‹ Histoire de l'église depuis la creationChapitre 60 sur 84 · II · texte numérisé non relu

II

4GC uiSTOiRE DE l'Église. — y* époque (1001-o8G).

r rvi» 24. Une seconde enceinte, ou Pars'is extdiieur, de cinq cents coo-

t l'arvis dei dees de long, était réservée aux Israélites; enfin une hoisieme appelée Parvis des gentils, d'environ six cents coudées, était laissée aux prosélytes vivant parmi le peuple juif et aux étrangers de toutes les nations qui venaient à Jérusalem. Des portes placées en face les unes des autres, aux quatre points cardinaux, donnaient oiccès par tous les côtés dans ces diverses galeries, au centre desquelles le Temple apparaissait comme le monument de la foi d'Israël et des espérances du monde *. Toutes les richesses amassées jiar David, toutes les offrandes des princes des tribus, des clieis de iauiiile et des anciens du peuple trouvèrent ainsi leur emploi danf cet édifice, dont la splendeur et la magnificence nous étonnent en. core aujourd'hui. Nous avons donc raison de dire que jamais la fo,. nationale du peuple de Dieu ne s'était affirmée avec plus d'éclat, et ne s'était traduite dans un monument plus digne d'elle. Nos idées à ce sujet, pour approcher de la vérité, ont besoin de se dégager de riiorizon actuel avec lequel l'esprit est toujours porté à comparer les horizons historiques. Parmi nous, il séleve de temps en temps des monuments auxquels des princes attachent leur nom et la gloire de leur règne, et dont les proportions dépassent celles du Temple de Salomon. Cependant leur construction laisse presque toujours indifierente autour d'elle la multitude qui voit en passant se dresser leurs assises successives. Ces monuments sont pourtant en réalité un produit national , puisqu'ils sont le fruit de limpôt ; mais là s'arrête ordinairement cette nationalité tout abstraite. La main de l'ouvrier qui les élève est une main mercenaire ; elle n'attend de sa lâche que le salaire de chaque soir. Le cœur du peuple, ses aspirations, ses espérances, ses désirs et ses allégresses ne sont pres(]ue jamais attachés à ces fi'oides pierres, à ces sculptures

* Voyez pour toute la descriptiou du Temple de Salomon : III Keg., cap. vi etvn; Il Pavalip., cap. m et iv; Joseph., Antiq. judnk., lib. VIII, cap. ii ; liupolciutts, apud Euseb. Paaiphil., Praj/urat. Evanyel., lib. IX, cap. xxxivj Jacol) .leiiuda Leou., De Templo hierosolymitano, ex liebrtRO in latiuvim versio a Saubert., ilelmslud, 1G65; Laini, De lubeniaculo fade ris , de ianctd civitatt leru'olem et de templo ^Mb Pw i»M&> 1720, iu-fol. ; Meyer, Der Tempel Solormmtf Bciliii, Ib^O, iu-8»-

mises au concours, à ces bronzes ou à ces marbres plus ou moins habilement décorés. Mais lisez la description du Temple de Salomon dans le texte biblique, et vous sentez que l'âme du peuple est là tout entière. C'est le peuple qui apporte spontanément ses offrandes pour la décoration du monument; c'est lui qui fournit par milliers des bras pour extraire des carrières, tailler, polir et transporter ces blocs énormes. C'est le peuple qui a mesuré toutes les dimeHsions de l'édifice, qui en a énuméré toutes les richesses, qui cor^serve dans sa mémoire le détail de chaque ornement, qui a compté toutes les palmes jetées aux pieds de Jéhovah, toutes les guirlandes de lleurs effeuillées devant sa majesté, toutes les grapipes de grenade épanouies en l'honneur du Dieu de la Terre promise, du Dieu qui a donné aux fils d'Israël une patrie où ruissellent le lait et le miel. Le Temple de Salomou est réellement le Temple des Hébreux, c'est l'affirmation nationale de la foi, delà mission et des espérances de tout un peuple *.

§ iX. Dédicace du Temple (991).

:2o. Après sept ans de travaux, l'édifice sacré fut complété dans Conyocatioa

du peuple.

son ensemble et dans ses détails. (( La première pierre avait été rsaan e

LoetatiLS mm.

posée au mois de Zio, la quatrième année du règne de Saloraon; la dcirnière le fut au inois de Bul (octobre), la onzième année du règne de ce prince 2. Toutes les richesses consacrées par David au service du Seigneur, tous les vases précieux, dépouilles des nations vaincues, furent déposés par son fils dans les trésors du Temple ^. » L'année' suivante devait être une année jubilaire*, c'est-à-dire

1 M. de Saulcy a consacré un chapitre extrêmement curieux à la descriptioà des parties salomouiennes du Temple actuellement conservées. Malgré l'importance de ce travail, il ne pouvait trouver place dans le caijre de celte histoire. Mais nous ne saurions trop engager le lecteur à étudier le récit du docte académicien. Les pierres parlent elles-mêmes, sous sa plume, peur attester après tant de siècles écoulés la véracité de nos Livres saints (Voyea Dict. des antiq. tibl., pag. 679-712).

2 111 Heg.; cap. vi, 31, 38. — * II Paralip., cap. v, 1.

* Leuit., cap. xxv et xxvii. D'après le calcul du P. de C;inirre^, étioli sar 168 dates précises iudiquées par la Bible et reproduites dans autre Irùduc-

uue époque de repos et de réjouissances publiques. Salomon voulut en profiter pour donner à la dédicace du Temple plus d'éclat et de splendeur. L'époque en fut fixée au mois d'Elhanim ', le septième de l'année vuinte, et le premier de l'année civile, où les Jurfs avaient coutume de célébrer la fête nationale des Tabernacles. Ce souvenir des tentes du désert en présence des magnificences du Temple de Jérusalem devait attendrir tous les cœurs et associer la mémoire des aïeux, les vicissitudes et les périls du passé aux fêtes et aux allégresses du présent. « Tous les anciens du peuple, les princes des tribus, tous les chefs des familles d'Israël furent convoqués par Salomon à cette solennité nationale -. »

De tous les points de la Palestine des tribus entières répondirent à cet appel. Ou entendait sur tous les chemins qui conduisaient àla ville saiute redire le cbant d'allégresse : « La joie inonde mon cœur, depuis qu'il m'a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. Nos pieds veulent se reposer sur tes parvis, sainte Jérusalem, cité bâtie dans la paix, dont tous les édifices se tiennent comme des maisons tialern elles. C'est vers toi qu'accourent les tribus joyeuses, les tribus de Jéhovab, pour apporter le témoignage de la foi d'Israël, pour confesser le nom du Seigneur. C'est dans ton sein que s'élève le tribunal de la justice et le trône de la maison de David. Priez pour la paix de Jérusalem. Cité bénie, que la félicité soit le partage de ceux qui te chérissent : que la paix règne sur tes remparts et l'abondance sur tes tours! Pour mes fi ères, pour mes proches j'appelle sur toi la paix. Pom' le temple de Jéhovah notre Dieu qui domine maintenant ton enceinte, j'invoque toutes les prospérités ^. n

tion, l'année de la dédicace du Temple de Salomon devait êtrî la soixantetroisième Sabbatique et la neuvième Jubilaire.

' III Reg., cap. viii, 2. Le mois à'Ethanim était le même que celui qui fut nommé l sri, après la captivité de Babylone. Il correspond à notre mois da •eptein''xe. Celui de Dul, correspoudaul à notre mois d'octobre, reçut à la même fepoque le nom de Markesuan. Voy. tom. I de cette histoire, pag. 284.

* III fieg., cap. viil, 1; II Paralip., cap. v, 2.

* Psalm. cxii iutegr. L'hébreu, la version syriaque et chaldaïque et ua grand nombre de commeulaieurs et d'iiiterprètce rapportent à cette circoQ-

26. Une multitude innombrable s'était réunie à Jérusalem. Salo- ^ PfP^pt ,

dcl Arche dfl

mon, escorté de tous les officiers de sa cour et suivi par un peuple ">jqi Sion.

^ * ^ Psaume

entier, se rendit à la montagne de Sion où le Tabernacle était resté ^,^'£^ depuis les jours de David *. Au moment oîi les prêties, élevant l'Arcbe sainte, la placèrent sur leurs épaules, les cbœurs de musique dirigés par Héman, Asaph et Idithun firent entendre ces touchantes paroles, où la piété filiale de Salomon et la recounaissance u peuple d'Israël pour une auguste mémoire durent trouver unC ource d'émotions ineffables : « Seigneur, souvenez-vous de David et de toute sa mansuétude. Il avait fait une promesse h Jéhovah, un serment au Dieu de Jaco^b. Je ne franchirai pas le seuil de mon palais, je ne goûterai point les douceurs de ma couche loyale, je n'accorderai pas le sommeil à mes yeux, je ne clorai pas les paupières jusqu'à ce que j'aie trouvé une demeure pour Jéliovah, un tabernacle pour le Dieu de Jacob. On nous a dit : L'Arche sainte est à Ephrata ; nous l'avons trouvée dans la solitude des forêts. Levez-vous, Seigneur, vous et l'Arche de votre Majesté sainte, venez vous reposer à l'ombre de votre Temple. Que la justice soit la robe de vos prélres, et que le cœur de vos élus tressaille d'allégresse! En souvenir de David votre serviteur, bénissez le rni votre christ. Il s'est assis sur le trône paternel selon la promesse de Jéhovah lui-même. La parole du Seigneur est l'immuable vérité. Il a dit à David : Je prendrai un fils de tes entrailles pour le placer sur ton trône. Si tes descendants gardent mon alliance et observent mes lois, ils se succéderont dans ton empire jusqu'à la fin des siècles; car Jéhovah a élu Sion, ill'a choisie pour y fixer sa demeure. Voilà le lieu de mon repos, c'est ici que j'habiterai, c'est le séjour de mon élection. Ici je bénirai la veuve et je rassasierai de paia l'indigence. J'investirai les prêtres de la grâce du salut, et les saints tressailleront d'allégresse. Ici je produirai dans sa gloire le noble

stance l'application de ce psaume. Il nous paraît en effet tellement convenir à la fituatioa histnrique du peuple d'Israël, au moment de la dédicace da Temple, que nous n'avons point hésité à le reproduira t^s » m Reg.f cap. viii, 3-5; II Paralip., cap. V, 2-4.

'eipple.

470 HISTOIRE DE L'ÉGLISE, — V* ÉPOQrE (1001-o86).

rejeton de David, ici j'ai préparé le flambeau qui doit rayonner sur mon c\îrist. Je couvrirai ses ennemis d'un manteau de confusion, et je ferai fleurir sur sa tête la couronne de ma sainteté *. » Une nuée 27. L'Ajche s'avançait parmi ces chants et les larmes de joie de

■iracnleuse

couvre le tout uu peuple. « Les prêtres portaient séparément les diverses parties du Tabernacle , dans l'ordre prescrit par Moïse. Aidés des lévites, ils s'étaient chargés de tous les vases du sanctuaire. I^e cortège sacerdotal, précédé de Salomon et de la multitude des enfants d'Israël, s'arrêtait presque à chaque pas, pendant qu'on immolait des victimes sans nombre à la majesté de Jéhovah. Enfin, l'Arche du Testament fi-anchit les parvis extérieurs, les colonnes du portique, et les prêtres qui la soutenaient sur leurs épaules pénétrèrent seuls avec ce dépôt sacré dans le Saint des saints, et la placèrent respectueusement sous les ailes d'or des chérubins. Un silence solennel se fit à cet instant au sein de la multitude attentive. Par les portes ouvertes, le peuple n'apercevait plus que Textrémité des montants dorés qui avaient servi à la translation de l'auguste monument : les ailes des chérubins couvraient tout le reste. Or, il n'y avait dans l'Arche que les deux tables de pierre de la loi , placées par la main de Moïse lui-même, au pied de l'Horeb, quand le Seigneur conclut son alliance avec les fils d'Israël, à la sortie d'Egypte. Après avoir accompli ce religieux devoir, les prêtres sortirent du Saint des saints, traversèrent le sanctuaire, et apparurent à l'entrée du Portique. En ce moment les chœurs de lévites vêtus de r bes de lin, qui s'étaient rangés sous la direction d'Asaph, Heman e( Idithun sur le côté oriental du Temple, et les cent vingt prêtres qui leur avaient été adjoints, la trompette du Jubilé à la main, firent retentir à la fois le son de tous les instruments. Au bruit des trompettes, des kinnor, des cymbales et du psallerion, les milliers de voix des musiciens entonnèrent l'hymne sacré : « Chantez Jéhovah v parce qu'il est le Dieu bon, parce que sa miséricorde est éter-

* Psalm. cxxxi integr. Bellarmiu et la plupart des interprètes rapportent à cette circonstance la couipositior de ce psaume qui porte pour titre Canticum Graduum,

» nelle *. » Cette parole était à peine prononcée que le Temple demeuré vide se couvrit, à la vue de la multitude, d'une nuée lV )isse, et les prêtres qui poi talent l'Autel de» parfums, le Chandelier d'or et a Table des pains de proposition ne purent entrer dans le Sanctuaire pour y déposer l€ur pieux fardeau. La gloire de Jéhovah venait de consacrer son nouveau Temple ^, n comme elle avait jadis couronné le Tabernacle de Moïse '.

