Amri entra en vainqueur dans Thersa. Une royauté imposée
« 111 lieg., cap. xvi, 8-14. — » 111 îieg., cap. xvi, 15-20.
d'IsraëL
par l'armée succédait à une royauté improvisée par la conspira- ^J j'î's^'^gi lion. Le peuple d'Israël refusa de prêter son obéissance à ces tyran- <^'^)nies diverses qui se succédaient sans sa participation sur un trône ensanglanté, a La moitié du royaume se prononça en faveur de Thebni, fils de Gineth, l'établit roi d'Israël et se réunit sous ses drapeaux. Une bataille dut décider du sort des deux prétendants. L'armée de Thebni fut mise en déroute, il périt lui-même dans le combat, et Amri régna sans compétiteur sur le trône d'Israël '. »
39. Le palais de ïhersa avait été dévoré par les flammes allu- roîdr=MC mées pour le suicide de Zambri. La cité elle-même, bâtie à l'est ■"^"sama^k; '^ de Sichem *, au milieu de la plaine du Jourdain, pouvait répondre "^yaùme* aux besoins de la politique de Jéroboam, lorsqu'il ne s'agissait que d'intercepter les communications des dix tribus séparées avec le royaume de Juda. Mais l'impossibilité de la mettre à l'abri d'un coup de main par des fortifications et des ouvrages de défense respectables, était un grave inconvénient dans un temps ori les divisions intestines du royaume d'Israël dégénéraient si facilement en guerres civiles. Amri en avait fait l'expérience à son avantage; il voulut prévenir les ambitieux qui seraient tentés dans l'avenir de suivre son exemple, et songea à transférer la capitale de ses Etats en un lieu plus sûr. Le choix de la position à laquelle il s'arrêta accuse le coup d'œil exercé de l'homme de guerre. Au nord de Sichem, dans l'angle formé par le mont Selmon, un des points culminants de la chaîne longitudinale des montagnes de Judée, et le mont Séméron qui, se rattachant à cette chaîne, appartient à l'un des conireforts qui s'étendent transversalement à l'ouest, et vont plonger leurs dernières racines sur la côte de la Méditerranée, une colline isolée offrait, par sa situation , tout ce qu'Amri désirait pour l'emplacement de sa capitale future. Défendue par le Séméron au midi, par le Selmon à l'est et au nord, elle n'était accessible que du côté
* III Reg., cap. xvi, 21, 22. — * Nous regrettons que les recherches des savants qui se sont occupés de l'archéologie judaïque n'aieut pas encore réussi à retrouver le véritable amplacement de ^^^"«3. Les ruines de cette ancienne capitale des premiers rois d'Israël fourniront quelque jour, DOU| n'en doutons pas, de '^«•éciw»» p* ^"iHM^iaircs à l'exégèse b!'^<jue.
566 insTomE de l'égltse. — v* îîroorE (lOOl-rSO).
de l'ouest, qui regardait la Méditerranée; et, à l'époque d'Amri, on se préoccupait peu du dang-er des invasions par mer. Lu plaine ouverte de ce côté était baiprriée par un cours d'eau qui a??.urait s;i fertilité. Celte émineuce à laquelle Amri préparait une royale destinée, « appartenait à Somer, de la tribu d'Eplnaïra. Le souverain l'acheta au prix de deux talents d'argent *. » La modicité du prix pourrait faire croire que Somer ignorait le dessein du roi d'Israël en faisant cette acquisition. Mais il paraît plus probable qu'un mo- ■ tif de vanité personnelle le détermina à céder si généreusement son patrimoine; en effet, le texte sacré ajoute « qu'Amii voulut donner à la ville qu'il fit élever en ce lieu , le nom de Samarie ^, » rappelant ainsi celui de Somer, son premier possesseur. Xort -^0. La construclion de Samarie employa les six premières années
Toirîî'ir-'ël du règne d'Amri. Alors ce prince put quitter Thersa, et transporter ^'^'^' définitivement le siège de son empire dans la nouvelle capitale. Du reste Amri continua sur le trône de Jéroboam les traditions d'inv. piété et d'idolûlrie inaugurées par le fondateur du royaume d'Israël. Il donna publiquement l'exemple de l'infidélité au Seigneur, surpassa tous les crimes des rois qui l'avaient précédé, et engagea do plus en plus ses sujets dans les sentiers de l'erreur et du désordre*. « Il renouvela les hostilités d'Israël contre Juda, et soulint, à la frontière septentrionale de ses états, une guerre contre Benadad, roi de Syrie, qui lui enleva plusieurs cités *. » Mais le détail de ses expéditions qui avait été enregistré dans le livre des Annales du royaume d'Israël^ n'est malheureusement pas venu jusqu'à nous. « Amri s'endormit ensuite avec ses pères, il reçut lu sépulture à Samarie. » Son règne avait été de douze années. « Achab, son fil?, qui lui succéda sur le trône d'Israël*', » hérita de toutes ses inclinations perverses et fit oublier par ses forfaits l'énorraité des crimes paternels.
