II. S
:idS IliSTClIlE DE l'lGLTSE. — IV' ÉPOQUE. — ÈRE DE L.\ ROYAl'TK.
D cruel et vindicatif s'était associés. » Au lieu de faire intervenir Mahomet et son fatalisme dans la discussion, nous aurions souhaité que l'illustre académicien consentît à nous donner les preuves de « l'égoïsme » de David, pour contrebalancer l'effet des récits bibliques qui nous parlent de sa tendre amitié pour Jonathas, de sa profonde douleur à la nouvelle de la mort de Saûl, du désintéressement avec lequel il rendait aux tribus spoliées par les Amalécites le butin reconquis par sa bravoure. Enfin, pour nous convertir entièrement à son opinion, nous aurions supplié le nouvel exégète de vouloir bien nous signaler les traits « d'atroce cruauté » et de barbare « vengeance » d'un homme que nous avons vu trois fois de suite épargner son plus cruel ennemi, quand le hasard le livrait entre ses mains; que nous avons va trahi deux fois par la cupidité des Ziphéens, sans qu'il cherchât à en tirer vengeance; que nous avons vu pardonner les outrages gratuits de Nabal et pleurer la mort de Saûl, son persécuteur le plus implacable. Quoi donc! snffira-t-il, en ce siècle qui a la prétention de porter par excellence le nom de siècle des lumières, d'écrire précisément le contraire de la vérité pour se faire croire? Non, non, la vérité était avant nous, et elle survivra à nos défaiUances. La vérité, elle se trouve dans la Bible, sans exagération, comme sans réticence ; disant le bien sans déguiser le mal; constatant que David fut le plus grand des rois, nou pas seulement du peuple disraël, mais de tous les temps et de tous les pays, sans dissimuler une ou deux fautes que ce prince se reprocha lui-même plus sévèrement que n'auraient le droit de le faire vis-à-ns de lui ses censeui-s les plus malveillants, et que nous ne tairons pas nous-mêmes, lorsque la suite du récit les amènera sous notre plume. Mais de là au portrait de fantaisie tracé pa' M. Renan, il y a la distance du ciel à la terre, sunn.ion de, 3. Quaud uous n'aurious pas d'autre preuve du désintéressemenl u^'dfr^.i'iS de David, sa conduite après la mort de Saiil suffirait pour le justi. ^'"^ ■ fier des accusations dont on voudrait charger sa mémoire. Dans la situau-on critique où les derniers événements de Gelboë avaient plongé le royaume, il eût été facile à David de profiter^e la terreur générale pour se faire donner le commandement de l'armée vaincue.
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Les soldats , depuis longtemps habitués à le considérer comme le plus liuhile et le plus heureux des généraux, auraient accouru volontiers sous un tel chef. Un ambitieux eût fait servir cet ascendant incontesté à préparer une révolution militaire dont le résultat n'était pas douteux, et qui lui eût assuré la couronne. Ce ne sont point là de simples conjectures, dénuées de fondement réel. La preuve que l'armée vaincue d'Israël songeait à proclamer David, c'est la démarche de l'imposteur d'Amalec, qui apportait au héros de Sicéleg, les insignes royaux arrachés à Saiil sur le champ de bataille. Tout le peuple savait les paroles prononcées par le malheureux roi, à l'entrevue d'Engaddi. «Tu régneras après moi, avait dit » Saûl à son rival, et le sceptre d'Israël passera entre tes mains*. » Jonatlias avait tenu le même langage : « Tu monteras un jour sur » le trône d'Israël, et je serai heureux d'être le second'dans ton » empire. Le roi mon père le sait aussi bien que moi-. » L'onction sainte que la main de Samuel avait répandue sur la tête du fils d'Isaï constituait le titre de sa légitimité, c'est-à-dire l'élection de Jéhovah, toute puissante et souveraine d'après la constitution juive. Ainsi le droit, la faveur populaire, les suffrages de l'armée ^, les nécessités mêmes de la situation appelaient David à se mettre en avant et à prévenir toutes les résistances , par l'énergie de ses mesures et la rapidité de ses premières démarches. Tous les ambitieux eussent agi ainsi : voyons si la conduite du héros répondit h ce système et fut inspirée par des vues de ce genre. 4 « Après avoir pleuré la défaite de Gelboë et la mort de Saiil inanguratiot
^ *■ (la règne dé
>t de Jonathas, David consulta le Seigneur. Dois-ie pénétrer main- «avîdà tenant, demanda-t-il, dans quelqu'une des cités de Juda? — Oui, David féiiciw
' ' ^ ^ ' les habitant»
répondit le Seigneur. — Vers quelle ville dois-je me rendre? — A ^e jabi-sde Hébron. — Dirigé par l'oracle divin, le héros se mit en marche, la mcm.vra
de Saiii,
emmenant avec lui ses deux épouses Achinoamet Abigaïl. La petite
* I Reg., cap. xxiv, 21. — 'I Reg., cap. xxin, 17
» Tarn heri quam nudius tertius quœrebaiis David ut regnaret super vos (II Reg.cap. ni, 17). On peut lire au chap. xu du !«»■ livre des Paralipomènes , 20-40, l'i^uumération de tous les guerriers des douze tribus qui vinrent alors se ranger sous les drapeaux de David, malgré la résistance d'isioseth et d'Abner.
340 HISTOIRE DE L'ÉGUSE. — IV» ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROYAÏÏTf .
Abner proclame la
royaulé d'Isboseth, fis ie Saiil.
