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301 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — P.'* ÈrOOt'E. — KllK OK LA ROYAUTÉ.
son père et toute sa famille, exposds aux vengeances de î*aâl, abandonnèrent Bethléem, leur ville natale, et vinrent rejoindre le proscrit La présence de David sur le sol Israélite attira bientôt autour de lui tous les mécontents, tous les bras inoccupés, tous cew que la misère et la détresse chassaient de leur pays. Il se vit ainsi à la tète de quatre cents hommes déterminés , fiers de seryii sous un tel chef *. Sa réputation militaire et les glorieux servie» qu'il avait rendus à sa patrie, soulevaient les populations en sa fî veur. Il lui vint des auxiliaires sortis des tribus de Benjamin et do Gad. Ceux-là étaient les plus braves soldats de l'armée d'Israël; ils avaient acquis l'expérience des combats dans les guerres précédentes, et arrivaient parfaitement équipés, munis de boucliers et de lances. Leur mule visage avait la fierté du lion, et leurs pieds agiles avaient la rapidité du chevreau des montagnes. A leur approche, David ne sachant à qui il avait affaire, se porta à leur rencontre : Si vous venez, leur dit-il, avec des intentions pacifiques et le désir de me prêter votre concours, j'ouvrirai mes bras et mon cœur pour vous recevoir; mais si vous êtes envoyés par mes ennemis pour me surprendre et pour servir une haine injuste et imméritée, que Jéhovab, le Dieu de nos pères, voie votre trahison et confonde votre perfidie! — Nous sommes les soldats de David, répondirent ces guerriers. Fils d'Isaï, nous venons nous ranger sous tes étendards; que la paix soit avec toi et avec tes défenseurs '. — David les accueillit parmi sa petite armée. Cependant, ne voulant point exposer la vieillesse de ses parents aux dangers d'une guerre de partisans, il pria le roi de Moab de leur donner l'hospitalité. Je vous prie, lui dil-il, permettez à mon père et à ma mère de rester §ur votre territoire jusqu'au jour où le Seigneur aura fixé ma destinée. — Le roi de Moab y consentit. Tranquille désormais sur le sort d'existences si chères, David revint à la grotte d'Odollam, résolu dî»* attendre en repos les événements. Mais Gad, le prophète, lui vint dire de la part du Seigneur : Ne reste pas plus longtemps
et daus le voisinage immédiat de la vallée connue aujourd'hui sous le nom d'Oaad-Kereitoun (do Saulcy, Dict. des unliq. OiOL, pag. 60). — * 1 Req., cap. XXi;, 1, 2. — > I Paralip., cap. in, 8, 16-18.
dans cette retraite; mets-toi en marche et avance hardiment sur le territoire de Juda. — David obéit, et vint établir son campement dans la forêt de Hareth, à l'ouest de Jérusalem *. » La g.'otte d'Odollam qu'il abandonnait avait entendu souvent les accents de sa prière inspirée. C'est là que, dans sa détresse, il avait redit mille fois ce chant de résignation et d'espérance : « C'est Jéliovah que mes gémissements invoquent, c'est vers lui que montent mes soupirs. En sa présence, j'épanche mon âme dans la prière, je déroule à ses pieds le tableau de mes douleurs. Quand je sens mon âme s'abimer sous le poids de mon afïliction, je dis à Jéhovah : Vous seul, ô mon Uieu, vous connaissez les sentiers du désert que doivent fouler mes pas. Sur tous mes chemins on a dressé des embûches. Je jette mes regards à droite et à gauche, j'interroge l'horizon : il ne s'y présente pas un visage ami. Ma fuite solitaire ne me sauvera pas, et nul ne se lèvera pour venger ma mort ignorée. 0 mon Dieu, c'est vers vous que j'ai crié dans ma détresse : vous êtes mon asile et mon espérance, vous êtes ma part de terre et de soleil en ce séjour des vivants; prêtez l'oreille à ma prière, car j'ai été jeté dans un abîme d'humiliations. Délivrez-moi de mes persécuteurs, car leur puissance s'est accrue pour m'écraser. Arrachez mon âme à ce cachot où elle gémit dans les ténèbres. Faites éclater la gloire de votre nom. Les saints attendent ma délivrance comme la dette de votre justice -. »
32. « Cependant Saûl fut informé qu'on avait vu David et la Doëg
Mdumée».
troupe qui le suivait, dans la forêt de Harelh. Le roi était alors à Massacre
l' A. c h î ni et 6cft
Gabaa. Un jour, assis dans sa tente dressée sous un chêne, et et do* prêtre
* I Reg., cap. xxii, 3 et 4.
» l'salm. cxLi : Intellectus David, cum esset in speluncâ. Oratio. Integr. Les commentateurs se sout partagés sur la question de savoir s'il fallait entendre, par la grotte que l'inscription ne désigne pas, celle d'Odollam ou celle d'Eugaddi, dans laquelle David se dérobera plus tard à la poursuite de Saùl. Mais le long séjour que fit David à Odollam nous semble décider la quetliou, d'autant que les réflexions du Psalmiste sur sa solitude paraîtraient moins convenir à sa situation d'Engaddi, où il était entouré d'une troupe vaillante de défenseurs. Nous croyons donc que le psaume cxLi a été composé à Odollam, dans les premiers jours qu'y passa David, avant l'arrivée des soldats qui ▼inrent l'y rejoindre.
4« Nobê. La tenant la lance à la main, Saûl dit aux officiers qui l'enlouraient : Fils de Benjamin, enfants de ma tribu, écoutez la paYole de votre vieux roi. Est-ce donc que le fils d'Isaï vous donnera à tous des champs fertiles? Est-ce qu'il vous prendra tous pour vous faire tribuns et centurions dans ses armées? Pourquoi donc conspirez-vous unanimement contre moi? Je n'ai plus un serviteur fidèle, et Jonathas, mon propre fils, a fait lui-même alliance avec le fils d'Isaï. Parmi vous, nul ne plaint mon malheureux sort, nul ne me dénonce les traîtres, depuis que Jonathas s'est mis à leur tête et a soulevé contre moi ce misérable esclave, qui attente aujourd'hui à ma couronne ! — Or, l'Iduméen Doëg, le chef des pasteurs du roi, se trouvait au milieu des officiers. Il prit la parole : Seigneur, ditil, j'ai vu le fils d'Isaï à Nobé, quand il fuyait votre juste ressentiment ; le grand prêtre Achimélech lui donna riiospitalité ; il consulta pour lui l'oracle divin, lui remit des vivres, et détacha, pour la lui donner, l'épée de Goliath, conservée dans le sanctuaire. — Cette dénonciation redoubla la fureur de Satil. Il envoya sur-le-champ des archers, avec ordre de lui amener le Pontife et tous les prêtres de sa maison qui se trouvaient à Nobé. Quand Acliimélech parut en présence du roi : Ecoute-moi, fils d'Achitob, lui dit Saiil. — Je suis à vos ordres, seigneur, répondit le Grand Prêtre. — Comment as-tu osé entrer dans la conjuration du fils d'Isaï? reprit le roi. Estil vrai que tu lai as remis des provisions et des armes, que tu as consulté pour lui l'oracle divin et que tu as encouragé ce traître dans sa révolte? — J'ignorais alors, reprit Achimélech, tout ce qui s'était passé. De tous les officiers de la cour, David paraissait le plus fidèle; il était le gendre du roi, il se disait chargé d'une mission secrète par vous-même, et tout le monde savait quel rang distingué il occupait près de vous. C'est alors que j'ai consulté le Seigneur pour lui; mais l'a i-je fait une seule lois depuis que j'ai appris la véiité? A Dieu ne plaise! Ainsi, seigneur, cessez de mettre en doute ma fidélité et celle de ma famille. Je vous le jure de nouveau, j'étais alors dans la plus complète ignorance de ce qui avait eu lieu. — Cette réponse n'adoucit point la colère du roi; il lui fallait une veoceance. Peu importe qu'elle tombât sur des inuo-
CIJAP. I, — LE ROI REJETÉ DE DIEU (10ol-1040). 307
cents! Achimélech, s'éciia-t-il, tu vas mourir, toi et toute la maison de ton père, pour expier ta trahison. — Se tournant alors du côté des soldats qui avaient amené de Nobé les malheureux prêtres : Mettez à mort, dit-il, ces prêtres indignes qui ont conspiré avec David contre leur souverain, qui ont favorisé la fuite de ce traître Et l'ont laissé échapper sans m'en donner avis. — Les soldats écou« tèrent en silence cet ordre impie ; aucun d'eux n'osa lever le braa Vjr les prêtres du Seigneur. Satil, rendu plus furieux encore par >ette résistance muette, s'adressa alors à l'Iduméen Doëg : Toi, du inoins, tu sauras m'obéir, lui dit-il; délivre-moi de ces traîtres! — Doëg se précipita alors, l'épée à la main, sur le Grand Prêtre et rétendit mort à ses pieds. Il égorgea ensuite tous les prêtres, au nombre de quatre-vingt-cinq, sans respect pour l'éphod sacré dont ils étaient revêtus. Pour compléter cette barbare vengeance, Nobé, la cité sacerdo.'ale, fut envahie par les soldats de Saiil, les femmes et les enfants furent passés au fil de l'épée; on égorgea même les bœufs, les ânes et les brebis qui s'y rencontrèrent, et pas un être vivant ne resta dans cette malheureuse ville. Cependant un fils d'Achimélech parvint à tromper la fureur des meurtriers, il réussit à se soustraire au carnage, et s'enfuit près de David. Il se nommait Ahiathar. Il vint donc trouver l'illustre proscrit dans la forêt de Hareth, et lui raconta cette tragique histoire. — En l'écoutant, David se reprochait amèrement la ruse innocente qu'il avait été contraint d'employer vis-à-vis du Grand Prêtre. Oh! s'écria-t-il, le jour où j'entrai dans le tabernacle de Nobé, quand j'y aperçus duméen Doëg, je prévis qu'il aurait la lâcheté de tout révéler à ul. Malheureux que je suis ! j'ai causé involontairement la mort votre père et de toute votre famille! Demeurez près de moi, et craignez rien ; il faudra m'arracher la vie avant qu'on puisse enter à la vôtre. Et si Jéhovah daigne me protéger, vous partagerez ma fortune *. » Pi cerfidie de Doëg a et** "umortalisée par
* I Reg., cap. xxii, 6 ad ultim. C'est probablement à cette époque de la vie de Salil que se rapporte le massacre des Gabaonites, ordonné par ce prince, et indiqué sommairement au livre Jl des Roi^ ^cap. xxi, 1-10). Nous ea parlerons dans le cU#jPùtxe euiv^^i**
l'héroïque prophète dans un psaume qu'il composa en cette circonstance. « Ainsi tu triomphes dans tes lâches desseins! cliantait David. Le crime est le marchepied de ta puissance; tout le jour tu méditais les paroles de la calomnie, tu les aiguisais comme le Iranchant d'un glaive acéré ! Langue menteuse , tu as distillé tes mortels poisons. Le jour viendra pourtant où sonnera l'heure des vengeances de Jéhovah; il t'arrachera de sa main terrible, il te jettera loin de tes tentes, et anéantira jusqu'à tes racines sur la terre des vivants. Les justes verront ce spectacle, et tout en tremblant devant les justices de Dieu, ils applaudiront à la ruine de cet infâme. Le voilà, diront-ils, cet homme qui a dédaigné la puissance du Seigneur. Il avait placé toutes ses espérances dans les trésors que son avarice accumulait. Il jouissait orgueilleusement des triomphes de sa vanité. Pour moi, faible oliviei battu de l'orage, mon espoir est dans la miséricorde du Seigneur. Oui, mon Dieu, c'est vous seul que j'invoquerai toujours; j'attends l'heure de votre miséricorde, elle ne manque jamais à vos élus *. » David délivre 33. Si l'on vout so reporter aux mœurs orientales, parmi des
la ville de ...,,,..., , ...
