VIII. MORT DE DAVID
64. Dernier chant de David. Psaume Deus, judicium tuum régi da. — 65. Assemblée générale des tribus. Adieux de David à son peuple. — 66. Instructions suprêmes adressées à Salomon. Mort de David. — 67. Conclusioo.
§ I. Conipi^tkion d'Isboseth (1040-fl033).
\ . Avant d'entrer dans le récit historique des événements à.^ Appréciation Ci'ne de David , il nous faut mettre sous les yeux du lecteur de David e jugemeiit que l'école rationaliste a formulé sur ce grand ïù\
par la plume de son représentant le plus accrédité et le plus fameux. Nous en avons déjà cité un extrait isolé, dans le chapitre précédent. Mais il importe de ne rien laisser ignorer de ces étranges appréciations. Notre silence pourrait sembler le compromis de l'hésitation et de la crainte, en présence du dogmatisme scientifique qui revêt de nos jours un caractère presque olliciel. Certes, nous n'avons ni la volonté ni le droit de la peur! La Bible" a va hien d'autres antagonistes dont les doctrines sont maintenant ou- -bliées. Ils s'appelaient Celse ou Porphyre au temps de TertuUien et d'Origène : ils ne vivent plus guère aujourd'hui que dans les immortels ouvrages destinés à combattre leurs erreurs. Le rationalisme moderne, qui se croit indépendant et inventif, n'est pourtant que le plagi;iire du paganisme romain aux abois. Cette considération devrait le rendre plus circonspect, si l'expérience d'autrui était jamais utile aux hommes. Mais, hélas! l'histoire, ce grand livre de l'expérience humaine, profite rarement aux individus, et l'orgueil particulier se flatte toujours d'être plus habile ou plus heureux dans la même voie où son prédécesseur a échoué. Voici donc la formule la plus récente que l'esprit de dénigrement propre à notre siècle a consacrée au caractère politique de David : a Des contrastes B bizarres, dit M. Renan, frappent au premier coup d'oeil celui qui » essaie de se rendre compte du caractère de David, d'après les idées tt épurées que nous nous faisons de la moralité. Comment l'homme u que nous trouvons tour à tour aux dillérentcs époques de sa car- » rière agitée , servant l'étranger contre sa patrie , associé à » des brigands, souillé de crimes domestiques, cruel et viudicatii a jusqu'à Tutrocité , a-t-ii pu passer dans la tradition d'Israël » pour un roi selon le cœur de Dieu, et fut-il eu etlet un admip rable organisateur puhtiqueetreligieux? Comment les mœurs d'un fi condutticre out-clles pu s'unh' à une vraie grandeur d'âme, à la i> piété la plus exquise, à la poésie la plus sentimentale? Comment a l'homme qui sacritie à un caprice adultère son plus fidèle servi- » teur, put-il se persuader avec une entière bonne foi que Jéhovali B était son prolecteur spécial, obligé à le faire réussir et à le venger » de ses ennemis, comme si Dieu n'existait que pour lui? Tous cet
CHAP. II. — COMPÉTITION d'isboseth (1040-1033). 337
» traits seraient inexplicables, si on ne les rapportait au caractère » sémitique, dont David est le type accompli dans ses bonnes » comme dans ses mauvaises parties. Essentiellement égoïste, le » Sémite ne connaît guère de devoir qu'envers lui-même ; pour- » suivre sa vengeance, revendiquer ce qu'il croit être son droit, est n à ses yeux une sorte d'obligation. La religion n'a pour lui qu'un » lien fort éloigné avec la morale de tous les jours, de laces étran- » ges caractères de l'histoire biblique, qui provoquent l'objection, » et devant lesquels l'apologie est aussi déplacée que le dénigre- » ment. Les actes de la politique la moins scrupuleuse n'empêche- » ront pas Salomon d'être le plus sage des rois! Le mélange bizarre » de sincérité et de mensonge, d'exaltation religieuse et d'égoïsme, » qui nous frappe dans Mahomet, la facilité avec laquelle les mu- » salmans avouent que dans plusieurs circonstances, le Prophète » obéit plutôt à sa passion qu'à son devoir, ne peuvent s'expliquer » que par l'espèce de relâchement qui rend les Orientaux proton- » dément indifférents sur le choix des moyens, quand ils ont pu se » persuader que le but à atteindre est la volonté de Dieu. Notre » manière désintéressée et pour ainsi dire abstraite de juger les » choses leur est inconnue *. »
2. Ainsi parie M. Renan, à une époque où sans doute le a désin- Répon«e««j
insinuation»
B téressement » est la loi générale, où les « actes de la poHtique » se deM.Rein*!. distinguent tous par leur « scrupuleuse » moralité, où « la sincérité » est la loi des relations sociales, où l'on ne connaît plus « le mensonge » que de nom, où « l'égoïsme » a disparu complètement sous l'empire de l'indifférence rehgieuse, où l'on ne songe plus « àpour- » suivre sa vengeance, ni à revendiquer ce que l'on croit être son » droit. » Mais à cette longue énumération des vertus que malheureusement nous n'avons pas, opposée aux vices monstrueux que M. Renan fait peser sur le caractère de David, nous aurions préféré que le savant professeur daignât condescendre à notre faiblesse, et nous révéler quelques-uns « des crimes domestiques » de David ; nous aurions voulu savoir le nom « des brigands que ce condottiei^e
* E. Renan, Etudes d'histoire religieuse, 4» édit., pag. 96, 97.