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II. A

50 niSTOIRE DE l'église. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE JOSUÉ (1605-1580).

Malédiclions prononcées dn haut du

mont UébaL

tables de pierre. Tout le peuple, les vieillards, les chefs de tribu, les juges, avaient été partagés en deux camps, au milieu desquels apparaissait l'Arche du Seigneur, portée par les prêtres ♦, Les tribus de Siméon, Lévi, Judas, Issachar, Joseph et Benjamin étaien* rangées sur la montagne de Garizim, d'où elle? devaient prononcer la formule de la bénédiction Celles de Ruben, Gad, Azer,"Zabulon, Dan et Nephtali, occupaient le versant opposé du mont Hébal, d'où elles devaient faire retentir les paroles de la malédiction'. Josué éleva la voix au miheu de la multitude silencieuse, pour appeler sur elle les grâces célestes. — Que le Seigneur, dit-il, ré» pande sur vous sa bénédiction, et qu'il soit votre défenseur! Qu'il tourne sur vous un regard de miséricorde et de grâce; qu'il attire à lui le regard de vos cœurs, et qu'il vous donne sa paix ^l — Du mont Hébal retentirent alors les malédictions solennelles écrites par Moïse contre les violateurs de la loi.

33. « Maudite soit la main qui sculpte l'image des faux dieux sur la pierre, le bois ou le bronze; c'est la grande abomination du Seigneur, c'est la prostitution de l'homme devant l'œuvre de ses mains! Qu'il soit maudit celui qui érige ces images dans le secret de son foyer et leur voue dans l'ombre un culte impie! Et tout le peuple unissant sa voix dans une immense acclamation s'écria : Amenf

Maudit soit l'homme qui n'incline point sa volonté et son cœur pour honorer le père qui l'a engendré, la mère qui lu porté dans son sein! — Amen!

Maudit soit l'homme qui, sans lespect pour le droit, fait disparaître la borne qui marque l'héritage de son frère! — Amen!

Maudit soit le barbare qui égare l'aveugle dans son chemin ! — Amenl

» Josue, cnp. vni, 30-33. — * Deuter., cap. xxvn, 12, 13.

» Cornélius à Lapide fait ici observer avec beaucoup de raison que la formule dout Josué se servit eu cette circonstance, et qui n'est pas indiquée dans le texte de son livre, dut être celle que la loi mosaïque avait prescrite pour les solennités analogues {Nutiier., \i, 2'.-i:6). C'est celle que nous reproduisons t^ur l'aulorilé du savant commentateur (Corucl. à Ljp., Comment, in Jos., édit. Vives, tom. III, pag. 53).

Maudit soit l'homme qui pervertit les voies de la justice, et opprime rétianger. la veuve et l'orphelin! — Amen!

Maudit soit l'homme qui souille l'honneur du lit paternel ! — Amen!

Maudit soit l'homme qui renouvelle les unions monstrueuses des

ces dégradées! — AmenI

Maudit soit l'hon^me qui, sans respect pour son sang, contracte un mariage sacrilège avec sa sœur, la fille de son père ou de sa mère ! — Amen!

Maudit soit l'homme qui épouse la veuve de son père ! — Amen!

Maudit soit l'assassin qui frappe sa victime dans l'ombre! — Amen!

Maudit soit la main qui reçoit le prix du sang innocent! — Amen!

Maudit soit l'homme qui ne demeurera pas fidèle à toutes les paroles de la loi, et n'y conformera pas sa vie tout entière! — Amen^!n

3-4. Quand les éthos des montagnes de Sichem eurent redit les Bénédictiom dernières acclamations du peuple réuni, la voix des Lévites se fit §a°haut(Ui entendre des hauteurs du Garizim; elle disait ^ :

« Israël, si tu gardes la* parole du Seigneur ton Dieu, si tu accomplis fidèlement ses lois et ses préceptes, il t'élèvera au-dessus de tous les peuples de la terre, et te comljlera de ses bénédictions.

Tu seras béni dans l'intérieur de tes cités; tu seras béni dans l'étendue de tes campagnes !

mont Gariiiau

1 Tel est l'ordre des malédictions indiquées par Moïse [TJeuier., cap. xxvn, 15-26). Ainsi que le font observer tous les commentateiirs, ces malédictions furent textuellement prononcées du haut du mont Hébal, quoiqu'elles ne soient point reproduites dans le texte même du livre de Josué, qui se contente de les rappeler sommairement en ces termes : Post hœc legit omnia verba benedictionis et tnaledidionis, et cuncta quœ scripta erant in Ltgis volumine {Josue, cap. IX, 34). Nous sommes donc en droit, pour mieux faire comprendre la solennité de l'assemblée dont il est ici question, de rapprocher les deux textes du Deutéroaome et de Josué qui s'éclaircissent et se complè^ô'^t l'un par l'autre.

' C'est à tort, croyons-nous, que M. de Saulcy a pu dire : « Les bénédic» » tious ne sont p&s contenues dans le texte sacré. » Il est vrai que la formule de bénédiction qui suit immédiatement [Deuter., cap, xxvni), et que nous reproduisons ici ne porte pas l'indication sacramentelle de VAmen final. Cependant il nous semble impossible de n'y pas voir la contrepartie des malédictions précédentes, et comme le sommaire des bénédictions qui furent prononcées du haut du Garizim.

52 HISTOIRE DE l'Église. — iv* époque. — ère de josué (I6O0-I08O).

Tu seras béni dans tes fils, dans les produits de ton sol, dans les fruits de tes troupeaux, dans la richesse de tes bœufs et de tes brebis !

Tu seras béni dans l'abondance des récoltes qui rempliront tes greniers, et les restes abandonnés de tes moissons seront encore une richesse pour le pauvre!

Tu seras béni à ton entrée, tu seras béni à ton départ! - Le Seigneur inclinera devant toi les ennemis qui s'opposent à ta marche triomphale; s'ils s'avancent contre toi par une route, ils s'enfuiront par sept chemins, pour éviter ta vengeance !

Le Seigneur multipliera sa bénédiction sur tes celliers et sur tous les ouvrages de tes mains; tu seras béni sur la terre delà Promesse

Dieu fera de toi le peuple saint qu'il s'est choisi, et tous les peuples de la terre reconnaîtront que le nom de Jéhovah te protège, et ils trembleront devant toi * ! »

Telles furent les bénédictions prononcées du sommet du Garizim. « Josué fît lire ensuite tout le texte de la loi au peuple assemblé. Aucune parole du livre mosaïque ne fut omise dans cette pro' mulgation solennelle. La multitude tout entière , les femmes, les enfants, les étrangers établis en Israël l'entendirent, et furent témoins uu renouvellement de l'alliance ^. » stratagimo 35. On imaginerait difficilement un spectacle plus grandiose que Gabaoï.itcs. cclui dout Ics moutaguos de Garizim et d'Hébal venaient d'être le

Leor amba»- ,, ,. , • • ,, t -, r -, ,■ . , ,

•adei Josué. théâtre. Jamais m l Agora des républiques grecques, ni le Forum des fiers descendants de Romulus ne virent rien de semblable. La majesté du lieu, la simplicité auguste de cette grande cérémonie et son caractère exclusivement religieux durent produire sur les Israélites, acteurs et témoins dans le nouvel acte de serment national, un etfet indescriptible. L'impression de cette journée eut un retentissement plus lointain et se fit sentir sur les peuplades encore insoumises du pays de (Ihanaan. De la chaîne du Liban aux rivages de la grande mer (Méditerranée), dans les plaines et sur

» Deuter., cap. xxvni, 1-10. — * Josue, cap. vni, 34, 35.

les versants des monts, la terreur du nom hébreu saisit tons les rois amorrhéens, phérézéens et jébuséens. Le péril commun les réunit dans une alliance offensive et défensive contre Josué, et ils concertèrent des mesures d'ensemble pour résister aux vainqueurs de Jéricho et d'Haï. Seuls, les habitants de Gabaon s'abstinrent de prendre part à cette démonstration compromettante et recoururent à un ingénieux stratagème qui sauva leur ville et leur pays. Gabaon, située au sud-ouest d'Haï, à une distance d'environ vingt milles des plaiaes de Galgala, où Josaé avait ramené son camp, était la clef de la vallée de Raphaïm et du territoire jébuséen. Elle se trouvait donc, par l'importance de sa situation et du pays qu'elle couvrait, désignée naturellement une des premières à supporter l'effort des armes juives. Les Gabaonites le comprenaient ; ils savaient de plus l'ordre donné par Jéhovah à Josué d'expulser les Chananéens du sol de la Terre promise ; mais ils s'en exagéraient à eux-mêmes la portée, et se persuadaient que leur soumission ne pourrait être acceptée sans une violation formelle de la loi. C'était du reste une erreur partagée par le vulgaire de Tarmée juive ellemême *. Dans cette situation, ils se résolurent à surprendre la bonne foi de Josué et à lui arracher, par la fraude, un traité d'alliance qu'ils ne croyaient pouvoir obtenir autrement. Une ambassade fut choisie pour se rendre au camp hébreu. « Les Gabaonites qui la composaient prirent de vieux sacs hors d'usage, qu'ils chargèrent sur leurs ânes, et des outres rompues rattachées par des couiroies tout usées ; ils se mirent aux pieds des sandales trouées, qu'ils eurent soin de rapiécer au hasard pour mieux témoigner de leur vétusté ; les manteaux dont ils se couvrirent tombaient en lambeaux, et les pains qu'ils devaient emporter pour le voyage étaient durs et concassés en petits morceaux. Dans cet appareil, ils se présentèrent aux tentes des Hébreux à Galgala : Nous venons, direntils aux sentinelles juives, d'une terre fort éloignée, dans l'espoir de contracter alliance avec vous. — Pourvu, répondirent les Israélites, que voire pays ne soit pas un de ceux dont le Seigneur nous

* Jome, cap. ii, 7-18. alunnuravit itaque omne vulgu$ contra principes.

54 uiSTOiRE DE l'Église. — iv' époque. — ère de josié (1603-1580).

a promis la possession! car, eu ce cas, nous ne pourrions contracter alliance avec vous. — Présentés à Josué, ils lui dirent en s'inclinant ; Tes serviteurs sont devant toi. — Qui étes-vous? reprit l'illustre chef, et d'où venez-vous? — Tes serviteurs, dirent-ils, sont venus d'une contrée lointaine, au nom du Seigneur ton Dieu; car nous avons appris les merveilles opérées parla puissance de jéhovah sur la terre d'Egypte. On nous a raconté la défaite des deux rois amorrliéens qui habitaient au-delà du Jourdain, Séhon, roi d'Hésébon, et Og, roi de Basan, dont la capitale était située dans les plaines d'Aslaroth *. Ce fut alors que les vieillards et tous les habitants de notre pays nous dirent : Prenez des vivres en quantité suiïïsante pour un si long voyage ; allez au devant du chef des Hébreux et dites-lui : Nous sommes vos serviteurs, consentez à faire alliance avec nous. "Voici les pains que nous avons pris chauds sous la cendre en quittant nos demeures pour venir vous trouver. Ils sont maintenant durcis par le soleil, et, dans leur vétusté, ils se sont rompus en morceaux. Les outres remplies de vin, qui étaient neuves au départ, sont maintenant trouées et décousues de tous côtés; les manteaux qui nous recouvrent, les sandales que nous avons aux pieds se sont usés dans les fatigues de notre long voyage et tombent en lambeaux.» — Satisfaits da ce témoignage, les Israélites crurent à leur parole et ne consultèrent point l'oracle du Seigneur. Josué conclut donc avec eux une alliance; le serment qu'il jura fut confirmé par les princes d'Israël, et tous s'engagèrent à épargner la patrie de ces étrangers et leurs concitoyens. SonmiMion 36, « Dcux jours s'étaient à peine écoulés, lorsqu'on apprit au Oabaonites. camp que Ics prétendus voyageurs avaient leur patrie à quelques lenr fraude. miUes Seulement de distance. Les fils d'Israël reçurent l'ordre de

1 Les Gabaonites se gardent bien de rappeler les victoires lie Jéricho et d'Haï. Ces évônomeuLs éUiieut trop réoeats pour qu'ils eussent pu en ap[)rendrc la nouvelle dans un pays aussi lointain que celui dont ils prétendaient venir, lis restent donc dans leur rôle, avec la plus exacte vraisemblance et la plus parfaite habileté. Les deux noms que savent le mieux et qui préoccupent le plus les ambassadeurs Gabaouiles, sont les seu's qu'on ne trouve pas sur leurs lèvres.

replier leurs tentes, et le troisième jour l'armée des Hébreux enviromiait Gabaon et les cités voisines de Gapbira, Beroth et Gariathiarim. Fidèle à l'alliance jurée au nom de Jéhovah, Josué les épargna. Cette conduite excita parmi le peuple des murmures que les chefs des tribus eurent quelque peine à calmer. Cependant Josué manda les Gabaonites : Pourquoi, leur dit-il, avez-vous trompé notre bonne foi en nous disant : Nous sommes d'une contrée lointaine : — quand vous habitez au centre du pays qui nous appartient? Nous observerons nos engagements, mais vous n'échapperez point à la malédiction de Chanaan. V*is et vos enfants, jusqu'à la dernière génération, vous devrez couper le bois et apporter l'eau pour le service de la maison de notre Dieu. — On nous avait appris, répondirent les Gabaonites, que Jéhovah, votre Dieu, avait livré à son serviteur Moïse la possession de tout ce pays, et lui avait donné la mission d'en expulser les habitants. Saisis de crainte à votre approche, nous avons voulu sauver notre vie. Tel est le sentiment qui a dicté notre conduite. Maintenant nous sommes en votre main ; faites de nous ce qui vous paraîtra juste et équitable. — Josué ne rétracta point sa parole, et il interposa son autorité pour que le peuple juif ne se portât point contre eux aux violences dont il les menaçait. Ce jour-là même il décréta que les Gabaonites seraient désormais employés au service du peuple hébreu et du Tabernacle, pour les approvisionnements quotidiens d'eau et de bois nécessaires au camp ; et tel est encore maintenant leur sort, » dit le Livre saint *.