MoM -41. Le roi de Juda ne survécut que trois ans à la mort d'Amri.
Jnda (904].' « Dans les dernières années de sa vie, Asa soulîiit de violentes at-
* îll I\eg., cap. xvi, 24. — * Idem, ihid. — » m /?^y., cap. xvi, i5, 26. — • m Reg., cap. xx, bi. — » 111 Ikg., cap, xvi, 27. — « Ail Rcg., cap. ivi, 28.
CHAP. ÎI. — JOSAPIUT, ROI DE JUDA (904-882). 567
taques de goutte. Dans cette douloureuse infirmité, ajoute l'Ecriture, il cherchait pins à s'entourer des ressources de l'art médical, qu'il ne songeait à invoquer le Seigneur. » Après l'injuste tralU^ment qu'il avait fait subir au prophète Hanani, cette conduite, si opposée à celle de la première partie de son règne, ne saurait beaucoup nous étonner *■. a Asa s'endormit avec ses pères ; il mourut dans la quarante et unième année de son règne. On lui donna la sépidture dans le tombeau qu'il s'était fait préparer lui-même dans la cité de David. Son corps y fut déposé au milieu des aromates et des parfums les plus précieux. La pompe de ses obsèques fut magnifique, et l'on alluma en son honneur un immense bûcher funéraire 2. Le détail des actions du règne d'Asa a été écrit dans le livre des Annales des rois de Juda et d'Israël^. » Celte indication qui se retrouve après chacun des noms des rois dans le texte sacré, que nous reproduisons fidèlement, n'est pas seulement uno arce toujours nouvelle de regrets, en nous rappelant la perte de 3 précieuses annales; elle est surtout la preuve de l'antlquilé de la rédaction des livres des Rois et des Paralipomènes. Nous avons ." 'ià eu l'occasion d'en faire la remarque; et c'est à ce point de vus /ril nous parait important de répéter nous-mème cette citation autant de fois que nous la rencontrons dans le récit biblique.
ROIS D'iSnAEL :
Achal) (9»t.88@).
§ V. Josaplîat, roi de Juda (904-8818). — ©«lïttsîas (8X8-88?).
Jorani (88Î-8ÎO),
42. « Josaphat, fils d'Asa, avait trente-cinq ans , lorsqu'il suc- Avènement céda à son père sur le trône de Juda. Sa mère s appelait Azuba, au trône de
j,i la l'iété
fille de Salaï'*. » Digne d'être la mère d"unroi, cette prnicesse avait du nouveau formé de bonne heure ? la piété et à la crainte de Dieu le cœur de son fils ; c'est probablement ce que l'écrivain sacré a voulu nous faire entendre en inscrivant ce nom maternel au début du règne de Josaphat. La gloire d'une mère est tout entière dans son fils,
> II Paralip., cap. xvi, 12. — * II Paralip., cap. XVi, 13 ad ultiai, — » lî Pa^ ralip., cap. xvi. '■^* [Il Reg., cap. xxii, 12.
roi.