28. Le peuple immobile contemplait avec admiration ce prodige. c1*mofc a Jéhovali avait prédit qu'il habiterait dans la nuée! s'écria Salomon. — Puis tombant à genoux en présence de la foule, les mains élevées vers le ciel, il fit à haute voix cette prière : Seigneur, Dieu d'Israël, où trouver sur la terre ou dans les cieux une majesté semblable à la vôtre? Vous daignez maintenir votre alliance et votre miséricorde envers le peuple qui marche dans vos sentiers avec toute l'ardeur de son âme. Vous avez accompli toutes vos promisses envers David, mon père et votre serviteur; les merveilles de ce jour en sont la preuve. Maintenant, Dieu de bonté, achevez votre ouvrage. Vous avez dit encore à David : Tes descendants se succéderont sans fin sur le trône d'Israël, pourvu qu'ils continuent à marcher en ma présence, comme tu l'as fait toi-même. C'est à vous, ô Seigneur, à réaliser encore cette parole. Qui croirait pourtant que Jéhovah daigne ainsi habiter sur la terre? Si les cieux dans leur immensité ne peuvent abriter sa gloire, que sera-ce de ce temple élevé par mes mains! Daignez donc, ô Seigneur, entendre la prière de votre serviteur et prêter une oreille favorable à ses humbles accents. Que le regard de votre miséricorde se repose jour et nuit sur cette demeure dont vous avez dit : C'est h\ que régnera mon nom! Quand les fils d'Israël viendront ici vous offrir leurs vœux, quel que soit l'objet de leur demande, exaucez-la du

1 Confiiemini Domino quoniam bonus, quoniam in œternum raisericordia ejus. Les deux psaumes cxvii et cxxxv commencent par ce verset. Njus croyons pou* tant que ce fut le cxvii^, celui qui avait été composé par David pour la so lennilé de sou couronnement à Hébron, qui fut chanté en celte circonstance,

* 111 Reg., cap. viii, C-U; H Paralip., cap. v,7 ad ultim. — • Exod., cap. XI, 13-22. Voy. tom. I de cette Hisl9S^ '«ag- 675.

haut des deux dans votre bonté inlYntê. Si, au mépris du serment prononcé devnnt votre autel, un homme avait le malheur de tromper son fi ôn^ et de violer ses engagements, que votre justice atteigne le coupable et fasse retomber sur sa tète le poids de sa perfidie. Si un jour les enfanis d'Israël venaient à vous offenser, et qu'en puni lion de cet outrage vous les livriez au pouvoir d'un ennemi vainqueur, alors que repentants de leur faute et humiliés sjous votre main ils viendront implorer en ce heu votre clémence, daignez agréer leur pénitence et leurs larmes, couvrez leur crime de votre pardon et rendez-leur la hberté et l'indépendance au sein de la patrie que vous avez donnée à leurs aïeux. Si le ciel reste fermé sur nos tètes, et qu'en punition des péchés la pluie cesse de tomber sur nos campagnes, quand la multitude affligée viendra déplorer ici ses fautes, et, convertie à vous par le malheur, invoquera le retour de vos grâces, exaucez sa prière du haut du ciel, jardonnez les iniquités de votre peuple, montrez-lui la route de la fidélité et de la justice, et rendez la pluie féconde à ce sol sur lequel vous nous avez établis. Si la famine vient désoler nos provinces, si la peste les dépeuple, si les sauterelles, la nielle ou la îouille menaceiit nos récoltes, si l'ennemi assiège nos cités et ébranle nos remparts, enfin dans tous les fléaux, dans toutes les calamités, dans toutes les douleurs publiques ou particulières, quand, le cœur contrit, un affligé élèvera en ce lieu ses mains suppliantes, vous entendrez ses gémissements du baut du lùel, vou? lui accorderez la faveur de votre clémence, et vous rendrez à chacun selon les dispositions de son cœur. Seul, en etfot. vous lisez dans le cœur de tous les fils des hommes. L'étranger lui-même, celui qui n'appartient pas au peuple d'Israël, lorsqu'il viendra des contrées Icintainos pour invoquer votre nom (car ce nom auguste retentira jusqu'aux extrémités du monde, grand comme votre puissance, étetidu comme votre bras), lors donc que l'étranger viendra pi ier en ce lieu, vous l'exaucerez du haut du ciel et vous écouterez sa prière, afin que tous les peuples du monde apprennent à craindre le nom de Jéhovah qui protège ce temple élevé par mes mains. Quand votre peuple quittera cette cité pour aUer combattre l'en-

îieml, sur les routes lointaines que fouleront ses pas, le soldat Sv tournera dans la direction de Jérusalem et de votre demeure, i^ vous adressera ainsi ses vœux, et vous l'exaucerez, et vous accori derez la victoire à ses armes. Ah! Seigneur, si les ofTeuses de la nation excitaient jamais votre courroux (et quel est l'homme que sa faiblesse n'entraîne jamais sur la pente du mal?), si donc voua livriez jamais votre peuple au joug d'un insolent vainqueur, si les fils d'Israël étaient emmenés en captivité, lorsque dans la pénitence de leur cœur, tournant vers vous du Heu de leur exil leurs yeux baignés de larmes, ils vous diront dans leur douleur : Nous avons péché, l'iniquité a souillé nos mains, nous nous sommes couverts de crimes! Lorsqu'ils vous adresseront les supplications d'un repentir sincère, les rcgaids tournés dans la direction de la pairie, de la Cité sainte et du Temple que j'ai élevé à votre gloirei vous exaucerez du haut du ciel leurs prières et leurs gémissor ments, vous leur ferez miséricorde. Vous aurez pilié de votre peuple et vous pardonnerez son crime en faveur de sa pénitence, vous brisei-ez les chaînes des captifs; car Israël est votre peuple et votre héritage, vous l'avez tiré de la terre d'Egypte , du milieu de cette fournaise de feu. C'est pour que vos yeux fussent toujours ouverts sur ses besoins et- ses vœux que vous l'avez séparé du reste du monde et de toutes les nations de la terre, ainsi que vous l'avez dit à Moïse, votre serviteur, au jour de la sortie d'Egypte. Maintenant donc. Seigneur, mon Dieu, reposez dans votre majesté sainte, vous et l'Arche de votre puissance! Que vos prêtres soient revêtus de la robe du salut, que vos saints jouissent en paix des biens qu'ils tiennent de vous. Soyez propice au roi votre christ, et sou- \encz-vous de vos miséricordes envers David, votre servi'eur *. »

29. « Ainsi priait Saldmon. Se levant ensuite, il vint se placer sur saiomo» Ine estrade d'airain de trois coudées de haut^ qu'il avait lait pré- le penpl» ^irer au m^ieu du Parvis du peuple. Là, d'une voix qui tat entendue de toute la multitude, il bénit solennellement les tils d'Israël. Béni soit Jéhovah, qui a donné le repos à son peuple! dit-il.

* m Reg., cap. vni, 12-54; II Paralip., cap. VI, 1 ad ultim.

d'Itr&el.

Il a réalise toutes les promesses qu'il avait faites à Moïse, son serviteur, aucune de ses paroles n'est restée sans accomplissement. Que le S*^-igneur notre Dieu soit avec nous comme il a été avec nos pères, qu'il ne nous délaisse et ne nous rejette jamais; qu'il incline nos cœurs à son amour, afin que nous marchions dans toutes ses voies, que nous observions ses commandements et que nous gardions les préceptes, les cérémonies et les lois qu'il a donnés à nos aïeux. Que îes prières que j'ai osé adresser en ce jour à la majesté du Seigneur paz^vienneut jusqu'au trône de sa clémence; qu'il daigne, en les exauçant, se montrer propice au peuple d'Israël et à son roi ! Ainsi toutes les nations apprendront à connaître Jébovab, et sauront qu'il n'y a point d'autre Dieu que lui. Marchons donc d'un cœur parfait en présence de ce grand Dieu, respectons ses ordres ; accomplissons sa volonté sainte , aujourd'hui et tous les jours de notre vie *. »

Lefon du ^q y Quaud Salomou eut ainsi béni la foule recueillie, les sacri-

ciel consume '

. , '" , fîces commencèrent. L'Autel d'airain, malgré ses colossales dimcusions, aurait été insuffisant pour tous les holocaustes que la piété des fils d'Israël voulut ofirir au Seigneur eu celte mémorable solennité. Le Parvis des prêtres fut donc mis à la disposition du peuple qui rivalisait de magnificence avec son roi lui-même, pour immoler des victimes en l'honneur de Jéhovah. Eu ce moment, le feu du ciel descendit sur les autels et consuma les victimes. Témoin de ce prodige, le peuple se prosterna la face contre terre, adorant la majesté de Jéhovah et chantant ses miséricordes. Pendant sept jom's les fêtes de la dédicace du Temple continuèrent avec cetto splendeur. Celles des Tabernacles leur succédèrent immédiate ment, et le quinzième jour, les tribus, après avoir reçu la bénédiction de leur roi, se séparèrent pour reprendre le chemin de leurs demeures, le cœur plein d'allégresse et louant le Seigneur des bienfaits qu'il avait accordés au fils de David et à son peuple *, » Jamui.-i, depuis les jours de Moïse, l'histoire juive n'avait eu à en-

• III nng., cap. viii, 54-62. — « III Reg., cap. vi;'. C2 ad ultim ; II Paralip., cap. vu, i-10.

registrer un événement de cette importance. Jérusalem n'était plus seulement une capitale, elle était devenue par excellence \a Cité sainte; le palais de Jébovah y était fixé d'une manière définitive. Les merveilles des temps anciens s'étaient renouvelées en présence du peuple entier. L'alliance divine s'était affirmée avec la même solennité qu'à Horeb, et les heureux habitants de la Terre promise étaient aussi favorisés que leurs pères au Sinaï. Il est en effet impossible de n'être pas frappé de l'unité qui domine toute celte histoire, et de ne pas remarquer que Jéhovah eu est le lien à travers les siècles, sous tous les gouvernements et dans toutes les circonstances. Quand le rationalisme moderne essaie de dénaturer les faits pour les plier à son système, quand il prétend que l'institution mosaïque resta oubliée en Israël jusqu'au règne de Josias, nous lui demanderons ce que signifie la parole de Salomon au peuple assemblé : « Béni soit Jéhovah, qui a donné le repos aux fils d'Israël; » il a réalisé toutes les promesses qu'il avait faites à Moïse, son » serviteur; aucune de ses prédictions n'est restée sans accomplis- » sèment. » La disposition du Temple n'est autre que celle du Tabernacle de Moïse ; les rites mosaïques président aux sacrifices, à la translation des vases sacrés, à la forme des autels, à l'ordre des cérémonies, à la hiérarchie sacerdotale et aux diflerentes fonctions lévitiques. Le nom de Moïse est cité à chaque page , et là où ijn nom même n'apparaît pas, l'esprit dé sa loi se manifeste. C'est 'th une vérité tellement évidente, tellement palpable, que pour avoir osé la nier aussi catégoriquement qu'on Ta fait en ces derniers temps, il a fallu supposer que les lecteurs du xix^ siècle étaient assez étrangers à l'histoire sainte pour n'avoir jamais ouvert une Bible, et qu ils persévéreraient dans leur indifférence à ce sujet au point de n'en jamais ouvrir une à l'avenir.

