‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 64 sur 103 · III. HAGIOGRAPHIE DES GAULES · texte numérisé non relu

III. HAGIOGRAPHIE DES GAULES

43. Le jeune clerc arverne Gallus (saint Gai de Clermont). — 44. Mort de saint Quintien. Gallus, évêque de Clermont. — 45. Le captif arverne Fidùlus (saint Phal) et l'économe de l'église de Troyes Aventinus (saint Aventin). — 46. Retraite et mort de saint Aventin. — 47. Fidolus successeur de saint Aventin. — 48. Thierry I et Mundéric à Victoriacum (Vitryle-Français). — 49. Captivité du neveu de saint Grégoire de Langres. — 50. Flosculus d'Orléans, Manvœus de Bayeux, etc. — 51. Briocus, Paulus- Aurelianus, Machutius (Saint-Brieuc, Saint-Pol-de-Léon, Saint-Malo) en Bretagne. — 52. Nicetius de Trêves. — 53. Les saints des Gaules et les rois mérovingiens. — 54. Éducation de sainte Radegonde à la villa royale d'Atteiae. — 55. Mort de saint Rémi.

Notice de S.Bonifacell

d'après le

Liber Ponti-

ficalis.

i. « Boniface, né à Rome, dit le Liùer Pontificalis, eut pour père Sigisvult. Il siégea deux ans et deux jours, au temps du l'oi arien Athalaric et de l'empereur Justinien. Il y eut deux ordinations simultanées et rivales : celle de Dioscore dans la basilique constantinienne (Saint-Jean-de-Latran), et celle de Boniface dans la basilique Julia. La lutte entre le sénat et le clergé au sujet des deux pontifes dura vingt-huit jours, après lesquels Dioscore vint à mourir, la veille des ides de novembre (12 novembre 530). Usant à la fois de zèle et de ruse, Boniface, avec grande amertume et sous la menace de l'anathème, se rattacha le clergé et déposa dans les archives de l'église romaine une cédule qui condamnait la mémoire de Dioscore. Mais aucun évoque ne voulut souscrire la sentence,

cnAP, VI.

parce que les adhérents de Dioscorc avaient été très-nombreux. Boniface établit les distributions mensuelles (scutellas al. sportulas), faites sur les revenus ecclésiastiques aux prêtres, diacres et sousdiacres. Il vint largement en aide au clergé et au peuple durant une famine qui désola l'Italie. Il convoqua un synode dans la basilique du bienheureux Pierre apôtre, et voulut qu'en sa présence on procédât au choix de son futur successeur. Un acte d'élection fut rédigé en faveur du diacre Vigilius; les prêtres le souscrivirent et s'engagèrent par serment à en maintenir l'exécution. La pièce fut déposée sur l'autel de la confession du bienheureux Pierre. Mais dans un autre synode tenu quelques mois après, on revint sur cette mesure, qui fut déclarée attentatoire à la majesté du saintsiége et contraire aux règles canoniques. Le pape Boniface s'accusa tout le premier d'avoir commis un excès en souscrivant l'acte d'élection ; de sa main, il lacéra cet acte et le brûla en présence de tous les prêtres, des clercs et du sénat. Boniface fut enseveli dans la basilique du bienheureux Pierre apôtre, le xvi des calendes de novembre sous le consulat de Lampadius (16 novembre 532). Le siège épiscopal demeura vacant pendant vingt-six jours *. »

2. Cette notice du Liber Pontificalis est doublement intéressante, et par la gravité des faits qu'elle énonce, et par l'espèce d'obscurité calculée dont elle les enveloppe. Nous sommes au point de départ de toute une série d'entreprises schismatiques contre la liberté des élections pontificales. On se rappelle que, dans une lettre au sénat de Rome, après la promotion de saint Félix IV, Athalaric ou plutôt la régente Amalasonthe sa mère, avait posé en principe le droit pour les souverains de Ravenne d'intervenir dans l'élection des papes. Il n'est pas nécessaire, croyons-nous, de discuter au fond la théorie usurpatrice des. rois Goths. La religion du lecteur doit être suffisamment éclairée sur ce point. Saint Pierre, choisi par Notre-Seigneur pour être le chef du collège apostolique et la colonne de l'Église, ne tenait sa juridiction d'aucun pouvoir civil. Les successeurs de saint Pierre ont droit à la même indépendance.