568 HISTOIRE DE L'eGLISE. — V" EPOQUE (IOOI-086).
a Josaphat* marcha dans les voies de la justice et de la fidélité comme l'avait fait Asa, et ne s'en écarta jamais. Il eut toujours la loi du Seijjneur pour règle de ses actions'. Aussi Jéhovab fut avec lui, parce que ce prince suivit les premières voies de David son illustre ancêtre. Il n'inclina jamais le front devant les Baalira de l'idolâtrie ; mais il plaça son espérance dans le Dieu de ses pères, il respecta toutes ses lois, et ne partagea point l'infidélité des rois d'Israël. Le Seigneur consolida le sceptre dans sa main. Tout le peuple de Juda accourait ofifrir des présents à son jeune et pieux roi. Bientôt les trésors de Josaphat regorgèrent de richesses, et son nom fut environné de gloire. Il profita du surcroît d'influence que cette situation créait en sa faveur pour marcher avec plus d'énergie et de sainte audace dans les sentiers du Seigneur, et renouvela toutes les défenses précédemment portées par le roi son père contre rido< latrie. Ce qui restait encore de bois sacrés et de temples d'idoles sur le territoire de Juda, fut impitoyablement détruit 2. On rechercha avec la dernière rigueur les corrupteurs infâmes qui cherchaient à initier le peuple aux mystères d'Astarté '. » C'était là en effet le grand moyen de séduction de l'idolâtrie, et c'est aussi l'explication des ravages que nous lui voyons faire trop souvent parmi les enfants d'Israël. L'Astarté de Phénicie, la Vénus des Grecs et des Romains, la voluptueuse déesse des temples d'Isis et des mystères de Cybèle a fait plus d'idolâtres que tous les vers d'Homère ou d'Hésiode; elle a corrompu vingt fois plus de générations humaines que toute la philosophie de Platon n'a fait de sages. On oublie trop généralement ce caractère ignominieux du polythéisme, et on ne tient pas assez compte de l'attrait puissant qu'il exerçait par ce côté honteux sur tous les mauvais instincts du cœur, quand on apprécie l'histoire du peuple juif et qu'on étudie le récit de ses nombreuses prévarications. Astarté ni Vénus n'ont plus aujourd'hui d'autels de marbre ou de pierre dans aucune nation civilisée; cette victoire sur la chair et le sang a été manifestement le fruit de la
« III neg., cap. XXII, 43. — » II Paralip., cap. xvii, 3-6. — » III licg., cap. XXII> 47.
doctrine de Jésus-Christ qui a fait germer la chasteté dans le inonde ; mais, hélas ! si le règne officiel de l'infamie est anéanti, en peut-on dire autant de la séduction occulte qui maintient encore sur tant d'âmes le désastreux empire de la volupté !
43. La vigilance de Josaphat ne négligeait aucune des sollici- *-^^^'^^^^ tudes d'une sage administration. « Il établit dans toutes les places |J]^J^'*^j;^ fortes de Juda des garnisons dont il donna le commandement à des officiers capables; il mit en état de défense les villes de la tribu d'Ephraïm que son père avait reprises sur Baasa *. » Cependant il réorganisait les flottes d'Aziongaber et cherchait à rouvrir au commerce de Juda les routes d'Ophir^. Le premier, il eut l'idée qui fit plus tard la gloire de Charlemagne, dont les Missi dominici ne sont que la reproduction d'un système déjà pratiqué par Josaphat. a La troisième année de son règne, il choisit parmi les princes de sa cour Benhaïl, Obdias, Zacharie 3, Nathanael et Michée * et leur donna la mission de parcourir les cités de Juda. Il leur adjoignit les lévites Séméïas, Nathanias, Zabadias, Asaël, Sémiramoth, Jonathan, Adonias, Tobie et Tob-Adonias, sous la direction des prêtres Elisama et Joram. Le livre de la Loi à la main, ils instruisaient le peuple de Juda, et parcouraient ainsi les cités du royaume. Bientôt le nom de Jéhovah fut respecté des tribus voisines, et nulle d'entre elles n'osait violer les frontières du roi Josaphat. Les Philistins lui envoyaient des offrandes et lui payaient un subside en argent; les Arabes lui faisaient des dons en nature et lui amenaient chaque année sept mille sept cents moutons et autant de chèvres. La puissance du pieux roi allait chaque jour en croissant et sa gloire n'avait plus de rivale. Il put alors couvrir le territoire de Juda de tours et de forteresses; il multipliait les places fortes, et cependant son armée permanente à Jérusalem se recrutait parmi les plus braves et les plus aguerris. Ednas, Johanan, Amasias, fils deZechri,
» II Paralip., cap. xvii, 2. — * III Reg. cap. xxii, 49. — ' Zacharie n'est point le prophète de ce nom dont le livre a été conservé dans le canon des Ecritures. Ce dernier vivait, ainsi que nous le dirons plus tard, à l'époque de la captivité de Babylone. — * Michée est également différent des deux prophètes de ce nom, dont noua auront, dans la suite, à raconter l'histoire.