Ceiia.tombce raccs primitives dont 1 imagmation plus ardente et plus vive aian pouvoir . , , , . .
i«srhiii»(iBs. mait à colorer la pensée par de poétiques images, on pourra se faire une idée de l'inlluence exercée par des chants sacrés de ce genre. Ils se gravaient dans toutes les mémoires; on les redisait au son du kinnor, sous la tente du désert ou pendant les longues heures de marche dans la solitude, ©u le soir aux bords de quelque fontaine, sous les palmiers de l'oasis. Le nom de Da\id, poète et guerrier, héros et prophète, rayonnait d'une gloii-c nouvelle et commençait à conquérir cette célébrité unique dont les Arabes de noh, jours se transmettent encore le reflet, quand ils chantent la gloire de Daoud al Nabi (David le Prophète), a Cependant on vint dire au fils d'Isaï : Les PhUistins assiègent la ville de Ceila * et
1 Psalmus Li : Intellectus David cum venit Doëg Idumeus , et nunliavii Saùli: Venit David in domum Achimclech. Dom Cnla;et suppose que le {isaume cviil fut aus:?i composé par David à propos du même événtuieul. Mais comme l'ins' ription de ce psaume est muette à ce sujet, uous ue uouo croyons pas iuflisammont autorisé à admettre l'opiulou du savant critique.
* C ïla^ à trois milles au nord du rameau truusver&ol appelé Les Moniagnei
ravagent toutes les campagnes d'alentour. — David consulta îe Seigneur par le ministère du grand prêtre Abiathar : Dois-je marche: «ontre les Philistins? demandait-il. — Le Seigneur répondit : Va . tu triompheras des Philistins et tu délivreras la ville assiégée. — Cependant les soldats de David se disaient : Nous avons déjà beaucoup de peine à nous maintenir sur le territoire Israélite, et il nous faut y disputer chaque jour notre vie. Que sera-ce si nous allons exposer notre faible armée aux nombreux bataillons des Philistins ! — Le découragement s'emparait donc des guerriers et pouyaii compromettre le succès de l'entreprise. Une seconde fois David consulta le Seigneur; il en reçut la même réponse. Rassurés par cet oracle divin, les soldats se mirent en marche avec ardeur. A leur tète David fondit sur les Philistins, les défît dans cette attaque soudaine, les poursuivit jusqu'à leurs frontières, et revint triomphant à Ceïla, ramenant les troupeaux enlevés à l'ennemi. Cette victoire semblait lui donner un asile assuré. Il résolut donc de se fixer dans la cité délivrée par ses armes; mais on ne tarda pas à en porter la nouvelle à Saûl. On vint lui dire : Le fils d'Isaï s'est enfermé dans Ceïla. — Aucune nouvelle ne pouvait lui être plus agréable. Enfin, s'écria-t-il , voici le jour où le Seigneur l'a livré entre mes mains! Il s'est emprisonné lui-même. Cette fois il est entré dans une cité qui a des portes et des remparts; il ne saurait échapper à ma vengeance î — Aussitôt il appelle tous ses guerriers et se dirige vers Ceïla. Informé de ce mouvement subit de l'armé;; royale, David dit au grand prêtre Abiathar : Revêtez l'éphod et consultez le Seigneur. — Or voici les paroles qu'il adressait à Jéhovah par le ministère du Pontife : Seigneur, Dieu d'Israël, votre serviteur vient d'apprendre que Saûl se dirige sur cette ville, prêt à m'ensevehr sous ses ruines. Cette nouvelle est-elle vraie? — Oui, répondit le Seigneur, Saûl est en marche. — David ajouta : Si j'essaie de me défendre, les habitants de Ceïla me trahiront-ils pour me livrer, mes soldats et moi, aux mains de Saiil? — Oui, répondit
de Judée, était dans la tribu de Juda. Josèphe l'écrit Kî^xa. Eusèbe la nomme 2)ix*, et il la place à huit milles d'Eleutheropolis (de Sauky, Dict, <fc* tmtiq. hibl., pag. 168}.
310 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE, — ÈRE DE LA ROYÀUTfi.
le Seigneur, ils te trahiront. — David sortit donc de Ccïla avec les six cents bomiues de sa troupe, incertain de la route qu'il devaît suivre et n'osant se fixer nulle part *. » uforéidt 34. Tromyi'' dans son espérance par cette fuite inopinée, Saûl dialltii! ne poui-suivit pas son expédition contre Ceïla. David, poiu- mettre fKa.a.r. Vm. une plus grande dislance entre son armée et celle du roi, avait M-Voiian. pris la direction de la nontière méridionale de Juda. Parvenu à la chaine de montagnes qui forme la ceinture du désert de Ziph, il y trouva une retraite favorable dans les sombres forêts qui en couvraient les hauteurs. Un psaume intitulé : Le chant du désert d'Idumée-, nous peint merveilleusement les sentiments qui remplissaient l'âme du héros, quand il eut rencontré cet asile, la vigilance du chef qui devançait le retour de l'aurore pour veiller à la sûreté des siene, et ses privations de tout genre. «OJéhovah, mon Dieu, l'heure matinale me trouve éveillé devant vous. Mon âme a soif de vos consolations, et ma chair se consume à les attendre. Sur cette terre désolée, sans chemins et sans eau, je me retrouve en face de votre gloire comme aux jours oii je la contemplais dans le sanctuaire. Votre miséricorde est plus douce à mon cœur que la lumière du jour; mes lèvres ne se lasseront jamais de vous louer. Ainsi, au milieu des angoisses de ma vie, je veux vous bénir sans cesse et élever vers vous mes mains défaillantes. Comme la graisse des victimes répare les forces du voyageur épuisé , ainsi le chant de vos louanges rassure et console mon âme. La nuit, sur la couche où je repose, je médite vos grandeurs, au matin je les redis encore. Vous >ul avez été mon bouclier, c'est à l'ombre de vos ailes que je veux iiiercher le bonheur. Mon âme s'est attachée à vous, et votre droite ji'a protégé. En vain ils ont cherché à me surprendre, ces ennemis que vomit l'enfer et que l'enfer réclame ; ils tomberont sous les coups du glaive vengem-, et le chacal des solitudes dévorera en
* I Heg., cap. xxiii, 1-14. — * Psalm. lxii : Psa/mus David cum e^set indeserto Idwniea. Un cerlaiu nombre de couiiueutaleurs rapportent aus-i à celte époque de l'histoire de David la composition du psaume xxn. Mais comme ce psaume manque d'inscription, les inductions qu'on peut tirer du sens des paroles et du la convenance de Jeur application, ne forment cependant qu'une hypothèse sur laquelle aous a'oHeriaaA Daa nous ax)i)uyer.