31. Il y avait, dans les témoignages de joie et de reconnaissance Dieuapparaii qui avaient éclaté au sein du peuple d'Israël pendant la solennité Prophétiesôr de la dédicace, de puissants motifs de consolation pour le cœur du duçenpi» monarque pieux dont le Temple était l'œuvre. Mais Dieu lui-même voulut donner à Salomon une marque de bonté plus précieuse encore. Jéhovah, le suzerain !?">ioiial auquel le roi des Hébreux venait

iJTft msTOiRE DE l'Église. — v époque (1001-586).

de dédier avec tant de magnificence un palais immuable, daigna en quelque sorte le remercier lui-même de sa noble bospitalité. Oui! quekine incroyable que puisse paraître une pareille pensée, elle ressort poiu-tant du texte même de la Bible que nous allons reproduire, et elle contredit assez formellement la thèse de M. Renan sur la prétendue o ligne de démarcation qui rendait iropossible » chez les Hébreux toute familiarité, tout sentiment tendre, toute » réciprocité entre le ciel et la terre. » — « Le Seigneur apparut une' seconile fois à Salomon, et lui dit : La prière que tu m'as adressée avec tant de fervour en présence du peuple, est montée jusqu'à mon trône, et je l'ai exaucée. J'ai sanctifié la demeiu-e que tu m'as élevée, mon nom y régnera à jamais, mes yeux et mon cœur s'y reposeront toujours. Si tu continues à marcher en ma présence dans la simplicité de ton cœur et dans les sentiers de la justice, à l'exemple de David, ton père; si tu obsei^es fidèlement tous les préceptes que je t'ai donnés; si tu gardes mes lois et mes jugements, je donnerai à ton trône une durée immortelle; ainsi que je l'ai pr(juiis à David, la race ne cessera point de porter le sceptre. Mais si le peuple d'Israël, si vos bis viennent à se détourner du sentier de ma justice; si, oubliant mes prescriptions, mon culte et ma loi, vous allez porter vos adorations et vos hommages aux impures idoles des nations, je chasserai Israël de la patrie que je lui ai donnée, je répudierai le Temple que j'ai sanctifié à mon nom, le peuple de Jacob deviendra la fable et l'objet du mépris des nations. Les ruines du Temple de Jérusalem seront un monument do ma justice; le passant stupéfait s'arrêtera pour contempler cette dévastation, il sifUera en signe de mépris devant tant de grandeur ctfacée. Pourquoi, demandera-t-il, Jéhovali a-t-il traité ainsi cette terre et cette demeure sainte? Et on lui répondra : C'es^ parce que les fils d'Israël ont abandonné Jéhovah, le Dieu qui avait tiré leuis pères de la servitude d'Egypte; ils ont embiassé le culte des divinités étrangères, et leur ont offert leurs adorations et leurs liommag«;s. Voilà pourquoi Jéhovah a fait tomber toutes ces calamités sur leurs têtes '. i» Cette parole formidable s'est accomplie

* 111 Heg., cap. ii, 1-10; II Paralip., cap. vu inlogi.

depuis dix-huit siècles. La ruine et la dévastation sont passées sur le Temple de Jérusalem; le voyageur s'arrête stupéfait aux lieux témoins jadis de tant de magnificences, et maintenant si cruellement désolés; le peuple d'Israël dispersé aux quatre vents du ciel demeure toujours le proverbmm vivant des nations, son existence est à elle seule un prodige. Si quelque Juif obtient le bonheur de finir ses jours dans l'enceinte de la ville sacrée, la capitale de ses pères, il arrose de larmes sans espérance les pierres élevées autrefois par la puissance de Salomon. Et pour ajouter une autia merveille d'aveuglement à tant de miracles historiques, chatpie jour le fils de Jacob relit dans le texte hébraïque de sa Bible, la prophétie solennelle de tnnt d'ingratitude et de tant de calamités.

§ \. Magnificence de Salomon (991-990).

32. La construction du Temple, à l'est de Jérusalem, sur le mont Motif» qw

• 1 1 TT /i 1 détermineft»

Monah, divisait maintenant la capitale des Hébreux en deux par- saiomon à s*

. , . construire

ties complètement distinctes et comme en deux souvei ametes si- un palais. multanées, la première, celle de Jéhovah, au milieu des magnificences d'une demeure qui rassemblait tout le luxe de l'Orient; la seconde, celle du roi d'Israël, lieutenant de Jéhovah, majesté visible à côté de la majesté invisible, juge mortel rendant les arrêts de la justice éternelle. Etabh sur la montagne de Sion, à l'ouest de la cité, le palais de David était plutôt la maison d'un conquérant que l'habitation somptueuse d'un grand roi. Succédant à la citadelle jébuséenne, il devait avoir l'apparence d'une forteresse. Salomon résolut de le transformer en un véritable palais. Ce projet ne fut pas le fruit d'une préoccupation personnelle ni d'un frivole amour du luxe ; des motifs plus sérieux et plus dignes d'un grand roi le fii-ent concevoir. « Le superbe édifice, orné de colonnades » grandioses, que Salomon fit construire, dit Josèphe, était des- » Une à recevoir le peuple lorsqu'il se présentait au tribunal du » roi pour demander son jugement. » C'était donc en réalité pour la nation d'Israël qu'on élevait un monument digne d'elle. La j{randeur qui allait rehausser la personne du souverain serait

la grandeur du peuple lui-même, et sous ce rapport M. Munk a parfaitement apprécié cet état de choses, quand il dit : « Les roia D des Hébreux étaient bien plus populaires que les autres soave- B rains d'Orient; on les voyait souvent au milieu de leurs sujets, » qui pouvaient facilement les aborder *. » La demeure royale était au point de vue civil, ce que le Temple de Jéhovali était au point de vue religieux; toutes les tribus y avaient leur rendez-vous, sans que la condescendance du monarque ôtât rien à son prestige. '( On > se prosternait devant les rois la face contre terre , dit encore 1) M. Munk, on les embrassait et on les saluait par les mots : Vive » mon seigneur le roi éternellement *! » La souveraineté d'Israël avait.ainsi réalisé l'idéal de toute véritable monarchie; le roi représentait Jéhovah aux yeux de la nation, et la nation respectait Jéhovah dans la personne de son roi. Cette formule fera sourire peut-être les profonds politiques de notre siècle qui ont changé cet axiome, pour le remplacer par la banale tautologie du roi qui représente la nation, et de la nation qui se respecte dans sou roi. Mais les événements se sont tellement chargés de prouver à coups de foudre l'inanité de cette récente théorie, que nous avons parfaitement le droit de préférer, et pour les peuples et pour les souverains, la formule théocratique d'Israël. Outre le motif indiqué par Josèphe, Salomon fut encore dirigé dans la construction de son palais par un admirable sentiment de piété. « Je ne veux pas, dit- » il, que la maison de David, sanctifiée par le séjour qu'y a fait D l'Arche du Seigneur, soit désormais un lieu de résidence vul- » gaire ^. » Le rationalisme de nos jours ne verra probablement encore dans cette parole du grand roi qu'une aûectatiou de piélisme, ou un accommodement d'un esprit supérieur aux préjugés populaires. Il aimera mieux jeter cette accusation d'hypocrisie à la mémoire de Salomon, que de reconnaître simplement l'importance capitale de l'Arche d'alliance dans l'histoire d'Israël. Mais ce système de négations perpétuelles ressemble à l'obstination d'un aveugle-né, qui croirait détrôner le soleil en niant sa lumière.

« Munk. Palestine, pag. 409. — * Idem, ibid-i Psalm. lu 12; III Reg., I, 3i. — » Il l'aruli^.t cao viil, 11.

33. Josèphe a résumé les textes bibliques et les traditions juives DeecripU»»

^ j « dupalai»

dans la description qu'il nous a laissée du palais de Salomon. «Cet deSaiomoo

*■ -^ '■ d aprè»

t> édifice avait, dit-il, cent coudées de long sur cinquante de large Josàçhe.

ç et trente de haut. Les colonnes de cèdre qui le soutenaient étaient

» prismatiques et quadrangulaires. Il était couvert suivant le mode

» corintlnen, orné et soutenu à la fois de colonnes également es-

» pacées, et de clôtures de portes triglyphes. Un autre édifice qua-

» drangulaire, ayant en longueur la largeur totale du premier, et

» en largeur trente coudées seulement, formait façade sur le mi-

» lieu du palais, et était précédé d'un naos, soutenu par une puis-

JD santé colonnade. Là se trouvait une salle immense et magnifi-

B quement décorée, où le roi siégeait dans l'appareil de sa majesté,

» lorsqu'il rendait la justice. L'habitation de la reine était contiguë ,

» ainsi que de vastes appartements destinés au repas et aux autres

» usages de la vie. Tous étaient lambrissés de cèdre. Les construc-

» lions furent faites pour la plupart en pierres de taille de dix cou-

D dées, revêtues de pierres précieuses appliquées en placage et ra-

» meziées à grands frais des contrées les plus lointaines. La beauté

» de ces incrustations resplendissait sur trois assises intérieures de

» l'édifice. Une quatrième était ornée du plus admirable ouvrage

») de sculpture représentant des arbres et des plantes de toute sorte,

» aux rameaux et aux feuillages pendants, et ciselés avec un art si

» merveilleux, qu'ils semblaient pour ainsi dire s'agiter en cachant la

» pierre qu'ils recouvraient. Tout le reste de la surface des murs

» jusqu'au plafond , était couvert de stuc orné de peintures de

s» couleurs variées. D'autres édifices furent élevés auprès des pre-

» miers , pour servir aux fêtes et aux réjouissances solennelles ;

» c'étaient des portiques immenses, et au milieu d'eux une splen-

» dide salle de festin tout ornée d'or. Le mobilier destiné aux con-

» vives était lui-même d'or massif. Il serait impossible de repré-

» senter en détail la somptuosité des appartements royaux,

» d'énumérer les diverses pièces qui les composaient, de donner

B uae idée des retraites ménagées dans les profondeurs des sou-

» terrains, de décrire les jardins délicieux qui entouraient le palais

• et prêtaient leurs frais ombrages au milieu des ardentes chaleur»

HISTOIRE DE L'eGLTSE. — V* ÉPOQUE (lOOl-oSG).

Psaume

fi'ili Domivui

leéificaveril

ànnum.

» de l't'ti'. (Ju'on se figure un édifice entier composé de marbres » éclnlaiils, de cèdres, d'argent et d'or. Les toits et les murailles » furen', comme au Temple du Seigneur, décorés de pierres pré- )> cieust"? enchâssées dans l'or. L'ivoire y était aussi largement re- » présenté. Le trône de Salomon fut construit en cette matière. On » y nionla.t par six degrés sur lesquels douze figures de lions ù avaient été sculptées. Deux autres de ces animaux semblaient » gardei les côtés du trône, dont le siège était lui-même supporté « par un laureau, la tête renversée en arrière. Une incrustation » d'or PO dvHachait sur le fond mat de l'ivoire et faisait du trône un » chef d fpiivre de ciselure et d'art '. »

34. Tel fiait ce Palais des cèdres du Liban, ainsi qu'il fut nommé, soit à cause de la profusion de bois de cèdres qui entrèrent dans sa construction, soit à cause des jardins somptueux dont il était environné et qui rappelaient au milieu de Jérusalem les verts et majestueux ombrages du Liban. Quand Salomon y fit sa première entrée solennelle, les chœurs de musiciens chantaient ce psaume composé par le fiis de David avec la piété et l'inspiration paternelles : « Si Jéhovah n'élève lui-même la maison, vainement les hommes ont

