‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 54 sur 103 · CUAP. Y. — SAINT BENOIT AU MONT CASSIN · texte numérisé non relu

CUAP. Y. — SAINT BENOIT AU MONT CASSIN

23. A cette époque, le sol de l'Italie n'était pas plus dépourvu de Donation propriétaires qu'il ne l'est de nos jours. Saint Benoît, à Subiaco, sic fi^aint' établissait ses douze monastères sur un terrain qui lui avait été pawie'^Tercédé par Equitius, père de saint Maur. Le Caslrum Casînum oii le -visitè's'éiiatopatriarche venait s'établir était la possession du sénateur TertuUus, monaltère. père du jeune Placide. « Les historiens, dit M. Dantier, ont recherché les motifs qui portèrent le fondateur de l'abbaye duMont-Cassin à s'établir de préférence sur le plateau qui couronne cette hauteur. Or, jusqu'à présent, en dehors des récits légendaires auxquels la critique n'est pas tenue d'avoir foi, aucune raison déterminante n'a été indiquée par les biographes. Un passage de la bulle du pape Zacharie qui, en 748, concéda de nombreux privilèges aux rehgieux du Mont-Cassin, suffit, selon nous, à éclaircir cette difficulté. Elle nous apprend en effet que l'abbaye avait été construite sur un domaine appartenant à Tertullus, père du jeune Placide, et dont la donation avait été faite à saint Benoît par ce riche patricien de Rome '. » Ainsi parle M. Dantier. Nous ne savons s'il compte les actes de saint Placide parmi « les récits légendaires auxquels la critique n'est pas tenue d'avoir foi. » En tout cas, ces actes recevraient de la bulle du pape Zacharie, en 748, une confirmation explicite qui devrait disposer la critique à tenir

'Dantier, Monast. bénédici. d'Italie, tom. I, pag. 134. Voici le passage de la bulle du pape Zacharie, à laquelle M. Dantier fait allusion : Monasterium, necnon decem et oclo curtes quas Tertullus patricius una cum Placido filio suo beato Benedicto oblulit cum servis seplem millibus et portu Panormitano et Messano. « Les archives du mont Cassin, ajoute le savant auteur, ne possèdent plus l'original de ce premier document. Elles n'ont gardé que le sceau en plomb qui s'y trouvait attaché; mais elles en conservent plusieurs copies dont la plus ancienne date du xi^ siècle. L'authenticité du privilège accordé parle pape Zacharie est attestée par la mention qui en est faite dans plusieurs documents très-anciens, et l'instrument primitif, bien que fort endommagé par le temps, existait encore au xin« siècle. A cette époque, les moines du mont Cassin prièrent le pape Grégoire IX, vu l'état de détérioration où était alors l'original, de vouloir bien en reproduire le texte entier dans sa bulle en faveur du monastère, demande à laquelle le pontife consentit, comme on le voit par cette même bulle déposée aux archives du Vatican. Eegest., Gregor. IX, ann. v. » (Note de M. Dantier, tom. I, Pièces justificatives, pag. 487.)

