CHAP. I. — SAMSON (1191-H
s'en saisit, et frappant de cette arme improvisée la multitude réunie autour de lui, il la mit en fuite, en jonchant sa route de cadavres. Dans l'ardeur du triomphe, il s'écria : Une mâchoire d'âne, la dépouille abandonnée d'un animal, est devenue l'arme de la victoire. Avec elle, j'ai dispersé mille Phihstins. — Jetant alors à terre son arme maintenant inutile, il appela ce lieu Ramath-Léchi (Triomphe de la mâchoire), nom qu'il a conservé jusqu'à ce jour. Cependant le héros épuisé par la chaleur et l'ardeur du combat, fit à Dieu cette prière : Seigneur, vous avez accordé à votre serviteur le salut et une victohe inespérée. Mais voici que je meurs de soif. Mes forces sont épuisées, et je vais retomber aux mains des incircoucis! — Eu ce moment, Dieu ouvrant le rocher de Machtesch de Léchi , il en jailht une source vivifiante où le héros vint se désaltérer. Cette source a conservé jusqu'à ce jour le nom de Fontaine de la prière à Léchi. Or Samson, après cette victoire, gouverna pendant vingt ans le peuple d'Israël *. »
7o. Une mâchoire d'âne aux mains de Samson, quelle bonne for- Trahison
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tune pour les rationalistes, et comme ils en ont proiite ! Ils ne s apercevaient pas qu'on n'invente point des récits de ce gem-e. Le roman met au bras de ses héros des armes de plus grande valeur. Depuis la massue d'Hercule jusqu'au bouclier d'Euée, Jalittéiuiurts héroïque a épuisé toutes les ressources de l'imagination pour décorer les armures de ses fabuleux guerriers. Plus la mâchoire d"âne révolte les savants des académies, plus elle s'éloigne des fictions conventionnelles, et plus elle atteste la réalité authentique du récit de la Bible. « Longtemps après, Samson vint à Gaza, la capitale des Philistins. Une femme lui donna l'hospitalité dans sa demeure. La nouvelle de s; m arrivée se répandit bientôt dans la cité ennemie. On environna la maison dans laquelle il était descendu, des gardes furent postés à toutes les portes; ces mesures prises dans le*plus grand silence, les Pliifistins attendirent que le héros hébreu, en
* Nous traduisons ce passage d'après l'hébreu, dont la Vulgate n'a pas rendu le sens précis dans sa traduction. Voir dom Calmet : Comment, hist. sur les Juges, p. 240; Joseph., Ântiq. judaic, lib. V, cap. Xj M. l'abbé Glaire, Livre9 saints vengés, toui. II, pag. 64, 65,
208 mSTOIRE DE l'église. — IV» ÉPOQUE. — ÈRE DES JUGES (1580-1080).
sortant de son asile, -vînt se livrer entre leurs mains; et ils se préparaient à le mettre à mort. Le lendemain, à l'aurore, Samson se 1673, sortit, chargea les portes de la ville sur ses épanles, et les porta jusqu'au sommet d'une colline en face d'Hobron. Samson s'était lié avec une femme de la vallée de Sorec, nommée Dalila*, Les princes Philistins vinrent la trouver : Si vous parvenez à tromper Samson et à découvrir de lui le secret de sa force extraordinaire, nous vous donnerons onze cents sicles d'argent. — Dalila accepta le marché. Dis-moi, je te prie, répétait-elle à Samson, d'où te vient ta force surhumaine ? Quel serait le lien que tune pourrais rompre? — Si l'on me garrottait avec des nerfs de bœuf encore frais, dit Samson, je deviendrais faible comme les autres hommes.