37. Sous le nom de Nathinéens, donné plus tard par David aux descendants des Gabaonites 2, on retrouve, dans toute la suite de l'histoire juive, la peuplade chananéenne qui obtint, à l'aide de ce stratagème, droit de cité parmi les Hébreux 3. Plein de curieux

1 Josue, cap. ix, 16 ad ultim.

' De Nathinceis quos dederat David et principes ad ministeria Levitarum (Esdrœ I, cap. vin, 20). Aiusi que le fait judicieuseineut observer Maës, dans son commentaire sur le livre de Josué, le nom seul était nouveau dans l'institution de David rappelée ici parEsdras; les Nathinéens n'étaient autres que les descendants des Gabaonites (Masius, In Josuam comment. jCa.T^. ix, 26, 27),

3 I. Paralip., cap. ix, 2; I. J?sc/r., il, 45, etc. L'étymologie hébraïque du mot

reprochent détïiils PUT les mœurs antiques de l'Orient et sur les relations inter-

ani Livres

•aints d'auto- nationales de ces temps reculés, l'incident qu'on vient de lire offre,

mer le mas- '■ ^

BacrenniTer- à un autre point de vue, un renseignement fort important «!ur la

sel des ^ ^-^ l

▼aincus. nature même de la guerre sainte dont le pays de Chanaan était le théâtre. L'aveu des Gabaonites constate la mission divine de Moïse; mais, dans leur effroi, ces peuples s'étaient exagéré à eux-mêmes la rigueur du mandat qui faisait d'Israël Texécuteur des justices providentielles. Nulle part, dans la loi de Moïse, il n'était interdit de recevoir, avec la vie sauve, les peuples qui se soumettraient volontairement à la domination juive. Non-seulement Josué ne contrevint point à l'ordre du Seigneur en admettant la soumission des Gabaonites, malgré le caractère de dol dont elle était entachée; mais il exprime lui-même le regret que leur exemple n'eût pas été suivi par d'autres tribus chananéennes. Ses paroles sont trop remarquables pour que nous ne les reproduisions point ici. « La guerre, dit-il, se prolongea pendant des amiées contre les rois de ce pays. De tant de villes qui s'y trouvaient, aucune ne consentit à se rendre aux fils d'Israël, à l'exception de la cité hévéenne de Gabaon. Toutes les autres furent emportées à la pointe de l'épée. Ainsi s'accomplit la sentence du Seigneur portée contre ces peuples. Leurs cœurs s'endurcirent: ils prirent les armes contre Israël et tombèrent sous ses coups, sans mériter jamais sa clémence ; et ils périrent tous,^ suivant l'ordre donné par le Seigneur à Moïse •• » Si nous n'étions lassé de rencontrer toujours des calomnies à chaque pas de notre voyage dans l'histoire biblique, nous prierions le lecteur de mettre ces paroles de Josué en regard des accusations de barbarie, de froides et inutiles cruautés que l'école de Voltaire n'a cessé de diriger contre le grand capitaine hébreu*. Nous demanderions aux modernes philanthropes, qui se font l'écho inintelligent de tant de récriminations injustes, s'ils trouveraien dans les mémoires des conquérants fameux beaucoup de passage

de Nathinéens est ainsi expliquée par Maës : Nathinœi sic didi a verbo, Natbin, quasi deditos dtcas, et ccetui atque arœ Dei mancifjatos.

* Josue, cap. xi, 18-20. — • Voir Guénée, Lettres de quelques juifs, toin. III, lett. lu.

analogues à celui qu'on vient de lire ; si, parmi tnnt de guerriers dont l'ambition a bouleversé le monde, il s'en est rencontré un seul qui ait jamais exprimé de plus nobles et plus touchants regrets. 38. La clémence de Josué envers la ville de Gabaon, ralifiée par Coalition det

contrées mêle Sei2:neur, sera maintenue dans toute la suite de l'histoire inive. ridionaies da

o ' ^ la Palestine

Quand Saul, entraîné par un faux zèle à violer le pacte conclu aux contre jom* jours de la conquête, osera revenir sur le passé et traiter les Gabaonites comme une race étrangère, Dieu lui-même vengera par un exemple terrible ce criminel attentat *. Mais la confirmation divine du traité d'alHance avec Gabaon ne devait pas se faire attendre si longtemps. L'événement le plus miraculeux et le plus important de toute la conquête allait bientôt sanctionner la sage pohtique du chef hébreu. La soumission des Gabaonites, la prise de Caphira, Beroth et Cariathiarim avaient ouvert à Josué la ligne du mont Epliron, qui protégeait à l'occident la capitale des Jébuséens. Adonisédech, roi de Jérusalem, malgré l'effroi où le jetèrent ces nouvelles, crut pourtant à la possibilité de conjurer le péril qui le menaçait. Si l'armée des Israélites, maîtresse à la fois des vallées de Galgala, des montagnes d'Éphraïm et d'Éphron, le resserrait au nord dans une enceinte qui allait se rétrécissant chaque jour, et convergeait de ces trois points vers Jérusalem, Adonisédech disposait encore de toutes les forces des contrées méridionales, avec lesquelles Josué ne s'était point mesuré. 11 adressa un dernier appel à tous les rois amorrhéens de ce pays, et réussit à grouper autour de sa capitale, pour une lutte suprême, Oham, roi d'Hébron; Pharam, de Jérimoth; Japhia, de Lachis, et Dabir, roi d'Eglon *. « Venez vous joindre à moi, leur avait-il dit, réunissons nos armes pour emporter d'assaut Gabaon, qui s'est rendu à Josué et aux filg d'Israël ^. n Les rois confédérés vinrent donc à la tête de cinq afc

* Reg. II, cap. xxi, 1-10.

*Nous engageons le lecteur à étudier, sur la carte de la Palestine, la situation de ces cinq villes confédérées. 11 est important de bien se rendre compte de tous ces détails géographiques, sans lesquels le récit, malgré toui nos efforts, paraîtrait toujours vague et indéterminé.

' Josiie, cap. X, 4.

58 uisTOiRE DE l'Église. — iv* époque. — ère de josué (1G05-1580).

mées formidables, mettre le si>^ge devant la ville. Josué, fidèle observ'ateur des traités, avait laissé la cité soumise se gouverner avec son ancienne indépendance, et était retourné au camp de Galgala, dont il avait fait le centre de ses opérations militaires, a Les Gabaoniles lui envoyèrent dire : Ne retirez pas de la tête de vos serviteurs la main qui doit les protéger. Accourez à notre secours et venez nous délivrer du péril. Tous les rois amorrhéens sont descendus de leurs montagnes pour nous assiéger. — Josué donna aussitôt l'ordre à ses plus vaillants guerriers de se mettre en marche, et lui-même, à leur tête, quitta les plaines de Galgala, — Le Seigneur lui avait dit : Ne crains pas ces nouveaux ennemis. Je les ai livrés en ton pouvoir, et nul d'entre eux n'osera te résister. — La troupe Israélite marcha toute la nuit. Au point du jour elle fondit à l'improviste sur l'armée assiégeante; le désordre et l'effroi se répandiren' parmi les Amorrhéens, dont Israël fit un grand carnage sous les murs de la ville. Les vaincus clierclièrent h franchir la montagne de Bethoron pour se soustraire à l'épée des Hébreux ; mais Josué les poursuivit avec son armée jusqu'aux plaines d'Azeca et de Maceda. A la descente de Bethoron, quand les Amorrhéens en déroute précipitaient leur fuite, le Seigneur fit pleuvoir sur eux de grosses pierres qui tombaient du ciel, et il périt sous cette grêle miraculeuse un plus grand nombre d'ennemis que sous le glaive des Hébreux. Ce fut à la fin de cette journée de triomphe que Josué, après avoir supplié le Seigneur de lui donner le t-emps de compléter sa victoire, s'écria, du milieu des rangs pressés des Israélites : Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, reste immobile au-dessus de la vallée d'Aïalon. Dociles à sa voix, le soleil et la lune s'arrêtcrcnl dans leur course, jusqu'à ce que le triomphe d'Israël fût achevé. Ainsi doue qu'il est écrit dans le Sepker hayaschar ' {Livre

* « D'après un usage assez constant chez les Hébreux, dit M. l'abbé Glaire, » on a dû coniposer un cantique immédiatement après une victoire aussi I) éclatante remportée sur l'ennemi. Or, comme c'était encore une coutume > consacrée chez ce peuple, que les auteurs contemporains alléguassent eux- » mêmes les actes publics et authentiques de leur temjis, surtout lorsqu'il » B'agi8s?.it d'appuyer le récit d'événements extraordinaires, Josué, qui n'a

des Justes), le soleil suspendit sa marche au milieu du ciel, environ l'espace d'un jour entier. Il n'y eut jamais, ni auparavant ni depuis, une journée aussi longue que celle où Dieu , obéissant à la voix d'un homme, voulut combattre ainsi en faveur d'Israël *. »

39. Qu'il nous soit permis d'interrompre un instant le récit de ce Discussion da

^ '■ miracle de

grand triomphe, pour inviter les incrédules de l'école du dernier J°x"i^g"^ siècle, et les partisans de l'école naturaliste contemporaine, à se placer résolument avec nous en face du miracle de Josué. Deux cités, privilégiées en ce monde par-dessus toutes les autres, ont été pro^àdentiellement destinées dans le temps à être le centre du mouvement religieux qui retentit jusqu'aux rivages de l'éternité. Le sceau de l'élection divine, le miracle, les a marquées toutes deux. Jérusalem vit à l'approche du peuple choisi, précurseur du soleil de justice, s'arrêter sur ses muraiiles le soleil matériel de notre monde physique. A vingt siècles de distance, une croix apparaîtra lumineuse et rayonnante, dans les splendeurs du ciel, aux

» écrit sou livre que longtemps après son triomphe sur les Amorrhéens, a » pu et même dû, jusqu'à un certain point, citer le cantique national qui » le célébrait {Les livres saints vengés, tom. II, pag. 22). » La nature du Sepher hayyasdiar semble donc maintenant éclaircie. Qu'il nous soit permis d'insérer ici une réflexion qui vient à l'appui de ce système. En racontant ce miracle, Josué semble se préoccuper par-dessus tout, de la pensée d'entourer son récit du caractère de notoriété dont le fait lui-même avait été revêtu. Tune locutus est Josue Domino, in die qitâ Iradidit Amorvhœum in conspectu filiorum Israël, dixitqve coram eis : Sol contra Gahaon ne movearis etc. [Jos., X, 12). C'est donc en présence de toute sou armée, in conspectu filiorum Israël, que le chef hébreu s'adresse à la puissance de Jéhovah, et lui demande une confirmation éclatante de sa mission, un signe solennel et irrécusable de protection céleste. C'est à la vue de milliers de témoins, du milieu des rangs pressés des combattants, coram eis, qu'il interpelle, avec une confiance sublime, le soleil lui-même devenu docile à la voix d'un homme qui parle au nom du Seigneur : Obediente Domino voci hominis. Mais plus la prière avait été solennelle, plus le miracle obtenu par elle devait être public et incontestable. Voilà pourquoi Josué s'en réfère pour cette dernière notoriété au souvenir et au témoignagr; de sa propre armée; voilà pourquoi il cite immédiatement les paroles devenues populaires de l'hymne national, inspiré par la joie du triomphe et le sentiment d'une pieuse reconnaissance. Tel est, selon nous, le sens de l'interrogation jetée au milieu du récit : Norme scriptum est hoc ir (Sepher BATâschar) Lihro Jttstorum?

