‹ Histoire de l'église depuis la creationChapitre 68 sur 84 · II · texte numérisé non relu

II

donne aux petits des oiseaux leur pûture, le touchant privilège d'envoyer à une pauvre veuve sldonienne la récompense de sa foi, et de nourrir miraculeusement son indigence. Leur Dieu, sils en ont un, est un Dieu qui règne et ne gouverne pas : pendant que les sociétés humaines se débarrassent les unes après les autres des fantômes de rois constitutionnels, créés, comme on le disait naïvement, par une fiction gouvernementale, ils voudraient établir au ciel un système qui se trouve insuffisant, même sur la terre. Mais si Elle ne fut pas nourri miraculeusement au désert durant six mois, s'il ne multiplia pas les provisions de la veuve de Sarepta pendant trois ans, s'il n'accomplit aucun des prodiges que nous lui verrons opérer encore, par quel prodige, mille fois plus surprenant que tous les siens, réussit-il à faire trembler Achab sur son trône , à conquérir le respect de ce roi impie qui ne respectait personne, et à renverser les autels des faux dieux que la corruption du peuple rendait si chers aux fils dégénérés d'Israël? Elie eut-il jamais un soldat sous ses ordres, une épée ou un poignard à son service, une émeute populaire soulevée au souffle de sa parole? Non. Il a laissé aux « démagogues » réels ces moyens^ qui ne ressemblent en rien au miracle , et si M. Munk trouve que a l'enveloppe des » traditions mythiques» dont le souvenir d'Elie est entouré, soit trop obscure pour ses yeux, il doit renoncer même à la réalité du personnage d'Elie, car « les documents historiques » qui affirment cette dernière et qu'il vont bien régarder comme « suffisants, » sont les mêmes qui affirment les prodiges, et que M. Munk juge « in- » suffisants. »

BéforrectioD 50. « ÛT, le fils de la veuve de Sarepta fat saisi d'une maladie vio-

dn fils '■

*• la veuve. Icntc ; il fut bientôt réduit à la mort et sa respiration avait cessé.

Dans sa douleur, la mère infortunée prit l'enfant dans ses bras, et

le présentant à EHe : Qu'y a-t-il entre vous et moi, homme de Dieu'i

dit-elle. N'avez-vous franchi le seuil de ma maison que pour faire

revivie devant le Seigneur le souvenir de mes iniquités, et attirer

sur moi la colère du Ciel qui m'enlève mon fils? — Donnez-moi ce^

enfant, dit le prophète. — Et le recevant des bras maternels il le

prit dans les siens, le porta dans l'appartcmeut qu'il occupait à l'é-

CHAP. 11. — JOSAPHAT, ROI DE JUDA (904-88i:). 579

tage supérieur, et le déposa sur son lit. Jëhovah, mon Dieu, s'ëcria-t-il, avez-vous donc résolu de faire le désespoir de cette pauvre veuve qui consent à me nourrir, et lui enlèverez-vous soai fils? — Puis, s'étendant à trois reprises différentes sur le corps inanimé, il dit : Seigneur, mon Dieu, faites, je vous en prie, que l'âme de cet enfant revienne habiter sa demeure mortelle ! — Jébovah exauça la prière d'Elie, l'âme reprit possession du corps et l'enfant fut ressuscité. Elie le piit dans ses bras, descendit avec lui à l'étage inférieur, et le rendit à sa mère, en disant : Voici votre fils; il est plein de vie. — Ah! s'écria la veuve, plus que jamais je vois que vous êtes un homme de Dieu ! Toutes les paroles que Jéhovali met sur vos lèvres sont la vérité *. » Les rationalistes ne veulent pas non plus d'un Dieu qui puisse ressusciter les morts; mais qu ils essaient de faire goûter leur désolante doctrine au cœur des mères.

51. Il y avait trois ans qu'Elie vivait sous le toil hospitalier de la La famine à

. , la cour

veuve de Sarepta ; la sécheresse et la famme n'avaient pomt cesse d'Achab. leurs ravages, n La voix da Seigneur se fit entendre au prophète : Va, dil-elle, présente-toi devant Acbab, afin que je fasse de nouveau tomber la pluie sur la terre. — Elie se mit aussitôt en chemin pour accomplir cette mission. Cependant la famine était extrême à Samarie, la cour du roi d'Israël n'avait pas été à l'abri de ses cruelles atteintes. Achab avait un jour fait appeler Abdias, l'intendant du palais. Cette ville ne saurait plus suffire à nous pourvoir de vivres, avait dit le roi. Séparons-nous, parcourons tout le royaume en longeant les cours d'eau dans les vallées pour y trouver des aliments pour nous, et du fourrage pour les chevaux et les yiules , qui mourraient tous ici. — Ils se partagèrent ainsi le territoire. Abdias, suivi d'une moitié des cavaliers du roi, prit un chemin; Achab, avec le reste de ses troupes, s'éloigna dans une autre direction, laissant la capitale en proie à toutes les horreurs de la (

faim -. » Quoi que puissent dire les ralionrrlistes, ce récit porte en lui-même son cachet d'authenticité. L'égoïste tactique d'Achab, cherchant à échapper au fléau de la faim , est tellement empreinte

* 111 Eeg., cay. xvii, 17 ad ultim. — * III Reg., cap. xvili, 1-6.

de la couleur locale et des mœurs d'une civilisation antique, qu'on peut ailirraer qu'elle n'a pas été imaginée après coup. Elle 52. « Or, Abdias avait la crainte du Seigneur. A l'époque où Jéza-

j'inien.i.mt bcl avait laucé un edit de proscription contre les prophètes de

du p.ilaii . , ., 1 • ,

d'A.Hiab. Jchovali, il avait réussi, au péril de sa vie, a soustraire cent d entre eux à la fureur de cette reine idolâtre. Il les avait fait cacher dans les grottes des montagnes, et avait pris soin de les approvisionner d'eau et de pain dans leurs retraites '. Elie se présenta inopinément sur le chemin que suivait Abdias. A la vue de l'homme de Dieu, rintendant d'Achab se prosterna à la manière orientale. Estce bien vous, dit-il, Elie, mon seigneur? — Oui, répondit le Prophète. Va dire au roi d'Israël qu'Elie vient le voir. — Quoi donc! s'écria Abias; quel crime ai-je commis pour que vous me veuilliez exposer à une mort certaine, en me chargeant d'uue telle mission près d'Achab? Vive Jéhovah votre Dieu! Il n'y a pas une peuplade, pas un royaume où Achab n'ait envoyé des serviteurs pour se saisir de votre personne. On lui répondait de toutes parts qu'on ignorait le lieu de votre retraite, alors il a conjuré les rois ses voisins de faire tons leurs ettorts pour vous découvrir; et vous voulez aujourd'hui que j'aille lui dire : Elie est ici! Cependant, quand je me serai mis en marche, l'Esprit du Seigneur vous transportera dans quelque retraite inconnue, et quand j'aurai annoncé votre visite à Achab, on ne vous trouvera plus, et le roi me fera mettre à mort. J'ai servi le Seigneur dès mon enfance; ne vous at-on point dit comment j'ai sauvé la vie de cent prophètes, à l'époque où Jézabel les immolait à ses fureurs? Comment donc me voulez-vous charger de cette dangereuse mission? — Vive Jéhovah, le Dieu des armées, sous les regards duquel je suis en ce momenti dit Elie, aujourd'hui même je paraîtrai devant Achab. — Ce serment dissipa les terreurs d'Abdias. Il consentit à infvruier le roi d'Israël, et celui-ci s'empressa de venir à la rencontre du Prophète *. »

53. a Achab, en abordant le serviteur de Dieu, lui dit : Te voilà

* 111 Rc^., cap. xvin, 3, 4. — « III lieg., cap l'^iu, 7-16.

donc enfin, toi qui troubles depuis si longtemps le repos d'Israël, i V'^^abei — Je ne trouble point le repos d'Isiaël, répondit Elie; c'est vousmême qui le troublez; c'est la maison de votre père qui y a jeté le désordre, en abandonnant Jébovah le Seigneur pour l'idole de Baal. Maintenant, ô roi, rassemblez tous les prophètes de Baal, et tous ceux que Jézabel admet à ses festins et charge du culte d'Astarté, dans les bois consacrés à ce ministère impie. Convoquez avec eux tout votre peuple sur la montagne du Carmel. Là, Jéhovah manifestera sa puissance, et vous accordera la pluie après laquelle vous soupirez. — Achab se hâta de convoquer tous les enfants d'Israël, et de réunir les prophètes des idoles sur la montagne du Carmel •. » Un vieillard, seul, sans armes, sans défenseurs, se présente sur un grand chemin à un roi, son ennemi, et lui tient le langage le plus sévère. Le roi est entouré de ses cavaliers et de ses gardes; d'un mot, il peut faire tomber la tête de l'audacieux qui le brave; ce roi est Achab, et une telle cruauté lui était familière. Cependant Achab ne songe même pas à user d'une telle violence. Dans son empressement à revoir Elie, il se porte de sa personne à sa rencontre; il entend, sans récriminer, les justes reproches que lui adresse le Prophète; il se hâte d'accéder au désir qui lui est manifesté , et donne immédiatement des ordres pour L Convocation d'une assemblée nationale sur le mont Carmel. Dans l'hypothèse rationaliste qui regarde Elie comme « un démagogue», ou du moins comme un « fanatique exalté, préparant une révolution, » tous ces faits sont inexplicables. Si Achab n'avait point été persuadé qu'Elie tenait dans sa main la clef du ciel, que seul il pouvait rendre l'abondance et la fertilité aux campagnes desséchées, Achab aurait fait tuer Elie sur le chemin, et il aurait abandonné son cadavre aux oiseaux de proie de la solitude. Or, pour que cette conviction eût saisi l'esprit d'un tel prince, il fallait bien qu'Elie eût fait des miracles. Achab respecte Elie comme le Pharaon égyptien avait rebpecté Moïse. Le récit biblique coaaerve à travers les siècles et sa majestueuse unité et son inflexible logique. Le pau&>

* III Reg., cap. xviii^ 17-20.

582 niSTOIRE DE l'église. — V* ÉPOQUE (l00J-o86).

nalisme est impuissant à en détruire une ligne : les témoignages Ju Seigneur se justifient en eux-mêmes. C'est là leur divin caractère, et si l'on s'étonnait qu'une si intime évidence, qu'une clarté toujours plus vive à mesure qu'on la considère plus attentivement, trouve pourtant et trouvera jusqu'à la Rn des siècles des yeux qui se refuseront à sa lumière, on oublierait la plus magnifique prérogative dont le grand Dieu qui a créé et qui gouverne l'homme, a .voulu investir celte noble créature, la liberté qu'il a laissée à son intelligence et à son cœur, lui ménageant assez de lumière s'il est de bonne foi, et assez d'ombres s'il veut se tromper lui-même. L'assemhiée 54. L'assembléc nationale du mont Carmel fut une des réunions *V?In"r les plus émouvantes de l'histoire juive. Les deux cultes se trouvètagni'du car. reut en présence. Tous les prêtres de Baal, d'Astarté et des Veaux "d'E^Irru" d'or de Jéroboam avaient accepté le défi qui leur était jeté. Elle '*'"P''* seul représentait le culte de Jéhovah, la foi au Dieu unique de la loi de Moïse. Le peuple entourait le trône d'Acbab; il attendait avec l'anxiété la plus vive le dénouement de cet acte solennel. Aux angoisses du sentiment religieux, si énergiquement excité par le fait même, la foule émue joignait les cruelles préoccupations qu'une famine, d'une durée inouïe depuis le temps de Joseph, entretenait depuis plus de trois ans. Tout Israël savait que le ciel, fermé à la voix d'Elie, ne devait se rouvrir que quand le Prophète en aurait donné l'ordre. On conçoit dès lors l'agitation des esprits, remués par tant d'émotions, tenus en éveil par la gravité de la circonstance et le conllit de tant d'intérêts opposés. Le mont Carmel, désigné pour le rendez-vous national, répondait par sa situation à tous les besoins d'une telle agglomération, dans des conjectures aussi exceptionnelles. Sa pointe septentrionale, baignée par la mer, formait le promontoire de la tribu de Zabulon K A ses pieds,

» m Le Carmel, dit M. de Saulcy, est une cliaîne qui s'étend depuis la Mé-

• diterranée jusqu'aux montagnes centrales de la Judée, qui n'en sont que

• le prolongement. Sa pointe septentrionale est baignée par la mer. C'est là » que se trouve le couvent du Carmel, bâti sur la grotte du prophète Elie. » Le Carmel est couvert de verdure; malheureusement les Arabes ne laissent » pas venir les arbres. Ils les dévastent cûuiitamiqent, et ils coupent sans

HOfS SE JUDA (904-882). 583

le Cison, descendant des sommets du Th&bor, conservait une fraîcheur inconnue alors au reste du territoire d'Israël. Le littoral de la Méditerranée, plus facile à approvisionner de l'extérieur, grâce au commerce des vaisseaux phéniciens, souffrait moins de la disette que le centre de la Palestine. L'apparition d'Elie fit une profonde impression sur la multitude. « Jusques à quand, dit-il au peuple, Inclinerez-vous, comme un boiteux, tantôt h droite, tantôt à gauche? Si Jéhovah est Dieu, rendez-lui vos hommages; si au contraire Baal est le vrai Dieu, servez Baal. — La foule entendit cette véhémente apostrophe, et nulle voix ne s'éleva pour répondre au Prophète. Il reprit donc : Je suis resté seul de tous les prophètes de Jéhovah. Ceux de Baal sont tous ici; comptez-les, ils sont quatre cent cinquante. Eh bien! qu'on amène deux taureaux pour le sacrifice; ils en prendront im, l'immoleront en l'honneur de Baal, leur dieu, le couperont par morceaux, et le disposeront suivant leurs rites sur le bûcher de l'autel. Je ferai de même, j'immolerai l'autre victime en l'honneur de Jéhovah, je la couperai en mor- <;eaux et la disposerai sur le bûcher de l'autel du Seigneur. Mais ni les prêtres de Baal ni moi ne mettrons le feu au bois de l'holocauste. Ils invoqueront le nom de leurs divinités, et moi j'implorerai le nom de Jéhovah. Le Dieu qui exaucera la prière de ses serviteurs et enverra le feu du ciel sur la victime, sera votre Dieu. — '• Tout le peuple applaudit à ces paroles. La proposition d'Elie est juste, s'écriait-on de toutes parts, qu'on l'exécute sous nos j'^eux ' ! »

55. Les deux victimes furent amenées. Les prêtres de Baal choi- Les dem

sacrifices sui

sirent celle qui leur convenait. « Vous êtes les plus nombreux, !« carœei.