— Les satrapes philistins apportèrent à Dalila des nerfs de bœuf dans les conditions indiquées et se tinrent cachés autour de la demeure de Dalila. Celle-ci, pendant le sommeil du héros, le garrotta de ces liens , et s'écria tout à coup : Lève-toi , Samson , voici les Philistins. — Samson bondit à cefle exclamation, rompit ses liens, comme s'ils n'eussent été qu'une étoupe fragile, et la femme astucieuse ne découvrit point encore le secret de la force du héros. Deux fois encore elle renouvela cette épreuve, et deux fois Samson la trompa par une réponse évasive. Enfin, cédant à ses instances de plus en plus pressantes, il lui avoua la véiité : Jamais, dit-il, le fer n'a touché ma chevelure. Je suis Nazaréen, c'est-à-dire consacré à Jéhovah dès le sein de ma mère; le jour où mu tête serait rasée, ma force s'évanouirait, et je n'aurais pas plus de résistance que les autres hommes. — Dalila comprit cette fois qu'elle venait d'entendre la vérité. Venez, dit-elle aux Philistins, j'ai enfin découvert son secret. — Ils se hâtèrent de lui compter la somme promise à sa trahison, et attendirent l'événement. La nuit suivante, le héros endormi fut dépouillé de sa chevelure par l'ordre de cette femme perfide; puis Dalila s'écria : Lève-toi, Siunson , voici le? Philistins.
— Il s'élança encore, mais lE'sprit du Seigneur l'avait abandonné,
* S. Chrysost., S. Ephrein, S. Prosper ont pensé que Samson avait époue^ Dalila.
CllAP. I. — SAMSON (1191-1172).
et sa force s'était évanouie. Les Philistins s'approchant ui crevérent les yeux, et le conduisirent chargé de chaînes da.s la ville de Gaza, leur capitale. Là ils le gardèrent dans une dure captivité et remplovèrent à tourner la meule d'un moulin. ^^^^
76 «^Cependant la chevelure du héros commençait à repousser ^^ g^^.^„ Les princes philistins ordonnèrent des réjouissances solennelles, et des sacriticcs en l'honneur de leur dieu Dagon. C'est ce dieu pms- .ant di<3aient-ils, qui a livré entre nos mains Samson, notre ennemi. 1. Le peuple, dans son allégresse, redisait ces acclamations tnomphales! Le soir, après le festin, au milieu des chants et des danses, on amena Samson, pour le faire jouer d'un tympanon, et insulter à sa détresse. Le prisonnier fut placé entre les deux colonnes qui soutenaient la demeure. Le héros aveugle, après avoir pendant quelque temps égayé par ses airs le festin de ses maîtres, dit à l'enfant qui dirigeait ses pas : Laisse-moi m'appuyer un peu sui les colonnes qui soutiennent ce palais, pour y prendre quelque ,epo. - Or une foule d'hommes et de femmes encombrait L' demeure : environ trois mille Philistins y étaient réunis autour de Samson. En ce moment, le héros fit à Dieu cette prière : Seigneur, couvenez-vous de moi, et daignez me rendre ma vigueur première' Dieu puissant, laissez-moi me venger aujourd'hui de mes ennem. et du cruel traitement qu'ils m'ont fait subir.- A ces mots, saisi, sant les deux colonnes de la main droite et de la mam gauche i leur imprima une secousse terrible. La violence de son e iort fu icl'e que la maison s'écroula sur la multitude; les cns de mort succédèrent aux chants de triomphe, et Samson, en mourant ^ua plus de Philistins qu'il n'avait fait durant toute sa vie. Ses ivères et toute sa parenté vinrent chercher son corps, et hu donnèrent la sépulture dans le tombeau d^ Manué, son père, entre Saraa et Esthaol. Il y avait vingt ans que Samson était juge en Israël. » Voilà l'histoire que M. Munk voudrait travestir en une mythologie de je ne sais quel Hercule. Voilà le récit du livre des Ju-es, où le rationalisme moderne prétend trouver la preuve que la loi de Moïse n'a jamais existé. Nous avons mis sous les yeux du lecteur toutes les page, ^e ce livre; maintenant que nous a.on.
STOiRE DE l'Église. — iv* époque, — ère des juges (1580-1080).
TOUS séparer de ces pages où la foi mosaïque éclate avec tant d'énergie, nous nous demandons si nous n'avons pas manqué ie respect pour le texte sacré, en le défendant si souvent contre toutes les attaques dont il a été l'objet. La vérité se dégage tellement de sa lecture, et le souffle divin traverse tellement tous ses récits, qu'il faut plaindre la science orgueilleuse et l'inc^irable vauftë desic/:ré^ #ules ê^des détracteurs I