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CHAP. I. — IDOLATRIE DE SALOMUN

\ions de Moab et d'Ammon, de l'Idiimée, de Sidon et des Héthéens. Ve Seigneur avait dit aux fils d'Israël : Vous ne contracterez point i'alliance avec ces nations, et vos filles ne prendront point d'éjioux dans leur sein, car elles vous pervertiraient et vous entraîneraient au culte de leurs idoles *. Salomon ne respecta point cette défense; la passion l'aveuglait, et, dans son ardeur efi'rénée, allait le précipiter dans les plus lamentables excès. Il avait réuni jusqu'à sept cents épouses qui portaient le titre de reines, et trois cents d'un ordre se' condaire. Ces étrangères déshonorèrent ses cheveux blancs et per^ vertirent sa vieillesse. On le vit, oubliant Je hovah, brûler un encens sacrilège aux autels des faux dieux. Son cœur n'était plus le cœur de David son père, marchant dans la voie de la perfection, en pré' sence du Seigneur. Il rendait un culte solennel à Astarté,la déesse des Sidoniens, à Moloch, le cruel dieu d'Ammon. Il ne rougit pas d'élever en face de Jérusalem, sur la montagne même des Oliviers, où David son père avait versé des larmes de repentir, un temple à Chamos, l'idole impure de Moab, et un autre à Moloch, le dieu des Ammonites. Il fit de même élever des autels aux divinités de chacune de ses femmes , et Jérusalem désolée voyait ces étrangères brûler l'encens et immoler des victimes à leurs faux dieux, à côté du Temple de Jéhovah outragé ^. »

52. « Le Seigneur fit retentir la voix de sa colère au milieu de LeScigww

reprôcte

ces profanations. Deux fois déjà il avait apparu à Salomon, pour àSaiosM le combler de grâces; une troisième fois il se montra pour l'accabler du poids de son indignation. Tu m'as publiquement trahi ! lui dit-il. Tu as violé mon aUiance, et foulé aux pieds mes préceptes ! A mon tour, je déchirerai ton royaume, et le donnerai à l^un de tes serviteurs. Cependant, en souvenir de David, ton père, je te laisserai finir tes jours, avant d'exécuter cette juste sentence. Ce sera sous kl main de ton fils que la royauté sera divisée. Pourtant je ne. lui enlèverai pas tout le royaume, mais je lui laisserai deux tribus, parce que je me souviens de David, mon serviteur fidèle, et de Jérusalem, la cité de mon élection. Mais tout le reste obéira à l'un de

• Exod,, cap. xxïiv, 16; Deuteron., cap. vu, 3. — * lU Reg., cap. ;Ki^i-l(J

ses cnO!a>>

R06 mSTOIRE DE LÉGLISE. — V' ÉPOQUE (1001-386).

tes esclaves *. » Une pareille menace, éclatant comme un coup de foudre, sur cette âme livrée à tous les désordres, y fit-elle briller un éclair de repentir? Salomon s'écria-t-il, comme David : J'ai «péché? » Prosterné sur le marbre qui décorait le pavé de son palais, eut-il la pensée d'adresser à Dieu la prière de la pénitence paternelle : Miserere met, Deus? L'Ecriture ne nous le dit pas , et ce silence formidable laisse craindre qu'il n'ait réalisé en sa personne la parole d'un de ses Proverbes : « Arrivé aux profondeurs du crime, B llmpie méprise ^. »