1 Joiue, cap. A, 8-14.

60 uiSTOiRE DE l'Église. — iv* époque. — ère de josué (1605-1380).

yeux d'un conquérant qui devait incliner la majesté séculaire de la Rome païenne devant l'immortalité de la Rome chrétienne. Telle est la prise de possession souveraine, par le Dieu vivant, de ces deux cilés élues. Après cela, que les esprits étroits viennent nous dire : Pour faire massacrer quelques fuyards, derniers restes d'une armée déjà mise en déroute, Jéhovab, le' Dieu du Testament ancien, suspend le cours des lois naturelles; il ébranle tout notre système solaire, au risque de jeter une perturbation irrémédiable dans les globes célestes, et d'incendier la terre dans une conllagration universelle ! Professer de telles croyances, c'est insulter à la notion même de Dieu! — N'ai-je pas lu, ainsi que toute la génération présente, ces scientifiques inepties, reproduites par tous les échos de l'incrédulité. C'est avec le même dédain qu'ils parlent de la lutte entre Constantin et Maxence. Quelques légions étrangères, recrutées eu Germanie et en Gaule, disent-ils, se heurtent un jour, au bord du Tibre, avec les troupes désafTectionnées d'un obscur tyran, qui est jeté dans les eaux fangeuses du fleuve, aux applaudissements de Rome elle-même, et voilà qu'on prétend faire intervenir le doigt de Dieu dans cette rencontre sans gloire! Où était donc votre Dieu dans les gigantesques combats d'Actiiîm ou de Pharsalc, aux siècles anciens? Où était-il aux temps modernes, quand on vit des armées de six cent mille hommes s'entrechoquer sur des champs de bataille, qui semblaient le rendez-vous du genre humain? — Eh bien! s'il faut vous l'apprendre, notre Dieu était aux temps anciens, préparant à Actium et à Pharsale, l'unité du monde romain, qui ne devait profiter qu'à l'unité de son Eglise, dont Rome est le centre. Il était, hélas ! (et pourquoi fut-il nécessaire à notre vieille Europe d'en acquérir de nouveau si chèrement l'expérience?) il était, aux temps modernes, relevant, dans les steppes glacées de la Russie, dans les plaines sanglantes de l'Allemagne, le trône du Pontife romain, renversé en un jour d'ambition néfaste et de lamentable oubli. Le Dieu que votre regard, trop circonscrit dans la trame des causes secondes, se refusait à apercevoir, l'œil des peuples, qui juge mieux l'ensemble, parce qu'il n'est pas noyé dans la multiplicité des détails, l'œil des

peuples l'a reconnu , le regard des sages l'a salué, et c'est ainsi que l'expérience passée pourra nous sauver dans l'avenir du retour e pareils désastres. Il y a donc dans le gouvernement divin de la rovidence deux modes d'intervention dans les afiaires humaines, ne action dii*ecte et une action indirecte. La seconde, plus habituelle, n'est rien autre chose que le libre développement laissé par Dieu aux passions humaines, jusqu'à ce que, trouvant leur linnte et leur punition dans leurs propres excès, elles viennent se briser, comme les Ilots d'un orage expirant, devant le conseil éternel de la Providence, contre lequel tous les efforts humains ne prévalent jamais. La seconde, plus solennelle et plus rare, c'est l'invasion par le miracle à travers le tissu des faits de l'histoire humaine. Dieu la réserve, non pour les circonstances que le monde juge grandes, sur la simple apparence, mais pour celles que la Sagesse éternelle ;, qui ne se tiompe point, veut investir d'un éclat sans égal. Ainsi Dieu marquera la prise de possession de Rome par la croix, dans le Testament nouveau; ainsi il marqua la prise de possession de Jérusalem par Josué, dans le Testament ancien.

40. 11 serait temps d'en finir avec les lom-ds blasphèmes d'une Unepiaism-

, teriedeVol-

impiéte surannée. Non! ce n'était point pour un combat vulgaire, taireàpro-

, . pos de Josué

pour un triomphe obscur, que Josue arrêtait le cours du temps dans les plaines d'Aïalon. Jamais an contraire une heure pl'us solennelle ne retentit sur le monde païen jusqu'à celle de la Rédemption. La lumière allait investir Jérusalem comme un rayon divin jeté dans l'épaisseur des ténèbres du polythéisme. Voilà les victoires pour lesquelles Dieu aime à ix^tervenir directement, et par la toute-puissance de son bras étendu. Et ne craignez pas que la main miséricordieuse qui veut sauver les âmes par ces prodiges signalés, n'aie point la force de conjurer les perturbations et les ravages dont s'effraie une science puérile. Admetlez-vous que l'infinie sagesse du Créateur et son pouvoir sans bornes ont su créer les sphères célestes et les maintenir dans leur magnifique harmonie, par un ensemble de lois qui dépassent à jamais la portée de l'intelligence humaine, et dont il sullit aux plus fiers génies d'épeler péniblement quelques lettres, pour obtenir

62 HISTOIRE DE l'kGLTSE. — IV* ÉPOQUE. —ÈRE DE JOSDÉ (I6O0-I08O).

ici-bas un brevet d'immonalité? Oui, sans doute. De quel droit refuseriez-vous alors au pouvoir infini et à l'infinie sagesse la faculté de retenir quelques minutes de plus qu'à l'ordinaire, sur notre horizon terrestre, le soleil dont il a créé le globe, dont il a allumé le flambeau et dont il marque la route depuis les jours de la création? Nous ne nous arrêterons point h la ridicule pédanterie de Voltaire, qui reprochait à Josué d'ignorer que le soleil est immobile dans l'espace, et que notre terre tourne autour de lui. Le système planétaire, au nom duquel on faisait cette objection, est maintenant connu de toutes les académies, aussi bien que du dernier enfant du dernier village civilisé, ce qui n'empêcbe ni les académiciens, ni les hommes, ni les enfants de tous les pays de dire chaque matin que le soleil se lève, et cbaque soir que le soleil se couche. Josué a parlé le langage universel du genre humain, et, en dépit de la science, tout le monde pcirle encore comme Josué parlait.

Les juifs an- 41 . Ce fut donc un véritable miracle que la station du soleil sur tori'çn Jo- Ics champs de Miicéda, comme ce fut un véritable miracle que la " ' "^ ^ ns pluie de pierres de la descente de Béthoron. Les Juifs modernes le it nient, et ils ('prouvent une vive satisfaction à se rencontrer sur ce " Josné? t-errain avec l'école du naturalisme contemporain. C'est ainsi que M. Munk abrite ici la défaillance de sa foi sous l'autorité de Herder, dont il cite les paroles suivantes : « Il faut s'étonner, dit le philo- » sophe allemand, qu'on ait pu si longtemps se méprendre sur le I) sens de ce beau passage. Josué attaque les Amorites de bon » matin, et le combat dure jusque dans la nuit, c'est-à-dire une » longue journée, et le jour paraissait se prolonger pour achever B la victoire. Le soleil et la lune étaient témoins des exploits de » Josué; étonnés, ils s'arrêtent au ciel, jusqu'à ce que la victoire » soit complète. Qui ne voit pas que c'est ici de la poésie, quand » même on ne citerait pas un livre de chants héroïques? Dans le » langage d'Israël, de pareilles expressions n'étaient ni hardies ni » ulranges *. » Il est en effet étonnant de voir les Juifs anciens,

» Aluuk, Paleiiine, pag. 223.

qui connaissaient leur propre langue et leur propre histoire au moins aussi bien que MM. Herder et Munk, qui savaient sans doute distinguer, dans leur idiome, entre une figure poétique et un» expression historique et naturelle, affirroer, dans toute la série de» âges, que le soleil s'était véritablement arrêté à la voix de Josué. Le livre de l'Ecclésiastique le redit en toutes lettres avec une assurance vraiment surprenante. Voici ses paroles : « Ce vaillant à la » guerre, Jésus *, fils de Navé, successeur de Moïse dans l'esprit » de prophétie, fut grand comme son nom 2. Il fut le Léi'os suscité » pour le salut des élus de Dieu, avec la mission d'abattre l'orgueil » des ennemis et de conquérir l'héritage d'Israël, Qui jamais avant » lui combattit ces combats glorieux? Le soleil ne demeura-t-il pas » immobile à sa parole, et ne vit-on pas alors un jour durer aussi » longtemps que deux ^1 n L'étonnement redouble à la lecture du passage de Josèphe, où, sans respect humain, le dernier historien juif tient en face de l'incrédulité païenne un langfige analogue. « En cette circonstance, dit-il, Josué apprit que le Seigneur com- » battait par ses armes. La foudre, les éclairs, une pluie de grêle •) prodigieuse frappèrent les ennemis; le jour même se prolongea » d'une manière inusitée, pour que la nuit ne vînt pas prématuré- » ment interrompre les succès des Hébreux. Quant à la longueur » insolite de ce jour merveilleux, nos Ecritures conservées dans le » temple en font foi *. » A qui persuadera-t-on que Josèphe, toujours préoccupé dans son ouvrage de lo pensée d'éliminer, autant qu'il le pouvait, l'élément miraculeux, pour se faire plus facilement accepter du monde romain auquel il s'adressait, aurait de gaieté de cœur néghgé une inî,.xprétation comme celle de Herder, qui l'eût

* On sait que le nom hébreu de Josué est le même que celui de Jésus, dont Josué fut en eflet la figure. — ^ Le nom de Jésus signifie Sauveur. — ^ Ecclé» liast., cap. xlvi, 1-5.

* Voici le texte important de io&èT^he i' E\na. kas Tnv loû QîoZ (nyipyiuv ifxaBiv «■7r/OTijW5(vâ.vTcç auTov ^j,cvialç TS ji«i xeptfuvàv àti^ttrii, kcli xa.Xct^i\ç xaTaçop* //«(Çovof Toù OT/vMit/?. Et/ yt y-iy x«« ijiv ifAipoLi «ii|»9îiv«ti tXsov, âf «.v /m» KO.'za.KaÇoua'a. yù^ tmiirxij TJiv Tttv 'E.CpaiuvnfoSvfjtiAV, avy'immy,' Oti (Tstc ^mkc; tjiç itfAifcti l'nià'ctKi toti. Ta* ToD <7i;v>i9oi/c i-nKiliian, J'rtXovTtti (Tiot im à.yaixiifji.h<»i il t« itfû y^tt/AfAXTetij (Joseph., Antiq. Judaïc, lib. V, cap. l, n» 17.)

6î HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV^ ÉPOQCE. — ÈRE DE JOSUÉ (lG0o-i580).

tiré si promptement d'embarras? Mais il fait précisément le ccntraire, et, pour appuyer d'une preuve irrécusable le récit du miracle, il en appelle aux « Ecritures, conservées dans le temple, » dont le' texte précis et formel couvre sa propre responsabilité'e garantit le merveilleux événement qu'il raconte. rîweSks ^^- ^^""^ ^^'o°s ^onc à cboisir entre trente siècles d'affirmation ^ZTJi. ^^ ^^ f°' ^ ^^ P'-^^oîe de Josué et la pusillanime défection de l'exéjÏÏué" S^'^ contemporaine, à qui le courage semble manquer en même temps et pour nier et pour croire, qui salue respectueusement nos Livres saints, tout en laissant entendre que leur texte n'a été compris pour la première fois qu'au siècle xix"^ de l'ère chrétienne, par quelques philologues de la nébuleuse Germanie ! En vérité , les miracles que veulent nous imposer ces modernes savants dépassent tous ceux de la Bible elle-même. Si nous sommes tiers de croire au prodige sur le témoignage de Dieu même, nous avouons que notre pensée se révolte sous le poids des invraisemblances de la nouvelle exégèse. Mais ce n'est pas seulement le judaïsme ancien qui a conservé la mémoire du miracle de Josué; ce n'est pas seulement le catholicisme, héritier des promesses faites à Abraham, qui conserve, dans l'intégrité de son sens naturel et obvie, ce texte des Ecritures. Toutes les annales du monde ont enregistré cette tradition, les Arabes mahométans eu ont fait un de leurs dogmes, Homère y fait allusion; et l'Egypte l'avait recueillie dans les profondeurs hiératiques de ses temples. La Bibliuthoque orientale de notre savant d'Herbelot nous a transmis le passage suivant extrait du Tarik-Montekeb : « Joschova (Josué) livra bataille aux géants un » vendredi soir. La nuit s'approchant, et Joschova ne voulant pas ) combattre un jour de sabbat, il implora d'en haut le temps né- » cessaire pour fmir la bataille et exterminer l'ennemi. 11 fut exaucé, B et le soleil, en conséquence, demeura sur l'horizon une heure et • demie de plus qu'à l'ordinaire '. » — « Les prêtres d'Egypte, dit

« Nous empruntons ces textes et les suivants à la savante dissertation de M. lionnetty, sur le Miracle de Josué, publiée au tom. X des Annales de philosophie chrétienne, pag. 321. On peut lire, sur le mèuie sujet, les Eléments de Géoloijie mis à la portée de tout le monde, par M. Chuubard j la dissertation de

CO.VQUÊTE DE LA TERRE TROMISE. C5

» Hérodote, m'assurèrent que, dans la longue suile d'années (de- » puis Mènes jusqu'à Sétlios), le soleil s'était levé quatre fois hors » de son lieu ordinaire, et qu'il s'était couché aussi deux fois » à l'endroit où nous voyons qu'il se lève aujourd'hui; que cela 9 n'avait apporté aucun changement en Egypte ; que les produc- > tions de la terre et les inondations du Nil avaient été les mêmes; 6 et qu'il n'y avait eu ni plus de maladies ni une mortalité plus » considérable *. » Il faut rapprocher cette citation d'Hérodote d'un passage analogue de Platon, sur les traditions égyptiennes, dans le dialogue entre Socrate et le prêtre de Memphis. & Nous avons , dit » ce dernier au philosophe grec, conservé le souvenir d'un grand » nombre d'événements extraordinaires arrivés aux jours anciens. » Tel fut le prodige survenu à l'époque de la querelle entre Thieste » et Atrée... Il y eut alors un changement du lever au coucher du » soleil et des autres astres. Le soleil se coucha en ce jour à l'en- » droit même où maintenant il se lève, et se leva du côté opposé *. » Singulière coïncidence! la Chine nous révèle une tradition identique. « Sous l'empereur Yao, disent les annalistes, le soleil de- » meura dix jours sans se coucher, et cette circonstance fit appré- D hender une conflagration universelle. » Les dix jours de l'historien chinois doivent s'entendre, selon Reimler ^, des dix heures traditionnelles du miracle de Josué. — L'Inde, dans ses récits mythologiques sur Rama, l'Hercule de la patrie du Djambou, suppose également une station du soleil dans les cieux : «Hanuman, le mes- » sager de Rama, se saisit de l'astre roi du jour, et l'empêcha de B continuer sa course dans les champs de l'inr *. » Cette curieuse légende du Ramayana a sa contre-partie au sujet de la lune, dont la mention expresse vient confirmer de la façon la plus inattendue le texte de la Bible. « Les géants, disent les Indous, s'étaient em-

dom Calmet, sur le Retardement du Soleil et de la Lune, et enmi celle d« M. l'abbé Glaire, Les livres saints vengés, tom. II, pag. 16.