CHAP. I. - Mi P^OI REJETE DE DIEU (1031-1040). 3ii
silence leurs cacla-\Tes. Cependant l'élu de votre providence, celui que vous avez sacré de l'onction royale triomphera par votre secours : on bénira le nom de ses défenseurs fidèles, et los lèvres impures qui se sont ouvertes à la calomnie seront accablées de malédictions! » Ces accents inspirés nous transportent dans une sphère mille fois supérieure à la situation réelle où se trouvait en ce moment le héros. Ou oublie, en écoutant le prophète, qu'il était alors un malheureux fugitif, contraint de disputer sa vie à un roi insensé. On oublie le désert de Ziph, les six cents proscrits et les fureurs de Saûl. Il semble que l'horizon s'élargit, que la scène prend des proportions immenses, et qu'on entend, dans une seule voix, l'écho de tous les gémissements et de toutes les souffrances de l'humanité prosternée devant Dieu; c'est là ce qui donne aux psaumes leur grandeur véritable et leur portée universclie, et c'est la même raison qui fait de David, non pas un poète isolé qui chante des douleurs personnelles, mais la personnification la plus complète, la plus vivante de toutes les douleurs du monde. Il y a trois mille ans que le désert de Ziph retentissait de ces paroles subUmes, et en ce moment elles sont répétées par des millier? d'échos sur tous les points du globe. Les générations qui nous ont précédés les ont redites avec la même ardeur; on les chantera après nous, jusqu'à la fin du monde; et, au dernier jour, elles auront conservé tout le charme et tout l'à-propos qu'elles eurent au premier. Que le rationalisme moderne y réfléchisse. Aujourd'hui mêuic, il vient de jeter, par la plume de M. E. Renan, un solennel défi à l'histoire Ûe l'humanité. « Les sciences historiques, dit-il, ne dilfèrent en » rien par la méthode des sciences mathématiques et physiques; D elles supposent qu'aucun agent surnaturel ne vient troubler la » marche de l'humanité; que cette marche est la résultante immé- I) diate de la liberté qui est dans l'homme et de la fatalité qui est dans la nature; qu'il n'y a pas d'être libre supérieur à l'homme auquel on puisse attribuer une part appréciable dans la conduite morale, non plus que dans la conduite matérielle de l'univers *.»
' Ernest Renan, La chaire d'hébreu au collège de France, explications à rmn cllègues, 2» édition, Paris, Michel Lévy, 1862, ^*)>a;ï- 23 et 24.
Cette tliéorie est moins nouvelle que paraît le croire le savant professeur. David l'avait déjà rencontrée sur les divers chemins de son existence agitée, et il y répondait simplement : Di'xit insipiens in corde suo : Non est Deus *.
Visite de 35. Dieu ménaareait au cœur uu héros une consolation à sesdou'
Jpnafhas an "
proscrit, Tra- leurs. « Jonathas parvint à connaître le lieu où son ami se tenatc
hison de» -^
lipbéens, caché. Il vint le trouver dans la forêt de Ziph, et releva son courage abattu. Ne crains rien, lui dit-il, la main de Saiil, mon père, sera impuissante à te trouver. Ta régneras dans Israël, je serai trop heureux d'être le second dans ton empire. Tel est l'avenir que Dieu te réserve, et Saiil, mon père, le sait aussi bien que moi. » Ils renouvelèrent en ce jour, sous les yeux du Seigneur, leur serment d'inviolable fidélité; et le jeune prince retourna au palais de Gabaa. Cependant quelques hommes des campagnes de Ziph vinrent trouver Saiil : Ignorez-vous, lui dirent-ils, que David est venu chercher un asile dans l'épaisseur de nos forêts? Il est maintenant caché sur la coUine d'Hachila, à droite du désert. Venez donc, si vous désirez le surprendre, nous nous ferons un devoir de le livrer entre les mains du roi. — Soyez bénis de Dieu! répondit Saiil : vous du moins vous avez été touchés de mon malheureux sort! Allez donc, je vous prie, prenez toutes les mesures de précaution convenables, recueillez avec soin tous les renseignements, assurez-vous du heu où ce traître a posé le pied, réunissez les témoignages de ceux qui l'ont vu ; mais agissez avec prudence, car il se doute bien que je l'observe. Quand vous serez assurés du lieu de sa retraite, revenez m'en informer, et je vous accompagnerai. Fùt-il caché dans les entrailles de la terre, je fouillerai tout le sol de la Judée pour le trouver. — Les Ziphéens obéirent, ils combinèrent si adroitement leurs mesures, que Saiil parvint, d'après leurs indications, à i^ trouver sur la trace du proscrit. L'armée royale n'était plus séparée de la petite troupe de fugitifs que par une colline peu élevée. Le sommet franchi, David restait à découvert dans les plaines nues du désert de Maon. Les soldats de Saiil, habilement postés, lui formaient une ceinture infranchissable '. » Aucune issue n'étaii
• Pialm. ui, 1. — • I Reg., cap. ixni, 16-28,
lEU (1051-1040). 3l3
possible; tout espoir humain était perdu. Seigneur, s'écria David, dans ce moment de suprême angoisse, Seigneur, je n'ai plus que votre nom et votre puissance pour sauvegarde, sauvezmoi. 0 mon Dieu! écoutez ma prière, inclinez l'oreille de votre miséricorde à mes accents de détresse. Ils sont là, m entourant comme une forteresse vivante; leurs bras sont armés, ils veulent ma mort. Mais s'ils sont mes ennemis, grand Dieu, ils sont aussi les vôtres *. Ainsi priait David. En ce moment, un messager couvert de sueur arrivait près de Saiil : Hâtez-vous, lui dit-il, et venez au "secours d'Israël; les Philistins se sont précipités sur vos domaines. — Salil abandonna sur-le-champ la poursuite commencée pour se diriger en toute hâte sur les ennemis. Le lieu où ce messager vint trouver le roi, reçut depuis le nom de Rocher de la séparation^. » David, miraculeusement sauvé, termina le chant de détresse par un cantique de reconnaissance ^.
36. Pendant que Saûl, dont la dernière heure n'était pas encore lacayema venue, retrouvait un souvenir des exploits de sa jeunesse dans une nouvelle victoire contre les Philistins, David quittait précipitamment les montagnes inhospitalières de Ziph, traversait le désert de Maon, et s'enfonçant dans les sentiers abruptes du mont Carrael *, il vint se réfugier dans la vallée d'Eiigaddi, sur la rive occidentale de la mer Morte. En cet endroit, la mer Morte forme un cap qui s'avance dans les terres, et la vallée resserrée à l'ouest par la chaîne du Carmel présente un rempart presque inaccessible. Aussi le texte sacré donne à cette retraite, choisie par le proscrit, le nom d'inexpugnable : In locis futissimis Engaddi ^. Au retour de son expédition contre les Philistins, Saûl connut par ses espions le lieu
* Psalm. LUI : Intelledus David, cum venissent Zephœi et dixissent adSaùl: Nonnt
vid abscondiius est apud nos, 1-5. — * I Reg., cap. xxin, 27 ad ultim. — * t'^alm.
6 ad ultim. — * Cette montagne du Carmel, qui longe la mer Morle au
de la tribu de Juda, est différente du mont Carmel si célèlire par la rot
te d'Elie. Nous on avons déjà fait la remarque au n" 19 de ce chapitra»
* 1 Reg., cap. xxiv, 1. Nous ne saurions trop insister sur la nécessité pout
e lecteur de faire marcher de front l'étude de l'histoire biblique et celle d»
la géographie sacrée. Rien ne saurait donner une idée plus juste de la véra>
cite du livre saint jusque dans les moindres détails.
