JORAM
2. Avènement de Josaphat au trône de Juda. Piété du nouveau roi. -• i3. Administration civile et militaire de Josaphat. — 44. Impiété d'Achab^ roi d'Israël. Jézabel, fille d'Ethbaal, roi des Sidoniens. — 45. Le prophète Elie et M. Renan. — 4G. Appréciation du rôle politique d'Rlie par M. Munk. — 47. Elie. Sécheresse et famine en Israël. Le torrent de Carith et les corbeaux du ciel. — 48. La veuve de Sarepta. — 49. Les miracles d'Elie et le rationalisme moderne. — 50. Résurrection du fils de la veuve. — 51. La famine à la cour d'Achab. — 52. Elie at Abdias, l'iutcudant du palais d'Achab. — 53. Entrevue d'Achab et d'Elie. — 54. L'assemblée du royaume d'Israël sur la montagne du Carmel. Discours d'Elie au pi'U]ile. — 55. Les deux sacrifices sur le Carmel. Le feu du ciel. — 56. Les prêtres de Baal mis h mort par le peuple sur l'ordre d'Elie. — 57. La pluie. — fiS. Témoiptnage de l'annaliste phénicien Méuandre, confirmant la vérité dn ré<it biblique. — 59. Un dernier mot aux rationalistes à propos du prophi-le Elie. — 60. Josaphat, roi de Juda, f lit épouser à son fils Joram, Atlialie, fiile d'Achab et de Jézabel. — 61. Fureur de Jézabel contre le prophète Elie. "/Anj^e du désert.— 62. Vision d'Elie sur la moutague d'Horeb. — 63. L'onci u royale d'Hazaël le Syrien et de Jéhu, fils de Namsi. Vocation d'Elisée. 64. L'armée syrienne de Benadad aux portes de Samarie. Négociatioi-js entre le prince Syrien et Achab. — 65. Siège et délivrance de Samarie. 66. Le conseil de guerre de Benadad, roi de Syrie. — 67. Victoire d'A ûab sur l'armée syrienne à Aphec. — 68. Faste déployé par Achab. — 69. La vigne 'ie Naboth de Jezraël. Artifices de Jézabel. Mort de Naboth. — 70. Eiie reproche à Achab le meurtre de Naboth, et lui prédit les malheurs qui frapperont sa race. — 71. Josaphat à Samarie. Projet d'expédition contre Ramoth- Galaad. Les prophètes de Baal. — 72. Prophétie de Micbée, fils de Semla,
f5!8 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — Y* ÉPOQUE (1C01-Ïj86).
en présence de Josaphat et d'Achab, à Snmarie. — 73. Défaite de Ramoth* Galaad, Jlort d'Acliab (888). — 74. Ochosias, fils d'Achab, lui gnccède sur le trôDfi d'Isiaill. — 75. Retour de Josaphat à Jérusalem. Le prophète Jéhu, fils d|Uanaui. Jnsaphat parcourt les villes de son royauiic. Tribunal de Jérusalem. — 7(j. luvasion du territoire de Juda par les Ammonites, les Moabiles et les Iduméeus coalisés. — 77. Prophétie de Jahaziel dans le Temple de Jérusalem. — 78. La victoire sans combat dans la Vallée de Bénédiction. — 79. Alliance de Josaphat avec Ochosias, roi d'Israël. Destruction de la flotte d'Aziougiber. — 80. Chute d'Ochusias d'une fenêtre du palais de Samarie. Les messagers royaux et Elle. Le feu du ciel. Mort d'Ûchosiûs (887). — 81. Avènement de Joram, frère d'Oihosias, au trôna d'Israël. — 82. Elle est enlevé à la terre (vers 88o). — 83. Second avènement d'Elie à la fin du monde. — 84. Expédition de Joram, roi d'Israël; de Josaphat, roi de Juda, et du roi d'Edom contre les tribus de Moab. — 85. Mort de Josaphat, roi de Juda (880).
§ I. Considérations préliminaires*
Apogée 4. Les deux rè;ïnes de David et de Salomon sont l'épocme la plus
le Ihistoire ^ i i r
jnife. brillante de l'histoire juive. La civilisation hébraïque développée sous l'influence de la loi de Moïse y atteignit son apogée; Jérusalem enrichie des dépouilles de vingt nations, des trésors de l'Afrique et de l'Inde, des monuments que la foi nationale avait élevés à Jéliovah, avec le concours des plus habiles artistes de la Phénicie, de l'Egypte et de la Syrie, était devenue comme le centre de l'Orient; son Temple était la merveille du monde. Comme à toutes les époques vraiment grandes, les progrès matériels accomplis sous la triple influence des conquêtes de la navigation et du commerce correspondaient à un développement parallèle dans la culture intellectuelle et le génie du peuple hébreu. Il importerait peu aux yeux de l'historien que David n'eût été qu'un habile général, et Salomon qu'un prince opulent. On a vu des conquérants soumettre le monde à force de victoires, des rois fouler aux pieds de leurs chevaux les merveilles des richesses et de l'art enlevées à tout l'univers; Attila, Genséric, Gengiskan livrèrent plus de batailles et remuèrent plus de soldats que David ; ils possédèrent plus de richesses que Salomon, et pourtant leur nom est le synonyme d'abaissement et de barbarie. C'est que la guerre faite pour la guerre, la conquête qui n'a d'autre but qu'elle-même, l'opulence
CHAP. n. — CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES.
qui se horne à la satisfaction jusqu'à la lassitude d'une ambition personnelle, sont d'effroyables calamités, aclietées au prix de fleuves de sang. Loin d'anoblir une mémoire, elles la livrent à la flétrissure de la postérité.
2. La vraie grandeur d'un roi ne doit donc pas se meeurer à l'étendue de territoire sur lequel il a planté son drapeau. Nous entendons chaque jour répéter cette banalité à propos de l'histoire \uive : Quoi donc ! nous dit-on, est-ce sérieusement que vous vouiez nous intéresser aux événements microscopiques d'une petite peuplade campée dans un territoire imperceptible? Quelques tribus pareilles à celles des Arabes de nos jours, groupées autour d'une prétendue ville sainte, sans influence sur le reste du monde, jouet de tous les empires qui se succédèrent autour d'elles, est-ce bien là un spectacle digne de fixer l'attention de l'histoire? Voilà ce que l'on dit ; et on estime très-haut cette façon sommaire de se débar rasser d'une étude qui a toujours singulièrement gêné les consciences incrédules. Et pourtant le territoire de la Palestine était plus vaste que celui de la Grèce ancienne; Jérusalem a produit des hé^ ros plus grands que ceux d'Athènes , des sages plus illustres que Socrate et Platon. Quand Homère naissait, vers l'an 991, dans l'une des sept villes qui prétendent à l'honneur de lui avoir donné le jour , Salomon avait décrit dans ses ouvrages a toutes les merveilles de la nature, depuis l'hysope jusqu'au cèdre du Liban; )► '' avait déployé dans ses Paraboles et dans le Cantique des cantiques les magnificences d'une poésie dont le chantre d'Achille et d'Ulysse n'atteignit jamais la sublimité : David, sur le kinnor hébreu, avait trouvé des inspirations en l'honneur de Jéhovah qui défient toute l'harmonie de la lyre athénienne en l'honneur de Jupiter. Enfin, quand Hésiode naissait, à la même époque, et qu'il écrivait sa Généalogie des Dieux mythologiques, il y avait sept cents ans que Moïse avait tracé d'une main si ferme la généalogie des fils d'Adam, et inscrit sur le berceau des mondes le nom du Dieu unique qui 0 Est Celui qui Est! » Maintenant qu'on veuille comparer l'influence des Livres sacrés des Hébreux sur le monde avec ceUe de la lilté.'^iture grecque, ou de toutes les littératures connues et plus ou moina
Synchro»
nisme.
Naissance
d'Homère e!
d'Hésiode.
jBire.
B20 HISTOIRE DE l'éguse. — V* ÉrOQDE (1001-586).
classiques. Homère est expliqué aujourd'hui dans toutes les écoîes de l'Europe, chaque génération qui se succède lui apporte un nouveau cortège de jeunes intelligences qui épèlent pénihlemenl et traduisent avec fatigue dans nos idiomes septentrionaux les vers charmants du chantre de l'Ionie. Mais en dehors de cet hommage pédagogique rendu au père de la fable, cherchez au milieu de nos civilisations modernes la trace des idées, des doctrines et des mœurs de l'Iliade et de lOdyssée.
^ -fable 3. Au contraire, depuis les bcffds du Niémen jusqu'à ceux de
universalité ,,,, . i i •
des inonu- 1 Eore, intcrrogez le plus ignorant des villageois, il ne saura pas le
meaU de
l'biMoire nom d'Houière, mais il saura celui de Moïse; Ulysse, Ajax, Agamemnon . Putrocle seront pour lui des inconnus , mais il vous dira ce qu'était David; la gloire d'Ilion, celle d'Athènes, de Sparte, d'Argos et de Mycènes lui seront étrangères, mais il vous parlera de Sion, de Jérusalem et du Temple de Salomon. Lu merveille par excellence de la Bible, n'est pas, comme on le croit trop généralement, de fournir au génie des trésors d'images , d'expressions sublimes et de divines pensées : non, ce n'est ni Tertullien, ni S. Chrysostôme, ni Bossuet qui nous révèlent le mieux par la profondeur de leurs commentaires la divinité du Livre saint; nous l'avouons, c'est par un autre côté qu'elle se manifeste à nous, c'est par le charme que le texte biblique exerce sur les petits et sur les ignorants; par l'indicible attrait qui incline vers lui le cœur des peuples. Il n'y a qu'une parole divine qui puisse traduire ainsi, dans l'unité d'un même langage, les plus hautes aspirations de l'intelligence humaine et les modestes pensées des plus humbles enfants des hommes. Supprimez Homère et ses œuvres , la Grèce antique aura perdu son plus bel ornement, les érudits le déploreront; mais essayez de supprimer la Bible, c'est une épouvantable révolution sociale : tous les progrès de notre civilisation disparaissent; le monde perd son llambeau, il retourne aux hécatombes de Jupiter, aux autels de la volupté et de la fortune, il immole des victimes humaines à Moloch, ou il s'éteint dans les bras du sensualisme et de la fatalité musulmane. Voilà pourtant ce qu'est cette histoire juive, que les dédains du rationalisme moderne voudraient réduire à une question
de territoire, et mesurer au nombre de kilomètres carrés qui formaient la superficie de la Palestine. Quand nous parlons à ces hommes de Moïse, de David et de Salomon, ils nous répondent que la figure de Moïse est enveloppée «d'impénétrables ténèbres ', » que David est un condottiere^, et Salomon un auteur d'opéras^. Sous la formule sacrilège de cette réponse, on cherche vainement à nous dissimuler que c'est la divinité de Jésus-Christ, fils de David, prédit par Moïse et annoncé à Salomon qu'on a la prétention de poursuivre à travers les âges. Si Moïse n'avait point parlé du Désiré des nations, de l'Envoyé des collines éternelles; si David n'avait pas décrit dans ses Psaumes prophétiques le règne du Dieu du Calvaire; si Salomon n'avait pas figuré dans les magnificences de son Temple périssable les merveilleuses grandeurs de l'Eglise immortelle, on ne songerait point à nier leur gloire. Mais aussi l'Europe ne serait pas chrétienne, et la civilisation moderne, dont on se montre si fier, n'existerait pas !