336 PONTIFICAT DE SAINT FÉLIX lY (526-530).

plus sérieusement compte de ce qu'elle nomme avec dédain les récits légendaires. Voici comment s'expriment ces actes. « Le patrice romain Tertullus ayant appris que le saint homme Benoît était allé s'établir avec Placide, fils de ce patrice, et le jeune Maurus, au Castrum Casinum, sur un territoire qui lui appartenait, en témoigna toute sa joie. Il adressa sur-le-champ un message à son fils Placide, afin de savoir de lui si le bienheureux aurait pour agréable de recevoir sa visite, car il avait le désir de faire le voyage du Mont-Gassin et d'y visiter à la fois l'homme de Dieu et le jeune fils dont il lui avait confié l'éducation. Placide communiqua cette requête au vénérable Benoît, qui y donna son acquiescement. Placide manda à son père le jour que le bienheureux avait fixé pour l'entrevue, ajoutant que Benoît l'invitait à amener avec lui ceux de ses amis qui désireraient visiter le nouveau monastère. Tertullus choisit pour compagnons de voyage les plus nobles de la cité romaine, Boèce, Symmaque, Vitalien, Gordien et Equitius. La cavalcade prit le chemin du Castrum Casinmn, terre patrimoniale de Tertullus. Benoît, ayant à ses côtés les deux disciples Placide et Maurus, vint les recevoir à la porte du monastère. Le patrice, à la vue de l'homme de Dieu, dont le corps épuisé par le jeûne ressemblait à un squelette vivant, descendit de cheval, se prosterna, et lui baisa les pieds. Le bienheureux le releva, et, le serrant sur sa poitrine, le tint longtemps embrassé. Il le conduisit avec ceux qui l'accompagnaient à l'oratoire du confesseur du Christ saint Martin. Là, dans l'allégresse de son cœur, Benoît s'agenouilla pour rendre grâces à Dieu, et versa un torrent de larmes. En entrant dans le cloître, Tertullus embrassa tous les frères l'un après l'autre et demanda au vénérable père la faveur d'être considéré comme un membre de cette société sainte. Les consulaires, patrices et sénateurs ses amis, firent la même prière. Le trèsbienheureux père Benoît leur accorda volontiers cette pieuse faveur. Ge jour là, Tertullus fit à l'homme de Dieu la donation solennelle de tout le territoire du Mont-Gassin '. » Tel est le

1 Bolland., Ad. S. Placid., 5 oct.

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texte des actes de saint Placide. Longtemps avant les prétendues découvertes de la critique moderne, il avait appris aux historiens ecclésiastiques « le motif qui porta de préférence le fondateur de l'abbaye du Mont-Cassin à s'établir sur le plateau qui couronne cette hauteur. » Le lecteur aura également remarqué la mention spéciale de Boèce et de Symmaque, dans cette visite du patriciat romain au patriarche des moines d'Occident. Tout se tient en histoire, quand, au lieu d'adopter des thèses préconçues, on étudie sérieusement les sources. Il est donc certain, ainsi que nous l'avons précédemment démontré, que Boèce était chrétien. Il est également certain que l'arrivée de saint Benoît au Mont-Cassin dut avoir lieu vers la fin de l'année 524, c'est-à-dire quelques mois avant la fameuse disgrâce de Symmaque et de Boèce, dont nous avons raconté les douloureuses péripéties. 24. Les actes de saint Placide, en nous faisant connaître les constmction

• du uiooEstèrc»

illustres personnages qui voulurent s'associer par leurs largesses à l'œuvre toute de pauvreté et de renoncement de Benoît, complètent d'ailleurs les renseignements sommaires de saint Grégoire le Grand, lequel, dans ses Dialogues, parle a des nobles et pieux Bomains qui visitaient l'illustre fondateur, » sans les désigner personnellement par leur nom ^ La construction d'un monastère sur remplacement du Castrum Casinum commença presque aussitôt que Benoît eut pris possession de ce nouveau séjour. « En travaillant à l'édifice, reprend saint Grégoire, il advint que les religieux avaient à élever une pierre de taille, pour lui faire prendre place sur l'une des assises. Ils se mirent quatre ou cinq pour la soulever; ce nombre étant insuffisant, ils y vinrent tous, mais, bien que la pierre ne fût pas d'une dimensioninsoUte, ils ne purent réussirmême à l'ébranler. On eût dit que le bloc était enraciné dans le sol. Ils appelèrent l'homme de Dieu. Benoît fit une prière et traça un signe de croix. A l'instant, le bloc se laissa soulever sans difficulté aucune. Le saint voulut qu'on creusât la terre à l'endroit oii s'était produit le phé-

^ Cœpere etiam tune ad eum Romonœ tirbis nobiles et religiosi concurrere. (Greg. JlagQ., Dialog., lib. Il, cap. m; lom. cit., col. 140.) Nous avons déjà traduit ce passage chap. m de ce volume, n» 15.