Adad, le 53. Les châtiments prédits par le Seigneur ne se firent pas at-

prince i. i u

iduméeD. tendre, et le règne de Salomon, jusque là si prospère, connut bien- Guerre de Syrie. tôt Ics périls d'une guerre extérieure et les angoisses d'une lutte

intestine. « Jéhovah suscita un adversaire à Salomon dans la personne d'Adad, prince de la race royale d'Edom. A l'époque où David conquit l'idumée, quand Joab, le chef de sa milice, y fit celle guerre d'extermination cfont on a parlé plus haut, Adad encore enfant avait été sauvé par le dévouement de quelques Iduinéens fidèles. De Madian, où les proscrits s'étaient d'abord réfugiés, ils se rendirent au désert de Pharan, où ils recrutèrent des défenseurs, avec lesquels ils allèrent demander l'hospitalité au roi d'Egypte. Le Pharaon accueillit avec bonté le prince exilé. Il lui donna une demeure somptueuse, pourvut à ses dépenses, et lui assigna les revenus d'un domaine. Plus tard, Adad gagna les bonnes grâces de ce monarque, et il obtint pour épouse la sœur de la reine Taphnès. Génubath, le fils qu'il eut de cette union, fut élevé par la reine, sa tante, dans le palais de Memphis, avec les fils du Pharaon. A la ïnort de David, bientôt suivie de celle de Joab, chef des milices l'Israël, Adad crut que l'heure de la vengeance était venue pour lui; il résolut donc de recouvrer le trône de ses pèreset dedéUvrer sa patrie. Permettez-moi, dit-il au Pharaon, de retourner au pays de 1* es aïeux. — Que te manque-t-il donc près de moi , répondit celui ci, pour que tu veuilles quitter ma cour et retourner sur la terre d'Edom? — Grand roi, dit Adad, votre munificence a comblé

* m Reg., cap. il, 9-13. — * Prov., cap. xvill, 3,

tous mes vœux en Egypte; mais elle n'a pu me rendre ma patrie. Acccrdez-moi le bonheur d'y retourner '. » Il est probable qu.e le mariage de Salomon avec la fille du roi égyptien retarda les projets d'Adad; mais quand le fils de David, abandonné de Dieu en punition des infidélités de sa vieillesse, eut appelé sur sa tète la vengeance de Jéhovah, le prince iduméen se trouva prêt à en être l'instrument. « Il s'allia avec un chef de brigands, Razon, fils d'Eliada, esclave fugitif d'Adarézer, roi de Soba, autrefois vaincu par David. Mettant en commun leurs haines et leurs espérances, Adad et Razon eurent bientôt sous leurs ordres une armée d'aventuriers avec laquelle ils soumirent le désert de Syrie , et s'emparèrent de Damas. Ils y établirent une royauté , dont Razon fut le premier titulaire, et qu'il laissa en mourant à Adad. C'est ainsi que le prince iduméen put enfin entreprendre contre Salomon une guerre longue et sanglante, et telle fut l'origine de l'hostilité que nous verrons se développer dans la suite entre la Syrie et le royaume d'Israël^.»

54. En même temps. Jéroboam, fils de Nabath, de la tribu d'E- Révoiic

à rintérieur.

phraïm, un des officiers de Salomon, levait contre son roi l'éten- Vocation

divine de

dard de la révolte. Estmie pour sa prudence et son habileté, Jéro- JéroJ>oara,

traasmisçpai

boam avait mspire à Salomon assez de confiance pour qu'il lui le prophète

Àhias.

donnât l'intendance des revenus à percevoir en forme d'impôts sur les tribus d'Epbiaïm et de Manassé. A l'époque où, poursuivant ses projets de construction à Jérusalem, Salomon avait construit le pont de Mello et comblé en partie la profonde vallée qui séparait la colline de David du mont Moriah, on avait dû faire disparaître un domaine que Sarva,la mère de Jéroboam, possédait en ce lieu. Peut-être même l'avait-on annexé sans indemnité aux jardins royaux. Sarva, veuve et sans appui, dut subir cette injustice 3. Jéroboam, son fils, la vengera plus tard. Le Seigneur lui avait fait connaître la haute destinée à laquelle il était appelé. « Un jour, en sortant de Jérusalem, il rencontra le prophète Ahias. Quand ils furent seuls dans la campagne, Ahias rejeta le manteau neuf dont il était enveloppé, et, à la vue du jeune Israélite, le déchira en douze morceaux,

« III Reff., cap. XI, 14-22. — « Id., ibid., 23-2d. — « W.. ibid., 26-28.