1 Hérodote, Histoires, liv. Il; Euterpe, chap. CXLII. — ^ Platon, Le Pu'iliijue, édit. de Bekker, tom. IV, pag. 271. — ' Keimler, Histoire comparée d ; .^;;^ Ji, tom. I, pag. 147 ; Ancient universal history, tom. XVIII, pag. 104. — * ifarlès. Histoire de l'Inde, tom. XI, pag. 127,

6G HisTOiuE DE l'Église. — iv' époque. — ère de joslé (IG0o-1o80).

» parés des rayons de la kme, dont ils se flattaient d'extraire un i> fluide capable de donner l'immortalité. Mais ils furent attaqués » alors el viis en déroute par Indra, le Dieu du ciel. » La science européenne, longtemps emprisonnée dans les langes de l'érudition classique, s'étonne naïvement elle-même des découvertes que lui apporte l'étude des monuments historiques des continents américains et des îles océaniennes. Dans cet horizon agrandi, qu'il ne fut pas donné aux siècles précédents de parcourir du regard, elle rencontre à chaque pas la confirmation des faits bibliques. Voici la tradition indigène des monts Apalaches dans les Florides : o Aux n temps passés, le soleil ayant cessé de paraître pendant l'espace D de ^•ingt-qualre heures, son absence occasionna une affreuse inondation. Les vingt-quatre heures expirées, le soleil reparut » dans tout son éclat, la chaleur bienfaisante dissipa les vapeurs et » remit la terre dans son ét^it naturel '. » La légende des îles Otaïti, rapportée par M. Eflis, n'est pas moins significative. « Une des tra- » ditions les plus singulières de ce peuple, dit-il, est relative au » soleil, et porte une analogie digne d'attention avec le fait dont » parle l'histoire juive. Elle prétend que Maui, un ancien chef ou » prêtre, construisait un marac ou temple , lorsqu'il s'aperçut que I) le soleil déclinait et allait disparaître avant que sou travail fût » achevé. Alors Maui, rapporte la tradition, saisit le soleil par ses » rayons, les attacha avec une corde au temple même, ou à un arbre » voisin, et continua son ouvrage jusqu'à la fin ; le soleil, pendant ce » temps, demeura immobile sur l'horizon. Je m'abstiens, ajoute le » savant voyageur, de commentaires sur cette singuhère tradition, » qui est reçue presque universellement dans ces îles*. » Nous avons reproduit ces textes étonnants, réunis pour la première fois par le savant M. Bonnetty, de préférence aux passages d'Homère ',

• Ann. de philosoph. cfirét., tom. X ; Dict. de la Fable, Noël, au mot Soleil. «Ellis, tom. m, pag. 170.

• NyxTot fiif il nrtfir» J*oX»;^)iy o-;^t9l», iiài i" aitt 'PCa-xt iir'QKtAyà ;^ei/»'o9^«vo», etiT' i* i-Tr-Troi/c

(Homer., OJys., lib. XXIII, v. 243-245.)

d'Ovide *, de Properce * et de Lucain ^ qui sont dans toutes les mémoires. On ne manquait jamais d'infirmer la valeur traditionnelle de ces derniers, en les présentant comme l'expression poétique d'une imagination brillante, et la répétition consacrée d'un emprunt primitif fait à la mythologie. Mais voilà que toutes les traditions des peuples nous renvoierit le même fait, environné des circonstances particulières propres au génie de chaque nation. Nous sommes maintenant en droit de demander à l'école naturaliste la raison de cette coïncidence extraordinaire, et l'origine d'une tradition aussi universelle. Il semble que nous soyons arrivés à une époque où tous les sophismes de l'incrédulité sont percés à jour, et où il ne reste plus même un prétexte à l'irréligion. 43. Josué et son armée victorieuse employèrent les heures de ce ?'°'"*f."»

^ •' rois coalisé*

jour miraculeux à poursuivre les ennemis dans les plaines d'Azeka. « On vint avertir le chef hébreu que les rois fugitifs s'étaient cachés dans une caverne, près de Macéda. Sans interrompre sa marche, Josué dit à ses compagnons : Roulez quelques rochers à l'entrée de la caverne; placez y des gardes qui en défendent l'issue. Puis continuez à presser les ennemis en déroute, sans leur laisser la ressource de fuir. Surtout qu'ils ne puissent pas rentrer dans les murailles de leurs forteresses, pour s'y mettre à couvert; car le Seigneur votre Dieu les a livrés entre vos mains ! «^ Les Israélites complétèrent ainsi leur victoire; l'armée chananéenne fut détruite presque jusqu'à l'anéantissement; quelques fuyards réussirent seuls à regagner l'enceinte de leurs villes. Après cette journée, les troupes victorieuses se réunirent à Macéda, où Josué avait

* Ipse Deum genitor

Commisit noetes in sua vota duas.

(Ovid., Amor., lib. I, Eleg. 13, v. 15.)

* Jupiter Alcmenœ geminas requieverat arctos,

Et cœlum nodu bis sine rege fuit.

(Propert., lib. II, Eleg. 18, v. 25.)

' Cessavere vices rerum, dilataque longa Hctsit nocte dies : legi non paruit ather, Torpuit et prœceps audito carminé mundus.

(Lucau., Pkarsal., lib. Vf, v. 401.)

68 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV* fPÔQnC — ÈRE DE JOSIÉ ({603-1580).

établi son campement. Il ne manqua pas un seul des fils d'Israël SOUS les tentes; aucun n'avait été blessé; de tant d'ennemis nul n'avait osé tenir tète. Josué dit alors : Ouvrez l'entrée de la caverne et amenez devant moi les cinq rois qui y sont renfermés. — L'ordre fut aussitôt exécuté : les cinq rois captifs de Jérusalem, d'Hébron, de Jérimolh, de Lachis et d'Eglon furent amenés 'en présence du vainqueur. Josué était alors entouré de toute la multitude des enfants d'Israël. Il dit aux cbefs de son armée : Avancez le pied et posez-le sur la tête de ces rois. Apprenez par cet exemple, ajouta-t-il, à mettre toute votre confiance flans le Seigneur. Car c'est ainsi qu'il traitera les ennemis qui oseront vous résister*. — Les rois captifs furent ensuite passés au fil de l'épée, leurs corps demeurèrent exposés durant un jour à la vue des peuples chananéens, et le soir, ils furent jetés dans la caverne de Macéda, qui leur avait servi de retraite. D'énormes rochers qui subsistent encore aujourd'hui furent roulés à l'entrée, pour être le monument de cette grande victoire'. »

Josué voulait, par ces rigoureux traitements, jeter la terreur dans les tribus chananéennes, et décourager, dès le principe, la résistance qu'il avait vue s'organiser en un instant si formidable et si universelle. Par la mort des cinq rois captifs, il épargnait pour l'avenir des torrents de sang. Les villes de Macéda, Lebna, Lachis, Hébron et Dabir, c'est-à-dire les cités de la contrée méridionale dont les rois venaient de succomber à la journée de Gabaon, furent le fruit de cette première campagne. Josué, maître de l'extrême limite de la Terre promise depuis Cadès-Barné, sur les confins du

* Ce trait énergique de la politique de Josud a été défiguré par les adver- ■aires de la Bible, et s'est changé sous leur plume en une insulte gratuite et barbare faite au courage malheureux. Ou vient de lire le récit de la Bible. Il est évident que l'armée Israélite, jetée au milieu d'un pays ennemi, avait besoin de sentir encourager sa confiance, et qu'il fallait d'un autre côté rapper par di's coups é< latants l'imagination des peuples chananéens. Tel fut le double but de Josué en celte tirconstauce. Par un singulier renversement d'idées, Ci; que les incrédules trouveraient sublime s'ils le lisaient dan» l'histoire d'Alexandre ou de César, ils affectent de le trouver affreux dans la Bible. — » Jos., cap. x, 17-27.

lel II icM

lac Méron

flésert Arabique, jusqu'à la ville maritime de Gaza, au sud; complètement assuré de la chaîne de montagnes qui divise la Palestine dans sa longueur, du midi au nord, depuis la terre de Gozen jusqu'à Gabaon, ramena son armée triomphante dans les campements de Gulgala *.

44. Le nord de la Palestine préparait, en ce moment, une nou- ^"^""^^f* velle coahiion non moins redoutable. Les Chananéens habitant les ^^nSelSué. montagnes, qui furent plus tard le partage de la tribu de Nephtali, ^S^rèfir voulurent combattre pour l'indépendance de leur patrie, et ne se laissèrent point effrayer par les succès des IsraéUtes sur les races du midi. Jabin, roi d'Azor, se fit le chef de la résistance. Il entraîna dans cette tentative désespérée Jobab, roi de Madon, auquel obéissaient les tribus maritimes groupées sur le littoral de la Méditerranée, dans les plaines de Saron; le roi de Séméron, dans les montagnes qui portèrent depuis le nom de Zabulon; et le roi d'Achsaph, cité voisine de la chaîne de l'Anti-Liban-. D'innombrables légions de guerriers, accourus de la ville maritime de Dor, poii de mer voisin de la côte où s'éleva depuis Césarée; des rives ixi Céuéroth, le Génésareth de l'Evangile; et jusque des plaines de Maspha, aux pieds de l'Hermon, se réunirent sous les étendards âe Jabin. « Ils s'avancèrent par escadrons de ces divers pajs, formant une multitude, nombreuse comme les grains de sable sur le rivage des mers. Leurs chevaux traînaient une immense quantité de chariots de guerre ^ » Depuis les chars du Pharaon égyptien, et sa redoutable cavalerie, jamais une armée n'avait réuni contre les fils d'Israël de si puissants moyens de destruction. « Toutes ces forces confédérées prirent position près du lac de Mérom ^, sur la

* Josue, cap. x, 27 ad ultini.

* Les cominentateurs sont peu d'accord entre eux sur la situation précise de la ville d'Achsaph, tout eu convenant qu'elle était certainement une de» cités les plus scptenlrioaales de la terre de Chanaan (Voir le Cnmrnent. de Maës et celui de Cornélius à Lapide}. — ^ Josue. xi, 4.

* C'est le même que le lac de Séméchon. Il porte de nos jours le nom d'El- Houleh. « Ce lac, dit M. de Saulcy, est très-peu large. Il est bordé de chaque » ("ôté par une fnrèt de magnifiques roseaux du plus beau vert. La plaine • qvi l'entoure doit être. d'une fertilité merveilleuse : c'est une terre grasw

rive oiieutale dn Jourdain, et attendirent les Hébreux. Mais le Seigneur avait dit à Josué : Ne crains pas leur multitude. Demain à pareille heure, je te livrerai tous ces gueriiers, ils tomberont sous les coups des enfants d'Israël; tu couperas le jarret de leui-s chevaux et tu brûleras leurs chars de guerre. — Josué et son armée tombèrent à l'improviste sur les Chananéens et y jetèrent le désordre et l'épouvante. Dieu les avait remis au pouvoir de son peuple. Dans la précipitation de la déroute, ils se débandèrent, fuyant chacun daus la direction de leur patrie. L'armée d'Israël se partagea pom^ les poursuivre, les uns dans la direction de la grande Sidon, les autres jusque sur les rives du Maserephoth, dans les plaines de Maspha, à l'ouest de la terre de Chauaan. Frappés sans relâche par la main des Hébreux, les ennemis subirent la peine que le Seigneur avait portée contre eux. Selon l'ordre divin, les jarrets de leurs chevaux furent coupés, et les chariots de guerre jetés aux flammes'. » La destinée du peuple d'Israël n'était pas une destinée de conquête, ni de belliqueuse ambition. Voilà sans doute le motif de la prescription faite par le Seigneur en cette circonstance. Au retour, Josué livra aux flammes la cité chananéenne d'Azor. Elle était depuis longtemps la capitale des tribus septentrionales de ce pays. Tout le butin, les troupeaux et les richesses de la conquête furent partagés entre l'armée victorieuse, et des garnisons furent établies dans les forteresses enlevées aux ennemis*.

i;xt*r«tLa- 45. Deux gri^ndes expéditions, l'une au midi, l'autre au nord de

tiocdelaracd i i • i

jigantes.,-j > la Palestine, avaient sufli pour assurer au peuple de Dieu la possession de la Terre promise. Josué revint ensuile sur ses pas pour achever dans les régions méridionales d'Hébron et de Dabir la complète extermination des Enacim, cette génération gigantesque, qui conservait, dans sa stature colossale et sa monstrueuse impiété, un souvenir vivant de l'époque antédiluvienne. Ea exécu-

• et forte, à laquelle la culture peut tout demander; c'est du reste ce qu'il m est facile de deviner à la splendeur de la végétation dont elle est tapissée.» (Did. desariHij. hililiq., pag. 358.) » Josun, cap. XI, 5-9. — » VAd., cap. .\i, 9-14.