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nomène. A une certaine profondeur, on trouva enfouie une idole de bronze '. » — « Un autre jour, pendant que les frères travaillaient sur un échafaudage assez élevé, l'homme de Dieu était resté en prière dans sa cellule. Il eut une vision et envoya dire aux travailleurs : Frères, tenez-vous sur vos gardes et prenez toutes les précautions possibles, car en ce moment l'esprit du mal fond sur vous. — A peine le message était-il transmis aux ouvriers que le mur en construction s'écroula, broyant dans sa chute un jeune enfant, fils d'un curialis. Les frères, consternés, vinrent tout en larmes le raconter au patriarche. Apportez-moi le corps de l'enfant, dit Benoît. — On s'empressa d'obéir, mais le cadavre avait été tellement mutilé qu'il fallut en ramasser les débris épars. On les réunit sur une saie {sagiim), que les moines présentèrent au bienheureux. Benoît fit déposer ce lugubre fardeau sur la natte de jonc [psialhiuia vidgo mappa) sur laquelle il s'agenouillait d'ordinaire. Il fit ensuite retirer les frères, s'enferma dans sa cellule, et demeura seul. Sa prière se prolongea plus que de coutume. Quand il sortit, il présenta l'enfant parfaitement vivant aux frères, et l'envoya avec eux relever la muraille écroulée -. » Résurrection 25. <( Un jour quc Benoît était allé avec ses religieux travailler

d'un enfant , , , . ' l i l

parS. Benoit, daus la Campagne, un paysan des environs se présenta en pleurant au monastère. Il portait dans ses bras le cadavre de son petit enfant, et demandait à grands cris le vénérable abbé. En apprenant l'absence de Benoît, sa douleur fut extrême. Il déposa son lugubre fardeau à la porte du monastère et se précipita du côté oîi on lui avait dit qu'il trouverait l'homme de Dieu. Or, en ce moment Benoît, ayant achevé le travail de la journée, revenait avec les frères. Le paysan le vit venir, et du plus loin qu'il l'aperçut, il se mit à crier : Rendez-moi mon fils! Rendez-moi mon fils! — Est-ce que je vous ai enlevé votre enfant? demanda Benoît. — Non, répondit le malheureux père. Mais il est mort; venez et ressuscitez-le. — A ces mots, l'homme de Dieu parut

1 S. Greg. Magn.j Dialog., lib. II, cap. x; tom. cit., col. 154. * Dialog., lib. 111, cap. xi; loc. cit., col. 156.

CDAr. Y. — SAINT BENOIT AU MONT CASSIN. 331)

profondément triste. Retirez-vous, mon frère, dit-il au paysan, ce que vous demandez de nous est au-dessus de notre pouvoir. Jadis les apôtres opéraient de tels prodiges. Mais nous, nous ne sommes que de misérables pécheurs. — Non, je ne vous quitterai point, s'écria le paysan. Par le nom de Jésus-Christ, je le jure, je ne vous quitterai point que vous n'ayez ressuscité mon fils ! — L'homme de Dieu l'interrogea alors : Où est votre enfant ? — Le voilà, ii

étendu à la porte du monastère, répondit le père éploré. — Benoît f

se mit à genoux, puis il s'étendit de tout son long sur le corps i

inanimé. Levant ensuite les mains au ciel, il dit : Seigneur, ne *

considérez point mes péchés, mais la foi de ce père qui vous P

demande la résurrection de son fils. Rendez à ce corps l'âme J

que vous avez rappelée à vous. — Comme il achevait ces mots, |

on vit les membres de l'enfant tressaillir et s'agiter dans une con- I

vulsion aussi prodigieuse que soudaine. L'âme était revenue dans |

le corps. Benoît prit l'enfant par la main et le rendit vivant à son père *. »