'armée s'établit dans les villages voisins d'Hébron; pour lui, il sa fixa avec sa famille dans cette cité. Cependant la tribu de Juda se réunit à Hébron, et proclama la royauté de David. Le premier acte du nouveau souverain fut d'envoyer un message aux babitants de Jabès- Galaad, pour les féliciter de leur dévouement envers la mémoire de Saiil. Que Jéhovab vous comble de sa bénédiction, leur mandaitil, et vous récompense ainsi de votre fidélité à Saiil, votre roi, et de la piété avec laquelle vous lui avez procuré les honneurs de la sépulture. Le Seigneur vous tiendra compte de votre noble et généreuse conduite, et j'espère moi-même vous en récompenser un jour. Ne vous laissez point abattre par les calamités qui viennent de fondre sur nous. Vous avez perdu Saiil votre maître, la tribu de Juda m'a élu roi pour lui succéder*. »
5. De pareilles félicitations pour un tel sujet ne s'accordent guère avec un caractère « cruel et vindicatif jusqu'à l'atrocité. » Mais elles vont sembler bien plus extraordinaires encore , quand nous aurons fait connaître les événements qui avaient eu lieu à Jabès-Galaad. Le chef des milices royales, Abner, avait rallié près de cette ville les restes de l'armée vaincue. Soit par un sentiment sincère de fidélité à la mémoire de Saiil, soit par un motif moins respectable et pour obéir à une haine personnelle contre David, il s'était hâté de disposer de la couronne en faveur d'Isboseth, le seul des fils légitimes de Saiil échappé au désastre de Gelboë. Isboseth avait alors quarante ans. Son nom n'est pas cité une fois dans le récit biblique des guerres précédentes. On peut conclure de ce silence que ce piince faible et timide n'avait rien de l'attitude d'un chef militaire. Peut-être cette faiblesse même fut-elle un mérite particuher aux yeux d'Abner, qui espérait gouverner à son gré soup le fantôme de roi qu'il allait placer sur le trône. Quoi qu'il en soit, « il proclama la royauté d'Isboseth au milieu du camp, lui fit prêter serment de fidélité par les soldats, et le fît reconnaître par lej habitants de Galaad, de Gessuri, de Jezraël, d'Ephraïm et de Benjamin. Toutes les tribus, à l'exception, de celle de Juda, se soumU
» Il Reg., cap. xi, 1-7.
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rent à la créature d'Abner *, » et dès lors il y eut deux rois, dont Tun portait le titre de roi d'Israël, c'était Isboseth; l'autre était désigné sous le nom de roi de Juda, c'était David. Telle était donc la situation politique au moment où David adressait aux habitants de Jabès-Galaad le message cité plus haut. Il faut convenir qae pour un « condottiere cruel et vindicatif jusqu'à l'atrocité , » David sd montrait bien généreux, et surtout pour un « ambitieux égoïste, » il montrait une étonnante longanimité. Ne pouvait-il, en réunissant à sa troupe fidèle les vaillants guerriers de la tribu de Juda, fondre à l'improviste sur le camp de Mahanaïm, où l'armée d'Abner n'avait pas encore eu le temps de se fortifier, et d'un seul coup mettre fin à la tentative d'une monarchie rivale ? Voilà ce qu'eut fait un «ambitieux, » voilà ce qu'eût fait un homme « ^dndicatif. » Et qu'on ne dise pas que David, roi illégitime, véritable usurpateur, n'aurait pu hasarder une attaque de ce genre , sans s'aliéner tous les esprits et soulever contre lui la population entière. L'illégitimité et l'usurpation étaient toutes deux du côté d'isboseth. Moïse avait écrit la charte de la royauté 2; le premier article de cette charte, récemment encore promulguée par Samuel ^, était celuici : « Vous reconnaîtrez pour votre roi celui que Jéhovah votre » Dieu choisira du milieu de vos frères *. » Or, comment l'élection de Jéhovah s'était-elle manifestée en faveur d'isboseth? Quel prophète l'avait désigné? Quel oracle divin l'avait indiqué au peuple, et ernîn quelle main sacerdotale avait marqué son front de l'huile sainte? Ces considérations ne touchent pas, dites-vous, les esprits modernes, qui ne les sauraient prendre au sérieux. Raisonner >insi serait tomber dans un puéril anachronisme. David et Isboseth
'' II Reg , cap. n, 8-10. Il faut toutefois faire observer que si le territoire était nojniualeineut soumis à Isboseth, la majeure partie des guerriers des douze tribus s'était spontanément rendue à Hébron, pour se réunir sous le» étendards de David (I Paralip., cap. xii, 20 ad ultim).
■ Exod., cap. XVII, 14 ad ultim. — «I Reg., cap. x, 23. — '' Exod., cap. xvii, 15. Eum constitues quem Bominus tuus elegerit de numéro fratrum tuorum. Voyei aans Schickard, Jus regium Hebrœorum, le chapitre intitulé Electio, pag. 9-82. Jus eligendi competebat Prophetis et Synedrio magna, qui et oraculum consulebant, pag. 9.