Î508 mSTOIRE DE l'église. — V' ÉPOQUE (1001-586).

Puis s'adressant à Jéroboam : Prends, lui dit-il, dix de ces morceaux. Ils sont à toi, car voici la parole de Jéhovah, le Dieu d'Israël : Je déchirerai le royaume dans la main du fils de Salomon, et tu régneras sur dix tribus. Celles de Juda et d'Ephraim resteront seules à l'héritier de Salomon, en souvenir de mon serviteur David, et par affection pour Jérusalem, la cité sainte que j'ai choisie. Ainsi je punirai le prince ingrat qui m'a abandonné, qui a porté ses adorations à Astarté, l'impure déesse des Sidoniens; à Cliamos, l'idole de Moab ; à Moloch, le dieu des fils d'Ammon. Je n'ai pas voulu éteindre la lampe de David, mon serviteur; elle continuera à briller sur Jérusalem , la ville de mon élection. Mais à côté de la royauté restreinte du fils de Salomon, je t'élèverai un trône; tu seras roi d'Israël, et ton âme se réjouira dans l'abondance. Si donc tu demeures fidèle à mes commandements, si tu marches dans mes voies, observant les règles de la justice et les lois que j'ai données à mon. peuple, je serai avec toi comme je fus avec David; j'élèverai ta maison comme j'ai élevé la sienne ; Israël te sera soumis, et ainsi je punirai la race infidèle de Salomon, mais non pour toujoui-s '. » 55. Ici encore l'intervention divine apparaît manifestement historique daus l'électiou de Jéroboam. Les rationalistes modernes ne manquent pas de calomnier le rôle du prophète Ahias. A leurs yeux, c'est un réactionnaire, qui proteste contre l'esprit de tolérance d'un roi vieux et affaibli. Il couvre du nom de Jéhovah tout un plan de révolution secrètement ourdi et savamment combiné. La parabole en action du manteau coupé était destinée à agir sur l'imagination populaire, et à préparer les voies à l'usurpateur. C'était déjà, on se le rappelle, le thème soutenu par l'exégèse moderne à propos de l'onction royale donnée à David par le prophète Samuei. Toute cette théorie échoue complètement devant la simplicité du récit biblique. Au moment où Ahias rencontre Jéroboam dans la campagne voisine de Jérusalem, il était impossible de prévoir que dix tribus se sépareraieni du royaume d'Israël. Ce chitfre précis de dix, pas une de plus, pav, une de moins, est une particularité que le réactionnaire

* 111 I\eg., cap. xi, 29-31h

'e plus habile ne pouvait imaginer. Quand un conspirateur pr pare ine révolution dans un Etat, il peut jusqu'à un certain point choisir le moment où elle doit éclater, mais il ue saurait en aucun cas fixer la limite où elle s'arrêtera. C'est la tempête qu'il uent dans sa. main; le jour où il l'aura déchaînée, elle échappera même à se? propres calculs. Et d'ailleurs, Ahias agissant en conspirateur, dans l'hypothèse rationaliste, eût été, il faut en convenir, d'une rare maladresse. Au lieu de profiter de la vieillesse de Salomon et de la fin d'un règne qui s'éteignait misérablement dans le désordre et sous le mépris public , au heu d'armer l'indignation populaire excitée par les sacrilèges profanations et l'impure idolâtrie d'un monarque enseveli dans les hontes d'un sérail, il aurait attendu qu'un prince jeune, ardent^ et entouré de la faveur qui accompagne toujours le début d'un règne, soit venu prendre d'une main ferme les rênes du gouvernement, pour hasarder contre son pouvoir une entreprise de ce genre. En vérité , notre expérience moderne en fait de révolutions ne nous a pas habitués à une pareille conduite. Ce n'est pas tout. Ahias, dans la singulière conspiration qu'on lui impute, écarte la capitale de la sphère'd'action où il aura à développer le mouvement insurrectionnel. Or, c'était Jérusalem surtout qui devait en ce moment être le plus disposée à se soulever contre Salomon, puisque cette ville était le théâtre de toutes les ignominies royales; c'était Jérusalem dont l'adhésion devait entra iner celle de toutes les tribus d'Israël. Ou l'avait vu lors de la révolte d'Absalom, et il n'est pas un conspirateur qui ne se soit proposé le soulèvement d'une capitale comme le couronnement de ses coupa- Mes espérances. C'est pourtant Jérusalem que le prophète Ahias jxclut formellement de la royauté future qu'il prédit à Jéroboam. Enfin, ce que le prophète, ni tous les conspirateurs réunis ne pouvaient prévoir par un calcul humain, c'est que le triomphe de Jéroboam et de sa race ne serait que temporaire. «Je punirai iiinsila » race de David, dit Jéhovah, maisce ne sera point pour loujoiii s. >- Qui donc soulevait aux yeux du Voyant d'Israël le voile de l'aveni: pour lui montrer, dans le lointain des âges, le rejeton de la tige de David qui devait mettre fin à toutes ces dissensions et fonder un