1 Enaciu; ,

ens vaincu

par Josné

émigrent soi

la côte d'Afriqna.

tant contre eux la sentence portée par le Seigneur, le capitaine hébreu terminait définitivement la lutte des deux races, et assurait à Sem la domination sur la postérité maudite de Gham. Toutefois, ainsi que l'ont judicieusement fait observer Macs, dom Calmet et les plus habiles commentateurs, ce serait une erraur de croire que les deux ou trois grandes victoires mentionnées par la Bible auraient pu suffire pour la complète pacification du pays. Une autre circonstance y contribua puissamment, et son importance historique est telle qu'il nous faut la mettre en lumière.

46. « Persuadés, dit Procope, qu'ils étaient impuissants à repous- Les Chanané- » ser le chef étranger, les Gergéséens, les Jébuséens et les autres » peuplades de Cbanaan se retirèrent d'abord en Egypte. Mais n'y » trouvant pas un territoire suffisant, ils furent contraints d'émi- » grer une seconde fois. Ils s'enfoncèrent alors en Afrique, y fon- » dèrent des villes nombreuses, et peuplèrent les vastes régions si- » tuées entre l'Egypte et les colonnes d'Hercule. Là ils conservè- » rent leur ancien langage, dans lequel nous retrouvons encore » l'origine phénicienne. Au centre de la province de Numidie, dan« » l'antique cité de Tigésis, fondée par eux, on voit encore deux » grandes colonnes de pierre blanche, élevées près d'une fontaine, » portant cette inscription en caractères phéniciens : Nous sommes » les fugitifs chassés par le brigand Josué, fils de Nave : Nos ii sue mus qui fugimus a fade Josue latronis, filii Nave. Plus tard, cette » colonie phénicienne accueilUt, comme des frères de race et d'o- » rigine, les Tyriens que Didon amenait dans leur nouvelle patrie » pour y fonder Carthage K » Ce témoignage, l'un des plus impor-

* Voici ce texte important et peu connu : Tipyia-a.lo$ ts kai 'liÇourAloi, khî axx«

«tTTa. oyi/xaTa, l'^^otTi., ois S'il mina, m Tav ECp^'^v is^Topi*, ko-Xh, Oùtoz ô Xaof imil Slu^^oi t< ^fïifAsL Tov f-TrjiXî/înv (nfi.T>nyhi uSoy • «| >i9àv tZv 'na.Tfïwi î^a.vA(rràiTfiy Îti' A'iyù'maii ôfx'ofou ivTnç i)(^mn<Ttti» Evt* ^mpoi oiSivot, <rip't<Ti\ liatvoy hoiKno'a.ava.i »ûpô»T«f, mii «V hiyvniif no'Kijifi'ifâ'jiia. ïn iiuXaiou «v • if XtQùnv arrà.'Kvia'Ai "ttoXé/î Te ùx.ta-a.tiit nioXAkç, Jç^i/xm 0.^3.1 hiÇùtit fji-îxi" o"T>)xSy toD 'Hpptxxsot/c îa-^ov • «vTsiûôa t« xaI i( (fAt tS *o/»(Kai» <f>av« p(^i)ûjuiyii$ &Kttiro. ES'iif/.a.yTO Si kai (ffovpioy sv t^ovfAiJ'la.iroXti ov iZyTtôxii Tiyia-iç itrii Ti x.4« àio/j.kl^i'TsLi * hQu. o-T»Xa« Sùo èx X/Soi» X«u»«v TreTro»»fxiytti a.yy(^i Kpritnt tiai Ti/utyccx»; ypa.fjLfji.kia. ^otîtxixsc 6")/x«xoXctft(/.tva 'i)(^owa.i t9 tui, 4'ûiv/xû>v yhéa-iTii yiyoyrtt. mS'i • ii/xiTciT-yucv oi ifvyyâ'Tic kit» itfOçôtTfOv ItinZitZ X)|7T0V,i/(ev

72 IlISTOir.E DE l'église. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE JOSDÉ (1603-1 580).

tants pour fixer los origines ethuograpliiques des races numides et africaines, est confirmé par l'autorité irrécusable en cette matière, du grand évoque d'Hippone. « Quand on demande à nos paysans, » dit-il, à quelle race ils appartiennent, ils répondent en leur idiome » punique : Nous sommes des Chanani. Or, sauf la suj.preàsion B d'une seule lettre fort ordinaire en pareil cas, ce mol n'est-il » pas le même qae celui de Chananœi^? » Il y a donc une tradition.autlicntique, qui rattache les premières colonisations africaines au souvenir de la conquête du sol channnécn par Josué. Elle confirme merveilleusement le récit tlialmudiqne du plus savant de? commentateurs juifs, le rabbin espagnol Maimonide. « Josué, dit- » il, on abordant la terre de Chanaan, envoya des messages à tous » les cliefs de tribus, avec ces trois propositions : S'enfuie qui voulu dral Se rende qui voudra! Combatte qui coudra! Les Gergéséens I) crurent à la parole de Jéliovah, et émigtèront en Afrique*. » A cette époque de jeunesse et d'épanouissement des races, une émigration n'avait rien du caractère insolite et désastreux qu'elle revêt au sein de nos civilisations septentrionales, séculaires et fixées. Les Chanaiiéens avaient les mœurs nomades des Arabes actuels; transportant facilement leurs familles et lems troupeaux d'uncampomont h l'autre, leur richesse n'était pas immobilisée dans !e sol. A l'excoplion des villes fortifiées, qui olfraiout à la tribu éparse tm asile commim à l'heure du danger, la vie était en plein air, dans de larges espaces, dont le pûturage faisait le principal produit. Il eu rcsnllait une élasticité de mouvement et d'expansion considérable, dans un climat surtout où l'IiomTue n'avait pas, comme besoin suprême, celui d'abriter pondant six mois la fa-

Nii/5. Xf oiâ Je i/s-TjpoïXrtJ ôe-o/yufTà Ai/oi'c éx *(HV/x)ic àvJTTKTïv a.Ti •nfU ^vyyt\/t7( raùt

il Ai::ijù)iyif/.-fou( àcixovTo. (Procop. CfBsariens., f/e Be//o Vandal,, lib. M, cap. x, in-fol. Vencliis, 1629, tom. 1, pag. 362.)

' l'ndi; inleriorjiiti rustki nostri quid sint, punice respnndcntes CllANANl, corrvjjla sciiicei, sicut in talibus solei , una liiiera, quid aliud respondent quatn Cliunamn? (S. August., Inchoaia cxpositio in Epist. ad Roman., Pntrol. lat., Migne, loin. XXXV, <;ol. 2096.)

« Tlialmmlici l'errk Lhelech, apud Schikard, Dépure /?<?§'., pag. 121. Voir dom Calmet, Dissertation sur la fuite des Çhananéens chassés par Josué.

mille tout entière contre les inclémences du ciel , sur un sol dénudé par le froid et privé de toute végétation. Ces conditions particulières expliquent la facilité et le succès des établisseruents qne les peuples primitifs fondèrent sur tout le littoral de la Méditerranée. Refontes sur un point par une race supérieure en civilisation ou en puissance , ils trouvaient promptement une autre terre aussi fertile et aussi heureuse^ dont personne ne levir défendait la jouissance. 11 en fut ainsi des tribus chananéennes, expulsées par l'épée de Josué, et non exterminées sans exception dans un massacre universel, selon l'extravagante hypothèse tant de fois reproduite par les adversaires de la Bible. C'était la réalisation au pied de la lettre des promesses faites par le Seigneur à IN'oïse, et solennellement inscrites au livre de l'Exode : « La terreur de mon nom » vous précédera; je répandrai l'épouvante et la consternation* » sur les peuples que vous attaquerez, et je les ferai fuir devam » vous. Des fléaux meurtriers précéderont votre approche, et défi termineront, avant même votre arrivée, l'émigration de quei- » ques-unes de ces tribus. Cependant je ne les chasserai pas toutes » de ce pays, en une seule année, de peur de changer le sol en un )) désert où vous ne rencontreriez que des bêtes sauvages. Elles émi- » greront peu à peu devant vous, jusqu'à ce que vous ayez eu le » temps de vous multiplier et de prendre possession du sol ^. » Josué lui-même, à la fin de sa glorieuse carrière, en récapituhmt, dans l'assemblée des Elébreux, les grandes choees iiccomplies par le Seigneur en faveur de son peuple, rendi^a un témoignage identique, a Jéhovah, dira-t-il, a chassé de ce pays les rois amor- » rhéens. Il a envoyé à ces peuples des fléaux qui les ont forcés à » fuir leur terre. Ce n'est donc ni votre épée ni votre arc qui ont » obtenu tant de succès^. » L'émigration chananéenne, provoquée par kl conquête de Josué, prit un double courant facile à étudier

1 Ainsi que le fait observer avec soa érudition habituelle le judicieux doH» Calmet. le v-tLc hébreu reudu ici dans la Vulgate par occihun. t-iguifie proprement conturbnbo. Ce sens est celui de la paraphrase chaidajque (Disser^ taiion sur la fuite des Cliaitanëens, note 16^).

' Exod., cap. xxin, 27-30. — * Josue, cap. xxiv, li.

74 llISTOir.E DE l'église — IV'' ÉPOQUE. — ÈRE DEJOSUÉ (160o-lû80).

dans la suite de l'histoire. Le premier, ainsi que nous l'avons dit, se dirigea sur le littoral africain; il donna naissance aux naces nu- Diides, dont la bravoure et la perfidie s'immortaliseront sous les noms de Syphax et de Masinissa ; il s'est mêlé aux races maures et arabes, que dominent aujourd'hui l'épée et le drapeau de la France. Le second se concentra dans les villes maritimes de Tyr et de 'Sidon, d'où il s'échappa par essaims, sur les Hottes phénicienne», pour peupler lour à tour l'Asie Mineure, l'Espagne, la Grèce et les lies de la Méditerranée. C'est de 1^ que sortiront un jour les fondateurs de Carthage, la reine de l'Orient ancien, qui devait, dans une lutte mémorable , disputer l'empire du monde à la cité de Romulus. Ce fut le dernier etibrt de la race de Cham, pour échapper à la malédiction prophétique, qui l'avait frappée au berceau, vieillesse de 47, Un de nos élonuemcnts, dans l'étude des Livres saints, c'est

Josue.

la vigueur toute virile avec laquelle les hommes choisis de Dieu pour les guides de son peuple, portent, jusqu'à la plus extrême vieillesse, le fardeau du commandement et la responsabilité des plus grandes choses. En suivant Josué sur les bords du lac Mérom, dans cette expédition qui couronne sa carrière militaire; en le voyant déployer toutes les ressources et l'ardeur de la jeunesse à la poursuite des rois confédérés, on ne se souvient plus que pré? d'un demi-siècle s'était écoulé depuis la première victoire remportée par le héros d'Israël contre les Amalécites, sous les yeux de Moïse, dans les plaines de Raphidim *. La gloire et la sainteté ont ainsi des rayonnements de jeunesse immortelle, « Cependant Josué était courbé sous les années cl le poids de l'âge. Le Seigneur lui dit : Tu as atteint les jours de la vieillesse, et le nombre de tes ans s'est accru. Il reste encore une vaste étendue de terre, la Galilée, le pays des Philistins, les contrées de Sidon et du Liban à conquérir; mais je réserve leurs conquêtes pour des temps plus éloignés. Ces pays entreront pourtant, dès maintenant, dans le partage dô la Terre promise, qu'il te faut exécuter entre les fils d'Israël. Divise donc le pays de Chauaan, et répartis-le aux neuf tribus ainsi qu'à

> Vol. l de cette Histoire, pag. 580.

PARTAGE DE LA TERRE PROMISE ENTRE LES DOUZE TRIBUS. /a

la demi-tribu de Manassé, qui n'ont point été comprises dans le premier établissement fait par Moïse, mon serviteur, au-delà diî Jourdain *. »

§ III. Partage du pays de Clianaan entre les douze tribus>

48. Les pavillons juifs étaient déployés dans le campement de jj^^f^^^g, G "pla quand cet ordre divin fut communiqué à Josué. Le lende- P°Qarfàth. *** mum une scène touchante se passait sous les yeux de la multitude ^'^^' assemblée. Un vieillard de quatre-vingt-cinq ans, escorté par les fils de Juda, sa tribu, se présentait devant la tente du chef hébreu. Josué vint à sa rencontre, et tous les souvenirs de sa jeunesse durent revivre à cette vue; car les deux interlocuteurs étaient les seuls sm'vivants du passé dont ils allaient s'entretenir. Caleb, c'était lui, venait rappeler à Josué la prophétie du désert *, et la grande fîguie de Moïse semblait couvrir les deux vieillards de son ombre majestueuse. « Vous vous souveneZ;, dit Caleb, de la parole du Seigneur à Moïse, l'homme de Dieu, prononcée sur vous et sur moi, au désert de Cadès-Barné ^. J'avais quarante ans quand Moïse, le serviteur de Dieu, nous envoya ensemble pour explorer le pays de Chanaan, et en rendre un compte exact. Les autres députés, à leur retour, ietèrent l'efiroi dans le cœur des fils d'Israël : pour moi, je demeurai fidèle à la vérité et confiant en la puissance du Seigneur. Ce jour-là, Moïse me fît une promesse solennelle : La terre de Chanaan, que ton pied a foulée, me dit-il, sera ta possession et celle de tes fils à jamais. Telle sera ta récompense pour avoir été fidèle à la volonté de Dieu. Le Seigneur a daigné eu effet me conserver la vie jusqu'à ce jour, selon sa promesse. Quarantecinq ans se sont écoulés depuis que le Seigneur parlait ainsi à Moïse, à l'époque où le peuple d'Israël était errant dans la solitude. J'en ai aujourd'hui quatre-vingt-cinq, et ma vigueur est la

> Josue, cap. xiii, 1 ad ultim.— * Voir le vol. I de cette Histoire, pag. 695-698.