^ ^ Le f.iu du

leur dit Elie, vous avez le droit de choisir. Préparez donc les pre- CiaU miers votre holocauste, mais ne mettez point le feu au bûcher. — Les ministres idolâtres accomplirent toutes les cérémonies du sacrifice, ils partagèrent la victime et en disposèrent les membres

» pitié les tiges d'arbre, n'auraient-elle qu'un an. Cette montagne, quand on » la voit de iXazareth et de la plaine d'Esdrelon, offre un beau rideau le * verdure à l'occident. Il y avait autrefois une vigne sur le Carmel. Les » Pères du Carmel ont un enclos qu'ils cultivent. » {Dict. des antiq, bibl,, pag. 443-445.) — » III Reg., cap. xvni, 21-25.

sanglants sur leur autel. Ils invoquèrent ensuite à^grands cris le nom de leur idole : Baal, exauce nos prières! s'écriaient-ils. — Leurs clameurs se renouvelèrent ainsi jusqu'à midi, mais aucune voix ne leur répondait du haut du ciel. Ils formaient autoiw de l'iiutel des chœurs de danse, suivant leurs rites, et redoublaient leurs supplications. Quand le soleil, arrivé au milieu de sa course, marqua l'heure de midi, heure solennelle où Baal, le dieu de la lumière, devait manifester sa puissance, Elie, d'un ton ironique, leur dit : Elevez davantage la voix! Sans doute Baal est dieu, mais peut-être il se livre en ce moment à une conversation intéressante: peut-être est-il parti pour quelque voyage, ou bien il dort dans une hôtellerie. Criez plus fort, vous le réveillerez! — Les malheureux redoublaient en effet leurs clameurs; ils se déchiraient le corps avec les couteaux sacrés, et le sang inondait leurs membres. Mais tout fut inutile. Le peuple groupé autour d'eux attendit en vain l'heure de Baal; nulle voix ne retentit du haut des cieux, l'étincelle de la flamme divine n'embrasa point le bùQ>er; aucun dieu ne répondait à tant de prières. Cependant l'instant où l'on a coutume d'offrir au Temple de Jérusalem le sacrifice du soù" approchait. Il allait être trois heures. Elie dit au peuple : Venez avec moi. — La foule le suivit. Douze pierres représentant les douze tribus de Jacub furent érigées par le Prophète, comme l'autel de Jéhovah. Le peuple l'aida à creuser autour de ce monument improvisé un petit fossé circulaire. Elie plaça le bois destiné à l'holocauste, puis, immolant la victime au nom de Jéhovah, il la coupa par morceaux et la disposa sur le bûcher. Il dit ensuite : Allez remplir quatre grandes urnes de l'eau du torrent, vous les répandrez sur le sacrifice. — On obéit; la victime et le bois furent inondés par cette libation. — Retournez au torrent, dit Elie, et revenez faire de même. — On obéit encore. Une troisième fois cet ordre fut renouvelé, et, quand on l'eut exécuté, l'eau avait rempli le fossé circulaire ménagé au pied de l'autel, qui ruisselait lui-même de toutes parts. Alors Elie s'approchant de l'auttl, fit à haute voix cette prière : Jéhovah, Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, montrez aujourd'hui qui vous êtes, prouvez que je suis votre serviteur

CHAP. ir. — JOSAPHAT, ROI DE JUDA (904-882). 585

et que je n'ai fait en tout ceci que suivre vos ordres. Exaucez-moi, Seigiieur, exaucez ma prière. Que cette foule immense apprenne que vous êtes son Dieu, et que vous daignez encore accueillir la conversion de son cœur! — Eii ce moment le feu du ciel descendit sur l'holocauste, consuma la victime, le bois et les pierres mêmes de l'autel; il ne resta bientôt plus qu'un monceau de cendres, et l'eau qui remplissait auparavant le réservoir, fut desséchée jusqu'à la dernière goutte. Toute la multitude, à la vue de ce prodige, tomba la face prosternée dans la poussière, en criant ; Jéhovah est Dieu! Le seul Dieu est Jléhovah *! » — L'indignation populaire éclata contre les prêtres de Baal. Tous les bras s'armèrent pour exécuter contre eux la sentence de la loi mosaïque. « Qu'on les immole aux bords du Cison, dit Ehe, et qu'il n'en reste plus un seul pour souiller de sa présence le territoire des enfants d'Israël; et il fut fait ainsi ^. »

56. Les rationalistes expliqueront, s'ils le peuvent, par des Lesprôtre» moyens naturels, cette conversion d'un peuple entier. Pour nous, a mo. t par cette réaction soudaine, instantanée, complète, est un miracle mo- sur lordr» rai du premier ordre; il n'a pu se produire qu'à la suite de phénomènes prodigieux dont l'éclat, la saisissante apparition et l'incontestable réalité avaient préalablement frappé tous les esprits. Le miracle appelle ici le miracle. Mais, disent encore avec une hypocrite pitié ces éternels critiques, le triomphe d'Elie fut ensanglanté par le meurtre des prêtres de Baal! Le spectacle du Carmel fut une horrible tragédie. Quatre cents victimes innocentes tombèrent sous les coups du Prophète! — Ainsi, le criminel que la loi livre au supplice devient pour les rationalistes un innocent dont le sort arrache des larmes à leur sensibilité. Ainsi, tous les crimes accumulés par les infâmes ministres de Baal; les milherg

» m Reg., cap. xvni, 21-39.

» m Reg., cap. xviii, 40, 41. Encore une manifestation théocratique et une preuve de l'influonce de la loi mosaïque antérieuremeat à Josias, et d'autant plus significative qu'elle éclate au sein d'ua royaume violemment courbé •ous la domination d'un prince idolâtre! Mais nous nous lassons de signaler tous les démentis que lu Bible inflige aux théories rationalistes; le lecteur Toudra bien suppléer à notre silenca.

de prêtres fidèles égorgés, sous leur inspiration, par les fureurs de Jézabel; la persécution la plus ardente, la plus opiniâtre, exercée par eux sur les serviteurs du vrai Dieu ; la corruption érigée par eux en culte officiel et public, tous ces attentats prévus par la loi de Moïse, et punis de mort par elle, disparaissent au regard attendii des ennemis de la Bible! Eh bien! nous le disons hautement, si, dans l'émotion où le miracle du Carmel venait de jeter tout un peuple, le texte sacré nous apprenait que la multitude agitée par l'impression de ce spectacle inouï, laissa tranquillement les prêtres de Baal descendre le versant de la montagne pour regagner leur demeure, sans songer à les inquiéter ni à les poursuivre, nous dirions que c'eût été là un nouveau miracle. Nous ne savons que trop que les grandes émotions populaires n'ont point de ces attitudes calmes et sereines : il n'est pas besoin de miracles comme ceux d'Elie pour soulever les multitudes; les «démagogues» ne l'ignorent pas, et quand le souffle de la tempête a passé sur les foules, elles ne se bornent plus, comme au temps d'Elie, à ne frapper que sur de vrais coupables.

La pluie 37. Achab avait assisté, dans la stupéfactijon, à cette grande scène,

« Le Prophète lui dit : Retournez à la tente royale, mangez et buvez dans l'allégresse, car j'entends déjà la pluie qui frappe de ses gouttes pressées et sonores le sol desséché. — Achab obéit, et la promesse de l'homme de Dieuluipermit de s'asseoir à la table royale avec une allégresse qu'il ne connaissait plus, depuis les jours de l'horrible famine. Cependant Ehe, suivi de son serviteur, monta sur une éminence qui dominait tout le Garmel. Il s'assit sur le rocher et pencha son front sur ses genoux. Le serviteur debout et immobile respectait la contemplation de l'homme de Dieu. Monte plus haut encore, lui dit Ehe, et regarde en pleine mer à Ihorizon le plus lointain — Le serviteur obéit, il monta sur le point le plus escarpé, interrogea du regard la vaste étendue des eaux et du ciel, puis il revint en disant : Je n'aperçois rien. — Retourne, lui dit alors Elie, et regarde. — Le serviteur obéit; l'ordre se renouvela six fois de suite, et le résultat fut toujours le même. Enfin à la septième fois, un point nu*»s'eux, qui paraissait de la dimension.

CHAP. II. — JOs.....«x. ROI DE 3tDA f904-882).

d'un pied d'homme, se laissait apercevoir à l'extrémité de l'horizon m-dessus de la mer. Le serviteur revint, et en informa son maître. Va, dit alors Elie, présente-toi devant Achab et dis-lui : Faites atteler les coursiers à votre char. Hâtez-vous de descendre la montagne et de regagner la ville avant que la pluie ne vous ait atteint. — Le seiviteur s'empressa d'obéir, mais il n'était pas arrivé que déjà le ciel s'était couvert de nuages, le vent et la foudre éclataient à la fois, et une pluie torrentielle rendait enfin la fertilité aux campagnes. Le roi s'était élancé sur son char et courait dans la direction de JezraëL La main du Seigneur se reposa en même temps sur Elie ; le prophète, les reins ceints comme un coureur agile, franchissait, avant Achab, les portes de la cité*, n

38. Que les rationalistes essaient de mettre au service même du « plus fougueux démagogue » un serviteur qui irait docilement, à sept reprises différentes, regarder à l'horizon un ciel sans nuages et une mer sans mouvement, et le serviteur n'alte.ndra pas la septième épreuve pour devenir plus rationaliste qu'eux. Sans les miracles précédents, le serviteur d'EUe n'aurait pas en eflfet attendu avec une pareille coufiance le nouveau miracle qu'il appelait, ainsi que toute la multitude, de ses vœux les p^us ardents. Nous avons quelquefois, même dans notre cHmat, l'occasion de désirer la pluie comme un bienfait du ciel. Mais en Judée, après trois ans de sécheresse, ce n'est plus seulement avec joie, c'est avec des iransporls d'enthousiasme qu'on accueille son retour. Le souvenir de la sécheresse extraordinaire qui affligea cette contrée au temps d'Elie, nous a été conservé par d'autres monuments historiques que ceux de la Bible; et le vœu de M. Munk se trouve ainsi en partie satisfait. Ménaudre, historien de la Phénicie, l'avait consigné dans ses Annales. Voici son témoignage qui nous a été conservé par Josèphe ^ : a Sous le règne d'ithobal, roi des Tyriens, la

Témoignag»

de l'annalista

phénicien

Ménandre,

confirmant

la vérité du

récit

biblique.

1 III Reg., cap. xviii, 41 ad ultitn.

* MifAvriToLi (Te Tii; oLvoy-Cfiictt TavT»; , nnt MêvàvcJpof sv Tdt; 'iSotiAoy Toû Tt/p(«»

/w))»ô{ , 'iu! ToD i^o/niviv ÎTOVi T' irifCfiTo.iou, 'iKiTfietii S'e kvTOv m oindra, ait iv , xêpauvowc «Kv.v'.i^ç /SèCâhxsv*» • OÛToc 'TiâXi» BoTpuv ê*T«« Tiiv «irî $oi»«'-i», kcli Aù^xTitf îv AiÇvt^ (Joseph., Ântiq.judaic, lib. VIII, cap. vu.)

B pluie cessa de tomber sur la terre depuis le mois Hyperbrétée, » jusqu'au mois correspondant de l'année suivante. Ithobal ordonna » des prières et des supplications qui furent exaucées. La pluie re- B parut au bruit du plus formidable tonnerre. Ithobal fonda la ville B de Botrys en Phénicie et celle d'Auzaté en Afrique, b C'est ainsi que l'Etbbaal de l'Ecriture trouve sa justification dans les monuments histûiiques d'une source étrangère, comme le Sésac ou le Zantii bibliques. Le beau-père d'Acbab, suivant la courte indication de Ménandre, ordonne des prières solennelles pour le retour de la pluie. Le fracas de la foudre signale ce retour taut désiré. La Phénicie a pourtant moins souffert que le territoire d'Israël, et la sé« cheresse complète n'y a duré qu'un an. Le laconisme de Ménandre qui enregistre sans commentaire les événements du règne d 'Ithobal, confirme la Bible jusque dans ses moindres détails. Quand Elie, sur l'ordre du Seigneur, se rend à Sarepta, la disette est déjà à son comble en Israël; et cependant la pauvre veuve phénicienne a conservé quelques provisions; ce qui suppose que les riches de son pays sont encore dans l'abondance. La sécheresse n'eut donc pas la même durée sur le littoral sidonien que dans l'intérieur de la Judée. L'observation et l'expérience quotidienne nous apprennent en effet que la pluie est plus fréquente sur le littoral que dans l'intérieur des terres. Encore une fois, quel est donc ce livre dont le récit embrasse une période de cinq mille ans, dont les auteurs se sont succédé à travers les siècles, sans connivence entre eux, sans inlluencc sur le reste du monde, et dont chaque page à mesure qu'on l'étudié apparaît plus véritable, dont chaque ligne trouve sa confirmation dans les souvenirs les plus authentiques du genre humain, dont chaque mot défie toutes les critiques et triomphe à son tour!

Oi(J«rnier 59. La convcrsiou du royaume d'Israël à Jéhovah était complète.

rtUonaiiitei Lcs rationalislcs appellent cela « une révolution, b ils donnent à

h. prupo» *■ '^ •

4« iropkuie Elle l'épithèle de a démagogue , » et ils trouvent dans l'assemblée du Carmel la résurrection du vieil esprit « républicain du Nord, b Finissons-en une bonne fois avec leurs absurdes néologismes. « L'esprit républicain b qui ressuscite en allant avertir Achab d'at-

teïer les coursiers à son char pour rentrer dans Jezraël, l'une de ses capitales, avant que la pluie ne vienne mouiller snn escorte! Un « démagogue et le plus séditieux » qui, au lieu de détrôner son roi quand il en a l'occasion la plus favorable, prend la peine d'avertir le tyran, comme on dit de nos jours, qu'il peut enfin se livrer BOUS sa tente à la joie du festin parce que la famine va cesser! Une révolution qui ne renverse aucun roi, aucuiie dynastie, aucun ministre, pas même un préfet, qui se borne à changer les adorateurs d'Astarté en adorateurs de Jébovah , et qui n'opère d'autre transformation sociale que celle de donner du pain à un peuple d'affamés ! En vérité l'ineptie dépasse ici le saciilége; et si nous avons à rougir pour notre siècle de l'avoir vu accepter d'aussi misérables pauvretés, nous avons aussi à faire valoir en sa faveur, comme circonstances atténuantes , les préjugés qui entourèrent son berceau, et l'oubli complet de la Bible dans lequel on l'avait laissé.

