OQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ
fOJ^ uère *, » îl 'Tpxceptîon de l'épée triomphiile qu'il offrit au Seifuear dans son Tabernacle'. «Quand l'armée traversa les cités nsraël, après ce triomphe inespéié, les Temmes juives venaient à Ba rencontre en formant des chœurs de danse. Elles chantaient, llans leur enthousiasme : Saûl a frappé mille Philistins de sou glaive vengeur, mais David d'un seul coup en a abattu dix mille ^I » Le fils d'Isaï, modeste au sein de la victoire, reportait à Jéhovah tout rhonneur de cette grande journée. Il cluintait sur le kinnor ce cantique de reconnaissance* : a Béni soit le Seigneur, mon Dieu qui a dirigé dans le combat mes mains inexpérimentées, et donné la force à mes doigts débiles. Jéhovah fut mon protecteur; c'est en lui seul que reposait mon espérance : c'est lui qui fait retentir aujourd'hui mon nom paimi les acclamations populaires. Mais, Seigneur, qu'est-ce donc que l'homme pour que votre regard s'abaisse jusqu'à lui! Qu'est-ce donc que ce faible enfant pom^que vous l'honoriez d'une pensée de votre cœur ! L'homme, c'est la vanité du néant; ses jours sont comme l'ombre du nuage qui s'envole. Grand Dieu, inclinez sur vos pas la voûte des cieux et descendez. Touchez du doigt les orgueilleux bataillons de l'ennemi, et ils s'évanomi-ont en fumée. Un éclair Vt^cé par votre main les réduira en poudre; une flèche de votre arceaffit à les anéantir. Etendez vos bras pour ma défense, sauvez-moi du déluge des ennemis. Leurs flots s'élèvent comme ceux des grandes eaux. Les fils de l'étranger ont ouvert la bouche aux blasphèmes; leur faj'as s'appesantissait comme le bras
le reste de la ville de Jérusalem était déjà, à cette époque, au pouvoir de» Hébreux. — i 1 Reg., cap. xvii, 41-54. — * I Reg., cap. xxi, 9. — > I Reg., cip. xvm, 6, 7.
* Le psaume cxun, que nous traduisons ici, est intitulé dans la versioa des Septante, suivie jtar la Vulgate : Psalmui David adversus Goliath. D'après cette indication, qui concorde d'ailleurs parfaitement avec le sens du psaume lui-même, nous avons donc, comme le dit .M. l'abbé RolirbaLber {Hist. univ. de l'Eglixe, tom. II, pag. 115) « le monument le plus durable « vie la victoire du fils o^/'iï, et la première de ses poésies sacrées, dont la sublimité a triomphé de toutes les critiques et dépassé ce que le lyrisme profane a connu de plus élt'vé. Nous donnerons désormais, à mesure que les faits de l'histoire se présenteront sous notre plume, la traduction des psaumes qu'ils auront iospirës.
du crime. Cependant leur jeune famille prospérait dans l'abondance, comme au printemps les fleurs nouvelles. Leurs filles ajoutaient à l'éclat de leur beauté des parures dignes d'un temple. Leurs celliers regorgeaient de fruits; leurs troupeaux féconds couvraient les plaines et leurs bœufs mugissants dévoraient la graisse de la terre. Pas une pierre ne s'écroulait de leurs remparts, pas un cri de détresse ne s'élevait dans les rues de leurs cités. On disait d'eux : Bienheureux le peuple qui jouit de liuit de prospérités! On dira aujourd'hui : Bienheureux le peuple dlsraël dont Jéhovah est le Dieu *! »
26. Cette expédition glorieuse avait valu à David plus encore que l'admiration dlsraël et la popularité qui s'attachait à son nom, elle lui avait conquis le cœur de Jonathas. Le jeune prince a s'était attaché au fils d'Isaï, et l'aimait comme son âme. 11 voulut le revêtir de ses propres ornements, lui donna son épée, son arc et son baudrier. Ces deux cœurs se lièrent l'un à l'autre par une tendresse inviolable. Jonathas obtint de Saûl que David ne retournerait plus à Bethléem et se fixerait à la cour. Au miheu de cette fortune inespérée, le fils d'Isaï montrait une sagesse et une prudence au-dessus de son âge ; il remplissait avec succès toutes les missions dont il était chargé. Déjà cher à tout le peuple depuis sa victoire, il le devint bientôt à tous les officiers de la cour. Mais ses qualités mêmes lui nuisaient dans l'esprit du roi. Saiil ne pouvait lui pardonner l'amour qu'on lui portait; il se rappelait les acclamations dont on avait salué le retour triomphal. Dans le chagrin que lui causait ce souvenir, il répétait sans cesse : On accorde à David la gloire d'avoir abattu dix mille Philistins, et moi je n'en ai tué que mille. Qui les arrête? Pourquoi ne lui donnent-ils pas aussi ma couronne? — La jalousie du monarque s'accroissait ainsi chaque jour, et il lançait au jeune héros des regards menaçants. Dans un de ses accès de fureur, qui devenaient plus fréquents et plus gravt „ comme David chantait pour le calmer, en s 'accompagnant du kinnor^ Saiil leva la lance qu'il tenait à la main, et en dirigea violemment la
Pnrenri
de Saiil.