» Joseph., Andq. judaic, lib. VIII, cap. ii ; II Paralip., cap. ix, 17-20; III I\eg., cap. VII, 1-12. M. de Saulcy, après avoir cilé le texte de Josèphe, et avoir fait reiuanjufr qu'il offre une assez grande analogie avec le récit des liais et des Paroi if)0/uèues, quoiqu'avec uae légère teints d'exagération, ajoute : « Quoi qu'il en soit, voilà une foi» de plus les prescriptions de la loi mosaïque » couiiiléleuuMit enfreintes, par les représcûtatioas ie la ciselure et de la » sculpture dans le palais de Salomon. » tlav^ avons iè'à répondu à ce grief pag. 584, tom. 1 de cette Histoire. La loi mosaïque n'tvait défendu les représentalions de la sculpture, de la peinture et de la ciselure qu'autant qu'elles portaient un caraclère idolâlriqnCr 0»f^ \ e dit très-bien M. Munk,

qu'après la captivité de Babylone que le rigorisme des docteurs proscrivit les œuvres d'art représentant des figures d'homn es et d'animaux. Aussi la Bible ne blùme-t-elle point Salomon d'une infraction qui n'exista réellement pas. Au contraire, Jo>èphe, qui partageait le rii;orisine posthume des docteurs, non-seulenuMit re[iroclie à Salomon les ornements de son palais, mais il va jusqu'à dire «V'^ ^^ roi avait positivement oflensé Dieu lorsqu'il fit les taureaux de bronze sur lesquels reposait la Mit d'airain dans le Parvis du Temple. Nous soumettons cette observation à M. de Saulcy, dont les appréciations sont ordinairement si exactes, et qui a donné cette fois trop d'iin» portance à la théologie un peu pbarisaïque de Josèphe.

travaillé à la construire. Si le Seigneur ne garde la cité, vainement les sentinelles veillent à ses portes. Pourquoi vous lever avant Vaurore, mortels qui mangez le pain de la douleur? Levez-vous après que le repos a réparé vos forces, goûtez les douceurs du sommeil que Jéhovah accorde à ses élus. C'est lui qui prendra soin de votre héritage; les fils sont les trésors qu'il distribue à ceux qui le servent. Comme les flèches sous la main des vaillants, ainsi seront les fils sous la main de leur père. Heureux celui qui se voit ainsi renaître dans une famille nombreuse I II sera grand dans l'assemblée des peuples *. » La préoccupation de l'héritier auquel il laissera sa demeure somptueuse se trahit dans ce cantique de Salomon. Heureux si le sentiment paternel qui lui dictait ces pieuses paroles, l'eût préservé plus tard des égarements déplorables dont son fils et successeur eut à porter le fardeau héréditaire.

35. Pour relier le palais au Temple, Salomon jeta surla profonde ^'^p°]5'^*** vallée de Mello, qui séparait la montagne de Sion du mont Moiiah, un pont de deux arches, dont M. de Saulcy a retrouvé les traces encore parfaitement reconnaissables. « A douze mètres en arrière )) de l'angle sud-ouest du Temple, dit-il, sur la face occidentale, on » voit en place trois rangs de voussoirs magnifiques qui ont incon- » teslablemeut appartenu à l'arche d'un pont qui traversait le Tyro- » pœon. La largeur du pont perpendiculairement à son axe est de » quinze mètres cinquante centimètres. Un voussoir manque à » l'assise supérieure, et il est remplacé par de la maçonnerie en petit » appareil se rehaut à celle de la portion supérieure du mur contre T) lequel est appliqué le pont, portion qui est par conséquent mo- » derne. La voûte, en arc de cercle, commence au-dessus d'une .; assise de gros blocs salomoniens en saillie de quarante-cinq » centimètres sur la face du mur primitif. Ce qui reste de l'intrados » a une hauteur verticale de quatre mètres, jusqu'à la naissance du » joint normal, à la surface de l'intrados, et qui est aujourd'hui mis » à nu. Ayant mesuré la corde du voussoir inférieur et la corde de » l'ensemble des deux voussoirs supérieurs, rien n'est plus aisé (jufi

* Psalm. cxxvi. Ce psaume a pour titre j Canticum graduum Salomonis, II. 31

» de délerminer le centre, le rayon et par suite le diamètre delà. » voûte. Le rayon du cercle est de liuit mètres trente-cinq cenlia mètres, et le centre est placé à quatre-vingt-cinq centimètres aa- :j dessous du plan dans lequel se trouve la saillie qui recoupe l'arèto lî inférieure de la voûte. L'arc générateur n'est donc pasunedemi- » circonférence entière, et la voûte avait, à très-peu de chose près, » seize mètres soixante-dix centimètres d'ouverture. Par suite, la » flèche de cette voûte avait sept mètres cinquante centimètres au- ». dessus du plan de naissance. Si les dimensions d'un pareil pont )) sont imposantes et dénotent des connaissances architecloniques » fort développées, elles n'ont absolument en soi rien qui permette » dé révoquer en doute l'existence d'un pont qui avait probable- » ment deux arches, et qui reliait en ce point le plateau du mont » Moriah ou du Temple, avec celui du morit Sion, ou du palais. )) L'historien Josèphe supplée ici au silence des saintes Ecritures : f) il parle à diverses reprises du pont qui joignait le Temple au » Xystos, celte espèce de forum où se tenaient les assemblées du » peuple de Jérusalem. De tous les passages extraits des écrits de ) Josèphe qui ont trait à cet admirable pont, il n'eu est pas un qui i) ne s'accorde parfaitement avec la position de l'ai-che ruinée que » je viens de décrire. Pour moi donc, et quoi qu'en puissent dire les » architectes, je me crois en droit d'affirmer qu'il est bien de l'épo- 9 que des rois de Juda, et très-probablement même construit par » l'ordre de Salomon. Cette opinion reporte assez haut l'emploi de » la voûté, eu égard à l'idée généralement adoptée, f.mte de faits » contraires bien constatés, que l'usage de la voûte est postérieur B à lépoque que le pont salomonien lui assigne. Une fois de plus 0 les théories conçues au fond d'un cabinet d'études, auront reçu "<> un démenti. Je diiai donc, ne fût-ce que pour éviter un ennui à i> ceux qui seraient tentés de s'inscrire en faux contre ce fait archiô tectmal désormais incontestable, qu'une magniilque voûte ef u plein cinlre et de douze mètres sous clef, a été retrouvée paff » -"non ami, M. V. Place, dans ses merveilleuses fouilles du Rhorp sabad. A celle-là, il faudra bien que l'on attribue, bon gré mal * çré, à tout le moins ^x cent vingt-cinq ans d'antériorité à l'ère

CUAP. I. — -MAGMFICENCE DE SALOMON (991-970). 483

» chrétienne, puisque l'an six cent vingt-cinq avant Jésus-Christ D est la date précise de la destruction de Nini%e ^ »

36. L'enceinte de Jérusalem devait naturellement s'accroître après Enceinte

lalomonieuaC

i'adionction de tant de monuments élevés par le ffénie de Salomon. de

« Ce prince, dit Josèphe, voyant que les anciennes murailles ne re- » pondaient plus à la grandeur et à la magnificence de la cité sainte, B en fit élever de nouvelles, qu'il fortifia par des tours et des bas- » lions formidables^. » Ce fut sur les deux parties méridionale et septentrionale de la ville, que Salomon prit les terrains qu'il voulait annexer à sa capitale. D'après les travaux les plus récents sur la topographie de Jérusalem, le mur de Salomon aurait suivi à l'est la ligne des constructions du Temple, actuellement le Haram-Ech-Chérif,]\x^- ^u'à la porte dite de Saint-Etit-nne. Là, il aurait suivi en ligne droite, ur la façade nord, la Vcie douloureuse jusqu'à la station de la première chute. Formant à ce point un retrait à angle droit, il aurait continué dans la Voie de la Passion jusqu'à la neuvième station, en face de la porte Judiciaire, renfermant ainsi tout le mont Akra dans son enceinte. Le contournant en son entier, le mur de Salomon aurait laissé sur la droite le Golgotha et serait venu se relier en arrière 'ie celui-ci à la partie septentrionale du mont Sion. Les traces de nceinte salomonienne se perdent sur le côté méridional de Jérusalem et il serait difficile de hasarder autre chose que des conjeciures sur leur contour réel. Cependant l'existence du grand aque- 10 circulaire dit de Salomon, et des conduits souterrains qui aboutissent à la piscine dite de la Vierge et à celle de Siloah, ne permet pas de douter qu'il n'y ait eu sur ce point des travaux importants pour l'agrandissement de Jérusalem 3.

37. Pour fournir à ces immenses constructions, Salomon avait eu Le» cité»

de 'ilialonl

recours non seulement aux ressources aue le roi de Tyr lui four- refusées par

Hiram.

1 De Saulcy, Did. des aniiq. bibl., pag. G99-701. — - Josciiii., A/iiiq. j'uri., lib. VIII, cap. II. Ce passage de Josèphe est justifié par le verset 6' du cliap. viii, Il Paralip. : Omnia quacumque voluit Salomon ulque dispositit, œdificavit in Jérusalem; et par le verset 15 du cliap. ix, 111 Reg.: Hœc est summa expentarian quam ohlulit rex Salomon ad cedificandutt, murum Jérusalem. — ' \oyp.7. Plan de Jérusalem ancienneet moderne, parle docteur Ermete Pierrolti "Xliiliicle in^^éineur. Paris, Kœppelin.

nissait chaque année en matériaux précieux , en bois de cèdre et en marbres de Bibles, il lui avait fallu en outre emprunter à Hiram cent vingt talents d'or que cet allié lui avait généreusement fournis, et qui, malgré toutes les richesses en hngots et en numéraire accumulées par David, se trouvèrent encore insuffisants pour des entreprises si multipliées et si gigantesques. Un tribut spécial fut prélevé sur le peuple d'Israël pour couvrir les dépenses nécessitées par tant de travaux; et pour récompenser le généreux allié qui l'avait soutenu de son crédit et de st puissance, Salomon offrit à Hirara la propriété de vingt cités limitrophes des frontières phéniciennes, dans la Galilée inférieure. « Le roi de Tyr vint un jour visiter le territoire qui lui était ainsi concédé , et il n'en fut pas satisfait. Mon frère, dit-il à Salomon, sont-ce là les cités que vous m'offrez en échange des sommes considérables que j'ai avancées pour vous? — Et, par une expression pittoresque qui témoignait à la fois son mécontentement, et caractérisait la stérilité de la contrée ainsi concédée, Hiram lui donna le nom de Chaboul (Sable) qu'elle a conservé jusqu'à ce jour *. » Salomon reprit les cités dont Hiram n'avait point agréé l'offre, les fit réédifîer et munir de forteresses, et, pour désintéresser le roi de Tyr, lui rendit les cent vingt talents d'or, dont il lui était redevable. La flûtie 38. Les relations amicales du royaume d'Israël avec la Phénicie ker. Voyages permirent à Salomon d'ouvrir dans ses Etats une nouvelle voie à la k Thàrêis. prospcritc publique , par la navigation et le commerce extérieur. Les détails que nous fournit la Bible à ce sujet sont formels, et ne laissent aucun doute sur l'existence et la composition de la flotte de Salomon. Malheureusement ils ne sont point aussi circonstanciés que le désirerait notre curiosité rétrospective, et, malgré la légitime satisfaction que nous pourrions avoir, au point de vue de l'his» toire du commerce , à posséder des renseignements précis sur des voyages maritimes antériem's de deux cents ans à la fondation de Carthage, nous sommes contraints de nous restreindre dans les étroites limites du texte sacré; fxop heureux encore que son té-

» IB Reg., cap. ix. ifl-i-*-.

lioignage nous fixe une date si reculée pour les conquêtes du génie humain sur l'empire des mers. Voici les passages de la Bible qui ont trait à cette importante particularité. « Le roi Saloraon fit construire "fine flotte à Asiongaber, -salle située près d'Ailatb, sur le littoral de la mer Rouge, dans le territoire de l'Idumée. fliram, roi de Tyr, fournit des navigateurs et des marins exercés au maniement des vaisseaux, qui formèrent, avec les sujets de Salomon, l'équipage de la flotte. A leur premier voyage, ils abordèrent à Ophir, où ils recueillirenl quatre cent vingt talents d'or qu'ils ^rapportèrent au roi Salomon •. A partir de ce moment, l'argent devint tellement commun dans les provinces des Hébreux, qu'il semblait avoir perdu tout son prix, car la flotte royale, voyageant de conserve avec celle d'Hiram, revenait tous les trois ans de Tharsis , rapportant de l'or , de l'argent , des dents d'éléphant (ivoire), des singes et des paons 2. C'est ainsi que toutes les coupes, tous les vases qui servaient aux festins de la table royale, ainsi que tous les meubles du palais du Bois du Liban purent être fabriqués en or massif. Car, en ces jours, l'argent avait perdu tout son prix, depuis que la flotte royale, dirigée parles serviteurs d'Hiram, revenait tous les trois ans de son voyage à Tharsis, d'où elle rapportait, par quantités énormes, de l'or, de l'argent, de l'ivoire, des singes et des paons ^. » On peut lire, dans une savante dissertation de D. Calmet, les intéressants commentaires auxquels ces trois passages de l'Ecriture Sainte ont donné lieu. La situation d'Asiongaber sur le littoral de la mer Rouge est connue ; le point de départ des flottes salomoniennes est donc établi d'une façon incontestable. Malheureusement il n'en est pas de même des deux villes de Tharsis et d'Ophir indiquées comme le terme de ces longs voyages qui demandaient une navigation de trois ans pour l'aller et le retour. Les productions similaires d'Ophir et de Tharsis semblent convenir également au littoral de l'Afrique et à celui des Indes, et excluent toute idée des villes situées sur les côtes de la

1 III Reg., cap. ix, 26 ad ultim. — « W., cap. x, 21, 22. — ' II Paralip., cap. ix, M 21.

4îJ6 ïîiSTomE DE l'éguse. — ^ ÉroQUE (1001-586).