60. Ce fut probablement à l'époque oiî le royaume d'Israël sem- Josafnat,

^ ^ ^ '' roideJuda,

blait revenu pour jamais au culte de Jéhovali, que Josapbat le pieux fait épouser

à son fils Jo-

roi de Juda consentit à ménager une alliance entre sa famille et ram,Athaiie,

^ fille d'Acliab

celle du roi d'Israël. Il fit épouser à Joram, son fils, la trop célè- etdejéiabei. bre Atbalie, fille d'Acbab et de Jézabel*. Il espérait sans doute, par cette union, préparer pour l'avenir les voies à un reionr de tout le peuple de Dieu sous le sceptre de la maison de David. Nous sommes d'autant plus fondés à le croire que le caractère de Josapbat et sa haute piété ne se démentirent jamais, et que .''Ecriture ne lui adresse pas un seul reproche. C'était une pensée digne de sa sagesse de poser au milieu des dissensions civiles qui séparaient les deux royaumes rivaux, une pierre d'attente sur laquelle o^ pourrait asseoir plus tard la concorde et l'union nationales. Rien ne coûtait au zèle de Josaphat pour atteindre ce but. Nous le verrons, à diverses reprises, prêter généreusement le secours de ses armes au roi de Samarie, et défendre le peuple d'Israël contre les invasions syriennes. Malheureusement Atbalie, sur la tète de laquelle

* U Paralrp., cap. xxi, 6.

da désert.

590 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — Y' ÉlOQUE (1001-586).

Jo?apliat aimait à reposer de si grandes espérances, était la fille de Jëzabel, et se montra digne d'une telle mère. Elle fut le fléau du rojaume de Juda.

Fnrenr 61 . Jézabcl régnait véritablement à Samarie sous le nom d'Achab,

contre SOU ëpoux. a Quaud ce prince, après la manifestation nationale du Elle- L angt; mont Carmel, lui apprit les prodiges opères sous la mam d Elie, et la mort des prêtres de Baal, Jézabel entra dans une véritable fureur. Elle chargea un officier du palais de tiansmetiie au Prophète cette imprécation : Que mes dieux m'accablent de tout leur courroux, si demain à l'heure où tu as versé le sang de mes prêtres, je ne fais répandre le tien! — Elie craignit devant cette menace^; il quitta Jezraël, sans savoir encore où il irait chercher définivement un asile, » Sous l'influence de cette femme impie, Achab oublia bientôt les religieux souvenirs du Carmel. Il se laissa sans doute persuader que les prodiges dont il avait été témoin, étaient l'œuvre d'une magie diabolique, ou d'une habile imposture. Les prêtres de Baal et d'Astarté revinrent à sa cour, et il s'abandonna plus que jamais à leur direction. Cependant Elie n'avait point pris le chemin du a Nord, » où il aurait pu rencontrer un auxiliaire dans « le vieil esprit républicain qui y vivait. » Il n'accorda pas cette satisfaction anticipée à la théorie de M. Renan. « Mais se dirigeant vers le midi de la Palestine, il vint à Bersabée * de Juda, et là, il congédia son serviteur. Seul désormais, sous le regard de Dieu, il s'enfonça dans le désert de l'Arabie Pétrée. Après un jour de marche à travers la solitude, accablé de fatigue et de faim, il s'assit sous un genièvre, et succombant à la tristesse, il souhaita la

' Ka parlant de ce sentiment de crainte qui s'empare d'Elie en présence des uieuaces d'une femme, S. Grégoire le Grand fait cette admirable réflexion : « Autant les saints sont forts par la puissance de Dieu, autant il» \» sont faibles par leur propre infirmité. Colle puissance fait leur vertu, celte » faiblesse eu est la gardienne. »

* Bersabée est le point le plus méridional de la Terre promise , de môme que la ville de Dan, dans l;i tribu de Nephtali, en était le point le plus septentrional. Voilà pourquoi on retrouve si souvent dans i'Iicriture l'expression : « De Dan jusqu'à Bersabée, » pour signifier la totalité du territoire hébraïque.

d'Horeb.

mort Seigneur, dit-il, c'est assez! prenez mon âme. Je ne suis ni meilleur ni plus fort que mes pères. — Il s'étendit ensuite à l'ombre de l'arbuste et s'endormit. Mais l'ange du Seigneur le toucha*. Lève-toi, lui dit-il, et mange, — Elie s'éveillant regarda'autour de ^ui. Un pain cuit sous la cendre et un vase rempli d'eau étaient déposés à son chevet. Après avoir mangé et bu, il s'endormit encore. L'ange du Seigneur vint de nouveau, le toucha et lui dit : Lève-toi, achève de manger le pain qui te reste, car tu as une longue route à fournir. — Elie se leva, et fortifié par l'aliment céleste qu'il venait de prendre, marcha pendant quarante jours et quarante nuits jusqu'à ce qu'il fût parvenu à la montagne d'Horeb, où Dieu s'était révélé à Moïse. Là, il se choisit pour demeure une grotte profonde et il vécut dans cette retraite ignorée ^ »

62. Comme Jéhovah s'était manifesté à Moïse, ainsi il allait se Vision d'Eii manifester à Elie. « Après de longs jours écoulés dans cette soli- montagn» tude, la voix du Seigneur se fit entendre au Prophète. Que fais-tu là, Ehe? lui dit-il. — Je me laisse consumer, répondit Elie, par l'amertume qui dévore mon âme. Je brûle de zèle pour Jéhovah le Dieu des armées, dont les fils d'Israël ont abandonné le culte, détruit les autels et égorgé les prêtres. Seul j'ai survécu à mes frères, et en ce moment, ils me cherchent moi-même pour me donner la mort ! — Sors de celte grotte, reprit la voix, tiens-toi debout sur la montagne. Le Seigneur va passer sous tes yeux. — En ce moment un ouragan terrible ébranla le flanc de la montagne, renversant les rochers et brisant les pierres qu'il détachait dans sa fureur. Mais Jéhovah n'était pas dans la tempête. Après ce coup de vent, un tremblement de terre se fit ressentir, mais Jéhovah n'était point encore dans cette commotion souterraine. Un éclair jaillit des nuées qui obscurcissaient le ciel, mais Jéhovah n'était point dans les lueurs de la foudre. Alors on entendit comme le doux murmure d'une brise légère. C'était Jéhovah qui passait. Elie se couvrit le visage de son manteau et resta immobile à l'entrée de sa grotte. Et Jéhovah lui dit : Que fais-tu là, Ehe, mon serviteur? — Seigneur,

* III Reg., cap. xix, 1-9.

répondit une seconde fois ]<t Prophète, le zèle pour le Dieu des armées dévore mon âme. Je pleure sur les fils d'Israël qui ont abandonné vos autels et rougi leur glaive du sang de vos Prophètes. Seul d'entre mes frères, j'ai échappé à leur fureur, et maintenant ils me cherchent moi-même pour rae donner la mort. — Le Seigneur lui dit : Ya, prends le chemin du désert, et remonte jusqu'à Damas. Quand tu seras dans cette ville, tu veiseras l'huile de l'onction royale sur le front de Hazaël. Il sera roi de Syrie. Tu sacreras de même Jéhu, fils de Namsi, qui sera roi d'Israël. Tu verseras aussi l'huile sainte sur le front d'Elisée, fils de Saphat, d'Abel- Meula; il sera après toi mon Prophète. Et voici la parole de l'avenir : Quiconque évitera le glaive do Hazaël, tombera sous les coups de Jéhu; et quiconque échappera au glaive de Jehu, tombera sous les foudres d'Elisée. Cependant je me réserverai en Israël sept mille serviteurs qui n'ont jamais fléchi le genou devant les autels de Baal, et qui n'ont point porté leurs mains à leurs lèvres en adorant l'impure idole '. d — Que feront les rationalistes de cette page sublime, où Jéhovah se révèle à son serviteur, non point dans l'appareil formidable de la tempête, ni dans les secousses violentes de la terre ébranlée, ni dans la flamme étincehmte allumée au choc des nuages, mais dans le calme et la sérénité qui leur succède, « au doux muimurc d'une brise légère, » image de l'Esprit de Dieu qui incline doucement les âmes fidèles au souffle de sa grâce,

* m P.''f/., cap. XIX, 9-18. Aiusi, d'après le témoignage foroiel de la Bible, le roy.iuuie d'Israël ou du « Nord, » foyer « du vieil esprit républicain, » comme dit .M. Heuau, ne comptait pas plus de sept mille adorateurs de Jéhovah. — Nous ne pouvons nous dispenser de faire la même remarque à propos du choix d'Elisée pour succéder à Elle. La pairie d'Elisée, Abel- Meula, n'est nullement une cité septentrionale, elle était au centre de la yal'ïstine. « Ab;l-Melioula (Abel-la-Forle), patrie d'Ei;sée, dit M. de Saulcy, 1 élut, dans le voisinage de Beit-San (tribu d'Issncliar), nommée depuis Scyh thopolis, et qui a repris aujourd'hui son antique nom, mais un peu altéré » de Boysaii. Eusèbe, à propos de cette localité dont il 6i rit le nom b)i9//aJÂa, u dit que c'est un bourg situé dans la grande plaine du Jourdain, à seize k> miKcs romaius au sud de Soythopolis ou Beysan. Avis aux explorateurs » ftiluvî de la Terre sainte. Nul doute qu'ils ne retrouvent avec ua peu ce m soiii, les tiaces de la ville natale du prophète Elisée. » ^Did. cUianliq.biôl,, pag. 20.)

CirAP. II. — JOSAPHAT, ROI DE JUDA (904-882). 593

pendant que les orages renversent et déracinent les superbes, comme !e vent renversait sous les yeux d'Elie, les rochers de l'Hore])? Ils appellent cela « une histoire ccrurAe toutes les autres histoires ! »

G3. « Elle, chargé de cette mission divine, partit aussitôt pour l'accomplir. Il dut remonter toute la longueur du territoire hébreu en traversant les solitudes de l'Arabie, la région des Moabites e celle des fils d'Ammon, pour arriver au désert de Syrie et gagner Damas. Benadad, fils du roi Syrien du même nom, dont il a été parlé précédemment, y avait succédé à son père *. Elle ne venait ni pour le renverser du trône, ni pour conspiier contre sa vie. Comme Samuel, du vivant de Saûl, avait versé l'huile de l'onction royale sur le iront d'un jeune homme de quinze ans qui devait plus tard porter si glorieusement la couronne, ainsi Elle fît à l'égard de Hazacl, laissant <à Dieu le soin d'achever son œuvre. Cette première partie de sa mission terminée, il rentra, sans craindre celte fois les menaces d'une reine impie, sur le territoire d'Israël. Il trouva Jéhu, fils de Namsi, et le marqua de même de l'onction royale pom" l'avenir. Puis descendant le cours du Jourdain, « il renconka Elisée, fils de Saphat, dans la plaine d'Abel-Meula. EHsée labourait en ce moment les champs paternels. Ses serviteurs avaient amené douze charrues attelées chacune d'une paire de bœufs, et Elisée en dirigeait une lui-même. Elie vint à lui, et jetant son manteau sur les épaules du laboureur, s'éloigna sans proférer une seule parole. Elisée, quittant son attelage, se précipita sur les pas de l'homme de Dieu : Laissez-moi, lui dit-il, le temps d'aller embrasser mon père et ma mère, et je reviendrai vous suivre. — Va, répondit Elie, et reviens. J'ai fait pour toi ce que Jchovah m'a ordonné. — Elisée retourna à sa demeure, immola une paire de bœufs dont il fit cuire la chair avec le bois de sa charrue, donna ainsi un dernier festin aux habitants de sa bourgade, prit congé de sa famille, et revenant trouver Elie, s'attacha à ses pas et le servit *, »

» m Reg., dp. xix, 19 ad ulti»»

594 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — V* ÉPOQUE (1001-586).

L-armée 64. Cependant les Syriens, ne se contentant point du tribut qu'ils

/^rtud'a'lfi avaient imposé au royaume d'Israël sous le règne d'Amri *, sonjamarfe/Né- geuient à aggraver encore le joug qu'ils faisaient peser sur les ^entrïî"' vaiiicus. Bcuadad crut sans doute que les longues souffrances qui ' ^'irAchab!" venaient de désoler le territoire d'Israël pendant trois années de la plus cruelle famine, lui offraient une occasion favorable de signaler ses armes par de nouveaux exploits. « Il rassembla tous ses guerriers sous ses drapeaux; trente-deux rois, ses alliés ou ses tributaires, se joignirent à lui, et avec une multitude innombrable de cavaliers et de chariots de guerre , il envahit les tribus septentrionales, soumettant toutes les cités sur son passage, et se dirigea, sans rencontrer d'obstacle, sur la ville capitale de Samarie. Des messagers devançant sa marche triomphale vinrent trouver de sa pari Achab, roi d'Israël, et lui firent entendre cette dure proposition. Voici ce que dit Benadad : Ton or et ton argent seront à moi; tes femmes et tes fils passeront à mon service. — Que la parole du roi, mon maître, s'accomphsse, répondit en tremblant le roi de Samarie. Ma personne même lui appartient, et tout ce que j'ai est à lui. — Les messagers vinrent apporter cette humble réponse au fier Syrien. Retournez près d'Achab, dit-il, et faites-lui connaître ma détermination souveraine. Dites-lui de ma part : J'accepte ton or, ton argent, tes femmes et tes fils. Demain donc, à l'heure où je parle, mes olfîciers entreront à Samarie, ils visiteront ton palais et toutes les maisons de la ville, et prendront ce qui leur conviendra. A ce prix je consens à ratifier ta soumission. — Le roi d'Israël, en recevant ce second message, convoqua tous les anciens du peuple et leur dit : Voyez l'insolente perfidie du SjTien! Quand il m'a demandé mes trésors et le sacrifice de ma propre famille, j'ai consenti à celle cruelle extrémité; maintenant il demande votre ruine et celle de tous mes fidèles sujets. — Rejetez ses propositions, s'écrièrent les anciens d'une voix unanime, et ne vous lais^ sez point etfrayer par ses menaces. — Achab, qui avait provoqué

> Voir le n* 40 de ce chapitre.

habilement ce conseil, s'empressa de le suivre. La réponse définitive qu'il transmit aux envoyés de Benadad fut formulée sous cette 'nspiration : Allez dire à votre maître de ma part : Votre serviteur, le roi d'Israël, est prêt à se soumettre à ce que vous aviez exigé par votre premier message; mais jamais il ne fera ce que vous demandez maintenant. — Une troisième fois les messagers syriens revinrent trouver Achab : Par les dieux que j'adore ! lui faisait dire Benadad, toute la ville de Samarie réduite en cendres ne suffira pas à remplir le creux de la maiu de chacun des guerriers qui me suivent! — Ce n'est pas quand il ceint son glaive avant le combat, répondit Achab, qu'un soldat peut se vanter de la victoire, c'est quand il le dépose après la bataille ! — Les envoj^és syriens s'éloignèrent avec cette réponse et ne revinrent plus •. » 65. « Benadad donnait un somptueux festin aux rois ses alliés et siégoet

/ -11 1 . délivrante de

%ux prmcipaux chefs ae son armée, sous un vaste pavillon dresse Samaiie. lu milieu du camp, lorsque ses messagers lui apportèrent la dernière réponse d'Achab. Qu'on aille aussitôt investir Samarie! s'éeria le prince syrien. — Cet ordre fut exécuté, et les troupes enve- 'oppèrent la ville ennemie d'une ceinture de fer. Cependant un Prophète était venu trouver Achab et lui avait communiqué un ordre divin : Voici ce que dit Jéhovah : Tu vois cette multitude innombrable qui entoure tes remparts; avant la fin du jour je la livrerai entre tes mains, pour que toi et ton peuple vous sachiez que je suis le vrai Dieu. — Et par quel moyen, dit Achab, s'opérera un tel prodige? — Les valets des chefs de votre armée y suffiront, répondit le Prophète. — Mais qui donnera le signal du combat? demanda encore le roi. — Vous-même, dit l'homme de Dieu. ^- Achab fit aussitôt ranger son armée en bataille. Elle n'était composée que de sept mille Israélites. Les valets se trouvèrent au nombre de deux cent trente-deux. JLe roi les fit placer en tête de ses troupes, et commanda une sortie contre le camp syrien. Il était midi. Benadad n'avait pas quitté le pavillon du festin ; il avait continué à faire remplir sa coupe et celles des rois ses alliés, d'un viu

* m Rsg., cap. xx, 1-11.