342 HISTOIRE DE l'ÉGUSE. — IV' ÉPOQUE. — ÈRE DE LA RDYAUTE.
pouvaient-ils se préoccuper des idées modernes? Ils ^^vaient tous deux sous la théocratie juive, et les droits qu'ils avaient à faire valoir étaient ceux qu'ils pouvaient revendiquer dans un état tliéoeratique. Isboseth n'en avait donc aucun. David les réunissait tous. Dieu avait en effet désigné le fils d'Isaï; Samuel le prophète l'avait choisi au milieu de ses frères, il lui avait conféré l'onction royale : Saûl lui-même l'avait reconnu; Jonathas l'avait constaté, et Abner dut faire violence au peuple d'Israël pour l'empêcher d'accourir sous les drapeaux de son roi légitime. Il en conviendra plus tard, quand, abandonnant enfin le simulacre de souverain qu'il avait établi lui-même, il dira aux anciens des tribus : a Depuis » longtemps vous désiriez vous réunir sous le sceptre de David '. » Le Champ Q^ j\jaig pjyg jgg droits de David étaient incontestables, plus sa
des brave?. '^ ^
Victoire de couduilo vis-à-vis d'uu compétiteur aussi faible et aussi insignifiant
Joab sur '^ °
''a^êe dis- qu'Isbûscth devient incompréhensible dans l'hypothèse rationa- ^'A/^a'^ifr^re liste. Non-seulement David ne cherche pas à profiter de l'impopularité de son rival, du désordre de son armée après la sanglante catastrophe de Gelboë, de l'eulhousiafme des guerriers de Juda et de rimpatience générale. Plus les symptômes lui sont favorables, moins il montre d'empressement à les seconder. Quel étrange égoïsme! Quelle singuUère ambition! « Pendant deux années, il se contenta de régner sur la maison de Juda, et ne fit aucune tentative pour agrandir le cercle de son empire, dont Hébron était la capitale. » Il ne songeait nullement à engager la lutte. Abner, qui n'avait pas les mêmes droits, chercha à y suppléer par la violence. Il attaqua le premier, et David, le vainqueur de Gohath, le sauveur de Ceïla, le fléau des Philistins, le vengeur de Sicéleg, David, le plus grand homme de guerre de son temps, ne voulut pas se mettre à la tète de son armée pour repousser l'agresseur. Il en laissa le soin à Joab, son lieutenant. Mais laissons parler la Bible, « Après deux ans du règne simultané de David à Hébron et d'Isboseth à Mahanaïm, Abner se mit à la tête des troupes d'Isboseth dans l'inlenlion d'attaquer les guerrieis de Juda. 11 s'avança
* II Peg., cap. m, i7.
CHAP. II. — COMPÉTITION d'isboseth (1040-1033). 343
jusqu'à Gabaon. Joab, fils de Sarvia, lieutenant de David, vint à sa rencontre, et le rejoignit près de la piscine de Gabaon, Les deux armées étaient en présence, séparées seulement par la piscine qui occupait le milieu de la plaine. Abner et Joab convinrent de remettre le sort des armes à un combat singulier. Douze champions furent choisis de chaque côté : ils s'élancèrent les uns sur les autres avec une égale ardeur, et, dans cette lutte à outrance, chacun d'eux ayant saisi la tête de leur adversaire, à la façon des gladiateurs, lui enfonça son épée dans le tlanc. Il n'y eut ni vainqueurs ini vaincus, tous les champions étaient morts à la fois sur le sangkiut théâtre de leur valeur, qui reçut dès lors le nom de Champ des braves. Le combat devint alors général et s'engagea avec assez de vivacité; mais les troupes d'Abner ne purent supporter le choc des guerriers de David; elles prirent la fuite. Or Joab avait deux frères, Abi&aï et Asaël. Ce dernier était un coureur dont l'agilité, renommée tians tout Israël, égalait celle du chevreuil dans les montagnes. Il s'élança sur les traces d'Abner, s'attachant à ses pas, sans se laisser détourner par aucun autre objet. Le général ainsi poursuivi se retourna : N'es-tu pas Asaël? lui dit-il. — Oui, répondit le jeune homme. — Il ne te manque pas de tous côtés d'ennemis dont tu pourras remporter les dépouilles; choisis l'un d'entre eux, et ne t'expose pas à touiber sous le fer de ma lance. — Asaël persista.— Ne me force point, par cette témérité, à te donner la mort, dit encore Abner. Si ton sang était versé par ma main, Joab ne me le pardonnerait jamais — Asaël refusa d'entendre la voix de la raison, et ne répondit à ces avances pacifiques qu'en attaquant Abner. 'Celui-ci se mit alors en défense , et avec sa longue expérience des armes, n'eut pas de peine à repousser son imprudent agresseur; d'un coup de lance il l'élendit mort cà ses pieds. Cependant les trères d'Asaël, Joab et Abisaï continuaient à poursuivre l'armée en déroute ; ils arrivèrent ainsi jusqu'à la colline de l'Aqueduc, et le cadavre d'Asaël s'ollrit à leurs regards. Ce douloureux spectacle leur inspira des idées de vengeance qu'ils ne devaient que trop réaliser dans la suite. Cependant Abner, qui avait rallié les fuyards sur le sommet de la montagne voisine, fit entendre des propositions
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de paix. Jusques à quand, dit-il à Joab, ton glaive se baignera-t-il dans le sang des vaincus? Ne sais-tu pas ce que le désespoir peut inspirer à la poignée de braves gens qui restent encore autour de moi? Fais donc enfin cesser cette lutte fratricide. — Vive Jéhovahl s'écria Joab, si tu avais tenu ce matin un pareil langage, nous n'aurions pas en ce moment à déplorer la mort d'un seul des enfants d'Israël! — Et aussitôt il donna l'ordre de sonner de la trompette pour rappeler les soldats dans les rangs et suspendre la poursuite. Abner mit à profit celte trêve aussitôt obtenue que demandée. Il employa la nuit suivante à s'éloigner du théâtre de sa défaite, traversa les plaines de Béthoron, franchit le Jourdain et revint au camp de Mahanaïm. Joab, de son côté, avait réuni son armée victorieuse. Après le dénombrement, on constata que vingt guerriers seulement avaient péri du côté de David; le nombre des morts du côté des ennemis monta à trois cent soixante hommes. Le corps d'Asaël fut transporté à Bethléem et y reçut la sépulture dans le tombeau de ses pères. Le lendemain matin à l'aurore, les vainqueurs rentraient à Hébron *. »
Modération 7. Pour se rendre compte de l'énorme disproportion relevée ici entre les pertes des deux armées, il faut, suivant la judicieuse remarque d'un commentateur *, faire observer que la royauté d'Isboseth était bien plus notainale que réelle. Les forces vives de la nation étaient avec David, et « chaque jour voyait s'accroître la multitude de ceux qui se rangeaient sous ses étendards '. » Ce fait authentique que nous lisons dans les Paralipomènes explique suffisamment la supériorité de David. Il confirme de plus ce que nous avons dit de sa modération. Avec de pareiUes forces, il lui était facile d'anéantir, en un seul combat, toutes les espérances d'Isboselh et d'Abner, son champion. Mais on a pu se convaincre, par le récit précédent, de la généreuse conduite de Da\id. Nonseulement il n'engage pas le premier les hostilités, mais il évite de paraître en personne dans une expédition où il avait à repousser
i II Reg., cap. n, 1 i ad uUim. — * S.inctii, Comment, in II Ub. Reg., cap. u, 13* — • I Paralip., cap. m, 22.