Méditerranée. Le port d'embarquement sur la mer Rouge ferait également pencher pour cette opinion qui est celle de M. de Saulcy» et à laquelle nous bclinons plus volontiers pour notre part. Cependant nous ne voulc/is point laisser ignorer un fait historique auquel les circonstances actuelles donnent un intérêt nouveau, et que le savant évêque d'Avranches avait depuis longtemps signalé f c'est que, Lien antérieurement à l'époque de Salomon, et dès de temps d'Abraham, il existait un canal de communication entre la mer Rouge et la l\îéditerranée , pur un bras du Nil. La tradition arabe s'accorde sur ce point avec les récits d'Hérodote et de Strabon. Nous avons déjà eu occasion de citer plusieurs fois les paroles de l'Ecriture qui fixent les limites de la Terre promise depuis le fleuve Eg3-ptien jusqu'au Liban. Il y a donc là ime coïncidence qui reporterait le premier percement de l'isthme de Suez, dont la science de nos jours se préoccupe avec tant d'ardeur, aux époques primitives de l'histoire. Dans ce cas, les tlottes de Salomon, équipées à Asiongabcr, auraient pu facilement se joindre à celles de Tyr sur les ports de la Phénicie, pour visiter de conserve tous les points du littoral de la :Méditerranée; et réciproquement Hiram aurait pu, comme 1p dit la Ijible, « envoyer ses navires et ses matelots à Asiongaber '.» Lh boociiers 39. Une traversée de dix-huit mois, telle que nous l'indique ];i **°j!orte"' Bible pour les vaisseaux de Salomon, qui passaient trois ans en mer à chaque voyage , même en tenant compte des divëi-?es escales où les navires relâchaient pour les besoins de l'approvisionnement, du commerce et des échanges réciproques, suppose des ressources nautiques bien plus avancées qu'on ne le croit généralement, et égale le terme de nos expéditions actuelles les plus lointaines. Qui sait si les vaisseaux de Salomon n'abordèrent jamais aux rivages que Christophe Colomb crut découvrir le premier, gui sait s'ils ne portèrent pas le nom du Créateur du ciel et de Il terre aux peuplades primitives de l'Inde et de l'exLréme Amérique? Quoi qu'il en soit, l'or que celte contrée envoie à l'K-irope eu si grande abondance depuis trois siècles, cessa presque à la

» il Poralip., cap. vill, IS.

de SÛomon,

Buite de cette navigation d'être un objet de luxe chez les Hébreux. «Le roi Salomon, dit le texte sacré, fit avec l'or d'Ophir, deux cents grands boucliers d'or massif, pesant chacun six cents sicles, et trois cents boucliers de même métal du poids de trois cents sicles seulement. Il les fit déposer dans une salle du palais des Cèdres du Liban. Toute la vaisselle du buffet royal, et tout le mobilier du palais fut également d'or massif ^ » Ces boucliers, dit M. de Sauicy, «servaient probablement à la décoration desmu- » railles auxquelles ils étaient suspendus. Un précieux bas-relief » assyrien trouvé à Rhorsabad, et publié dans le magnifique ou- » vrage de M, Botta, représente le pillage d'un édifice dans lequel » les Assyriens pénètrent par le toit; on les voit décrocher des ma- » railles des boucliers bombés qu'ils emportent en s'éloignant. Je » ne doute pas, pour ma part, que ces boucliers ne soient les ana- )) fugues de ceux que le roi Salomon avait fait fabriquer, afin d'en )) orner son palais ^. » Malgré l'autorité de l'illustre saA^ant, nous aurion? peine à croire que les boucliers dont il est ici question eussent été réservés exclusivement pour un motif de décor arcliitectural. Il nous paraît plus vraisemblable d'admettre qu'ils servaient aux époques solennelles comme armures d'apparat pour les corps d'éhte de la garde du roi d'Israël, et contribuaient à rehausser l'éclat et la pompe des fêtes religieuses. Le récit bibhque nous en fournira d'ailleurs la preuve dans l'histoire de Ptoboam-. De même, il les serviteurs d'Hiram et ceux de Salomon ayant rapporté d'Ophir, entre autres raretés, tels que diamants et pierreries, du bois d'aldjouviim tel qu'on n'en avait jamais vu auparavant au pays de Juda, le roi fit faire avec ce bois précieux des gradins pour le Temple de Jéhovah, des kinnor et des nabel pour les chœurs de musique, et des degrés pour son propre palais ^. » Le Temple de

* II Paralip., cap. ix, 13-20. « Le sicle équivalant à six grainmss, dit M. ds • Sauicy, les grands boucliers pesaient trois kilogrammes soixante déca- » grammes, et les petits un kilogramme quatre-vingts décagrammes seule- » ment. » Dict. des aniiq. bibl., pag. 717.

* Idem, ihid. — * 111 Reg., cap. x, 10-12. Les Lexiques décrivent Valdjoumim comme un Lois précieux et odoriférant qui vient de la Perse et de l'Inde, et qu'ils supposent être du saudal rouge.

Jéhovah était le centre autour duquel rayonnaient toutes ces magnificences, et nous sommes persuadés que les boucliers d'or durent servir plus d'une fois à relever la majesté des cérémonies du culte hébraïque.

•Un passage de Josèphe qui trouve naturellement sa place ici peut d'ailleurs nous donner l'idée de la splendeur dont Salomon aimuit à s'entourer. « Les chevaux de son escorte, dit l'historien juif, » étaient tous de formes irréprochables et d'une extraordinaire vi- » vacité : les cavaliers qui les montaient en faisaient encore valoir » la beauté. C'était la tleur de la jeunesse hébraïque; leur taille 0 élancée, leurs tuniques de pourpre tyrienne, et surtout leur lon- » gue chevelure tressée en boucles recouvertes de fils d'or étince- D lants sous les rayons du soleil, formaient chaque matin un admi- » rable spectacle, quand, armés de leurs carquois, ils entouraient ù le char royal , sur lequel Salomon , vêtu d'une robe éclatante de » blancheur, se faisait transporter dans les délicieux jardins d'E- » than, à deux stades de Jérusalem, où il avait coutume de passer » les brûlantes journées de l'été, sous les frais ombrages et au mi- » lieu des fontaines jaillissantes '. »

40. L'opulente transformation que Salomon avait fait subir à la cité de David ne suffit point à absorber les trésors dont il disposait, et à satisfaire ses goûts de magnificence et de constructions grandioses, a Le Pharaon égyptien, en lui donnant sa fille en mariage, lui avait assigné pour dot la cité chananéenne de Gazer, récemment conquise par ses armes. Il avait voulu que l'alliance d'Israël avec la fille des rois d'Egypte apportât ainsi une augmentation de territoire à son illustre gendre. Gazer elle-même était en ruines, car les Egyptiens après s'en être emparés l'avaient livrée aux flammes. Salomon la fit reconstruire et fortifier, ainsi que les deux cités de Béthoron, celles d'Hëzer et de Mageddo, et les villes du Chaboul, refusées par Hiram. S'étant rendu ensuite à Emath. dans la terre de Soba, il soumit cette contrée à sa puissance, et éleva

* Joseph., Antig. judaic, lib. VIII , cap. li. Cette citation de Josèphe uoui fournit un renseigueineolpriicieux sur la coiffure de cette époque, dout les monuoieuis égyptiens nous ont conservé un grand nombre d'exemples.

Thadmor (Palmyre) dans le désert, et Baalatli dans la région de la solitude '. » Une lonf.'Lie controverse s'est élevée sur la question de savoir si Palmyre et Baalath dont il est ici question sont les deuj cités de Thadmor ou Palmyre entre Damas et l'Euplirate, et de Baalbek en Syrie, dont les ruines gigantesques sont encore célèbres dans tout FOrient. L'archéologie, science récente en Europe, a encore beaucoup à étudier dans les monuments anciens de l'Egypte, de la Syrie, de l'Inde et des deux Amériques; nous croyons donc que l'avenir éclaircira le problème dont il serait prématuré de vouloir fixer maintenant la solution. Voici toutefois Tappréciation de M. de Saulcy sur cette intéressante particularité. « On a pensé que la » Baalath de Salomon est la même que Baalbek. Ce qui donnerait » quelque vraisemblance à cette opinion, c'est que le III* livre des » Rois (ix-19) dit positivement que ce prince [it élever des construc- » tions dans le Liban. D'autres ont pensé que Salomon n'avait consli) truit ni Baalbek en Syrie, ni la grande Palmyre dans le désert, » mais que Baalath et Palmyre étaient des villes construites sur les » frontières de la tribu de Nephtali, dont toute la partie septentrio- » nale était dans le Liijau. Je ne me prononcerai pas d'une manière » absolue sur cette question difficile. La possession de Baalbek au » centre même de la Syrie, celle de Palmyre à une si grande dis- » tance de Jérusalem, s'expliquent difficilement. D'ailleurs, rien, » dans les monuments de la partie antique de Baalbek, ne présente » l'appareil salomonien; et si le gi'and roi avait fait travailler à I) cette ville, il y aurait au moins quelques fragments d'architec- » ture qui indiqueraient de la parenté avec l'art judaïque. Je n'y » ai rien trouvé de ce genre. S'il faut s'en rapporter aux descrip- » tions de Palmyre, il en est de même de cette ville. Ce sont là de » graves raiscms. Plus que tout cela, nous avons un document pré- » cis de la Bible qui nous donne les noms des intendants des pro- V vinces ou préfets établis par Salomon sur toute l'étendue de ses B domaines jusque dans le Homran. Or, s'il avait eu des possessions » dans le centre de la Syrie, il n'eût pas manqué d'y nommer des

* III Reg., cap. ix, 15-19; II Paralip., cap. viil, 2-6.

490 iiiSTOiiiE DE l'Église. — v" époque (lÛ01-58Gy.