• Condamnation

poslhnme de l'antipape DioÉCOre.

» Lib. Pontif., Not. LVli, Bonifac. II; Pair, lat., tom. CXXVIIl, col. 534.

Ajoutons que, de nos jours, sauf quelques légistes arriérés, aucun homme d'État sérieux n'oserait afficher la prétention de se substituer à l'action du Saint-Esprit, ni revendiquer pour le pouvoir civil le droit de créer un pape. En supposant même qu'un tyran eût cette pensée, il reculerait devant le ridicule de la tentative. Mais il n'en était pas de même au iv*^ siècle : le mode d'élection des souverains pontifes et des évêques par le clergé et le peuple se prêtait jusqu'à un certain point aux efforts schismatiques des gouvernements séculiers. Le sénat de Rome, dont le servilisme politique était depuis longtemps passé en proverbe, trouvait là un prétexte facile d'affirmer son importance par une immixtion tyrannique. C'est ce qui eut lieu dans l'élection de Boniface II. Bien que fils de Sigisvult, nom évidemment d'origine gothique, il paraît que Boniface n'avait point les sympathies de la cour de Ravenne. C'est là ce qui explique la résistance des sénateurs, et l'appui qu'ils prêtèrent à Dioscore. Malheureusement nous n'avons point de documents explicites sur ces faits, et nous sommes réduits aux brèves indications du Liber Pontificalis. La mort inopinée de Dioscore mit fin au schisme et réconcilia les deux factions rivales. Ce fut alors que Boniface rendit contre la mémoire de son compétiteur une sentence d'anathème, qui faillit renouveler la querelle. Pour comprendre le fâcheux effet produit par cette mesure, il faut se rappeler qu'on sortait à peine des orages soulevés en Orient à propos delà condamnation posthume de quelques chefs eutycbéens. Un grand nombre d'esprits sages et clairvoyants trouvaient intempestive la procédure contre la mémoire des morts. « A quoi bon, disaient-ils, troubler l'Église par des questions de ce genre? Un excommunié, mort sans réconciliation préalable, ne peut être absous en ce monde. De même, il faut réserver au tribunal de Dieu le jugement d'un prévenu qui meurt avant d'avoir été frappé par une sentence formelle de l'Église. » Ces paroles sont de Facundus d'Hermias; elles représentaient l'opinion générale du clergé romain, qui refusa de s'associer aux mesures de Boniface II à l'égard d'un compétiteur que Dieu venait de rappeler à lui. Ce n'est point toutefois que la mémoire de Dioscore parût irréprochable. Nous avons en

CHAr. YI. — PONTIFICAT DE BONIFACE II.

effet une lettre d'Athalaric, constatant que Dioscore avait eu recours à des moyens simoniaques pour acheter les suffrages des électeurs et l'appui du sénat '.

3. Quoi qu'il en soit, les troubles dont l'élection avait été le signal déterminèrent le nouveau pape à essayer une mesure beaucoup plus compromettante. Pour obvier au grave inconvénient d'un choix dicté par les conquérants ariens de l'Italie, il imagina de changer le mode d'élection et décréta en synode que chaque pape nommerait désormais son successeur. Il est fort regrettable que nous n'ayons plus le procès-verbal de cette assemblée, ni le texte même du décret de Boniface II. En l'absence de tout autre moyen de contrôle, le texte du Libe.r Pontificalis suffit cependant à démontrer, d'une part, que le. clergé romain comprenait la nécessité d'une mesure préventive ; de l'autre, qu'on ne trouvait pas au premier abord l'expédient imaginé par Boniface II si étrange qu'il nous paraît aujourd'hui. En effet, nulle réclamation ne s'éleva dans le principe contre la proposition du pape. Les prêtres la souscrivirent librement ; ils acceptèrent le diacre Vigilius désigné pour la future succession, s'engagèrent par serment à lui garder fidélité, et laissèrent déposer cet acte solennel sur la confession de saint Pierre. Rien de tout cela n'aurait été possible dans l'état actuel de la discipline ecclésiastique, et s'il n'eût existé à cette époque un ensemble de traditions qui jusqu'à un certain point prêtait à l'équivoque. Le lecteur peut se rappeler que dans le concile romain de 499, tenu sous le pontificat de saint Symmaque, pendant le schisme de l'antipape Laurent, les pères avaient unanimement adopté un décret dont voici la teneur : « Si, ce qu'à Dieu ne plaise! la mort du pape survient inopinément, sans que le pontife ait pu rien préparer pour l'élection de son successeur, celui-là sera sacré qui réunira l'unanimité des suffrages 2. » Ainsi que le remarque judicieusement Binius, ce décret se rapportait à l'usage constamment pratiqué, dès les premiers siècles de l'église romaine,

Election

par le pape

■vivant de son

successeur.

