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34 uisTOiEE LE l'Église. — iv' époque. — ère de josué (1605-1580). Circoncision 20. « Cependant, les rois Amorrhéens fixés sur l.i rive occiden-

éupeaplejuil '■

.oiis les murs taie du Jouidain, les chefs des tribus cliananéennes voisines de la

.leJénclio.

portée histo- grande mer (Méditerranée), en apprenant que le Seigneur avait losophique desséché le lit du fleuve sous les pas des fils d'Israël, furent saisis

de ce fait. '■

Première d'efFroi , et le bruit de l'approche des Hébreux plaçait leur cœur

Pâque en ' .

Judée. d'épouvante *. » Les redoutables vainqueurs, dont la renommée publiait tant de merveilles, n'étaient pourtant point en ce moment occupés de préparatifs belliqueux. C'est encore ici un trait de Fhisr toire juive qui n'offre rien d'analogue avec aucune autre histoire. Pendant que l'enthousiasme excité dans le camp par le prodige de la veille semblait devoir être utilisé pour quelque grand exploit militaire, Josué, au lieu de conduire ses guerriers à une victoire d'autant plus certaine que le trouble des ennemis était au comble, ne songe à rien de semblable. 11 inaugure la prise de possession du sol de la Terre promise par deux actes solennels de fidélité à la loi mosaïque et d'obéissance à Jéhovah, le souverain d'Israël. La génération nouvelle, élevée au désert, n'y avait point reçu la circoncision, ce signe sacramentel de l'alliance divine. Au milieu des périls et des vicissitudes de la route, dans la vaste solitude parcourue en tout sens, cette cérémonie avait dû subir une interruption forcée. Mais le jour où le peuple de Dieu a mis le pied sur la terre de Chanaan, il importe de sanctifier la nation choisie. Cependant tous les obstacles sont loin d'avoir disparu. La patrie n'est point conquise, et il semble qu'une politique purement humaine aurait cru plus sage de différer encore, et d'attendre le repos définitif qui suivra la victoire. Que dirait-on d'un conquérant, dont l'armée viendrait de fi'anchir la frontière d'un pays ennemi, et qui la réduirait pendant plusieurs jours à un état d'inaction, la livrant ainsi sans défense aux attaques de ses ennemis? Ce qu'aucun général n'eût fait, Dieu l'ordonne. Et, à nos yeux, cette conduite en opposition avec toutes les règles de la plus vulgaire prudeuce, est la preuve la plus directe et la plus immédiate du miracic qui venait de s'accomplir au passage du Jourdain. Il fallait en eûet que

* Josue, cnp. v, 1.

le peuple hébreu eût bien réellement vu la muraille amoncelée des eaux kii faire un rempart liquide, pendant qu'il traversait le lit desséché du fleuve, pour qu'il se soumît à une telle prescription, dans un pareil moment, en face des soldats chananéens et de la puissante ville de Jéricho , prête à descendre en armes dans la plaine. Il fallait que tout ce peuple comptât, sur la protection efficace dont il venait d'avoir la nouvelle preuve, et qu'il fût persuadé que la main divine dont les flots avaient respecté la puissance, saurait enchaîner les efforts et le bras des multitudes ennemies. L'attitude des fils d'Israël en cette circonstance serait inexplicable sans le précédent du miracle du Jourdain. « Tous reçurent donc la circoncision, par ordre de Josué; et ils demeurèrent ainsi, sans sortir des campements, jusqu'à l'entier accomplissement de la cérémonie légale. Dieu dit alors à Josué : Aujourd'hui j'ai effacé du milieu de vous Topprobre de la servitude égyptienne. — En souvenir de cet oracle du Seigneur, la plaine où ces choses se passaient reçut le nom de Galgala *.» Quarante et un ans s'étaient écoulés depuis la sortie dEgypte. On était au quatorzième jour du mois de Nisan. La Pâque fut célébrée suivant tous les rites prescrits par Moïse ; et pour la première fois cette fête, qui devait un jour consacrer le salut du monde, fit retentir de ses chants d'allégresse les échos du Jourdain. Les pains azymes que mangèrent les Hébreux, en souvenir du pain sans levain de Socoth, au premier jour de leur liberté, furent fabriqués avec le grain recueilU sur le sol de la Terre promise; a et la manne cessa dès lors de tomber sur le camp. A partir de ce jour, les fils d'Israël n'eurent plus cet aliment à leur disposition, et le sol sur lequel ils venaient de poser le pied fournit désormais à leur nourriture 2. »

21. « Le lendemain, Josué parcourait la plaine de Jéricho ; levant vigioa de les yeux, il aperçut debout, en face de lui, un inconnu ayant une lermur»' épée nue à la main. Le chef hébreu s'avança près de l'étranger : Qui es-tu? s'écria-t-il ; ami ou ennemi? — Je suis, répondit l'inconnu, un prince de la milice du Seigneur, et je viens à ton

* Josue, cap v, ?'). Galgala signifie Ablatio. — « Josue, cap. v, 12.

do Jéricho.