S70 niSTOiRE DE l'église. — V* ÉPOQUE (1001-586).
consacré au Seigneur, Eliada et Jozabad étaient les chefs de ses troupes. Le roi les avait toujours sous sa main. Ces corps d'élite auxquels ils commandaient étaient indépendants des garnisons militaires réparties sur tous les points du territoire •. Josaphat les avait divisés en brigades qui le servaient chacune aux époques qui leur étaient assignées *. » Le trône de Jérusalem retrouvait la splendeur des jours glorieux de Da-\-id. La paix régnait avec l'abôadance sous le sceptre de Josaphat. Celte paix, qui faisait à la fois le mérite et la récompense de la sage administration du roi de Juda, fut d'autant plus remarquable que le royaume d'Israël avait alors à sa tête un des princes les plus impies de ceux qui se succédèrent dans le gouvernement des tribus séparées. ^ "^ab'Vi ^^^' ^^^^^^^f ^'^'^ ^'- successeur d'Amri, régnait déjà depuis Iruis
eT'rliie ^"^ ^"" ^® peuple d'Israël, à l'époque de l'avéneraent de Josaphat.
hbaai, Le contraste entre le caractère et les mœurs de ces deux princes
i ries -t
aiens. ne pouvait être phis tranché, a Achab, dit l'Ecriture, fîtoubUersur le trône de Samarie, par sa tyrannie, les crimes de son père. Son idolâtrie ne fut plus seulement une infidélité, ce fut le débordement de toutes les infidélités. Il ne se contenta point des veaux d'or de Jéroboam, fils de Xabath; il introduisit d'autres dieux. Epoux de Jézabcl, fille d'Elhbaal, roi de Sidon, il trouva dans celte femme une compagne digne de lui. Jézabel signala son inflac-nce par des cruautés inouïes. Elle fit rechercher tous les prophètes de Jéhovah pour les mettre à mort ^. » Le ministère prophétique eut ainsi ses premiers martyrs en Israël, comme le ministère apokolique aura les siens sous tous les cieux et à toutes les époques de l'histoire catholique. Pour perpétuer le souvenir de son aliiance avec cette étrangère, Achab fit construire à Samarie un temple au dieu Baal. Il l'entoura d'un bois sacré où il inaugura au milieu de sa capitale le culte infâme d'Aslarté, et recueillit probablement, pour l'exercice de ce ministère abominable, les initiateurs que Josaphat venait de chasser de l'étendue du territoire de Judu. Jamais l'ido-
' M Fnralip., c.ip. xvii, 7 ad ultiui. — > I Pnralip., cap. xxvu, 1. — ' III Reg., eap. xvn, ♦.
CnAP. ir, — JOSAPHAT, ROI DE 3UDA (904-882). 571
Idtrie ne s'était afïïcliée en Israël avec une pareille impudence; jamais le courroux du Seigneur n'avait été provoqué par des attentats plus multipliés. En ces jours, an mépris de l'anatlième prononcé par Josué , et sans douti; par une ostentation d'ironique dédain, analogue à celle de Julien l'Apostat quand il voulut relever le temple de Jérusalem, on vit un des oliiciers d'Acliab, nommé Hiel, entreprendre de rebâtir la cité de Jéricho dans la vallée du Jourdain. «Mais la parole de Josué, fils de Nun, se vérifia sur lui d'une manière éclatante. Le jour où la main sacrilège d'Hiel posa la première pierre de la ville maudite, Abiram son premier ne était frappé de mort, et le jour où it terminait cet ouvrage impie, quand on dressa les portes de la cité, Ségub,le dernier de ses fils., succombait, sous les yeux de son père, à une mort également foudroyante *. »
43. Le règne d'Achab fut la plus complète expression de la tj^- Le prophète
• iiA.. • / T'1 •• 1 Èlie et
rannie idolatrique mauguree par Jéroboam, en opposition avec la m. Renan, doctrine traditionnelle de la suzeraineté théocratique de Jébovah. Le peuple d'Isrâcl, dont la soumission aveugle à tant de dominations odieuses a de quoi nous étonner, subissait l'un après l'autre tous ces dcspotismes dont l'état actuel de l'Orient peut seul nous donner une 'dée. Loin de réagir contre l'oppression, il semblait courir au-devant de scli aines que chaque nouvel avènement lui apportait. Les esprits, éteints par les doctrines des cultes sensuels de Sidon et de la Phénicie, achevaient de perdre le sens moral dan,* une dégradation honteuse. La corruption d'un peuple est le préludft de son asservissement. Aussi rien n'était moins républicain que le peuple scbismatique d'Israël. Tout le récit qui précède a pu en convaincre le lecteur; nous avons mis sous ses yeux le texte entier de la Bible, il peut donc vérifier lui-même d'après les documents authentiques la justesse de notre appréciation. M. Renan est d'un avis contraire. <( Le vieil esprit républicain, dit-il, vivaitdansîe Nord » et allait bientôt aboutir à l'apparition du plus séditieux des Prot phètes, du démagogue Elle". » — « Le vieil esprit républicain du
' III Rcg., cap xvi, 29 ad uUim.