ûiUP. II. — COMPÉTITION D*ISBOSETH (1040-1033). 343
une audacieuse attaque; non-seulement le combat qu'il est ainsi contraint de laisser livrer ne sera pas une bataille à outrance, où l'on cbercliera à profiter sans merci des avantages de la victoire, mais le lieutenant de David se prête à toutes les combinaisons qui pourraient éviter une plus grande effusion de sang, et il s'empresse d'arrêter ses soldats an milieu même de leur triomphe, et d'accorder la liberté et la vie aux vaincus. Voilà le David de la Bible, il ne ressemble en rien « au condottiere vindicatif et cruel jusqu'à » l'atrocité » de la nouvelle école historique. Roi glorieux à Hébron, il se souvient de la promesse solennelle faite aux jours de son exil sur le rocher d'Engaddi. a Je jure, avait-il dit à Saiil, de ne point anéantir votre race et de ne pas faire disparaître votre nom de la maison de votre père *. » Voilà pourquoi David laissait subsister le fantôme de roi que l'ambition d'Abner lui opposait. Il comptait sur le temps et peut-être sur l'inconstance même de l'ancien chef des mihces de Saiil pour mettre fin à un tel état de choses. La conduite d'Abner vis-à-vis d'Asaël laisse déjà pressentir l'éventuahté d'un revirement pohtique, et trahit visiblement le désir de ne pas rendre impossible dans l'avenir un semblable rapprochement.
8. David ne songeait donc point à précipiter un dénouement qui Fan.iiie dt devait sortir sans secousses et sans efforts de la situation elle- à Hébron. même, a Sa demeure royale d'Hébron devenait de jour en jour un centre plus puissant et pius accrédité, à mesure que le parti d'Isboseth perdait de considération et de forces. Dieu accordait au héros la bénédiction des patriarches, et une nombreuse postérité environnait déjà son trône. Les enfants qui lui naquirent en ce temps à Hébron furent Amnon, son premier-né, fils d'Achinoam, de Jezraël; Cbeléab, fils d'Abigaïl; Absalom, qu'il eut de Machaa, fille de Tholmaï, roi de Gessur; Adonias, fils d'Haggith; Sapliathia, fils d'Abital ; et Jethraam, fils d'Egla *. » En ce temps où la polygamie, ainsi que nous l'avons déjà dit ', n'étaH point formellement interdite par la loi de Moïse, les nombreuses alliances étaient, soa-
* 1 Reg., cap. xxiv, 22, 23. — > Il Heg., cap. m, 1-5. — ^ Tom. I de cette Rit» ioire, pag. 651 et 632.
346 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROTArXÉ.
vent le résultat de la politique et toujours le signe d'une grande inlluence. En épousant Abigaïl, David avait assuré sa domination sur la frontière méridionale de Juda, où la veuve de Nabal exerçait, et par son mérite et par ses richesses un ascendant incontesté. En acceptant la main de Macliaa, la fille du roi de Gessur ', il obtenait sur la rive orientale du Jourdain, au nord de la tribu de Manassé, un auxiliaire et un allié puissant. La Bible ne nous apprend rien sur les familles des autres épouses de David, il nous est donc im- - possible d'apprécier les avantages que leur union apportait au nouveau roi; seulement par les deux seules dont nous connaissons l'origine ou l'histoire, il nous est permis de juger des autres. D'ailleurs, le changement de fortune sm*venu en faveur de David, depuis la mort de Saûl, nous autorise à penser qu'on devait alors briguer l'honneur de son aUiance, et qu'il se ménageait lui-même un choix habile parmi les familles les plus riches et les plus influentes. Michol,la fille de Saiil, cette épouse tendre et dévouée qui avait eu les premières affections de son cœur, était toujours séparée de lui par l'inflexible politique inaugurée du vivant môme de Saûl, et rigoureusement suivie par Isboseth. David ne l'oubliait pas, et se promettait pour l'avenir le bonheur d'une réunion tant ditïérée.