30 uiSTOiRE DE l'Église. — iv* époque. — ère de josué (1605-1580).

secours. — Josué se prosterna le visage contre terre, et dans cette attitude suppliante, il reprit : — Que mon Seigneur daigne me Communiquer sa volonté divine. — Détache la chaussure de tes pieds, car ce lieu est saint. — Josué s'empressa d'obéir à cet ordre. Or la ville de Jéricho apparaissait en ce moment aux deux interlocuteurs, avec ses murailles et ses tours soigneusement fermées. Nul n'osait y entrer ou en sortir, à la vue du camp d'Israël, dont la présence avait jeté l'alarme dans toute la contrée. Le Seigneur dit alors à Josué : Voici que j'ai livré en ton pouvoir Jéricho, son roi et ses vaillants guerriers. Rassemble sous les armes tous les soldats d'Israël, et fais à leur tête le tour de la ville. Pendant six jours, tu recommenceras cette promenade guerrière; le septième jour , les prêtres qui précéderont l'Arche auront à la main les sept trompettes employées pour le Jubilé; vous ferez sepi fois de suite, au son des trompettes, le tour de la ville; et à la dernière, lorsque les instruments réunis feront entendre un sou plus strident et plus prolongé, tout le peuple y répondra par une clameur universelle. En ce moment, les murailles de la cité s'écrouleront sur leurs fondements, et chaque soldat pénétrera dans Jéricho par la brèche ouverte devant lui. » Prise 22. Josué transmit cet ordre divin aux prêtres et à l'armée en-

tière. Durant six jours les fils d'Israël firent le tour des murailles : la presci'iption du chef fut observée avec le respect le plus religieux. — « Vous ne pousserez aucune clameur, avait dit Josué, on n'entendra pas une voix, pas une parole dans les rangs, jusqu'au jour où je vous dirai moi-même : Poussez d'unanimes acclamations. » Or, le septième jour, dès l'aurore, l'armée commença à faire le tour de Jéricho, dans les dispositions prescrites à l'avance. A la septième fuis, les prêtres sonnèrent de la trompette et Josué donna le signal : Criez tous ensemble, dit-il; carie Seigneur a livré cetlc villa entre vos mains. — La multitude joignit alors sa voix au bruit des trompettes, et à l'instant les murs s'écroulèrent dans toute leur étendue; chaque guerrier s'élança par la brèche ouverte devant lui, et les Hébreux se rendirent maîtres de la ville. L'anatbème solennel atait clé prononcé contre Jéricho, et tout ce qu'elle ren-

fermait de vivant fut passe' au fil de l'dpée. Cependant Josud avait dit aux deux Israélites chargés précédemment d'une mission exploratrice à Jéricho : Rendez-vous à la maison de votre hôtesse, faites-la sortir de la ville et mettez-la en sûreté avec sa famille et tout ce qui lui appartient, selon la promesse que vous en avez faite. — Ceux-ci pénétrèrent donc dans la demeure hospitalière; ils escortèrent Rahab, ses parents, ses frères, toute sa famille, leurs troupeaux et leurs biens, hors de la ville, dans une enceinte séparée du camp : le feu fut mis ensuite à Jéricho et la consuma tout entière. On ne réserva que l'or, l'argent et les vases d'airain et de fer qui furent consacrés au trésor du Seigneur. Josué admit alors au droit de nationahté Rahab et sa famille, en récompense du dévouement et de la fidélité dont cette courageuse étrangère avait fait preuve envers ses envoyés. Sur les ruines fumantes de la cité, le chef hébreu prononça celte imprécation : « Maudit soit devant la face du Seigneur, l'audacieux qui entreprendra de relever les murailles et les édifices de Jéricho. Que son fils premier né meure le jour même où il posera la première pierre de cet ouvrage impie; et qu'il perde le dernier de ses enfants le jour où il en poserait les portes*. Le Seigneur prouva ainsi qu'il était avec Josué, et le nom du chef hébreu acquit dans tout le pays une immense célébrité *. »

23. Il n'y a pas, on l'avouera, dans toute l'histoire de l'humanité, siienee de un second exemple d'une ville emportée d'assaut par des moyens ie'miracre''da aussi simples dans leur appareil et aussi puissants dans leur résultat, jrr^.' que ceux de Josué contre Jéricho. Le miracle ici est nettement formulé dans le texte biblique ; la critique moderne se retrouve encore

1 Sous la dominalioa impie d'Achab, un de ses grands officiers, Hiel de Bethel, au mépris de la parole de Josué, entreprit de relever Jéricho de ses ruines. La prophétie fut accomplie au pied de la lettre. Abiram, son premier né, mourut le jour où fut posée la première pierre; et Ségub, le dernier de ses enfants, expira le jour ou l'on dressait les portes de la nouvelle cité. In diebus ejus (Achab) œdificavit Hiel de Bethel, Jéricho : in Abiram primitivo suo fundavit earn; et in Segub novissimo suo posuit portas ejus, juxta vei^bum Do/ni li quod locutus fuerat in manu Josue, filii Nun (IV Reg., xvi, 31).

* Josue, cap. vi fere integrum.