311 IlISTOmE DE l'église. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE L.\ ROYAUTë.
qiio David avait choisi pour sa retraite. « A la tête de trois mille soldats d'élite, il parcourut les montagnes d'Engaddi, faisant explorer les rochers les plus abruptes, à des hauteuis que le pied des gazelles semblait seul pouvoir atteindre. Un jour, le roi s'écartant de son escorte, s'arrêta seul à l'entrée d'une caverne dont l'intérieur était masqué par des broussailles. David et ses compagnon! y étaient cachés, mais ils se tenaient dans le plus profond silence, et Saûl ne soupçonna rien. Un des serviteurs de David lui dit à voit basse : C'est maintenant que s'accomplit la prophétie du Seigneur, quand il vous disait : Je livrerai ton ennemi entre tes mains, et tu le traiteras selon ton bon plaisir. — David ne répondit rien, s'approcha sans bruit, coupa la frange de la chlamyde royale, et se tournant vers ses compagnons, dans le fond de la grotte, il leur dit : A Dieu ne plaise que je me rende coupable d'un aussi monstrueux attentat, et que je lève la main sur mon seigneur et mon roi, sur celui que Jéhovah a choisi pour son christ! -—Il arrêta donc la violence de ses compagnons qui voulaient se précipiter sur le roi. Quand Saiil, sans se douter du danger qu'il venait de courir, fut sorti de la caverne pour aller rejoindre son escorte, David le suivit seul. Au bruit de ses pas, le roi se retourna, et David se prosternant à la manière orientale, lui dit : Pourquoi donc, seigneur, piêiez-vous l'oreille aux calomniateurs qui vous répètent sans cesse : David a juré votre perte? Vous en êtes témoin : le Seigneur vient de vous livrer entre mes mains, dans cette caverne isolée; on me proposait de vous mettre à mort. Non, ai-je répondu, jamais je ne porterai une main sacrilège sur mon seigneur et mon roi; il est le christ de Jéhovah! Et maintenant, ô mon père et mon maître, voyez cette frange de votre chlamyde, c'est ma main qui l'a coupée, et je vous ai respecté! Pendant que vous me poursuiviez avec tant de rigueur, je vous ai sauvé la vie. Eh ! qui suis-je, grand roi, puur mériter votre courroux? Vous vous obstinez à écraser un malheureux dont l'existence est aussi obscure que celle d'un inp'^'to do la solitude! — Dans le premier mouvement de surprise et de trouble où l'avait jeté cette rencontre, Saul n'avait pas reconnu son interlocuteur. Peu à peu ses idées devinrent plus nettes;
0 David, ô mon fils, c'est donc toi! s'écria-t-il, et, éclatant en sanglots, il versa un torrent de larmes. Ali! oui, disait-il, tu es meilleur et plus juste que moi! Tu m'as rendu le bien pour tout le mal que je voulais te faire. Le Seigneur m'avait réellement livré entre tes mains, et tu m'as sauvé la vie. Quel est l'homme assez généreux pour traiter de la sorte son plus cruel ennemi? Que Jébovah te rende en bénédictions la bonté que tu m'as témoignée! Je le sais, tu régneras un jour sur le peuple d'Israël; jure-moi qu'alors tu useras de miséricorde envers mes enfants et que tu ne feras pas disparaître mon nom de la maison de mon père! — David le jura; le malheureux roi reprit alors le chemin de Gabaa, et David retourna près de ses guerriers '. » Dans le transport de sa joie il chantait : « Jéhovah m'a envoyé son secours du haut des cieux; il m'a délivré, et mes ennemis frémissent maintenant de rage. La miséricorde et la vérité ont triomphé de leurs embûches. Dieu m'arrache à la griffe des lions. 0 mon Dieu , mon cœur déborde d'allégresse ; je veux chanter vos bienfaits. Résonne sous mes doigts, instrument de mélodie, kinnor, mes délices et ma gloire. Je veux redire à la terre la miséricorde du Seigneur ^. »
37. Une douloureuse nouvelle vint bientôt interrompre la joie Mort que cette réconciliation inespérée avait causée à David. « Samuel mourut à Ramatha. Tous les fils d'Israël se réunirent pour pleurer sa perte. On lui donna la sépulture au tombeau de ses pères, dans sa ville natale ^. » Ce dut être pour le cœur de David un regret amer, de ne pouvoir mêler ses larmes à celles de tout un peuple, aux funérailles du Prophète qui avait été l'instrument de son élé vation providentielle; mais la prudence ne lui permit pas de pa^. laître à celte assemblée. Malgré les paroles pacifiques échangées à Engaddi, il connaissait trop la versatilité de caractère et la som!jre humeur de Saûl, pour hasarder une pareille d.émarche. Il se contenta de pleurer en secret le plus grand homme qu'avaient en les Hébreux depuis Josué. Les calomnies accumulées par le rationa-
• I Reg., cap. xxiv iutegrum. — * Psalm. LVi, 4-9. Ce psaume porte pour inscription : D\widin tituliinscmJtione/n,cum fugeret a fade Saûl in speluncam, — * 1 Reg., cap. xxv, 1.
de SamaaL
316 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — lY* ÉrOQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.
lisme moderne contre la mémoire de Samuel, et relevées successi vement dans le cours de notre récit, ne réussiront jamais à altérer la majeslé douce et sainte de cette noble et patriarcale figure. Les ëIoge,s.que l'Esprit saint lui décerne au livre de l'Ecclésiastique, sont la meilleure réponse à leur opposer et la plus glorieuss inscription à graver sur la tombe du Prophète * : a Chéri de Dieu, Samuel le Voyant inaugura la royauté et sacra les premiers princes d'Israël. Il rendit la justice au peuple, selon l'iulégrité de la loi. Dans toutes ses paroles, il se montra l'interprète fidèle de la volonté de Jéhovah. Au jour des combats, fort de l'appui du Tout' Puissant , il repoussa les ennemis d'Israël , les princes de Phénicie et les satrapes philistins. Pour lui, Jéhovali fit retentir la foudre dans les cieux, et manifesta sa gloire au bruit du tonnerre. Avant de mourir ù la vie de ce siècle, il prit à témoin Jéhovah et son Christ de l'incorruptible probité qui avait présidé à son administration. Nul ne put se plaindre qu'il eût été de sa part l'objet de la moindre injustice, aucune voix ne s'éleva pour l'accuser. Il s'endormit alors du sommeil des justes. Prophète pendant sa vie, il le fut encore après sa mort. Il sortit de la tombe pour annoncer à Saiil la catastrophe qui devait mettre fin à son règne et à sa vie. » Kpitoda 38. David, après la rencontre d'Engaddi, pour mieux prouver à
fAbigall.
Saûl ses intentions pacifiques, avait quitté le sol de la Terre promise, et s'était fixé sur la lisière du désert de Pharan, au midi de la tribu de Juda. Le gracieux épisode d'Abigaïl, qui se rapporte à cette époque de l'histoire, va nous initier à tous les détails de la vie errante et fugitive que menaient les proscrits. « Sur le mont Carmel, non loin du désert de Pharan, vivait un riclie pasteur de \a tribu de Juda, nommé Nabal. Il comptait trois mille brebis et mille ciièvres dans ses troupeaux; son inlluence était grande dana
• Ecclcsiaslic, cap. XLVi, 16 ad ultim. Le Martyrologe romain fait mémoire de Samuel, au 20« jour d'août. S. Jérôme, Nicéi.hore, Thédlore le Lecteur et Procope nous apprauneut que dans le? preuiiires années du iv* siècle, souï l'epjpire d'Arcadius, fils et successeur de Tliéoilose le Grand, les ossements de Samuel furent apportés de Ramatha àConstantinople, et y devinrent l'objet dun culte solennel (Voyez les notes de Barouius ajoutées au Martyrol. ronaaixi. Martyrel. Homanum, cum notis Cœsarii Baronii^Romai, 1586, pag. 373).
îa contrée, où le nom de Caleb, son ancêtre, n'avait pas cessé d'être illuslre; mais, à tous ces avan'ages, Nabal ne joignait pas les qualités du cœur : il était malveillant, dur et emporté. Au contraire, Abigaïl, sa femme, aussi sage que belle, se faisait chérir par sa douceur et sa bonté. Un jour, le-s bergers de Nabal tondaient les brebis de leur maître sur le mont Carmel. C'était l'époque solennelle de la réunion des pasteurs, et, comme au temps des patriarches, on la célébrait par de joyeux festins. David, manquant de provisions dans la solitude de Pharan, envoya dix de ses compagnons près de Nabal, pour lui demander de sa part les vivres dont il avait besoin. Montez au Carmel, leur dit-il; vous y trouverez Nabal, vous le saluerez en mon nom par des paroles de paix, et vous lui transmettrez ce message : J'ai appris que vos bergers, que nous avons souvent rencontrés au désert, tondaient leurs moutons; jamais nous ne leur avons causé le moindre dommage, jamais une brebis n'a manqué à leurs troupeaux pendant tout le temps de notre séjour sur le Carmel. Interrogez-les eux-mêmes, et ils vous diront les services que nous leur avons quelquefois rendus. Maintenant donc, en ce jour de fête, que vos serviteurs trouvent grâce devant vos yeux, ne refusez point les provisions que nous vous demandons au nom de David. — Les envoyés s'acquittèrent de leur mission. A peine ils avaient cessé de parler, que Nabal s'écria dans un transport de colère : Quel est donc ce David? Qu'ai-je à faire au fils d'Isuï? Nous vivons dans un temps où il ne manque pas de serviteurs qui trahis.'^enl leurs maîtres. Vraiment! j'irai prendre mes pains cuits sons hi cendre, vider l'eau de mes outres et épuiser les provisions de viande que j'ai fait préparer pour mes bergers, afin de les donner à des gens que je ne connais pas! — Les compagnons de David rapportèrent au héros cette insolente réponse. Que chacun de vous ceigne son épée, s'écria David, et suivez-mçi. — Laissant toutefois deux cents soldats pour garder lc.« bagages, avec les quatre cents autres il se dirigea vers le Carmel. Or Abigaïl, absente au moment où les envoyés s'étaient présentés à Nabal, ignorait ce qui s'était passé. Un des bergers s'était empressé de l'informer de cet incident. David, lui dit-il, a expédié du
