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IX. DESTRUCTION' DU ROYAUME D'ISRAEL

bo. Osée, dernier roi d'Israël. Prophétie d'Isaïe et de Michée contre la vin« de Samarie. — 97. Captivité d'Ofiée. Siégt de Samarie. Un problème d'exé-

HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — V* frOQCE (1001-386).

gèse bibli<7ue. — 9S. Le nom du monarque assyrien vainqueur de Samarie, retrouvé à Khorsabad. Découverte de M. J. Oppert. — 99. Prise de Samarie par SargOLi. Captivité des Israélites transportés en Assyrie. — 100. Colonies assyriennes amenées sur le territoire d'Israël. Le culte de Jéliovah et les inscriptions Sargonides. Coaclusion.

§ I. Joram, rul de Jada (882-875). — Joram, roi d'Israfil (881-874).

ATénement 4. Le fils aîné de Josapliat lui succéda sur le trône de Juda, 11 se

le Joram, nu '■

de jo!ïpLat.- nommait Joram, comme le roi d'Israël. Ainsi deux princes du même

aa trône de *■

jnda.ScB nom, l'uu fils d'Acliab, l'autre son gendre, l'un fils de Jézabel,

créantes et ' c

son idoiâtrit. l'autre époux d'Athalie, régnèrent simultanément dans les cités ri-

Les deux '■ °

Joram. valos de Samarie et de Jérusalem. Joram , le nouveau roi de Juda n'imita que trop les désordres et l'impiété du roi d'Israël, son beaufrère. La tradition de Josaphat et de David disparut devant les séductions idolâtriques et l'exemple des cruautés d'Achab et de Jézabel. « Josaphat, en assurant la couronne à Joram , avait laissé six autres fils, Azarias, Jahiel, Zacbarie, Azarias, Micbaël et Saphatias. Leur père leur avait donné de riches apanages, de l'argent, de l'or, des revenus prélevés sur les provinces, et enfin les avait éla' blis comme gouverneurs dans les principales forteresses de Juda *.» Les richesses et l'influence de ses frères excitèrent la jalousie et la défiance du nouveau roi. Par un horrible fratricide, dont les annales de l'histoire ottomane ne nous fournissent que trop d'exemples, « Joram fit poignarder tous ces jeunes princes, et comprit, dans sa proscription sanglante, quelques-uns des chefs de la tribu de Juda, dont il redoutait le crédit. Telle iut, à l'âge de trentedeux ans, la froide cruauté par laquelle Joram ne rougit pas d'inaugurer son règne. 11 s'abandonna ensuite, sans ménagement, à l'idolâtrie des rois d'Israël, suivant la direction d'Athalie, sou 'épouse, et commettant le mal en présence de Jéhovah. Un règne commencé sous de pareils auspices devait être court et désastreux. Cependant le Seigneur ne voulut pas, en mémoire de David, son serviteur, anéantir la race royale de Juda. Seulement Joram ne

JII Paralip., cap. ixi, 1-17; IV Beg., cap. viii, 17-19.

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passa point de longs jours sur le trône, il ne régna que huit ans, et, dans cet intervalle, l'Idumée jusque-là tribut;|re s'affranchit du joug des rois de Jérusalem, et se constitua en royauté indépendante. Vainement Joram, à la bataille de Seïra ' , inlligea une sanglante défaite aux tribus insoumises; elles ne consentirent plus à reconnaître sa domination tyrannique, et sont restées jusqu'à ce I jour séparées du royaume de Juda. La ville sacerdotale de Lebna, ; sur la frontière des tribus de Juda et de Benjamin, au sud-est de Jérusalem, refusa d'obéir à un prince qui avait abandonné le culte de Jéhovah : et Joram fut impuissant à la soumettre. A mesure que la résistance du sentiment national se produisait contre sa conduite sacrilège, ce roi impie semblait prendre à tâche de multiplier de nouveau ses crimes. Il fit ériger des temples idolâtriques sur les hauteurs dans toutes les villes de Juda; il ne permit plus même aux habitants de Jérusalem d'invoquer le nom du Seigneur dans le temple de Salomon et entraîna tout son royaume dans une lamentable apostasie ^. »