38 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE JOSL'É (I 605-1380).

une fois en face-du surnaturel, dont elle est la nég tien systématique. Nous devons le dire, l'attitude semble eu celle circonstance plus parliculièremor.t embarrassée. M. Renan, dans son Etude sur Vhistoire du peuple d'Israël, reste complètement muet sur le rôle de Josué. « Les impénétrables ténèbres qui couvrent, » pour le savant a professeur, » le premier mouvement religieux dont Moïse fut » l'hiérophante et le héros », » s'étendent dans son système jusque « vers le temps d'Héh et de Samuel ( 1100 avant l'ère chrétienne), » époque où le sceau de rélection divine se marque tout à fait sur » Israël ^. » Pendant ce long intervalle de Moïse à Samuel (1723- 1100), c'est-à-dire pendant six cents ans, M. Renan n'a arien » trouvé, dit-il, qui désignât encore Israël comme un peuple pré- » destiné 3. » Il faut convenir que le résultat négatif de ses recherches, durant les siècles éclairés par le rayonnement de Moïse et par l'action de Josué, a de quoi surprendre étrangement les lecteurs. N'y aurait-il pas là un paiti pris de ne rien voir, dans la crainte de voir trop? Ce sont pourtant des faits assez considérables que les plaies d'Egypte, le passage de la mer Rouge, la loi du Sinaï, les merveilles du désert, le passage du Jourdain, la prise de Jéricho. Dissimuler tout cela sous la formule générale des « ténè- » bres impénétrables qui couvrent le premier mouvement religieux D d'Israël, » est-ce possible? Est-ce sérieux et vraisemblable? Eipiication 24. Jc préfère mille fois à une rélicence aussi inacceptable l'es- ■u"pSe^ sai d'explication naturaliste que M. Munk tente une fois de plus, à u.'MuJk.' propos du récit biblique. « Les croyants, dit-il, se sont obstinés à .) le prendre à la lettre, et les sceptiques ont cru devoir le tourner « en ridicule; mais il est emprunté sans doute à un antique poème. » Les uns ont supposé un tremblement de terre qui aurait fait B écrouler les murs de Jéricho; d'autres ont pensé que Josué » avait fait miner les murs, et que les promenades inoffonsives > avaient pour but de masquer les opérations. L'hypothèse la plus A probable me parait être celle d'uu assaut, auquel le son des R trompettes et le cri de guerre avaient servi de signal. Dans le

« Etudes dhiitoire religieuse, pag. 92. — « Ibid , pag. 94. — » Ibid.

1) langage poétique de la tradition, on a pu dire que les murs de » Jéricho s'écroulèrent au son retentissant des trompettes de » guerre •. » M. Munk, et nous l'en félicitons, ne recule pas devant le fait historique. ïï l'accepte dans son résultat, et il s'occupe Eculement, en critique rationaUste, à le dégager de tout alliage Burnaturel. Un tremblement de terre ne satisfait pas les exigences ilu moderne Hébreu. Ce serait en eflfet reculer d'un degré le miracle, sans le détruire. Qui jamais a commandé, sept jours à l'avance, et à heure fixe, un tremblement de terre? Une mine gigantesque, accomplie en sept jours par un travail souterrain tellement concerté, qu'au même instant tous les murs d'une ville s'écroulent à la fois, M. Munk ne songe plus à ce moyen qui dépasserait toutes les données de la poliorcétique ancienne et moderne, et qui serait aussi prodigieux au moins, que le récit même de Josué. Reste une suprême ressource , celle de ne voir, dans le passage dont nous nous occupons, qu'un fragment a de poème antique, » et d'attribuer à un assaut vigoureusement livré, au son des trompettes guerrières, l'écroulement des murailles de Jéricho. Malheureusement pour les rationalistes, cette dernière hypothèse ne supporte pas l'examen. Le récit biblique de la prise de Jéricho n'a aucunement le caractère poétique. Il est impossible d'y découvrir une expression, un seul membre de phrase qui n'appartienne au style de la prose la plus simple, au ton général de la narration la plus ordinaire. Tous les hébraïsants, tous les commentateurs ont étudié ce passage, nul n'y a rencontré les disjecti membra poetœ, qui serviraient si utilement ici le système de M. Munk. Voilà pourquoi précisément « tous les croyants se^sont obstinés à le prendre à la » lettre. » Cette obstination de tout le judaïsme antique nous semble Justifier pleinement la foi du catholicisme. Il n'y a là aucune trace de style poétique; la Bible est entre toutes les mains, nous avons reproduit son récit, tout en regrettant que M. Munk n'ait pas fait de même *. Chacun peut donc éclaircir ce point, et se former à CG

» M. Munk, Palestine, pag. 221.

« Nous ne saurions trop insister sur le procédé habituel des savants critiques dont nous sommes trop souvent forcés de combattre les doctrines.