désert quelques-uns de ses hommes vers notre maître, avec de» propositions pacifiques. Nabal les a ignominieusement repoussés. CepertJant nous n'avons eu qu'à nous louer de leurs rapports avec nous, et jamais une brebis n'a manqué à nos troupeaux, pendan; tout le temps que nous avons passé ensemble au désert. Ils for» maient comme un rempart autour de nos pâturages, et veillaierj Bur nous la nuit et le jour. Voyez donc ce que vous avez à "faire pour réparer l'imprudence de votre mari. Ce deinier trait met 1( comble à ses injustices passées, et peut entraîner la ruine de votre maison. — Abigaïl mit à profit cet avei'tissement; elle prit deux cents pains, deux outres de vin, cinq béliers préparés pour le repas des bergers, cinq mesures de farine, cent grappes de raisin desséchées au soleil, et deux cents corbeilles de figues, donna l'ordre à ses sei*viteurs de charger toutes ces provisions sur des ânes , et de ■^e diriger sur le chemin du désert, ù la rencontre de David. Elle /es suivit elle-même, montée sur son ânesse, et partit sans préveair >sabal de sa démarche. CepencTant David, suivi de sa troupe, s'avançait en toute hûte dans la direction du Carmel. Quoi ! disait-il à ses compagnons, ce sera en vain que j'aurai préservé au désert contre l'atteinte des bêtes fauves et la rapacité des tribus nomades les troupeaux de cet homme ! Une seule de ses brebis n'a pas été perdue depuis que nous les protégeons, et aujourd'hui il me paie mes services par d'outrageants mépris! Vive Jéhovahl demain il ne restera ni un homme ni un animal vivant sous les tentes de Nabal! — Comme il disait ces mots, Abigail apparut avec sa caravane, sur le sommet du Carmel. Eu apercevant David, elle descendit de sa monture, se prosterna devant lui : Seigneur, dit-elle, c'est sur moi seule que doit retomber la responsabilité de la faute commise : n'en accusez point Nabal *, il ne justifie que trop son nom par ses inconséquences! Quant à moi, la plus humble de vos sej vante;^, je ne me trouvai point à l'arrivée de vos envoyés et nai pu les recevoir. Béni soit le Seigneur notre Dieu, qui me permet au moms d'arriver à temps, pour arrêter l'ellet de votre juste vengeance, et détoiirûei
CHAP. I. — LE ROI REJETÉ DE DIEU (lOol-lOiO). 319
'7otre bras prêt à nous frapper. Daignez recevoir, de la main de /être servante, ces provisions qu'elle vous apporte, et distribuez- Jes à vos serviteurs. Pardonnez-moi une faute involontaire. Ainsi puisse Jéhovah le Seigneur vous faire trouver, après tant de traverses, un repos glorieux! "Vous combattez ses combats, et jamais une œuvre d'iniquité n'a souillé votre main. Vainement des pervers se sont levés et ont poursuivi votre noble existence ; la vie de David, mon seigneur, est précieuse aux yeux de Jébovali; il la bénit et la protège, pendant que vos ennemis sont dans sa main comme la pierre roulée par la fi'onde des bergers, et rejelée loin de lui, Le jour donc où le Seigneur aura réalisé sur vous ses glorieux desseins, quand il vous aura établi sur le trône d'Israël, vous n'ait/ rez point à vou€ reprocber d'avoir versé le sang innocent, et suiv'ï le premier mouvement qui vous portait à la vengeance. Ce jour-là vous daignerez vous souvenir de votre bumble servante. — Il était impossible de dire plus et mieux en aussi peu de paroles. Abigaïl justifie, par ce discours improvisé dans une circonstance fort critique, l'éloge que lui décerne l'bistorien sacré, en l'appelant la plus prudente des femmes '. Béni soit Jébovah le Dieu d'Israël, qui vous a envoyée à ma rencontre, répondit David. Il a mis la grâce et la persuasion sur vos lèvres. Soyez vous-même bénie, car vous épargnez à ma main une sanglante vengeance. Sans vous, l'am'ore n'aurait plus trouvé demain une âme vivante dans les pavillons de Nabal. — Le héros accepta les provisions que lui apportait Abigaïl, et la traita avec honneur. Retournez en paix dans votre maison, ajouta-t-il en la quittant; j'ai fait tout ce que vous désiriez, et c'est grâce à vous que j'ai fait taire mon juste ressentiment. — Le soir, lorsqu'Abigaïl fut de retour au campement des pasteurs, Nabal se livrait à toute la joie du festin. Il eût été incapable d'entendre uk mot de la bouche de sa femme. Mais le lendemain malin, quand Abigaïl lui apprit ce qui s'était passé, il fut saisi d'une terreui mortelle et demeura comme étourdi sous le coup. La pensée dea dangers auxquels il avait échappé, et de ceux qui le pouvaient
* Eratque mulier il/a prudentissima (I Reg., cap. 3Utx.,^J,
mennctT encore, le jeta dans une proftinde mélancolie; et, dix l'ours après, il succombait à son chagrin. En apprenant sa mori inopinée, David s'écria : Le Seigneur s'est chargé de punir Nabal de son outrageante conduite envers moi. Il a fait retomber sur sa tète le poids de ses iniquités! — Quand les jours de deuil furent écoulés pour Abigaïl, David lui envoya quelques serviteurs fidèles qui vinrent la trouver sur la montagne. Notre maître, lui dirent-ils, sollicite l'honneur de vous avoir pour épouse. — La veuve de Nabal se prosterna quelque temps pour prier le Seigneur. Je ne suis, disait-elle, qu'une humble femme, indigne de laver les pieds des serviteurs de mon maître ! — Enfin elle se leva, se fit suivre des femmes qui la servaient, monta sur son ûnesse, et, escortée par les envoyés, se rendit près de David qui la prit pour épouse. Or, depuis longtemps déjà, Saiil avait contraint Michol, sa fîUe, de renoncer h son premier mariage, et l'avait unie à l'un de ses officiers- Phalli, fils de Lois, de la ville de Gallim *. » NonveUe 39. Probablement David pensa que son alliance avec AbigaU lui
aphéeus!' créerait une situation nouvelle dans les contrées voisines, et lui permettrait d'habiter en sûreté au milieu des Ziphéens, dont il avait une première fois éprouvé les mauvaises dispositions à son égard. « 11 vint donc y reprendre son ancien campement, sur la colline d'Hachila. Mais les Ziphéens le trahirent àe nouveau, et Saûl, oubliant l'alliance jurée à Engaddi, sa mit A sa poursuite. Une nuit, le camp royal établi sur le veisaut opposé de la colline était plongé dans le plus profond sommeil. David, suivi seulement d'Abisaï, frère de Joab, y pénétra à travers les sentinelles endormies et parvint jusqu'à la tente de Saûl. Le roi, étendu sur une natte, reposait sans crainte : sa lance était fichée en terre, à pon chevet. Ahisaï voulait profiter du moment et tuer le prince p«''',iant son sommeil. David l'en empêcha. Contente-toi . lui dit il, de soulever doucement la lance royale, et prend? en même
1 l lieg., cap. xxv iiitegrum. « Reland place la ville de Gallim daus la tribu » lie liuiijamin, à cause d'un passaj^e d'Isaïe qui niruliomie Gaiîim avec plu- * cicuià villes de Benjamin. S. Jérôme place ce village de Gallim près d'Ao » caron. » (De Sa.a\cy, A ni iq. bibl., pag. "/M
CnAP. I. — LE ROI REJETÉ DE DIEU (1051-1040). 321
temps la coupe d'or suspendue au chevet de Saiil. — Ils sortirent ensuite du camp sans que personne se fût éveillé autour d'eux. Quelques instants après, une voix formidable troubla le silence général et retentit dans tout le camp. C'était David, qui, parvenu au sommet de la colline, s'était arrêté et appelait Abner. Abner, chef des milices royales, disait-il, Abner, fils de Ner, ne répondras-tu pas? — Ainsi interpellé par une voix inconnue, Abner s'écria : Qui es-tu? Pourquoi troubler par tes cris le repos du roi? -— N'es-lu pas le chef des milices royales? répondit la voix; n'es-tu pas le plus vaillant des guerriers d'Israël? Pourquoi donc gardestu si mal le prince qui t'a donné sa confiance? On vient de pénétrer jusque dans la tente de ton maître pour le tuer; vous êtes tous des serviteurs infidèles, et votre coupable négligence mériterait le dernier supplice. Vois un peu où sont la lance et la coupe d'or que le roi avait suspendues à son chevet! — Saûl reconnut le premier la voix qui retentissait ainsi dans l'ombre et le silence de la nuit. N'est-ce pas toi, David, mon fils? s'écria-t-il. — Oui, seigneur, je suis David, répondit le héros. Pourquoi le roi mon maître continue-t-il à me poursuivre? Qu'ai-je fait? Quels sont mes crimes? Ahl cessez cette guerre cruelle; vous sied-il de vous mesurer avec un infortuné comme moi, et de me traquer dans ces montagnes comme le chasseur poursuit la perdrix tremblante au milieu des rochers? — J'ai péché, dit encore une fois Saiil, reviens à moi, David, ô mon fils! Je ne songerai plus à te nuire : et de même que tu m'as sauvé la vie en ce jour, je respecterai la tienne. Des conseils perfides m'ont égaré. — David ne crut pas devoir se fier à des proûttesses dont il savait par expérience le peu de valeur. Voici la lance et la coupe royales, dit-il : qu'un des serviteurs du roi mon maître vienne les prendre. Jéhovah le Seigneur rendra à chacun selon sa justice et sa fidélité. Pour moi, je le proclame en ce moment, Jéhovah avait remis le roi en mon pouvoir, mais je n'ai pas voulu lever la main sur le christ élu de Dieu. — Cet incident mit fin à l'expédition de Saûl ^ »
* I Reg., cap. xxvi intcgrum.
