‹ Histoire de l'église depuis la creationChapitre 23 sur 84 · II. JUDICATDRE DE SAMUEL · texte numérisé non relu

II. JUDICATDRE DE SAMUEL

18. Caractère historique de Samuel. — 19. Défaite des Philistins. — 20. L'administration des Juges et M. Renan. — 21. Le peuple demande un roi. — 22. Droit royal. — 23. La personnalité de Samuel mise en cause par M. Renan. — 24. Les ânesses perdues. Saiil, fils de Cis. — 25. Festin de Ramatha. — 26. L'onction royale. — 27. Désintéressement de Samuel. — 28. Assemblée générale à Marpha. Vive le roi! — 29. Les principes sociaux. — 30. Le droit divia de l'autorité. — 31. Caractère de l'institution i&inarchique en Israël.

§ I. néli(il5S.lllS).

1. La cbronologie des Juges n'est pas fixée d'une manière assez Liste de» certaine dans le texte sacré, pour qu'il soit possible de déterminer très, sous la

gouvernement des

simultané. Il semble que les diverses judicatures rendues néces-

si le gouvernement de quelques-uns d'entre eux fut successif ou

saires par les invasions des rois ennemis sur des points diSérents du territoire hébreu, ont pu quelquefois s'exercer en même temps. Quoi qu'il en soit, le titre de juge se réunit à celui de grand prêtre dans la personne d'Héli, descendant d'Itliamar, second fils d'Aaron. La suite du pontificat suprême, depuis Phinées, nous a été conservée au chapitre m. des Paralipomènes. Nous en donnons ici la liste : Abisué, fils de Phinées; Bocci, fils d'Abisué; Ozi, fils de Bocci *. Six générations s'étaient donc succédé dans le gouvernement spirituel du peuple juif depuis Aaron. La perpétuité du sacerdoce garantissait la persévérance du culte mosaïque au sein du peuple de Dieu. Après le souverain pontificat dOzi, cette dignité sortit de la branche aînée de la famille d'Aaron, pour passer, en la personne d'Héli, à la descendance d'ithnmar. La Bible ne nous a point appris les motifs de ce changement. L'historien Joseplie et l'école rabbinique ont voulu suppléer à son silence, et donner à ce fait des raisons plus ou moins plausibles. Nous croyons qu'il serait téméraire, en l'absence de documents authentiques, de substituer des conjectures à l'histoire. Encore moins voudrions-nous hasarder une appréciation comme celle de M. Munk : « 11 paraîtrait, dit-il, qu'étant » parvenu à restaurer le tabeiiiacle de Silo et à y attirer de nou- )) voau un grand nombre de fidèles (I Sam. ii, 14), Héli usurpa les » fonctions de grand prêtre, qui apparten;iient de dioit à la ligne ). d Eléazar. » Il y a dans cette phrase plus d'eneurs que de mots. Aucune restauration du tabernacle de Silo n'est indiquée au vcir-ft quatorzième du deuxième chapitre de Samuel. En voici le texte : Sacerdos mitlebat {tridentem) in lebetem, velin ca/dariam, aut in oUam, sive in cacabum : et omnc quod levabat fascinuin toUebat sacerdos sibi. Sic faciebant universo Israeli venientium in Silu. n Le Prêtre plongeait 1) un trident au fond des chaudières et des vases où cuisait la chair » des victimes, et s'emparait au bazar du njorccau qui s'était attaché 1) au trident. Tous les Israélites qui venaient sacj ilier à Silo étaient D ainsi traités. » Avec l'imagination la plus complaisante, il nous semble impossible de découvrir dans ce passage aucun des objets

» I Paraiip., cap. vi, 3-16} yç-'î^-Ui, Annal. Sacr., tom. II, pag. 664.

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qu'y aperçoit l'œil excrco de M. Munk. Nous lui laissons donc volontiers la responsabiliié de ce jugement sommaire, ainsi que l'^ionneur de la réflexion suivante, dont le sens épigrammatique n'échappera à personne : « Avec Héli, dit-il, nous passons sur le ter- » raiii historique. » Un Juif ne saurait de meilleure grâce reléguer Moïse au rang des plus fabuleux mythologues. Four nous, nous continuerons, comme nous l'avons fuit, à mettre le texte sacré sous les yeux du lecteur, et nous espérons que nul ne verra dans les récits qui vont suivre, la ligne de démarcation entre l'histoire et le roman, dont parle M. Munk.