40 HISTOIRE DE l'^GUSE. —IV* ÉPOQUE. —ÈRE DE JOSUÉ (160o-lo80).

sujet une conviv^don. Mais ce n'est là qu'une question préliminaire. L'hypothèse d'un assaut triomphant, par l'armée juive, est encore bien plus insoutenable. Pourrait-on nous citer, dans toute l'histoire, un assaut qui aurait eu pour résultat de faire écrouler, sur tous les points et jusqu'aux fondements, les murailles d'une ville? Un assaut est une attaque vive, qui permet aux soldats audacieux de se hisser sur le sommet des remparts d'une cité, d'y mettre à mort les gardes ennemies et de pénétrer victorieux dans la place. Chez les anciens, Tassaut était préparé longtemps à l'avance, par des machines de guerre, des béliers, des catapultes. On obtenait après de longs efforts, par ces engins massifs et difficiles à mou» voir, la brèche qu'on obtient de nos jours par l'artillerie de siège; et qunnd la brèche était ouverte, on tentait lassant. Or, les Hébreux autour de Jéricho n'avaient ni béliers ni catapultes; ils cherchèrent si peu à en ébranler les murailles, qu'il leur fut expressément défendu de faire aucun bruit, de laisser entendre une seule clameur, pendant les six jours des processions solennelles. A qui fera-t-ou croire que les milhers de Romains qui lançaient des quartiers de rochers ou des poutres ferrées contre les murs de Numance , par exemple, accomplirent leur tâche sans pousser un cri, sans faire entendre une clameur? Et quand on voudrait admettre pour Jéricho cette particularité incroyable, comment se persuader que les béUers et les catapultes aient pu agir à la fois sur tous les points des remparts, de sorte que tous au même instant se fussent écroulés? Et si on poussait jasque-là la persistance de la crédulité, comment imaginer que tout le peuple d'Israël, témoin pendant sept jours de tant d'etlbrts, victime lui-même d'une lutte que les Chananéens, si faibles qu'on les suppose, auraient pouitant rendue sanglante, comment, dis-je, imaginer que le peuple d'Israël se fût persuadé

Jamais ils ne font précéder leurs appréciations sur la Bible d'une traduction ies passages du Livre sacré. Dans cette circonstance, par exemple, M. Munk 8e croit en droit d'affirmer que le récit de la prise de Jéricho est un fragment de quelque poème antique. Il ne prend même pas la peine de justifier «on assertion; et il évite de reproduire le récit de la Bible, dont la simple lecture suftirait pour que chacun pût contrôler la valeur de cetAe hypothèse.

CONQUÊTE DE LA TERRE PROMISE. 4i

qu'il était entré miraculeusement, sans combat et sans résistance, dans une ville dont Dieu lui-même avait, seul, et par l'unique. force de sa volonté, renversé en un clin d'oeil les murailles et les tours? Impossibilités matérielles, impossibilités morales, erreurs de fait, hypothèses plus incroyables que tous les miracles, voilà donc, en dernière analyse, le résultat de l'exégèse rationaliste, dans l'appréciation du fait historique de la prise de Jéricho.

25. Les deux pi-emiers exploits qui consacraient la mission diviâe i-af^èrjuWe de Josué d'une manière incontestable, avaient été marqués du sceau **'d"H'^J'''" du miracle. Le chef hébreu pouvait désormais agir en toute confiance, sans crainte de voir son autorité méconnue par les fils d'Israël, et sans appréhender, de la part des tribus ennemies, un revers pour des armes que le Seigneur lui-même venait de consacrer si solennellement. Dans ce double sentiment, a Josué fit partir de Jéricho des nommes chargés d'explorer le territoire de la ville d'Haï, située non loin de Bethaven, à l'orient de Béthel. — Allez, leur dit-il, et reconnaissez toute la contrée. — Les envoyés revinrent après avoir fidèlement accompli leur mission. — Il sera inutile de commander toute l'armée pour cette expédition, dirent-ils à Josué. Deux ou trois mille hommes suffiront contre la petite ville que nous venons de reconnaître. A quoi bon fatiguer tout le peuple contre une poignée d'ennemis? — D'après leur rapport, Josué chargea trois mille guerriers de cette conquête. Mais au premier engagement avec les défenseurs d'Haï, les Israélites lâchèrent pied, après une perte insignifiante de trente-six hommes. L'ennemi les poursuivit dans leur fuite depuis Haï jusqu'à Sabarim , et en tua un grand nombre dans cette déroute. Le peuple d'Israël, dans la stupeur où le jetait un revers aussi inattendu, perdit tout espoir, et son courage avait disparu comme l'eau qui s'écoule du torrent. Josué, en apprenant cette fatale nouvelle, déchira ses vêtements, se prosterna devant l'Arche du Seigneur et y resta jusqu'au soir, entouré des vieillards d'Israël, prosternés comme lui, la tête couverte de poussière en signe de deuil, — Seigneur, Dieu tout-puissant, s'écria Josué, étaitce donc pour nous livrer aux Amorrhéens et nous faire périr tous que vous avez fait franchir le Jourdain à votre peuple? Ahl pour-