Le diacre

Vigilius.

> Athalar., Epist. ad Joan. Il; Pair, ht., tom. LXVI, col. 11-13. — ^ Labbe, Concil., tom. IV, col. 1317. Cf. pag. 61 de ce volume.

vivente.

d'interroger respectueusement le pontife et de lui demander sur qui il aimerait à voir tomber le choix de son successeur. De là, à conclure que le pontife vivant pouvait faire lui-même l'élection définitive, il n'y avait qu'un pas. L'apôtre saint Pierre, on s'en souvient, avait sinon désigné Clément pour son successeur, du moins prédit sa promotion future *. La mesure proposée par Boniface II, en présence de difficultés urgentes, n'offrait donc pas aux yeux des contemporains le caractère étrange qu'elle aurait de nos jours. L'initiative pontificale en un sujet si délicat ne souleva pour le moment aucune objection, et c'est déjà un fait intrinsèquement fort considérable, puisqu'il suppose la reconnaissance explicite du pouvoir absolu des papes en matière d'administration et de discipline.

AnnuiatioQ 4. Mais la réflexion vint bientôt corriger ce qu'il y avait d'excesiaiie^papa sif dans uue mesure qui dépassait le but, et rendait le remède non moins dangereux que le mal. Le zèle de Boniface n'avait point été selon la science. Pour soustraire aux influences du pouvoir civil l'élection des papes, il s'exposait à la livrer aux intrigues d'une chambre apostolique, aux influences subalternes qui assiègent la vieillesse des pontifes. Les traditions de l'Église, les canons les plus formels interdisaient à un évêque vivant le droit de léguer sa dignité comme un héritage. Sans doute, il y avait eu des infractions à cette règle; nous en avons signalé quelques-unss, à mesure qu'elles se sont présentées dans le cours de l'histoire : mais si glorieuses qu'elles aient pu être, elles n'en restaient pas moins à l'état même de ces exceptions qui, selon le mot juridique, confirment la règle. Le décret de Boniface II intervertissait cet ordre de choses. L'exception devenait la règle commune. La monarchie élective de l'Église se transformait en un pouvoir héréditaire, que des mains peu scrupuleuses pouvaient transmettre dans une seule famille, au préjudice des intérêts sacres de la religion et de la foi. Le pape le comprit; il n'hésita point à se rétracter publiquement. Lorsque, de sa main, en présence du sénat, du clergé et du peuple de Rome, il brûla le

' Cf. t. Yl de cette Histoire, pag. 210.

CnAP, VI. — rONTIFICAT DE BONIFACE II.

décret déposé par lui sur la confession de saint Pierre, il donna la meilleure preuve de l'assistance divine qui ne manque jamais aux vicaires de Jésus-Christ. Elle ne les préserve pas seulement des erreurs doctrinales, mois elle les garantit même contre les inconséquences d'un zèle trop ardent et trop précipité.

5. Le reste de ce court pontificat s'écoula paisiblement. Selon la coutume de ses prédécesseurs, Boniface assemblait chaque année un concile à Rome, pour y traiter des intérêts spirituels de la chrétienté. Celui de 531 eut à connaître d'une réclamation faite par Etienne de Larisse, métropolitain de Thessalie *. Epiphane, patriarche de Constantinople, contestait la régularité de son élection, sous prétexte qu'elle avait été faite sans son concours et sans son aveu. Les évêques de Constantinople n'avaient cessé, depuis le décret additionnel du concile de Chalccdoine, de revendiquer pour leur siège le droit de juridiction sur toutes les métropoles de l'Orient. On sait les maux que causèrent à l'Éghse ces ambitieuses prétentions. Etienne avait été élevé sur le siège de Larisse en présence des évêques de la province, avec le consentement unanime du clergé et du peuple. Epiphane se crut pourtant le droit de le suspendre de ses fonctions épiscopales, et de déclarer son ordination nulle et simoniaque. Le métropolitain de Larisse appela de cette injuste sentence au jugement du saint-siége. La décision dut lui être favorable, mais l'histoire ne nous en a pas conservé la teneur.