)) vice-rois ou intendants qui les eussent gouvernés *. Il est donc » plus probable que les villes de Baalath et de Palmyie fiu-ent cons- » truites à la frontière septentrionale des Etats de Salomon. Si l'on » pouvait rigoureusement excepter l'une de ces villes, il faudi'ait » dire que c'est Palmyre, qui, par sou éloignement même de la » Syrie, pouvait ti'ès-bien être un poste avancé dans le désert, for- » tifié par Salomon pour protéger les caravanes qui allaient faire » le commerce dans la haute Mésopotamie. » Féh'.ité 41. e La magnificence de Salomon, ses trésors et la réputation

le rcg. e de sagesse qu il s était acquise, i avaient eleve au-dessus des plus glands rois du moiule. Toute la terre aspirait au bonheur de contempler ce monarque et d'entendre les oracles de la sagesse que Dieu avait mise dans son cœur. Chacun venait déposer à ses pieds des offrandes, des vases d'or et d'argent, des étoffes précieuses, des armures de guerre, des parfums, des chevaux et des mules de prix -. » La piospérité et la paix régnaient avec lui dans ses Etats. « Il avait mis fin aux sanglantes guerres que la présence des Amornhéeus, des Héthéeus, des Phérézéens, des Hévéens et des Jébunéeus sur le territoire d'Israël avait si longtemps entretenues. Les descendants de ces peuplades diverses s'étaient soumis volontairement à son sceptre, et lui payaient un tribut annuel. Il n'avait pas

* Le document auquel M. de Saulcy fait allusiou est le chapitre iv^ du Ille livre des Uois. Nous prendrons la liùerlé de faire observer au savaut académicien que le dénombrement des intendants et gouvi-rueuis de provinces nommés par Sulomoa est antérieur de viu::t auuies à Tépoque assignée par la iiible à la «joustructiou de IJaaIatb et de Tbadmor. Le silence yanJé sur le Dom des gouverneurs de ces deux villes ne paraît donc pas avoir toute l'importance que M, de Saulcy y attache, puisque ces deux villes ue faisaient poiut parue des Etals disraiil, au moment où ce dénombrement fut rédigé. Le vers. 3^ du viii'-- chap. du liv. II des Paralip. : Abiit in EmalU Suba et obtinuit eam et wd/icuvil Paimi/ram in deserto, indique une conquête ou annexion de territoire réceulf, ei, par co.'jscquent, ou ue saurait exiger que vingt ans avant une coïKiuêle ou nue annexion, on eût songé à noïimier lo gouverneur qui devait y commander. Nous faisons cette remarque pour ôter à celle de M. de baulcy son caractère trop absolu. Du reste, nous le répélous, l'archéologie orientale est encore à l'état d'enfance, elie est eu ce moment iuca]iable de donner la solution définitive du problème.

• III lie(/., cap. X, 2i-2G; II Paralip., cap. ix , 22-26.

voulu qu'un seul des fils crisraël fût réduit à engager sa liberté jjour vivre : il les employait lui-même à d'honorables fonctions; ils servaient dans son armée , ils avaient des emplois dans les diverses branches de l'administration, ils gouvernaient les provinces, commandaient les villes, surveillaient les établissements royaux des quadriges et des chevaux, répartis dans les diverses contrées de la Palestine. Cinq cent cinquante avaient lintendance des constructions, les ouvriers suivaient leur direction et exécutaient leurs plans*, » C'était vraiment le règne du Pacifique. En lisant après tant de siècles le populaire éloge qu'ajoiUe la Bible : « Depuis Dan jusqu'à Bersabée tout Israël vivait en paix à Tombre de sa^àgne et de ijon figuier ^, » on conçoit que la mémoire de Soliman-ben-Daoud soit encore vivante aujourd'hui dans l'imagination des tribus orientales, et qu'à l'ombre du palmier de l'oasis, l'Arabe redise les chants traditionnels à la louange du glorieux fils de David ".

42. « Tous les rois de la terre ambitiennaiént la faveur de contempler ce modèle des rois, et d'apprendre de sa bouche le grand art de gouverner les hommes *. C'est qu'en effet sa sagesse surpassait celle de tous les Orientaux et de tous les tils de l'Egypte. Nul mortel ne pouvait lui disputer celte gloire. Il était plus sage qu'E than l'Ezi'ahite, Héman, Chalcol et Doidu, fils de Mahol, et son nom retentissait dans toutes les contrées d'alentour ^. La reine de Saba ayant appris les grandes choses que Salomon avait faites au nom de Jéhovah, vint lui proposer des énigmes. Son entrée à Jérusalem se fit avec une pompe merveilleuse; la reine étrangère avait une nombreuse escorte, elle apportait d'immenses richesses, et les chameaux de sa caiavano étaient chargés d'aromates, de

» m Reg., cap. ix, 20-23. — = Ilî l'^-y , cap. iv, 23. — » L'histoire de Sal: mou, poème de Feroudji, intitulée Holiman-Nameh, est célèbre daus tov. l'Orient. Les Turcs ont d'autres histoires de ce prince, en prose et en vers . composées par Ishali-beu-lbrahim-al-Useoubi, Saad-eddiu-beu-Hassan, Ahniedal-Kerniaui, Schamseddin-Ahmed-al-Sivassi. — * II l'aralip., cap. ix, 23. — •111 l\eg..caç. IV, 30, 31. De tous les sages comparés ici à Salomon, Ethan est 8eul mentionné nua seconde fois daus la Bible comme l'auteur du psaume LxxAViii : Misericordiat Dominiin œiernum c.7«,'(îio, quia pour titre : îniellcçtus E'.licîi F.zrniia-,

492 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — V* ÉPOQUE (lOOJ-586).

lingots d'or ol de pierres précieuses. Admise en présence de Salomon. elle lui proposa les paraboles qu'elle avait préparées. Le roi les résolut toutes; aucune de ces questions ne put mettre sa sagacité en défaut. La reine de Saba témoigna toute son admiration pour cette merveilleuse sagesse. Mais quand elle parcourut le palais que Saloraon s'était fait construire, et les appartements de* officiers et des serviteurs; quand elle vit l'ordre qui présidait 4 f'approvisionnement de cette royale demeure, le luxe des festins, la somptuosité des parures ; quand elle contempla la magnificence du culte de JéUovah et les augustes cérémonies des sacriiîces danj le Temple du Seigneur, elle demeura stupéfaite *. » Ce qui l'étonna le plus dans le palais de Salomon , dit Josèplie *, fut la salle appelée la Forêt du Liban, et l'éclat d'un lestin royal où le monarque d'Israël s'était fait servir avec un tel ordre et par des officiers si richement vêtus, qu/on ne savait ce qu'il fallait admirer ou d'un tel luxe dans une si magnifique économie, ou de tant de régularité dans une telle profusion. «C'était bien la vérité, dit-elle à Salomon, que j'entendais dans mon royaume, quand on me parlait de votre sagesse et de votre gloire. Je refusais d'ajouter foi à ces récits. Mais je suis venue, j'ai vu de mes yeux ces merveilles, et je reconnais qu'on ne ma pas dit la moitié de la réalité. Votre sagesse et vos œuvres sont encore au-dessus de toutes les louanges que j'en ai entendues. Heureux mille fois les sujets d'un tel prince! Heureux les serviteurs qui ont le privilège d'être sans cesse à vos côtés et d'entendre les paroles de votre sagesse! Que Jéhovah, votre Dieu, soit béni! Vous avez trouvé grâce devant ses yeux. Il vous a fait asseoir sur le trône d'Israël; son amour et sa grâce se sont reposés sur vous, et il vous a donné le sceptre pour faire régner la justice et l'équité sur son peuple! — Elle offrit alors à Salomon cent vingt talents d'or, des pierres précieuses et une telle quantité de parfuoas qu'on n'en tit jamais depuis en aussi grand nombre à Jéruialem. Le roi, de son côté, lui fit remettre des présents dignes de sa magnificence, et de plus, il donna l'ordre de lui ofifrir tout ce

» m lieg., cap. x, 1-5. — • Joseph., Antiq.jud., lib. VIH, cap. II.

qu'elle paraîtrait désirer, en visitant ses immenses trésors. Chargée donc de plus de richesses qu'elle n'en avait apporté, la reine de Saba reprit avec sa suite le chemin de ses Etats *. » Josèphe ajoute que, d'après une tradition juive encore subsistante de son temps, le souvenir de la reine Saba s'était perpétué en Palestine dans la plante du baume, si commune en Judée, et dont le premier pied avait été apporté par l'illustre étrangère 2. Un tel présent avait dû toucher le cœur du monarque qui avait décrit tous les végétaux, « depuis riiumble bysope qui tapisse les murailles , jusqu'aux » cèdres du Liban ^. » 43. L'imagination orientale s'est donné libre carrière sur le récit TradiKoas

, . ^ arabes et

plein de simplicité digne et touchante de l'entrevue de la reme de abyssinienna»

, sur la reiua

Saba avec Salomon. Un jour, disent les Arabes, l'étrangère pre- deSaba, senta à son bote royal deux roses qui semblaient deux sœurs ^closes au rayon du même soleil; l'une était naturelle, l'autre avait été artificiellement imitée, mais avec tant d'art, qu'il semblait impossible de le reconnaître. Salomon fit apporter une abeille qui, livrée à son infaillible instinct, ne tarda pas à se fixer sur la rose naturelle pour en extraire le suc embaumé *. Quel que soit le degré de vraisemblance de cette gi^acieuse légende, elle peut du moins donner l'idée du genre d'énigmes que se proposaient alors les sages de l'Orient, et dont l'histoire profane a gardé le souvenir. D'autres traditions, plus importantes et plus accréditées, se sont perpétuées en Abyssinie sur la reine de Saba. Les livres historiques de ce pays, au rapport du savant voyageur anglais Bruce ^. sont remplis de détails sur le voyage de cette reine, qu'ils nomment Makéda, et qui embrassa à Jérusalem le culte du vrai Dieu et la loi de Moïse. Elle ramena dans ses Etats une colonie de docteurs hébreux qui firent connaître aux Abyssiniens le nom de Jéhovah. Le fils qu'elle eut de Salomon, et qui régna après elle, porte le nom de Memlek ou David I", et le surnom d'Ebn-Hakia.

» m Reg., cap. x, 6-14; II Parahp,,i:a]}. ix, 5-12. —2 Joseph., Aatiq. judaic.^ lib. Vin, cap. II. — 3 m Reg., cap. iv, 33. — * Choisy , Vie de Salomon, pag. 161, 162. — 8 Bruce, Voyage à l<! rcsJteiçhe des sources du Nil, tom. Il, pag. 369.

(Fils du Sage). Les Arabes de rYémen ont également, sous le nom la Balkis, attribué à l'une de leurs reines le voyage de Jérusalem, lu temps de Salomon. IMais comme on sait que l'Yémen fai&ait primitivement parlie de l'empire d'Abyssinie, les deux traditions se rapportent évidemment à une origine commune et à une source vnique. En 1809, un diplomate anglais, chargé par son gouvernejientde nouer des relations avec l'empereur d'Abyssinie, se trouva à portée de contrôler les assertions de Bruce. « Je me croyais, dit- » il, transporté dans quelque tribu d'Israël, et il me semblait vivre » à quelques mille ans en arrière, dans les siècles où les rois » étaient pasteurs, et oii les chefs de Juda, armés de lances et de » frondes, allaient, sur des ânes et des mulets, combattre les Phi-' » lisfins ^ » Ainsi, aux extrémités de la Nubie, sur les plages afri' caines où le Nil cache encore à la science moderne ses sources inconnues, le rationalisme découvrira quelque jour- des témoins vivants de la véracité de nos saints Livres. « La reine du midi s'é- » lèvera encore contre l'incrédulité de notre siècle et la condam- » nera, parce qu'elle est venue des extrémités de la terre pour en- » tendi'e la sagesse de Salomon; et pourtant celui qui a parlé dans » le Temple de Jérusalem, » et dont l'Evangile instruit maintenant la terre, « est plus grand que Salomon 2. »

§ \1. liC I^ivre des Proverbes.

4i. Quand la reine de Saba enviait le sort des serviteurs du grand roi qui avaient le bonheur de vivre à ses côtés et d'entendre de sa bouche les oracles de la sagesse, elle faisait allusion aux trésùis de doctrine et d'éloquence, plus précieux que l'or et les pierreries, que Salomon répandait avec une profusion inépuisable dans ses discours, a II prononça ainsi, dit le texte sacré, trois mille B paraboles, et ses chants inspirés furent au nombre de cinq o mille '. » Recueillies par ceux qui les entendaient, les parabole»

* H. Sait, Voyage en Abi/ssinie, Londres, 1814. — * Malth.^ xii, ii; Lw , xi, 81. —3 111 lieg., cap. iv, 32.