Nouveaux eiploits de
David. Il épouse Mt-
chol, la
seconde fiUf
du roi.
* Psalnu cxLiii ad ullim.
296 fflSTOiRE DE l'Église. — iv* époque. — ère de la royauté.
poinle sur le jeune homme. Un rapide mouvement de côté, exécuté par David, le sauva. La lance alla percer la muraille. Dans l'état d'esprit.''%u roi, il fut facile de rejeter cet incident sur le compte de la maladie; cependant Saiil éloigna lui-même David de la cour, et lui confia le commandement d'un corps de mille soldats, avec ordre de surveiller aux frontières les mouvements des Philistins. En lui donnant cette mission lointaine, Saûl sut encore dissimuler sa haine sous une spécieuse apparence. Je n'ai point oublié, lui dit-il, tes droits à la main de l'une de mes filles; je te destine doncMérob, l'aînée, pour épouse. Maintenant, va signaler ton courage, en combattant les ennemis du Seigneur. — Dans la réa'ité, Saûl se faisait à lui-même celte réflexion : Je n'aurai point de la sorte à me reprocher sa mort. Il périra dans quelque embuscade, sous les coups des Philistins. — David ne laissa point apercevoir au roi qu'il eût deviné ses véritables intentions. 11 répondit modestement à cette ouverture : Qui suis-je, dit-il, et quelle est en Israël la famille de mon père pour espérer jamais devenir le gendre du roi' — David se rendit à son poste ; chaque jour, à la tête de sa petite troupe, il faisait éprouver aux Philistins des pertes nouvelles. Les habitants de Juda, dont il protégeait la frontière, témoins de sa valeur et de son activité; les guerriers d'Israël, qu'il conduisait à la victoire, le payaient de son dévouement par leur amour. Cependant Saûl, sans tenir compte de ses engagements, disposa de la mains de Mérob, sa fille. 11 la donna pour épouse à Uadriel, de Molathi *, l'un de ses officiers. Cette nouvelle n'émut guère David* comme autrefois Jacob chez Laban, il préférait la jeune Michol, sœur de Mérob, à son aînée, et formait en secret des vœux pouj elle. Saûl, informé de ses dispositions, y vit encore un moyei d'exposer le héros à de nouveaux dangers. 11 fit dire à David qu( la main de Michol lui serait accordée le jour où il aurait abatti cent têtes de guerriers philistins. Ce serait le douaire apporté à la jeune fille par son futur époux. Le message royal avait été trans-
1 La •ituation de cette localité nous est incouuue. Elle u'est menti. muée que cette seule fois daas toute la Bible £Vûir de Saulcy, Dicl. des aniiq. bibl.^ pag. 513}.