3 Voici la promesse du Seigneur, à laquelle Caleb faisait allusion : Serimm rneum Caleo, qui plenus alio spiritu secutus est me, imlucam in terram banc quant rircuivit : et semcn ejus possidebit eam {^Ntoner., cap. XIX, 24).

même qu'en ce temps, j'ai encore ma force première pour marcher aux conibals et mettre en fuite les ennemis de mon Dieu. Concédez-moi donc la propriété de la montagne de Chanaan, où j'ai posé le pied lois d-^ notre voyage , et accomplissez la promesse dont vous avez été témoin et que vous avez entendue de la bouche de Moïse. Cette montagne est encore au pouvoir des Enacini, qui y ont des villes puissamment fortifiées. Mais j'irai et je verrai si, avec le secours du Seigneur, je ne puis les détruire, comme il me l'a promis. — Josué étendit les bras pour bénir son vieux compagnon d'armes. Il lui accorda l'objet de sa demande, et l'investit du droit inamovible de propriété sur la colline dHébion, la Cariatli-Arbé des Chananéens, ainsi nommée par eux en souvenir d'Arbé, père d'Enac, chef de la tribu des Enacim, qui y fut enseveli *. » Premier par- j^q Cette conccssion exceptionnelle déterminait d'avance la si- "''tHbu '* tuation géographique que devait occuper la tribu de Juda dans le «•Jada. partage définitif de la Terre promise. La première en dignité, depuis le testament de Jacob, elle n'avait point cessé de l'être en grandeur, en courage et en influence. Caleb, dans sa vigoureuse vieillesse, représentait noblement le lion prophétique de Juda. Celte tribu fut donc la première à recevoir le prix de la conquête, et riiistorien, en constatant cette nouvelle preuve de prééminence, est forcé d'avouer que les faits s'accordent fort mal avec la thèse de M. Salvador, qui ne voit « qu'une extension macibptable et un » réel abus ^ » dans la prépondérance du nom de Juda. Un vaste territoire, coupé sur la frontière méridionale de la Terre promise, entre l'Egypte et l'idumée au sud, la mer iMorte à l'est, remontant jusqu'à l'embouchure du Jourdain, et de là traversant, par une ligne droite, toute la largeur de la Palestine, jusqu'à Jérusalem au centre, et jusqu'à la ville maritime de Jamnia, sur la Méditerranée, fut assigné provisoirement à la tribu patriarcale ^. Les sujets ^>^ •«

* Josue, i.ap. XIV, 6 ad ultira. — * .1. Salvador., Imtil. de Mohe, torn. !,pag. 42. Voir l'élraiii-'e a^.^crliou <lu publicisle hébreu, déjà réfutée précédem* ment, au l"-""^ vol. de celle Histoire, jiag. 520.

'Nous verrons plus tnrd eoimnent ce premier partage fut restreint par rétablissement ultérieur des tribus ds Siiuéca et de Dan, sur le territoire concédé d'abord à celle de Juda.

des Pharaons pouvaient ainsi, des plaines de Gessen, où les Hébreux avaient été si longtemps leurs esclaves, contempler la gloire et la puissance du fils aine de Jacob. Cette investiture,, qui comprenait le quart de tout le pays de Chanaan, était d'ailleurs, au point de vue politique, un clief-d'œuvre d'habileté. La possession ainsi déterminée était encore, sur beaucoup de points, pm^ement nominale. Les Philistins, isolés par la victoire de Gabaon, et séparés des Hévéens et des Raphaïm leurs alliés, conservaient cependant en réahté tout le littoral de la Méditerranée. Dans l'intérieur du pays, les grands centres de résistance avaient été domptés, mais il restait une infinité de forteresses de second ordre, comme celle de Cariath-Arbé , au pouvoir des ennemis. La guerre de détails allait succéder à la grande guerre. Josué le comprit : les forces, jusque-là concentrées dans sa main, devaient maintenant se répartir, sous le commandement de quelques tribus belliqueuses, pour achever, dans une multitude de petites expéditions partielles, la soumission complète du territoire. Le partage définitif ne pouvait avoir heu qu'après cette opération préliminaire.

SO. La mesure adoptée pour la frontière méridionale le fut éga- Partage de ta

^ ^ ^ tribu d'Eph-

lement pour le centre du pays de Chanaan, où les résistances iso- raîmetdei»

^ ^ ^ ^ "^ ' , demi-tribad»

lées étaient les plus nombreuses. La tribu d'Ephraïm, d'où Josué Mana»»*. tirait lui-même son origine, et la demi-tribu de Manassé, furent superposées l'une à l'autre dans toute la largeur du territoire, formant un parallélogramme dont les quatre angles étaient déterminés par l'embouchure du Jourdain et la ville de Bethsam, à l'orient, et par les cités maritimes de Jamnia et de Dor, sur la Méditerranée, à l'occident. Il n'entrait, dans le partage donné à Éphraïm, aucun sentiment de préférence particuhère, car ce lot était bien plus une conquête à faire qu'un domaine à occuper. Aussi, quelques jours après, les hommes de cette tribu vinrent adresser leurs réclamations à Josué. « Pourquoi, lui dirent-ils, nous avez-vous ainsi traités? Nous sommes un peuple nombreux, et il ne nous est possible que d'occuper la montagne d'Éphron. Le reste est aux mains des ennemis ! — Vous êtes un peuple nombreux, répondit Josué, franchissez donc la ligne de vos forêts, taillez-vous de larges es-

78 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV*" ÉPOQUE. — ArE DE JOSUÉ (1605-1380).

l^accs aux dépens des Phérézéens et des Rapliaïm, et ne vous plaignez point de l'étroilesse de vos montagnes. — Mais, répondirent .'es fils de Joseph, il nous sera impossible de tenter cette conquête ;' les Chananéens de la plaine ont des chars armés de faulx avec lesquels ils renversent nos bataillons. Ds se tiennent ainsi sur la défense jusqu'à la ville de Bethsam et dans la plaine de Jezraël. »" Josué ranima leur courage : a Vous êtes un peuple aussi vaillant que nombreux, dit-il ù Ephraïm et h Manassé. Vous aurez bientôt agrandi votre territoire, en franchissant la montagne et en rejetant l'ennemi sur votre route pour vous faire place. Alors vous attaquerez sans crainte ces Chananéens avec leurs chars armés de faulx, dont vous vous exagérez en ce moment la valeur. » ConqnMede 51. La promcssc dc Josué se réalisa; toute la tribu de Manassé,

Caleb.

dont les deux territoires, en deçà et au-delà du Jourdain, étaient conligus, réunit ses troupes à celles de la tribu d'Ephraïm pour repousser l'ennemi commun, et vit promptement le succès couronner ces généreux eflbrts. Ceux des Chananéens qui préférèrent la soumission aux aventures d'une émigration lointaine, reçurent la permission de conseiTcr leur territoire à titre de tributaires. De son côté «Caleb, à la tête des guerriers de Juda, enleva à la pointç de l'épée la ville de Cariath-Arbé, contre les trois fils d'Enac : Sesaï, Ahimnn et Tholmaï. L'héroïque vieillard, traversant avec son armée victorieuse la forêt d'Kred, vint camper devant la ville chananéenne de Cariath-Sépher, la ville des Archives, nommée depuis Dabir. En présence de cette forteresse, il sentit qu'il fallait pour l'assaut une agilité que les ans lui refusaient. Il fit appel à l'ardeur d'une génération plus vigoureuse, et publia cette proclamation : Le guerrier qui triomphera de Cariath-Sépher, et réussira à s'en rendre maître, recevra de ma main Axa, ma fille, pour épouse ! » Othgniel, neveu de Caleb et fils de Cénez, son jeune frère, fut l'heureux vainqueur. Selon l;i promesse de son oncle, il obtint la main de sa cousine, à laquelle on assigna pour dot la partie supérieure du territoire conquis par le jeune héros. Axa, devenue l'épouse d'Othoniel, se promenait un jour à côté de son père. Elle était montée sur un de ces ânes de l'Orient, dont M. L. de Laborde

nous fait une si gracieuse peinture; chemin faisant, la jeune femme soupirait. « Qu'avez-vous ? lui demanda Caleb. — Pardonnez-moi, mon père, et ne me refusez pas votre bénédiction. Vous nous avez donné mie campagne desséchée sur le versant septentrional de la montagne. Ajoutez-y un terrain fertile arrosé par les ruisseaux du vallon. — Caleb exauça cette prière, que, dans son respect pour le vieillard, Otlioniel n'avait pas osé lui adresser lui-même, et qu'il avait préféré mettre sur les lèvres de sa jeune épouse. C'est ainsi qu'Othoniel fut mis en possession de la plaine fertile arrosée par mi cours d'eau, dans la vallée de Carialb-Sépher *. »

52. « Quand le pays leur fut ainsi soumis, tous les fds d'Israël, ^jf^gg''* g,'}^' quittant les plaines de Galgala, vinrent se réunir à Silo; là ils fixe- ^ft-J^^^terrirentle Tabernacle d'alliance 2. » C'était tout à la fois, selon la belle SentSi» remarque de Bossuet, placer à jamais la Terre promise sous la douze tribwi. protection du Dieu qui l'avait donnée à son peuple, et «mettre » Dieu lui-même en possession de cette terre, et de tout le peuple » dont il était le vrai roi 3. » Le temps était venu de procéder au partage définitif du sol chananéen. a Choisissez, dit le chef hébreu, trois hommes de chacune des tribus qui n'ont point encore reçu leur héritage. Je leur donnerai la mission de parcourir le pays; ils en feront la description complète , désigneront les lots de territoire, proportionnellement à la population de leur tribu, et me remettront leur travail quand ils l'auront achevé *. — Les délégués furent choisis, et vinrent recevoir les instructions de Josué avant leur départ. — Allez, leur dit-il, parcourez tout le territoire, et décrivez-le exactement. Vous reviendrez ensuite me rendre compte

* Josue, cap. xv, 13-19. — ^ Josue, cap. xviii, 1. — 3 Politique tirée de l'Ecriiure, liv. VU, art. V, l'^ proposition. ,

* Nous avons ici la plus ancienne mention d'un relevé géog'faphique de contrée. De quelle nature fut le travail des envoyés hébreux ? Peut-être des lignes de démarcation sur des tablettes, où le plan topograpbique de la Terre promise était sommairement tracé ; peut-être une simple éuumération des villes comprises dans chaque lot, avec l'indication exacte des cours d'eau, des chaînes de montagnes, ou des accidents de terrain qui devaient former la délimitation. En tout cas, la précision de ce travail est attestée par la répartition qui eu fut le résultat et qui subsista dans toute la suite de l'histoire juive.

80 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — IV' ÉPOQUE. — ÈRE DE JOSUÉ (lGOo-1580).

do ce travail; et ici-méme, en présence du Seigneur, je tirerai au ^ort les lots de chaque tribu. — Les envojés accomplirent fidèlement leur mission. A leur retour au camp de Silo, en présence de tout Ic'*peuple d'Israël, les lots furent remis à la désignation du Seigneur par la voie du sort. » La première tribu appelée par le sort fut celle de Benjamin. Elle reçut le territoire situé au nor.d de la tribu de JuJa, limité par la mer Morte à l'est, jusqu'à la ville d« Jéricho au septentrion, et s'étendant en largeur jusqu'au désert de Bethaven et à la ville de Luza, ses deux limites opposées à l'ouest. Jérusalem se trouvait précisément sur la ligne méridionale de la frontière de Benjamin. Une moitié de la ville appartenait à Juda, l'autre à Benjamin. Ce n'était pas trop du concours simultané de ces deux puissantes tribus pour repousser les incursions des Jébuséens, qui occupaient encore la forteresse placée au sommet de ^a montagne de Sion, et qui devait résister jusqu'à.l'époque de Davi.l à tous les efforts des Hébreux.

Les fils de Siméon, dont Jacob avait prédit qu'ils « seraient répartis au milieu de leurs frères * » furent en effet désignés par le sort pour recevoir un territoire situé « au milieu des possessions des fils de Juda ^. » Dix-sept villes, dont les plus importantes étaien» Bersabée et Siceleg, avec les champs et villages environnants, leui étaient assignés, sur la frontière occidentale de Juda, dont le territoire, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avait été déterminé d'abord sur des proportions trop vastes pour que la population de cette seule tribu l'occupât tout entier. « C'est ainsi que les enfants de Siméon reçurent leur partage au milieu de l'héritage de Juda ^. »

La tribu de Zabulon fut appelée la troisième. Le territoire que lui désigna le sort était coupé dans la largeur de la Palestine, entre le lac de Génésareth à l'orient, et les versants du Carmel, au bord de la Méditerranée, à l'occident. Nazareth, Cana et le Thabor, com- ^)i is dans cet héritage, devaient être illustrés par la retraite, le pre» micr miracle et la transfiguration du Fils de Dieu.

Issachar, dont le nom vint ensuite, eut son héritage au midi de

» Gènes., cap. lui, 7. — * Josue, cap. xix, 1. — * Ibid., 9,

îabulon, et parallèlement enclavé entre ce dernier et la demi- . U'ibu de Manassé, dont nous avons noté plus haut l'établissement Ji l'ouest du Jourdoin. Jezraël et Naïm, célèbres l'une nar l'innoîence opprimée de Nabotb et le supplice de l'orgueilleuse Jézabel; l'autre par les larmes d'une mère, miraculeusement séchées sous la main du Réderapleur, faisaient partie du domaine d'Issachar.