896 HlSTOmE DE l'église. — V ÉPOQUE (1001-586).

généreux, l'ivresse commençait à dominer tous les convives. On Vint iui dire : Des guerriers Israélites sortent en ce moment de Samarie. — S'ils viennent demander la paix, répondit Benadad, qu'on respecte leur vie; sïls engagent le combat, qu'on les fasse tous prisonniers, mais surtout qu'on n'en tue pas un seul. — La troupe d'Acbab put ainsi avancer jusqu'au milieu des tentes ennemies. Lu, chacun des soldats Israélites se mit à frapper sur les Syriens qui l'entouraient; une véritable panique s'empara des guerriers de Benadad; leurs chefs, incapables de les diriger, sous l'influence de l'ivresse, ne surent pas remédier à ce premier désordre, et bientôt l'armée entière s'enfuit dans toutes les directions sur les. hauteurs de Samarie. Benadad n'eut que le temps de s'élancer sur un de ses chevaux et de cliercher son salut dans la fuite. Samarie était sauvée. Achab, profitant de l'avantage, poursuivit avec vigueur les fuyards, et ce jour-là fut marqué pour la Syrie par un sanglant désastre '. »

Lecoc-e:i 66. « Le Prophète qui avait prédit, au nom de Jéhovah, cette

M guerre de ri i ' '

Benadad, victoirc inespérée, dit alors à Achab : Songez maintenant à vous

KM 4e Syrie. '■ ' '^

mettre à l'abri d'une invasion de ce genre. Réunissez autour de vous des forces suffisantes, car le roi de Syrie, dans un an, renouvellera contre vous son entreprise. — En effet, les conseillers de Benadad, pour le consoler du revers qu'il venait d'éprouver, lui disaient : Les dieux d'Israël sont des divinités des montagnes, voilà pourquoi l'attaque contre Samarie, commencée par les hauteurs du Selmon, n'a pas réussi. C'est par la plaine qu'il convient de diriger les troupes pour assiéger cette ville, et, de la sorte, elle tombera inévitablement entre vos mains. Préparez donc une seconde expédition; ne prenez plus avec vous ces rois alliés qui ne sont qu'un embarras de plus; mettez h la tête de vos bataillons des chefs aguerris; complétez votre armée, en remplaçant, par de nouveaux soldats, les pertes que nous venons de faire, et quand la cavalerie et les chariots de guerre seront en nombre suffisant, nous irons attaquer le roi d'Israël, en ayant soin de choisir les vallées

' m neg., cnp. ii, 12-21.

CHAP. II. — JOSAPIIAT, 'Oi DE JLDA (904-882).

pour y livrer bataille ; vous verrez alors la victoire couronner vos drapeaux *. » — Nous trouvons, dans ce conseil de guerre réuni à Damas, au palais de Benadad, un des plus anciens exemples de discussion stratégique, et un renseignement curieux sur la tactique militaire de ces temps reculés. 11 est d'ailleurs évident qu'une guerre de montagnes ne pouvait être favorable au déploiement de la cavalerie syrienne, et que les cbariots armés de faux étaient complètement inutiles au milieu des rochers et sur les lianes escarpés du Séméron. Au point de vue stratégique, le conseil des officiers de Benadad était donc excellent, et le roi syrien n'omit aucune précaution pour le faire triompher.

67. « L'année suivante, Benadad, à la tête de son armée renouvelée, entra sur le territoire d'Israël, traversa la tribu de Nephtali, et longeant le littoral de la Méditerranée qui lui permettait de développer ses troupes dans de vastes plaines, vint camper à Aphec, sur les bords du Cison. Achab, de son côté, n'attendit pas, comme l'année précédente, qu'on vint l'assiéger dans sa capitale. Il fit approvisionner ses guerriers pour une longue marche, et s'avança à la rencontre de Tennemi. Il prit position à l'opposé des Syriens, en face d'Aphec, et divisa sa faible troupe en deux corps distincts. Le camp israélite ressemblait à deux petits troupeaux de chèvres, pendant que l'armée syrienne remplissait au loin les campagnes. Cependant un prophète de Jéhovah dit à Achab : Voici la parole du Seigneur : Les Syriens ont dit : Le Dieu d'Israël est le Dieu des montagnes, il n'a point de pouvoir sur les vallées. Je livrerai leur multitude innombrable entre tes mains; vous saurez ainsi que je suis le Dieu de toute la terre. — "^endant six jours, les deux armées restèrent en observation, sa.is que ni l'une ni l'j'.utre engageât la lutte. Enfin, le septième jour, une grande bataille fut livrée. Les Syriens, complètement défaits, perdirent cent mille hommes. Leur armée en déroute courut se réfugier sous la protection des remparts d'Aphec. Quand la multitude épouvantée se pressait en [désordre aux portes de la ville, un pan de muraille s'écroula et

Victoire d' Achab 3af

rarmé«

syrienne à

Aphee.

» m Reg., cap. xx, 23-26.

écrasa vingt mille soldats dans sa chute. Benadad réussit h francbir les décombres et les monceaux de cadavres entassés, il vint se réfu'ï^ier dans une maison de la ville. Ses conseillers lui dirent alors : On nous a toujours dit que les rois d'Israël sont cléments, essayons de llécliir le cœur d'Achab. Nous nous présenterons devant lui couverts de sacs, comme des misérables et la corde au cou, pour implorer sa pitié ; peut-être consentira- t-il à nous accorder la vie. Dans cette attitude suppliante, les officiers du roi de Syrie parurent devant celui d'Israël. Votre serviteur Benadad, dirent-ils, nous envoie près de vous. Je vous en prie, vous mande-t-il par notre bouche, faites-moi grâce de la vie ! — Il a donc échappé au carnage? répondit le vainqueur; dites-lui qu'il est mon frère. — Comblés de joie en entendant cette exclamation de bon augure, les Syriens reprirent : C'est votre frère Benadad qui vous adresse cette supplication. — Allez donc, dit Achab, et amenez-le-moi. — Le roi vaincu parut bientôt lui-même, et Achab le fit placer à ses côtés sur son char. Benadad dit à son vainqueur : Je vous rendrai les cités prises à votre père par le mien; vous prélèverez sur les revenus du trésor royal de Damas, un tribut semblable à celui que mon père prélevait sur ceux de Samarie, et, après ce pacte d'alliance, vous me laisserez retourner dans ma capitale. — Achab y consentit, le traité d'alliance fut conclu, et Benadad retourna à Damas '. »

Fute 68. Au point de vue national, rien n'était plus impolitique que 'ttab!'"' ia conduite d'Achab en celte circonstance. La Syrie, toujours ennemie de la Judée, était entre les mains da roi d Israël; Jéhovah la lui avait livrée par une victoire ^unoucée d'avance, et contraire pourtant à toutes les prévisions humaines. Il était de la dernière mporlance de mettre pour jamais le roi syrien dans l'impossibilité de nuire au peuple d'Israël. Mais Achab, roi idolâtre, avait intérêt à s'allier avec des nations païennes. Voilà pourqujoi il fait parade ici d'une clémence si étrangère à son caractère bien connu. Un prophète le lui reprocha de la part du Seigneur, a mais Achab

» lEl Pcg.. cap. XX, £6-3i.

refusa de l'entendre, et rentra à Samarie plus irrité que jamais conire les serviteurs du Dieu qui venait de lui accorder la victoire *. » Il ne songea plus qu'à jouir en paix d'un triomphe qu'il avait si peu mérité. Samarie, embellie par ses soins, vit s'élever des constructions superbes. Achab y fit bâtir un palais connu sous le nom de Palais d'ivoire, probablement en souvenir de la Tour d'ivoire que David avait élevée à Jérusalem. Les autres cités de son royaume furent également agrandies et fortifiées par ses ordres *. n avait à Jezraël un palais qu'il aimait de préférence, et il voulut l'agrandir ^.

69. « Or, les jardins de cette résidence royale étaient limités par La vigne l'héritage de Naboth de Jezraël. Cède-moi ta vigne, dit le roi à Je/raii. Naboth, l'on ai besoin pour l'adjoindre à mes jardins et y faire une Jézabei.Mort

*• 1 J J •'de Naboth.

plantation d'oliviers. Elle est voisine de mes domaines et touche presque à mon palais. Je te donnerai en échange une vigne de plus grande valeur, ou, si tu le préfères, je te la paierai en argent, le prix convenable. — Qae Jéhovah me soit propice! répondit Naboth, jamais je ne vendrai l'héritage de mes pères! — Ce refus exaspéra Achab. Frémissant de rage, il rentra dans son palais, en proie à un véritable accès de fureur, et s'étendant sur sa couche royale, le visage tourné vers ta muraille, il refusa la nourriture que lui présentaient ses serviteui-s. Jézabel se rendit près de son époux : Qu'avez-vous? lui dit-elle, et qui peut vous causer ce sombre chagrin? Pourquoi refusez-vous toute nourriture? — Achab lui raconta cet incident. Vraiment, dit-elle, vous êtes un grand roil Vous gouvernez admirablement le peuple d'Israël! Levez-vous, mangez, et reprenez votre calme; je vous donnerai, moi, la vigne de Naboth. — La reine écrivit alors au nom d'Achab, des lettres qu'elle scella de l'anneau royal, et les adressa aux anciens de Jezraël et aux principaux de la ville. Voici quelle était la teneur de ces lettres : Promulguez l'ordonnance d'un jeûne solennel, et, au jour fixé, vous ferez asseoir Naboth aux premiers rangs parmi le peuple. Trouvez cependant deux faux témoins, vrais fils de Uélial, qui se

1 III Reg., cap. xx, 33 ad ultim, — * III Reg., cap. xxu , 39, — ' lU Reg,^ cap. XXI, 1.

600 — -V ÉPOQrE (1001-586).

lèveront au milieu de l'assemblée, et diront : Naboth a blasphémé contre Dieu et contre le roi. Ils soutiendront leur faux témoignage; vous vous saisirez de Naboth, on l'entraînera hors de la ville, et vous le lapiderez comme blasphémateur. — Les ordres de cette reine barbare furent ponctuellement exécutés. L'indication du jeûne solennel fut pubhée; au jour Oxé Naboth prit place dans le temple aux premiers rangs du peuple; les deux faux témoins vinrent s'asseoira ses côtés. Quand la multitude fut assemblée, ces fils du mensonge se levèrent et dirent à la foule : Naboth a blasphémé contre Dieu et contre le roi! — Ils soutinrent leur accusation, et Naboth, victime innocente de cette infâme calomnie, fut entraîné hors de l'enceinte de Jezraël par le peuple furieux , et expira sous les pierres que des milliers de mains lançaient contre le prétendu blasphémateur *. On vint dire à Jézabel : Naboth a été lapidé; il