6. La perpétuité du sacerdoce catholique, et les moyens de l'assurer dans les diverses Églises, commençaient dès lors à appeler l'attention des évêques. On se rappelle que le concile de Vaison, en 529, par l'étabhssement des écoles presbytérales, avait en quelque sorte créé des séminaires dans chaque village. Cette idée apparaît, sous une forme plus avancée encore, dans le IP concile de Tolède. «Les enfants destinés à la cléricature, disent les pères, seront d'abord tonsurés et mis au rang des lecteurs, pour être instruits dans une maison dépendante de l'église, sous les yeux de l'évêque. S'ils promettent librement de garder la continence, on les ordon-

Concile de Rome.

Concile de Tolède.

1 Labbe, Concil. Roman, m, tom. IV, p. 1690.

nera sous-diacres à vingt ans. A vingt-cinq ans accomplis, s'ils se sont conduits sagement, on les ordonnera diacres. Quand ils auront été promus aux honneurs du sacerdoce, il ne leur sera pas permis de quitter l'église qui les aura ainsi élevés, sans l'agrément de leur évêque '. » — Les élections épiscopales elles-mêmes ne demandaient pas à être réglées avec moins d'atte^ntion et de soin. Les hommes qui exerçaient quelque influence dans une province en abusaient pour extorquer aux candidats des largesses, que l'on prenait plus tard sur les biens ecclésiastiques. L'abus avait été quelquefois si loin, qu'on avait mis en vente jusqu'aux vases sacrés, pour payer les sommes promises. Boniface II renouvela les édits portés contre de tels actes de simonie, et les notifia à tous les évêques du monde. Condamna- 7. Cependant saint Césaire d'Arles sollicitait l'approbation apos-

tiOn du . 1 TT M -)y-\

semi-péiagia- tolique pour Ics canons du Ir concile a Orange, tenu en 529 sous an II" concile sa présidence. La question du semi-pelagianisme, agitée de nouveau dans les Gaules, y fut sérieusement discutée. « Nous avons été informés, disent les pères, qu'un grand nombre de personnes ont adopté, sur la doctrine du libre arbitre et de la grâce, des opinions téméraires ou erronées. En conséquence, pour nous conformer aux avertissements du siège apostohque et de concert avec son autorité, nous avons cru devoir promulguer un certain nombre de décrets qui nous ont, à diverses reprises, été envoyés de Rome, et qui renferment en substance, sur le dogme controversé, l'enseignement des docteurs catholiques^. » La souscription des canons du concile d'Orange, au nombre de vingt-neuf, offre cette particularité qu'après la signature des évêques, on y trouve celle de huit laïques, en cette forme : « Petrus-Marcellinus-Félix-Liberius, clarissime, illustre, préfet du prétoire des Gaules, patrice, j'ai consenti et souscrit. — Syagrius, homme illustre, j'ai consenti et souscrit. — Opilio, homme illustre, j'ai consenti et souscrit. — Pantagathus, homme illustre, j'ai consenti et souscrit. » Les signatures de Deodatus, Gariatto, Marcellus et Namatius sont

1 Labbe, Concil. Toleian. ii, tom. IV, p. 1733. — « Labbe, ÇonciL, tom. IV, col. 1666.

d'Arles.