mis par des ofBciers de la cour; la condition posée était devenue publique. David comprit que le roi, engagé si avant, ne pourrait plus cette fois, malgré toute sa mauvaise volonté, revci\./ en arrière, n concerta pendant quelques jours une attaque habilement ménagée, puis fondant avec sa petite troupe sur le territoire ennemi, il mit à mort deux cents Philistins; c'était le double de ce que Satil avait demandé. Quand le roi vit revenir le vainqueur avec les trophées sanglants, il comprit que le Seigneur était avec le héros. David devint ainsi l'heureux époux de Michol, et il trouva dans le cœur de la jeune femme des trésors de tendresse et d'amour *. »
27. Il eut bientôt l'occasion de les mettre à l'épreuve. Saul s'é- Miehoisoutait laisse vaincre aux instances de Jonathas et parut pendant laTengeanct quelque temps avoir oubUé toutes ses idées de vengeance. Voici comment cette réconciHation s'était opérée. « Un jour, dans un accès de fureur, le roi avait donné ordre à tous ses officiers et à son fils lui-même, de le délivrer enfin de David. Jonathas s'était empressé de prévenir son ami. Mon père, lui dit-il, veut ta mort; tiens-toi caché jusqu'à demain, je vais essayer de calmer son courroux., et demain matin je viendrai te rendre compte de mes démarches. — Le jeune prince, en effet, retourna près de son père. 0 mon roi, lui dit-il, je vous en supplie, cessez de poursuivre votre serviteur David; jamais il ne vous a offensé, et toute sa vie a été employée à votre service. Avec quel héroïsme il a bravé les menaces du Philistin, le jour où Goliath fut frappé, et où Jéhovah daigna sauver son peuple! Vous en fûtes témoin, et quelle ne fut pas alors votre joie ! Pourquoi donc aujourd'hui accablez-vous un innocent, et cherchez-vous aie perdre? — Saiil s'attendrit h ce discours, et quand Jonathas eut cessé de parler, il s'écria : Vive Jéhovah le Seigneur! Jamais je ne permettrai qu'on attente aux jours de David. — Profitant de cette heureuse disposition, JonathaJ s'empressa d'aller chercher son ami, il le présenta lui-même au roi, et David reprit, à la cour de Saûl, sa résidence ordinaire, » Aucun
* I Heg., cap. xviii integrum.
238 HISTOIRE DE LTGUSE. — ÎV» ÊPOQCE. —ÈRE DE LA ROYAUTÉ.
incident fâcheux ne survint jusqu'à l'époque où une nouvelle invasion des Philistins sur le territoire hébreu rappela David à l'armée. « Avec son courage et son habileté ordinaires, il repoussa l'eunem! «t lui fit essuyer une sanglante défaite. De retour près du roi, il continuait à charmer les douleurs du malheureux insensé aux sons du lîinnor. Un jour que Saiil était retombé dans ses sombres accès, il essaya comme la première fois de percer David de sa lance *. Celui-ci put encore éviter le coup, et s'enfuit près de Michol. Mais le' courroux de Saiil ne s'apaisa point aussi facilement. Il envoya des gardes à la porte de la maison de David, avec ordre de le tuer quand il sortirait le lendemain matin. Michol en fut avertie. Sauvetoi, dit-elle à son époux, car le roi a juré ta perte. — Elle le fit donc sortir pendant la nuit par une fenêtre de la maison, puis couchant une statue sur le lit de David, elle étendit des manteaux sur ce simulacre, et en couvrit la tête d'une peau de chèvre. Le lendemain matin, Saiil impatient de ne pas voir ses ordres de la veiîlo exécutés, envoya des archers auxquels il prescrivit de s'emparer de David et de le lui amener. Les soldats se présentèrent à Michol qui leur fit voir le lit de David, et leur dit que son mari était malade. Les soldats retomnèrent près du roi et lui rendirent compte de lem' mission. Allez, s'écria Saiil, amenez-le-moi dans son lit *, pour qu'on le mette à mort sous mes yeux. — Les soldats revinrent, et cette fois découvrirent le stratagème. Est-ce donc ainsi, dit Saiil à Michol, que tu as trompé ton père et favorisé l'évasion de mon ennemi! — Cependant David avait eu le temps de fuir. Il s'é-
' Suivant la judicieuse observation de M. l'abbé Rohrbachor [Uist. unh\ de l'Eglise cath. ,tom. II, pag. 118), la lance dont Saûl nous apparaît conslammeot armé, était en ces temps reculés le symbole du commaudemeut et le signe extérieur de la royauté. Le témoignage de l'historien profane Justin ne laiss« pas de doute à cet égard. Per ea adhuc tempora reges hastas pro dicdemate habebiint, quas Grœci sceptra dixere (Justin, lib. yiuu, u° 3). Ainsi l'arme guerrière pr-jt-Aja, dans la main des rois, l'attribut symbolique, et la lance fut la premiùre orij^lue du sceptre.