322 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROTArTÊ . ^
Psvid trouve 40. <( Cependant Da\'id se disait à lui-même : Tôt ou tard je tam- Ktats^r berai entre les mains du roi. Ne ferais-je pas mieux de chercher un roideG«th. ^g.jg g^^ j^ j^^j.j.g étrangère? Si je pouvais m'étabhr au pays des Philistins, Saul ne songerait plus à me poursuivre, et cesserait de parcourir toutes les frontières d'Israël pour m'y livrer la guerre *.)b Cette pensée fut bientôt mise à exécution. Le héros n'était plus le fugitif isolé et sans ressources qui avait un jour, quelques painî azymes dans sa gibecière et l'épée de Goliath à la main, demandé un abri au roi de Geth. Sa situation s'était avantageusement modifiée. Une foule de braves l'accompagnaient; l'alliance d'Abigail avait encore ajouté à son intlueuce; Achinoam, la fille d'une des plus puissantes maisons de Jezraël, s'était de même unie à ses destinées 2; la résistance prolongée et toujours heureuse que, depuis près de vingt ans, il entretenait contre Saûl, avait environné son nom d'une gloire nouvelle. Il n'hésita donc pas à se présenter, dans ces conditions, devant Achis, le roi de Geth. Celui-ci l'accueillit avec la plus grande joie, et lui assigna pour demeure la ville de Sicéleg 3, sur la limite du pays des Philistins, à l'ouest de la tribu de Siméon. La politique, plus que le sentiment, avait déterminé la conduite d'Achis. Le roi phihstin espérait que David lui serait un auxiliaire puissant contre les tribus méridionales d'Israël. Mais ces espérances furent déçues. David, proscrit par la haine de Saûl, ne voulait pas rendre le peuple de Dieu responsable de l'animosité toute personnelle dont il était l'objet de la part du roi. Pendant les quatre mois qu'il passa à Sicéleg, il tourna constamment ses armes sur les tribus amalécites de Gessuri et de Gerzi, établies au midi de la Palestine, sur la route de Sur, en Egypte, 'ians le désert Arabique. Il revenait de chacune de ces expédition? avec des troupeaux de brebis, de bœufs et d'ûnes enlevés à l'em nemi, et des caravanes de chameaux chargés de butin et d'étotles précieuses. Du reste, il suivait rigoureusement contre Araalec les
» I Rcg., cap. xxvn, 1. - « I Reg., cap. XXiv, 43. — » C'est depuis celte épo- 7116, que Sicéleg fut incorporée au domaine des rois de Juda, dont elle ne cossà plus de faire partie, pendaut tout le cours de l'existence de li mouarcbie hébraïque.
proscriptions de la guerre sainte, ordonnée par Dieu lui-même à Moïse , et n'avait garde de tomber, sous ce rapport , dans la faute qui avait entraîné la réprobation de Dieu sur la royauté de Saûl. Il ne faisait pas de prisonniers, et ne laissait par conséquent point d'indiscrétion possible vis-à-vis d'Achis. Celui-ci s'applaudissait donc des exploits de son nouvel allié, d'autant plus qu'il les croyail remportés sur les Hébreux, et ne doutait plus de sa fidélité.
41. Cependant le moment approchait où la royauté de Saiil, depuis longtemps condamnée, allait s'écrouler dans un épouvantable désastre. « Les Pliilistins se préparaient à tenter une invasion formidable sur le territoire d'Israël, pour laver dans le sang le souvenir de leurs anciennes défaites. Toutes les satrapies reçurent l'ordre de réunir leurs bataillons à l'armée nationale. Acbis communiqua cette nouvelle à, David : Je compte sur loi et sur tes guerriers, lui dit-il; c'est à toi que je veux confier la garde de ma personne *. » La situation de David était criUque. Refuser de se rendre aux ordres d'Achis, c'était attirer sur sa petite troupe l'orage qui se préparait en ce moment contre Saûl. Prendre rang dans l'armée d'invasion, c'était porter les armes contre sa patrie, et faire solennellement ce que David évitait si soigneusement depuis quatre mois. Paraître au milieu des Philistins avec l'intention secrète de les abandonner au moment décisif, c'était une infâme trahison visà-vis d'un roi étranger, dont le bienveillant accueil , quelque politique qu'il pût être, n'en avait pas moins été réel et eflicace. Se battre avec courage dans les rangs ennemis, c'était verser le sang de ses frères et souiller son nom d'une tache immortelle. Nous n'exagérons point les difficultés de cette position. N'a-t-on pas écrit, dans ces derniers temps, avec une légèreté que ne rachète pas le ton dogmatique dont on l'accompagne, ce jugement sur David : a Comment l'homme que nous trouvons tour à tour, aux difierentes » époques de sa carrière agitée , servant l'étranger contre sa pati^ie^ t) associé à des brigands , souillé de crimes domestiques , cruel et p vindicatif jusqu'à l'atrocité, a-t-il pu passer dans la tradition
David ns
servit pa»
l'étranger
contre sa
patrie, ainsi
que l'afËrma
M. Renan.
» I Reg.f cap. xxvni, l el â.
i24 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV' ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.
B d'Israël pour un roi selon le cœur de Dieu *? » La tradition de M. Renan affirme donc que David « servit l'élranger contre sa pa- » trie. » Heureusement la tradition d'Israël ailirme le contraire. Voici le récit de la Bible : « Les satrapes philistins campés à Apliec avaient réuni leur armée sous la direction de centurions et de chiliarques. Acliis était à l'arrière-garde avec ses troupes. David était venu le rejoindre. Les Philistins, en le voyant, dirent au roi de Geth : Que viennent faire ici ces Hébreux? — Ne savez-vous pas, dit Achis, que j'ai depuis quelques mois, à Sicéleg, David, un ancien serviteur de Saul? Je n'ai nullement à me plaindre de lui, depuis qu'il s'est réfugié dans mes Etats. — David! reprirent les satrapes indignés. Mais c'est celui qui tua jadis Gohath, et dont les femmes juives chantèrent la victoire. Renvoyez cet homme à Sicéleg. Qu'il ne nous suive point dans notre expédition. Au jour du combat, il tournerait ses armes contre nous. Il paierait ainsi de notre sang le prix de sa réconciliation avec son maître. » Ainsi, les Philistins eux-mêmes jugèrent David incapable de la conduite que iSI. Renan lui reproche gratuitement à trois mille ans de distance ! Achis rendit compte au héros des soupçons dont il était l'objet dans l'armée, et, « la nuit suivante, David avec sa petite troupe quitta le camp des Philistins et reprit le chemin de Sicéleg *. » Cet incident le dégageait d'une situation pleine d'angoisses, lucidett ^2. Le spectacle qui l'attendait à Sicéleg ne devait pas être
'cc eg. jjjQJj^g douloureux pour son cœur, a Après trois jours de marche, David et les siens, croyant retrouver leurs familles et le repos du foyer, n'eurent sous les yeux qu'un monceau de ruines fumantes. Les Amaléciles, profitant de leur absence, avaient quitté le désert, 8'étaient précipités sur la ville désarmée et l'avaient réduite en cendres. Les femmes et les enfants, chargés sur leurs chameaux, avaient été emmenés en captivité, et la tribu nomade, après cette apide expédition, s'était de nouveau enfoncée dans le désert. En présence de ce désastre si complot et gi inattendu, des cris de
' E. Renan, Etudes (f histoire relitjieusM^ ly* édilioUf pag. 96, — ' I Reg., cap. XXIX iute^r.
CHAP. I. — LE ROI REJETÉ DE DIED (lOoI-lOiO).
fureur retentirent dans l'armée de David; des larmes de désespoir coulaient de tous les yeux. Abigaïl et Achinoam, les épouses du héros, avaient subi le sort commun, et le cœur de David était inondé d'amertume. Cependant les soldats, dans leur désespoir, rejetaient sur lui la responsabilité de leurs maux et menaçaient de le lapider. L'effervescence populaire augmentait d'instants en instants; David, si cruellement frappé lui-même, était sans ressources. Jébovab le Seigneur vint à son secours. Le grand prêtre Abiathar consulta l'oracle divin. Dois-je poursuivre ces brigands? demandait David. Les livrerez-vous entre mes mains? — Oiiï, répondit Jébovab; cours à leur poursuite, tu les atteindras, et tu arraclieras les captifs de leurs mains. — Le héros se précipita aussitôt à la poursuite des ravisseurs, à la tête de quatre cents guerriers. Les deux cents autres, épuisés de fatigue, ne purent le suivre plus loin que le torrent de Bésor. Sur le chemin, ils rencontrèrent un Egyptien étendu sans mouvement et prêt à mourir de faim. Depuis trois jours et trois imits il n'avait pris aucune nourriture; on approcha de l'eau fraîche de ses lèvres, on lui donna à manger du pain, quelques figues et deux grappes de raisin. Quand il eut repris assez de force pour parler, David lui demanda : Qui es-tu, et d'oH viens-tu? — Je suis, répondit-il, un esclave égyptien, au service d'un maître amalécite. Mon maître m'a abandonné dans ce désert il y a trois jours, parce que j'étais tombé malade. Nous revenons d'une expédition sur la frontière méridionale de Juda et de Galeb, à la suite de laquelle nous avons livré aux flammes la ville de Sicéleg. — Pourrais-tu, reprit David, me conduire au campement des Amalécites dont tu parles? — Jurez -moi , dit l'esclave, quo vous ne me tuerez point, que vous ne me livrerez pas entre leg mains de mon maître, et je vous promets de vous y conduire. — David le lui jura. L'esclave tint parole. Au moment où les guîrriers hébreux arrivèrent au campement des Amalécites, ceux-ci, descendus de leur monture, s'étaient étendus à terre sans défiance , et se livraient à toute la joie d'un copieux festin pour célébrer leur victoire. David s'élança contre eux. Les Amalécites ne songeren» pas même à se défendre, ils se hâtaient de monter sur leur»