4. L'histoire juive n'est donc pas le moins du monde « une his- » toire comme une autre. » Toutes les autres histoires sont mortes rhistoire
jnWe immo^
ou en voie de mourir, celle-là ne meurt jamais. Elle est plus vi- taUséspar Vante aujourd'hui qu'elle ne l'était à l'époque de Salomon. La nismo. ireine de Saba venait alors des lointains rivages de l'Afrique, admirer la magnificence et la sagesse du fils de David; aujourd'hui tout l'univers est prosterné devant les autels de Jésus-Clirist, fils de David; aujourd'hui la montagne de Moriah, oii s'élevait le Temple Unique de Salomon, est partout oii quelques chrétiens réunis aux pieds d'une croix adorent le véritable Salomon, roi de paix, fils de Dieu dans réternité et de David dans le temps. Or, il y a des chrétiens dans tout l'univers. La persistance de cette race des chrétiens tant persécutée, tant calomniée, tant outragée, est-elle un fait assez notoire? Dix-neuf siècles ne vous l'ont-ils pas assez prou-^é? A.vec le sang chrétien versé depuis Néron jusqu'au dernier des mandarins chinois de ce siècle , on ferait un fleuve plus profond et
* E. Renan, Etudes d'hist, reîig., pag, 92. — ' Idem- ti»'''- pag. 96. — » IdenB»
Cantique des Cantiquee.
Le* mono* ments ds
plus large que celui qui baigne les murs de Paris, et Jésus-Christ^ fils de David, n'en est pas moins adoré sur toutes les plages de l'univers. Voilà pourquoi l'histoire juive est et sera, jusqu'à la consommation des siècles, la plus importante à étudier de toutes les histoires.
5. La scission qui va diviser la monarchie de David, et partager en deux nations rivales le peuple de Dieu, loin de détourner Israël de son véritable but, ne fera qu'accuser plus manifestement sa mission providentielle de précurseur. Samarie et Jérusalem porte< ront toutes deux le livre de la Loi, qui renferme les espérances du monde. Leur mutuelle hoslihté, leurs rivalités politiques et leurs sanglantes guerres, ne les laisseront d'accord que sur ce point capital; elles attesteront ainsi l'authenticité divine d'une Ecriture qu'elles conservent toutes deux avec la même vénération et la même bonne foi. A mesure que les temps de la Rédemption vont approcher, les prophètes désigneront plus clairement les traits du Rédempteur futur. Les rationalistes s'étonnent du rôle de ce qu'ils appellent le Pj^ophi'ti&me hébreu. Quand un homme de Dieu, par exemple , se présente en face de deux armées Israélites prêtes à s'entretuer, étend la main entre les deux camps rivaux, et, déclarant que Jéhovah défend d'engager le combat, renvoie, sans réconciliation, sans traité de paix préalable, les deux parties belligérantes dans leurs foyers, il faut bien convenir que cet homme exerçait une puissance inouïe, et que nulle histoire ne pré?ente des traits semblables. Cependant Séméias, Thomme de Dieu, que nous verrons tout à l'heure accomplir avec une simplicité plus étonnante encore que l'acte lui-même, ce prodige d'influence théocra tique, n'était point comme Samuel depuis plus de cinquante ans l'arbitre des destinées d'Israël, son nom apparaît pour la première fois dans cette circonstance solennelle, et son rôle, comme disent les rationalistes, débute par un pareil triomphe. Il fallait donc que le peuple israélite fût profondément imbu des idées de la législation mo- Baï(|ue pour accepter ainsi la direction du grand suzerain Jéhovah, à la voix de quelques solitaires inconnus que l'Esprit de Dieu avait visités. Les rois de Juda et d'Israël , disposant de toutes les forces
vives de leur royaume, commandant à des armées, distribuant des trésors, donnant des charges publiques, des honneurs et des emplois, c'est-à-dire ayant entre les mains tous les moyens d'influence, les ressources et les séductions que le pouvoir donne à toutes les monarchies, virent échouer leur puissance devant quelques vieillards sans fortune, sans soldats, sans autre crédit que celui de la mission divine. La politique des rois de Juda et d'Israël essaya de leur répondre en faisant parler des voix vénales et des oracles menteurs qui se disaient aussi inspirés par Jéhovah. Mais comme « la vérité de Moïse avait dévoré l'imposture des prestidigitateurs » égyptiens *, » ainsi le feu du ciel, à la parole d'Elie, viendra confondre les espérances des faux prophètes. Tel est le caractère général de la période historique du peuple juif, dont nous allons étudier le développement et poursuivre le récit.
§ II. Roboam, roi de Juda (962-946). Jéroboam, roi d'Israël (962-943).
6. A la mort de Salomou, Roboam, le fils qu'il avait eu de Naama l'Ammonite ', lui succéda sur le trône de Jérusalem 2. Après avoir rendu à son père les honneurs de la sépulture, dans le tombeau des rois de Juda, construit par David 3, il vint à Sichem, où tout Israël s'était rassemblé pour l'inauguration du nouveau règne. Cependant Jéroboam, fils.de Nabath, avait été informé par ses partisans de la situation des choses. En apprenant la mort de Salomon, il s'empressa de quitter l'Egypte, où il avait rencontré près de Sésac une protection plus eilicace qu'une simple hospitalité, s'il faut en croire l'édition romaine de la Bible des Septante, qui affirme que le Pharaon, fondateur d'une djmastie ennemie de celle de David, a\ait fait épouser au proscrit une sœur de la reine égyptienne. Jéroboam trouva l'assemblée nationale déjà réunie à Sichem et dut nécessairement l'informer de la prophétie d'Ahias, le Voyant
» m Reg., cap. xiv, 21-31 ; II Pamlip., cap. xii, 13. — * Paralip., cap. x, 31; III Reg., cap. xr, 43. — s Voy.-de Saulcy, Dict. des antiq. bibl., pag. 8S6; Joseph., Ântiq.judaic, lib. VHI, cap. vu, num. 8; ^"^'M?,ctius, In libr, 111 Reg., cap. îu, 1.
Jéroboam
à l'assemblé*
de Sicbein.
de Silo, qui le concernait. Cependant il ne paraît point que tout d'abord cette révélation ait suffi pour entraîner les esprits dans le sens où le préleudant voulait les diriger. Le Soigneur avait prédit à Sabûîon « que son royaume serait divisé sous la main de son &ls *, » ce fut en effet sous la main inexpérimentée de Roboam et par ia faute de ce prince « inhabile, imprudent, et tout à la fois eans mesure dans les résolutions et sans énergie dnns la conduite ',» comme dit l'i criture, que la scission fut consommée. La situation politique demandait des ménagements; il fallait prévenir la sourde irritation que les excès de Salomon avaient excitée, et que Jéroboam cherchait à exploiter à son profit; mais la mémoire de David élait encore universellement respectée, celle de Silomon lui-même offrait trente années de gloire qui pouvaient efïiicer la honte des dix dernières; enfin, l'assemblée inclinait encore officiellement à reconnaître l'autorité de Roboam. Par conséquent, rien n'était désespéré pour le jeune roi, lorsqu'il arriva à Sichem, s'il n'eût pas, comme à plaisir, déterminé, par sa hauteur inflexible, le soulèvement universel qui lui fit perdre la plus grande moitié de ses Etats'. 7. Jéroboam fut chargé par l'assemblée de présenter au nouveau roi l'expression des vœux populaires*. Le choix d'un tel orateur devait à lui seul donner l'idée des dispositions de la multitude et de l'importance qu'il fallait attacher à celle mainfest;ilion. Suivi d'une foule immense, le fils de Nabath se présenta devant Roboam: « Votre père, dit-il, a fait peser sur notre I5te un impôt écrasant, diminuez-le quelque peu, allégez le fardeau qu'il a appesanti sui nous et nous vous servirons fidèlement. — Roboam écouta cette requête, et sans rien faire préjuger de sa réponse définitive, dil aux envoyés : J'ai entendu vos plaintes, allez maintenant. Dana trois jours vous reviendrez près de moi, et je vous ferai connaître ma volonté ^ » — Les charges accablantes dont se plaignent les enfants d'Israël avaient probablement été imposées dans les der-
» III Reg., cap. xi, 12. De manu filii tui scùularn illul. — * Reliqjnt post S9 {^lomon) de semine gentis stultitium, et immunitum a prudcntia Roboam {Ecoletiastic, XLVii, 27, 28J. Roloam erat rudis el corde pavi'lo (Il Paralip., cap. xni, 7). — » m heg., cap. xa, 1 et 2. — *lll Reg., cap. xn, 3. — <* III Reg., cap. xil, 3-5.
nières années du règne de Saloraon, quand ce prince, « qui avait » auparavant rendu l'argent plus commun à Jérusalem que les » pierres mêmes, et le cèdre plus commun que le sycomore *, » ne se contentant point des immenses richesses que la navigation, le Commerce et les revenus ordinaires du trésor royal mettaient entre aes mains, avait multiplié les folles dépenses dans lesquelles l'entraînaient les édifices qu'il élevait aux idoles de ses femmes*. Quoiqu'il en soit, et c'est la remarque de Bossaet, Roboam agissait sagement en prenant le temps de la réflexion, pour examiner la réclamation qui lui était soumise 3. Ce fut malheureusement à cela que se borna lu prudence de ce prince, et c'était trop peu pour le sauver.
8. « Le roi Roboam assembla donc le Conseil des vieillards que Le Conseil
<-.! ,,• T r l'fAj. *^^' vieillards
Salomon avait établi de son vivant pour délibérer sur les intérêts etieconsaii
' , (les jeunes
de l'Etat. R leur proposa l'afïiiire et ajouta : Que me conseulez-vous gea». de répondre au peuple? — Si vous faites droit à ses réclamations, répondirent les sages vieillards, et si vous ménagez en ce moment l'esprit de la multitude, en lui répondant avec douceur et bonté, le peuple tout entier se rangera sous votre sceptre, et vous servira avec une inviolable fidélité. » — Cet avis ne répondait point aux secrètes dispositions de Roboam; les princes veulent plus souvent trouver dans leurs conseillers des flatteurs que des hommes sincères. Le fils de Salomon mécontent de l'opinion des vieillards, espéra que la jeunesse de sa cour lui tiendrait un autre langage, a R rassembla donc tous les jeunes gens avec lesquels il avait été élevé dans le palais de son père, et dont il s'était entouré depuis son avènement. Que me conseillez-vous, leur dit-il, de répondre au peuple? Ils réclament un adoucissement aux charges qui pèsent sur eux : Allégez, me disent-ils, le joug que voire père nous a imposé. — Cette jeunesse insensée ne fit pas attendre son conseil : La multitude vous demande un adoucissement au joug qui pèse sur elle ; dites lui : Mon petit doigt est à lui seul plus puissant que
» 11 Pavalip., cap. ix, 27. — .« D. Calmet, Li III lib. Reg., cap. xn, 4. -* f Politique Urée des propres paroles de l'Ecriture sainte, lib. X*
UISTOIRE DE L'ÉGUSE. — V« ÉPOQUE (1001-386).