* Les lits des aaciens, comme ceux dont le peuple fait encore usage en Orient, n'étaient qu'une simple natte étendue sur le sol. Le psaume LViii fut compusé par David en cette circoostiuce, il porte pour titre : Quando mùit Saiil, et cuslodivit domum Duvidj ut eum interficeret.
tait rendu 23rès de Samuel, à Ramatha. Le Prophète avait à Naïoth, non Join de Rama, une retraite où il rendait à déjeunes Hébreux les bienfaits de l'éducation qu'il avait reçue lui-même à Silo. Ce fut là qu'il conduisit David. Saûl informé de ces circonstances, et plus irrité que jamais, accourut à Naïoth pour en arracher lui-même le proscrit. Mais TFsprit du Seigneur, qui l'avait jadis investi sur la colline de Gabaa, se reposa encore sur lui. Oubliant ses projets de vengeance, il se joignit à la troupe des jeunes prophètes, et, en présence de Samuel, se dépouillant des insignes rojaux', passa cette journée et la nuit suivante à chanter les louanges du Seigneur ^. »
38. David n'avait pas attendu l'issue du voyage de Saûl, il s'était Dévoneme»» empressé de quitter Naïoth à l'arrivée du roi, et de reprendre le chemin de Ramatha. a Quelques jours après, il se ménagea une entrevue avec Jonathas. Qu'ai-je fait? lui dit-il, quel est mon crime, et pourquoi le roi votre père me poursuit-il avec cet acharnement? — Rassure-toi, répondit le jeune prince, le roi ne donne jamais un ordre et ne prend aucune résolution sans que j'en sois informé. Je veillerai sur toi, et tu ne périras pas. — Mais, reprit David, Saiil n'ignore pas que j'ai trouvé grâce devant vos yeux; il se gardera bien de vous tenir au courant des mesures de rigueur qu'il médite contre moi. Je ne veux pas, se dira-t-il, que Jonathas en soit informé, je veux épargner cette affliction à son cœur. Je vous le jure, par le nom de Jéhovah le Seigneur, par votre existence qui m'est si chère, la mort est attachée à mes pas! — Que faire donc? demanda Jonathas. Je suis prêt à exécuter tout ce que tu désires. — Eh bien, reprit David, demain la solennité de la Néoménie réunira toute la cour autour du roi. En ces occasions, j'ai coutume de m'asseoir à côté de Saûl pour prendre part au festin; mais cette fois je me tiendrai caché dans le champ voisin de Gabaa. Si par hasard le roi votre père remarcpiait mon absence et s'enquérait de moi, vous lui direz : David m'a demandé la permission de se rendre à
• Tel est le sens que les commentateurs donnent à l'expression hébraïque 7»1>1 [vaipol] traduite dans la Vulgate par le mot nudum (Voir Sanctius, ^
Comment, in lib. I Rcg., ad vers. 24j.-«'^ I Reg.^ cap. xjx integr.
Bethléem, pour assister à un festin solennel au milieu de ses ccmpatriotes. Si le roi, satisfait de cette explication, témoigne de la bienveillance pour moi, et vous répond : C'est bien; vous aurez la preuve qu'il a oublié son ressentiment. Mais s'il accueille vos paroles avec fureur, vous saurez qu'il continue à méditer ma mort. Avertissoz-moi alors pour que j'aie le temps de pourvoir à ma sûreté. Faites cette dernière grâce à votre serviteur, au uom de l'amitié que vous avez daigné lui accorder; il s'en montrera toujours digne, et si vous en doutez, si vous me croyez coupable, tuezmoi vous-même, et épargnez-vous la peine de m'iutroduire de nouveau dans le palais de votre père. — Grand Dieu, s'écria Jonatbas, me préserve le Ciel d'un tel crimes et plutôt qu'il m'accable de toutes ses vengeances si je ne t'informe de toutes les mesures que mon père pourra prendre contre toi ! » Les deux amis combinèrent alors un moyen de communiquer entre eux sans éveiller aucun soupçon. David devait se tenir caché, pendant les trois jours que durait la fête de la Néoménie, derrière le rocher d'Ezel, dans la campagne de Gabaa. Jonatbas viendrait dans la journée s'exercer à tirer de l'arc dans le cbamp; il serait accompagné d'un serviteur chargé de ramasser ses flèches, à mesure qu'il les aurait lancées. D fut convenu que si Jonatbas disait au serviteur : « La flèche est en deçà, reviens sur tes pas pour la ramas^er, » ce serait le signe que le roi s'était apaisé et que le proscrit pouvait revenir à la cour. Si au contiaire Jonatbas criait à son écuyer : « La llècbe est audelà, cours plus loin, » ce serait le signe que David devait se soustraire par une prompte fuite à la vengeance du roi *.