26. Benoît devait achever sa vie au Mont-Cassin. Il y séjourna Gouvemevingt-trois ans, « occupé, dit M. de Montalembert, d'abord à BeQou. extirper de la contrée les restes du paganisme, puis à faire construire son monastère par le bras de ses disciples, à cultiver les flancs arides de la montagne et les campagnes dévastées d'alentour, mais surtout à répandre sur tout ce qui l'approchait les bienfaits de la loi de Dieu, pratiquée avec une ferveur et une charité que nul n'a surpassées. Quoiqu'il n'eût jamais été revêtu du caractère sacerdotal, sa vie au Mont-Cassin fut plutôt celle d'un missionnaire et d'un apôtre que d'un solitaire. Il n'en demeura pas moins le chef vigilant d'une communauté de plus en plus nombreuse et florissante. Habitue à se vaincre en tout et à lutter avec les esprits infernaux, dont les tentations et les apparitions ne lui manquèrent pas plus qu'aux anciens pères du désert, il avait acquis le don de lire dans les âmes et de discerner leurs plus secrètes pensées. Il n'en usait pas seulement pour diriger les jeunes reli-

* S. Greg. Magn., Dialog., lib. II, cap. xxxu; Patr. lut., tom. cit., col. 192.

gieux, dont l'affluence était toujours grande auprès de lui, dans leurs études, dans les travaux d'agriculture et de maçonnerie qu'il partageait avec eux; dans les courses lointaines qu'ils avaient parfois à accomplir, il les suivait par un regard intérieur, découvrait leurs moindres manquements, les réprimandait au retour, les astreignait en tout à la stricte observance de la règle qu'ils avaient acceptée. Il exigeait de tous l'obéissance, la sincérité, l'austère régularité dont il donnait le premier l'exemple. Comme à Subiaco, beaucoup de jeunes gens de familles nobles et riches étaient venus se ranger sous sa direction, ou lui avaient été confiés par leurs parents. Ils travaillaient avec les autres frères à la culture des terres ou à la construction du monastère ; ils étaient astreints à tous les services imposés par la règle. Quelques-uns de ces jeunes nobles se révoltaient en secret contre cette égalité. Parmi eux se trouvait, selon le récit de saint Grégoire, le fils d'un défenseur, c'est-à-dire du premier magistrat d'une ville ou d'une province. Un soir, son tour étant venu d'éclairer Benoît pendant le souper de celui-ci, tout en tenant le candélabre devant la table abbatiale, il sentit son orgueil se soulever et se dit à lui-même : (( Qu'est-ce donc que cet homme-là pour que je me tienne ainsi pendant qu'il mange, debout devant lui, une chandelle à la main, comme un esclave ? Suis-je donc fait pour être son esclave * ? » Aussitôt Benoît, comme s'il l'avait entendu, lui reprocha vivement ce mouvement d'orgueil, fit prendre le candélabre par un autre et le renvoya dans sa cellule, tout troublé d'avoir été à la fois découvert et réprimé dans ses plus secrètes pensées. Nobles et plébéiens, riches et pauvres, jeunes et vieux, Benoît les astreignait tous à la même discipline. Mais aussi il ne voulait d'excès ni de violence en rien : et comme on lui annonçait qu'il y avait dans les montagnes voisines un solitaire qui, non content de se tenir enfermé dans une étroite caverne, s'était attaché au pied une chaîne dont l'autre bout était fixé dans le roc, de sorte qu'il ne pouvait se mouvoir au delà de la longueur de cette chaîne ; Benoît lui fit dire de la briser

* S. Greg. Magn., Dialog., lib. II, cap. xx.

CnAP. V. — RÈGLE DE SAINT BENOIT. 341

en ces termes : « Si tu es vraiment serviteur de Dieu, sois contenu non par une chaîne de fer, mais par la chaîne du Christ*. » Le reh'gieux auquel saint Benoît tenait ce langage était précisément l'ermite saint Martin, qui l'avait précédé sur les hauteurs du Casirum Casinum, et qui s'était retiré à son approche dans les profondeurs de la forêt de Massique.

s IV. Règle de saint Benoit. *

27. On ne comprendrait que très-superficiellement la mission de Prologue C

de la règle

saint Benoît, si l'on s'en tenait exclusivement au récit déjà cepen- bénédictine. 1 dant si extraordinaire de sa biographie. Ermite, moine, apôtre, ■

thaumaturge, ces divers titres qui suffiraient à la gloire de plusieurs saints, ne forment qu'un accessoire, si l'on peut parler ainsi, dans la carrière féconde du patriarche. C'est le côté extérieur de sa vie, tel que ses contemporains ont pu le saisir. Mais ce qui sort complètement des limites d'une existence humaine , c'est l'action de saint Benoît sur les races à venir, sur les générations monastiques pour lesquelles son génie religieux traça une législation qui ne sera jamais dépassée. « Du cœur de Benoît, comme des fontaines du paradis, écrivait Urbain II, nous avons vu jaillir la source de la perfection religieuse '. » Un autre pape, Victor III, sorti du Mont-Cassin pour monter sur la chaire de saint Pierre, comparait la législation de Benoît à celle du Sinaï :