CHAP. YI. — PONTIFICAT DE nONIFACE II. 371

identiques '. La présence de ces personnages au concile d'Orange serait, selon nous, la preuve que les erreurs semi-pélagiennes, réveillées par la publication des ouvrages de Faustus de Riez, comptaient alors des partisans non-seulement dans le clergé, mais parmi les laïques les plus distingués de la société gallo-romaine. 8. Voici la lettre d'approbation pontificale. « A son frère bien- Lettre da

^ Boniface II

aimé Césaire, Boniface. — Notre fils, le prêtre et abbé Armenius, à s. césaire nous a remis les lettres que vous adressiez à notre prédécesseur de sainte mémoire, le pape Félix, pour l'informer des décisions prises au synode d'Orange, et le prier de les confirmer par son autorité apostolique. Dans l'intervalle, il a plu au Seigneur de rappeler à lui le bienheureux pontife. C'est donc à nous qu'il appartient de vous transmettre la réponse du siège de la catholicité (responsum catholicum). Vous demandez que, pour prévenir toute équivoque, la chaire apostolique ratifie la définition par laquelle vous déclarez que le commencement de toute bonne volonté, le principe même de la foi, est toujours précédé dans chacun de nous d'une grâce prévenante de Dieu. Cette doctrine est conforme à la croyance catholique. Les pères, et en particulier l'évêque Augustin de bienheureuse mémoire, ainsi que nos prédécesseurs les pontifes romains, ont mis cette vérité dans tout son jour. Nul ne saurait donc soulever de difficultés sur ce point. Il est incontestable que la grâce précède la foi. Les textes de l'Apôtre sont formels : Misericordiam consecutus sum, ut sim fidelis'^. Vobis daium. est pro Chrisfo, nofi solum ut in eum credatis, verum etiam ut pro eo patiamini^. Sans la grâce divine, il ne peut y avoir de bien spirituel, et Notre-Seigneur le fait assez comprendre quand il dit : Sine me, nihil potestis facere ''. Tels sont, frère bien-aimé, les principes fondamentaux de notre foi. Il suffira de vous les rappeler ici brièvement pour répondre aux partisans attardés du pélagianisme, qui essaient de renouveler des arguties vingt fois condamnées. Le mémoire écrit dans ce sens par un prêtre des Gaules, et que vous nous avez

' Labbe, Concil., col. 1673. — « 1 Cor., vu, 25. — » Philipp., i, 29. — * Joan., XV, 5.

372 PONTIFICAT DE BONIFACE II (o30-o32).

transmis, ne nous paraît pas mériter une réponse spéciale. Nous espérons de la miséricorde divine qu'il suffira de votre ministère pastoral et de vos charitables avertissements pour ramener à la vérité ceux qui s'en écartent. Dieu touchera leur cœur; ils comprendront que le bien qui est en eux ne vient pas d'eux, mais delà grâce divine. Ce sont les paroles mêmes de l'Écriture : Prœparatur voluntas a Domino '. Scivi quia non possum esse continens, nisi Deus det, et hoc ipsum ey^at sapientiœ scire citj'us esset hoc doniim -. Dieu vous conserve sain et sauf, frère bien-aimé. Donné le viii des calendes de février, après le consulat des clarissimes Lampadius et Orestes (25 janvier 531) ^. »

Sainte 9. Daus le moment oii cette correspondance s'échangeait entre

°fiis^de ^^ Boniface II et saint Césaire d'Arles, la Provence offrait l'hospitalité •o omir. ^ ^^ orphehn d-e la race royale des Francs, échappé comme par miracle au poignard des princes mérovingiens. Le lecteur n'a pas oublié qu'en mourant sur le champ de bataille de Vézeronces (524), Clodomir laissait trois enfants en bas âge, Théodebald, Gonther et Clodoald ^. Dépouillés par l'ambition de leur oncle Clotaire non seulement des états paternels, mais des caresses de leur mère Gontheuca, forcée d'épouser le spoliateur, ils furent recueillis par leur aïeule sainte Clotilde. Déjà l'aîné, Théodebald, atteignait sa dixième année; Gonther n'avait encore que sept ans; les chroniqueurs ne fixent pas l'âge du puîné, Clodoald, qui ne pouvait guère avoir plus de cinq ans et demi. « Clotilde, disent les actes ^, leur faisait donner une éducation royale, et ne dissimulait pas son dessein de les rétabhr un jour sur le trône de leur père. Mais ses espérances devaient être soudainement brisées par un atroce for-

1 Provert>.,\ix,2\,juxta version. Italie. — ^Sapient., viii, 21. — ^Bonifac. Il, Epist.; Patr. lat., tom. LXV, col. 31. — » Cf. p. 241 de ce volume.