Kêponse de Roboam.
Emeate f«pulaire.
n'était Salomon dans tout son corps; vous trouvez le joug de mon père trop dur, je l'aggraverai; mon père vous fouettait avec des "verges, je vous fouetterai avec des scorpions*. » Les prétextes ne manqueront pas, dit encore Bossuet, pour justifier un tel avis : « 11 faut soutenir l'autorité *; » on ne s'arrête jamais sur le terrain des concessions; un début vigoureux prévient toute une série de faiblesses; et toutes les autres maximes de ce genre, dont la vaieur, au point de vue pratique, n'est jamais que relative, et doit se calculer d'après les événements, la disposition des esprits, la connaissance des hommes et surtout le caractère du prince. Conseiller un« mesure énergique à un roi qui n'aura ni la prudence de la préparer ni la constance de la soutenir, ni la force de la faire prévaloirr c'est lui conseiller le suicide. D'ailleurs, dans la circonstance pré» sente, en supposant qu'on crût nécessaire de prendre des mesure* que dans la réalité rien ne commandait, pour assurer le maintien de l'autorité royale , il fallait que la forme fût d'autant plus douce et plus modérée, que le refus en lui-même devait être plus dur et plus pénible. Roboam était digne de tels conseillers, il les suivit aveuglément.
9. « Le troisième jour, Jéroboam, suivi de toute la multitude, se présenta pour recevoir la réponse du jeune roi. Celui-ci, sans tenir compte du sentiment des vieillards, ne se rappela que les amères paroles de ses amis d'enfance. Mon père, dit-il, a fait peser sur vous un joug que vous trouvez trop dur; je l'aggraverai encore; ce qui n'était qu'une verge sous sa main, sera sous la mienne une poignée de scorpions. — Tel fut le langage de ce prince aveugle que l'EsDrit du Seigneur ne dirigeait pas; ainsi devait s'accomplir \a proMiétie d'Aliias, le Voyant de Silo, faite à Jéroboam, iils de jlabath. Une clameiu" immense s'élança de la foule aussitôt que le ieune roi eut cessé de parler. Qu'avons nous besoin de la maison le David? criait le peuple. Que nous importe l'héritage du tila à'isaï? Enfants d'Israël, retomnons dans nos demeures! On verra
» m Reg., cap. xii, 8-H. — * Politique tirée de l'Ecriture sainte, lib. IV, pro- %osil ioû m II y a une ^(iusse (ermeié. »
comment David avec sa tribu pourvoira à ses affaires ! — Les dix tribus se séparèrent ainsi de Roboam, décidées à retourner dans leurs foyers, et à secouer son joug. Le jeune et malheureux roi leur envoya Aduram, qui avait la surintendance des impôts, sans doute pour leur porter des paroles de conciliation et de paix; mais l'effervescence populaire était au comble, Aduram fut lapidé par les rebelles, et Roboam, pour échapper à l'émeute qui menaçait d'arriver jusqu'à lui, n'eut que le temps de monter sur son char et de reprendre en toute hâte le chemin de Jérusalem *. »
10. Les événements se précipitaient comme des coups de foudre. Lapremièi*
révolution.
Rien n'égale la rapidité des mouvements populaires, quand une idée commune, éclose tout à coup dans l'esprit des multitudes, saisit à la fois toutes les intelligences, rallie pour un instant tous les intérêts, soulève toutes les espérances, et arme au besoin tous lés bras. Nos langues modernes ont créé un mot pour représenter cette exaltation indescriptible des esprits, que nous ne connaissons que trop ! Cela s'appelle une révolution. Malheur aux peuples qui seraient tentés de l'essayer chez eux; mille fois malheur à ceux que l'expérience de tant de déceptions et de sanglantes catastrophes ïie réussit point à en dégoûter! Le peuple juif allait faire le premier essai de cet état de choses nouveau pour lui. Il avait encore Theureuse ignorance des calamités qu'entraîne toujours après elle la moins mauvaise des révolutions. Il voulait se débarrasser d'un impôt odieux; l'impôt fut le mot caractéristique de la première révolution dont l'histoire nous ait été conservée. On ferait un vocabulaire de toutes les expressions qui armèrent depuis, sur tous les points du globe, des multitudes aveugles contre toutes les autorités possibles. Un mot, la plupart du temps incompris, et toujours trop élastique pour être vrai, a présidé à toutes les révolutions du monde. Dans cette circonstance les Israélites se rallièrent autour de l'expression d'impôt, représenté parle durissimum juyum de leurs orateurs. Ils payèrent plus tard l'abolition de cet impôt par le sacrifice de leur vie, de leur honneur, de leur fortune, de
» m P.crj., cap. xii, 12-18; II Paraiip., cap. x, 12-H-
leur indépendance et de leur nationalité. N'importe! Ils avaient secoué V insupportable joug \ Les chaînes qu'ils s'attachaient aux pieds et aux mains seront plus lourdes, mais elles ne seront plus les mêmes. Voilù, dans l'histoire de la première révolution, celle de toutes les autres; et à l'heure eu nous écrivons ces lignes, notre pensée, profondément émue par le spectacle de ce qui se passe autour de nous, et par l'incroj'ahle légèreté de l'esprit des hommes, s'empreint d'une amère tristesse dans la prévision que l'expérience des siècles passés, jointe à celle du temps présent, ne guérira pas le monde de cette incurable folie. Le conseil des jeunes insensés prévaudra toujours, aussi bien dans les agilalions des multitudes que dans les délibérations des rois, sur le conseil des sages vieillards. Mais plus le mal est grand, plus l'erreur est populaire, plus il importe de redire- en ce point d'une importance capitale, la vérité tout entière. Or la vérité sur la premièi'e révolution des Hébreux a été formulée par Bossuet avec toute la netteté et toute la profondeur du génie : < Roboam. dit-il, traita durement le » peuple; mais la révolte de Jéroboam et des dix tribus qui le sui- )•» virent, quoique permise de Dieu en punition des péchés de Salo- » mon, ne laisse pas d'être détestée dans toute l'Ecriture, qui déclare » qu'ijn se révoltant contre la maison de David ils se révoltaient 1) contre Dieu qui régnait par elle '. b Cette doctrine, on le voit, n'a rien de commun avec la sauvage maxime : V insurrection est le plus saint des devoirs. Ah! si après tant avoir abusé de cotte dernière, les sociétés modernes consentaient enfin à essayer de lu piemière, il nous serait perjuis de porter sur l'avenir un regard moins affligé I Jéroboam H. Lcs dix Iribus qui désormais porteront le nom disraël, par
e&t proclamé .
roi disraël. opposition ci cclui do Juda sous lequel on comprendra cette tribu
Hoboam se '^ '^ ^ ^
répare à lai et cclle de Bmiamiu demeurées seules lidèles à la race de David,
faire la -^ , , c-
itcerre. Se- se séparèrent donc ouvertement de Roboam. L'assemblée de Si-
i-î'ias défend
d'engager cliem, briisciuement dispersée, alla faire connaître le brutal « orla luue. 11'
^ gueiP D du fils de Salomon, comme dit Bossuet, à tout le peuple
• Politique Urée de l'Ecriture sainte, lib. YI, 4« proposition; Il Parulip. cap. xiu, 5-8. — • Dinc. sur Ihisl. univ., l" paitie, vi* époque.
de la Palestine. En même temps on proclamait partout e nom de Jéroboam comme celui de l'élu de Dieu; on disait qu'il revenait de )on exil en Egypte pour sauver la nation , et bientôt les dix tribus téunies de nouveau saluaient sa royauté, et se plaçaient sous sou autorité tutélaire. Il ne restait plus à Roboam que la tribu fie Juda et celle de Benjamin *. » Le conseil de ses jeunes amis n'avait guère contribué, on le voit, au maintien de sa royale puissance. «De retour à Jérusalem, Roboam s'était hâté de rassembler tous les guerriers de Juda et de Benjamin, pour se mettre à leur tête et étouffer la rébellion par une victoire prompte et décisive. Une armée de plus de cinquante mille hommes se trouva bientôt réunie sous ses étendards. Mais la parole de Jéhovah se fit entendre à Séméias, l'homme de Dieu. Ce Prophète vint trouver le jenne roi, et lui transmit le message divin. Voici, lui dit-il, l'ordre que m'a donné le Seigneur, pour Roboam, fils de Salomon, roi de Juda, et pour les deux tribus réunies en armes près de lui. Vous ne vous mettrez point en marche et vous n'irez point combattre les fds d'Israël, vos frères. Tout ce qui vient de se passer s'est fait par ma volonté : que chaque guerrier retourne donc dans sa demeure ! — En entendant de la bouche de l'homme de Dieu l'expression de la volonté souveraine, l'armée se sépara suivant l'ordre du Seigneur, et chaque guerrier revint à sa maison 2. » Tel était le prodigieux empire exercé sur le peuple hébreu par l'institution théocratique dont Moïse avait fixé les bases, et dont le rationalisme moderne s'efforce en vain de nier la réelle influence. Qu'on se représente par la pensée une brave et puissante armée réunie autour d'un jeune roi auquel elle a promis fidéfité ; qu'on tienne compte et de l'animosité des soldats et du ressentiment allumé dans le cœur du prince par le plus cruel et le plus sanglant de tous les outrages qu'on n'oublie pas surtout l'ardeur qui devait animer les jeunes con seillers dont l'avis venait d'être si fatal, et l'impatience naturelle en pareil cas, de réparer par une éclatante vengeance l'échec doui ils avaient été les premiers auteurs : et qu'au milieu de cette effer-
* m Reg., cap xn, 19, 20. — »lll Reg., cap. xn, 21-24 ; II Paralip., cap. xi, i*At il- =34
HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — V" ÉPOQUE (1001-586).
vescence, de cet entraînement belliqueux, de' cette explosion de toutes les passions, de toutes les haines, de tous les intérêts politiques, nationaux et militaires, il ait suffi d'une parole d'un vieillard, prononcée au nom de Jéhovah pour faire tout disparaître ; voil^ ce qui ne ressemble à rien de ce que nous lisons dans o les autr histoires. »
Jéroboam 12. La séparation était donc consommée. Jéroboam songea aux Sichem et la moycns de la rendre définitive. Il n'avait pas de capitale ; il y pourj-hannei. vut « en faisant fortifier Sichem, sur la montagne d'Ephraïm, et il vint y fixer sa résidence*. » Cette ville, située dans une position formidable, sur la limite des deux tribus d'Ephraïm et de Manassé, était habilement choisie comme point de résistance en face de Jérusalem, et fermait les communications de la Palestine septentrionale avec le midi de la Judée, demeuré seul fidèle à la race de David. C'était bien réellement à cette époque la clef des deux royaumes. Thersa, qui lui succéda quelque temps après comme cité royale d'Israël, et Samarie, qui devint définitivement la capitale des dix tribus séparées, n'étaient l'une et l'autre qu'à une distance de quelques kilomètres de Sichem : leur position au point de vue stratégique était la même. Jéroboam se préoccupa ensuite des Knoyeus d'assurer son empire sur les tribus de la rive orientale du Jourdain et de la mer Morte. Pour les maintenir sous sou obéis- ""ince, il franchit le fleuve et chercha une ville qui pût devenir, audelà du Jourdain, ce que Sichem était en-deçà. La forteresse de Phauuel, que nous avons vue jadis résister aux armes de Gédéon, et que ce Juge avait ensuite rasée, lui parut répoudre pleinement à toutes les exigences de la situation. Il la fit relever et l'entoura de tous les ouvrages de défense que le génie militaire de ce temps employait à la construction des places fortes *. Ainsi resserré dans les tribus de Juda et de Benjamin, limitées à l'orient par la mer Morte, contenues au nord-est parla tour de Phanuel, qui dominait le cours du Jourdain, et au nord par la forteresse de Sichem, Uoboam devai' trouver de tous les côtés une résistance formidable, s il cherchait à
• Ht Reg., cap. xn, 25. — * Ibid.
rompre les barrières que la politique de son rival élevait autour de lui.