Abner 9. Los événements se chargèrent bientôt de réaliser cette espé-
absT"^onne le i • •
parti il i>bo- rance. Isboseth n'était roi que par la volonté d' Abner, et celui-ci estrêndue ne laissait régner sa créature qu'à la condition d'exercer réellement le pouvoir royal. Triste compromis, qui abaissait la royauté devant le sujet, et ne satisfaisait même pas toute l'ambition du sujet lui-même ! Le plus léger conflit survenu entre le roi nominal et le roi réel devait nécessairement amener une rupture définitive. Abner, pour grandir son influence et son autorité parmi les siens épousa, sans même en prévenir Isboseth, une des femmes de Saiil Ilespha, fiUe d'Aïa, que la mort du malheureux roi avait laissét
1 i.f -nrou Djesour, ville royale de Syrie, sur la froûlière septeotrionaU <li: Il ilijiai-ttibu de Mauassë, au-delà du Jourdain (Relaud., Palœstina illuu I tratu, pa^,'. 78 ; M. de Saulcy, Dict. des antiq. bibliques, pag. 341).
CHAP. II. — ■COMPÉTITION d'isboseth (1040-1033). 347
veuve. Cette conduite indigna Isboseth. Comment as-tu osé, lui ditil , faire cet outrage à la mémoire de mon père ! — Ce reproche jeta Abner dans une véritable fureur. Quoi! s'écria-t-il, je suis donc à vos yeux le plus misérable personnage, le plus vil des êtres, moi qui ai seul relevé de sa ruine la maison de Saiil, votre père; moi qui ai protégé ses frères, ses parents et vous-même', Car enfin, qui m'empêcbait de vous livrer aux mains de David? Et vo'ûh que vous m'insultez aujourd'hui à propos d'une femme! Vive Jéhovah ! Il ne tiendra pas à moi que tout ce que le Seigneur a prédit en faveur de David ne reçoive son entier accomplissement. Le trône sera transféré de la maison de Saiil au fils d'Isaï, et David étendra sa puissance sur Israël et Juda , depuis Dan jusqu'à Bersabée. — A ce langage insolent, Isboseth n'osa rien répondre. La crainte lui fermait la bouche. Abner n'hésita pas à mettre ses menaces à exécution. Des envoyés vinrent de sa part trouver David; ils avaient ordre de lui dire : Joab vous transmet ce message : Tout ce royaume vous appartient légitimement; faisons donc alliance, et je réunirai sous votre pouvoir toute la maison d'Israël. — J'accepte ce message, répondit le roi, mais à une condition iadispensable. Dites à Abner de ma part : Tu ne verras jamais le visage de David, si tu n'as auparavant remis entre ses mains son épouse Michol, la fille de Saiil. Qu'elle me soit d'abord renvoyée, et viens ensuite me trouver. ^ Cette négociation s'était traitée naturellement en dehors d'isboseth. Cependant il était difficile de disposer de Michol à l'insu de ce prince. Ce fut probablement pour obvier à cette difficulté que, sur l'avis d' Abner, David envoya une députatiou chargée de faire officiellement cette réclamation à Isboseth lui-même. Remettez entre mes mains, disait David, l'épouse f[ue votre père Saiil m'avait donnée en récompense de mes exploits. — Isboseth n'osa s'y refuser. Abner, toujours maître de ses conseils , lui imposa cette détermination , et Michol , enlevée à Phalti, son nouvel époux, fut remise à David ^ » 10. Ces préliminaires n'étaient en quelque sorte que le premier AfcwrW»
> il Ile;)., c.'iij. III, 8-15,
348 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA. IlOTAUTÉ,
MsonmissiuD acte de la déchéance du faible Isboseth. « Abner assembla les an-
à David ; il
wtiàchement ciens d'Israël : Depuis lonetemps, leur clit-ii, vous réclamez David
mis à mort '■ .
par Joab. pour votrc roi; suivez aujourd'hui ce mouvement de vos cœurs; le Seigneur s'est prononcé, il a dit : C'est par la main de David que je déli^Terai mon peuple du joug des Philistins et de l'oppression de tous ses ennemis. — La tribu de Benjamin reçut les mêmes communications, et quand tous les esprits furent ainsi préparés an changement qu'il méditait, Abner, escorté seulement de vingt hommes, alla trouver David à Hébron. Le roi lui fit l'accueil le plus gracieux, et l'admit à sa table avec ses compagnons. Après le festin, Abner dit à David : Vous êtes mon seigneur et mon roi; je réduirai à votre obéissance tout le peuple d'Israël, recevez donc aujourd'hui mon serment d'obéissance, et la division qui attristait votre cœur aura disparu, — David accepta ses promesses et le ren* voya en paix. Cependant Joab ne se trouvait point alors à. Hébron, et n'avait pas assisté à l'entrevue. Il était allé, à la tête d'une troupe de soldats, châtier l'insolence de quelques brigands qui avaient osé exercer leurs ravages sur le territoire de Juda. Au moment où il revenait triomphant et chargé de butin à Hébron, on lui apprit la réception faite à Abner et sa rëconcihation avec le roi. Le souvenir d'Asaël d'une part, de l'autre, la jalousie qui lui montrait un dangereux rival pour l'avenir dans la personne d'Abner, excitèrent tout le courroux de Joab. Il courut au roi : Qu'avezvous fait? lui dit-il. Comment! vous avez laissé partir Abner sain et sauf, quand vous le teniez en votre pouvoir! Ne savez-vous donc pas qu'il vous trahit? Il n'est venu ici que pour épier toutes vos démarches, et se mettre en mesure de vous surprendre. — Joab espérait que David lui donnerait l'ordre de se mettre immédiatement ci la poursuite d'Abner, mais il n'en fut rien; trompé dans ce coupable espoir, et sa passion s'irritant davantage encore de la résistance qu'elle rencontrait, il conçut le plan de la plus infûmo trahison et l'exécuta sur-le-champ. A peine sorti du palais, il expédia des affidés près d'Abner, avec ordre de le ramener à Hébron, comme si le roi voulait l'y entretenir de nouveau. Les envoyés rejoignirent Abner près de la citerne de Sira, et lui transmirent le faux
d'Aboer.
