‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 60 sur 103 · CUAP. Y. — RÈGLE DE SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

CUAP. Y. — RÈGLE DE SAINT BENOIT

30. « Dans l'élection de l'abbé, on n'aura égard qu'au mérite et L'abbé,

^ , , , ... le prévôt, le

a la vertu. Les suffrages devront se porter sur celui qui en cons- portier. cionce sera jugé le plus digne, sans égard ni à l'âge ni au lang. S'il arrivait, ce qu'à Dieu ne plaise! qu'une congrégation tombée dans le relâchement s'entendît pour promouvoir un abbé qui aurait promis de tolérer le désordre, l'évêque du diocèse cassera l'élection et établira un dispensateur digne et zélé dans la maison de Dieu. L'abbé ne perdra jamais de vue la responsabilité de sa charge, et le compte qu'il en doit rendre au Seigneur. Il lui faut non pas tant commander qu'être utile. Il doit être versé dans la connaissance des divines Écritures, afin d'y puiser sans cesse les trésors toujours anciens et toujours nouveaux de la vie spirituelle. Qu'il soit chaste, sobre, miséricordieux; qu'il fasse prédominer la miséricorde afin de l'obtenir pour lui-même. Qu'il déteste le vice, qu'il aime les frères. Dans la réprimande, qu'il soit prudent et ne brise pas le vase en voulant en détacher la rouille. Qu'il songe à sa propre faiblesse, et n'achève pas de rompre le roseau incliné. Je ne veux pas dire qu'il doive entretenir les abus, mais il les retranchera avec charité et ménagement. Il s'appliquera davantage à se faire aimer qu'à se faire craindre. Qu'il ne soit point agité, inquiet, excessif, opiniâtre, soupçonneux, ni jaloux; autrement il n'aura jamais de repos. Dans les ordres à donner, pour le spirituel ou le temporel, qu'il joigne la prévoyance à la maturité du conseil. Qu'il mesure le travail avec discernement et modération, selon la prudence du saint patriarche Jacob : « Si j'impose à mes troupeaux une trop grande fatigue, ils mourront tous en un seul jour *. » Si les circonstances l'exigent et que tel soit le vœu de la congrégation, on pourra élire un prœpositus (prévôt) du monastère. Mais on évitera de créer ainsi un antagonisme qui se produit fréquemment entre l'abbé et le prévôt. Celui-ci devra se borner à faire exécuter modestement et respectueusement les ordres du pre-

* Sciatque sibi oportere prodesse magis quam prœesse... Semper superexallet miserkordiam judicio... Oderit vitiu, diligat fratres... Ne quid nimis, ne dum nimis cupil eraderc œruginem, frangatur vas... Siudeat plus amari quam timeri... Si plus in ambulando fecero laborare, marient ur unâ dte curicti grèges. (S. Beuedict., Reg., cap. liv. — Gènes., xxxiii, 13).

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mier. Autrement, il serait averti par les anciens jusqu'à quatre fois, puis déposé et remplacé dans sa charge. S'il troublait encore la congrégation par un esprit d'inquiétude et de désobéissance, il serait chassé du monastère '. — La cellule du portier {osiiaj^ius) sera contigûe à l'entrée du monastère. On choisira pour cette fonction un vieillard sage et prudent, capable de transmettre fidèlement une réponse, et dont la maturité repoussa toute idée de vagabondage. Aussitôt qu'un étranger frappera à la porte, ou qu'un pauvre fera entendre sa voix, le portier répondra par ces mots : Deo gratias ; puis il écoutera le survenant et lui répondra, en toute douceur, charité et crainte de Dieu. On pourra adjoindre au portier un jeune frère pour l'aider dans sa charge. Du reste, autant qu'il sera possible, le monastère devra être pourvu à l'intérieur de tous les objets nécessaires, eau, moulin, jardin, boulangerie, ateliers divers, en sorte que les moines n'aient point à courir au dehors, ce qui est la perte des âmes -. »

Voyages. 40. « Avant d'entreprendre un voyage, les frères se recommanderont aux prières de l'abbé et de toute la congrégation. A la fin de chacun des offices divins, une dernière oraison sera récitée avec mémoire de chacun des absents. Au retour, durant la journée qui suivra leur rentrée au monastère, les voyageurs se prosterneront au commencement de toutes les heures canoniques sur le sol de l'oratoire et demanderont les prières de la congrégation pour les fautes qu'ils ont pu commettre durant le voyage, telles que curiosité vaine, discours oiseux, mauvais propos recueillis sur la route. Du reste, ils ne devront absolument rien dire aux frères de ce qu'ils ont vu ou entendu hors du monastère : de tels récits n'apportent que la dissipation et le désordre 3. Les frères recevront en toute charité et obéissance les ordres qui leur seront donnés, même lorsque ces ordres paraîtraient d'une exécution trop dure ou absolument impossible. Si, après un certain temps, ils voient que la prescription dépasse vraiment la mesure de leurs forces, ils exposeront avec modestie, patience et humilité leurs raisons au prieur. Si ce dernier persiste dans sa première sentence, ils ' S. Benedic, Reg., cap. lxv. — 2 Ibid., eap. Lxvi. — s ibid., cap,. Lxvii.