2. « A l'époque où le grand prêtre Héli gouvernait le peuple Naissance d'Israël, vivait à Ramathaïm-Sophim, un Lévite ' nommé Elcana. De ses deux épouses, Anna et Phénennu, la seconde seule était mère; Anna avait la douleur d'être stérile. Le Lévite se rendait chaque année aux fêtes solennelles, devant le tabernacle de Silo, pour y offrir des prières et des sacrifices au Seigneur. Les deux lils d'HéJi, Ophni et Phinées, exerçaient alors les fonctions sacerdotales. Quand Elcana venait olfrir un sacrifice, le Lévite, en distribuant à sa famille les chairs de l'hostie consacrée, remettait à Phénenna une part, à ses fils une seconde, à ses filles une troisième. Eu donnant • à Anna l'unique portion qui suffisait à sa solitude, il était triste, car il avait pour elle une grande affection. L'épouse plus heureuse insultait à la douleur de sa rivale, et lui reprochait son infortune comme un opprobre. Chaque année voyait se renouveler, à l'époque du voyage de Silo, cette scène qui remplissait d'amertume le cœur de la malheureuse Anna. Elle laissait silencieusement couler ses larmes, et refusait de toucher à la chair de la victime qui lui était ainsi présentée. Pourquoi pleurez-vous? lui disait son mari, et pourquoi ne mangez-vous pas? Votre douleur n'est pas raison-

1 Ramathaïm-Snphira (Rama, au nord-ouest de Jérusalem), était une des cités aEfectées aux Lévites. Il ne faudrait donc pas conclure du séjour «-'«Elcaua dans cette ville, qu'il fût Ephraïmite. Le nom û'Ephrathœui, qui lui est donné en cette circoaslauce, ludique seulement qu'il di^nieuiait au milieu de la tribu d'Ephraim. Mais sa descendance de la famille de Lévi est formellement indiquée par l'Ecriture. Paralip., cap. vin, 33.

nable; l'amour que j'ai pour vous ne vaut-il pas mieux pour consoler votre cœur que celui de dix enfants? — Anna se laissa toucher par ces douces paroles; elle consentit à prendre sa part du festin, puis elle alla se prosterner devant le Tabernacle. Dans l'amertume de son cœur, elle répandit devant Dieu d'abondantes larmes; en ce moment elle se sentit inspirée de faire un vœu solennel au Seigneur : Dieu tout-puissant, dit-elle, si vous daignez jeter im regard de compassion sur l'affliction de votre servante; .=1, vous souvenant de sa misè^^, vous lui accordez le seul bonheur qu'elle sollicite ici-bas, si vous me donnez un fils, je prends 1'/ jagement de le consacrer pour jamais à votre service. Il sera Nazaréen, et le fer ne touchera pas sa chevelure *. » Elle accompagna ce vœu de prières ferventes ; des paroles entrecoupées et inintelligibles pour les auditeurs s'échappaient de ses lèvres. Eu ce moment, le grand prêtre Héli était assis sur son siège pontifical à la porte du temple. L'attitude de la femme affligée, le mouvement de ses lèvres et le murmure insolite de sa voix, fixèrent l'attention du Grand Prêtre. Il la crut hors de sens : Retirez-vous, lui dit-il. Etes-vous ivre? Vous avez besoin d'aller prendre et du repos et de la raison! — Ah, seigneur, s'écria-t-elle, je ne suis pas ce que vous pensez. Epouse infortunée, oui, je ne le suis que trop, et j'étais venue répandre mon âme avec ma douleur aux pieds du Tout-Puissant. Mais je n'ai pas bu une goutte de vin. Ne confondez pas votre servante avec les filles impures de Bélial, Dans l'amertume de mon affliction, j'ai adressé ma prière à Jéhovah, et telle est l'explication de l'altitude étrange qui vous a frappé. — Allez er^ paix, ma fille, reprit le Grand Prêtre, et que le Dieu d'Israël exauce les vœux

* Pourquoi le Nazaréat de Samuel est-il historique aux yeux de M. Munk, quand celui de Samson ne paraît qu'une fable au savaul Israélite? Nous cherchons vaiuemeul la raison de cette différence. Quoi qu'il eu soit, le culte mosaïque qui avait institué le Nazaréat nous semble parfaitement connu et par Anna et par les parents de Samson.Le chemin de Silo, et la coutume d'y venir chaque année offrir des sacrifices nous paraissent fréquentés et obser- Tés au temi)S des Juges comme au temps de Notre Seigueur Jésus-Christ. L'éclipse de Moïse et de sa loi, si merveilleusement imaginée par l'école rationaliste, serait-elle donc un mythe? Nous sommes forcés de le croire.