CI!AP. I. — LE LIVRE DES PROVERBES. ''t93

OU feentences de Salomon nous ont été sinon intégralement, du moins pour la plus grande partie conservées, et forment le livre its Proverbes. Saint Jérôme croit même que ce recueil renferme la totalité des trois mille paraboles mentionnées au livre des Rois, dans le verset que nous venons de citer *, et, pour notre part, nous sommes complètement de son avis. Les rêveries Thalmudi- 4ues qui prêtent à Salomon un nombre infini d'ouvrages-, peuvent bien éveiller un instant la cuiiosité qui s'attache toujours k une illustre mémoire, mais elles ne sauraient résister à un examen sérieux. Salomon, pas plus que David, ne fut un écrivain dans le sens qu'on attache de nos jours à cette expression. Le kinnoi û la main, s'abandonnant au souflQe de l'inspiration divine qu'il traduisait par des paroles de feu et des mélodies sublimes, le fils d'Isaï chantait ses psaumes et ne les écrivait pas. Le psaume xliv nous fait ssisler à l'une de ces scènes pleines d'émotion et de grandeur. «Mes paroles, dit l'écrivain inspiré, s'élancent de ma poitrine plus ra- » pides que la main du scribe qui veut les fixer ^, » Salomon, sur ui trône, dans l'appareil de cette majesté presque divine qui frappa L'ilement l'imagination de ses contempoi-ains, laissait tomber de ?es lèvres « les fruits de sagesse dont se nourrit le cœur des liom- B mes S » ainsi qu'il s'exprime lui-même ; il invitait les fils d'Israël a ces festins de l'intelligence, « où il rompait le pain de la doc- )^ Irine, où il mêlait le vin de la science ^; » c'est à des auditeurs ,Li'il s'adresse, jamais à des lecteurs. Il parlait, mais il n'écrivait ;is. Près de lui, les scribes du roi, mentionnes parmi les grands tliciers de la couronne, recueillaient ses sentences, ses comparai-

1 In Proverbiis enim versus nongenti quindecim continentur in quitus eiiam continentur tria millia paraLolœ (S. liieron., Quast. hehraic. in lib. 111 Reg., cap. IV, 32).

* Voici les titres de quelques-uns : Liber de Remedio morborvm; Contradictio Salo7nonis; Tesiamenfum Salomonis ; Liber Almadad; Liber quatuor annidorum; Liber de noveni candariis ; De tribus figuris spiriiuum; De Sigilhs ad dœmoniacos ; Clavicula Salomonis ad fHium Roboamum; Liber Lameue ; Liber Pentaculorum; De offleiis spiritunin; Liber Reziel; De Hygromantia ad filium Roboamum.

3 Verba niea culamus scribœ velociier scribentis. Psalm. xliv, 2. -^ '• De fruotuoris viri replebitur venter ej'us. Proverb. xviil, 20. — ^ Venite, comedite panem meum et bilite vinum quod miscui voi^ ^vov, ix, 5).

sons, ses images saisissantes qui s'attachent à rânie comme le fer i'une lance, suivant une autre de ses expressions. Quand on étudie ces maximes, d'une concision et d'un parallélisme si rigom'cux dans leur brièveté qu'elles feraient le désespoir des plus fameux moralistes, on conçoit l'accueil entliousiasle qui leur fut fait à une époque où le génie oriental, toujours enclin à aimer les sentences, s'exerçait plus particulièrement encore à ce genre de littérature, Salomon résumait dans sa personne l'expérience des siècles. Le recueil de ses maximes fut donc conservé avec le plus grand soin, et revu à diverses époques par les sages d'Israël. C'est du moins ce que nous sommes en droit de conclure du. chapitre xxv des Proverbes, qui porte pour titre : « Voici les paraboles de Salomon, » recueillies par les scribes d'Ezéchias, roi de Juda '. » Du reste, ce mode de composition et de transmission du livre des Proverbes n'ôte rien à son caractère d'authenticité, et laisse subsister dans toute son étendue la vérité de l'inscription tracée à la première page : « Paraboles de Salomon, fils de David, roi d'Israël -. » Division 4o. Ce livre peut se diviser en deux parties principales. La pre-

do livre des ., . , . „ ■,, r^ -,

Proverbes, mierc ombrasse les neuf premiers chapitres et renferme 1 éloge de la sagesse, dont Salomon décrit la divine origine, la dignité, la nature et les merveilleux effets. La seconde partie, comprenant les vingt-deux autres chapitres, pourrait se subdiviser en trois groupes distincts. Le premier commençant au dixième chapitre et tinissant du vingt-cinquième exclusivement, contient la série des maximes de Salomon primitivement recueillies, sans ordre suivi ni méthode fixe, au hasard des circonstances et selon la diversité des occasions qui les avaient fait éclore sur les lèvres du grand roi. Le second groupe, depuis le vingt-cinquième chapitre jusqu'au trentième exclusivement, est celui que les scribes d'Ezéchias ajoutèrent ultérieurement au recueil primitif. Enfin, le troisième, composé des <leux derniers chapitres, présente, sous deux titres dilTérents, deux Morceaux détachés : l'un «>ortant le nom d'Enigmes d'Agur, fils

* Hœ quoque Parabolœ SalomonU quas transiulerunt viri Ezechiœ régis Juda. — » Lib. Proverb., cap. l, 1.

^laché *, probablement proposées au roi Salomon et résolues par lui; l'autre, ce magnifique portrait de la Femme forte, déjà traduit par nous *. 11 est intitulé : Paroles du roi Lamuel, et porte en tête de chaque verset une des lettres de l'alphabet hébraïque. Nous verrous ce procédé encore en usage dans quelques Lamentations de Jérémie. L'étymologie du nom de Lamuel donne en hébreu la signification de Dieu avec lui. Ce sens rapproché du surnom d'Iedidiah (chéri de Dieu), et du titre de roi ajouté au nom de Lamuel, ont fait croire jusqu'ici à la plupart des commentateurs que Saloraon était réellement l'auteur de ce chapitre, et qu'il avait, sous ce transparent pseudonyme, révélé le secret de sa piété fihale et de la tendress'; maternelle de Bethsabée ^. M. Renan, qui a trouvé l'occasion df pailler de ce morceau dans son Etude sur le poème de Job, n'ose pailui-même contredire ouvertement la doctrine reçue, et, malgré le penchant à la nouveauté qui caractérise son exégèse, ne hasarde contre le sentiment presque unanime des interprètes préccdcnts, qu'un doute assez timide et inoffensif. « Ce roi Lamuel, dit-il, sou? » le nom duquel le compilateur du livre des Proverbes nous a » conservé le début d'un poème gnomique, a été considéré par * plusieurs critiques comme un roi arabe; et en efiet, si son nom » n'est pas symbolique ou fictif, il faut certainement le chercher » hors de la série des rois d'Israël. Le poème d'Agur, qui offre » avec le précédent de grands traits de ressemblance pour le style » et la manière, a peut-être une origine analogue ^. »

46. La sagesse dont Salomon donne les préceples aux fils d'Israël n'est paS) ainsi que le fait si judicieusement observer Ms»" Plan-

1 Tel est le sens littéral de l'hébreu traduit dans la Vulgate par ces paroles ;

Verôa congregantis filii Vomentis (Prov., cap. xxx, 1). La Vulgate a rendu les

noms propres parleur signification étymologique. — ^ Voy. n" 4 de ce clia-

pilre. — 3 Coruel. à Lapid., hi lib. Prov. Comment., cap. xxxi, 1. On se r;ip-

■îllequ'à sa naissance, Salomon avait reçu de la bouche du prophète Nathan

le surnom d'Iedidiah, chéri de Dieu.

5 * E. Renan, Etude sur le poème de Job, 2^ édit., pag. xxv. Nous reviendrons

I sur ce jugement du savant critique. Les Enigmes d'Agur, dont nous doune-

j rons plus loin la traduction, n'offrent aucun trait de ressemblance ni pour le

i style ni pour la manière avec le chapitre de la Femme Forte, composé par le

roi Lamuel.

498 EISTOmi DE L'ÉGLISE. — V* ÉPOQUE (1001-386).

tier, « nnc vague reconuaîssance pour la bonté du ciol , ou un re?^ » pect stérile, accompagné d'une résignation sèche et dure à la » volonté souveraine. DcpuisPhocyiidesjusqu aMarc-Aurèle, vous » chercheriez vainement dans les conseils des moralistes de l'anti- > quilé profane, un mot qui vous invite à faire de la pensée du » Très-Haut une douce préoccupation du cœur, et comme un ccn- » tre bien-aimé dans lequel lame, dégagée de la terre, habituelle- » ment se repose. Tel nest pas Salomon. 11 commence par refléter » dans son ouvrage, ainsi que dans un miroir pur, les notions le- » guées par Moïse sur la nature do^Dieu comme sur sa provi- » dence *. » La sagesse qui aeompiererâ la grâce du jeune homme, et couronnera sou front d'un diadème 2; » dont «la possession vaut mieux que toutes les richesses accumulées par un lointain négoce, dont les fruits sont plus doux au cœur que lor et l'argent entassés; qui fient de la main droite les longs jours, et de la main gauche la véritable fortune et la vraie gloire; dont les routes sont des voies d'honneur et les sentiers des chemins de paix 3; » cette sagesse se présente dans le livre des Proverbes, sous la douce figure d'une mère, quoique son origine plonge dans les profondeurs de l'éternité. H y a là un mélange attendrissant de. majesté et de grâce, de familiarité maternelle et de divine splendeur, auquel M. Renan ne songeait pas quand il traçait autour des Hébreux le cercle mflexible où il voudrait emprisonner leur génie comme dans un mur d'airain. « Moi aussi j'ai joué, petit enfant, sur les genoux de mon père, dit Salomon, j'étais un tendre agneau, unique et bien-aimé de* vant ma mère. Elle m'instruisait dans sa tendresse : Mon fils, ouvi» ton cœur à mes paroles, garde-les dans ta mémoire, et tu vivras*' Dis à la sagesse : Tu es ma sœur; donne à la sainte prudence le doux nom de ton amie ^. » Puis, s'élevant d'un vol d'aigle, de ces souvenirs attendris de l'enfance jusque dans les hauteurs des cieuy V ajoute : « Moi, la Sagesse, je siège au conseil et je préside aux

* M»' Pliotier, cvêqiie de Nîmes, Etudes littéraires svr lef poètes bibliques, pag. 2t^ -r» Proi;., cap. )v. !). 3 n^ ^^ 14.17. » /,/.^ iv,3, 4.- » /rf.» VU, i.

délibérations des vieillards. C'est par moi que les rois régnent et que les législateurs donnent aux peuples des lois justes; c'est pai moi que les princes commandent et cjue les puissants gouvernent dans l'équité. Au début de ses voies, Jéhovah m'avait à ses côtés, avant que sa main n'eût donné le commencement aux êtres.' Mon trône était éialjli dès les jours de l'éternité, dans les profondeurs des siècles antiques, avant que la terre ne fût. Les grands hîmes n'étaient point ouverts, et déjà j'existais; les sources des eaux n'avaient point jailli, les montagnes n'élevaient point leurs masses énormes, avant la naissance des collines j'étais née. Jéhovali n'avait pas encore créé la terre ni les fleuves intarissables; il n'avait point assis le monde sur ses immuables fondements, et quand sa pensée préparait les cieux futurs, je me tenais près d'elle. J'étais là quand il donnait aux abîmes leurs barrières et leurs lois, quand il étendait les voûtes des cieux et que sa main balançait dans l'espace les sources des eaux; quand il entourait les océans de leurs remparts, qu'il assignait aux flots des limites infranchissables, et quand il suspendait les fondements de la terre. J'étais avec lui, ordonnant ce magnifique concert du monde, me jouant sous son regard, dans l'étendue de l'univers; et maintenant mes délices sont d'habiter avec les fils des hommes. Ecoutez donc ma voix, enfants de ma tendresse : bienheureux sont ceux qui suivent mes sentiers! Bienheureux le mortel qui prête l'oreille à ma parole, qui veille à ma porte tous les jours de sa vie et garde le seuil de ma demeure. Celui qui me trouvera aura trouvé la vie, il boira à longs traits dans la coupe du salut. L'insensé qui m'aura dédaignée, blessera son âme; me baïr, c'est aimer la mort '. »

47. Nous ne croyons pas qu'il y ait dans aucune littérature une laVoiopu, pareille élévation de sentiments et de langage ; et, encore une fois, nous sommes contraints de faire cette remarque fort accessoire, car la beauté littéraire, dans l'acception propre qu'on donne à ce mot, nous a toujours paru trop au-dessous de la majesté des Livres eaints pour en faire l'objet d'une étude spéciale. Le luxe extérieur

