‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 94 sur 103 · CHAP. VIII. — HAGIOGRAPHIE DES GAULES · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. — HAGIOGRAPHIE DES GAULES

si tu ne m'embrasses plus jamais, j'en suis déjà consolée. — Cependant Clotaire avait changé de sentiments. Il se reprochait comme le plus grand des malheurs d'avoir laissé une telle épouse s'éloigner de lui. On apprit bientôt qu'il était en route pour venir la reprendre. A cette nouvelle, Radegonde fut dans la consternation. Elle enveloppa ses membres délicats du plus rude cilice; elle s'imposa non plus un jeûne mais les tortures de la faim, passant les nuits en prières, songeant parfois à prendre de nouveau la fuite et à s'exiler du monde entier pour demeurer fidèle à Jésus-Christ. Il lui restait de ses anciennes splendeurs un manteau brodé d'or et de perles, qui valait mille solidi d'or : elle le remit à une de ses plus fidèles compagnes, Fredovigia, et le fit porter au vénérable Jean, reclus alors à Chinon {Castellum-Caïnonis), lui demandant de prier avec ardeur pour qu'elle ne fût pas contrainte à retourner dans le monde. J'aime mieux mourir, disait-elle, plutôt que d'être livrée à ce roi d'ici-bas, après avoir été unie au roi des cieux. — Le saint ermite pria pour elle, et lui fit dire le lendemain que le jugement de Dieu frapperait son époux avant qu'il eût pu réaliser ses desseins. — Radegonde crut prudent de quitter sa villa isolée et vint se réfugier à Poitiers près du tombeau de saint Hilaire. Le roi, subitement touché par un mouvement de la grâce, non-seulement abandonna sa poursuite, mais fit dire à la noble fugitive qu'il lui permettait de construire à Poitiers même un monastère et de s'y renfermer. Quand l'édifice claustral fut achevé, elle y entra triomphalement, au milieu de la joie populaire, en fendant les flots des spectateurs, qui, après avoir inondé les places et les rues, couvraient encore les toits des maisons d'où ils pouvaient la voir passer *. »

16. Au moment où Radegonde, âgée de vingt-cinq ans, com- Mort

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mençait a Poitiers sa vie de réclusion et de pénitence, sa belle- tiide. mère, sainte Clotilde, achevait la sienne à Tours. La veuve de Clovis I, la mère de la grande nation chrétienne des Francs, avait épuisé la coupe des douleurs humaines, et rendu en bénédictions tout le fiel dont on abreuva ses lèvres. Depuis le meurtre de ses petits-fils, elle n'avait plus quitté le tombeau de saint Martin, asile

1 Moines d'Occident, tom. II, pag. 344.

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