* Tout le monde sait que Jézabel fit mourir Naboth pour s'emparer de son héritage. Ou a appris ce fait sans détails, dans quelque manuel historique, et l'érudition ne va pas plus loin. Nous ne saurions trop insister sur l'insuffisance, au point de vue religieux, d'un pareil mode d enseignement. Jamais autant qu'en ce siècle on n'a eu de prétentions à la science, et jamais on n'a moins su. Dans le récit biblique qu'on vient de lire, il n'est pas une seule ligne qui ne prouve l'influence de la loi mosaïque sur le peuple d'Israël à l'époque d'Achab, et si \ii détail de la tragique histoire de Naijotli était aussi connu que son dénouement, M. Renan n'aurait pis eu la peusée d'écrire que Moïse et sa loi ne commencèrent à éveiller l'aUention du peuple hébreu qu'au temps de Josias. Eu supposant que M. Renan en aurait eu le désir, il .aurait reculé devant la uotorijité publique d'un fait qui dément si péremptoirement sa théorie. Comment, en effet, Jézabel put-elle s'imaginer qu'il suffirait de la déposition de deux faux témoins pour entraîner la mort de Naboth? Comment fut-elle amenée à choisir comme la plus grave accusation contre cet innocent, celle d'avoir blasphémé le nom de Dieu? Et enfin pourquoi, au lieu de déférer la connaissance de ce crime au tribunal royal •îont elle disposait, le fait-elle porter à l'assemblée du peuple? Rien de tout ceci n'eût été plausible, aucun de ces artifices n'aurait eu la moindre chance de succès, sous l'empire d'une autre législ.ition que la législation dP Moïse. SuiiposoTis en effet que l'accusation calomnieuse inventée contre 'Wabolh se proilni-c de nos jours. Un homme e<l accusé d'avoir blaspbémé le nom de Dieu; tous les tribunaux le reMcheront. Il est accusé ea outre d'avoir proféré des injures contre le chef de l'Etal. Ce grief est légalement plus considérable, et comme il est passible le quehjues années d'empritonoament, il fixera l'attention. Deux témoins soutiennent la vérité du

est mort. — Elle alla trouver Achab : Levez-vous, lui dit-elle, allez prendre possession de celte vigne qu'où n'a voulu ui vendre ni échanger! Naboth a cessé de vivre! — Achab, à cette nouvelle, Bortit du palais pour aller visiter l'héritage qu'il venait d'acheter

au prix du sang d'un juste *. »

fait. On examinera la moralité des témoins, on les confrontera, on rapprochera de leur déposition celle des témoins à décharge, et si l'on constate que la haine, la cupidité, la vengeance ont inspiré les accusateurs, ils seront poursuivis comme faux témoins, et l'innocence de l'accusé sera reconnue. Evidemment donc les artifices de Jézabel supposent une législation toute différente. Ils supposent : 1° Que le blasphème contre Dieu et l'injure contre le roi étalent deux crimes qu'on devait instantanément punir de mort; 2» que la connaissance de ces crimes appartenait à l'assemblée du peuple et non au tribunal royal; 3° que deux témoins suffisaient pour établir la réalité du crime. Or, le seul code connu qui présente réunies ces trois dispositions légales, est celui de Moïse. Le Lévitique, chap. xsiv, verset 1"^', dit formellement : Omnis qui maledixerit Deo suo portabit peccahtm stium, et qui bla^phemaverit nomen Domini morte morietur : lapidibus opprimet eum omnis multitudo. Voilà pour la peine de mort contre le blasphémateur, peine qui doit être subie aussitôt que le crime est connu, et que l'assemblée du peuple est tuut à la fois chargée de prononcer et d'exécuter. La malédiction coulre le souverain était assimilée à la malédiction contre le père de famille. Or l'Exode, chap. XXI, verset 17, s'exprime ainsi : Qui maledixerit pafri suo ?norte morietur. Voilà pour la peine capitale portée contre l'Israélite qui avait maudit le nom du roi. Enfin le Deutéronome, chap. xvn, verset 6, est ainsi conçu : In orê diiorum aut trium testium peribit qui interficietur. Voilà pour les deux témoins. Ainsi, au temps d'Arhab, l'assemblée du peuple avait le droit de vie ou de mort, quoiqu'il y eût un roi, et quel tyran que ce roi! Ainsi au temps d'Achab, non-seulement on avait le texte du Lévitique, de l'Exode, du Deutéronome, absolument pareil à celui que nous li-sons encore maintenant, mais ce texte faisait la base du droit pubiic, il était le code pratiqué par la nation tout entière. Qu'en pensent les rationalistes? L';.ccusation capitale imaginée par Jézabel contre Naboth ne pouvait se produire dans les circonstances racontées par le livre des Rois qu'au sein d'une nation où le code en vigueur était le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome de Moïse. L'abus qui fut fait ici de cette loi auguste ne prouve rien contre la loi elle-même, qni fut violée dans l'affaire de Naboth de la façon la plus tyrannique. Oppression du pouvoir, servilité des magistrats, corruption des juges, suborna» tion des témoins, précipitation dans le jugement, manœuvres pour exciter la fureur du peuple, tout cela constitue un ensemble d'infractions a la lorde Moïse, condamnées d'avance en mille endroits de cette législation. Mais enfia les formalités de ce jugement inique supposent comme condition indispen.» fable la pratique officielle de la loi mosaïque, à l'époque où il fut rendu, e| c'est ce aue qous voulions constater. — * III Reg., cap. xxi, 1-16-

Eiie reproche 70. « Au momcnt OÙ le roi dlsraël meltaît le pied sar l'héritag meurtre de de Nabotl), le prophètc Elie de Thesbé se présenta devant lai. Cette

Kabotl,,,tlui ^ f f r

pré.iit les apparition soudaine fit trembler Acuab. M'avez-vous trouvé coupa-

mallii'iirs qui

irapperont blc contrc VOUS dc quelquo ofTense? dit-il à l'iiomme de Dieu. —

•a race. r\ • ■>

Oui, répondit le prophète, vous vous êtes vendu à l'esprit du mal pour multiplier vos crimes devant le Seigneur! Voici la parole de Jébovah : Tu as tué un juste et tu dépouilles ta victime. Les chiens de Jezraël lécheront ton sang au lieu même où leur langue s'est .rougie du sang de Naboth. Us dévoreront le cadavre de Jézabel au milieu même de cette plaine. Je vais déchaîner sur ta tête un déluge de calamités; j'anéantirai ta famille, sans en laisser un seul rejeton debout. Je la traiterai comme celles de Jéroboam et de Baasa dont tu as surpassé les crimes. Jamais encore Israël n'avait connu des attentats semblables à ceux que tu commets chaque jour sous l'inspiration de Jézabel, ton indigne épouse. Tu as multiplié les abominations au point de renouveler sur cette terre les monstrueuses infamies des Amorrhéens dont j'ai exterminé la race maudite. — En entendant ces terribles menaces, Achab déchira ses vêtements, se couvrit d'un cilice, jeûna, ne voulut d'autre lit de repos que le sac de la pénitence, et marcha la tète baissée, dans l'attitude d'un suppliant. Le Seigneur dit alors à Elie : N'as-tu pas vu comme Achab s'est humilié devant moi? En faveur de son repentir, je différerai l'exécution de ma sentence. Elle ne se réalisera point en entier de son vivant; je la réserve pour le règne de son tils ^ » josapiiat 71. Trois ans s'écoulèrent sans que la guerre contre les Svriens

à Saniane. 1 a j

Projet se rallumât. A la fin de la troisième année , Josaphat , roi de

dexpecliiion •■• '

contre Ha- Juda, viut à SamaHc visiter le roi d'Israël, son allié. C'était la pre- Lesrroiiii.tes mièrc fois, dcpuïs la sénaiation sous Jéroboam, que les deux souve-

de Ûaal. .

rains des royaumes rivaux se trouvaient en présence l'un de l'autre, en relations d'amitié et de paix. Achab déploya la plus grande magnificence dans la réception de cet hôte illustre. Il immola des victimes sans nombre et ollrit au roi de Juda et à sa suite des festins Boraptueux. Un but politique se cachait toutefois sous ces démons-

• III Ileg., cap. lïi, 17 ad ultiio.

trations affectueuses. Achab voulait déterminer Josapliat à l'aider dans une expédition qu'il méditait contre la Syrie *. « Un jour, les deux rois alliés étaient entourés dans le palais de Samarie de tous leurs officiers. Acliab dit aux siens : Vous savez que la ville de Ramoth-Galaad fait partie du territoire hébreu. Depuis trop longtemps nous la laissons au pouvoir du roi de Syrie. L'heure est venue de réparer notre négligence. — Puis, s'adressant à Josapliat : Viendrez-vous avec moi dans cette expédition? lui demanda-t-il. — Partout où vous irez je vous accompagnerai, répondit le roi de Juda. Votre peuple et le mien ne forment qu'une nation; mes cavaliers sont les vôtres. Seulement, veuillez, je vous prie, interroger l'oracle du Seigneur au sujet de cette entreprise. — Achab fît réunir tous les prophètes de Baal qui se trouvaient alors à Samarie et dans les environs. Il en vint près de quatre cents. Les deux souverains étaient assis, chacun sur un ti'ône, près de la porte de Samarie, dans tout l'appareil de la majesté royale et entourés de leurs officiers. Dois-je attaquer Ramoth-Galaad? demanda Achab à ces prophètes menteurs. Dieu bénira-t-il mon entreprise? — Allez, répondirent-ils unanimement. Le Seigneur livrera cette cité entre vos mains. — Sédécias, fils de Chanaana, plus ardent que les autres pour frapper davantage l'imagination de la multitude, s'était appliqué sur le front deux cornes de fer, et avec cet emblème, il se présenta devant Achab : Gomme le taureau furieux secoue sa victime avec les cornes, dit-il au roi d'Israël, ainsi vous agiterez la Syrie et la briserez ! — Cependant Josaphat dit à son alhé : Ne se trouve-t- 11 point parmi cette foule un prophète de Jéhovah, que nous puissions interroger? — il n'en est resté qu'un seul à Samarie, dit Achab; c'est Michée, fils de Semla. Mais je n'aime pas le consulter parce qu'il ne me prédit jamais que des malheurs. — Ne parlez po'int ainsi, roi d'Israël! reprit Josaphat. — Pour condescendre au désir de son hôte, Achab dit à l'un de ses officiers : Va c ercher le fils de Semla, et hâte-toi de nous l'amener. — L'officier revint avec Michée, et chemin faisant il lui disait : Tous les autres pro-

* II Paralip. , cap. xvin, 1-2; III Reg., cap. xxn, 1, 3.

phètes ont prédit le succès au roi, mon maître. Parle comme eux.

— Vive Jéhovah ! s'écria le fidèle Michée. Mes lèvres ne pronon-» ceront point d'autres paroles que celles que le Seigneur y placera lui-mèrae *. »

ProDhétic 72. En voyant le prophète, Achab l'interpella en présence de la itedcSrtniâ, foule : Micliëe ', lui dit-il, dois-je aller attaquer Ramoth-Galaad, ou

en présente ^

ëeJossniiat Hiut-il m'cu abstenir? — Allez, répondit noniquement le sorviteuï àSttniarie. (ly DIcu, en aflectant le ton enthousiaste ces prêtres de Baal, toutes les prospérités vous accompagnent; allez! le Seigneur livrera la cité entre vos mains! — Le roi d'Israël ne se méprit point sur la véritable intention du prophète : Au nom de Jéhovah, lui dit-il, je t'adjure de me dire la vérité! — Alors Michée, prenant un ton solennel, répondit : J'ai vu l'armée d'Isi'aël dispersée sur les montagnes de Galaad comme des brebia qui n'ont plus de pasteur; et pendant que cette vision passait sous mes yeux, la voix du Seigneur se faisait eutendre et disait : Ils oat perdu leur roi, que chacun d'eux reprenne isolément le chemin de sa demeure. — Vous l'entendez! dit Achab à Josaphat. Ne vous avais-je pas prévenu qu'il n'a jamais pour moi de félicités à prédire? — Roi d'Israël, s'écria Michée en l'interrompant, c'est poux* cela que vous devriez écouter les paroles que Jéhovah met sur mes ièvies. Voici la vision céleste que Dieu a révélée à son serviteur : Je voyais la majesté de Jéhovah, sur le trône de sa gloire, environnée de l'armée du ciel qui se pressait à droite et à gauche. Jéhovah dit à ses anges : Qui se chargera d'entretenir l'illusion funeste d'Achab, et le confirmera dans le projet d'aller attaquer Ramoih- Galaad, où il doit périr?

— Les anges firent alors diverses propositions. Puis l'un d'entre eux vint se prosterner devant l'Eternel : J'irai, dit-il, et j'enlretieadrai Achab dans son illusion. — Par quel moyen? demanda le Très-Haut. — Par l'entremise des prophètes de Baal dont il aime à

• m Reg., cap. ixii, 1-15; Il Paralip., cap. xvni, 3-13.

• Lfi prophète Michée dont il est question ici, a été surnommé l'AneieB, pour !>' distinguer de celui du même nom dont les livres figurent au canoa des Livres saints, et qui vécut à l'époque d'Isaïe, «ous les règnes de Joalham, Achaz et Rzér.hlaB.

CHAP. II. — JOSAPHAT, ROI DE JUDA (904-882). GOo

B'entouier. — Va, dit le Seigneur, tu réussiras. — Voilà comment, ô roi d'Israël, tous ces prêtres assemblés vous font entendre des paroles de succès; mais Jéhovah a prononcé sur votre entreprise une sentence contraire. — A ces mots, Sédicias, le fils de I)hanaana, s'élança sur le serviteur de Dieu et le frappa à la joue, eil disant : Crois-tu donc que l'Esprit de Dieu m'ait abandonné, pour te prendre comme son interprète? — Miellée, sans s'émouvoir de cet outrage, se contenta de répondre à Sédécias : Tu le verras toi-même, le jour où le peuple, furieux d'avoir été trompé par tes promoss^es de mensonge, demandera ta mort à grands cris, et que lu cbcrcheras en tremblant un asile dans toutes les retraites de ta demeure. — Achab dit alors à ses officiers : Qu'on enferme Micbée; Amon, gouverneur de Samarie et Joas, fils d'Amélech, me répondront de lui. On lui donnera dans la prison le pain de la captivité et l'eau de l'angoisse jusqu'au jour où je reviendrai triompbnnt de mon expédition contre Ramoth-Galaad. — Peuple d'Israël ! vous l'avez entendu! s'écria Michée, — Puis s'adressant à Achab : Si vous revenez triomphant, lui dit-il, je consens, devant toute cette multitude, à passer pour un faux prophète *. »

73. Les armées combinées de Juda et d'Israël se réunirent donc, Défsite et franchissant le Jourdain, vinrent mettre le siège devant namoln-^ Gaïaid, Galaad. Le prince syrien, Benadad, jaloux de venger enfin Thu- (888), mihation de ses deux précédentes défaites, cl de relever l'honneur national, accourut, avec son armée, à la rencontre des deux rois, « Or, il avait dit aux trente-deux généraux qui commandaient ses troupes et ses chariots de guerre : Dans la chaleur du combat, dirigez tous vos eûbrts contre Achab. Ne vous laissez distraire de ce soin par aucun autre ennemi, si grand qu'il puisse être. Le roi d'Israël seul doit attirer votre attention. — Achab fut sans doute averti par ses espions du mot d'ordre de Benadad; il s'assura que Josaphat ignorait cette circonstance, et joignant dans U'' e égale mesure la lâcheté à la perfidie, il lui dit : Revèlez-vous de votre srmure royale, montez votre quadrige de guerre et engagez l'ac-

» IJI Reg., cip. xxn, 16-28; Il Paralip., cap. xviii, 14-27.