3 Bolland., Act. S. Clodoald., 7 sept. Mabillon, avec la sûreté de coup d'oeil que la science de l'antiquité lui dounait, n'hésita point à reconnaître la -véracité des actes de saint Clodoald (saint Cloud). Nous ne savons trop pourquoi le P. Stilting prit à tâche de combattre l'opinion de l'illustre bénédictin. Quoi qu'il eu soit, nous sommes ici de l'avis de Mabillon contre Stilting, et les raisons ne nous manqueraient pas pour justifier noire préférence, si c'était ici le lieu.

CUAT. VI.

fait. Childcbert, qui résidait à Paris (au palais des Tliermes), et s'était partagé avec Clotaire , roi de Soissons , les domaines de Clodomir, céda à une pensée de cupidité vraiment infernale. Il envoya en secret un messager à Soissons, et fit dire à Clotaire : Hâte-toi de venir à Paris. Nous déciderons du sort des enfants, soit pour les mettre à mort, soit pour leur couper les cheveux et les rendre inhabiles à occuper un trône. — Clotaire accourut en toute hâte. En même temps, Ghildebert répandait parmi le peuple la fausse nouvelle que l'entrevue des deux rois avait pour but de concerter les moyens à prendre pour rétablir leurs neveux dans le royaume paternel. Or, en ce moment la reine Clotilde et les trois jeunes princes étaient venus à Paris, sans doute pour rendre visite à Ghildebert. La pieuse reine habitait avec ses petits-fils l'enclos de la basilique de Saint-Pierre et Saint-Paul (aujourd'hui Sainte- Geneviève). Elle s'applaudissait de la résolution annoncée. Ce fut donc avec grande joie qu'elle reçut de Ghildebert et de Clotaire un message conçu en ces termes : Envoyez-nous les enfants, pour qu'ils soient élevés sur le pavois. — Clotilde, sans défiance, prépara les enfants pour la cérémonie , les fit manger et boire de meilleure heure et les revêtit de leurs plus beaux ornements. Ils sortirent accompagnés de leurs précepteurs et d'une escorte de jeunes Francs, leurs compagnons d'âge, que la pieuse reine élevait avec eux. En les quittant, elle les embrassa et leur dit : Allez, je ne croirai plus avoir perdu mon fils Clodomir, si je vous vois établis dans son héritage '. »

10. Hélas! pourquoi la vénérable aïeule n'accompagna-t-elle point en personne les tendres victimes que ses mains venaient de parer pour le suppUce? Mais sainte Clotilde avait renoncé au monde. Fidèle à tous les devoirs de sa profession religieuse, elle ne paraissait plus aux pompes de la royauté. Même en ce jour qui devait, dans sa pensée, réaliser des espérances si chères, elle ne se départit point de ses habitudes de retraite. Elle demeura donc seule à prier pour l'heureuse issue d'un événement qui allait lui co ûter tant

Meurtre des Qls de

Clodomir par Clotaire et Childebert

leurs oncles.

' Greg. Tur., Hist. Franc, lib. III, cap. xviii; t>alr. lat., t. LXXI, col. 237.

de larmes. « A peine le cortège était arrivé au palais, continue Grégoire de Tours, que les trois jeunes princes furent séparés de leurs précepteurs et des adolescents qui les avaient accompagnés. Les personnes de l'escorte furent soigneusement enfermées et gardées à vue, dans un appartement séparé de celui oii l'on retenait les trois orphelins. Ghildebert et Glotaire envoyèrent le sénateur arverne Arcadius ' près de Glotilde, avec ordre de lui présenter des ciseaux et une épée nue. Très-glorieuse reine, dit Arcadius, vos fils, nos maîtres, demandent ce que vous souhaitez qu'on fasse des enfants. Voulez-vous qu'on leur coupe la chevelure avec ces ciseaux, ou qu'on les égorge avec ce glaive? — Épouvantée à cette parole, l'âme pleine d'indignation et d'horreur, en face du glaive et des ciseaux qu'on lui présentait, Glotilde ressentit une amertume inexprimable. Dans son égarement, ne sachant ce qu'elle disait, elle s'écria : S'ils ne sont point élevés au royaume, j'aime mieux les voir morts que tondus! — Arcadius, sans respect ni souci de sa douleur, sans même laisser à la reine le temps de réfléchir une minute de plus, revint en toute hâte vers les deux rois. Achevez votre œuvre, leur dit-il; la reine y consent et approuve votre projet. — Aussitôt Glotaire saisit l'aîné des enfants par le bras, le jeta à terre et lui plongea un coutelas dans l'aisselle. Aux cris de l'aîné, Gonther, le second, se prosterna fondant en larmes aux pieds de Ghildebert. De sa voix enfantine il lui criait : Secourez-moi, mon bon père; que je ne meure pas comme Théodebald! — Ghildebert se laissa attendrir. La face toute baignée de pleurs, il dit à Glotaire : Je t'en supplie, très-doux frère, accorde-moi la vie de celui-ci. Je te donnerai tout ce que tu voudras en échange. Seulement qu'il ne soit pas tué. — Lâche-le ! s'écria Glotaire écumant de rage, sinon je te tue à sa place. C'est toi qui as organisé le complot et tu recules ! — Ghildebert, à ces mots, repoussa l'enfant; Glotaire le saisit, et lui plongea dans le flanc le couteau tout rouge du sang de son frère. Les jeunes adolescents et les prôccp-