2. Les jours de la décadence vont désormais se précipiter sur le Décadence deux royautés de Juda et d'Israël. L'idolâtrie n'était pas seulement comme pou-

, , . . 1 • T '^^^^ politique

pour elles, comme pour tous les états, un crime otijcielau pomt de ea Israël. vue religieux; c'était un suicide au point de vue politique. Le peuple hébreu, tel qu'il était constitué par la loi de Moïse, et avec la mission exceptionnelle qu'il avait reçue au Sinaï, ne pouvait maintenir sa nationalité qu'à la condition d'être fidèle à Jchovah son suzerain. La royauté hébraïque, lieulenance de Jéhovah, signait elle-même son arrêt de mort, le jour où elle voulait se sousUaire à la direction suprême de cette majesté invisible, mais réelle et absolue. L'idolâtrie offrait à ces rois aveugles un moyen de donner à leur trône une indépendance apparente qui flattait leur politique à courte vue, et c'est pour cela qu'ils s'y précipitaient avec tant d'ardeur 3. Insensés ! qui ne comprenaient pas

1 Séïra, capitale de ridumée , était probablement, dit M. de Sau'cy, suf l'un des versauls du mont Séïr, au midi de la PalestiLe {Dict. des antiq. bibl.f pag. 80'i). — « Il Pandip., cap. xxi, 8-12; IV Reg., 20-22.

8 Ainsi la politique des rois d'^ise part, de l'autre l'^utraîuement po»»Uèr»^

que la royauté n'était qu'une forme accidentelle du gouvernement des Hébreux; que le jour où, cessant d'être une protection, elle deviendrait un obstacle à la mission du peuple élu, la royauté serait brisée I Nous verrons les événements confirmer jusqu'à l'évidence cette ioi fondamentale de la nation juive. La royauté disparaîtra dans la tempête; mais la nation lui survivra. C'est le seul exemple que l'histoire du monde antique puisse nous oàVir d'une pareille ténacité de vie chez un peuple. Dispersés parmi toutes les contrées de l'Asie, pendant la captivité de Babylone, les Juifs se réuniront de nouveau autour de leur temple en ruines ; ils retrouveront dans ces pierres sacrées l'autel de la patrie, elles quatre grands empires des Assyriens, des Perses, des Grecs et des Romains ne suffiront point à renverser cet autel, défendu par une poignée de soldats, jusqu'au jour où la promesse de l'Eden aura été accomplie, où la mission providentielle des fils de Jacob sera terminée, où ils n'auront plus d'autre raison d'être que celle de porter écrite sur le front, parmi tous les peuples de la terre, la confirmation visible de la vérité évangélique, dont ils sont les plus éloquents et les plus incrédules témoins.

Boywtê 3. L'intervention divine se manifeste ainsi à chaque page de

qui trouvait dans les cultes impurs de la PLénicie la saiis^faction des appétits les plus sensuels, expliquait la facilité dos Juifs à retomber d.ins l'idolâtrie. Nous ne saurions trop insister sur ce dernier poiut qun toutes les découvertes modernes viennent confirmer. Voici, à propos des immumles divinités de la Phénicie, ce que nous lisons dans le journal d'un voyayeur en Orient: «Notre séjour à Beyrouth (mai 1S62), nous permet de visiter l'importante ') colliiction des bijoux et monnaies de l'antique Phénicie. lillo a été formée t> par la persévérance et les soins intelligents de M. le chancelier du consulat '■■ de France, et se compose d'environ cent cinquante pièces, médailles, . bijoux, pendants d'oreilles, etc. Cette collection e=t unique au monde; ■• jusqu'ici il ne nous restaitde l'antique Phénicie que desvesliges insignifiants. Je fus frappé du caractère particulier de quelques-uns de ces curieux mo- » numeuts. Ainsi, une médaille trouvée dans un toml'ejiu de femme porte

• une de ces représentations qui s'étalent d'ailleurs sur les statues colossales

• d'Ammon-Ra, en Egypte, et auxquelles les savants ont djiiné un nom dont ■s je ne tcux point salir les pages de mon journal. Quelle dégiadation morale

• dans ces cultes maintenant oubliés! » (Note communiquée par M. le priuce S. de Bauffrcmont-Courlenay.)

