VII. IDOLATRIE DE SALOMON
5Î. Chute de Salomon. — 52. Le Seigneur reproche à Salomon ses crimes. — 53. Adad, le prince iduméen. Guerre de Syrie. — .54. Révolte à l'intérieur. Vocation divine de Jéroboam, transmise par le prophète Ahias. — 55. Appréciation du rôle historique d'Ahias. — 56. Mort de Salomon (962).
§ VIII. l'ecclêsiaste.
C7. L'Kcclésiaste. Epoque probable de la composition de ce livre. ~ 58. Division du livre de. l'Ecclésiaste d'après Cornélius a Lapide. — 59. Vanitt de la science, des plaisirs, des honneurs et des richesses. — 60. Fins dernières. La crainte de Dieu. Conclusion.
§ I. Premières années de règne (iOOS-OOS).
1. David avait élé le roi belliqueux, le conquérant invincible, l'organisateur du royaume, le véritable fondateur de la monarchie hébraïque, dont le règne de Saûl n'avait offert qu'un prélude désastreux. Salomon fut le roi de la paix; ses conquêtes toutes mo-
Inaagnratio4 da nouveam
règne.
Vision et prière do Salomon.
raies v.c uiif^'u point le prix du sang vei^ti .(i;u;s les c:^ii;L ; 'a ^■l-endll jiisqu'aus nations les plus l'eculées linlluence de sa sugc-sc et réalisa, dans les splendeurs d'un lèj^ue glorieux et traiiqulii l'idéal d'un roi digne de l'amour de ses peuples. Heureux, si^i seconde partie de sa vie eût ressemblé à la première, «'il eût su résister mieux que son père à la séduction des voluptés, ou sidu moins, comme David, il avait eu le courage de réparer le scaudale de la chute par l'héroïsme de la pénitence. Rien n'est plus louchant que le récit des premiers actes par lesquels il inaugura son i\'U!;e. a Tous les chefs de l'armée, les princes des tribus, lesjiigeô d'I^i■c.L■I furent convoqués devant le Tabernacle. La eu présence d'une multitude immense, le nouveau roi vint ollrir des sacrifices au Seigneur, sur l'autel d'airain construit sous les ordres de iMoise par Eéséléel. Mille victimes pures et sans tache furent immolées en ce jour solennel, pour appeler les bénédictions célestes sur le hls de David'. La nuit suivante, le Seigneur apparut au jeune roi. Lemande-moi, lui dit-il, la faveur qui te j)araitra la plus précieuse, je suis prêt à te l'accorder. — Seigneur, répondit Salomou, vous avez comblé David mon père de vos bienfaits, dans la mesure de sa fidélité à suivre votre loi et à marcher dans les sentiers de la vérité et de la justice. Votre miséricorde s'est montrée magnifique à sou égard, il a vu de son vivant le fils de sa tendresse assis sur le trône à ses cotés. Maintenant, Seigneur, j'ai perdu ce père, mon modèle et mon guide, et ma jeunesse inexpérimentée ressemijle à l'ignorance d'un enfant qui ne sait encore diiiger ses pas. Cependant le peuple de votre élection, que je dois gouverner aujourdhui, s'est multiphé par votre grâce, il est devenu une nation puissante et redoutée. Daignez donc accorder à votre serviteur la sagesse et la droiture du cœur pour qu'il sache rcndie la justice à votre peuple et discerner le bien et le mal. Qui pourrait jamais sans cela juger ce^ie multitude infinie?— Cette demande fut agréable au Seigneur, Parce que tu as parlé avec ce désintéressement, lui ditil, et que, sans ambitionner ni de longs joui-», ni d'immenses ri-
• U Paralip., cap. i, 1-6.
CnAP, I. — PREMIÈRES ANNÉES DE RÈGNE (1001-998). 433
chesses, ni la victoire sur tes ennemis; tu as seulement demandé la sagesse et l'esprit de justice, tes vœux seront exaucés. Je t'ai donné un cœur intelligent et sage, tel qu'il n'y en eut jaranis avant toi. De plus, les richesses et la gloire que tu n'as point enviées te seront accordées dans une proportion qui effacera la splendeur de tous les rois; et si tu continues à marcher dans les voies de la justice, observant mes préceptes et mes lois comme l'a fait David, je prolongerai tes jours dans la prospérité d'une vieillesse honorée et paisible. — A ces mots la vision disparut, et Salomon s'éveilla de son mystérieux sommeil*. »
2. « Dieu donna donc à Salomon la sagesse et la prudence; il dilata ^"'safomonf sou cœur dans une largeur pareille aux sables de l'océan 2. » Bossuet ajoute à la parole du texte sacré un admirable commentaire. « Sans cette merveilleuse étendue du cœur, dit-il, on ne connaît » jamais la vérité; car les hommes et particulièrement les princes, » ne sont pas si heureux que la vérité vienne à eux de droit fd, » pour ainsi dire, et d'un seul endroit : chacun la trouve dans sou » intérêt, dans ses soupçons, dans ses passions, et la porte comme » il l'entend aux oreilles du souverain. Il faut donc un cœur étendu » pour recueillir la vérité de çà et de là, partout où l'on en découvre » quelque vestige, et c'est pourquoi Dieu ajoute : Ln cœur étendu » comme le sable de la mer, c'est-à-dire capable d'un détail infini, » des moindres particularités, de toutes les circonstances les plus » menues, pour former un jugement droit et assuré. Tel était le » roi Salomon 3. » S'il était permis de hasarder une parole après celle de Bossuet, on pourrait dire que la largeur de vues et l'étendue des perspectives sont des qualités vraiment royales. Le souverain, placé au sommet et au centre d'un empire, ressemble à l'océan placé au conlîuent des fleuves ses tributaires. L'un et l'autre sont les grands réservoirs où afQus, et d'où part toute vie. Dans un souverain, l'étroitesse du cœur et des sentiments, ce serait l'océan concentré dans sa majestueuse solitude, refusant aux^ rayons du
1 II Paralip., cap. I, 7-12 ; III Reg., cap. ni, 5-15. — 2 III Reg., cap. iv, 29. — * Bossuet, OEuvres complètes. 3* Sermon pour le dimanche des Rameaux, piêc devant Louis XIV, Sur la Justice,