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secrets de votre cœur. — Plaise à Dieu, répondit Arma, de me faire trouver grâce à vos yeux et de me rendre digne de votre intérêt. — Le Seigneur se souvint de l'épouse affligée. Un an après, Anna avait un fils qu'elle nomma Samuel (obtenu de Dieu). L'épo^ie du voyage à Silo était revenue; Elcana et toute sa famille s'y rendirent pour ofirir le sacrifice annuel : mais l'heureuse mère ne voulut pas s'adjoindre au reste de la caravane. Elle dit à son mari : Je ne retournerai point au temple jusqu'au joiu- où mon fils, assez fort pour se passer des soins maternels, pourra être confié aux prêtres et engagé au service du Tabernacle. - Faites selon votre désir, répondit Elcana, et puisse la parole du Seigneur s'accomplir au sujet de cet enfant. — Quand l'époque que s'était fixée la pieuse mère fut venue, Anna conduisit le jeune Samuel à Silo. Elcana immola au Seigneur un veau sans tache, et l'enfant fut offert au grand prêtre Héli. — Je suis, dit Anna au Pontife, cette femme infortunée que vous avez vue pleurer et prier devant le Tabernacle. Je suppliais alors le Seigneur de m'accorder un fils; aujourd'hui il a daigné exaucer mes vœux, et maintenant je rends à Jéhovah l'enfant qu'il m'a prêté ; je le consacre pour jamais à son service ». »

3. Ainsi parlait l'heureuse mère au Grand Prêtre; mais l'allé- ^.can«qu«,^ gresse dont son cœur débordait avait besoin de se répandre devant de Samuel. le Tout-Puissant en un cantique de reconnaissance. Agenouillée devant le sanctuaire, Anna s'écria : « Mon âme a tressaiUi devant le Seigneur; mon opprobre s'est changé en gloire, et ma voix s'élève en ce jour pour confondre mes ennemis et exalter la miséricorde du Seigneur. Jéhovah seul est le Dieu saint, à lui seul appartiennent la gloire et la puissance. Fils des hommes, mettez fin i vos orgueilleux discours, oubliez le faste et l'insolence des jours passés; le Dieu des sciences, c'est Jéhovah, c'est lui qui dispose des secrets ressorts de la pensée humaine. L'arc des puissants s'ea brisé dans leurs mains , et la faiblesse méprisée la veille est devenue la force du lendemain. On a vu l'opulent réduit à manger son pain à la sueur d'un travail mercenaire, pendant que le mendiant

» 1 Reg., cap. I iotegr.

216 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DES JDGES (loSO-lOSQ).

s'as?eyait h une table somptueuse. On a va la femme stérile devenu- riicurcuse mère d'une race nombreuse et vaillante, pendant que sa rivale défaillait au jour de l'infortune. C'est Jéiiovah qui tient en ses mains les clefs de la mort et les clefs de la vie; sa main ouvre ou ferme à son gré les portes de l'enfer. Jéhovah distribue la richesse et la pauvreté, l'humiliation ou la gloire. Il se plaît à soulever le pauvre de sa poussière, à tirer l'indigent de sa couche d'ignomijiie pour le faire asseoir parmi les princes, sur un trône environné de gloire. N'est-ce pas Jéhovah qui tient dans sa main les pôles de la terre, et qui a fixé l'univers sur sa base immuable? Jéhovah dirige dans le chemin les pas de ses élus, pendant que la marche de l'impie est environnée de ténèbres. Quel est donc le mortel qui oserait se fier à sa propre puissance? Les ennemis du Seigneur trembleront devant la redoutable majesté de notre Dieu; ils entendront gronder sur leur tête sa foudre vengeresse; le jugement de Jéhovah s'étendra à toutes les conti'ées de la terre; l'empire du monde sera le partage du roi élu de Dieu, et la gloire couronnera son Christ. »

U sentiment 4. Tcls sont les sublimos accents qu'inspire à une femme juive faenisraêî. la uaissancc d'un fils longtemps sollicitée, et obtenue enfin de la miséricorde de Dieu. Malgré nous, cette vigueur du sentiment maternel nous subjugue et nous émeut. Une mère devant le berceau de son fils est un spectacle dont l'éloquence est tout d'abord sympathique; la différence de lieux, de mœurs, de races ou d'idiome, ne change rien à l'attendrissement irrésistible de la réalité. Mais il faut bien en convenir, les sentiments de l'heureuse Anna ne ressemblent en rien, dans leur expression, à ceux des mères dont l'antiquité profane nous a gardé le souvenir. Comparez ce cantique à la parole si connue et si vantée de Cornélie, la mère des Gracques. D'un côté la pensée de Dieu élève et épure le sentiment ma' ternel; de l'autre l'absence de Dieu se manifeste par un déplacement de vanité, qui fait oublier à la matrone romaine les brillantes parures de sa jeunesse au profit des enfants devenus la couronne de sa maturité. Mais à quoi tient cette difTérence si profonde? Comment expliquer, dans la femme juive, la prédominance de

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