CHAP. m. — jonAM. HOT m ïtida (882-875). G29

l'histoire juive. Mais elle éclate avec une expansion toujours plus rprritnftîîe

(I:sPtop'ièteB

visible et plus saisissante à cette époque néfaste où les deux rois eaistaside Juda et de Samarie travaillent plus énergiquement à la perversion de leurs sujets. Jéliovah, trahi par ses représentants officiels, se choisit des organes qui ne sont ni des guerriers, ni des hommes d'Etat, ni des diplomates. Les trônes humains se soutiennent par des appuis de ce genre; le trône de Jéhovali n'en a pas be?oin. Dans toute la suite de l'hisloire juive comme dans toute la suite de l'histoire catholique, il suffira au gouvernement de Dieu pour criom-» pher des puissances de la terre , de marquer du sceau de la sainteté, de la prophétie et du miracle quelques vieillards isolés, et, avec ces éléments oij le monde ne voit qu'infirmité et faiblesse, il confondra les forces du monde. Merveilleux spectacle, qui dure depuis les jouri de la création ; qui est aussi évident aujourd'hui qu'il le fut au temps d'Elie et d'Elisée , ou à l'époque des patriarches; qui fait toute la consolation et toute la puissance de notre foi en même temps que le désespoir de l'incréduhté rationahstel La vraie royauté d'Israël et de Juda va nous apparaître désormais, non pas entre les mains des princes pervers, impuissants et dégépérés qui en conserveront la dignité nominale, mais entre lea mains d'Elisée, d'isaïe, de Jérémie et des autres prophètes. Le sceptre de ces véritables souverains sera la verge miraculeuse de Moïse , leurs palais seront les rochers des solitudes où la gloire de Jëhovah illuminera leur esprit et leurs pensées; leurs sujets seront tous les cœui's fidèles , et leur diplomatie se traduira en sentences définitives qui marqueront l'élévation , le progrès et la chute des empires à travers les siècles, sans qu'aucune de leur parole soit jamais démentie par l'événement. Rien de tout cela ne ressemble à aucune autre histoire, il est vrai; mais il faut bien que le rationalisme en prenne son parti; nous ne saurions pour lui plaire supprimer la Bible qui l'atteste.

4. Elisée avait donc hérité du manteau d'Elie et de son double Appr&àaap esprit, comme il l'avait demandé à son auguste maître. Dès lois les ''•'^^'^ miracles se multiplièrent sur ses pas. a On raconte de lui, dit » M. Munk, un grand uonabrt de faits miraculeux qui, bien qu'am»

> plifîés par la tradition, nous donnent la mesure de son caractère » et de la populniité dont il jouissait parmi ses contemporains, et n nous montrent l'homme de Dieu déployant une activité bienfai » santé tantôt à la cour de Samarie, tantôt sous l'humble toit de la n veuve, recevant tout le monde, hommes et femmes, pour les ii » truire aux jours de sabbat et de fête (II • Rois, 4, 23), etgénérei B même envers les étranger? et les ennemis de sou peuple, dèi B qu'un malheur personnel leur faisait implorer son secours. » Cette appréciation du rôle d'Elisée témoigne tout l'emijairas du savani Israélite. Les miracles d'Elisée sont, dit-il, « amplifiés par la tra » dition,» et pourtant ils sont enregistrés simplement, sans hyper bole poétique, dans le Livre des Rois, dont M. Muuk leconnaissaL plus haut Tantiquité de rédaction. Mais, qu'est-ce qu'amphfier def miracles? Un miracle est ou n'est pas. Si le prophète Elisée en a pu faire un seul, il en a pu faire mille. Or, M. Munk n'ose pas trancher la difficulté et dire hardiment : Elisée n'a pas fait un seul miracle. Après avoir glissé sur ce terrain brûlant où il ose à peine poser le pied, M. Munk nous dépeint avec complaisance un rôle de Monthyon hébreu, a déployant son activité bienfaisante dans le B palais des rois ou sous l'humble toit de la veuve, généreux mcine » envers l'ennemi de sa patrie qui vient implorer son secours, » En faveur de ce tableau philanthropique, les rationalistes pardonneront à M. Munk son hésitation sur le point périlleux du miracle. Mais l'histoire, avec ses iutlexibles réahtés, se contentera-t-elle aussi facilement de ce timide compromis? Comment la cour de Samarie, dominée par un roi idolâtre qui ne cherchait qu'à étouffer les derniers restes du culte de Jéhovah, laisse-t-elle prêcher impunément ce bienfaisant vieillard? Comment la royauté spirituelle de ce philanthrope est-elle si facilement acceptée par les royautés tyranniques de Juda et d'Israël? Comment enfin un Syrien illustre vient-il chercher près d'Elisée, non pas des consolations, mais la guérison de la lèpre dont son corps est couvert. Tous les Monthyon