Hœc domus est similis Sinaï sacra jura ferenti. Ut lex demonstrat hic quœ fuit édita quondam. Lex hinc exivit, mentes quœ ducil ab iinis, Et vulgata dédit lumen per climata sœcli ^.

1 S. Greg. Magn., Dialog., lib. III, cap. xvi ; Patr. lut., tom. LXXV1I> col. 261. Montalembert, Moines d'Occident, tom. Il, pag. 21-25.

* Ipse omnium monachorum pater, et Casinense monasterium caput omnium perjjeluo habetur et merilo, nani ex eodem loco de Benedicti pectore monastici ordinis religio quasi de paradisi fonte manavit. (Urbnn. II, Epist. ceci; Patr. lat., tom. CLI, col. 549.)

3 Léo Marsican., Chron. Cassin., lib. III, cap. xxviii; Patr. lat., t. CLXXllI, col. 749.

La grande œuvre de saint Benoît, son œuvre par excellence, fut donc la Règle de la vie monastique, qu'il rédigea lui-même, et écrivit de sa propre main. « Écoute, ô fils ', écoute les préceptes du maître, dit-il, et devant lui incline l'oreille de ton cœur; ne crains pas d'entendre l'avertissement d'un bon père et de l'accomplir efficacement, afin que l'obéissance laborieuse te ramène à celui dont t'avaient éloigné la désobéissance et la mollesse. A toi donc maintenant s'adresse ma parole, qui que tu sois, qui, renonçant à tes volontés propres pour habiter sous le vrai roi, le Seigneur Jésus- Christ, prends en main les armes vaillantes et glorieuses de l'obéissance. Et d'abord, en tout ce que tu entreprends de bien, demande lui par une très-instante prière qu'il veuille l'accomplir, afin qu'il ne se contriste pas de nos mauvaises actions, lui qui a daigné nous admettre au nombre de ses fils. En tout temps il nous faut lui obéir, nous servant pour cela de ses propres bienfaits, de telle sorte qu'il n'ait jamais, comme un père irrité, à nous proclamer déchus de son héritage, ni, comme un maître formidable, à sévir contre des esclaves pervers qui auraient préféré les éternels supplices à la gloire de le suivre dans son royaume. Levons-nous donc enfin, à la voix qui nous crie dans l'Écriture : Hora est jam nos de somno surgere ^. Ouvrons les yeux à la lumière déifique, prêtons une oreille attentive à celui qui nous crie sans cesse : Hodie si vocem audieritis, nolite obdurare corda vestra^. «Venez mes fils, écoutez-moi ; je vous enseignerai la crainte du Seigneur *. » — (( Courez, pendant que vous avez encore le flambeau de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous enveloppent ^. » Le Seigneur cherche son ouvrier parmi la multitude du peuple; il demande : (c Quel est l'homme qui veut la vie, et souhaite les jours du bonheur 6? » C'est moi, répondras-tu peut-être. Mais le Seigneur reprend : « Si tu veux avoir la vie, défends le mal à ta langue, et

1 « Il faut noter pour l'iconographie chrétienne, dit M. de Montalembert, ces premiers mots : Ausculta, o fili! que les peintres du moyen ûge avaient coutume de reproduire sur le livre qu'ils mettaient entre les mains de saint Beuoît. » (^Moines d'Occident, tom. H, pag. 45, not. 1.)

« Rom., XIII, 11. — 3 Psalm. xciv, 8. — * Psahn. xxxill, 12. — ^ Joaiu, Xi, 9, 10. — 8 Psalm. xxxiii, 13.

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