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prendront courage; et confiants dans le secours de Dieu, pour le plus grand bien de leur âme, ils obéiront virilement *. On veillera surtout à ce qu'aucun des religieux, dans l'intérieur du monastère, ne se constitue le défenseur ou le protecteur d'un autre, quand même il lui serait uni par les liens les plus étroits du sang. C'est là une grave occasion de scandale, qu'il faut prévenir absolument et réprimer par les peines les plus rigoureuses ^. Toute usurpation d'autorité est défendue dans le monastère. Nul autre que l'abbé, ou celui qui en aurait reçu la délégation, ne peut excommunier ni frapper les frères. Les punitions auront lieu en public, pour inspirer à tous une crainte salutaire. La surveillance des enfants au-dessous de quinze ans et le maintien de la discipline parmi eux appartiennent à tous les frères, mais quiconque aurait dépassé la mesure et la discrétion à leur égard sera soumis aux châtiments canoniques : Quod tibi non vis fieri, alteri ne feceris '. L'obéissance ne doit pas seulement être rendue à l'abbé ou aux autres supérieurs, tous les frères se préviendront les uns les autres par une obéissance réciproque pour le bien. C'est là le chemin qui mène à Dieu *. De même qu'il y a un zèle mauvais et plein d'amertume, qui sépare de Dieu et conduit à l'enfer, ainsi il y a un zèle louable qui retranche les vices, conduit à Dieu et à la vie éternelle. C'est ce zèle vertueux que les moines doivent exercer dans un fervent amour, en se rendant tous les offices mutuels de respect et de déférence. Qu'ils supportent patiemment les infirmités ou les défauts du prochain. Que nul ne songe à son utilité propre, mais à celle d'autrui. Qu'ils gardent la charité dans le chaste amour de leurs frères; qu'ils craignent Dieu; qu'ils chérissent leur abbé d'une affection sincère et respectueuse ; enfin, qu'à tout en ce monde ils préfèrent le Christ qui nous conduira à la vie étei'nelle ^. — Cette règle, que je viens d'écrire de ma main pécheresse, ajoute saint Benoît, n'est que le commencement, le premier pas de la perfection religieuse. On n'arrive au sommet qu'en puisant dans le trésor des divines Écritures et dans la méditation des Pères. Les Collationes et

» S. Benedict., Reg., cap. lxviii. — "- IhicL, cap. lxix. — ^ Ibid., cap. Lxx. Tûb., IV. — i Reg., Lxxi. — 5 Ibid., cap. Lxxii.

dictine.

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les Institutions de Cassien, la règle de saint Basile, tels sont les véritables instruments de la vie et de l'obéissance monastiques. Pour nous, si tièdes, si paresseux, si négligents, il ne nous reste qu'à rougir de honte. Qui que tu sois donc qui veux courir dans la voie de la patrie céleste, suis d'abord comme un acheminement cette pauvre règle, exécute-la en entier, avec l'aide du Christ, et alors, par la grâce de Dieu, tu peux espérer d'atteindre les sommets de la doctrine et de la vertu ^ »

itiée gêné- 41. « Telle cst la règle bénédictine, dit Bossuet. C'est un précis règle béné- du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l'Évangile, de toutes les institutions des saints pères, de tous les conseils de perfection. Là, paraissent avec éminence la prudence et la simplicité, l'humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance. Là, la correction a toute sa fermeté ; la condescendance tout son attrait ; le commandement toute sa vigueur et la sujétion tout son repos ; le silence sa gravité et la parole sa grâce ; la force son exercice et la faiblesse son soutien ; et toutefois, mes pères, Benoît l'appelle un commencement, pour vous nourrir toujours dans la crainte -. » — « Mais, ajoute M. de Montalembert, il y a quelque chose qui parle avec plus d'éloquence que Bossuet en l'honneur de la règle bénédictine : c'est la liste des saints qu'elle a produits; c'est le récit des conquêtes qu'elle a opérées et consolidées dans tout l'Occident, oii elle prévalut seule pendant huit siècles ; c'est l'attrait invincible qu'elle a inspiré aux intelligences vives et généreuses, aux cœurs droits et dévoués, aux âmes éprises de solitude et de sacrifice ; c'est l'influence bienfaisante qu'elle a exercée sur la vie du clergé séculier, qui, réchauffé par ses rayons, s'est épuré et fortifié au point de sembler pour un temps se confondre avec les enfants de saint Benoît. C'est surtout ce contraste entre la vie florissante de l'esprit et de la foi dans les contrées oii elle a régné, et le néant où s'enfonçait l'église orientale, déshonorée par le mariage des prêtres avant même d'être la proie du schisme et de l'islamisme ^. »

' S. Bened., ^eg., cap. lxxiii; Pair, lut., tom. LXVI. — - Bossuet. Panég. de sai7it Benoît. — ' Moines d'Occident, tom. II, pag. 68.

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