galla, sainte Proba et Rusticiana, seconde femme de Boèce. — 35. L'image miraculeuse dite Sanctœ Mariœ in porlicu. Mort de sainte Galla. — 36. Témoignages de saint Isidore de Séville et des actes de saint Placide en faveur du christianisme de Boèce. — 37. Liste des œuvres profanes de Boèce. — 38. Opuscules théologiques de Boèce. Lettre à Jean, diacre de l'église romaine. — 39. Lettres de Boèce De Jrinitate et De duabus naturis in Christo. — 40. Authenticité des lettres théologiques de Boèce. — 41. Analyse de la Consolation philosophique. — 42. Cet ouvrage est incomplet. — 43. La Consolation philosophique est l'œuvre d'un auteur chrétien. — 44. Influence de la Consolation philosophique sur l'esprit de Théodoric. — 45. Martyre de Boèce.
46. Le pape saint Jean 1 à Corinthe. Son arrivée à Constantinople. — 47. Séjour du pape à Constantinople. — 48. Meurtre de Symmaque par Théodoric. Édit royal contre les catholiques. — 49. Retour de saint Jean I à Ravenne. Son incarcération et sa mort.
§ I. Synchronisme.
1. «Jean, originaire de Toscane, dit le Liber Puntificalis, eut pour père Constantius. Il siégea deux ans, huit mois et vingt-deux jours, depuis le consulat de Maxime jusqu'à celui d'Olybrius (523- 526), sous le règne de Théodoric en Italie et de l'empereur Justin en Orient. Le pontife fut mandé à Ravenne par Théodoric, et ce prince l'envoya en ambassade à Constantinople, près de l'empereur Justin, parce que ce dernier, dans son zèle pour l'orthodoxie et la foi véritable, avait manifesté l'intention de proscrire l'arianisme de ses états. Il avait, par un édit, ordonné que les églises ariennes seraient rendues aux évêques catholiques, et consacrées par eux. Or, le roi Théodoric professait l'arianisme. Cette mesure prise contre ses coreligionnaires l'exaspéra. Il ne parlait de rien moins que d'égorger par représailles tous les catholiques d'Italie. Le pape Jean, malgré la maladie qui le consumait, partit en pleurant
Notice de saint Jean I,
d'après le
Liber Ponti-
ficalis.
pour Constantinople. Il était accompagné des sénateurs Théodore et Importunus, ainsi que du consulaire Agapitus et du patrice du même nom, (Ce dernier mourut en chemin à Thessalonique.) Ils avaient pour mission d'obtenir que l'empereur laisserait aux ariens de ses états leurs églises et leur culte ; sinon Théodoric ferait passer au fil de l'épée tous les orthodoxes italiens. Le bienheureux Jean était le chef de cette ambassade. Quand il approcha de Constantinople, tous les habitants se portèrent à sa rencontre jusqu'au douzième mille, avec des cierges allumés, des croix, et en chantant la psalmodie sainte. En sa personne, ils voulaient rendre hommage aux bienheureux apôtres Pierre et Paul. La vue d'un pape était en effet chose inouïe dans cette capitale. Jamais, depuis le temps de saint Sylvestre I, elle n'avait été visitée par un vicaire du bienheureux Pierre '. L'empereur Justin, rendant gloire à Dieu, se prosterna devant le pontife, et vénéra le très-bienheureux pape Jean. Celui-ci, de concert avec les sénateurs qui l'accompagnaient, exposa, non sans verser un torrent de larmes, l'objet de sa mission. Justin consentit à prendre toutes les mesures nécessaires pour calmer la fureur de Théodoric et sauver l'Italie. L'eraper^r à son tour profita de la présence du vicaire de saint Pierre dans sa capitale, pour se faire couronner de sa main. Cependant Théodoric , de plus en plus aveuglé par son hérésie, fit incarcérer et mettre à mort les deux illustres sénateurs et ex-consuls Symmaque et Boôce 2. Quand le vénérable pontife et les trois sénateurs revinrent d'Orient, malgré les bonnes nouvelles qu'ils rapportaient de la part de Justin, ils trouvèrent le roi Théodoric plus irrité que jamais par son fanatisme arien. Sans la
1 Cf. tom. IX de cette Histoire, pag. 322.
2 Theodoricus rex hœreiicus tenuit duos senatores prœclaros, et exconsules Symmachum et Boetium, et occidif, interficiens gladio. Nous reproduisons dacs le texte original ce passage du Liber Pontificalis, parce qu'il est d'une certaine importance pour établir lo christianisme de Boèce, révoqué en doute par la critique moderne. Nous reviendrons plus loin sur cette question. En attendant, le lecteur pourra déjà remarquer que le Liber Pontificalis attribue à la fureur arienne de Théodoric le meurtre des deux illustres patriciens : Theodoricus rex hœreticus tenuit.... et occidit.