‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 53 sur 103 · CHAP. V. — SAINT BENOIT AU MONT CASSIN · texte numérisé non relu

CHAP. V. — SAINT BENOIT AU MONT CASSIN

Il s'arrêta dans un site tout différent de celui de Subiaco, mais d'une grandeur et d'une majesté incomparables. Là, sur les confins du Samnium et de la Campanie, au centre d'un large bassin à demi entouré d'abruptes et pittoresques hauteurs, se dresse un mont isolé, escarpe, dont la cîme vaste et arrondie domine à la fois le cours du Liris, encore voisin de sa source, la plaine ondulée qui s'étend au midi vers les plages de la Méditerranée et les vallées étroites qui s'enfoncent au nord, à l'est et au couchant, dans les plis de l'horizon montagneux : c'est le Mont-Cassin. Au pied de ce roc, Benoît rencontrait un amphithéâtre du temps des Césars, au miUeu des ruines de la ville de Casinum qu'avait illustrée le plus savant et le plus pieux des Romains, Varron, ce bénédictin païen, dont les fils de Benoît se plurent longtemps à honorer la mémoire et la science ' . Du sommet, ses yeux pouvaient se porter tour à tour vers Arpinum, oîi naquit le prince des orateurs romains, et sur Aquinum, déjà célèbre pour avoir donné le jour à Juvénal, avant d'être la patrie du Docteur angélique qui devait populariser chez tous les chrétiens le nom de cette bourgade. Ce fut au centre de ces nobles souvenirs, de cette nature solennelle, et sur cette cime prédestinée, que le patriarche des moines d'Occident fonda la capitale de l'ordre monastique ^. »

* Varro... sanctissimus et integerrimus. (Cicero, Phil. ii.) Casinensis arcis sublimitas tanto olim culmine viguit, ut Romani celsitudo imperii philosophicis studiis illarn in œvum dicaret. Hanc M. T. Varro omnium Romanorum doctissimus incoluit. (Petr. Diacon., De vir. illust. Casin.)

Nymphisgue habitata rura Casini.

(SiL, Italie, i, 12.)

« Cette ville, restaurée par les moines, porte aujourd'hui le nom de San- Germano, en l'honneur d'un saint évêque de Capoue, contemporain de Benoît. Entre la ville et le monastère, sur un mamelon détaché de la montagne, on voit encore le vaste château de Rocca Jauula, construit au moyen âge, inhabité, mais non ruiné, avec ses tours et ses remparts crénelés que deux longues murailles relient à l'enceinte de Sau-Germano. Rien de plus complet et de plus frappant que l'ensemLle de la sainte montagne. Au pied, la ville moderne avec son amphithéâtre romain; à mi-côte, la forteresse féodale; au sommet, le monastère immortel, toujours imposant et majestueux, malgré les altérations qu'a subies son architecture. » (Note de M. de Montalembert.)

- Moines d' Occident , tom. II, pag. 17-19.

Lutte contre 22. « En changeant de séjour, dit saint Grégoire le Grand, etle'déiBcTD. l'homme de Dieu devait retrouver l'ennemi. Les nouvelles luttes qu'il eut à subir dépassèrent en rigueur les anciennes. Sur le sommet escarpe du Caslrum Casinum, la superstition idolâtrique avait conservé comme un dernier rempart. Il y avait là un antique temple d'Apollon, et un bois sacré, oii les grossières populations du voisinage continuaient à offrir des sacrifices païens. L'homme de Dieu, en mettant le pied sur cette cime, renversa l'idole et l'autel. Sur leurs débris il éleva deux oratoires, l'un à saint Martin et l'autre à saint Jean-Baptiste. Appelant alors les multitudes autour de lui, il leur prêchait sans interruption la vérité évangélique '. L'antique ennemi répondit à ces attaques non par des visions secrètes, mais par des clameurs effrayantes qui retentissaient dans la solitude. Les frères entendaient ces voix, mais aucune forme n'apparaissait à leurs regards. Seul Benoît, ainsi qu'il le racontait à ses disciples, voyait se dresser devant lui le monstre infernal, lançant des éclairs, et entouré de feux. Le démon interpellait le saint, et tous les frères l'entendaient crier : Bénédicte/ Bénédicte/ — Et comme Benoît ne répondait pas, le démon reprenait alors avec une fureur insensée : Non tu n'es pas béni! Makdicte/ Maudit, que me veux-tu? Pourquoi viens-tu jusqu'ici me poursuivre ^? »

1 « Dante a traduit à sa façon, dit M. de Montalembert, le récit de saint Grégoire le Grand dans ce magnifique chant du Paradis, où les enseignements de Béatrice sont interrompus et complétés par l'apparition du patriarche des moines d'Occident :

Quel monte, a cui Cassino e nella Costa, Fu frequentalo gia in su la cima Dalla gente iiigannata e mal disposta;

Ed io son quel che su vi portai prima Lo nome di colui che'n terra adusse La verita, che tanto ci sublima :

E tanta grazia sovra me rilusse Ck'io ritrassi le ville circonsianti Dali' empio colto, che'l mondo sedusse. »

{Paradiso, cant. xxii.)

« S. Greg. Magn., Dialog., lib. Il, cap. viii, ad fin.; Patr. lat., tom. LXVI, col. 152.

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