29. Leurs mesures ainsi concertées, les deux amis se séparèrent, David pour se blottir dans le creux du rocher d'Ezel, Jonatbas pour' assister au festin royal de la Néoménie. Quand l'heure fut venue, a Saiil piit place sur le siège d'honneur adossé à la muraille; Jona« thas, pl.icé eu face, se leva devant son père. D'un côté du roi viu' s'asseoir Abner, chef de la mibce ; de l'autre, un siège resta moo» cupé, c'était celui de David. ***»! n'eut i)as l'air de s'en apercevoil
* 1 Ileg., cap. XX»
et ne fil aucune observation ce jour-là. Le lendemain, les convives se trouvèrent de nouveau réunis avec le même cérémonial. Cette fois Saul dit à Jonathas : Pourquoi le fils d'Isaï s'est-il donc absenté hier et aujourd'hui? — Il m'a demandé instamment la permission, répondit le jeune prince, de se rendre à Bethléem pour assister à un festin solennel au milieu de sa famille ; voilà pourquoi il n'a point paru à la table du roi. — Saûl, furieux de celte réponse, éclata en injures contre Jonathas : Infâme! s'écria-t-il , est-ce que je ne sais pas que tu oses te vanter de ton amitié pour le fils d'Isaï, et que tu déshonores ainsi ta famille et ton rang? Tant que vivra ce fils d'Isaï, n'espère pas poser sur ta tète une couronne. Envoiele donc chercher, qu'on me l'amène! Sa mort est décidée! — Et pourquoi mourrait-il? demanda Jonathas avec une noble assurance; quel crime a-t-il commis? — Sans répondre, Saiil saisit sa lance et voulait en percer son fils. Jonathas ne pouvait plus douter des intentions de Saûl; il quitta la table du festin en proie à la plus vive douleur, pleurant à la fois sur sou père et sur David. Le lendemain, le jeune prince suivi d'un écuyer portant son arc et son carquois, se dirigeait vers le champ de Gabaa. Après avoir lancé une flèche vers le but, il dit à son serviteur : Va la ramasser. — L'enfant courut pour obéir à cet ordre. Cependant Jonathas ajusta une seconde flèche sur l'arc et l'envoya par-dessus la tête de l'enfant, bien au-delà du but. Il s'écria alors : La flèche est beaucoup plus loin, cours en avant pour la retrouver; hâte-toi. — L'écuyer ne soupçonnait guère la signification véritable de ces paroles; mais David, en les entendant de la retraite où il était caché, tressaillit. Quand l'enfant eut rapporté les flèches à son maître, Jonathas lui dit : Je ne tirerai plus ce matin, reporte mes armes à la ville. — Ayant ainsi écarté un témoin importun, il pouvait embrasser son ami. David, qui liant le rocher d'Ezel, s'avança à la rencontre du jeune prince et se proslerna trois fois devant lui. Jonathas le prit dans ses bras; ils se tinrent longtemps serrés dans celte fiaternelle étreinte, en versant un torrent de larmes. David sanglotait. Enfin le jeune prince, prenant congé de son ami, lui adressa ce touchani adieu : Va, et que la paix du Seigneur t'accomnagne. En présence
de Ji" iili, je te renouvelle le serment de ma tendresse. Que Dieu
» soit le lien de nos deux cœo'S, qu'il cimente l'alliance éternelle de
ma race et de la tienne ! — Après ces paroles, Jonatbas reprit la
route de la cité royale, et David celle de l'exil *. »
XecueiUipar 30. Le proscrit était sans armes, sans provisions, sans ressource!
le grand
jrêtre Achi- d'aucuno cspèce. Il allait commencer le dur apprentissage de ce^
mélech à
Kobé, David Vie errante et fugitive à laquelle les fureurs d'un roi insensé le con
est repoussé . .,,.,,. r • -,
par le roi damnaient. La notorie'.e qui s attachait a son nom était un danger d <«Geth. , , . . , , , . .