CHAP. n. — COMPÉTITION d'isboseth (1040-1033). 3'iî)
message auquel Abner ajouta une foi complète. Il rcTÎnt avec eux à Hébron. Joab l'atteudait à l'entrée de ]a ville; sous la voûte de la porte, il s'avança comme pour lui parler et le frappa lâchement d'un coup mortel. La blessure était précisément la même que celle qui avait tué Asaël. C'est ainsi qu'en ce jour Joab et Abisaï vengèrent la mort de leur frère *. »
11. Si David eût été en ce moment le roi puissant et incontesté n^f l'Hébroà. que nous verrons plus tard siéger glorieusement à Jérusalem, sa ^^îàmorr* capitale, le meurtre dont Joab venait de se rendre coupable eût été puni de mort. C'est la remarque de Bossuet. a La conjoncture 9 des temps où le règne qui commençait était encore peu affermi, » dit-il , ne permettait pas à David de faire punir Joab, dont la per- » sonne était importante et les services nécessaires *. » Mais si les circonstances lui imposaient cette contrainte, elles ne le dominèrent cependant pas au point de dissimuler l'horreur que lui causait un tel crime. « J'en prends Jéhovah à témoin, s'écria-t-il en apprenant cette tragique histoire; je suis innocent du sang d'Abner, ce meurtre ne retombera point sur ma mémoire ! Qu'il écrase de tout son poids la tête de Joab, et qu'il flétrisse à jamais la maison de son père ! Que la famille de Joab soit frappée de toutes les malédictions célestes; que la contagion, la lèpre et les plus hideuses maladies atteignent ses descendants; que la lâcheté et l'infamie soient le partage du dernier d'entre eus, et puisse-t-il périr dans l'indigence ou sous le coup d'une vengeance ignorée ! — Descendant ensuite sur la place publique d'Hébron, et s'adressant au peuple qui l'entourait : Déchirez vos vêtements en signe de deuil, dit-il; revêtez-vous des sacs de pénitence; pleurez le crime qui vient d'être commis, pleurez la mort d'Abner! — Des funérailles solennelles furent faites à l'illustre victime; David et tout le peuple y assistèrent. Quand le corps fut déposé dans le sépulcre qu'on lui avait préparé à Hébron, David, d'une voix entrecoupée par les sanglots et interrompue par les gémissements de la foule, parla
* II Reg., cap. m, 17-27. —•Bossuet, Politiaue Urée de l'Histoire sainte, liv. II,' «rt. m, 4« proposition.
3o0 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LÀ ROÏAUTÊ.
ainsi : Abner, vaillant guerrier, ta mort ne ternira point l'éclat de' ta noble vie. Non, tes mains ne furent point enchaînées par un puissant vainqueur, tes pieds ne furent point chargés des entraves de la captivité ! Comme xm héros qui succombe sous la trahison, victime de lâches ennemis, ainsi tu tombas, valeureux Abner! -^ Emue par ces accents, la multitude redoublait ses gémissements et ses larmes. Après la funèbre cérémonie, le peuple qui avait passé cette matinée dans un jeûne rigoureux, s'assit au festin des funérailles '. Pour moi, s'ccria David, que Jéhovah cesse d'être mon espérance et mon défenseur, si je mange une bouchée de pain avant que le soleil, en se couchant, n'ait marqué la fin de cette lamentable journée! — Et, se retirant dans son palais, il épancha la douleur de son ûmc dans le sein de ses serviteurs les plus fidèles. Voilà donc, disait-il, comment on a traité un des plus grands héros, un des chefs les plus vaillants d'Israël ! Ah ! faut-il que je ne sois en ce moment qu'un prince faible, et que mon autorité soit encore contestée! En vérité, ces fils de Sarvia sont un odieux fardeau pour ma royauté naissante! Que Jéliovah leur rende un jour tout le mal qu'ils ont commis 2! » David pleurant sur la tombe d'Abner, et immortalisant par ses éloges et ses larmes la mémoire d'un guerrier qu'il avait eu quinze ans pour ennemi, ressemble-t-il au David « souillé de crimes, vindicatif et cruel jusqu'à » l'atrocité, » dont M. Renan a eu l'intuition posthume? Le, 12. « Isbosetli, eu apprenant la mort d'Abner. sentit son courage
Tuhl"e" l'abandonner. La nouvelle cul un retentissement immense parmi ^ai*Da^d.'' ^^^ tribus d'Israël, et jeta la fermentation dans tous les esprits,
1 X(HH avons ici pour b prcniiore fois la mention d'un festin public aonn"^ après les finuT-niics fliin crrand personnage. Cet nsage se tiansniit cliez les Juifs jusqu'à l'époque de la domaintion romaine. .Tosèphc le signale comme une coutume ruinouso pour ses compatriotes. Voici ses paroles : « Après la » mort de son père liérode. Archelaus ordonna un deuil de sept jours. Il fit j) ensuite servir au peuple, avec une extrême magnificence, le festiu des funé- » rai'ros. Cet usage est tellement enraciné chez les Juifs, qu'on a vu des fa- » milles réduites à la misère par les dépenses qu'il occasionne. Ce serait une » impiété de se soustraire à cette coutume, v (Joseph., de BcU, Judaic, lib. Il, cap. I.) — 2 II litg., cap. m, 28 ad ultim.