42 HISTOIRE DE l'Église. — iv* époque. — ère de josdé (1603-io80).

quoi ne sommes-nous pas restés sur la rive orientale du fleuve, comme nous l'avions fait si longtemps? Seigneur, mou Dieu, que puis-je répondre maintenant aux reproches qui m'arrivent de toutes parts, quand j'ai vu de mes yeux les guerriers d'Israël fuir honteusement en face de l'ennemi ? Les Chananéens et toutes les tribus hostiles de cette contrée vont se réunir en armes pour nous enve lopper et nous détruire, et qu'aurez-vous fait alors pour la gloire de votre nom? »

BiiTéiaiion 26, Dans l'hypothèse rationahste qui ne voit rien de miraculeux

da crime . . ix»"ii •< it t

d'Achan. au passagc du Jourdam et a la prise de Jéricho, la prière de Josue serait un non-sens. Comment le chef hébreu oserait-il reprocher au Seigneur une sorte de contradiction personnelle, si le passage du Jourdain n'avait été qu'une combinaison de stratégie ordinaire, si la prise de Jéricho n'avait été que le résultat d'une habileté tout humaine? Pour tenir un pareil langage, il avait fallu, de toute nécessité, que la protection de Dieu se fût visiblement manifestée, avec un caractère irrécusable de solennité et d'éclat. Tout se tient donc dans le récit du Livre sacré, et quand on croit réussir à le dégager du miracle, on n'arrive qu'ù le rendre inintelligible. L'échec d'Haï, de la part d'un chef vulgaire darmée, n'aurait été considéré que comme un incident fâcheux, dont il fallait se hâter de faire disparaître la cause et l'effet. Un ordre du jour aurait flétri la lâcheté des trois mille guerriers prenant la fuite devant une poignée d'ennemis et une nouvelle expédition supérieure en nombre, composée de troupes d'élite et dirigée par un chef plus expérimenté, aurait promptement réparé le désastre. N'est-ce point ainsi qu'ont agi tous les grands capitaines, depuis Alexandre jusqu'à Napoléon? Mais, encore une fois, l'histoire d'Israël ne ressemble à aucune autre histoire. Josué ne voit dans la défaite de ses troupes qu'une preuve de l'abandon de Dieu; il y est d'autant plus sensible que le Seigneur avait seul combattu jusque-là, et que la puissance divine avait tout fait pour le peuple choisi. Josué ignorait encore le crime individuel dont un des fils d'Israël s'était rendu coupable après la destruction de Jéricho. Le Seigneur va le lui apprendre. « Lève-toi, lui dit-il. et ne reste poin» ^insi prosterné le

front dans la poussière. Israël a péché et a enfreint le pacte que j'ai contracté avec lui. L'anathème porté contre Jéricho n'a point été respecté; il s'est trouvé un prévaricateur cupide qui s'est approprié les dépouilles vouées au service du Tabernacle, qui a menti à son serment et a caché le fruit de son vol. Voilà pourquoi Israël. ne saurait résister au choc de l'ennemi, voilà pourquoi il fuit lâchement dans le combat. Je ne serai plus avec vous tant que le crimen'aura pas été expié par un châtiment exemplaire. Lève-toi donc, et dis au peuple : Sanctifiez-vous par les purifications légales pour paraître demain en présence du Seigneur. Voici les paroles qu'il m'a chargé de vous transmettre. L'anathème est au miheu de vous. Demain vous vous rangerez, dès l'aube, chacun dans sa tribu; le sort sera jeté successivement sur les tribus, les familles, les maisons et les particuliers, et le criminel qui aura été ainsi découvert expiera son forfait par le supplice du feu. — Le lendemain matin, les tribus rangées devant les tentes virent paraître Josué; le sort désigna celle de Juda, la famille de Zaré, la maison de Zabdi, et, parmi les membres de cette dernière, Achan, fils de Charmi, fils de ZaLdi, fils de Zaré de la tribu de Juda. — Mon fils, dit Josué à Achan, rends gloire au Seigneur Dieu d'Israël, confesse la vérité et déclare tout ce que tu as fait, sans rien dissimuler. — J'ai vraiment péché contre le Seigneur Dieu d'Israël, répondit Achan. Voici, sans rien déguiser, ce que j'ai fait. J'avais remarqué, parmi les dépouilles, un riche manteau babylonien, deux cents sicles d'argent et un lingot d'or de cinquante sicles. Poussé par une détestable cupidité, j'emportai ces objets, et je les ai enfouis sous le çol, que je creusai à cet ciïei au milieu de ma tente. — Sur l'ordre de Josué, des olhciers coururent à la tente d' Achan , fouillèrent le sol à l'endroit désigné, y trouvèrent le manteau, l'argent et l'or, qu'ils apportèrent à Josué en présence de tous les fils d'Israël. Ces objets maudits furent jetés devant tout le peuple, à la porte du Tabernacle. »

27. Le crime était flagrant. Ce n'était pas seulement le sort qui Caractw

du crinii0

avait parlé^ le coupable, si miraculeusement désigné, avait confessé dAchan. sa faute, et son aveu était confirme par les objets exhumés du sol

4i niSTOmE de l'éguse. — iv* époque. — ère de joscé (I6ûo-1580).