* Cet Arcadius était petit-fils de Sidoine Apollinaire. Cf. pa{?. 22 de ce volume, not. 1.

CnAP. VI. — PONTIFICAT DE BONIFACE II. 375

tours de l'escorte furent également mis à mort. Après ce meurtre effroyable, Clotaire monta à cheval et s'éloigna, sans manifester la moindre émotion. Childebert lui-même quitta Paris et se rendit dans une de ses villas. La reine Clotilde fit placer les deux petits cadavres sur un brancard; elle vint les chercher au palais, et suivit le convoi qui les transporta, au chant des psaumes et au milieu de la consternation générale, jusqu'à la basilique de Saint- Pierre et Saint-Paul. Elle leur donna la sépulture dans le même tombeau'. « La prophétie de saint Avit de Miciacum était complètement réalisée ^.

H. «Or, reprend Grégoire de Tours, le troisième enfant, Clo- ciodoaid

, /^ T.! i (saint Cloud).

doald, fut soustrait au massacre. Des hommes fidèles et courageux le sauvèrent. Plus tard, méprisant les royautés de ce monde, il se consacra au Seigneur, se coupa lui-même les cheveux et entra dans la cléricature. Sa sainteté et ses bonnes œuvres le firent élever au sacerdoce, et ce fut ainsi qu'il passa sa vie et émigra de ce monde. Childebert et Clotaire partagèrent ensuite par égales portions le royaume de Clodomir '. » Tel est le récit de Grégoire de Tours. Le massacre des fils de Clodomir, auxquels on adjoignit par surabondance celui des jeunes et nobles adolescents qui formaient leur escorte, rappelle celui des Innocents aux jours d'Hérode. Il imprima une tache sanglante au front de la race mérovingienne, dont la rapide décadence fut sans nul doute un châtiment providentiel. Il nous faut cependant insister plus que ne le fait Grégoire de Tours sur l'intéressante figure de Glodoald, cet enfant de cinq ou six ans, arraché par des mains fidèles à la fureur du roi de Soissons, et devenu, sous le nom de saint Cloud, l'un des protecteurs célestes de Paris et de la France. Ses actes nous apprennent qu'il passa une partie de sa jeunesse

' Greg. Taron., Ilist. Franc, lib. III, cap. xviii; Patr. lat., tom. LXXI, col. 257, 258. Lfi date précise du meurtre des enfants de Clodomir n'a point t encore été fixée; mais elle ne saurait être postérieure à 529 ou 530, puisque Clodomir était mort en 524 et que la tradition s'accorde à donner cinq ou six ans à peine au jeune Ciodoaid, a l'époque du meurtre de ses frères.