royaume qu'on ne divisera jamais? Les théories sur le a prophé- » tisme hébreu» importées d'Allemagne par M. Renan, et avidement exploitées par le judaïsme moderne , expliqueront , si elles le peuvent, ces miracles de seconde vue dont la Bible est pleine.

Mort oG. Jéroboam échappa à la poursuite de Salomon , en se réfu-

ie Sa'iOOiOD

(962). giant près de Sésac, le roi d'Egypte '. Nous trouvons ici le premier nom propre, d'un souverain de ce pays, indiqué par le texte sacré. Jusque là les rois égyptiens n'étaient désignés que par leur titre honorifique de Pharaon. La science hiéroglyphique a constaté la fidélité de l'Ecriture sur ce point particulier de l'histoire égyptienne, et Champollion a constaté l'identité de Sésac. protecteur de Jéroboam, avec Schesc/ionk, premier roi de la vingt-deuxième dynastie ^, et dont les hiéroglyphes ont conservé le nom parfaitement identique à celui des listes de Manéthon. Cette découverte nous rend parfaitement compte de l'accueil favorable qui fut fait du proscrit Israélite. Le beau-père de Salomon était mort, une nouvelle dynastie succédait à celle qui s'était alliée avec le roi de Jérusalem; par conséquent elle inaugurait une politique différente, et les ennemis de Salomon devenaient ses protégés. « Le reste de l'histoire du fils de David, dit le texte sacré, le détail de toutes ses actions, et les paroles de sagesse sorties de sa bouche, se trouvent consignés dans les écrits de Nathan le prophète, dans les livres d'Ahias, de Silo; dans la vision d'Addo le Voyant, contre Jéroboam,

* m Reg., cap. xi, 40.

• Nous avûuous que c'est pour uous une source intarissable d'aduiiratiou et une des plus étonnantes particularités de l'iiistoire biblique, de voir chaque proj'i^s de la science véritablement digne de ce nom rendre un pouvei homui.iye à la véracité de la Bible. Qu'on uous permette de citer ici uue parole d'un de uos plus illustres naturilistes, M. Ville, professeur de physique végétale au Muséum d'histoire naturelle. Quand nous préparions le premier chapitre de cette Histoire, nous eûmes recours à ses lumières pour l'étude de l'ordre de création dans le règne véyélal. Après avoir admirablement résumé J'état actuel de la science sur celte question, il ajouta : « Voilà 'C que uou? B savons maintenant; mais pour ce que nous ignorons encore, posez hardiiuenl » le défi à toute l'incrédulité; et dites lui : Je vous ajourne à l'heure où la » science sera comjilèto Ce jour-là, ii n'y aura pas »ui mot de la Bible qui » n'apparaisse rayonnant de vérité. »