a E. fteuau, Le Cantique de» ^uA^Uqurs- nag. 111, 112. M. Reuao ue pread paa
Nord, 0 c'est-à-dire du royaume d'Israël, voilà bien l'anachronisme le plus paradoxal qui ait jamais été écrit! Le « démagogue Elie 0 est une des créations fantastiques que l'exégèse moderne pouvait *eule imaginer. Nous lui en laisserons tout l'honneur. Il nous suffira, pour faire évanouir ces fantômes du dogmatisme rationaliste, de les mettre en regard du texte de la Bible.
« Le plus séditieux des prophètes, le démagogue Elie, dont l'ap- » parition, » comme dit M. Renan, « résuma le vieil esprit répu- » blicain qui vivait dans le Nord, » n'était pas du nord de la Palestine. Les lecl-eurs de M. Renan ne pourraient guère s'en douter, après l'alïïrmation si explicite du savant exégète. Mais enfin, notre respect pour la vérité nous force à dissiper sur ce point leur illusion La petite ville de Thesbé, patrie du prophète Elie, était située danj, la partie méridionale de la Judée, au centre de la tribu de Gad, sul la rive orientale du Jourdain *. Etranger au Nord de la Palestine par sa naissance, Elie ne l'était pas moins par son éducation. Jusqu'à l'âge où la parole de Jéhovah vint ouvrir sa carrière prophétique, il vécut à Thesbé, sa patrie, et dans le territoire voisin de Galaad *, c'est-à-dire sur la rive orientale du Jourdain, conquête de Moïse, et dont la tribu de Gad avait été mise en possession par le grand législateur, antérieurement à la soumission du reste de la Terre promise par Josué ^. Le Nord de la Palestine et le prophète Ehc n'ont rien de commun. La géographie et l'histoire de M. Renan valent sa philosophie, mais il lui importait de travestir une des plus
la peine de justifier son étrange assertion. Il la pose en axiome , cela suffit. Jamais la science n'a procédé avec un plus entier dédain pour les monuments historiques, et si M. de Maistre vivait de nos jours, il pourrait à chaque instant vérifier la justesse de sa maxime : L'incrédulité oblige l'esprit à une •oumissiou bien plus aveugle que la foi; l'iacrédulilé est contrainte de s'incliner sous la parole d'un homme; la foi ne s'incline que devant la parole de Dieu.
1 Voy Reland.j Palœstina illu^trata, pag. 1035; de Saulcy, Dut. des antiq. hibl., pag. 827. Cf. toutes les cartes connues de la Judée ancienne et mo< derne. Voyez de plus Joseph., Antiq. judaic, lib. VIII, cap. vii; Zonaras, Aw nales, lib. II, pag. 90.
* Lisez le {" verset, chapitre vu, du III" livre des Rois : Elie de Thesbé , xm des habiianis de Galaad : Elias Thesbites, de habitatoribus Galaad, — ^ Voyen tom. I de cette Histoire, pag. 719.
grandes figures de l'histoire du peuple de Dieu. Elie touche aux deux Testamçnts, sa gloire ne rayonne pas seulement à travers les ténèbres idoldtriques du règne d'Acbab, elle s'est illuminée d'un re« flet du Thabor évangélique, et doit surgir une dernière fois sur les sépulcres ouverts de l'humanité , à la consommation des siècles : on conçoit donc que le rationalisme moderne ait quelque intérêt à ne point lui ménager l'outrage et la calomnie. 46. Pourtant, nous sommes heureux de le constater, M. Munk, Appréciatio»
du rôle
dont nous n'avons que trop souvent l'occasion de combattre les politique
d'Elie, [liiv
doctrines, ne s'est point associé, en cette circonstance, à l'incroya- m. Munk.