CHAP. II. — COMPÉTITION d'isboseth (I040-I033). 351
Isboseth avait pour alliés deux chefs des tribus nomades, dont le métier était le pillaa,e des caravanes et le vol à main armée. Ils se nommaient Baana etRechab. Frères par la naissance et par la destinée commune, ils appartenaient originairement à la tribu de Benjamin, et étaient fils de Remmon de Bérotb. Mais depuis longtemps les habitants de Bérotb avaient quitté cette ville pour se iixer sur le territoire de Geth, au pays des Philistins. Ces deux frères con curent l'infâme projet d'assassiner Isboseth. lis espéraient gagner ainsi la faveur de David , en le délivrant du seul rival qu'il fût possible de lui opposer. En effet, la famille de Saiil ne comptait plus d'autre membre capable de régner. Un fils de Jonathas, nommé Miphihoseth, survivait pourtant encore, mais ce n'était qu'un enfant, et d'ailleurs il avait perdu l'usage des deux jambes. Agé seulement de cinq ans lors de la défaite de Gelboë, sa nourrice, pour le soustraire à la poursuite des Phihstins, l'avait emporté dans ses bras, et dans sa course précipitée l'avait laissé tomber si rudement qu'il en était resté perclus, sans espoir de guérison. Evideunnent on ne pouvait songer à élever ce malheureux enfant sur le trône. Les deux conjurés croyaient donc assurer à jamais leur fortune en tuant Isboseth, son oncle. Ils choisirent pour l'exécution de leur horrible dessein une de ces journées de l'Orient où la chaleur est la plus accablante, et vers l'heure de midi, ils s'introduisirent dans la demeure royale. Isboseth retiré dans son appartement était endormi. La femme chargée de garder la porte s'occupait alors à nettoyer du blé, qu'elle préparait pour en fabriquer des pains cuits sous la cendre. Vaincue par le sommeil, elle s'était elle-même assoupie Baana et Rechab avaient eu le soin d'amener avec eux une charge de gerbes, comme s'ils voulaient en faire présent au roi. Mais cette précaution leur fut inutile, et les circonstances ne favorisaient que trop leur criminelle entreprise. Pénétrant sans obstacle jusqu'au lit du malheureux prince, ils regorgèrent pendant son sommeil ; lui ayant ensuite coupé la tête, ils sortirent du palais sans être aperçus, reprirent la route du désert, et, marchant toute la nuit, vinrent déposer ce sanglant trophée aux pieds de DavrJ. Voici lui dirent-ils, la tète d'Isboseth, fils de Saiil, votre ennemi , cela
3o2 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV' ÉPOODE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.
Le chant de la légitimité de David.
Piaume QiU rtfii Isriul, tnttnd*.
qui avait juré rotre perte. Jouissez, grand roi, de la vengeance q^ie
Dieu vous a ménagée en ce jour sur la race de Saiil ! David
regarda avec indignation les meurtriers : Vive Jéhovah , mon appui et mon défenseur! s'écria-t-il. Un messager vint un jour se vanter d'avoir tué Saûl. Il espérait une récompense, je l'ai fait conduire au supplice. Et voilà qu'aujourd'hui de vils assassins ont égorge sur son lit une victime innocente : avez-vous pu croire que je ne vous demanderais pas compte du sang dont vous avez souillé vos mains? Avez-vous psnsé trouver près de moi l'impunité? — Il dit, et en même temps il donna l'ordre de mettre à mort ces misérables. Leur tête et leurs mains coupées furent suspendues audessus de la piscine d'Hébron, pour que tout Israël pût être témoin de leur châtiment. La tête du malheureux Isboseth fut recueillie respectueusement et déposée dans le tombeau d'Abner, à Hébron'. » Ainsi se termina, par une effroyable catastrophe, la lutte qu'ALner avait organisée contre David. L'ambition personnelle et la soif du pouvoir chez Abner, la faiblesse et l'impéritie chez Isboseth aboutirent au même résultat; victimes tous deux de leurs passions ou de leurs fautes , ils succombèrent à quelques jours d'intervalle, et, chose remarquable ! David qu'ils avaient tant persécuté pendant leur vie, fut le seul qui songea à venger leurmortf 13. Il s'était refusé à intervenir personnellement dans la guerre acharnée qu'ils lui avaient déclarée, et s'il consentit à revendiquei les droits légitimes de son élection et de sa royauté, ce fut par d'autres moyens que les armes. Pendant qu'on soulevait contre lui une partie du peuple d'Israël, il se contentait d'en appeler à la prière. « 0 Dieu protecteur d'Israël, disait-il, vous qui gardez Théfilage de Joseph comme un pasteur vigilant garde ses troupeaux, prêtez l'oreille à mes accents. Vous dont la gloire repose au milieu
- 11 neg., cap. iv integrum. « Ainsi, dit Bossuet, périrent ces deux voleur» D comme avait péri celui qui se glorifiait d'avoir tué le roi Saûl. La diffé- * reuce qu'y fit David, c'est que celui-ci fut puni comme mcurlrier de l'oint » du Seigneur, et ceux-là furent tués comme coui'ables du sang d'un homme » innocent qui ne leur faisait aucun mal, sans l'appeler l'oint du Seigneur, » j«rce qu'en effet il ne l'était pas. » (Politique Urée de l'EcrUure sainte, liv. IX, art. jii. 4* proposition.)