326 HISTOIRE r>E l'église. — IV* fPOQI^E. — ÈRE DE LA ROT^CTÉ.
chameaux pour s'enfuir. Quatre cents d'entre eux y réussirent tous les autres succombèrent sous les coups des Israélites. On re trouva tous les prisonniers, rien ne manqua ni au butin ni aux troupeaux enlevés à Sicéleg. Il était même considérablement augmenté par tout ce que les Amalécites avaient pillé dans les autres parties du territoire de Juda. Content d'avoir réparé nn désastre qui avait d'abord paru irrémédiable , David rendit à chacun tout ce qui lui avait été enlevé, et ne conserva pour les siens et pour lui que ce qui leur avait précédemment appartenu *. » C'était la conduite qu'Abraham avait tenue dans une circonstance analogue, après sa victoire sur le roi d'Elam *. LaPythcaifte 43. Pendant que cet incident occupait les forces de David sur la frontière méridionale de Juda, des événements beaucoup plus graves se succédaient au nord de la Palestine, sur le territoire d'Issachar. C'était par ce côté que les Philistins avaient résolu d'attaquer Saûl. Ils avaient remonté le cours du Cison par la fertile vallée de Sunam, et le vieux roi, de son côté, « appelant tous leB fils d'Israël sous ses drapeaux, était venu camper sur la montagne de Gelboë, au sud-ouest du lac de Génésareth. A la vue des bataillons pliilistins qui couvraient au loin la plaine, Saûl sentit l'efFroi gagner son cœur, D consulta Jéhovah par le ministère des prophètes et des prêtres, mais il n'obtint aucune réponse. Il interrogeait les songes, et cherchait à démêler l'avenir dans ces lueurs incertaines, sans pouvoir y réussir. Désespéré, il voulut recourir h l'intermiédiaire des devins et à leurs maléfices. Depuis longtemps il avait banni de ses Etats cette sorte de gens; mais, dans le trouble qui l'agitait, il oubliait et la loi du Seigneur et la sagesse même de ses précédents édits. Qu'on me cherche une pythonisse, dit-il à ses serviteurs. J'irai moi-même la trouver, et j'aurai d'elle la réponse que Jéhovah me refuse ! — Nous en connaissons une qui demeure à Endor ', répondirent les courtisans. — Le roi déposant tous le» insignes royaux qui l'eussent fait reconnaître, changea de vête-
• I neg., cap, ixi integrum. — * Voy. loin. 1 de cette Histoire, pag. 370, 371» — * £udjr était située dans la vallée de Jezracl, en lace de Geîboé.
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meiits, et accompagné de deux de ses officiers, se rendit au milieu de la nuit chez la pytlionisse. Consulte pour moi ton oracle, lui ditil, et fais apparaître à mes yeux une personne qno je te nommerai. — Tu sais, répondit cette femme, les sévères édits que le roi Saiil a portés contie nous. 11 a exterminé les magiciens de la terre d'Israël; pourcfuoi viens-tu me faire des propositions de ce genre et m'exposer à la mort? — Vive Jéhovali le Seigneur! s'écria Saûl; tu ne seras point trahie et il ne t'arrivera aucun mal. — S'il en est ainsi, repint la pytlionisse, j'y consens. Qui veux-tu que j'évoque devant toi? — Samuel, répondit-il. — La pythonisse commença ses incantations; mais, comme effrayée elle-même de la vision qu'elle avait sous les- yeux, elle poussa un grand cri : Vous m'avei trompée, dit-elle, vous êtes Satil! — Tu n'as rien à craindre, dit lô roi. Que vois-tu donc? — Je vois une ombre surgir majestueusement. — Quelle est sa forme? demanda Saûl. — C'est un vieillard, le voilà qui s'avance, il est revêtu d'un long manteau. — Le roi distinguant lui-même la forme mystérieuse, reconnut Samuel et s'inclina profondément pour le saluer. Pourquoi, dit l'ombre, as-tu troublé mon sommeil et m'as-tu évoqué? — Je suis dans la plus terrible angoisse, répondit Saûl; les Philistins s'avancent pour me combattre. Le Seigneur s'est retiré de moi, il a refusé de me répondre; son oracle est muet, les prophètes se taisent, les songes sont inintelligibles, je vous ai fait évoquer pour apprendre la vérité de votre bouche. — Pourquoi m'interroger, quand le Seigneur s'est retiré de toi? dit le Prophète. Sa protection repose maintenant sur la tête de David. Jéhovah accomplira tout ce qu'il t'avait annoncé autrefois par mon ministère. Il arrachera le royaume à tes mains pour le donner à ton rival. Ainsi tu expieras la faute commise au jour de ta victoire contre Amalec. Le Seigneur va livrer ton armée au pouvoir des Philistins; demain, tes fils et toi, vous descendrez près de moi, dans le séjour des morts, et le camp d'Israël sera la proie de l'ennemi. — A ces mots, Saûl tomba évanoui. Les menaces de Samuel avaient achevé de briser ses forces, déjà ébranlées par le manque de nourriture, car il avait passé toute la journée eans rien manger. La pythonisse épouvantée se précipita pour lui
porter secours. Quand il eut recouvré l'usage de ses sens, elle lui proposa de prendre quelques aliments; le roi repoussait toutes ses instances, mais les deux officiers qui l'accompagnaient le pressèrent tellement, qu'il se rendit enfin à leurs prières. Il accepta les pains azj^mes et un agneau cuit à la hâte que cette femme lui présenta, puis il reprit avec ses compagnons le chemin du camp, oià il arriva à l'aurore *. » L'apparition du Prophète fut-elle réelle ou simulée; fut^elle l'œuvre d'un pouvoir diabolique ou un pur effet de l'imagination exaltée de Saûl, toutes ces questions se sont présentées tour à tour au génie des docteurs et des pères de l'EgUse. Elles ont exercé la sagacité des commentateurs et éveillé l'attention de tous les esprits qui se sont, à diverses époques, préoccupés de l'étude des sciences occultes. Le mode d'évocation emploj^é par la pythonisse semble se rapprocher de celui que des événements récents ont rendu populaire parmi nous. Chose étrange! Il y a un siècle à peine, quand les échos du philosophisme se renvoyaient mutuellement les railleries de Voltaire sur la pythonisse d'Endor, toute la société française se penchait sur le baquet de Mesmer pour y étudier des évocations fantastiques. De nos jours, quand le rationalisme croyait avoir enfin délivré le monde de l'élément surnaturel, nous voyons surgir par miUiers des spiiites qui ont la prétention d'évoquer à leur gré l'âme des morts! En tenant compte de l'illusion, de la faiblesse d'esprit et de la supercherie qui se trouvent toujours plus ou moins au fond de tentatives de ce genre, il est pourtant impossible de méconnaître qu'elles prouvent incontestablement la croyance universelle de tous les siècles à l'existence d'un monde d'esprits, parallèle au monde des corps où nous vivons. Quant au fait même de l'évocation d'Endor, il nous paraît que saint Thomas a dit le dernier mot de la science théologique à ce sujet. Suivant ce grand docteur, ni le démon, ni la fourberie de la pythonisse, ni même l'imagination de Saiil ne furent pour rien dans cette lugubre scène. Dieu, par sa puissance, indépendamment de tcu: art magique, fit i>araitre aux yeux du prince téméraire la
' I Rej., cap. xîvin liitegt
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figure de Samuel, et lui renouvela, par son organe, la sentence de réprobation et de mort antérieurement portée contre lui *.
44. La vision de la nuit précédente allait devenir pour Saûl et Défaite te son armée une effroyable réalité, a Les Philistins enoragèrent le deSaiaet<(e combat sur lous les points avec une égale furie. Les trois fils de Saûl, Jonathas, Abinadab et Melchisua se tenaient à ses côtés. Après une mêlée terrible, tout l'effort de l'ennemi se dirigea sur le groupe royal. Les trois jeunes princes succombèrent sous les coups des archers philistins. Le roi lui-même tomba grièvement blessé. Dans son désespoir, il dit à son écuyer : Tire ton épée du fourreau, et achève-moi; que ces incirconcis n'aient pas la joie de m'avoir pour captif et d'insulter à ma mort. — Le fidèle serviteur n'eut pas l'horrible courage de rendi'e ce dernier service à son maître. Saiil, réunissant alors ses forces défaillantes dans un suprême effort, parvint à dégager son épée du fourreau, et appuyant la garde sur le sol, il pressa sa poitrine sur la pointe et se transperça lui-même. Eperdu de douleur, l'écuyer à son tour lira son épée et suivit l'exemple du malheureux roi. La mort de Satil et de ses fils entraîna la défaite de l'armée d'Israël. La déroute fut bientôt à son comble. Les fuyards se précipitaient comme un torrent dans la vallée du Jourdain, espérant atteindre le fleuve, le passer à la nage et mettre cette barrière entre eux et l'ennemi. Tous les habitants des villes d'alentour les suivaient en tumulte, et allaient chercher un refuge à Jabès-Galaad, sur la rive orientale du fleuve. L'armée ennemie passa toute cette journée à poursuivre les fuyards et à prendre possession des cités désertes. Le lendemain, en parcourant le champ de bataille pour dépouiller les morts, quelques soldats philistins découvrirent le corps de Saiil. Il était sur le sommet ,ie Gelboë; les trois princes, ses fils, étaient étendus sans vie à côté de lem père. On coupa la tête de Saûl, et ce sanglajit trophée
» S. Thomae Aquin., Summ. Theolog., pars 1», quœst. Lxxxix.art.vni ad Sno»; 2» 2r, quaest. ccxxiv, art. vi, ad 2". ; voir la dissertaliou de dom Caluiet sur l'apparitiou de Samuel à Saûl. Voyez aussi pour les détails que la tradition rabbiûique avait ajoutés à la vision d'Eudor, Schickardi, Jus regium U»» braeorum, pag. 27.