de sa tente. Vainement les exégètes rationalistes chercheraient une explication plausible de cet accord frappant entre le langage du sort et le tëmoip:nage de la vérité. Il faut bien reconnaître que le doigt le Dieu est partout dans cette histoire. Le surnaturel est tellement mêlé « à la série des événements humains, » qu'on ne saurait isoler l'un sans détruire les autres. A ceux qui ne comprendraient pas la gravité de la faute d'Achan, et qui seraient tentés de la considérer comme un de ces actes de pillage si fréquents dans les expéditions militaires, et que la répression soudaine atteint par une justice sommaire, sans autre forme de procédure, nous rappellerons que Jéhovali s'était formellement investi en Israël du droit suzerain de juridiction, de propriété, de commandement et de sanction légale. 11 était écrit dans la loi que l'an.ithème, aussi bien que l'holocauste, était intégralement, sans nulle réserve, sans exception d'aucun genre, dévolu à Jéhovah. La loi avait fait de ce mot d'analhème, la consécration officielle du droit souverain, et quiconque, de près ou de loin, directement ou indirectement, avait violé l'interdit sacré, et s'était approprié un des objets ainsi marqués du sceau royal, assumait sur lui-même la malédiction et le supplice. Nec auferes quippiam ex idolo in dumum tuam, ne fias anathema, sicut et illud est. Jéricho, le boulevard de l'idolâtrie chananéenne, avait été d'avance signalée h tout le peuple comme la personnification vivante du culte abominable qu'Israël avait mis sion de détruire. La prise de Jéricho, miraculeusement tombée a' . oouvoir du peuple juif, rendait le serment de l'anallième, prononc(f d'avance contre la cité coupable, plus in\iolable et plus solennel encore. Achan était donc, par le fait de sa soustraction cupide, non point un pillard vulgaire, mais un criminel de lèse-souveraineté au premier chef. Son forfait prenait les proportions du plus grave attentat contre la majesté divine, c'est-à-dire contre le pouvoir régulier, vivant et agissant en Israël. Et pour signaler ia ditférence immense qui distinguait la royauté du peuple hébreu des royautés ordinaires, pour accuser plus nettement la puissance de celte souveraineté, qui exerce son action jusque sur les consciences et dans le secret des cœurs, le crime d'Achan, qui n'avait point eu

d'autre témoin que l'œil de Dieu, pas d'autres complices que ses eufanls, qui avaient vu en silence le sol de la terre se refermer sur le trésor sacrilège , ce crime d'Achan n'aura pas d'autre dénonciateur que Jéliovali lui-même. C'est Jéhovali, le roi d'Israël, qui signale cette infraction à sa loi, qui la punit en refusant de protéger les armes des Hébreux, qui désigne, par la voix du sort, le coupable à la vindicte légale, et qui produit, sous les yeux de tout un peuple, les preuves de conviction les plus incontestables. De bonne foi, ne peut-on pas trouver dans tous ces faits des o marques de l'élection divine sur le peuple juif, » et faut-il persister à dire avec M. Renan que ni le Pentateuque ni le livre de Josué n'en ©firent aucune?

28. « Josué donna donc l'ordre de se saisir d'Achan; on prit en i'°"'*'** même temps le manteau de Sennaar, l'argent et l'or, les fils et les filles du coupable, bes bœufs, ses ânes et ses brebis, sa tente ellemême et tous les meubles qu^elle renfermait; et le cortège, formé de toute la multitude des enfants d'Israël, sortit du camp et se rendit dans la vallée d'Acbor. — Parce que tu as apporté la malédiction au milieu de nous, dit alors Josué à Achan, que la malédiction retombe sur toi en ce jour! — Après cette terrible sentence, tout le peuple s'arma de pierres, et lafidale coupable. Tout ce qui lui appartenait fut brûlé. On érigea ensuite au lieu où s'était accompli ce grand acte de justice nationale, un tumul'. qui subsiste jusqu'à ce jour. La colère du Seigneur contre sou peuple fut ainsi apaisée, et la vallée témoin de ces événements prit de là son nom d'Acbor (Turbatio), qu'elle conserve encore aujourd'hui. » Telles sont les paroles du Livre saint. Les fils d'Achan furent-ils brûlés avec le corps de leur père; sont-ils compris dans la formule générale que nous venons de traduire : Cuncla quœ illiu» arant igné consumpta sunt? C'est là une question liès-controversée entre l'école des rabbins et les commentateurs catholiques. Des deux côtés on convient que le crime du père n'aurait pu, à aucun titre, être imputé aux enfants; et que si les fils d'Aclian ont été compris dans son supplice, c'est qu'ils auraient participé eux-mêmes directement ou indirectement à l'attentat. Or, il parait presque