606 HISTOIRE DE l'église. — V^ ÉPOQUE (1001-586).

tien de votre côté, j'en ferai autant du mien. — Josaphat, sans soupçonner la trahison , s'empressa de se cou^Tir de ses insignes royaux, monta sur son char et donna aux siens le signal du combat. Cependant Achab déposa tous les ornements qui auraient pu le faire reconnaître, monta sur un chariot de guerre, sans aucun signe distinctif et vint prendre part à la mêlée. Les généraux syriens ne rencontrant qu'un seul quadrige royal dans l'armée ennemie, celui de Josaphat, le prirent pour celui du roi d'Israël, et -se précipitèrent sur lui de toutes parts. Josaphat allait infailliblement succomber dans cette lutte inégale; il poussa un cri d'alarme pour appeler les siens à son secours. En entendant sa voix, les généraux syriens reconnurent leur erreur ; ils abandonnèrent le roi de Juda pour voler à la recherche d'Achab. Celui-ci, armé comme un guerrier ordinaire, se croyait en sûreté sur son char, grâce à ce déguisement, lorsqu'un archer syrien, ayant bandé son arc, lança au hasard sa flèche dans les épais bataillons d'Israël. La flèche vint frapper Achab, traversa sa cuirasse et s'enfonça entre le poumon et l'estomac. Le roi d'Israël eut encore la force de dire à son écuyer : Fais retourner tes chevaux, et tire-moi de la mêlée, car je suis grièvement blessé. — L'écuyer obéit, et dans le trajet qu'il eut à fournir jusqu'à la tente royale, le sang coulait de la blessure, et ruisselait sur les montants du char. Au coucher du soleil, Achab expirait sur son char, d'où, malgré ses cruelles souflrances, il n'avait pas voulu descendre; la victoire restait au roi de Syrie, et un héraut d'armes israélite parcourant les hauteurs de Galaad, sonnait de la trompette, en criant aux guerriers d'Israël : Que chaque soldat hébreu reprenne le chemin de sa cité et de sa patrie. — Le corps d'Achab fut ramené à Samarie sur le char même où il avait trouvé la mort. A cette nouvelle désastreuse, le peuple courut délivrer Michée, et demandait à grands cris la mort de Sédécias •. On fit à Achab des funérailles magnifiques. Il reçut la

* Ce détail ne se trouve point dans le récit biblique, mais Josèphe le laisse deviner dans son histoire [Antiq. judaic, lib. Vill, cap. x). Il nous a con- •ervé aussi le nom du soldat syrien dont la flèche, lancée au hasard , fut dirigée par le doigt de l^ieu sur un illustre coupable. 11 l'appelle Aman.

sépulture à Saraarie, dans le tombeau de son père. Quelques jours après, les serviteurs de la cour lavèrent le char roj^al et les rênes ensanglantées à la piscine en dehors de la ville , et les chiens avides venaient boire le sang d'Achab au lieu même où ils avaient léché le sang de Naboth. Le détail des autres actions d'Achab, de la magnificence de son palais d'ivoire, et des constructions qu'il fit élever dans les différentes cités de son royaume, a été inscrit au livre des Annales des rois d'Israël ^

74. La mort d'Achab, après un règne de vingt-deux ans, laissait le trône de Samarie à Ocliosias, son fils. Jézabel allait continuer, comme mère du nouveau roi, la domination fatale dont elle avait été investie comme épouse. Sous sa direction, « Ochozias marcha sur les traces de son père, et renouvela toutes les impiétés de Jéroboam, qui avait le premier entraîné les dix tribus séparées dans la voie de l'idolâtrie. Il fit le mal devant le Seigneur, se montra l'adorateur des cultes étrangers de sa mère , et précipita par ses prévarications l'heure de la vengeance divine^. »

75. « Josaphat, après la défaite de Ramoth-Galaad, avait repris le chemin de Jérusalem. Le prophète Jéhu, fils d'Hanani, le même qui avait autrefois prononcé contre Baasa une sentence de mort, vint à la rencontre du roi. Vous avez, lui dit-il, prêté votre secours à un impie; vous avez fait alliance avec les ennemis de Jéhovah; vous méritiez, par cette imprudence, de voir tomber sur vous la colère du Seigneur. Mais l'Eternel a jugé les intentions de votre cœur, il a vu que vous êtes resté fidèle au Dieu de vos pères , que vous avez détruit l'idolâtrie dans votre royaume , et il vous a pardonné en faveur de vos bonnes œuvres. — Josaphat accueillit, sans

Ochosias,

ËIs d'Achab

lui succède

sur le trôn«

d'Israël.

Retour

de Josaphat^

Jérusalem.

Le prophète

Jéhu, fils

d'Ilanani.

Josaphat parcourt le»

\illes de son

royaume.

Tribunal da Jérusalem.

Josèphe suppose que le déguisemeut d'Achab fut une mesure concertée avec l'agrément de Josaphat. Mais le texte biblique est ici en désaccord avec cette interprétation de l'historien hébreu. Si ce stratagème de guerre eût été résolu en commun par les deux rois, Josaphat, sur la personne duquel il devait attirer tout l'efl'ort de l'ennemi, aurait eu soin d'entourer son char de forces imposantes, et ne se serait point exposé isolément à l'attaque dont il faillit devenir la victime.

1 II Paralip., cap. xviii, 28 ad uliim.; III Reg., cap. xxii, 29-39. — * III Reg., cap. XXII, 52 ad ultim.

608 mSTÛlUL DE LÉGLTSE. — V* ÉPOQCE (1001-586).

murmure cette parole de l'homme de Dieu, et en prit occasion de redoubler de zèle et de piété. Après quelques jours de repos dans sa capitale, il voulut visiter en personne les cités du royaume de Juda, depuis Bersabée jusqu'aux montagnes d'Epluaim, pour affermir le peuple dans la fidélité au Seigneur. Dans toutes les places fortes, il établissait des juges chargés de rendre la justice aux habitants de la région voisine. Pesez bien tous vos actes, disaic-il à chacun d'eux en ies investissant de cette magistrature, car ce n'est point au nom d'un homme, c'est au nom de Jéhovah que vous porterez vos sentences ! C est à lui que vous aurez à en rendre compte. Que la craiule du Seigneur soit donc toujours sous vos yeux; Jéhovah, notre Dieu, ne tolère point l'iniquité, il ne fait acception de personne, il ne laisse point lléchir sa justice par des présents. — Le saint roi établit à Jérusalem un tribunal composé de prêlres, de lévites et des princes de Juda, pour juger les procès des Israélites et prononcer les sentences au nom de Jéhovah. Agissez, leur dit-il, dans la fidélité et la perfection d'un cœur siiicèic, et ne vous écartez jamais de la loi du Seigneur. Vous connaîtrez de toutes les causes qui pourraient s'élever entre vos frères, de famille à famille, de tribu à tribu, toutes les fois qu'il s'agira d'interpréter la loi, d'appliquer le texte des commandements, de régler les cérémonies ou les purifications • légales. Veillez à ce que le peuple soit suilisammeul instruit de tous ses devoirs pour qu'il n'offense point le Seigneur, et u'allire pas sur vous et sur lui le courroux de Jéhovah. Le grand-prêtre Amarias présidera vos délibérations dans les atfaires qui intéresseront le service de Dieu; Zabadias. fils d'Israahel, prince de la tribu de Juda, sera chargé de régler tout ce qui concerne les intéiéts royaux et les aliaires de l'Etat; enfin, vous aurez les lumièros des prêtres et des lévites, vos maîtres dans ( interprétation de la loi. Courage donc! Soyez fermes et diligents-

' Nous avons ici une nouvelle preuve de l'existence de la loi Dîosaiquc: et d-» son influence sur le peuple bébreu au teniiis de Jo?apIiat, c'csl-à-^Kie aiUérieuremeut à l'époque de Josias. Mais nous ne lonvons pas insister p. rpéluellemeiit sur ces faits historiques qui reuvert^eiit la Ibèse du rationaliiii.e luoderua 11 laudruit interrouj^re le récit biblique à chaque ligQt»

La grâce du Seigneur se reposera sur vous et inspirera vos conseils *. »

76. Une formidable invasion des tribus de Moab et d'Ammon invamo» vint tout à coup interrompre ces pieux travaux et jeter la conster- de Judape? nation dans le royaume de Juda. Des courriers se présentèrent à mt.?, les Josaphat, dans son palais de Jérusalem et lui dirent : Un peuple lea iduméeM tout entier descendu des plaines de la Syrie, des régions situées audelà de la mer Morte , vient d'inonder la frontière orientale de Juda. Celte multitude immense est en ce moment campée à Asason- Tbamar {la Cabane des Palmiers)^ près d'Engaddi. — Dans le trouble où cet événement imprévu jeta son esprit, Josapbat ne songea qu'à implorer le secours du Tout-Puissant. Il fit aussitôt publier un jeûne solennel dans toute l'étendue de son royaume. Les guerriers de Juda se réunirent tous à Jérusalem pour invoquer la miséricorde divine, dans ce danger national. Quand tout le peuple fut assemblé dans le parvis du Temple, sous le vestibule nouveau', Josapbat agenouillé devant l'autel de Jébovah fit cette prière : Seigneur, Dieu de nos pères, vous régnez au ciel, et vous dominez tous les royaumes de la terre. La force et la puissance sont dans votre main, et nul ne samait vous résister. N'êtes-vous pas le Dieu qui avez anéanti les races cbananéennes sous les pas d'Israël votre peuple, et qui avez donné à Abrabam, votre ami, une race immortelle ? Nos aïeux ont babité cette terre de votre promesse ; ils y ont élevé ce Temple à votre gloire. Si jamais, disaient-ils, des calamités imprévues, le glaive de l'ennemi, la peste ou la famijie venaient fondre sur nous, nous accourrons en cette maison bénie sur laquelle

• II Paralip., cap. xix, 1 ad ultim. Hanebert, Histoire de la révélât, bibliq., démontre que le conseil établi par iMolse (No7nb., xi, 16). se continua sous les Juges (XX, 16), sous les Rois à côté de la puissance royale, quoique un peu effacé par elle, oa le retrouve à Babylone (Histoire de Suzanne, Dan., xiii). Son organisation nous est connue au temps des Asiuonéeus, et c'est alors qu'il apparaît comme le tribunal suprême des Juifs.

* On ne sait pas quel était ce vestibule, auquel le texte biblique donne l'épithète de nouveau. L'Ecriture n'en fait mention que dans cette unique «irconstance. Nous croyons donc inutile de reproduire toutes les conjectuera auxquelles cette expression a donné lieu.

î Jabaziel

dans le

Temple de

Jénualem.

^otre nom a été invoqué ; nous crierons vers vous du fond d'uu cœur brisé par l'affliction, et vous exaucerez notre prière, vous nous enverrez la délivrance et le salut. Ainsi ont parlé nos aïeux. Aujourd'hui, Seigneur, les fils d'Ammon et de Moab, les tribus du mont Seïr, tous ces peuples que par votre ordre Israël a respectés à l'époque de la sortie d'Egypte, qu'il n'a point voulu anéantir, et par le territoire desquels il a même évité avec soin de passer*, se réunissent pour nous faire expier la bonté de nos aïeux par la pluS' noire ingratitude. Ils prétendent nous chasser de la patrie que vous nous avez donnée. Grand Dieu! la sentence de votre justice épargnera-t-elle ces coupables? Hélas! nous sommes trop faibles poui repousser leurs innombrables bataillons. Il ne nous reste qu'une seule ressource, celle d'élever nos regards suppUants vers le trône de votre miséricorde '. d

77. Telle fut la prière de Josaphat. « Tout le peuple de Juda, les vieillards, les femmes et les enfants mêlaient leurs larmes aux siennes. En ce moment l'Esprit du Seigneur se reposa sur un lévite de la famille d'Asaph, nommé Jahaziel, fils de Zacharie. Il se leva au milieu de la foule consternée : Ecoutez, dit-il, enfants de Juda, peuple de Jérusalem, et vous Josaphat notre roi! Voici pour vous la parole de Jéhovah : Cessez de craindre, ne vous laissez point effrayer par la multitude ennemie. Le combat ne vous regarde point. Dieu se l'est réservé. Demain vous marcherez à la rencontre des ennemis; ils poursuivront eux-mêmes leur marche en longeant la montagne de Sis; et vous les joindrez au lac Jéruel en face du désert de ce nom. Vous n'am'ez point à tirer l'épée; qu'il vous suffise de rester fermes dans les rangs, et vous veiy:"ez éclater le secours de Jéhovah en faveur de Jérusalem et de Juda. Cessez donc vos terreurs et vos alarmes; demain vous rencontrerez les Ammonites, mais le Seigneur sera avec vous ! — A ces mots, Josaphat et tous les fils de Juda se prosternèrent pour adorer le Seigneur et le remeicier des promesses de sa miséricorde. Les lévites, fils de Ceath et de Coré, chantèrent en chœur les hymnes delà reconnais-

* Autant de

J>vres mosaïques. — * II Paralip,, cap. xx, I-IJ.

CHAP. II. — JOSAPHAT, BOl liE JUDA (904-882).

6il

fiance, faisant retentir jusqu'aux deux les louanges de Jéhovah, Dieu d'Israël^ »

78. a Le lendemain, dès l'aurore , l'armée quitta Jérusalem et La victoire prit la direction du désert de Thécué, pour se porter à la rencontre dansia de l'ennemi. Durant la marche Josaphat rassurait ses guerriers. BénédicU»» Croyez à Jéhovah, votre Dieu, disait-il, et vous serez vainqueurs; ayez coufiauce aux Prophètes du Seigneur, le succès est assuré I — Il répéta dans tous les rangs ces exhortations encourageantes et donna aux chœurs des lévites, l'ordre de précéder l'armée et de chanter le psaume : Louez Jéhovah, parce qu'il est bon, et que le règne de sa miséricorde est éternel *. Pendant que les guerriers de Juda louaient la puissance du Seigneur, cette puissance s'exerçait en leur favem^ dans le camp ennemi. La discorde s'était introduite parmi les races diverses que l'espoir commun du pillage avait un instant réunies. Les fils d'Ammon et de Moab voulurent repousser les tribus des montagnes de Seïr qui s'étaient jointes à eux. La querelle dégénéra bientôt en un combat terrible qui fut poussé jusqu'à l'extermination. Quand l'armée de Juda fut arrivée à l'étroit défilé formé par la pointe occidentale du lac de Jéruel et la montagne de Sis, elle aperçut, du sommet d'une colline, la plaine au loin déserte et jonchée de cadavres ennemis. Josaphat et tous ses guerriers descendirent sur ce champ de bataille où. ils arrivaient en vainqueurs sans avoir combattu. Le butin fut immense dans cette solitude couverte de richesses abandonnées. Les soldats Israélites se partagèrent les étoffes de prix, les meubles laissés dans le camp, les vases d'argent et d'or. Ils ne purent emporter d'une seule fois toutes ces dépouilles, et les trois jours qu'ils y employèrent, ne suffirent pas. Cependant, le quatrième jour Josaphat fit rassembler tous les guerriers, et un concert unanime de bénédictions s'éleva vers le trône de Jéhovah. Pour perpétuer 1

* II Para/ip., cap. xx, Î3-19.

* Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, les psaumes cxvn et cxxxf commencent tous deux par ces paroles : Confitemini Domino quoniam bomi'^ quuniam in œternum misericurdia ej'us. Il est probable qu'ils furent cbiiuiéa successivement dans cette marche militaire.

souvenir de cet événement, on appela cette plaine la Vallée de Bé' néd'iciion {Caphar-Baruchà}^ nom qu'elle a conservé jusqu'à ce jour. Le retour de l'armée à Jérusalem fut un véritable triomphe. L'allégresse du peuple et la reconnaissance envers le Seigneur éclatèrent par des transports unanimes. On escorta Josaphat et ses guerriers jusqu'au Temple au son du psalterion, du kinnor et des trompetles. En apprenant comment Jéliovab avait combattu pour son peuple, tous les rois voisins respectèrent sa puissance, et la paix de Juda ne fut plus troublée pendant la durée du règne de Josaphfit'. »

Alliance 79. Le picux roi reprit les œuvres de justice et de sage adminis-

de Josaphat . ., . , ti ■,•■,■,■■

avec tration que cet incident avait suspendues. Il consolida les institu-

Ochosias, roi . . , .

d'Israël, tious dout il avait dote son peuple, et continua a user de son in-

Destrnclion . i i » i t '- i i ^ i .

deiafioite ilucnce pour étendre le règne de Jehovah et de la loi mosaïque. " Persistant dans Tidée de maintenir des relations pacifiques avec le royaume d'Israël, il consentit une première fois à associer Ochozias au commerce que ses vaisseaux allaient renouveler avec Tliarsis et Opbir. O'^.liozias envoya donc quelques-uns de ses sujets à Aziongaber, pour prendre part à l'expédition. « Le prophète Eiiezer, de Marésa, prédit alors à Josaphat que le Seigneur ne bénirait point cette enirepiise : Parce que vous vous êtes allié à Ochosias, lui dit-il, Jéhovah renversera vos desseins. — En effet, une tempête brisa les vaisseaux d'Aziongaber, et le voyage de Tharsis ne put avoir lieu. Une seconde fois Ochosias fit dire au roi de Juda : Renouvelons la tentative, et laissez mes serviteurs s'embarquer avec les vôtres sur les navires. Mais Josaphat s'y refusa^. » Chote 80. Och(3sias, le nouveau roi d'Israël, avait en effet attiré sur sa

ë'iine f°n(tre lête la cûlèrc célcste. Les châtiments le frappaient de toutes parts. de'samarie. « Les tribus pastoralcs de MoSb qui avaient toujours reconnu la ^crs '^oylux souveraineté de son père et payaient chaque année au royaume d'Is- Lef'i. do'ciei. raël uu im[)ùt de cent mille brebis et autant de chèvres, refusèrent d'Ociifjsiai de reconnaître la domination du jeune prince ^. Un accident dont

im).

* n Paralip., cap. XX, 20-29. — > II Paralip., cap. ix, 35 ad ultim.j III Reg., cap. xxii, 49, 50. — » IV Reg., cap. i, 1 ; cap. m, 4.

CHAP. n. — JOSAPHAT, ROI DE JUDA (904-882). 613

Il fut victime vint de plus mettre sa vie en danger. S'appuyant un jour sur la balustrade d'une fenêtre de son palais à Samarie, il tomba de la hauteur du premier étage, et cette cliute détermina une grave maladie. Etendu sur son lit de douleur, Ochoiias voulut connaître le sort qui lui était réservé. Allez, dit-il h quelqnes-uns de ses serviteurs, consultez pour moi le Dieu des Philistins Béelzébub, dans son temple d'Accaron, et sachez si je dois survivre à cette cruelle épreuve. — Cependant l'ange de Jéhovah apparut à Elie de Thesbé : Lève-toi, lui dit-il, marche à la rencontre des envoyés du roi de Samarie et dis-leur : Israël a-t-il perdu Jéhovah son Dieu, pour que vous aUiez consulter l'idole d'Accaron ? — Elie se présenta donc aux messagers d'Ochosias, leur adressa la parole dont il était chargé pour eux et ajouta : Voici ce que Jéhovah fait dire au roi Ochosias : Tu ne descendras plus du lit où tu es étendu, tu vas mourir! — Les messagers royaux ne connaissaient point Ehe; cependant le nom de Jéhovah prononcé par le vieillard et l'assurance de son langage les avaient épouvantés. Sans continuer leur voyage, ils retournèrent près d'Ochosias. Pourquoi revenez-vous 8i tôt? demanda le roi. — Ils lui racontèrent l'apparition de l'inconnu sur le chemin et ses étranges discours. Quelle figure avait-il? Comment était-il vêtu? demanda encore le royal malade. — C est, direntils, un vieillard à longue barbe, et couvert d'une tunique de peau de chèvres. — Il n'y a plus de doute, s'écria Ochosias, c'est Elie de Thesbé. — Et il donna aussitôt l'ordre à un capitaine de cinquante hommes d'armes de se mettre avec ses gens à la poursuite du Prophète. Le capitaine aperçut Ehe assis sur le sommet d'un rocher ; Homme de Dieu, lui dit-il, en l'insultant du geste et de la voix, le roi t'ordonne de descendre. — Si je suis un homme de Dieu, répondit Ehe, que le feu du ciel tombe à l'instant sur tes hommes et sur toi! — Le Prophète avait à peine achevé ces paroles, que le feu du ciel consumait au pied du rocher l'audacieux capitaine et toute sa suite. Un second officier envoyé avec une semblable escorte, renouvela la même insolence et subit le même châtiment. Ochosias en expédia un troisième. Instruit par le malheur des premiers, celui-ci, en approchant d'Elie, s'agenouilla devant lui, et lui dit

ATénement

de Joram,

frère d'Ocho-

•ias, aa trône

d'Israël.

Elle est •slevé à la

terre [wn 884).

d'un ton suppliant : Homme de Dieu, ayez pitié de moi et des soldats qui m'accompagnent. A votre voix le feu du ciel a déjà dévoré ceux qui m'ont précédé près de vous, je vous supplie d'user envers moi de miséricorde ! — Cependant l'ange de Jéhovah dit au Prophète : Descends, ne crains rien, et accompagne cet homme. — Elie suivit donc l'officier, et se présenta devant Ochosias. Voici la parole du Seigneur, lui dit-il : Parce que tu as envoyé consulter Béelzébub, l'idole d'Accaron, comme si tu n'avais pu interroger Jéhovah, le Dieu d'Israël, tu ne descendras plus de ce lit de douleurs, et tu vas mourir. — Quelques jours après, Ochosias expirai L Son règne n'avait duré que deux ans. L'histoire en a été écrite dans les Annales des j^oîs d'Israël^. »

81. Ochosias, frappé à la fleur de l'âge, ne laissait point de fils. a Joram, son frère, second fils d'Achab et de Jézabel, lui succéda sur le trône de Samarie. Lui aussi, il fit le mal devant le Seigneur; cependant il ne poussa pas si loin les prévarications, et Jézabel qui survivait à la mort de son époux et d'Ochosias son fils aîné, ne trouva point le nouveau roi aussi disposé qu'eux à subir sa dé- *2stable iutluence. Joram fit détruire les autels de Baal; mais il n'eut pas le courage de renverser de même les veaux d'or érigés par Jéroboam. » La politique du schisme se perpétuait chez tous les héritiers de races diverses qui se succédaient dans le gouvernement des dix tribus. Ainsi chaque jour augmentait la somme des iniquités d'Israël, et l'heure de la vengeance prédite par Elie approchait.

82. Le Prophète ne devait pas en être le témoin, le Seigneur voulut auparavant l'enlever à la terre. Elie et Elisée son serviteur sortaient de Galgala, sur la rive occidentale du Jourdain. Demeure ici, dit le Prophète à Ehsée, le Seigneur m'a donné l'ordre de me rendre à Bélhel ; j'irai seul.^ — Vive Jéhovah! et vive Elie, mon maître ! répondit le serviteur fidèle. Je ne vous abandonnerai point un seul instant. — Ils traversèrent donc ensemble la plaine de Galgala et arrivèrent à Béthel. Les Xils ^ des prophètes qui habitaient

» IV Beg,, cap. i, 1 ad ultim, — « C'est à dire les disciples du Prophète. Non*

ciiAP. H. — josAfflAT, Jioi DE niDA (904-882). 6i5

cette ville vinrent à leur rencontre. Quelques-uns d'entre eux dirent à Elisée : Ne s;iis-tu pas que Jéhovali doit bientôt enlever ton maître Elie ? — Je le sais, répondit Elisée, mais gardez le silence. — Elie ne séjourna point à Bétliel. Le Seignem* m'appelle à Jériclio, dit-il à Elisée, demeure ici. — Mais Elisée renouvela les instances qu'il avait faites à Galgala, et s'attacha aux pas de son maître. Leg enfants des prophètes sortirent de Jériclio *, et tinrent à Elisée le même langage que ceux de Béthel. Le fidèle serviteur fit la même réponse. Le décret du Seigneur sur Elie était connu des prophètes d'Israël, et on attendait avee anxiété son accomplissement. Elie s'éloignant de Jéricho pour se dissimuler à la curiosité respectueuse et inquiète dont il était l'objet, se dirigea vers le Jourdain. Les fils des prophètes le suivaient de loin. Arrivé sur le bord du fleuve, Ehe prit son manteau, et l'ayant roulé, en frappa les flots qui se divisèrent aussitôt à droite et à gauche , ouviant un chemin à l'homme de Dieu et à Elisée son serviteur. Ils iranchirent ainsi le fleuve par une route semblable à celle que le Seigneur avait frayée j

jadis sous les pas des Hébreux. Quand ils furent sur l'autre rive, le î

Prophète dit à EUsée : Demande moi une dernière fois tout ce que I

itu désires que je fasse pour toi, avant de t'ètre ravi. — 0 mon 1

maître, je vous supplie, obtenez du Seigneur que votre double esprit de prophétie et de miracle repose sur moi! — Tu demandes {

une grande et difficile favem', répondit Ehe. Cependant si au mo- ;*

ment où je te serai enlevé ton regard me suit dans les cieux, sache .1

|[ue ta prière a été exaucée ; si tu me perds aussitôt de vue, ce sera i

le signe que Dieu ne t'aura point accordé cette grâce. — En s'en- |

[retenant ainsi, ils continuaient leurmarche vers l'Orient. Ils étaient |

alors dans la plaine d'Abel-Sathaïm , où les enfants d'Israël |

avaient pleuré pendant quarante jours la mort de iNIoïse. Tout à : 1

coup, un char éblouissant de lumière, traîné par des coursiers de , ''

feu, vint se placer entre les deux voyageurs. Elisée vit distinctement

avons déjà vu Samuel réunir sous sa direction les jeunes gens que l'Esprit du Seigneur ax'Pelait au ministère prophétique,

* On se rappelle que cette cité venait d'être relevée de ses ruines, 80U« le règne d'Achab. (Voir n° 42 de ce chapitre.)

son maître s'élever sur ce char glorieux, et son regard le suivait à mesure qu'il montait vers le ciel. 0 mon pèrel s'écriait-il. Adiea, père b/"? aimé ! vous, le char d'Israël et le guide du peuple hébreu! — Il l'accompagna ainsi de ses touchantes exclamations jusqu'à ce qu'Elie eût disparu à ses yeux. En abaissant son regard il vit à terre le manteau que le prophète Elle avait laissé tomber à ses pieds comme un céleste héritage. Il déchira alors les vêtements qu'il portait et se couvrit du manteau du Prophète. Revenu sur la rive du Jourdain, il frappa une première fois les ondes de ce manteau miraculeux. Mais les flots ne se divisèrent point. Jéliovah, Dieu d'Elie, s'écria-t-il, où êtes-vous maintenant? — Puis il frappa de nouveau les flots rebelles. Celte fois ils se divisèrent et livrèrent passage au prophète Elisée. Les enfants des prophètes étaient restés sur la rive occidentale du fleuve dans l'attente des événements. Témoins de ce prodige, ils se prosternèrent devant l'homme de Dieu et restèrent devant lui le front inchné dans la poussière. A Jéricho, ils disaient : L'esprit d'Elie s'est reposé sur EHisée son successeur*. »

Second 83. Tcls furent et la vie pleine de prodiges d'Elie le prophète, et

d'Elie le dernier miracle qui la couronna. M. Munk voudrait n'y voir que

^ la fin du . > i i- i n •

monde. « des traditions mythiques. » Cependant c est le hvre des Kois, ce' lui dont le moderne Israéhte reconnaît lui-même a l'ancienneté de B la rédaction, » qui eu contient le récit. En une auti*e circonstance, M. Munk s'appuyait sur le fait prétendu d'une priorité de date en faveur du livre des Rois sur celui des Paralipomènes, pour contester l'authenticité de la proclamation royale d'Abias. Maintenant le livre des Rois gêne sa théorie rationaliste, et il consentirait ^wlontiers à le supprimer à son tour. Ecartons enfin tous les voiles» et disons-le hautement : La Bible entière gêne les incrédules modernes comme elle a embarrassé toutes les incrédulités. Moïse « est » environné d'impénétrables ténèbres, » parce que Moïse a fait des miracles; Josué, Samuel, Nathan, EUie nous apparaissent a sous > l'enveloppe de traditions mytliiques , » parce qu'ils ont fait des