plus dans sa situation présente, et sa lortune passée pesait main
tenant sur son mallieur. Mais Dieu était avec lui. David se dirigea immédiatement sur la ville de Nobé, au nord-ouest de Gabaa, dans l'intention d'y trouver quoique ressource auprès du grand prêtre Achimélecli. Son projet était de gagner ensuite la frontière des Philistins, et d'aller demander un asile au roi de Geth. a Quand Achimélecli vit arriver David seul, sans armes et dans cette étrange attitude, il ne put dissimuler sa surprise : Comment êtes- vous ici, sans un soldat, sans un serviteur? s'écria-t-il. — J'accomplis en ce moment, par ordre du roi, répondii David, une mission qui exige le plus grand secret. J'ai donné à mes troupes divers rendez-vous sur mon chemin, sans leur dire leur véritable destination. Maintenant, si vous avez des provisions et quelques pains cuits sous la cendre, donnez-les moi. — Je n'ai, répondit le Grand Prêtre, que les pains qui ont été retirés de la Table de proposition. Les hommes qui vont vous rejoindre ne pourront les manger qu'autant qu'ils n'auront point contracté d'impuretés légales. — J'y veillerai, reprit David, mais hûtez-vous. — Achimélech remit donc au proscif les pains qu'il venait d'enlever de la Table de proposition. Or, av moment où cette scène se passait à la porte du Tabernacle, il s'j trouvait par hasard un des serNdteurs de Saûl. C'était Doëg, l'Iduméen, chef des pasteurs du roi. David l'aperçut, et devina une trahison, mais il était trop tard pour reculer. Il adressa donc à Achimélech une nouvelle demande : N'auriez-vous pas ici, lui dit-il, une épée ou une lance. Dans ma précipitation à obéir à l'ordie
*1 keg., cap. xx, 25 ad ultim.
CHAP. I. — LE ROI REIFTÉ DE DIEU (10ol-1040).
Urgent du roi, je n'ai pas eu L temps S'emporter mes armes. — Je n'ai ici, dit le Grand Pi'être, d'autres armes que l'épée du philistin Goliath, tué par vous dans la vallée du Térébinthe. La voilà derrière l'éphod, enveloppée d'un voile de soie; si vous la voulez, em» portez-la, je n'en ai pas d'autre. — Aucune autre en effet ne la saurait valoir, reprit David, donnez-la moi. — Ainsi armé et pourvu Je vivres, le fugitif prit le chemin de la frontière et se rendit au pays de Geth. Les serviteurs du roi Achis, en l'apercevant, se di* saient entre eux : N'est-ce pas là ce David, le héros d'Israël, dont les femmes juives chantaient les exploits? Si le roi Saûl a tué mille Philistins, disaient-elles, David , d'un seul coup , en a abattu dix mille. — Le proscrit comprit la signification menaçante de ce langage ; il craignit de ne trouver près du roi Achis que la captivité ou la mort, en se présentant à lui précédé d'une telle réputation ♦. Changeant donc immédiatement de rôle, il contrefit l'insensé. Son visage prit tout à coup un aspect terrible , il se laissait gfisser dans les mains de ceux qui le conduisaient; étendu sur le seuil du palais, il y demeurait dans des convulsions effrayantes et l'écume à la bouche. En le voyant dans ce pitoyable état, Achis dit à ses serviteurs : Qu'aviez-vous besoin de m'amener cet insensé? Manque-t-il donc en ce pays de fous furieux, et prétendez-vous introduire celui-ci dans mon palais 2? d
31. (( Echappé à ce péril, David demanda aux rochers un asile tagrotta qu'il ne trouvait plus parmi les hommes. 11 revint sur le territoire Le psauni* de Juda et se cacha dans la caverne d'Odollam ^. Ses frères, Isaï
^ Nous avons dans le psaume lv uj monument consacré par David à la mémoire de ce danger, un des plus grands qu'il ait courus dans sa vie. « Souvenez-vous d» moi, o mon Dieu! dans votre miséricorde, dit- il. Les hommes m'ont foulé aux pieds; les enneiuis se multiplient sous mes pas, chacun de mes jours m'apporte un péril nouveau, et mon espérance ne sait plus se reposer qu'en vous ! » etc. {Psalm. lv, Cum tenueiunt David Allophyli in Geth. , 2-4.)
* Le chant magnifique du psaume xxxili : Benedicarn Dominum in omni terri' fore, fut composé en cette circonstance. Voir l'analyse et la traduction qu'en a données Laharpe, Discours sur le style et l'esprit des Livres sainti.
' Eusèbe et S. Jérôme placent la grotte d'Odollam ou Adoullam, refuge d9 David et plus tard du dernier des Macchabées, à dix ou douze milles romains à l'est d'Eleuthéropolis, actuellement Beit-Djibrin, au sud du Djebel-Fureidis,