13. Jéroboam ne s'arrêta malbeureusement pas à des précau- xJi^Mrieda lions de ce genre. « Jamais, disait-U, je n'empêcherai ce peuple de Losyi^am retourner sous l'autorité du fils de David, si je le laisse, comme il ei Je Ucihei en a la coutume, se rendre trois fois l'année à Jérusalem, pour y offrir des sacrifices à Jéhovah dans son Temple. Dans ces fréquents ; Yoyages, les esprits se modifieront, inclineront peu à peu à se re- / jnettre sous le joug de Roboam, roi de Juda, leur véritable maître; on conspirera contre ma vie, et après s"être débarrassés de moi par Un meurtre, mes sujets retourneront au fils de Salomon *. » En suij^ant ainsi les raisonnements d'une politique tout humaine. Jéroboam oubliait la prophétie d'Ahias, le Yoj-ant de Silo; Dieu qui lui avait, par cet intermédiaire, annoncé sa haute destinée, avait ajouté : « Si » tu suis fidèlement mes ordres, si tu marches dans mes sentiers, en » observant la justice et en respectant mon cuite et mes lois comme » l'a fait David, mon serviteur, j'établirai ta maison sur Israël comme » j'ai établi la sienne sur Juda -. » Une telle promesse valait mieux que toutes les combinaisons politiques ; mais ce n'est ni la première ni la dernière fois que les séductions du pouvoir troubleront les plus fermes intelligences. 11 semble que les foi tunes humaines, si caduques et si misérables qu'elles soient en réalité, sont pourtant encore au-dessus de la force des hommes. Tant est lamentable l'infirmité de notre nature, dégradée par la faute originelle 1 « Jéroboam médita longtemps sur la difficulté de sa situation. Enfin, il s'arrêta à la résolution la plus funeste. II fit sculpter deux veaux d'or, établit l'un à Béthel, sur la limite méridionale de ses Etats , dans la tribu -^Ephraïm, l'autre à Dan, à l'extrémité septentrionale, dans la tribu ;e Nephtali. Il dit ensuite au peuple : N'allez plus désormais à Jô* rusalem. Enfants d'Israël, voilà les dieux que vous devez adorer! Ce sont eux qui vous ont tirés de l'Egypte ! — Cette parole fut l'origine de la grande prévarication du peuple. La multitude courut jusqu'à Dan se prosterner devant l'autel du Veau d'or. Jéroboam y fit construire un temple idolâtrique sur les hauteurs. Les fils de
* m Heg., cap. xu, 20, 2:? — 2 lH Reg., cap. xi, 38,
■^32 HISTOIRE DE l/ÉGUSE. — V* ÉPOQUE (1001-586).
Liévi refusèrent leur ministère à ce culte impie , on les remplaça oar des prêtres choisis dans les derniers rangs du peuple ; et le roi prévaricateur ordonna que le quinzième jour du mois de Markesvan, anniversaire de l'inauguration des temples de Bétliel et de Dan*, serait célébré chaque année, comme une fête nationale, par les fila d'Israël, à l'imitation de la Dédicace du Temple de Salomon,. observée par la tribu de Juda. Ce jour-là il fit en personne l'inauguration du temple Je Béthel, au milieu d'un cortège de prêtres idolâtres, et, en présence d'une multitude immense réunie pour cette solennité sacrilège, il monta les degrés de l'autel et brûla l'encens en l'honneur du Yeau d'or*. »
14. «Au moment où Jéroboam, dans l'appareil de la majesté royale, montait les degrés, l'encensoir à la main, une voix retentit soudain dans le silence général : Autel! Autel! s'écria un homme de Dieu de la tribu de Juda 3; voici la parole de Jéhovali, le Seigneur : Il naîtra dans la maison de David un prince qui se nommera Josias; c'est lui qui immolera sur cet autel les prêtres des idoles, et brûlera leurs ossements sur son foyer! Vous voulez un signe qui atteste que cette parole vient de Jéhovah ! le voici : Cet autel va se rompre, et la cendie du bûcher va se répandre à terre I — Jéroboam s'était retourné en entendant ces exclamations. Il étendit la main, en montrant l'étranger : Arrêtez cet homme! s'écria-t-il. — Mais le bras qu'il venait d'étendre demeura paralysé, et il ne pouvait plus le replier. Au même instant l'aulel se rompit par le milieu, et la cendre de son foyer se répandit à terre. Homme de Dieu, dit alors Jéroboam, invoquez sur moi le nom du Seigneur, et priez-le de me rer.dre l'usage de mon bras. — Le prophète se "lissa toucher par ses instances; il pria le Seigneur, et le roi re- ;ouva sur-le-cliamp sa main aussi libre qu'auparavant. Homme de ^/ieu, reprit Jéroboam, ainsi miraculeusement guéri, venez rec©jir l'hospitalité dans mon palais, vous vous asseoirez à ma table,
'C'est ainsi que Sanctius entend le verset que nous citons ici (Sanctius,/« i' li/j. Reg. Commerdar., cap. xii, 32). — * III l\eg., cap. xii, 28 ad ultim. — ' Le texte sacié ne nous donne pas le nom de ce prophète que Josèphe appelle Jadou {Aniiq.jud., lib. VIII, cap. in).
incoana.
CHÀP. II. — ROBOAM, ROI DE JUM (962-946). ^j-"
et je VOUS offrirai des présents. — 0 roi, dit le prophète, qiir;p.J vou,; me donneriez la moitié de votre palais, je n'irai point avec voua je ne romprai pas un morceau de pain et ne boirai pas une goutta d'eau à Béthel, car Jéhovah, en m'y envoyant, m'a dit : Tu ne mangeras pas une bouchée de pain, tu ne boiras pas une goutte d'eau en ce lieu; et tu auras soin de choisir pour le retour une route différente de celle qui t'aura amené '. — Après avo'r ainsi parlé, le prophète quitta Béthel, et le côté par lequel il sortit n'était pas le même que celui par lequel il y était e*itré 2. »
15. La manifestation solennelle de la puissance de Jéhovah, en j^ ^\°J\^i^ de telles circonstances, avait profondément ému les esprits. L'assemblée s'était aussitôt dispersée, et Jéroboam, rentré dans son palais, songeait sans doute à renverser pour jamais les autels sacrilèges qu'il venait d'élever. Les prêtres des idoles, consternés, voyaient s'évanouir leurs ambitieuses espérances, et, dans l'abandon de leur temple, déploraient la ruine de leur fortune. Pour réagir sur les esprits, il fallait un événement éclatant et en sens contradictoire, qui -détruirait la profonde impression causée par les prodiges de cette journée. Mais pour combiner assez promptement un plan d'action, et le faire réussir à temps, il fallait tout l'art que Balaam avait déployé à une autre époque et dans une conjoncture assez analogue. Un Balaam se rencontra à Béthel. Il conçut et exé cuta seul un projet dont vraisemblablement tous les prêtres des idoles réunis n'auraient jamais eu même l'idée. « C'était un vieillard, qui avait été autrefois prophète du Seigneur. Affaibli par l'âge, il avait consenti à suivre Jéroboam dans ses voies idolâtriques, et était venu se fixer à Béthel, où ses fils avaient été investis des nouvelles fonctions sacerdotales. Le vieillard était resté dans sa demeure pendant la cérémonie royale de l'inauguration. Quand l'as-
i Cette dernière précaution semble avoir pour but de conserver l'incognH« du propliète, en sorte que nul dea sujets de Jéroboam ne pût savoir son nom. Jéhovali qui l'envoyait autorisait suffisamœent sa mission par les trois prodiges opérés coup sur coup en présence de la multitude idolâtre. Voilà pourquoi le texte biblique ne nomme pas le prophète, et nous ne savons sur quelle tradition s'est appuyé Josèphe pour lui donner le nom de Jadon.
« III Reg., cap. xni, l-ll.
531 HISTOinE DE l'église. — V^ ÉPOQUE (1001-386).
semblée eut été miraculeusement interrompue, ?o^ fils revinrent I trouver, lui racontèrent les prodiges opérés par l'homiao de Dieu^ l'invitation que lui avait faite Jéroboam, le refus de l'inconnu et son départ de Béthel. Par quel côté est-il sorti? doiuauda le vieillard.— Les jeunes gens le lui indiquèrent. Sellez-moi un âne, dit-il alors. — Ses fils lui obéirent, et le vieillard, se hâtant de partir sur cette monture, s'éloigna dans la direction qui lui avait été signalée. Il suivait les traces de l'étranger, qu'il rejoignit au moment où, assis sous un térébintbe, il prenait qupl<]ue repos. Etesvous, lui dit-il, l'homme de Dieu qui venez de Jiida? — Je le suis, répondit l'inconnu. — Venez avec moi à Béthel, rompre dans ma demeure le pain de l'hospitahté, dit le vieillard. — Je ne puis re' tourner à Béthel, ni entrer dans votre demeure, reprit le Prophète. Je ne romprai pas un morceau de pain, ni ne boirai une goutte d'eau en ce lieu. Jéhovah qui m'a envoyé m'a dit : Tu ne mangeras, ni ne boiras en ce lieu, et tu auras soin de prendre pour le retour une route différente de celle qui t'aura amené. — Moi aussi je suis un prophète comme vous, répondit l'insidieux vieillard. L'Ange du Seigneur m'a dit de sa part : Va trouver mon serviteur, ramène-le en ta maison, afin qu'il mange le pain de l'hospitalité, et boive l'eau de ta source. — L'homme dé Dieu crut à cette parole de mensonge, et consentit à revenir avec le vieillard. Entré dans sa demeure, il s'assit au festin qui lui fut offert. Pendant qu'ils étaient à table, le vieillard retrouva l'inspiration prophétique qu'il avait eue autrefois, et, visité par l'Esprit du Seigneur, fit entendre A son hôte ces paroles terribles : Voici ce que dit Jéhovah : Parce jue lu as enfreint mes ordres, et que, sans tenir compte de ma défense, tu es rentré à Béthel, pour y manger d'un pain et boire d'une eau dont je t'avais interdit l'usage, ton corps ne sera point enseveli dans le tombeau de tes pères ! — Il fit ensuite seller son âne, le donna à l'élianger, qui prit congé de lui, et quitta Béthel. Mais dans la solitude qu'il eut à traverser, un lion se jeta sur lui, le mit à mort, et se tint près de sa victime, sans y toucher, et sans attaquer l'âne lui-même. Des voyageurs vinrent à passer par ce chemin. Ils reconnurent le corps sanglant étendu s»u: la route, et
admirèrent l'étrange escorte de l'âne et du lion qui semblaient le garder. La nouvelle se répandit bientôt à Bétbel, et parvint aux oreilles du vieillard. C'est cet homme de Dieu, s'écria-t-il,-qni a transgressé les ordres de Jéhovah , son maître ! Un lion a été l'instrument de la vengeance céleste : un lion l'a tué sur le chemin ! La volonté de Jéhovah et sa prédiction ont été accomplies ! — Il ail? lui-même charger sur un âne le corps du prophète, le ramena dans \a cité, lui fît des funérailles solennelles, et le déposa dans le tombeau qu'il s'était fait préparer à lui-même. Plus tard il dit à ses fils : Après ma mort, vous me donnerez la sépulture pi'ès du corps de l'homme de Dieu. Un jour viendra que l'anathème porté par lui contre l'autel de Béthel et contre les temples de Samaric s'accomphra *. » — Cette tardive et secrète recommandation du vieillard était le dernier triomphe de l'Esprit de vérité sur son âme; mais elle ne pouvait rien pour réparer l'effet de sa fatale et cruelle fraude. Le succès le plus complet l'avait couronnée ^. Le peuple, séduit par ses prêtres menteurs, attribua à l'imposture et à des secrets magiques les prodiges dont il avait été témoin. « Jéroboam lui-même,