Aser et Nepbtali qui furent nommés successivement furent superposés au nord de Zabulon, dans la partie la plus septentrionale de la Palestine. Leur territoire, au lieu d'être coupé en largeur dans le plan de la Terre sainte , comme celui des tribus centrales, fut partagé en longueur; en sorte que le littoral de la Méditerranée, depuis le pied du Carmel au midi jusqu'à la hauteur de la ville de Tyr, devint la possession de la tribu d'Aser. Une ligne formée par la chaîne des montagnes centrales lui servit de limite à l'Orient. Nephtali s'étendit parallèlement entre ces montagnes et le cours du Jourdain jusqu'à la naissance de l'Anti-Liban, appuyé à l'est sur la demi-Uibu de Manassé écablie par Moïse au-delà du Jourdain, à l'ouest sur la tribu d'Aser*. Les deux routes, ouvertes sur la Syrie au Nord, et l'Egypte au midi, se trouvaient ainsi défendues par une accumulation de tribus massées à leur ouverture. Aser, Neplitali et Manassé gardaient la terre d'Israël contre les invasions futures de la Babylonie; Juda, Ruben, Siméon et Dan avaient la même mission contre les tentatives des Pharaons.

Dan, la septième tribu désignée par le sort, reçut en effet son apanage dans la portion surabondante de Juda, au nord de Siméon , et s'échelonna comme une barrière formidable sur le flanc des PhiUstins, qui se trouvaient ainsi resserrés sur une étroite étendue de côtes, au bord de la Méditerranée, par une ceinture de guerriers hébreux ^.

53. Telle fut la disposition des douze tribus au sein de la patrie rartaee da»

^ , LéTites.

conquise. Les tils de Lévi, séparés pour le ministère des autels, ne Villes da furent point compris dans la répartition générale. C'était l'ordre Paîtageda»

familles d'H(>

positif du Seigneur. Quarante-huit villes, prélevées sur tout len- bub.fibOt

« Josue, cap. xix, 24-39. — « Jbid., 39-47.

82 HISTOIRE DE L'ÊGUSÏ. — IV' EPOQUE. — ÈRE DE JOSrÉ (1605-1580).

Spthroetde Semble des tribus furent désignées par le sort comme le domaine crinanèenne dcs Lévites *. Six d'entre elles : Céder, Sichem et Hébron en deçà du Jourdain; Bosor, Ramoth-Galaad et Gaulou au-delà furent déclarées villes de refuge *, et l'institution mosaïque reçut ainsi son entier accomplissement. Rien ne fut omis des prescriptions formulées par la loi. La famille d'Hobab, fils de Jelhro, le guide fidèle qui avait supporté avec le peuple les fatigues et les privations du désert, ne fut pas oubliée. Elle avait été établie provisoirement dans la fertile vallée de Jéricho, la ville des Palmes ^. Rahab, la femme dévouée qui avait accueilli les envoyés de Josué, avait pris rang parmi son peuple d'adoption. Epouse de Salmon, prince de la tribu de Juda, son nom devait revivre dans l'avenir, et figurer dans la généalogie humaine du véritable Josué, le Christ, fils du Dieu vivant*. Un seul nom avait été omis dans le partage; ce nom avait pourtant toujours figuré le premier à la tète des armées d'Israël; mais Josué l'oublia à l'heure de la récompense, car c'était le sien. Le peuple reconnaissant y songea pour lui, « Quand le partage de toutes les tribus par la voie du sort fut terminé, les enfants d'Israël prièrent Josué, fils de Nun, de vouloir bien se choisir luimême un domaine parmi eux. C'était d'ailleurs l'ordre du Seigneur qui s'appliquait à lui comme à Caleb. Josué fixa donc son choix parmi les possessions d'Ephraïm, sa tribu natale. Il demanda qu'on lui cédût la petite cité chananéenne de Tamnath-Saré, à l'est d'Ephron, sur la montagne. Il y construisit une ville considérable et y fixa sa demeure ^. »

/osné reoToie 54. Cependant l'illustre vieillard « avait réuni les fils de Ruben, tfrritoire au- de Gad et la demi-tribu de Manassé , qui avaient partagé jusque-là Jourdain les les futigucs de la guerre : Vous avez, leur dit-il, fidèlement ac-

BTucrriors t\Q

Tiiiben, Gm<i compli l'ordrc que vous donna Moïse, le grand serviteur de Dieu, et vous m'avez obéi avec une docilité parfaite. Vous n'avez point abandonné vos frères parmi tant de combats, et vous vous êtes souvenu de vos promesses. Aujourd'hui le Seigneur notre Dieu a

» Josue, cap. xxi. — ' Ibid., cap. XX,— » Judic.j cap. i, 18. — * Matth., cap. I, B. — » Josue, cap. xix, 49, 50,

donné à vos frères le repos et la paix; retournez donc dans vos lentes au pays dont Moïse vous a mis en possession au-delà du Jourdain. Mais écoutez, je vous prie, ma recommandation suprême. Gardez attentivement dans votre mémoire, et pratiquez toujours la loi que Moïse vous a donnée. Aimez le Seigneur votre Dieu, marchez dans toutes ses voies, observez ses préceptes. Attachez-vous à lui, et servez-le de tout votre cœur et de toute votre âme. — S'adressant ensuite aux guerriers de la demi-tribu de Manassé : Vous retournerez, leur dit-il, chargés de butin, dans un pays où vos familles sont déjà fixées, depuis longtemps, au sein de l'abondance ; partagez donc avec vos frères récemment établis de ce côté du Jourdain, et pauvres encore, l'argent et l'or, 1 airain, le fer, et les riches étofi'es que vous avez conquises sur l'ennemi. — Il les bénit alors, leur adressa ses vœux de prospérité et les renvoya dans leur patrie *. »

53. 11 y a des larmes dissimulées sous la simplicité auguste de ^'^f"a"S'é^ ce récit, on le sent, mais on ne le lit pas, et c'est là précisément ce ^|rofs^"bSr qui donne au pathétique de la Bible un caractère particulier et *"jj,^rda?n!'" saisissant d'émotion. Si le chef voyait avec attendrissement s'éloi- J^t°ona{°pr^ gner de lui des guerriers qu'il avait conduits pendant cinquante Je°?e'coD8ans à la victoire, et dont la séparation lui rappelait les jours écou- truction. lés de sa glorieuse jeunesse, les soldats eux-mêmes quittaient à regret le héros dont ils étaient fiers, le successeur de Moïse, l'élu de Jéhovah. « Arrivés aux tumulus dressés sur la rive occidentale du Jourdain, sur le point de franchir le fleuve, et de perdre de vue une terre où ils laissaient tant de souvenirs, ils voulurent y dresser un monument impérissable de leur fraternel amour, et construisirent au bord du fleuve « un autel d'une dimension colossale, » mfinitœ magniludinis. Cet incident, mal interprété par la rumeur publique, devint bientôt le sujet de la plus unanime et de la plus magnifique démonstration d'attachement national aux institutions mosaïques qui se soit jamais produite en Israël. Ceux qui prétendent que l'organisation de Moïse demeuira incoaaue et inefficace jusqu'à

* Josue, cas>. sxu, 1-9.

84 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — lY* ÉPOQUE. — ÈRE DE JOSUÉ (lG0o-lo80).

Samuel, feront bien de méditer le fait suivant. Nous le reproduisons dans son intégrité, tel que le Livre saint le rapporte. «En apprenant par des récits fidèles la construction d'un autel sur la rive du Jourdain, les tribus d'Israël se levèrent en armes, et réunies autour du Tabernacle à Silo, se tinrent prêtes à marcher contre Ruben, Gad et la domi-tribu de Manassé, qui venaient de rompre l'unité du culte national et d'ériger, au mépris du précepte divin, un autel sacrilège au Seigneur. Tel était du moins la signification qu'on prêtait à ce monument. Avant de recourir au sort des armes, on convint pourtant d'envoyer une dépulation aux prétendus coupables. Phinées, le fils du grand-prêtre Eléazar, fut choisi avec dix autres princes, un par chaque tribu, pour ce message solennel. Arrivés en présence des tribus de Ruben, de Gad et de Manassé, Phinées parla en ces termes : Voici les paroles que tout le peuple de Dieu vous adresse par notre bouche : Quel crime venez-vous de commettre? Pourquoi avez-vous trahi Jéhovah, le Dieu d'Israël, en élevant un autel sacrilège, et en vous séparant du culte qu'il a établi? Etait-ce trop peu pour vous de vous être souillés dans les honteuses prévarications de Beelphegor, dont la tache impure reste incore sur nous comme un remords, et dont la vengeance fut si terrible? "Voilà qu'aujourd'hui vous renouvelez la même apostasie, et demain la colère du Seigneur va s'allumer contre la nation entière. Si vous trouvez que vos contrées au-delà du Jourdain sont ,^f^ éloignées du Tabernacle de la sainteté et de l'alliance , revenez au milieu de nous, nous ouvrirons nos rangs pour vous oflrir des demeures, et nous serrer tous ensemble autour de l'Arche de Jéhovah! Seulement ne trahissez pas votre Dieu, ne vous bannissez pas de notre communion, n'élevez point un autel qui est une Insulte permanente à la majesté de l'autel unique du Seigneur. Ne vous souvient-il plus du crime d'Achan, fils de Zaré, et de la punition qui atteignit, à cause de lui, tout le peuple d'Israël? Or, Achan était le seul coupable, et plût à Dieu qu'il eût été la seule victime! — Les fils de Ruben, de Gad et de Manassé, émus de ces reproches, s'écrièrent unanimement: Que Jébovah, le Dieu puissant, notre Seigneur et unique Souverain, lui qui voit le fond de nos

cœurs, soit notre juge, et manifeste notre innocence au milieu de tout le peuple d'Israël ! Si noua avons eu un seul instant ces pensées, en élevant l'autel sur le bord du Jourdain, que la protection divine cesse de nous couvrir : nous nous vouons dès maintenant ù toute la colère du Ciel ! Oui, si nous avons songé à venir jamais offrir des holocaustes ou des sacrifices, et immoler des victimes pacifiques sur cet autel, que Dieu nous traite dans toute la rigueur de ses justes jugements. Mais telle ne fut point notre pensée. Nous nous sommes dit que demain peut-être vos fils diront aux nôtres : Qu'y a-t-il de commun entre vous et Jéhovah, le Dieu d'Israël? Fils de Ruben et de Gad, le Jourdain est une barrière que le Seigneur a mise entre votre race et la nôtre. Vous n'avez point de part à l'héritage de Jéhovah. Et ainsi vos fils détourneront les nôtres de la crainte du Seigneur. Pour prévenir un tel malheur : Construisons un autel, avons-nous dit, non pour y offrir des holocaustes et immoler des victimes, mais pour attester notre fraternité entre vous et nous, votre descendance et la nôtre; pour apprendre aux siècles à venir que nous aussi nous sommes du grand peuple de Jéhovah, que nous avons le droit d'immoler nos holocaustes, nos victimes et nos hosties pacifiques devant TArche d'alliance; enfin pour que jamais vos fils ne puissent dire à nos fils : Allez ! vous n'êtes point de la nation de Jéhovah! Si jamais cette parole était prononcée, nos fils répondraient à vos fils : Voici le monument élevé par nos pères en témoignage de l'unité de race; voici cet autel que n'arrosa jamais le sang d'une victime. Ah! loin de nous la pensée de ce crime, l'intention de violer la loi de Dieu, d'enfreindre ses préceptes, et d'offrir un sacrifice ailleurs que sur l'autel unique de Jéhovah, au pied de l'Arche d'alliance ! — Le prêtre Phinées et les autres députés accueillirent avec une joie indicible ces paroles de fidélité et de fraternel attachement : Nous savons maintenant, dirent-ils, que la miséricorde de Dieu ne s'est point retirée de vous, que vous êtes restés dévoués au Seigneur, et que la colère de Jéhovah n'aura point à sévir contre son peuple. — Ils 8'empressèrent de porter cette heureuse nouvelle à la nation rassemblée à Silo. Des transports d'enthousiasme éclatèrent à leur

86 HISTOlRi: DE l'église. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE JOSUÉ (i60o-lo80).

récit, et de solennelles actions de grâces furent rendues au Seigneur. Dès lors les fils de Ruben, de Gad et de Manassé donnèrent au monument du Jourdain un nom qui consacrait ce grand souvenir, ils l'appelèreiît î'autel du -Témoignage qui attestera que Jéhovah est notre Dieu '. » Tel était ce peuple juif! Telle était sa fidélité à l'institution mosaïque, qu'il l'inscrivait ainsi sur des monuments impérissables ! Prévoyait-il l'incrédulité moderne, et entendait-il trente siècles à l'avance, les paroles de M. Renan : a On ne trouve pas da » trace de l'organisation mosaïque à l'époque des Juges, ni même » au temps de David et de Salomon. La gloire de Moïse subit en )) Israël une longue éclipse, et le vieux fondateur ne sortit de son » tombeau, avec l'éclat extraordinaire qui entoure son front, qu'un » ou deux siècles avant la diute du royaume de Juda*. » Dernières 5(3. Josoc jouit eucore plusieurs années du fruit de ses victoires ie josué aui et de la paix qu'Israël goûtait dans sa fidélité au Sei^rneur. Il sentit

princes et aux x x o o

«hefs des enfin ses forces décliner et voulut une dernière fois épancber son

tribus. -^

cœur dans un entretien suprême, au milieu d'une assemblée solennelle de tout le peuple. Le lieu de la réunion générale fut indiqué à Sichem, oîi le souvenir de l'alliance était encore \àvant. Avant de s'y rendre, Josué convoqua près de lui, à Tamnath-Suré, tous