46 HISTOIRE DE l'Église. — iv' époque. — ère de josué (I60o-1o80).

impossible que le sol de la tent-e da coupable ait été profondément fouillé, pour receler le fruit sacrilège du vol d'Achan, à l'insu de ses enfants et sans complicité de leur part. Reste la question même que soulève l'interprétation du texte sacré. «Josué fit saisir Acban, fils de Zaré, le manteau babylonien, l'argent et le lingot d'or, les fils et les filles du criminel, ses bœufs, ses ânes, ses brebis, la tente elle-même et tous les meubles qu'elle renfermait; et toute la mul tit.ude des enfants d'Israël les escorta dans la vallée d'Achor. Là le peuple lapida Acban, et tout ce qui lui appartenait fut livré aux flammes.» Dans ce récit, il semble évident que le Cuncta quœilUus erant iyne comumpta sunt, doit s'entendre de tous les objets désignés dans la précédente énumération. C'est ainsi que l'ont compris la plupart des Pères et des Docteurs de l'Eglise, et nous avouons que tel est aussi le sens le plus naturel de ce passage. Le caractère divin de la conquête, la gravité du crime, l'importance, pour a destinée du peuple juif, de consacrer par des actes solennels le but de sa mission, expliquent suLUsamment, dit le docteur Haneberg, « la sévérité avec laquelle Josué poursuivait les actes qui au- D raient pu atténuer le sens de la guerre, et la faire considérer » comme une conquête ordinaire *. »

^,"'?* 29. « Le Seigneur dit alors à Josué : Ne crains plus désor-

contre Haï mais; marcbe à la tête de l'armée contre la ville d'Haï. Son roi,

P nse de cette

Tille Sup- ses habitants, la ville et son territoire sont entre tes mains. Tu

^lice du roi '

d'Hai, iguj. feias subir le sort de Jéricho; cependant vous réserverez, poui les partager entre vous, les troupeaux et le butin » Le soir même, Josué fit partir trente mille hommes qui devaient tourner la ville ennemie et se poster silencieusement à l'ouest d'Haï, par le côté opposé à celui où Josué devait lui-même, avec le reste de l'armée, commencer l'attaque ostensible. Les chefs de l'embuscade avaieul ordre de se jeter dans Haï, aussitôt que les Chananécns, attiré» dans la plaine par la présence des Hébreux, l'auraient abandonnée. Ce plan d'altaqne eut un succès complet. A la vue de Josué et da

• llaneberg, Hiat. de la Révélai. Libliqytt ^ traduct. de M. l'abbé Goschler, tOQi. I, pag. 195.

l'armée juive développée au nord de la ville, le roi d'Haï, avec tous ses guerrier?, descendit dans la plaine pour offrir le combat, laissant sa ville principale et Bethel qui en dépendait sans un seul défenseur. Josué n'opposa qu'un simulacre de résistance à l'ennemi, et fit prendre la fuite aux Hébreux, pour entraîner les Chananéens qui se mirent à sa poursuite, jusque dans la vallée de Gaigala. En ce moment, sur le signal donné par Josué, les soldats postés à l'occident de la ville sortirent de leur retraite , pénétrèrent sans résistance dans la cité ouverte, et y mirent le feu. Une épaisse colonne de fumée s'éleva bientôt en noirs tourbillons; à cette vue, les Chananéens songent à suspendre leur poursuite pour voler à la défense de leurs demeures; mais les trente mille Hébreux qui venaient de prendre Haï se rangent en bataille pour couper leur retraite. Cependant, le gros de l'armée juive fait volte-face, et charge les ennemis avec une irrésistible impétuosité. Les guerriers chananéens, enveioppés de toutes parts, furent taillés en pièces. Le roi d'Haï*eul fut pris vivant, el amené à Josué qui le fit suspendre à une croix, en face des ruines fumantes de sa capitale. Son corps détaché sur le soir, selon le précepte de la loi mosaïque, fut enseveli à la porte de la ville, sous un tumulus de pierres, qui subsiste jusqu'à ce jour, dit le texte sacré '.

30. Le sort du roi d'Haï et la rigueur de son suppUce ont été i'objet des plus vives récriminations de l'école rationaliste. Une seule réponse suflûra pour couper court à tous les attendrissements posthumes des adversaires de la Bible, et faire comprendre d'un mot le sens des sévérités implacables de la justice de Lieu dans la guerre de Chanaan. L'un des chefs de cette contrée, qui résista le plus longtemps aux armes juives, le roi de Btzec ayant .enfin succombé dans cette lutte inégale, fut présenté devant son vainqueur. « Aux jours de ma puissance, dit-il, j'ai fait couper les doigts ic pieds et des mains *à soixante-douze chefs de tribus que le soi. de armes avait livrés à ma discrétion. Ainsi mutilés, ils se tenaient, pendant le festin, sous la table où je mangeais, et ramassaient ica

» Josue, cap. vni. 1-30.

4/? HISTOIRE DE L'ÉGLîSE. — lY* ÉPOQUE. — ÈRE DE JOSUÉ (1605-1 o80).

mielteh écliappëes à mon opulence. Le Seigneur me rend aujourd'hui suivant mes œuvres *. » — Voilà ce qu'était la race impie de Chanaan; voilà les cruautés abominables qui avaient appelé sur elle l'anatbème divin dont les Hébreux furent les exécuteurs. Qu'on ne s'y trompe pas; la Providence n'abdique jamais la direction suprême des c'ooses de ce monde. Si elle laisse la liberté bumarine multiplier ses crimes et étonner la terre par ses forfaits, elle tient en réserve, dans les secrets de l'avenir, des vengeurs qui rendent enfin à chacun suivant ses œuvres. Sicut feci ita reddidit mihi Deus. Cette parole , est une des lois les plus fécondes et les plus lumineuses de l'histoire.