1 III Resf., cap. xni, 11-32.
- Voici les paroles de l'historien Josèphe : « Après la catastrophe dont le » prophète avait été victime, le fourbe vieillard se rendit près de Jéroboam. » Conmieut, lui dit-il, avez-vous pu vous laisser troubler par les menaces de » cet insensé? — Le roi cita alors les prodiges du renversement de l'autel et » sa main paralysée sur-le-champ, puis miraculeusement guérie. 11 persistait ») à voir dans ces faits la puissance du Seigneur exercée par un véritable et » fidèle prophète. Le vieillard ne manqua point de sophismes pour combattre •> cette conviction. Il dit au roi que tout naturellement ses bras chargés » d'offrandes avaient pu s'engourdir un instant, quand il montait à l'autel, • et qu'il avait sufli d'un peu de repos pour leur rendre leur élasticité. II M n'y avait rien d'étonnant à l'accident survenu à l'autel : récemment cons« » truit, il n'avait pu résister au poids énorme des victimes qu'on y avait en- » tassées, et s'était affaissé sous cette surcharge. Euflu la preuve décisive que » l'on avait eu affaire à un imposteur, c'était la mort soudaine et terrible do » l'étranger, tué par un lion sur le chemin, le soir même du jour où il avaÈc^ M faussement apptlé en témoignage le nom de Jéhovah qui n'était pas avec ») lui. Jéroboam se laissa con^v^iincre par ces raisons plus ou moins plausibles, ») et, étouffant tous ses scrupules, il se précipita avec une fureur nouvelle » dans la voie de l'impiélé et de l'idolâtrie.» (Joseph., Aniiq. judaic, lib. VIII, cap. ni, versus fîuem).
536 EisTOiuE DE l'Église. — v* époque (1001-586).
loin d'abandonner les sentiers de ridoUllrio, continua à proléger le culte officiel du Veau d'or; il prostitua le titre de prêtres et les fonctions sacerdotales aux hommes les plus vils. Qui le voulait, pouvait emplir sa main des richesses idolûlriques et devenir prêtre des hauts heux. Telle fut l'origine des prévarications de la maison de Jéroboam, et c'est pour ce crime qu'elle fut atiéantie sans laisser de rejetons sur la terre '. »
La tribu 16. La mesure qu'une poHtique impie avait fait prendre à ce «uamet à prince, pour fake oublier à son peuple le Temple de Jérusalem et
Roboam.roi , '
d Israël, le détourner du culte du vrai Dieu, loin d'atteindre le but cru'il
Saye admi- . ■*
nbirationde s'était proposé, fut précisément pour son intérêt même une me-
ce prince
pendant troia suro déplorable. La tribu de Lévi, répartie, selon ia loi de Moïse,
tD8,
dans les cités qui lui avaient été assignées sur les différents points du territoire hébreu, refusa presque tout entière de s'associer aux innovations sacrilèges du roi d'Israël, a Les prêtres et les lévites, quittant les villes sacerdotales comprises dans les états de Jéroboam, se réfugiaient à Jérusalem et dans le territoire de Juda. Exclus eux et leurs fils des fonctions sacerdotales par ce roi impie, ils venaient de toutes parts se soumettre à l'autorité de Roboam. Les autres Israélites de toutes les tribus qui partageaient leurs sentiments d'horreur pour le culte des démons et des veaux d'or, les-accompagnaient et venaient offrir au Temple de Jérusalem leurs hommages et leurs sacrifices à la majesté du Dieu de leurs pères. Ainsi le royaume de Juda se fortifiait de tout ce que faisait perdre à celui d'Israël une politique aveugle et sacrilège^. » Roboam, le '^s de Salomon, avait continué à habiter Jérusalem. Il avait pris contre son rival des moyens de défense, analogues à ceux que Jéroboam employait lui-même. Revenu, mais trop tard, à des conseils plus sages, il s'occupait à fortifier les principales cités de Juda. « Belliléem, Etam, Thécué, Betbsur, Socho, OdoUam, Geth, Marésa, Ziph, Aduram, Lachis, Azéca, Saraa, Aïalon et Hébron, soigneusement entourées de solides murailles, formèrent comme une ceinture de forteresses autour du royaume de Juda. Roboam
• m Reg., cap. XIII, 33 et 34 ultim. — • II Paralip., cap. xi, 13*17.
SlIAP. a. ^- u..iJoAM, ROI DE JUDA (962-946). 537
jjlaça dans chacune d'elles des princes qui en étaient les gouverneurs militaires, il y établit des magasins de vivre?, et y fit déposer des provisions d'huile et de vin. Chacune d'elles avait en outre un arsenal de boucliers et de lances. Rien ne fut épargné pour les •
mettre en état de défense*. » Ainsi le fils de Salomon déployait pour la sûreté de ses états amoindris beaucoup plus de sagesse qu'il ne lui en aurait fallu, au début de son règne» pour en conserver la totaUté. et II avait parmi ses épouses Mahalath, fille de Jéri* moth et petite-fille de David; et Abihaïl, fille d'Eliab et petite-fille d'Isaï*. » Ces alliances, au point de vue politique, donnaient une nouvelle force à son autorité, en reflétant sur la personne du jeune souverain l'illustration de la mémoire de David. Du reste, avec le système de polygamie alors en usage, sa famille était nombreuse. « Il avait vingt-huit fils, qu'il établit dans les villes fortifiées de Juda et de Benjamin, leur assignant des revenus considérables, et cherchant à accroître leur influence par les mariages qu'il leur fit contracter. Celui d'entre eux qu'il préférait, et auquel il se réservait de laisser le trône, était Abias, qu'il avait eu de Maacha, petite-fille d'Absalom. Abias se faisait remarquer par son habileté et par le sage emploi de sa fortune et de son crédit. Roboam lui donna un rang de prééminence au-dessus des princes ses frères, et le peuple de Juda put dès lors s'habituer au gouvernement de son futur souverain 2. » Toutes ces mesures étaient empreintes d'un esprit de modération et de prudence qui contrastait avec le premier acte du règne de Roboam. a C'est qu'alors, dit l'Ecriture, il marchait dans les sentiers de David et de Salomon, aux jours de leur gloire '. » Malheureusement il ne persévéra guère dans sa fidélité au Seigneur, et bientôt, en changeant de conduite, il vit aussi changer la fortune.
17. Le roi d'Israël, son rival, aUait lui-même sentir la maia de DégmseiMBi Jéhovah s'appesantir sur sa tête coupable. Jéroboam avait trans- disraei. Pr<^ porté à Thersa la capitale de son empire, a Son fils, nommé Abia*, pr'o'phète'!
» II Paralip., ca?. xi, 5-12. — * II Paralip., cap. xi, 18 ad ultim. — ' II Paralip., cap. xi, 17.
* U semble c»*»«> ia rivalité antre les deux souverains allât jusqu'à établir
Ab.ias. Mort tomba dangereusement malade. Dans soD anxiété, Jéroboam vou-
da fils de .
Jéroboam, lut Consulter sur l'avenir de cet enfant si cher, un prophète du Seigneur. Mais il n'osait donner ainsi lui-même un démenti si solennel au culte qu'il professait officiellement, et ne voulait confier à aucun de ses serviteurs une mission qui demandait à être accomplie avec tant de secret, a II dit donc à la reine : Déposez toutes les parures qui feraient reconnaître votre rang; changez de vêtements, et, ainsi déguisée, rendez-vous à Silo, près d'Ahias, le Prophète, celui qui m'annonça jadis ma royauté sur Israël. Prenez avec vous dix pains cuits sous la cendre, des gâteaux frais et un vase do miel. Vous les offrirez au Prophète, sans vous faire connaître, voua le consulterez et il vous dira le sort qui attend notre fils. — L'épouse de Jéroboam se prêta à ce désir royal ; sous un déguisement qui la dissimulait à tous les regards, elle se rendit à Silo, dans la maison d'Ahias. Le Prophète, accablé de vieillesse, avait depuis longtemps perdu la vue. Mais lEsprit du Seigneur l'éclairait toujours. Jéhovah dit à son serviteur : La reine d'Israël va venir te consulter sur la maladie de son fils. Voici la réponse que tu auras à lui faire. — Et le Seigneur avait dicté au fidèle Prophète toutes les paroles qu'il devait transmettre à l'épouse de Jéroboam. Celle-ci pénétra jusqu'à l'appartement du saint vieillard; elle n'avait dit son nom à personne et s'applaudissait déjà du succès de sa démarche, quand Ahias, en entendant un bruit de pas, éleva la voix : Entrez, dit-ii, épouse de Jéroboam ! Pourquoi vouloir dissimuler qui vous êtes ? Le message dont je suis chargé pour vous est dur. Allez, dites à Jéroboam : Voici la parole de Jéliovah, Dieu d'Israël : Je t'ai exalté du milieu du peuple, et je t'ai constitué roi d'Israël. J'ai déchiré pour toi l'héritage de David, et t'en ai donné la plus grande part. Mnis tu n'as pas imité la fidélité de David, mon serviteur, qui a gardé mes commandements et a suivi ma loi dans la sincérité de son cœur. Tu as obéi aux pensées et aux caprices de ton ambition ; tu as réalisé des criines qui dépassent tous ceux qu'on avait vus en Israël ' ; tu t'es
on parallélisme perpétuel même dans les noms propres. Roboam, roi de Judi', avait pour Cls Aljias; Jérobuam, roi d'Israël, avait pour fils Abia. » La ijravité du crime de Jéroboam était en effet sans exemiple. Salomoa
fait des dieux à l'imitation des nations étrangères, et tu m'as abandonné comme un objet de dégoût qu'on jette loin de soi! C'est pourquoi je déchaînerai les fléaux de ma vengeance sur la maison de Jéroboam : je frapperai dans sa famille jusqu'au petit enfant qu'on cache dans son berceau comme une espérance suprême; comme le laboureur enlève d'une étable jusqu'à la dernière trace d'une litière consumée, ainsi je balaierai jusqu'aux restes de la maison de Jéroboam. Ceux de ses fils qui mourront dans l'enceinte de la cité n'auront d'autre tombeau que les cbiens qui se disputeront leurs restes; ceux que la mort frappera dans la campagne seront dévorés par les oiseaux de proie. Telle est la parole de Jéhovah le Seigneur. Maintenant donc, épouse de Jéroboam, reprenez le chemin de votre palais. A linslant où vous poserez le pied sur le seuil de votre cité de Thersa, votre enfant expirera. Tout Israël portera son deuil et viendra assister à ses funérailles. Mais il sera le seul de tous les enfants de Jéroboam qui aura l'honneur de reposer dans un tombeau. Seul il sera excepté de la sentence portée par Jéhovah. A l'heure où je vous parle, le Seigneur s'est déjà cboisi parmi le peuple d'Israël, le cbef qui frappera, au jour des vengeances, la maison de Jéroboam. La nation d'Israël sera agitée elle-même au souffle de la colère divine, comme la tige de roseau courbée par le vent sur les bords du ileuve ! Le Seigneur arrachera Israël de cette terre délicieuse qu'il avait donnée à nos aïeux, la tempête dispersera ce peuple au-delà du fleuve syrien ! C'est ainsi que seront expiées les abominations des bois sacrés de l'idolâtrie, c'est ainsi que le peuple expiera les prévarications dont Jéroboam a donné à la fois l'exemple et l'ordre sacrilège. — Après cette terrible révélation, dont nous' verrons plus tard se réaliser toutes les menaces, l'épouse de Jéroboam, consternée, reprit le chemin de Thersa. Au moment où elle mettait le pied sur le seuil du palais, on lui annonçait la mort de son fils. Les funérailles du jeune priace
arait construit des temples aux idoles, il y avait offert un encens sicrilége, mais il n'avait pas contraint le peuple à la suivre dans sa prév iric Jion. C'était réellemcul la première fois qu'un chef de la nation juive abusait d« Bou autorité pour provoquer l'apostasie nationale.