* Josue, cap. xxii, 11 ad ultim

» Nous demaudons pardon au lecteur de placer une seconde fois sous ses yeux ce paradoxe dont le succès, près des esprits sérieux et iiupartiaux, ne saurait être douteux. Mais à une époque aussi légère que lu nôtre, une formule paradoxale, quelle que soit sa réelle absurdité, a chance de faire son chemin. Dupais que M. Renan a eu l'honneur de traduire eu français ce rêve allemand de M. liwald, toute l'école protestante avancée a répété avec enthou- Biasuie le nouvel axiome. Demain, peut-être, on le lira dans les petits abrégés d'histoire sainte destinés aux enfants des écoles. En attendant, l'admiration sur parole se propage par tous les échos de la publicité, et une fou'e d'écrivains qui n'avaient jamais ouvert une Bible, se sentent le besoin d'exprimer la profonde pitié que leur inspire l'ignorance des siècles précédents, qui lisaient la BibJe^saus en comprendre un mot. L'article intitulé MosdUme, dans la Bévue G^tunnique, par.M Michel Nicolas, et publié depuis en 1 vol. iu-8°, sou» le titre de Etudes critiques sur la Bible (Paris, Michel Lévy, 1862), est intéressant à étudier à ce point de vue. Le paradoxe primitif y est délayé avec un» adujirable complaisance et des efforts d'imagination digues d'une meilleur© cause. Nous aurons l'occasion d'y revenir-

les princes et les chefs des tribus : « Je suis vieux, leur dit-il, et mes jours touchent à leur terme. Vous voyez ce qu'a fait pour vous le Seigneur votre Dieu; il a combattu lui-même pour votre cause, il vous a partagé le sol de Chanaan, depuis les contrées orientales du Jourdain jusqu'à la grande mer. Il reste encore autour de vous des peuplades ennemies; le Seigneur les chassera de même, pourvu que vous demeuriez fermes et vigilants, pourvu que vous accomplissiez chacun des préceptes qui sont inscrits au livre de la loi de Moïse, et que vous ne vous en écartiez ni à gauche ni à droite *. Gardez-vous de la corruption des races étrangères qui sont au milieu de vous; ne vous laissez point entraîner à invoquer le nom de leurs dieux et à leur rendre un culte et des adorations sacrilèges. Demeurez attachés à Jéhovah, le Seigneur, comme vous l'avez été jusqu'à ce jour. A cette condition. Dieu fera disparaître devant vous ces peuples puissants et forts. Un seul d'entre vous suffira pour en mettre mille d'entre eux en fuite, parce que Jéhovah combattra pour vous. Aujourd'hui que je vais entrer dans la voie de toute chair, écoutez mes dernières paroles. Vous reconnaissez que toutes les promesses du Seigneur ont été ponctuellement accomplies; or, de même que tous les succès et toutes les prospérités vous sont venus, de même tous les maux dont il vous a menacés s'accumuleront sur vous, jusqu'à ce qu'enfin il vous arrache de cette terre de bénédiction qu'il vous a livrée, parce que vous aurez violé son alliance, méprisé sa loi et servi des dieux étrangers *, » Le regard mourant de Josué apercevait-il, dans le lointain des âges, comme autrefois Moïse, la ruine de Jérusalem, le triomphe des Romains et la dispersion des Juifs sur tous les points de l'univers?

57. L'assemblée de Sichem fut plus imposante encore. Tout Adieuxsoiev.

^ ^ nelsdeJosu*

Israël venait y saluer une dernière fois le héros expirant. D'une au peuple voix que la volonté rendait forte malgré la défaillance de l'âge, àSiohem. Josué parla ainsi : a Voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Israël : Vos pères habitaient par delà l'Euphrate, c'est là que vécurent

1 Estoie sollititi ut custodiatis cuncta qua scripta sunt in volumine legis Moysi, et non declinetis ab eis neque ad dexteram neque ad sinistram {Jos., cap. XXlll, 6). — * Josue, ibid., i ad ultim.

88 HISTOIRE DE l'ÉGUSE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE JOSUÉ (1605-1580).

Nachor et Tharé, père d'Abraham; ils servaient des dieux étrangers. Je choisis voire père Abraham, je l'ai fait sortir de la Mésopotamie et l'amenai sur cette terre de Chynaan, où j'ai multiplié sa race. Je lui donnai Isaac pour fils. A celui-ci jo donnai Jacob et Esaû. Esaii reçut de ma main la montagne de Séir pour héritage; Jacob et ses fils descendirent en Egypte. Le temps vint, et j'en-voyai Moïse et Aaron; ils frappèrent de la verge miraculeuse et de pro(^ges sans nombre le sol égyptien, où vos pères et vous , vous étiez esclaves. J'ai brisé vos chaînes, et vous êtes venus sur les rivages de la mer Rouge. L'Egyptien vous y poursuivit avec sa cavalerie et ses chars: j'ai couvert votre retraite par une nuée ténébreuse, et j'ai englouti l'Egyptien sous les flots. Vous avez contemplé de vos yeux ces merveilles de la terre d Egypte ! La solitude vous a vus errants quarante années ; alors je vous ai introduits au pays des Amorrhéens, sur l'autre rive du Jourdain. Ils prirent les armes contre vous, mais je les ai remis entre vos mains; vous avez occupé leur territoire et exterminé leurs bataillons. Le roi de Moab, Balac, lils de Séphor, s'est levé ensuite contre Israël. 11 manda Balanra, le fils de Béor, pour vous charger de malédictions. J'ai fermé la bouche de Balaam aux malédictions; elle s'est ouverte malgré lui pour vous bénir, et j'ai renversé le roi de Moab sous vos pas. Vous avez franchi le Jourdain et vous vîntes à Jéricho. Les guerriers de cette cité voulaient comljattre : l'Amorrhéen, le Phérésécn, le Chananéen, IHéthéen, le Gergéséen, l'Hévéen et le Jébuséen se levèrent tous; je les ai livrés en vos mains; j'ai envoyé contre eux des fléaux destructeurs; ils ont abandonné leur territoire : deux rois amorrhéens ont émigré ainsi avec leurs peuples; ni votre arc ni votre glaive ne firent rien pour cette victoire. C'est ainsi que je vous ai établis dans une terre que vos bras n'avaient point cultivée, dans des cités que vous n'aviez point bâties, dans des campagnes couvertes de vignes et d'oliviers que vous n'aviez pas plantés. Maintenant donc, peuple disraël, craignez Jéhovah le Seigneur, seivcz-le dans la perfection d'un cœur reconnaissant et sincère. Arrière les idoles qu'ont adorées vos pères en Mésopotamie et en Egypte! Servez le Seigneur, et n'adorez que

lui. Mais pourtant, si le joug de la reconnaissance vous paraît trop lourd, s'il vous pèse comme une calamité, vous êtes libres. Le choix vous est laissé. Optez donc aujourd'hui pour le Maître qui vous agrée. Voyez si vous voulez servir les dieux de la Mésopoïamie qu'adoraient vos pères, ou ceux des Amorrhéens au milieu desquels vous habitez! Quant à Josué et à sa moison, ils serviront Jéhovah le Seigneur! — Une immense acclamation s'élança des rangs pressés de la multitude, pour répondre à ces paroles du héros. Abandonner Jéhovah le Seigneur! criaient toutes les voix, jamais! jamais! Servir des dieux étrangers, jamais! jamais! C'est Jéhovah qui a brisé nos fers en Egypte ; c'est lui qui nous a tirés de la maison de servitude; c'est lui qui a accompli les prodiges inouis que nous avons vus de nos yeux; c'est lui qui nous a gardés dans les périls de la route, parmi tant de peuples ennemis que nous avons traversés; c'est lui qui a chassé devant nous les races chananéennes et fait émigrer l'Amorrhéen dont nous possédons maintenant le sol. C'est Jéhovah! nous ne servirons que lui! Il est notre Seigneur et notre Dieu! — Quand celle explosion du sentiment national se fut apaisée et que le silenoie fut rétabli, Josué reprit la parole : Vous ne pourrez pas, dit-il, supporter le joug de Jéhovah. Il est le Dieu de la sainteté, le Dieu fort, le Dieu jaloux. Rien d'impur n'échappe à son regard; il châtierait trop sévèrement vos révoltes et vos crimes, s'il vous arrivait d'abandonner son culte et de servir des dieux étrangers; il oublierait, dans sa justice terrible, tous les biens dont il vous a comblés pour vous briser sans retour. — Non! non! ne parlez plus ainsi! s'écria le peuple consterné. Ne dites pas de telles paroles. Nous servirons Jéhovah! Nous le servirons toujours! — Soyez donc tous témoins, dit alors Josué, que vous avez choisi vous-mêmes, librement, de votre plein gré, Jéhovah pour votre unique Seigneur et pour votre Dieu. — Oui! nous en sommes témoins! cria tout le peuple d'un concert unanime. — Et maintenant, ajouta l'illustre vieillard, ar' lière toutes les idoles impures et tous les dieux étrangers I Incline» \on volontés et vos cœurs sous le joug de Jéhovah le Dieu d'Israëlc — Oui! nous servirons le Seigneur! Oui! nous observerons tous

Eléazar.

90 HISTOIRE DE L'ÉGUSE. — IV" Èif

les préceptes de la loi, répéta l'assemblée. — Ce jour-là donc, Josué renouvela l'alliance d'Israël avec son Dieu; il fit lire dans la vallée de Sichcm tous les commandements et les prescriptions du Seigneur. Il écrivit lui-même au livre de la loi toutes les paroles de ce pacte solennel. En présence de la multitude, il fit ériger une pierre monumentale au pied du cliéne de Sichem, sous lequelautrefois Abraham avait enfoui les théraphim apportés de la Mésopotamie *. Cette pierre sera le monument du témoignage, dit-il. Elle a entendu vos serments et protestera contre vous, si jamais vous aviez le malheur de les enfreindi'e et de mentir au Seigneur votre Dieu ! — L'héroïque vieillard congédia ensuite l'assemblée, et renvoya chaque tribu sur la terre de son héritage *. » ée^îoLé. S8. Les âmes élevées, qui cherchent dans l'histoire les nobles

Vitr'iarcife" inspirations et les grands spectacles, comprendront la sublimité du "siXm^ récit que nous venons de traduire. Pas un sentiment personnel,

nwTprHve P^^ ^^^^ retour sur un passé si glorieux ne sort des lèvres de Josué. Sa dernière parole est pour son Dieu : Jéhovah a le suprême effort de sa voix expirante, comme il avait eu pendant soixante ans toutes les aspirations de ce cœur héroïque. Le guerrier, l'administrateur, le conquérant, le père de la patrie s'effacent devant la majesté du Dieu souverain, seul grand, seul puissant, seul immortel. Nous avons étudié l'antiquité profane; elle eut, dans la mesure de ses forces, de grands caractères. Aucun n'approche de celui-ci. Epaminondas mourant fait un appel rétrospectif à sa gloire; il a eu tous les désintéressements excepté celui de sa propre mémoire. Josué n'a su toute sa vie que l'amour de son Dieu, et ne travaille qu'à se faire oublier soi-même pour reporter à Jéhovah l'atlection dont il est personnellement entouré, a Après le serment de Sichem, Josué, fils de Nun, le sei"vileur de Dieu, mourut à l'âge de cent dix ans. Les enfants d'Israël lui donnèrent la sépulture à îamnath-Saré, sur U montagne d'Ephraïm, au versant septentrional du mont Gaas. fls transportèrent alors à Sichem les ossements du patriarche Joseph,

< Voir le commentaire de Mafia sur le verset 27 du xxiv* chap. de Josutf. • Joiue, rap. Iiiv, 1-28.

PARTAGE DE LA JOrZE TRIBUS. 9i

qu'ils avaient ramenés d'Egypte, et Tes déposèrent pieusement dans un sépulcre creusé au milieu du champ acheté par Jîicob aux fils d'Hémor, et dont le prix avait été de cent jeunes brebis. Le grand prêtre Eléazar, fîls d'Aaron, mourut à la même époque ; il reçut la sépulture à Gabaath, sur la montagne d'Ephraïm. dans la campagne qui avait été donnée à Phinées , son fils. Israël continua à servir le Seigneur avec la même fidélité qu'au temps de Josué, sous la direction des vieillards qu'il mit à sa tête, et qui avaient été témoins des prodiges opérés par Jéhovah en faveur de son peuple *. D Ainsi mourut le Josué des Hébreux, figure du Jésus de l'humanité, dont la mort devait sauver le monde. La terre promise à Israël s'ouvre devant i'épée du premier; le ciel promis à l'homme s'ouvre devant la croix du second. Josué et Joseph, le fils et le père, sont ensevelis en même temps. Le nom de Joseph sera éternellement attaché au nom de Jésus, dans celte alliance qui uniiH le ciel à la terre, le Testament de crainte au Testament d'amouFj l'homme à Dieu.

* Josue, cap. xxiv, 29 ad ultiis.

QUATRIÈME ÉPOQUE

< DE IVIOISE A ^lIiOMO]V (1935-1001).

tu SES JUGES (1580-1080).

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