*0n se rappelle que M. Munk, faisant ses citations d'après la division hébraïque dea Livres saints, désigne ainsi le IV» livre des Rois de la Vulgate.

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réunis, tous les médecins du monde guériront-ils un lépreux, ren« drout-ils saine et pure cette chair boursoufflée et bleuâtre qui se détache par plaques énormes, laissant à vif la plaie saignante, et dévorant sa victime jusqu'aux os '? Que font, devant cette lèpre do Naaman, l'euphémisme de M. Munk et la périphrase qu'il emploie pour déguiser un miracle, le plus caractérisé et le plus saisissant, sous cette vague banahté : « Elisée se montrait généreux même » envers les étrangers et les ennemis de son peuple, dès qu'un » malheur personnel leur faisait implorer son secours? » Tous les voyageurs européens ont pour les lépreux de la Palestine la plus profonde pitié : il s'est trouvé plus d'une fois parmi ces voyageurs des médecins habiles que la vue de ces malheureux attenchissait jusqu'aux larmes; mais cette pitié pour leur infortune et la générosité avec laquelle on leur accordait l'aumône de quelques pièces de monnaie, ont-elles guéri un seul lépreux?

5. Ce n'est donc point de la bienfaisance, ni de la philanthropie Leseanx

de Jéricho»

qu'il faut chercher dans le rôle historique d'Elisée : ce sont des mir Le chauve at

les enlants

racles. Si le Prophète n'avait eu le pouvoir surnaturel, il n'aurait deBôthei. pas bravé impunément les fureurs de deux rois, conquis le respect et l'amour de toute la Judée , et attiré prés de lui les lépreux du fond de la Syrie. Le personnage d'Ehsée, sans miracles, est impossible; son influence n'a plus de raison d'être; sa popularité est un prodige inexpKcable, et son existence rentre dans le néant. Tel est,

1 La lèpre de Naaman le Syrien à laquelle nous faisons ici allusion, pour être une maladie à peu près inconnue dans notre Europe, n'en est pas moins encore maintenant le fléau de la Palestine; elle résiste à tous les traitements médicaux, et la séquestration des lépreux est le seul moyen d'en restreindre les ravages. Voici un témoignage contemporain qui ne laisse aucun doute à cet égard. « Le 30 avril 1862, arrivés à Naplouse, la Sichem biblique, nou3 établissons » noire campement vers l'une des portes de la ville, au milieu d'un bouquet » de sycomores et de lauriers-roses. •Quelques instants après, une Lande d'au I) moins trente lépreux venait faire le siège de nos tentes, deniaudant le u hachisch à nos drogmaus, avec menace de punir notre refirs par leur dan- » gereux contact. Il nous fallut leur faire l'aumône, le fouet à la main, aswl » moyen de piéveuir des accidents irréparables. » (Note extraite d'un Journal de voyage en Orient, communiquée par M. le prince E. de BaulTremont-Courtenay.)