CHAP. I. — l'ecclêsiaste. 6H

fils de Nabath; enfin dans le livre des Paroles du roi Salomon ». » Malheureusement ces ouvrages ne sont point venus jusqu'à nous. Peut-être ils nous auraient apporté quelques éclaircissements sur la grave question de la pénitence du fils de David. Quoi qu'il en soit, aies jours du règne de Salomon sur le trône de Jérusalem furent de quarante ans. Alors il s'endormit du sommeil de ses pères, et reçut la sépulture dans la cité de David*. » L'éloge et le blâme de l'histoire se partagent sur sa tombe, comme la vertu et le crime se partagèrent son règne. L'Esprit Saint, par la bouche de Jésus, fils de Sirach, a jugé cette illustre mémoire. «Comme le fleuve inonde les campagnes, ainsi la sagesse avait débordé dans ton cœur, ton intelligence avait mesuré la terre. Tu sus mêler les énigmes aux paraboles; ton nom fut porté aux lies lointaines, et tu fus chéri dans la paix. Tes chants, tes proverbes, tes images et les interprétations de ta sagesse ont fait l'admiration du monde, et lui ont appris le nom de Jéhovah, le Dieu d'Israël. L'or s'est amassé sous ta main, comme l'airain sous celle des autres rois; ta as amoncelé l'argent comme d'autres un plomb vil. Et pourtant tu as souillé ta gloire dans la fange des voluptés ; les passions de l'ignominie ont été tes reines. Tu as déshonoré ton nom, profané la race de David, et amassé sur ta postérité des trésors de colère. Tu as laissé à ton fils un royaume prêt à se désunir; tu as préparé le dur empire des fils d'Ephraïm ^. Mais Dieu u'oubUera pas ses miséricordes; il ne ruinera pas l'ouvrage de ses mains, et n'écrasera pas sans retour la tige qu'il a couronnée. Il a donné à Jacob une espéraûc^. i^t à Das'id une race immortelle *. »

§ VIII. L'Ecclésîaste.

57. « Vainté des vanités! dit l'Ecclésiaste, fils de David, roi de L'Ècuiésîast* Jérusalem, vanité des vanités, tout est vanité ^! » Cette exclama- probable

> m P.eg., cap. XI, 41 ; II Paralip., cap. IX, 29. — « III Reg., cap. XI, 42, 43. — ' Jéroboam de la tribu d'Ephraïm. — '> Ecdesiastic, cap, XLVii, 16-25, •- » Ecdes., cap. i, \, 2. Le nom d'Ecclésiasfe, en hébreu Coheleth [Congregatrix), est le titre de celui qui parle à T'EKK^Hj-ia, assemblée.

512 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — V' ÉPOQUE (1001-586).

4t la toBB- tien qui a retenti comme l'écho de la désillusion de tous les siècles,

pMîticB de ce

JiTre. ouvre la première page du livre que Salomon composa sous le titre de VEcclésiaste. Les Provej'bes s'adressaient plus particulièrement à l'adolescence ; le royal auteur y interpelle de préférence le jeune homme , il épuise toutes les délicatesses du génie et toutes les soK licitudes de la tendresse maternelle pour ouvrir à ses paroles la chemin des cœurs ardents et riches d'enthousiasme, d'une jeunesse pleine d'imagination, de sentiments généreux et de chaleureuses aspirations. VEcclésiaste est la parole refroidie d'un vieillard qui s'adresse à une assemblée d'hommes faits. La vallée de lu vie n'apparaît plus illuminée par les feux de l'aurore; le voyageur qui l'a traversée la considère aux derniers rayons du soleil prêt à disparaître dans la brume du soir, et ses yeux sont voilés de larmes. \ quelle époque précise Salomon coraposa-t-il ce livre des suprêmes tristesses? La question n'a jamais été résolue, et ne saurait l'être. La tradition judaïque, suivie par saint Jérfme, et que nous serions heureux de pouvoir admettre nous-même , prétend que VEcclésiaste est le monument de la pénitence de Salomon; qu'il fut composé à l'époque où cet illustre coupable, averti par la voix divine, comprit enfin la honte de ses égarements, et se releva, par la sincérité de sa conversion, à la hauteur première d'où il était si tristement déchu. Malheureusement le texte de VEcclésiaste ne fi^it pas la moindre allusion à ce repentir. Loin de laisser supposer une faute antérieure, Salomon dit formellement : a La sagesse n'a ja- » mais cessé de m'accompagner dans ma voie '. » Voilà pourquoi l'Kglise n'a point sanctionné sur ce point l'interprétation favorable des docteurs juifs et de saint Jérôme lui-même; et ainsi, la question de la pénitence de Salomon ne sera jamais résolue ici-bas^ Quoi qu'il en soit, l'authenticité du livre de VEcclésiaste est assez généralement admise, et s'il nous était permis d'émettre une opinion sur l'époque probable de sa composition, nous dirions qu'il dut être écrit dans les aimées qui précédèrent immédiatement la chute de l'auteur, quand, rassasié de gloire et de ,. : •..fcv'^**v6, il