- Cf. pag. 240 de ce volume. — ^ S. Greg. Turon., ibid.

dans la province romaine (Provence), contrée encore soumise à la domination italienne d'Amalasonthe et de son fils Athalaric. On aime à se représenter saint Gésaire d'Arles recevant cet orphelin dont le père était mort sur un champ de bataille, dont la mère figurait parmi les concubines du roi de Soissons, dont les frères avaient été égorgés au palais des Thermes, et dont l'aïeule sainte Clotilde pleurait la disparition, l'eûtes les douleurs, dans ce qu'elles ont de plus poignant, se réunissaient sur cette jeune tête. Sa naissance l'appelait à une couronne; les passions mal subjuguées d'une barbarie qui naissait à peine au christianisme, le vouaient à l'exil ou à la mort. Les actes de Clodoald ne parlent pas de saint Gésaire. Peut-être le métropolitain d'Arles jugea-t-il prudent de dissimuler son influence et de ne pas mettre trop en vue, par son intervention, le malheureux enfant que deux rois, ses oncles, poursuivaient, le coutelas à la main. Plus tard Clodoald se rendit au monastère d'Agaune, près du tombeau de Sigismond. Ce fut là vraisemblablement qu'il renonça au monde et se coupa lui-même les cheveux. Dès lors, son existence ne pouvait plus inquiéter l'ambition des rois Francs. Clodoald se mit sous la direction d'un pieux ermite, nommé Severinus , comme celui qui avait autrefois guéri Glovis , son aïeul. Des miracles signalèrent la vertu du jeune solitaire. Un mendiant lui ayant demandé l'aumône, Clodoald lui donna sa cuculle, c'était le seul objet qu'il eut à sa disposition. Le soir, ce mendiant trouva l'hospitalité dans une chaumière voisine. Durant la nuit, une clarté céleste illumina la pauvre maison. L'humble vêtement qu'un fils de roi avait donné à un pauvre au nom de Jésus-Christ, rayonnait d'un éclat merveilleux. Clodoald put revenir sans crainte à Paris, où la renommée de ses vertus l'avait précédé. Il fut ordonné prêtre, sur la demande du clergé et du peuple. La villa de Novientum, proche de cette capitale, lui fut cédée en propriété par ses oncles. Il y construisit un oratoire et un monastère, où il passa le reste de sa vie dans la pratique des bonnes œuvres. La date de sa bienheureuse mort n'a point été fixée. On la place d'ordinaire vers l'an 565. Par testament, il légua

CnAr. VI. — PONTIFICAT DE JEAN II. 377

le domaine de Novientum à l'église de Paris, dont il était prêtre. Il fut inhumé dans la crypte de l'oratoire qu'il avait bâti et qui dès lors changea de nom, pour prendre celui de son glorieux fondateur, Saint-Glodoald, et par corruption Saint-Gloud.

12. « Jean, surnommé Mercurius *, était né à Rome, dans le Notice >

de Jean II j

quartier du Mont-Cœlius, dit le Libe?' Pontificalis. Son père se d'après le

. , , Liber Pouti-

nommait Projectus. Il siégea deux ans, quatre mois et six jours, ficaiis. au temps d'Athalaric roi d'Italie et de Justinien empereur d'Orient. Zélé pour la religion , Justinien députa au siège apostolique les évêques Hypace et Demetrius , chargés de remettre au pontife une profession de foi solennelle, munie du chirographe impérial. Le très-chrétien empereur offrit au bienheureux Pierre apôtre un calice d'or, enrichi de diamants et d'émeraudes -, du poids de cinq livres ; .deux calices d'argent, pesant chacun cinq livres; quatre pallium tissus d'or et de soie. En une ordination

1 Le surnom de Mercurius fut-il donné au pape Jean II par allusion à sou éloquence, dont Mercure chez les païens était le dieu? Plusieurs historiens l'ont conjecturé, mais absolument sans preuves. Nous inclinerions à penser qu'avant sa promotion au souverain pontificat, Jean portait le nom de Mercurius, mais que, ne trouvant pas ce vocable idolàtrique digne de figurer dans la liste des papes, il le quitta pour celui du disciple bien-aimé. Quoi qu'il en soit, d'après une inscription contemporaine, il est certain que le surnom de Mercurius, indiqué par le Liber Pontificalis-, fut réellement celui du pape Jean. Cette inscription nous apprend de plus qu'avant d'être élevé sur le siège de saint Pierre, Jean était prêtre de l'église romaine du titre de Saint- j|:

Clément. Voici cette inscription telle que le cardinal Noris l'a reproduite dans son Hist. Pelagiana, lib. II, cap. xxv. (Padoue, 1673, in-fol.)

•f SALBO PAPA N. lOHANNE COGNOMEN

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