ble jugement qu'on vient de lire. Son appréciation du rôle d'Elie,
rédigée exclusivement au point de vue politique, est complètement
différente de celle de M. Renan, et, sauf les termes de révolution ^
de fanatisme et d'exaltation, qui sont le sacrifice obhgé fait aux idées
rationahstes, est à peu près irréprochable, a Le pays d Israël, dit
» M. Munk, ne pouvait sortir de la malheureuse situation (où le
» plongeait le règne d'Achab) que par un coup violent; il fallut un
» homme énergique, plein de courage et de dévouement, pour en-
» traîner les indécis et pour faire triompher la sainte cause de Jé-
» hovah et de la nationalité hébraïque contre la tjTannique fureur
» de la princesse phénicienne. Comme ce sont toujours les situa-
» tiens qui produisent les hommes, Israël, dans ces temps calami-
» teux, vit paraître un sauveur, qui entreprit à lui seul, sinon d'ac-
» complir, du moins de préparer une révolution, et de renverser la
» dynastie impie qui voulut effacer jusqu'aux dernières traces du
B culte national. Cet homme fut le prophète Ehe , le héros de
» cette époque. Plein d'un enthousiasme fougueux, qui s'exaltait
» souvent jusqu'au fanatisme, il bravait par sou courage et sa cons-
B tance, les fureurs d'Izabel (Jésabel), et faisait trembler maintes
D fois le roi Achab, qui, tout en le détestant, ne put lui refuser son
» respect. Comme Samuel, il était inflexible lorsqu'il s'agissait
» d'arriver à son but, et ne craignait pas de se montrer dur et
» cruel, pour accomplir ce qui lui paraissait nécessaire. Malheu-
y> reii sèment Israël était déjà tombé trop bas pour'pouvoir être en-
• fièremeut relevé*. » On le voit, M. Muuk prend le parti d'Elie contre M. Renan. Celte contradiction entre rationalistes niL-ritait d'être signalée , ne fût-ce que pour mieux faire ressortir la divine simplicité du récit biblique qu'on va lire, et qui seule donne la vérité pleine et complète sur la mission sublime du propbète Elie.
Eiie. 47^ (, Eije de Thesbé, un des habitants de la province de Galaad,
Sécheresse ' ^ - >
ft famine et. gg piéscuta dcvant Acbab : Vive Jébovah, le Dieu d'Israël, sous le
Israël. Le *■ ' '
Car7u"eUes ^^o''^''*^ duquel je suis en ce moment! dit-il. La rosée et la pluie "u^dd* ^^"*^ cesser de fertiliser la terre jusqu'au jour où ma bouche s'ouvrira pour leur en donner l'ordre! — Ainsi parla le prophète, et, sans ajouter un mot de plus, il s'éloigna. Le Seigneur dit alors à Elie : Dirige-toi à l'orient de Samarie, et tiens-toi caché sur les bords du torrent de Carith ^, près du Jourdain. Tu auras l'eau du torrent pour tabreuver; quant à la nourriture, les corbeaux de la jnontagne y pourvoiront par mon ordre ^. » Nous ne connaissons guère de démagogue, en ce temps où d'ailleurs nous avons assez l'occasion d^en connaître, dont la carrière pohtique débute de cette façon, et dont les intrigues révolutionnaires se bornent à enfouir leur vie dans la Sulilude, et à recevoir leur pain de chaque jour par l'entremise d'un corbeau familier. Avouons-le donc, il n'y a ici ni révolutionnaire , ni démagogue. Aucun de ceux qu'on appelle ainsi n'aurait accepté le rôle d'Elie. Ils sont trop rationalistes pour confier leurs espérances d'avenir aux corbeaux du désert. Elie était un prophète, il croyait à la parole du Seigneur, dont il était l'organe. Sans hésiter, il alla chercher un asile sur les bords du
* S. Mnnk, Palestine, pag. .107, 308.
* Le Carith, aujouixl'hui Nahr-el-Kelt, traverse la plaine de Jéricho.