Souvenirs 31. La prlsc d'Haï rendait Josué maître de la riche vallée bai-

hietonqiics i / j i

ëeSichem. gnéc par la rive occidentale du Jourdain, et enclavée dans les montagnes d Ephraïm et de la tribu de Benjamin, jusqu'au torrent de Taphua -. Au nord-ouest de cette vallée, la ville de Sichem rappelait aux Israéhtes vainqueurs les souvenirs les plus augustes de leur histoire patriarcale. Là, sous la main reconnaissante d'Abraham leur père, s'était élevé le premier autel à Jchovah, sur la terre de Chanaan, alors que Dieu avait dit^ son servitem- : Je donnerai à ta race le pays que tu embrasses maintenant du regard '. Là, Jacob, au retour de la Mésopotamie, avait solennellement consacré sa famille au Dieu vivant, et purifié sa caravane des vestiges du culte idolâtrique rapportés de la Chaldée*. 11 y avait acquis un droit de cité, et avait acheté l'héritage * que , par un préciput glorieux, il laissait en mourant à Joseph son Dis bien aimé 6. Le puits de Jacob creusé en ce lieu par le patriarche devait, sous la main du Fils de Dieu, verser pour la Samaritaine l'eau mystérieuse de la grâce, qui rejai 1ht jusqu'à la vie éternelle'. Sichem eut ainsi le privilège d'être en quelque sorte le heu matériel et visible des deux Teslanicnls, le théâtre de la première alliance hébraïque, en

» Judic, cap. 1, 7. — * Nous .ivoas suivi pour les détails géographiques (1« ,\ Jaloc Tallas de la Bible de Vence, et les c:irles dressées orx <o-^->, pour cet juvrage, par M. Fréiniu. — ' Gènes., eap. xu, G, 7. — * Gen^s., cap. xxxv, 2. — » Ccnes., cap. xxxni, 19, 20. — « Gènes., cap. xiAUl, 22. — ' Evang. Joa^., cap.

IV, r.-i-:.

la personne d'Abraham, et de l'alliance définitive en la personne de J.-G. Entre un tel passé et un tel avenir on comprend qus cette terre eût été désignée d'avance par Moïse comme le rendez-vous des Israélites, après le passage du Jourdain, pour y renouveler le pacte conclu au Sinaï. « Lorsque le Seigneur votre Dieu vous aura introduits dans la terre des Promesses, avait dit le grand Prophète, vous vous réunirez près de Sichem, au pied des monts Garizim et Hébal, et là on redira au peuple les bénédictions et les malédictions inscrites dans les lois '. » Il avait minutieusement réglé toutes les cérémonies qui devaient s'accomplir dans cette circonstance solennelle, le rite des sacrifices, et jusqu'aux formules dont les Lévites auraient à faire usage 2.

32. Les deux victoires qui venaient de signaler les armes juives au début de la guerre sacrée contre les peuples de Clianaan, rendaient possible la célébration de la solennité nationale. Toute l'armée vint donc camper dans les plaines de Sichem, au pied des deux montagnes désignées par le grand Prophète. « Sur le mont Hébal ^, Josué éleva l'autel du Seigneur Dieu d'Israël, en observant religieusement la prescription de Moïse au Livre de la loi, dont voici les paroles : Vous érigerez un autel de pierres brutes, sans que le fer les ait aucunement travaillées. — Des holocaustes furent offerts au Seigneur, et les victimes pacifiques furent immolées. Les paroles de la loi, dictées par Moïse, avaient été gravées sur des

Aseîaiblée nationale dea juih k Sichem.

^ Deuier., cap. xi, 29. — 2 j)euter., cap. xxvii.

' « 11 paraît assez étrange, dit M. de Saulcy, que l'autel destiné à offrir des » sacrifices à l'Eteroel ait été élevé sur la montagne maudilc, au lieu de » l'être sur la montagne bénie I^Antiq. BibL, art. Garizim). » Que le savant académicien nous permette de lui faire observer que de l'autel au pied duqueV les Hébreux devaient jurer fidélité au Seigneur, il convenait de faire entendre au peuple les malédictions qu'il encourait par la violation de son serment. Ni le Garizim ni l'Hébal matériels n'étaient bénis ou maudits réellement : pas plus que la salla des conciles où l'on prononce l'anathème contre les contempteurs des dogmes et des lois de l'Eglise, no tombe soui* une malédiction quelconque. Quand on réfléchit au caractère de la nation Juive, on demeure bientôt convaincu de la nécessité d'environner le tiône de Jého vah d'un appareil de majesté terrible, capable d'imprimer à des esprits aussi opiniâtres un sentiment efficace de respect et de crainte.

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