,f îolitrie et fffid'jli'.é de Roboara et du royaume de Juda.
Prise de Jérusalem ^ar le Pharaon égyptien Sesac.
se firent avec magnificence ; il reçut la sépulture dans une tombe royole, et tout Israël le pleura, ainsi que le prophète Ahias l'avait prédit à sa malheureuse mère*. »
18. (loboam, le jeune roi de Juda, n'avait pas persévéré longtempf dans la voie de la fidélité et de la sagesse, où il paraissait être dé-' finitivemeni revenu sous la main du malheur. Trois années de prospérité suffirent à égarer de nouveau cette âme inconstante'. A propos de l'idolâtrie dont il va lui aussi inaugurer le lamentable règne à Jérusalem, l'Ecriture fait remarquer qu'il était fils de Naania l'Ammonite *. On peut donc supposer, et c'est le sentiment de la plupart des commentateurs 3, que l'intluence de Naamanefut point étrangère à la faute du roi, son fils. « Juda fit le mal devant le Seigneur, et ses crimes dépassèrent bientôt en énormité toutes les prévarications de ses aïeux. Ils se construisirent des autels, élevèrent des idoles et consacrèrent des bois idolâtriques sur le sommet de toutes les collines, à l'ombre de tous les arbres des plaines. Ils importèrent surtout les horribles débauches des Sidoniens, et pour la première fois on vit ces monstrueux excès s'introduire à Jérusalem comme des prescriptions religieuses. Enfin toutes les abominations qui avaient attiré la colère de Jéhovab sur les races corrompues de (Ihanaan semblaient ressuscitées*. » Deux années s'écoulèrent au milieu de ces desordres. Il fallait un coup terrible pour réveiller, du sommeil de la volupté et de l'idolâtrie, le peuple perverti; Dieu tenait déjà en réserve l'instrument de ses vengeances.
19. « La cinquième année du lègne de Roboara, on apprit tout à coup la nouvelle que Sésac, le roi d'Egypte, suivi d'une multitude innombrable de Lu/nm, de Suy.rr. et de Cousckites (Lybiens, Troglodytes et Ethiopiens), avait fait irruption sur les frontières méridionales de Juda. On fixait à douze cents le nombre de ses chariots de guerre et â soixante mille celui de ses cavaliers. Jamais invasion plus formidable n'avait menacé les Hébreux. Le Pharaon, ^aus sa course rapide, s'empara de toutes les forteresses qu'il ren-
» m neg., cap. xiv, 1-18. — « 1)1 Reg., cap. xiv, 24. — » Voyea Cornélius a lapi<le, Valable et Emmanuel Sa, In lll lib. Reg. Comment., cap. liv, 21. — • 111 Reg., cap. xiv, 21-24; II Paralip., cap. xn, \.
CnAP. II. — ROBOAM, ROI DE JTIDA (962-946). 541
contra sur son passage, el se dirigea sur Jérusalem. La consternation s'était emparée de tous les cœurs. Au milieu du désespoir général, le prophète Séméïas se présenta devant Roboam et les princes de Juda, chassés des places fortes qu'ils commandaient, par les armes victorieuses du Pharaon, et rassemblés à Jérusalem. Voici, leur dit-il, la parole de Jéhovah, le Seigneur : Vous m'avez abandonné; à mon tour, je vous abandonne aux mains de Sésac. — Cette rigoureuse sentence augmenta îa douleur du roi et de ses officiers. Ils reconnurent leur faute : Jéhovah est juste! dirent-ils; et ils s'humiUèrent sous la main qui les châtiait. Touché de leur soumission et de leur repentir, Dieu fit entendre de nouveau sa voix au prophète Séméïas. Parce qu'ils ont reconnu leurs erreurs, dit-il, et qu'ils se sont inclinés devant moi, je ne les laisserai point exterminer : je leur prêterai quelque secours, et Sésac ne sera point chargé d'accomplir sur Jérusalem toute la rigueur de mes vengeances. Cependant ils deviendront ses tributaires, et ils connaîtront la différence de servir un maître tel que moi ou d'être les esclaves des monarchies de la terre. — Le Pharaon égyptien se contenta en effet d'exiger la soumission du roi de Juda. li entra en souverain dans Jérusalem, s'empara des trésors du Temple et des richesses du palais de Salomon. Au nombre des objets précieux qu'il emporta comme les trophées de sa victoire , se trouvèrent les boucliers d'or de Salomon. Pour lea remplacer, Roboam en fit fcire en airain un nombre égal. Il les remit aux officiers chargés de l'intendance des armures et aux gardes qui veillaient à la porte du palais. Lorsque Roboam se rendait au Temple, l'escorte qui le précédait portait ces bouchers; en rentrant dans la demeure royale, ils étaient remis à l'intendant des armures K » Ainsi l'expédition triomphale de Sésac ne fut pas sanglante ; mais elle coûtait à Jérusalem l'indépendance et le trésor national amassé sous les règnes de David et de Salomon.
20. Que vient faire à Jérusalem ce roi Sésac, inconnu de toute Monnment
. historique de
l'antiquité profane? demandaient les hauts critiques du siècle de la prise d« UIl Reg., cap. xiv, 25-28 r II Paralip., cap. su, 2-12.
pollion.
542 HISTOIRE DE l'Église. — v' époque (1001-586).
Jérusalem Voltaire. Où a-t-il rassemblé les Lybiens, les Troglodytes et lc9
par Sésac, n r. • o ./
fetrouvéet Ethiopiens, pour aller faire une promenade en Judée et châtier, à
iéchiiiré par . ,■,••■,,
M.ciiam- pomt nomme, le petit roi dune ou deux tribus Israélites qui venaient, selon leur coutume invétérée, d'oûenscr le Soigneur? — A l'époque où ces choses s'écrivaient, on leur trouvait une saveur, un goût, une supériorité qui charmaient les beaux esprits, et leur faisaient prendre en pitié la foi aveugle et surannée des admirateurs de la Bible. Aujourd'hui, si le philosophisme ne nous avait -légué d'autres souvenirs que l'orgueilleuse stupidité de pareilles critiques; si, malheureusement pour notre patrie, il n'y avait pas joint un héritage de ruines et de sang, nous bénirions la Providence d'avoir permis à tout un siècle d'accumuler assez d'erreurs dans l'histoire, les sciences, la philologie, etc., pour défrayer l'hilarité de tous les siècles à venir. Le nôtre en particulier n'est guère occupé qu'à enregistrer, par la main des archéologues, des historiens, des érudits de tout genre, une longue série de démentis au burlesque pédantisme du xviii* siècle. Voici ce que l'illustre Champollion écrivait au sujet du Sésac biblique. Sa lettre fut dictée au pied des monuments hiéroglyphiques de Thèbes, *a capitale du Pharaon '. a Le quatrième jour de mon arrivée, dit-il, je quittai » la rive gauche du Nil pour visiter la paHie orientale de Thèbes. » J'arrivai au palais, ou plutôt à la ville de monuments, à Karnac. » Là m'apparut toute la magnificence pharaonique, tout ce que les D hommes ont imaginé et exécuté de plus grand. Tout ce que j'a- )> vais admiré avec enthousiasme sur la rive gauche, me parut mi- B scrable en comparaison des conceptions gigantesques dont j'étais » entouré. Je me garderai bien de vouloir rien décrire, car, ou 9 mes expressions ne vaudi^aient que la millième partie de ce qu'on
* Chauipollion, septième lettre du Voyage d'Egypte, pag. 35. Cette découyerte n'est pas syaipalbique à .M. ^Muiik. 11 lui consacre uue note sarcasliqu^ où il la range « parmi les illusions de l'illustre interprète des hiéroglyphes, m (Palestine, pag. 304, note 2.) Mais, depuis la mort prématurée et à jaiuai regri'ttable de M. Clianipolliou, on a dessiné avec le plus grand scia le bas relief de Karnak, et on lit Lieu réellement sur le bouclier du roi vaincu de Jéi usaliui l'expression Jeoudah-Mclck, eu grands hiéroglypbes. La mauvaise bumcur du savaul Israélite moderne ne peut rien contre ce faiU
CHA'.\ II. — ROEO..:., ROI DE JUDA (962-946). 5-î3
» doit dire en parlant de pareils objels, ou bien, si j'en traçais une » faible esquisse même fort décolorée, on me prendrait pour un s enthousiaste, peut-être même pour un fou. Il sulïira d'ajouter JD qu'aucun peuple, ancien ni moderne, n'a conçu l'art de l'archi- » tecture sur une échelle aussi sublime, aussi large, aussi gran- » diose que le firent les vieux Egyptiens. Ils co-ncevaient en hom- » mes de cent pieds de haut ; et l'imagination qui, en Europe, » s'élance bien au-dessus de nos portiques, s'arrête et tombe im- » puissante aux pieds de la salle hypostyle de Rarnac. Dans ce pa- » lais merveilleux , j'ai contemplé les portraits de la plupart des » vieux Pharaons connus par leurs grandes actions ; et ce sont des n portraits véritables. Représentés cent fois dans les bas-reliefs des B murs intérieurs et extérieurs, chacun conserve une physionomie » propre, et qiti n'a aucun rapport avec celle de ses prédécesseurs B ou successeurs. Là, dans des tableaux colossals, d'une sculpture B véritablement grande et tout héroïque, plus parfaits qu'on ne » peut le croire en Europe, on voit i}7«/zc?ûwei combattant les peuples » ennemis de l'Egypte et rentrant en triomphateur dans sa patrie ; B plus loin les campagnes de Hamsès-Sésosùns ; ailleurs Sésonchis B traînant aux pieds de la Trinité thébaine (Ammon, Mouth et Rhous) » les chefs de plus de trente nations vaincues parmi lesquelles j'ai » retrouvé, comme cela devait être, et en toutes lettres, Joudaha- B melak, le roi des Juifs ou de Juda. C'est là un commentaire à B joindre au chapitre xiv* du IIP livre des Rois, qui raconte en effet » l'arrivée de Sésonchis à Jérusalem et ses succès. Ainsi, l'identité 8 que nous avons étabhe entre le Scheschonk égyptien , le Sésonchis B de INÎanélhon, et la Sésae ou le Scheschok de la Bible , est confir- B mée de la manière la plus satisfaisante. »
21. Le monument indiqué par le savant Français est « un vaste Portrait da
, . , Robo.ira suv
bas-relief où se détache le portrait du Pharaon vamqueur, dessme un bas-reiic
, du palais àr
SOUS une forme colossale, et tenant enchaînés, par des cordes ou Karnak. de nombreux liens, les divers rois soumis par lui dans ses expéditions lointaines, tous figurés à mi-corps, tandis que de vastes boucliers ou écussons crénelés sont placés au-devant d'eux et retracent écrits en hiéroglyphes phonéti(iues les noms des pays où régnaient