CHAP. Ji. — Lk CAPITALE d'israel (1032-1012). 353
des chérubins, manifestez votre volonté aux tribu? d'Ephraïm, de Benjamin et de Manassé. — Israël transplanté de l'Egypte est devenu, sous votre direction, comme une vigne puissanlo, dont les racines se sont dilatées. Les montagnes ont été cinvcitcs de son ombre, et ses rameaux vigoureux se sont enlacés aux bi anches des cèdres. Ses rejetons se sont propagés depuis les doux mers jusqu'au ileuve de l'Eupbrate. Ab! pourquoi voit-elle aujourd'hui renverser la muraille qui la protégeait? L'étranger la pille au passage. Le sangher des forêts la dévaste, elle est la proie des sauvages habitants de la solitude. Dieu des armées, ]e'^:z -ji- nous du haut du ciel un regard favorable, venez défendre la rij^ne de votre héritage. Votre main l'a plantée, que votre main la pintége; soutenez le fils d'Isaï que vous avez honoré de votre élfclinn glorieuse. Que votre bras s'étende sur l'élu de votre droite, sur le fils de l'homme que vous avez établi sur le trône * ! »
§ II. La capitale d'Israël (i03%-10i2).
14. Tels devaient être les sentiments qui débordaient en hymnes Réunlpi ^
tout le peofto
pieux du cœur des fils d'Israël se rendant, de tous les points du d'israëi»*»
le scept»
royaume, a Hebron, pour y couronner David. La inoit d'Isbo- deDav»*. seth avait été le signal de ce mouvement unanime, si longtemps comprimé, et éclatant alors avec une expansion sans cKale. a Les guerriers de Juda, au nombre de six mille huit cenlb, portant le bouclier et la lance, troupe vaillante et habituée aux c(iniliats,fière d'avoir inauguré la première ce règne glorieux, se viient bientôt entourés de toutes les forces des autres tribus. Siméon envoya sept
1 Psalm. Lxxix, 2,3, 10, 12-19. Ce psaume a pour titre, su iv.i ni la traductiou de la Vulgate : In finem pro his qui commutabuntur. Quelques ci.uuuentateurs le rapportent à la période historique que nous lui assignons ici Nous n'ignorons pas les difficultés qui se sont élevées à ce sujet, et nmis n'avons pas la prétention de les trancher. Le sens naturel da ce psaume nnns paraît s'appliquer parfaitement à la situation où se trouvait alors Dav)*, et cette considération nous a déterminé à en reproduire ces fragments, on convient assea généralement aussi que le psaume lxxvi fut composé dans les mêmes circon-' «tances et dans le même but. C'est un résumé en style lyriqin' de l'histoire du peuple hébreu, qui se termine par l'affirmatiou de la légitimité de Dafid»
il. 23
Soi UISTOIRE DE L EGUSE. — IV* EPOQUE. — ERE DE LX ROYAUTE.
mille hommes, Lévi quatre mille six cents, Benjamin trois mille. Cette tiibu, dont Saûl était originaire, hésitait encore. Epluaïm était représenté par vingt mille guerriers; la demi-tribu de Manassé en fournit dix-huit mille ; Issachar, déjà rangé sous la puissance de David, s'était contenté de députer deux cents de ses plus illustres chefs ; Zabulon envoyait cinquante mille hommes , Nephtali trentesept mille, Dan vingt-huit mille six cents, Aser quarante mille. Les tribus orientale? situées au-delà du Jourdain avaient à elles seules fourni un contingent de cent quatre-vingt mille guerriers. Cette réunion, la plus imposante qu'on eût vue depuis les jours de Moïse et de Josué, était animée par un même sentiment d'enthousiasme. Elle venait exprimer les vœux de la nation tout entière et acclamer la royauté de David. Pour suffire à l'approvisionnement d'une telle multitude, des convois de chameaux, d'ânes, de mulets apportaient des points les plus éloignés du territoire, des pains, des sacs de farine , des figues , des grappes desséchées de miibin, du vin et de l'huile ; des caravanes amenaient par troupeaux les bœufs, les brebis et les béliers nécessaires à l'alimentation du camp. L'abondance y régnait avec la joie '. » — a Ainsi rassemblées, les tribus d Israël dirent à David : Nous sommes l'os de vos os, la chair de votre chair! Depuis longtemps, alors même que Saiil régn.iit sur nous, vous conduisiez nos guerriers au combat et les rameniez triomphants. Jéhovah le Seigneur vous a dit : Tu seras le pasteur de mon peuple, tu seras le chef d'Israël ! Régnez donc sur nous ! — Ainsi parlèrent les anciens disraël, et leur voix fut couverte par les applaudissements de la foule. Le pacte de fidélité l'ut solennellement juré entre le roi et la nation, des sacrifices furent olïerts au Seigneur, et l'huiJe de l'onction sainte fut de nouveau répandue par la main d'Abiathar sur la tête de David. Ainsi fut accomplie la parole Oe Jéhovah à Samuel son prophète *. » rh»ni« 15- Que de tristes et touchants souvenirs cette auguste solennité
^'.'imm! devait réveiller dans l'âme du fils d'Achiméloch et du fils d'isaï I ÙRiirne»' Les jours de deuil et d'exil étaient enfin passés pour jamais. David
» l Paralip., cap. xii,23 ad ultiai.— *II Pcg.,c&p.Y, l-ZilParalip., capxi, i-3.