■ C'est, dit AI. de Saulcy, une rivière très-rapide qui preud sa source dan» » les luoutagnes de l'ouest de Jéricho, dont la plus célèbre est le Dje! el-
• Koroiitol, la montagne de la Quarantaine, où le Christ passa quarante
• jours. 11 descend avec fracas dans un lit tellement resserré, que ce n'est » qu'une fente profonde en zig-zag dans la montagne. En arrivant à la plaine
■ de Jéricho, son lit est garni d'une très-belle végétation. 11 y a là un ter-
■ rain inutile, mais de terre très-forte, où croit la pomme de Jéricho, qui a
• en même temps, comme l'oranger, la fleur et }«■ fruit. » Dict. des antiq, bibl., pag. 443. — » lir Reg., cap. xvii, 1-5,
de SarepU.
r.HAP. II. — JOSAPHAT, HOI DE JUDA (004-88^2). 573
torrent de Carîlli, sur les flancs abruptes de la montagne où plus tard le Fils de Dieu devait lui-même, par un jeûne et une retraite de quarante jours, préluder aux trois années de sa vie publique. « Elie vint donc se fixer en ce lieu , suivant l'ordre qu'il en avait reçu du Seigneur. Chaque matin et chaque soir les corbeaux venaient déposer à ses pieds les aliments nécessaires à sa nourriture , et il s'abreuvait à l'eau du torrent *. »
48. {( Cependant la pluie avait cessé sur la terre disraël, et après ,i'ajcuve six mois d'aridité 2, le lit du torrent était resté à sec. La voix de Jébovah se fit encore entendre à son serviteur : Lève-toi, lui dit-il, et va à Sarepta , dans la terre des Sidoniens. Une femme veuve de ce pays se chargera, par mon ordre, de te nourrir ^. » Sarepta, sur "la côte de la Méditerranée, entre Tyr et Sidon, était placée au centre de la domination phénicienne, et faisait partie du royaume d'Ethbaal, père de Jézabel, l'épouse idolâtre d'Achab. Que les rationalistes daignent nous expliquer pourquoi Elie choisit précisément pour lieu de sa nouvelle retraite, une ville où Jézabel et Acha}) pouvaient si facilement, par le roi phénicien, se rendre maîtres de sa personne; qu^ils veuillent bien encore nous dire dans «^uel but ce « démagogue » s'éloignait du territoire d'Israël, sans
1 m Beg., cap. xvîi, S, 6.
2 Le livre des Rois ne fixe pas la durée totale de la sécheresse extraordinaire qui eut lieu dans tout le pays d'Israël et daus le royaume phénicien au temps d'Elie. il dit seulement que le séjour du Prophète à Sarepta fut de trois ans. Cette indication a été complétée par deux passages du Nouveau Testament : Muliœ viduœ erant in diebus Eliœ in Israël quando claasum es. cœlum annis tribus et mensibus sex, cum fada esset famés magna in omni terra. (Luc, Evang., cap. iv, 25.) Elias oratione oravit ut non plueret super ierram et ion pluit annos très et menses sex. (Jacob., Epistol. calhoL, cap. v, 17.) Dès lors a est certain que la durée du séjour d'Elie aux abords du torrent de Carith Sit de six mois.
2 m Ileg., cap. xvii, 7-9. « Laissant à notre gauche, sur la hauteur, dit M. de B Sauîcy, le village moderne de Sarfent, à notre droite se projette dans la » u f^ le Bas-Sarfent, et nous arrivons aux ruines de la Sarepta biblique, ap- » pelées par les Arabes Kharbet-Sarfent. C'est là que demeurait la pauvre veuve p qui donna asile au prophète Elie. U ne reste de Sarepta que des décombres » informes, mais qui recouvrent un terrain considérable. Les Arabes des » villages voisins viennent y prendre les pierres de coy**:r»^lion dont il» ont *liesoiu. » {Dict. des aniiq. bibl., pag, 893.)
576 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — "V' ÉPOQUE (1001-586).