544 UISTOIRE DE L'ÉGLISE. — Y* ÉPOQUE (lOOi-586).
ces rois, ainsi que les titres de leurs dignités diverses. Leur nom' bre, de plus de trente, fait assez comprendre « l'innombrable mul- » titude de Lybiens, de Troglodytes et d'Ethiopiens*, » dont, au rapfdrt de la Bible, il était entouré quand il s'avançait contre Jérusalem. La figure du Jeoudak-Melelc, porte bien réellement le type juif le plus noble et le plus caractérisé, quoiqu'avec un regard orgueilleux et dur, on pourrait même dire ironique et méprisant. L'inscription phonétique de son vaste bouclier, traduite par M. Champollion, est surmontée de l'hiéroglyphe de pays monfueux , ici véritable symbole figurant les montagnes de Judée. Les traits de Roboam sont beaux et nobles, car il est le petit-fds de David, c'est-àdire de ce roi prophète que les Livres saints disent si remarquable par sa beauté. Son œil«t ses lèvres indiquent l'orgueil, la dureté qu'il reçut peut-être de sa mère Naama , Ammonite d'origine, et dont le texte sacré nous a fourni les preuves. Il avait, dit la Bible, quarante et un ans, quand il commença à régner * : ce fut cinq ans après que Sésac vint piller les richesses magnifiques du Temple de Salomon. Roboam était donc alors arrivé à l'âge de quarante-six ans, et sa figure esquissée avec soin à Thèbes, nous le montre en effet dans toute la force virile 3. » ^
Mort de 22, « Les autres actions de Roboam sont enregistrées avec soin,
deTudr' dit l'Ecriture, depuis la première jusqu'à la dernière, dans les Li vres de Séméïas le prophète et dans ceux d'Addo, le Voyant*. » Mais, ainsi que nous en avons déjà fait la remarque au chapitre précédent, ces livres ne nous ont pas été conservés : dès l'époque de Josèphe, ils avaient depuis longtemps disparu, car cet historien ne cite, eu dehors des faits bibliques, aucune tradition relative au règne de Roboam, si ce n'est peut-être l'explication qu'il ajoute au récit du stratagème dont le prophète inconnu fut victime à Bétheig et que nous avons rapportée. « L'hostilité entre les royaumes de Juda et d'Israël subsista pendant les jours de Roboam. Son règne
1 IJ Paralip., cap. xii, 3. — ^ 111 Reg., cap. xiv, 21. — » Annales de philoso» phie chrétienne, publiées par M. Bonnetty, tom. VII, pag. 15i; barou Heunon, \.ours complet d'histoire ecclésiastique , toiu. Vj pafr, 207-209. — * II Paralip,, Cdp. xii, 15.
fut de dix-sept ans, après lesquels il s'endormit avec ses pères, et fut enseveli dans leur tombeau, dans la cité de David. On eut trop à se souvenir pendant sa vie qu'il avait eu pour mèreNaamarAmuionite *. » Son fils Abius, selon le vœu paleinel, lui succéda sur lo trône de Jérusalem. La race de David , selon la promesse du Seigneur, se perpétua ainsi sans interruption dans l'histoire juive, jusqu'à l'époque de la captivité de Babylone. Nous en suivrons tous les anneaux, en y rattachant, dans l'ordre chronologique, lo nom des rois d'origine et de légitimité diverses qui se succédèrent sur le trône de Jéroboam. Ce système nous laisse l'espoir d'établir quelque ordre et quelque clarté dans l'iiistoire de cette péi'iodc. Jusqu'ici les écrivains qui nous ont précédé y avaient peu réussi, et le lecteur ne parvient pas sans peine à démêler, dans leur récit, la ti'ame des événements, au milieu de la confusion produite par la simultanéité des deux royaumes, et quelquefois portée au comble par une identité parallélique dans le nom des deux rois rivaux.
§ m. Abias, roi de Jnda (946-944). Jcrobonm, roi d'Israël (962-043)c
23. Abins, descendant de David par la double ligne paternelle et ax'
maternelle, puisqu'il avait pour mère Maaclia, la petite-fille d'Ab- de'
salom, n'éprouva point, à son avènement au trône de Juda, les d?';
diilicultés qu'avait rencontrées son pèro Roboani. 11 profita de la .'^
faveur populaire qui saluait son nouveau règne, pour organiser
une expédition formidable contre Jéroboam, qui, depuis dix-Luit
ans, iL-unissait les tribus séparées sous sa domination. Les préparatifs de guerre qui se faisaient à Jérusalem ne pouvaient échapper à la connaissance de Jéroboam, et il rassembla de son côté une armée deux fois plus nombreuse que celle d'Ablas *. Le jeune roi
• III Reg., cap. xiv, £9 ad ullira.
* Le texte hébreu, le! que nous l'avons maintenant, et la traJnclion cîe la Vulgate, porient à f|uatre cent mille hommes l'aimée d'Abias, et à huit cent mille celle de Jéroboam. Ceiiemlant deux anciens manuscrits de la Bible de ■8. J(îrôine, reproduits pour \° nremière fois dans l'éditiou de Venise, 1478,
546 uisTOiRE DE l'Église. — v* époque (lOOi-586).
de Juda vint camper sur la colline de Séméron, au nord des montagnes dLphiaïm, dominant la vallée de Samarie, où les troupes de Jéroboam avaient pris position. Abias comptait réveiller dans le cœur des Israélites infidèles les sentiments traditionnels d'amour pour Jéhovah et d'attachement à la loi mosaïque , violemment refoulés par la tyrannie de son rival. A la manière des guerriers antiques, il voulut, dans une proclamation solennelle, s'adresser aut guerriers qu'il venait combattre. «Ecoutez, Jéroboam, et vous, peuple d'Israël, dit-il. Ne vous souvient-il plus que Jébovah, notre Dieu, a donné à David et à sa postérité jusqu'à la consommation des siècles le trône d'Israël? Ignorez-vous que ce pacte a été ratifié par la consécration du sel? Cependant Jéroboam, le fils de Nabath, le serviteur de Salomon, fils de David, se révolta contre le rci son maître. Une foule égarée, véritable race de Déliai, s'était jointe à lui; elle prévalut contre Roboam, fils de Salomon. Or, Roboam était alors sans expérience et sans énergie, il ne sut point résister à ces factieux. Maintenant donc, vous dites que vous serez assez puissants pour lutter contre le royaume de Jéhovah, possédé par la race de David. Vous comptez sur le nombre de vos adhérents, sur la protection des veaux d'or érigés par Jéroboam comme vos divinités tutélaires. C'est pourquoi vous avez chassé les prêtres de Jéhovah, les fils d'Aaron et de Lévi, et vous vous êtes constitué un sacerdoce profane comme en ont les nations de la terre. Quiconque se présente à vos autels et plonge sa main novice dans la gorge ensanglantée d'un taureau, ou réussit à immoler sept béliers, celui-là est élevé au rang des prêtres, il sert des idoles qui ne sont pas des dieux. Pour nous, nous n'avons d'autre Dieu que Jéhovah \e Seigneur. Nous n'abandonnons point son culte. Les prêtres qi/
et plus tard dans celles de Nuremberg, 1521 ; de Froben, à BMe, 1538; de Robert Etienne, à Paris, 1546, portent pour l'année d'Abias quarante mille hommes, et pour celle de Jéroboam quatre-vingt mille. Il serait inutile d'entrer ici dans la discussion que l'incrédulilé moderne avait eoulevée à pro[ios de chiffres. Nous avons déjà eu l'oceasion de dire combien il était facile aux copisles les plus diligents de laisser échapper des erreurs de ca genre dans leurs manuscrits, avec le système des lettres numérales usité chei les Hébreux, comme pV'" ^rd ahes les Grecs et les Romaios.
servent dans le Temple de Jérusalem soiit les fils d'Aaron, les descendants de Lévi, selon l'ordre hiérarchique fixé par Moïse. Chaque jour, matin et soir, ils offrent à Jéhovah des holocaustes; ils brûlent sur l'Autel des parfums l'encens préparé d'après les prescriptions de la loi ; ils déposent sur la Table de proposition les pains sacrés. C'est chez nous qu'est le chandelier d'or avec ses sept lampes, dont l'huile est renouvelée chaque soir, et qui brûlent constamment devant l'Eternel. Nous avons conservé toutes les cérémonies du culte du Seigneur, pendant que vous les avez abandonnées. Au sein de notre armée, c'est Jéhovah qui est le général; . ce sont ses prêtres qui sonnent de la trompette et ce signal retentit en ce moment contre vous. Enfants d'Israël, gardez-vous de combattre Jéhovah, le Dieu de vos pères; ce serait poisr vous le plus grand des crimes et le plus affreux des malheurs •. » 24. La proclamation d'Abias est un des plus beaux monuments le ratio-
•^ nalisme m»»
de la foi judaïque aux institutions de Moïse. Elle renverse de fond dcmeetia
" ^ prochmati«B
eu comble la théorie des modernes exégètes, au sujet de « la pré- d'Abias. » tendue éclipse que la gloire du grand législateur subit en Israël, » et laisse à M. Renan tout le mérite de s'être approprié en France la rêverie allemande d'Ewald, qui s'était imaginé « que le nom de » Moïse fut presque inconnu sous les Juges et durant les premiers 1) rois; que le vieux fondateur ne sortit de son tombeau, avec 0 l'éclat extraordinaire qui entoure son front, qu'un ou deux ); siècles avant la chute iu r"»yaume de Juda^. » On nous pardonnera d'insister encore sur cette erreur tant de fois déjà réfutée. Mais quand la négation gratuite se répète avec tant de persévérance par mille échos serviles, nous estimons que l'alHrmalion appuyée sur les textes doit être maintenue avec la môme énergie, au risque de paraître quelquefois importune aux lecteurs sincères et depuis longtemps convaincus. Donc, sous le règne d'Abias, le quatrième roi de Juda, la foi mosaïque s'exprime avec les mêmes détails et le même langage que dans les livres duLévitique et du Deutéronome.