3"J0 i: STOIRE DE l'Église. — n" époque. — ère de la royauté.
Chant funèbre de David sur la mort de Saiil et de Jonatlias.
fat proir ené par les vainqueurs dans toutes les cités des Philistins, comme le témoignage de la ^ictoi^e. Les armes de Saûl furent déposées solennellement dans le temple d'Asiarolli. Son corps mutilé fat suspendu aux murailles de Bethsan, la ville la plus rapprochée du champ de bataille, dans la tribu d'Issachar. Cependant les habitants de Jabès-Galaad résolurent de soustraire les restes du malheureux roi à cette barbare ignominie. Quelques guerriers d'élite sortirent de la ville pendant la nuit, franchirent le tleuve, pamnrent jusqu'à Bethsan, chargèrent sur leurs épaules les corps de Saûl et de ses fils, et les rapportèrent ainsi à Jabès. Pour prévenir le retour de scènes aussi odieuses, ils les brûlèrent sur un bûcher, et, recueillant les ossements, leur donnèrent la sépulture dans le bois de Jabès *. »
45. « Deux jours s'étaient écoulés depuis que David, vainqueur des Amalécites, était de retour à la ville incendiée de Sicéleg. Le matin on vit accourir un homme dont les vêlements étaient déchirés en signe de deuil, et la tête couverte de cendres. Arrivé près de David, il se prosterna la face contre terre. D'où viens-tu? lui demanda le héros. — Je me suis échappé de l'armée d'Israël, répondit l'inconnu. — Qu'est-il donc arrivé? reprit David. — Toute l'armée est en fuite, dit l'étranger. Les plus braves guerriers sont morts les armes à la main; Saûl et son fils Jonatlias ont perdu la vie. — Mais, demanda encore David, comment sais-tu que Saûl et Jonatlias sont morts?— Le jeune homme, qui jusque-là n'avait dit que la vérité, commença alors une fable qu'il supposait devoir lui être avantageuse et lui mériter les faveurs de David. Je me trouvais par hasard sur la montagne de Gelboë, dit-il, et j'aperçus le roi qui se tenait debout, la main appuyée sur sa lance. Il était blessé ; un groupe de cavaliers philistins et des chars de guerre s'approchaient et allaient le faire prisonnier. Saûl me vit, il m'appela. Qui es-tu î me dcmanda-t-il. — Je suis Amalécite, répondis-je. — Approche, me dit-il, et tue moi, car je souffre cruellement de mes blessures, sans pouvoir mourir. — Je m'approchai et lui donnai la mort. Je
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pris ensuite sur sa tête le diadème royal, je détachai le bracelet d'or de son bras, et je suis accouru, seigneur, pour les dôi^oser à vos pieds. — A ces paroles, David et ses compagnons décla'rèrenl leurs vêtements en signe de deuil. Ils passèrent toute cette journe'e dans le jeûne et les larmes, déplorant la mort de Saiil et de Jonathas son fils, et la perte des braves guerriers d'Israël. Le lendemain David fît venir l'étranger. De quel pays es-tu réellement? lui demanda-t-il. — Je suis Amalécite, dit celui-ci. — Comment as-tu osé porter la main sur le christ du Seigneur? — Ayant ainsi parlé, il le fit mettre à mort par un de ses soldats. Que ton sang retombe sur toi, dit-il. Tu as prononcé toi-même ta sentence quand ta as dit : J'ai tué le christ, l'élu de Jéhovah! » La douleur de David lui inspira un chant qui suffirait seul h immortaliser le souvenir de la défaite de Gelboë. « Les héros d'Israël, dit-il, ont trouvé la mort sur ces sommets désolés? Comment ont-ils succombé, les vaillants ! Ah ! n'allez point en porter la nouvelle sur la terre de Geth, ni dans les rues d'Ascalon! Que les épouses des Philistins, que les filles des incirconcis n'insultent point à nos malheurs par des chants de triomphe. Montagnes de Gelboë, que jamais la pluie du ciel ni la rosée du matin ne viennent rafraîchir votre sol maudit. C'est là qu'on a jeté dans la poussière le bouclier des vaillants, le bouclier de Saûl, comme s'il n'eût pas été le roi sacré de l'onction sainte. Jamais la flèche de Jonathas oul'épéede Saiil n'étaient revenues du combat sans s'être baignées dans le sang de l'ennemi, sans s'être plongées dans la poitrine des vaillants. Saûl et Jonathas, noms glorieux et chéris! Unis pendant la vie, la mort vous a laissés inséparables, héros plus rapides que l'aigle dans son essor, plus vaillants que le lion du désert. Filles d'Israël, pleurez la moit de Saûl. Il apportait à vos pieds la pourpre et l'or, dépouilles des ennemis Comment les vaillants ont-ils succombé dans ce fatal combat! Comment Jonathas a-t-il péri sur la colline de la malédiction ! 0 Jonathas! ô mon frère, c'est toi que je pleure, toi le plus aimable des héros: ton amitié était douce à mon cœur, ta tendresse avait
332 HISTOIRE DE l'église. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROyAUTÉ
des cbarmes inexprimables. Comme une mère aime son unique enfjint, ainsi je t'aimais* ! »
^*j|j='^j -46. David pleurant avec des accents si vrais et si énergiques la de David, niort de Saiil, c'est un irait qui peint à lui seul les deux rivaux et met en relief le contraste de leurs caractères. Le berger de Bethléem 'emporte sur le laboureur de Gabaa de toute la supériorité morale d'une grande âme sur la faiblesse d'un esprit étroit et jaloux. Saijl n'avait pas l'âme assez élevée pour les hautes fonctions dé roi. Comme il arrive parfois sur le sommet d'un précipice, que la tête soit prise de vertige, ainsi l'éclat d'une fortune subite l'avait aveuglé. Modeste d'abord, plutôt par la surprise de son élection imprévue que par le fond même d'une nature sérieuse et intelligente, il s'était bientôt accoutumé aux honneurs de la royauté et avait rapporté à son mérite personnel toute la gloire de son élévation. Dès lors la loi de Dieu cesse d'être pour lui un guide, il ne la considère plus que comme un instrument. Samuel est un censeur trop rigide; on s'en servira peut-être encore comme d'une influence précieuse à ménager aux yeux du peuple, mais ses conseils seront éludes. Le Grand Prêtre est suspect, le Grand Prêtre est immolé; le nom de David est un épouvantail, il sera persécuté sans relâche, on emploiera pour le perdre la ruse, la trahison , les promesses vingt fois violées, on déploiera enfin tous les détours et tous les artifices d'une politique sans principes, sans honneur et sans foi. Avec ce caractère, si les rôles eussent été intervertis, si David eût péri dans son expédition contre les Amalécites au désert, et que Saiil vainqueur des Philistins à Gelboë eût appris, dans des circonstances analogues, la mort du fils d'Isaï, on peut affirmer qu'il en eût accueilli la nouvelle avec des transports de joie et toutes les démonstrations du plus insolent triomphe. Qu'avait-il donc manqué ^ Saiil? Le sentiment de sa propre faiblesse et de la toute-puissance de Dieu; peut-être aussi l'éducation du malheur. Oui, nous croyons que, sous ce rapport, David avait été plus favorisé que lui. L'orgueil
* Il Reg.f cap, j ialegr.
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de l'homme est tel qu'il a besoin d'être longtemps brisé parl'infoi tune avant de s'assouplir et de s'incliner sans retour sous la mai», du Seigneur. David disputant sa vie pied à pied , demandant u\ abri aux rochers et aux cavernes des montagnes, sollicitant la bienveillance des pasteurs pour assurer un morceau de pain à sa détresse, parcourant le désert, fuyant chez des ennemis qui le rejettent d'abord parce qu'ils le croient faible , qui le caressent ensuite parce qu'ils le croient puissant; David échappant à tous les périls d'une existence si agitée, si aventureuse, si persécutée, devait mieux comprendre le prix de la protection céleste et du dévouement des hommes. Il avait fait un meilleur apprentissage de la royauté, son âme devait plus facilement s'ouvi'ir aux sentiments de la piété sincère, de la justice impartiale, de la modération dans la prospérité et de la constance dans l'infortune; or ce sont ià les vertus qui font les grands princes et qui assurent la splendeur de tenr règJDti.