1 Proj., cap. VIII, 12 ad ultim.

qui brillait autour de Salomon a pu se retrouver, comme un cortège obligé, autour de roj'autés flétries par l'histoire. La vraie beauté est «elle qui tient au fond même des choses, elle vient du cœur, et les paroles ou les pierreries qui la décorent ne sauraient rien ajouter à sa valeur réelle. « Sur le soir, dit encore Salomon, à l'heure où l'ombre descend sur les demeures, j'ai vu passer la Volupté dans les ténèbres et l'obscurité de la nuit. Inquiète et vagabonde, sous ses parures perfides, elle s'apprête à perdre les âmes. Le calme la fuit, et ses pieds ne connaissent point le repos. Dans son agitation, elle parcourt les rues et les places publiques ; le sourire sur les lèvres et le mensonge dans le cœur, elle s'adresse au jeune homme : J'ai désiré ce jour, lui dit-elle, et je t'ai rencontré pour faire ton bonheur. Viens te reposer sous mon toit; les broderies d'Egypte déçoivent ma demeure; la myrrhe, l'aloes et le cinname l'ont parfumée. Viens t'cnivrer de mes délices. — Ainsi s'échappe le miel de sa parole jusqu'à ce que la flèche mortelle ait percé l'âme de sa victime, comme l'oiseau atteint par le chasseur dans les champs de l'air. 0 mon fils, détourne l'oreille de ton cœur de ces discours empoisonnés. Elle a blessé bien des vaiUants et tué des héros. Les routes de sa demeure sont les routes de l'enfer, elles pénètrent jusque dans les profondeurs de la mort *. » LeFestir. 48. La première idée du Z?fl/2^Mé'/ de Platon, du Sijmposion de Plutarque, des Festins des sages d'Athénée se trouve dans les Proverbes, et Clément d'Alexandrie- n'hésite pas à atlirmcr que Platon a emprunté en un grand nombre de ses ouvrages , les maximes de Salomon. « La Sagesse, dit le grand roi, s'est bâti un palais, soutenu par sept colonnes taillées dans le marbre. Elle a i.-nmolé ses victimes, mêlé le vin de l'hospitalité, et préparé sou banquet. Puis, envoyant ses servantes parcourir les remparts et les places de la cité, elle invite tous ses convives : Qu'ils viennent à moi, dit-elle, tous ceux qui ont le cœur simple et pur, comme les enfants. Vener rompre le pain que j'ai préparé pour vous, venez boire le vin de ma doctrine. Abandonnez les frivohtés puériles, vivez en hommes

* l'rov., cap. vu, C s.(l nllim. — » Clem. Alexandrin., Siivmat., lib. I,

parfaits, et marchez dans les sentiers de la prudence. Le liiiiicipe de la sagesse c'est la crainte da Seigneur; la science dcj, s:iints voilà la vraie prudence. Par moi tes jours seront multiiilii' • et j'ajouterai des années à ta vie. Si tu deviens sage, c'est pou. io:j bonheur; si tu méprises ma parole, elle retombera sur toi en calamités*. »

49. Après ces touchantes invitations, Salomon laisse échapper variété et

^ ' ^'^ utilité pra-

de ses lèvres une infinie variété de maximes qui se succèdent avec ^^'q^ede»

■^ Proverbes of

la même énergie et une grâce toujours égale. On dirait, suivant Saiomon.

ses propres expressions , a une corbeille de fleurs répandue

» sous les pieds d'un hôte illustre. » Tous les objets pratiques ,

toutes les questions usuelles, toutes les situations de la vie trouvent

là comme des éclairs de vérité et de génie qui les illuminent et les

colorent. « Etes- vous homme politique? dit encore excellemment

I) M?"' Plantier. Salomon vous apprend que les empires puisent

» leur force et leur élévation dans la vertu publique, tandis que le

» débordement général les désole tôt ou tard, s'il ne les ébranle et

» les renverse : Justitia élevât gentem, miseras aulem facit populos

i> peccatum'^. Etes-vous monarque? Il vous assure que la justice

» seule affermira votre trône : Firmabitur justitia thronusej i^; que

» votre garde la plus puissante sera toujours la miséricorde ètlasa-

» gesse : Misericordia et veritas custodiunt eum^; qu'en souriant à

» vos peuples , vous leur donnerez la vie : In hilaritate vultus régis

» vita^\ que si vous êtes clément pour eux, votre bouté les réjouira

B comme la rosée du soir réjouit la nature : Clementia ejus quasi

» imber serotinus^\ et que, au contraire, si le caprice, l'emporte-

» ment et la cruauté pénètrent dans vos conseils, cet impur alliage

» des passions et de l'autorité sera poui" la tranquilUté générale,

» comme pour votre propre paix, un signal de mort : Indignatio

p refih nuntii mortis '. Etes-vous non plus chef d^état, mais membre

B ou tuteur de la famille , il vous donne sur les devoirs et l'écono-

> mie domestique les règles les plus fécondes en résultats de paix,

» Prev., cap. X, 1-12. — « Ici., xiv, 34. — s Id., ZXW, 6. -» * /cf., M. «• — • Id., XVI, 15. — « Id., ibid. — '. Id. ivi, 14.

SOg HISTOIRE DE l'kGLISE. — V* ÉPOQUE lOOl-oSG).

Il de crédit et de fortune; et tel est encore, après plus de trento » sièf' )s, l'à-propos de ses leçons, que si notre époque était assidup » à méditer ce qu'il dit sur le choix d'une épouse, sur réducatio> » des enfants, sur le soin des serviteurs, sur la prudente gestion dt, » ses biens et de ses affaires, nous verrions de nos jours, et moins » d'unions mal assorties ou scandaleusement divisées, et moins, de » celte corruption qui nous épouvante par sa précocité dins la » jeunesse, et moins de fortunes englouties par de folles ou volup- » tueuses dépenses, et moins enfin de ces spéculations fatales qui, » faisant consister le premier pas de la fortune h se ruiner en rui- » nant les autres, nous étiraient à chaque instant parle bruit de )> quelques nouvelles chutes, et s'en vont renversant les unes sur » les autres les réputations et les familles, avec autant de fracas » et presque plus de rapidité que l'Océan ne fait rouler les vagues » au souffle de la tempête '. »

Lesi-.nisme» 50. Nous essaierons ici une traduction partielle du xxx* chapitre bhdf&cùé. <^es Proverbes intitulé les Enigmes d'Agur , fils d" lâché. Nous croyons qu'elles peuvent donner une idée de ces problèmes de morale, d'économie sociale ou domestique, de science religieuse ou civile, que les sages se proposaient entre eux et dont la solution était comme un défi jeté à la sagacité de l'interlocuteur. On pourra remarquer que certaines des énigmes d'Agur sont suivies de leur solution, tandis que d'autres n'ont point de réponse, et demeurent comme un point d'interrogation suspendu à travers les siècles. « Paroles d'Agur, fils d'Iaché, adressées à Etheel et à Ucal *. Jt suis un ignorant parmi les fils des hommes, et la sagesse des siècles ne se trouve point en moi. Je ne l'ai point étudiée, et je n'ai point acquis la science sacrée. — Qui est monté aux cieux et eu est descendu ? — Qui a retenu le vent dans ses mains? — Qui a enveloppé les eaux comme dans un vêtement? — Qui a fait surgir les confins de la terre? — Quel est son nom, et quel est le nom de son ûls? — Il y a une génération qui se croit pure et qui pourtant n'a

• M8f Pliintier, Etudes litlc'raires sur les poètes bibliques, pag. 293. — • Nous traduisoQS d'après l'hébreu. La Vulgalc, ainsi que nous l'avons déjà fait ob- •erver rend ici les aoius propres par leur siAniûcation élymologique.

point été purifi<^e de ses souillures. — Il y a une génération qui a des glaives au lieu de dents, et qui aiguise cette mâchoire u-'Mnée, pour dévorer l'indigent sur la terre et le pauvre parmi les tils des hommes. — La sangsue a deux filles qui disent sans cesse : Apporte! apporte! — H y a trois choses msaliables et une quatrième qui ne dit jamais : C'est assez. L'enfer, les passions, la terre qui ne se lasse point d'absorber Teau, le feu qui demande toujours à dévoiler. — Trois choses me paraissent diCûciles à saisir, et j'ignore entièrement la quatrième : la trace de l'aigle dans les airs, celle du serpent sur le rocher, le sillon du navire sur les flots, et la voie de l'homme dans son adolescence. Telle est encore celle de l'épouse coupable qui mange le pain du crime, et dit en essuyant sa bouche : Je n'ai point péché ! — H y a trois choses qui troublent les hommes et une quatrième qu'ils ne peuvent souffrir : le règne d'un esclave , Tinsolence d'un sot gorgé de richesses , le joug d'une épouse détestée, et l'orgueil d'une servante qui entre dans l'héritage de sa maîtresse. — il y a quatre choses qui sont les plus petites de la terre, et qui sont plus sages que les hommes auxquels on donne ce nom : les fourmis, ce petit peuple qui fait sa provision dans les blés mûrs* ; les castors, cette république timide qui s'établit dans les rochers ; les sauterelles, qui n'ont pas de roi et marchent par bataillons armés ; les lézards, qui se ghssent subtilement et habitent les palais des rois. — Il y a trois choses qui marchent bien, et une quatrième que rien n'arrête : le lion, le plus vaillant des animaux; le léopard aux reins agiles; le bélier, dans un troupeau, et un roi puissant à qui rien ne résiste 2. » Telles sont ce?

* L'apologue oriental de Salomon et la fourmi est trop ingénieux pour que nous ne le reproduirions pas ici. « Salomon, disent les Arabes, se promenant » un jour sous ses délicieux ombrages, passa près d'une fourmillière; il en v reconnut le roi, et le prit sur sa ir^afn. En cet instant, l'insecte captif cna » à toute sa troupe : Fourmis, retirez-vous, de peur que la majesté du grand » Salomon ne vous écrase toutes! — Me reconnais-tu donc pour plus granc » qae toi? demanda Salomon. — Non, répondit la fourmi. Je suis un plus » grand roi que vous. Votre trône n'est qu'un ivoire inanimé, et votre main )) vivante me sert maintenant de trône. »

2 Proverb., cap. xxx, 1-4 , 12, 14-31. Le mot hébreu que la Vulgate traduit par Gallus succindus lumhos paiv^ît être, d'après Abeu-Ezra, le léopard. Ce qu'il

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sentences gnomiques. Le lecteur peut les comparer avec le portrait de la Femme forte reproduit plus haut ', et il y cherchera vainement « les grands traits de ressemblance pour le style et la manière, » qui ont si vivement frappé M. Renan. Ce jugement du savant critique nous semble pour notre part une énigme plus incompréhensible que celles d'Agur.

§ VII. Idolâtrie de Salomon (970-962).

Chute 51, Trente ans du règne le plus glorieux et le pins paisible,

la bénédiction du Seigneur qui l'avait accompagné , la sagesse qui en avait inspiré toutes les démarches , la piété qui jusque-là avait gardé le trône d'Israël mieux que les lions d'or qui le décoraient , ne sauvèrent point Salomon de ses propres faiblesses. Efifrayante infirmité de la nature humaine blessée à mort par la faute originelle, et que la grâce du sang rédempteur devait seule régénérer! Quand nous traduisions tout à l'heure ces pages inspirées où le fils de David prémunit le cœur de son disciple contre les séductions de la volupté, involontairement nous jetions un regard sur l'avenir, et déjà nous apercevions ce grand maître delà sagesse renversé à son tour, parmi « ces vaillants que la volupté a blessés, parmi ces héros que son souffle a tués. » David avait succombé, mais il se releva par une illustre pénitence ; Salomon tombe à son tour, laissant à la postérité, avec le scandale de sa chute, la douloureuse incertitude qui plane sur son repentir. La main qui éleva à Jéhovah son Temple est la même qui construisit à Jérusalem des édifices consacrés au culte des idoles! L'esprit accablé devant tu* pareil prodige de faiblesse et d'ingratitude se replie sur lui-inêm( pour sonder sa propie misère; il plonge son regard humilié dam,, les profondeurs de la nature déchue, et, avec le monde antique, i!; appelle un Sauveur, a Or le roi Salomon, dit l'Ecriture, abandonna sou cœur à l'amour des femmes étrangères. Il les fit venir des na-

y a de certaia du moius, c'est qu'il ne signifie nullement l'aDÏmal domestiqua doat parie la Vulgate. — » N* 4 de ce chapitre.

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