Bouci de son influence ni de ses prétendus projets de révolution, pour aller vivre dans un royaume étranger, où le nom de Jchovah n'était pas adoré, et pour renfermer ses relations dans le cercle étroit de l'humble demeure d'une pauvre veuve. Dieu commande, le prophète obéit; voilà la vérité. Dieu met à sa parole le sceau du miracle; il n'y a point de démagogie dans tout cela. « Elie quitta les rives desséchées du torrent de Carith, et traversant la Palestine dans toute sa largeur, vint à la ville sidonienne de Sarepla. Assis à la porte de la cité, et succombant à la fatigue et à la faim, il vit une pauvre veuve qui ramassait du bois. Il l'appela : Donnez-moi, lui dit-il, un peu d'eau dans une coupe, afin que je puisse étancher ma soif. L'étrangère courut aussitôt dans la direction de sa demeure, pour y chercher ce que demandait l'inconnu. Elie lui cria de loin : Apportez-moi aussi, je vous supplie, une bouchée de pain pour soutenir mes forces épuisées. —Vive le Seignem-, votre Dieu I répondit la femme. Je n'ai plus de pain; il me reste à peine une poignée de farine dans le fond d'une jarre, et quelques gouttes d'huile, les dernières de ma provision, dans un petit vase de terre. J'étais allée ramasser quelque peu de bois, dans l'intention de faire encore un pain cuit sous la cendre avec la farine et l'huile, pour ma nourriture et celle de mon fils; après quoi il nous faudra mourir. — Allez, reprit le prophète, ne craignez point et faites ce que vous venez de dire. Cependant préparez d'abord pour moi un petit pain cuit sous la cendre, et apportez-le moi. Vous aurez ensuite de quoi pourvoir à votre nourriture et à celle de votre fils, car voici ce que dit Jéhovab , le Dieu d'Israël : La jarre de farine ne s'épuisera point, l'huile ne tarira point dans le vase jusqu'au jour où le Seigneur rendra avec la pluie la fertilité aux campagnes désolées. — La veuve de Sarepta crut à la promesse de l'homme de Dieu. Elle rentra dans sa demeure, suivit toutes les recommandations d'Elie; le prophète mangea le pain qu'elle lui avait pr(''paré, et depuis ce jour la farine ne s'épuisa plus dans la jarre, ni l'huile dans ie petit vase de la veuve jusqu'au retour de la fertilité *. •
» m Ikg., cap. iviii, 8-16.
49. Les « démagogues » de nos jours n'ont pas à leur disposi- h^^^^^^^ tinn des moyens de séduction de ce genre. L'abondance est rare- rajioi.aïunia ment le fruit de leurs conseils. Les rationalistes, d'un autre côté, se révoltent au récit de tels miracles ; ils les traitent de légendes. C'est ainsi que nous retrouvons presque identiquement sous la plume de M. Munk , à propos de ces prodiges opérés par Elle , la phrase que M. Renan consacre à l'appréciation de l'histoire de Moïse. « La vie y> et les faits du prophète Elie, dit M. Munk, ne sont parvenus que » sous l'enveloppe des traditions mythiques, dont l'imagination po- » pulaire les a entourés dans le cours des siècles. Dans l'absence de » documents suffisants purement historiques, nous devons attacher » un grand prix à ces traditions populaires , qui nous donnent la 1) mesure de l'admiration que les faits du prophète inspiraient à ses » contemporains et des grands souvenirs que la postérité attachait » à son nom*. » L'enveloppe des traditions mythiques sous laquelle ,. M. Munk cherche la véritable histoire d'Elie vaut les impénétrables ténèbres qui couvrent, pour M. Renan, le preinier monument religieux d'Israël^ celui dont Moïse fut l'hiérophante et le héros^. Au point de vue de Tantériorité , l'avantage appartient à M. Munk 3; M. Renan s'est dédommagé en élevant presque au lyrisme la formule de son prédécesseur. Mais qu'importe la formule ici ? La vérité, en cette matière, est d'une importance trop capitale pour être jamais réduite à une querelle de rhéteurs. Donc, ni M. Renan, ni M. Munk. ni l'école rationaliste moderne ne veulent accorder au Dieu toutpuissant la faculté de faire nourrir par les oiseaux du ciel un prophète retiré dans une grotte , aux bords d'un torrent. C'est par la même raison qu'ils refuseront de croire que, gur la montagne même où Elie avait trouvé un asile, a les Anges s'approchaient de Jésus- Christ, et le servaient. » Ils refusent à la providence du Dieu qui
* S. Munk, Palesiùxe, pag. 309. — * E. Renan, Etudes d'hist. relig., pag. 92, Voir tom. 1 de celte Histoire, pag. 601 et suiv.
3 L'ouvrage de JI. Munk, intitulé Palestine, fut publié en 184"J : la quatrième édition des Etudes d'histoire religieuse par M. Renan, la seule que nous ayon» 60US la main, est de ISoO. Mais, par le rapide écoulement de tuus les ouvrag»!5 du savant professeur, nous pouvons supposer que c'est beaucoup recu'cr la première publication de celui-ci en la reportant à i835.