* II Paralip., cap. xni, 1-12. — « E. Renan, Etudes d'hist, relig., pag. 92-94» Voir tom. I de cette Histoire, pag. 602 et suiventea.
Elle reproduit la tradition du Temple de Salomon, second roi de Juda, qui lui-même av;\it suivi les prescriptions de David, premier roi de celte tribu. Les psaumes de David ne sont que le poétique commentaire du Pentateuque; Samuel, le prophète qui sacra Saûl et David, n'avait toute sa vie répété qu'an seul enseignement, celui de Moïse ; nous avons fait la même remarque à propos de Josué' et des autres Juges. Faut-il encore le redire? Il n'est pas .une page des Livres sacrés depuis Josué jusqu'aux Macliabées qui soit inteliigiijle, si vous supprimez la loi de Moïse. Cette conclusion générale, et l'viuthenticité de la proclamation d'Aiàas en particulier, sont également désagréables aux rationalistes modernes. On ne voit pas, de gai té de cœur, tomber à plat une thèse aussi laborieusement échafaudée, et qui promettait de débarrasser le genre humain d'une foi religieuse fort gênante. Mais il est, avec la vérité historique, des accommodements. M. Mnnk nous en offre ici un ingénieux exemple. Sans prendre la peine de reproduire dans son ouvrage la proclamation royale, ce qui est déjà d'une rare babilcté, il songe à dissiper les scrupules qui pourraient surgir à l'esprit de quelques lecteurs assez consciencieax pour contrôler sur le texte biblique lui-même la véracité de son résumé plus ou moins philosophique. Cette seconde partie de sa tâche ne lui coûte pasunplus grand effort d'esprit que le parti pris du silence n'en avait demandé i\ sa plume. « Le discours plein de zèle pour le culte de Jéhovah » que le roi d'Israël, dit-il, aurait adressé h l'armée de Jéroboam, I) parait être démenti par la relation plus ancienne du I" livre' dci i> i'ois (w, 3), qui dit qu'Abiam imita tous les péchés de sou père, » c;t que son cœur n'Hait pas entier avec Jc/iovah son Dieu *. » Et ;;piès avoir lancé en fuyant cette petite phrase incidente, qu'un lecteur superficiel ne songerait pas môme à remarquer, le savant Iiistorien continue à glisser d'un pas agile sur la période hisloii<iue qu'il décrit. Nous n'avons pas assez de science pour ovoir le droit
' i.c premier livic il< s Rois, cite iri d'aj^ri-s l'iiébren par M. Munie, est le III' lif la Viilgatc. lis (lci;x îireniiors livres désignés dans nos Bibles latines »iOU8 le nfiiii des Rois, sont intitules dans les Bibles hébraïques : Saniuei,
* S. Munk, VulesiiAe, pog. 30i.
CIIAP. II. — ADIAS, ROI DE JUI>A (94G-94i). 5 iO
d'admirer nue pareille légèreté. Le livre des Paralipomônes, c'oslà-dire celui où l'on a enregistré divers traits historiques omi" par les livres dits des Rois, est le seul qui renferme le récit de la bataille de Séméron entre Abias et Jéroboam; il est donc le seul qui nous donne le texte de la proclamation du roi de Juda. Le livre des Rois n'en dit pas un mot, et résume en huit versets toute l'histoire d'Abias. Ainsi le silence du livre des Rois n'infirmerait en rien la vérité du livre des Paralipomènes, puisque les Paralipomènes n'ont été composés, comme leur nom l'indique, que pour suppléer au laconisme et aux omissions du livre des Rois. L;i plupart du temps, on ne trouve point dans l'un les récits de l'autre et réciproquement. Voilà ce que savent tous les lecteurs sérieux de la Bible ; et cette considération générale peut faire pressentir la valeur réelle de la réflexion glissée dans son récit par M. Munk. Mais ce n'est là qu'une question préliminaire, a Le discours d'Abiam, dit le savant auteur, » paraît démenti » par l'assertion du livre des Rois qui nous parle de l'infidélité de ce même roi. Nous allons sans doute surprendre beaucoup M. Munk en lui disant que les prévaiications d'Abias, /)ostérieares à la bataille de Séméron et se rapportant à la dernière période da règne de ce prince, sont formellement rappelées parle livre des Paralipomènes lui-même, en termes qui n'admettent pas d'équivoques. Voici en effet ce que le savant Israélite y pourra lire aussi bien que nous-inême : « Maaclia, l'épouse d'Abias, avait été » établie prêtresse du culte infâme des Sidoniens. A son avènement » au trône, son tiis Asa ne soulfrit pas davantage une pareille abo- » mination ; il relira à sa mère toute autorité , détruisit les bois » sacrés où se célébraient ces impurs mystères, fit mettre en pièces » l'ignominieuse idole et en jeta les cendres dans le torrent du Cé- D dron'.»Où est, en présence d'un texte si précis, la contradiction imaginée par M. Munk entre le récit du livre des Rois et celui du livre des Paralipomènes? Tous deux s'accordent à reconnaître que, dans la dernière année de son règne, Abias abandonna la sagesse dont il avait donné des preuves éclatantes*, et le culte de Jéhovah
* Il Paralip., cap. xv, 16. — * II Pamhp-j cap. xiv, 2.
550 nrîrroiRE de l'église. — v* époque (100Î-5SG).
qu'il avait d'abord si pieusement observé. Salomon, lorsqu'il offrait dans sa vieillesse un encens sacrilège aux ^ulcls d'Astiirté, n'eu avait pas moins bâti le Temple de Jérusalem aux beaux jours de sa gloire. Que resie-t-il donc de l'insidieuse remarque de M. Munkî Le a discours plein de zèle pour le culte de Jéhovali que le roi ck 9 Juda aurait adressé à l'armée de Jéroboam, paraît-il démenti a par une contradiction qui n'existe pas? Et quant au prétendu défaut d'antiquité du livre des Paralipomènes, nous avouons que cette antiquité nous semble plus attestée par les monuments de Karnac * qu'elle n'est ébranlée par les ingénieuses critiques de M. Munk.
Vi,«vire 25. 6 Pendant qu'Abias faisait entendre aux guerriers d'Israël
,éion contre réuuis autouF de lui cette admirable proclamation, Jéroboam, resté
Jéroboam.
en arrière avec le gros de son armée, crut l'instant favorable pour faire réussir un stratagème de guerre. Il fit faire un détour aux troupes dont il disposait pour cerner le roi de Juda. Déjà cette manœuvre était en voie d'exécution et le camp d'Abias allait être enveloppé de toutes parts, lorsque les guerriers de Juda s'en aperçurent. Ils poussèrent un cri suppliant vers Jébovah le Seigneur, et les prêtres firent retentir le son des trompettes sacrées. Une clameur unanime répondit à ce signal de guerre dans tout le camp de Juda. Dieu jeta l'épouvante dans le cœur de Jéroboam et de son armée. Les fils d'Israël s'enfuirent et le Seigneur les livra aux mains d'Abias qui les poursuivit et en fit un grand carnage. Co fut ainsi que Jéhovah humilia les enfants d'Israël et fortifia la pi:;sv
' Le récit de la conquête de Jérusalem par Sésac, dont nous avons parlé plus haut, est cousigué dans le livre des Paralipoujèues. « Volney, dit à ce » propos M. Hemion, voulait que le Peulateuque uiêiue fût uiuderne, et réu digé sen'smeat après la captivité de Babyloue, et voici des monuments » égyptiens bien aulérieurs à cette captivité, qui confirment l'Ecriture sainte • d'une manière admirable. Quel démenti donne à Volney cette médaille de » la Bible retrouvée à Tlièbes,par CbamiioUion le jeune! » I^Cours complet d'histoire ecclésiastique, pag. 210.) Une preuve d'un autre geure, mais tout aussi incontestabbî, de rauti(|uité des Paralipomènes, se trouve dans la meatiou qui est faite à chaque p;ige des livres de Séméias et de ceux d'Addo le Voyant, etc. Ces livres furent perdus à l'époque de la captivité, donc les Paralipomènes qui les citent, sont antériiiur.'i à cette captivité elle-même.
CHAP. ir. — ABIAS, ROI DE JDDA (946-944).. 551
sance des fils de Juda, pour récompenser la foi de ces derniers au Dieu de leurs pères. Cette victoire valut à Abias la prise de Bethel et de tout son territoire, de Jesana et d'Ephron avec toutes leurs dépendauces*. »
2G. Inauguré sous de si brillants auspices, le règne du fils de infidélité et
. . moit d'Abias
uoboam semblait devoir justiner toutes les espérances qu il faisait (o»). Mon
, de Jéroboam,
naître. Malheureusement le cœur d'Abias ne résista pas aux seduc- roi d israô lions de la prospérité, a Après avoir ainsi consolidé son trône par une éclatante victoire, il ne songea plus qu'aux satisfactions vulgaires des plus honteuses passions; il augmente le nombre de ses épouses de quatorze nouvelles, et en eut vingt-deux fils et seize filles. Ce fut alors qu'il se précipita dans les égarements qui avaient signalé le règne de son père. Son cœur ne fut point parfait devant Jéhovah le Seigneur, comme l'avait été celui de David son illustre ancêtre. Cependant, en mémoire de David, qui avait fait le bien sous les yeux de l'Eternel sans s'écarter des préceptes divins, excepté dans l'unique circonstance relative à Urie l'Héthéen, le Seigneur ne voulut point éteindre la lampe de ce grand roi dans Jérusalem. Il frappa Abias; ce prince mourut après trois ans de règne, et reçut la sépulture dans la cité de David, au tombeau de ses pères. Mais Dieu lui suscita un fils qui répara les désordres du règne paternel et fortifia, par sa justice et sa piété, la puissance de Jérusalem. Or le détail des autres actions d'Abias a été retracé dans le livre d'Addo le Voyant *. » Jéroboam, le roi impie d'Israël, survécut une année .seulement à Abias son vainqueur. Il mourut à Thersa, capitale du nouveau royaume, et son fils Nadab lui succéda ^. Les terribles menaces du prophète Ahio devaient se réaliser en la personne de ce prince, et nous leô verrons bientôt accomplies dans touffe leur rigueur.
» II Paraîip,, cap. xui, 13-19. —« III Reg., cap. xv, 3-7; II Faralip., cap. XIIZ, 20 ad ulVtû — « III Reg., cap. xv, 23.