* Sapientin quoque teneveravit mecum (Eccles., cap, ii, 9)i

CIIAP. I. — t ECCLESIASTE. ^i3

touchait au dëclin de la vie et repassait les souvenirs de sa grandeurc'cûulée avec la triste prcoccupation de la vieillesse prochaine.

58. La division de ce livre, donnée par Cornélius a Lapide ', est la plus simple et la plus judicieuse. Le savant commentateur trouve dans VEcdésiaste deux parties distinctes; la première, qui comprend les six premiers chapitres, est le développement do la maxime citée plus haut : vanité de la science, vanité des plaisirs, vanité des honneurs, vanité des richesses et de l'opulence. La seconde partie, renfermant les six derniers chapitres, est consacrée à établir que la félicité véritable consiste dans la vertu, la crainte et le service de Dieu. Salomon décrit à ce point de vue les trois genres de biens auxquels l'homme peut aspirer sur la terre ceux de l'âme, ceux du corps et ceux de la fortune; il montre que le bon ou mauvais usage que nous en faisons, constitue notre bonheur oa notre malheur; il établit l'empire de la Providence divine dans le gouvernement des affaires humaines, et il fait entrevoir l'union avec Dieu, dans les félicités de l'autre vie, comme le couronnement des épreuves et des vertus de celle-ci.

59. « Moi, l'Ecclésiaste, dit Salomon, j'ai été roi d'Israël, je me suis assis sur le trône de Jérusalem. Je proposai pour but à mon élude de rechercher et de découvrir le secret de tout ce qui se passe sous le soleil. Dieu a laissé comme un rude labeur cette pénible occupation aux enfants des hommes. Je suis donc devenu grand, j'ai surpassé en sagesse tous ceux qui m'ont précédé à Jé- Mi'îp.lem; mon esprit planait dans les contemplations des sdences, j'ai beaucoup appris, j'ai façonné mon cœur aux doctiines de la prudence et de la vérité, j'ai étudié les erreurs et les sophisme s des hommes et je n'ai trouvé en tout cela que peine et afïliction d'esprit. Un grand savoir suppose d'immenses recherches : ajouter aux trésors de la science, c'est ajouter à la somme des labeurs *. Alors j'ai dit à mon cœur : Essayons une autre voie, j'irai m'abreuver de délices et jouir des biens; j'ordonnai des constructions ma-

* Cornel. a Lapide, In Ecclesiasten prolegomena. — * Eccls., cap. i, 12 ad ultim.