1 lY Rtg., cap. u, !•

CHA?. n. — JOSAPHAT, ROI DE JDDA (904-882). 617

miracles. Mais, à dos yeux, les miracles du Testament Ancien sont la préparation aux miracles du Testament Nouveau. Le peuple juif était le peuple des miracles; il était, si l'on peut pailer ainsi, tellement familiarisé avec le prodige, qu'en voyant ceux que Jésus- Christ semait sur ses pas, il se contentait de dire : C'est un Prophète! Il y avait donc eu dans l'histoire juive une succession de prophètes, investis de la puissance des miracles *, comme il y a dans toute la suite de l'histoire catholique une succession de saints qui ont exercé jusqu'à nos jours le même pouvoir. Donc encore le rationahsme n'aura rien fuit pour sa cause , tant qu'il n'aura pas supprimé en entier tous les livres du Testament Ancien. Jusqu'ici il a reculé devant cette tâche, et sa tactique n'est encore qu'une guerre de détails et une controverse ironiquement poursuivie d'un verset à un autre. Mais le jour où, par impossible, il aurait réussi à renverser ces livres étonnants que chaque découverte de la science vient spontanément confirmer , il lui faudrait encore renverser l'Evangile de Jésus-Christ, et l'Eglise cathohque qu'il a fondée sur la pierre de l'immortalité ! Le rationalisme moderne sera vieux et décrépît, sans avoir atteint le double but de sa téméraire ambition. Les Juifs anciens connaissaient mieux leur histoire. Voici comment le livre de l'Ecclésiastique parle du prophète Elle : « Il a brillé comme l'éclair dans les ténèbres. Sa parole a été un flambeau aK ient. A sa voix, la famine a sévi sur les coupables; il a renversé les ennemis de sa gloire, les impies qui refusaient de porter le joug de la loi divine. Le ciel s'ouvrant et se fermant sous sa main, trois fois la foudre jaillit à son ordre. C'est ainsi qu'Elie a été glorifié par les prodiges de sa puissance. Quel homme s'élèvera jamais à la hauteur de ta gloire, Prophète sublime? Toi qui as rappelé du Béjour des morts l'àme de l'enfant de Sarepta, qui as fait retentir P

* Depuis ravénement de Notre Seigneur Jésus-Christ, la succession dM prodiges a été interrompue chez les Juifs. Usent maintenant de l'or, ils onl partout des synagogues, ils jouissent dans presque tout l'univers du crédit que donnent la richesse et des fortunes presque souveraines; mais ont-ils dei prophètes? Où sont leurs miracles? Et s'ils n'ont ni l'un ni l'autre, qu'est dd» venu entre leurs mains l'héritage de MolseT

bîS HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — V» ÉPOQUE (1001-586).

l'oreille des rois la sentence de condamnation, qui t'es joué de leur puissance et as confondu leur orgueil sur le lit de mort! Toi qui as entendu au Sinaï et à l'Horeb les paroles de Jébovah; toi dont 1 main a sacré les rois de la vengeance et choisi ta succession de prophètes; toi qu'un char et des coursiers de feu ont enlevé dans un tourbillon de lumière; toi enfin, dont le nom est inscrit pour le jugement des siècles à venir, à l'heure où t-u dois réconcilier le cœur du père à des fils ingrats et rétablir les ti'ibus de Jacob! bienheureux les yeux qui t'ont contemplé sur la terre! Bienheureux ceux que ton amitié a glorifiés à travers les âges *! » Ainsi parlait l'auteur de l'Ecclésiastique, en citant la prédiction de Malachie sur le second avènement du prophète Elle. « Le jour du Seigneur , avait dit Malachie , se lèvera ardent comme la fournaise; tous les orgueils humains, tons les ouvriers d'impiété seront dévorés comme la paille légère. — Or, j'enverrai, dit Jéhovah, Elie, mon prophète, avant l'apparition de ce jour grand et formidable. Elie convertira le cœur des fils au cœur du père, et le cœur des pères à celui des fils, il précédera l'avènement, le jour où je viendrai frapper la terre d'anatlième *. » Telle était la parole solennelle que Malachie inscrivait au livre de sa prophétie, à l'époque de Néhéraias, environ trois cent soixante ans après l'enlèvement glorieux d'EUe. Donc, trois siècles après cette miraculeuse assomption, tout Israël croyait à son authenticité. Si un écrivain s'avisait aujourd'hui de soutenir que Luther, par exemple, dont le nom retentissait, il y a trois cents ans, d'un bout à l'autre de l'Europe, n'est point mort, ainsi qu'on l'a cru , mais qu'il a été enlevé pur un nuage de feu, laissant son manteau à Mélanchtou, son disciple, un immense éclat de rire répondrait à cet essai de mythologie. On trouverait encore aujourd'hui des vieillards dont le grand-père a pu converser avec les contemporains de Luther. Or, il en était de même au temps de Néhémias, et trois vies d'hommes suffisaient pour remonter au prophète Elie. Cependant les Juifs d'alors ne feaitèrent point la parole de Malachie de « tradition my-

* Ecclesiastic, cap. XLvui, 4-li. — > Maiach., cap, w, <, 5 et 6.

ClIAP. II. — JOSAPHAT, ROI DE JUDA (904-882). G 19

y> tliique ou de légende fabuleuse; » ils l'inscrivirent au canon de leurs Ecritures. Plus tard, au temps de Jésus-Christ, les Juifs, confondant le premier avènement du Messie avec le second qui doit clore la liste des siècles, demandaient pourquoi Elle n'avait pas reparu, et Jésus-Christ leur répondait : « Elle doit en effet repa- » raître un jour, et il rétablira toutes choses *. » Ainsi parlait notre divin Sauveur en descendant la montagne du Thabor, où Moïse et Elle, sous les yeux de ses disciples, venaient d'escorter sa transfiguration glorieuse 2. Ce que les Juifs croyaient d'un second avènement d'EHe, l'Eglise catliohque le croit de même. Elle est la véritable héritière des prophètes du Testament Ancien, de la foi des patriarches et de la promesse de l'Eden. Le Carmel d'Elie est resté entre ses mains la montagne sainte de la contemplation et de la prière, et si un des Cls d'Israël consent à visiter la basilique de Saint-Pierre de Rome, il pourra s'arrêter, comme nous l'avons fait nous-même, devant une colossale statue portant pour inscription : L'Ordre du Carmel, à son fondateur, Elie le Prophète ^. 84. « Ce fut sur la montagne du Carmel qu'Elisée alla passer, Eipédition

° ■* ^ ^ deJoram,roî

ians la solitude, les premiers iours qui s'écoulèrent après l'événe- d'israëi;

' t' J i- i deJosaphat,

ment miraculeux qui l'avait séparé de son maître. Il revint ensuite roide Juda,

^ ^ , etduroid'E-

à Samarie *. Tout s'y préparait pour une expédition contre les tri- dom contre

J i- i- t- f ^ les tribus da

bus insoumises de Moab. Joram avait résolu de châtier la rébel- M.oab. lion de leur roi Mésa, qui, depuis deux ans, ainsi que nous l'avons dit, refusait d'acquitter la contribution annuelle étabhe par Achab. (( 11 rassembla donc tous les guerriers d'Israël et les passa en revue. Cependant il envoj'ait dire à Josaphat, roi de Juda : Le prince de Moab s'est soustrait à mon obéissance, venez avec moi le combattre. — L'intérêt commun des deux royaumes et le souvenir encore récent de l'invasion qui avait jeté tant d'effroi à Jérusalem,

1 Mailh., cap. xvii, 11. — 2 Idem, ibi'd., 1-10.

s l'ntversus Carmelitarum Ordo fundatori suo Eliœ prophetœ. A. M.DCCxsvffi. Nous aurons à Tépoque des pontificats d'Innocent XI et Innocent XII, l'occasioa de parler de la controverse soutenue à Rome à propos de l'Ordre des CarméLles et du bref du 29 noverabro 1G9S, qui défendait d'agiter oette matière à lavenir. — '> IV Reg., cap. 11, 25,

620 HISTOIRE DE l'ÉGUSE. — V' ÉPOQUE {1001-586).

fii-ent consentir Josaphat à cette alliance. Il transmit à Joram cette réponse ; Je marcherai avec vous; mes ennemis sont les vôtres, mon pouple est votre peuple et mes cavaliers sont frères de vos cavaliers! Seulement, indiquez-moi la route que vous avez intention de prendre. — Nous passerons par l'Idumée , répondit Joram. — En effet, le roi d'Edom joignit ses troupes à celles des deux princes hébreux, et les trois souverains coalisés, contournant l'extrémité méridionale de la mer Morte, s'enfoncèrent dans le désert qui longe les montagnes de Nabathéens, pour aller attaquer la région des Moabites. Après sept jours de marche dans la solitude, l'eau vint à manquer à l'armée tout entière et aux bêtes de somme qui la suivaient. — Hélas! s'écriait Joab dans son désespoir, le Seigneur nous a réunis en ce désert pour nous livrer aux mains des Moabites. — Avez-vous ici un prophète de Jébovah? demanda Josaphat. Nous pourrions implorer, par son intermédiaire, la miséricorde du Seigneur. — Un des ofHciers de Joram répondit : Ehsée, le fils de Sapbat, nous a suivis dans cette expédition. C'est lui qui versait l'eau sur les mains dElie, le grand Prophète! — Il suffit, la parole du Seigneur est sur ses lèvres, dit Josaphat. — Les trois princes de Juda, .d'Israël et d'Edom se rendirent aussitôt près d'Elisée. L'houmie de Dieu s'adressant à Joram, lui reprocha vivement son idolâtrie : Qu'y a-t-il de commun entre vous et moi, roi d'Israël? lui dit-il, adressez-vous aux prophètes de Jézabel, votre mère, et d'Achab, votre père ! — L'adversité fait taire l'orgueil des impies, Joram ne récrimina point. Dites-nous, réponditil, pourquoi Jéhovah, le Seigneur, a réuni ici trois puissants princes pour les livrer au pouvoir des fils de Moab? — Vive le Dieu des armées, sous les regards duquel je suis en ce moment! reprit le Prophète, si je ne respectais la présence de Josaphat, roi de Juda, Je n'eusse pas seulement jeté les yeux sur vous. Faites-moi venir an lévite qui chantera sur le kinnor les louanges de Jéhovah. — Pendant que le cantique sacré retentissait en harmonieux accords, l'Esprit de Dieu se reposa sur Ehsée. Voici la parole de Jéhovah, s'écria-t-il : Vous n'aurez dans ce désert ni orage ni pluie, mais faites creuser de larges et nombreuses tianchées dans l'étendue]

du lit desséché da torrent, et bientôt il fournira en abondance toute l'eau nécessaire à abreuver l'armée, les chevaux et les bêtes de somme. La miséricorde de Jéhovah vous réserve une faveur plus grande encore ; il livrera le territoire de Moab entre vos mains; vous entrerez en vainqueurs dans toutes ses forteresses, vous abat-^ trez tous les palmiers, vous obstruerez les citernes, vous couvrirez de pierres tous les pâturages K — Le lendemain, à l'heure du sacrifice du matin, l'eau remplit les tranchées creusées dans le lit du torrent, et l'armée put s'abreuver. Cependant les Moabiles, à l'approche des rois allies, se levèrent en masse; tous ceux qui pouvaient ceindre un baudrier se rendirent à la frontière pour repousser l'invasion ennemie. Du sommet de leurs montagnes, iJs virent au matin le soleil se levant à l'horizon rougir de ses rayons les eauj de la mer Morte. Ils crurent que l'armée d'Israël venait d'être viot time d'une lutte fratricide, dont ils avaient donné eux -même* Texemple à Jéruel. C'est le sang des ennemis qui rougit la plaine disaient-ils. Les rois ennemis ont tourné leurs armes contre eux mêmes et se sont entie-tués; courons nous partager leurs dépouilles. — Ils s'élancèrent ainsi sur la pente de la montagne, et, dans le désordre de c^tte course insensée, rencontrèrent l'armée d'Israël qui les mit en pièces. Les rois alliés entrèrent en vainqueurs sur le territoue de Moab, ruinant les remparts des cités; chaque soldat en emportait une pierre et venait la déposer dans les campagnes, rendant aipsi la culture impossible. Ils obstruèrent les citernes, abattirent les palmiers et les arbres à fruits, ne laissant subsister autour des villages que les murs construits en terre. Ce fut ainsi que l'armée parvint à la capitale de Moab. Le roi Mésa s'y était renfermé, résolu de s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. La ville fut environnée par les archers d'Israël, et une brèche ne tarda pas à être ouverte. Le roi de Moab, à la tête de sept cents soldats d'élite, tenta une vigoureuse sortie dirigée contre le campement du roi d'Edom. Repoussé dans

1 Ces détails sur le caractère de l'expédition des rois alliés contre Moab sont une preuve nouvelle de la véracité du Livre saint. C'est encore de la sorte que les Arabes de nos jours entendent et pratiquent les guerres de ce genr*

cette attaque et désespérant d'échapper au sort qui le menaçait, il ne recula point devant une barbarie qui nous peint les mœurs de ces populations idolâtres. Pour se rendre les dieux favorables, il leur offrit en holocauste son fils aîné, celui-là même que le droit appelait à lui succéder sur le trône. Un bûcher fut dressé sur les remparts, et, à la vue de l'armée assiégeante, ce père dénaturé alluma les flammes qui dévorèrent le corps de son fils. L'horreur inspirée par cet atroce spectacle, jointe aussi peut-être à la crainte de pousser à bout un ennemi réduit à cette extrémité, détermina les rois alliés à ne pas pousser plus loin leur vengeance, et Us abandonnèrent cette ville maudite *. »

Mort 85. Lexpédition de Moab fut le dernier acte du rècrne de Josa-

«e Josaphat. , ^ ,

roi de Juda phat. Ce princo, âge de soixante ans, en avait régné près de vingtcinq sur le peuple de Juda. Ce fut, depuis Salomon, k période la plus prospère dont ait joui le royaume amoindri de Jérusalem. La justice, la piété et la paix furent la récompense de la fidélité de Josaphat au Dieu de ses pères. Rien ne manquerait à sa gloire, s'il n'eût commis l'imprudence d'allier le sang de la famille de David à celui de l'impie Achab. Mais, nous l'avons dit, cette faute, dans laquelle il tomba, lui était inspirée par des vues d'avenir qui pouvaient tromper les prévisions les plus habiles; et le Seigneur luimême, en la lui reprochant par la bouche de Jéhu le prophète, reconnaît la droiture de son intention. La prudence humaine est toujours courte par quelque endroit, et, d'ailleurs, il est permis à \m souverain d'espérer, en mariant son fils, ne pas rencontrer une A thalie. Tel e»t lé'^ul reproche que l'histoire puisse adresser à Josaphat. « Ce prince s'endormit du sommeil de ses pères, et reçut la sépulture dans leur tombeau, au milieu de la cité de David, son illustre aïeul. Le détail des autres actions de Josaphat, les œuvres de son administration et les guerres auxquelles il prit part, ont été -ecaeillis par Jéhu, fils d'Hanani, dans les Annales des î'ois de Juda ' . »

* IV Reg., cap. m, 1 ad ultiin. Le nom de la capitale moabile u'est point cité dans le chapitre du IV* livre des Rois que nous venons de traduire, mais nous le trouvons dans la prophétie d'Amos. Elle s'appelait CariotU Àmos, cap. II, 2). — * 111 Reg., cap. ixu, 46 et 51; II Paralip., cap. xi, 34.

Page 1