514 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — V' ÉPOQUE (1001-586).

gnîfîqv.es, j'édifiai des palais, je plantai des jardins délicieux, des vignr^, des parcs où je rassemblais les arbres des espèces les plus rares; je fis jaLîlir l'eau dans des fontaines de marbre pour entretenir la verdure et l'ombre de mes forêts; j'ai eu des serviteurs et des servantes; tout un peuple docile à ma voix habitait ma de-j j meure; mes troupeaux de bœufs et de moutons dépassèrent en > nombre tous ceux qui ont jamais été possédés par un homme à Jérusalem; j'ai vu à mes pieds des monceaux d'argent et d'or, les richesses des rois et des provinces. La voix des chanteurs et des cantatrices mêlait son harmonie au luxe de mes festins, où je buvais le vin dans des coupes d'or. Mon opulence a dépassé tout ce qu'on vit jamais à Jérusalem. La sagesse ne cessait de m'accompagner dans mes voies, et quand je jetai un regard sur toutes les œuvi'cs de mes mains, sur les travaux qui m'ont coûté tant de sueurs, j'ai vu partout vanité et afQiction d'esprit, et j'ai compris que rien n'était stable sous le soleil '. L'homme est sorti nu du sein de sa mère, il retournera dans sa nudité au sein de la mère commune, et n'emportera avec lui aucune œuvre de ses mains *. d Fins 60. a Que sert donc à l'homme d'élever sa pensée à d'ambi-

ta crainte 4e ticuscs rcchcrches, quand il ignore les biens véritables qu'il doit Conclusion, acquérir dan? les jours de son pèlerinage, où il passe avec la rapidité de l'ombre, comme un étranger sur la terre? La vertu et le parfum qu'elle laisse après elle sont plus précieux que tous les aromates de l'Orient; le jour d'une mort est préférable à celui d'une naissance. Il vaut mieux aller à la maison du deuil qu'à celle du festin; la première rappelle à l'homme la fin de tout ce qui passe, le mortel y songe à la vie à venir ^. Jeune homme, qui te glorifies dans la vigueur de ton adolescence, qui te plonges dans les joies de cet âge où tout rit au cœur, qui marches dans ton sentier le regard fier et dans l'illusion de la vie, sache que le Seigneur te reproduira toutes ces choses au jour du jugement *. Souvienstoi donc de ton Créateur aux jours de la jeunesse, avant que ne

» Eccle., cap. il, 1-12. — » Ibid. cap. vi , 14. — » Ibid., cap. vil, 1-3. — * Ibid.; •ap. XI, 9.

CHAP. I. — L*ECCLÉSIA..'jTF, 515

vienne l'heure des dégoûts obstinés, avant les années où l'on dit : Tontine déplaît! avant que le soleil ne s'obscurcisse, que la lumière ait perdu son charme aux yeux aCTaiblis, que la lune et les étoiles soient sans éclat, et que le nuage se reforme à mesure que la pluie s'écoule ; alors que les gardes de la demeure chancellent et que les plus vaillants tremblent; que les dents, devenues rares, refusent de broyer; que sous leurs orbites les yeux s'éteignent; que la porte se ferme à l'extérieur, que la voix ne frappe plus l'écho sonore, que le chant de l'oiseau matinal sutiit à troubler le sommeil, que les filles de l'harmonie ont perdu leurs chants; que le pied se heurte à la moindre pierre et qu'on tremble sur le che • min; que l'amandier se couronne de ses fleurs blanches, que IC sauterelle marche d'un pas alourdi, et que les câpres ont perdiî leur réjouissante saveur; avant que le réseau argenté qui i i courir la vie dans les os de l'homme ne soit rompu; avant que la ban« delette d'or ne se soit distendue, que l'urne ne se brise sur la fono jaihe et la roue ne se rompe sur la piscine; avant que la poussière ne retourne à la terre d'où elle a été tirée, et l'esprit à Dieu, qui lui a donné l'être. Vanité des vanités! répéta l'Ecclésiaste, tout est vanité! 0 mon fils, ne cherche pas davantage, crains Dieu et observe ses commandements, car c'est là tout l'homme *. » Tel fut le testament de Salomon, comme écrivain inspiré. Heureux s'il profita lui-même des enseignements que la Sagesse divine plaçait sur ses lèvres, et si le dernier jour de sa vie fut pour lui « préférable i> au jour aie sa naissance l »

• Eccie.y cap. xii, i ad aitim.

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