nous ne nous lasserons point de le redire, le caractère du Livre divin qu'on appelle la Bible. Il faut le supprimer en entier ou l'admettre intégralement : si l'on croit pouvoir en détacher une ligne, tout l'édifice vous écrase sous ses ruines. Elisée en traversant Jéricho, immédiatement après la glorieuse assomption de son maître, vit accourir au-devant de lui les habitants de la cité nouvellement reconstruite, a Seigneur, lui dirent-ils, le séjour de cette ville, ainsi que vous le pouvez voir, nous offre tous les avantages possibles de sécurité. Malheureusement les eaux y sont détestables, et nuisent à la fertilité du sol. — Apportez-moi, dit le prophète, une urne neuve que vous remplirez de sel. — On obéit. Ehsée jeta le sel dans la source qui alimentait la plaine de Jéricho, en disant : Voici la parole du Seigneur : J'ai purifié ces eaux et désormais elles ne causeront ni mort ni stérilité. — En quittant Jéricho, l'homme de Dieu se rendit à Béthel. Les enfants de ce pays, à la vue du front chauve du vieillard qui gravissait péniblement les sentiers escarpés, '^'attroupèrent en lui criant avec cet instinct de cruelle ironie qui isï le propre de l'enfance élevée sans Dieu : Monte donc, chauve! Monte encore, tête sans chevelure! — Ehsée se retourna, et les maudit au nom du Seigneur. En cet instant deux ours sortirent de la forêt, se jetèrent sur les quarante-deux insulteurs qu'ils mirent en fuite '. » Après cette sévère leçon, nous ne voyons plus qu'on se soit permis en Israël une seule plaisanterie sur le front dénudé du prophète.

je*cJ(f:°i7der' ^- ^^ rctour de l'expédition des rois alliés contre la capitale du pays /âl'jîLus*. <^6 Moab, « une veuve vint trouver Elisée. Mon mari, votre serviteur et l'un des disciples des prophètes, lui dit-elle, est mort. Vous savez qu'il avait toujours sous les yeux la crainte du Seigneur. Cependant il a laissé des dettes auxquelles je ne puis satisfaire. Aujourd'hui sou créancier veut me prendre mes deux fils et les garder en servitude *

t IV Beg., cap. li, 19-23. Ainsi que Duclot l'a fait observer dès l'ëpoque de Voltaire et pour répondre aux ineptes plaisanteries de Bolingbroke et de Tiudal à ce sujet, le sens de l'hébreu est celui que nous reproduiaous ici.

* Eucore une preuve manifeste de re.\isteuce, à celte époque, de l'organi- Mtion mosaïque en Israël. Le débiteur insolvable était l'esclave de son

tturi>v:U!t:ui>e.

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pour se couvrir de la perte que je lui fais involontairement éprouver *. n La requête de la veuve ne tendait qu'à obtenir un secours en argent. Un acte de bienfaisance vulgaire aurait suffi pour sécher les larmes de cette pauvre femme. La donnée est donc parfaitement dans les termes que suppose la théorie de M. Munk. Mais Là s'arrête l'analogie. Elisée, ce grand philanthrope qui sème les bienfaits depuis le palais de Samarie jusqu'à l'humble chaumière, est complètement impuissant à ouvrir sa bourse à l'indigence, parce qu'il n'a pas de bourse. « Que voulez-vous que je fasse pour vous? demanda-t-il à la veuve. Dites-moi, que vous reste-t-il dans votre demeure? — Votre servante n'a plus dans sa maison, répondit-elle, qu'un peu d'huile, à peine de quoi suffire à l'onction de mes funérailles, car je n'ai plus que la mort à attendre '. — Allez, lui dit Elisée. Empruntez à vos voisines tous les vases vides qu'elles auront à vous prêter. Prenez-en autant que vous pourrez en trouver. Enfermez-vous dans votre maison avec vos deux fils, et de la goutte d'huile qui vous reste vous remplirez tous les vases l'un après l'autre. — La veuve se hâta de revenir chez elle, et accomplit ponctuellement les recommandations de l'homme de Dieu. Renfermée dans sa demeure, elle remphssait les urnes empruntées de l'huile miraculeuse, et à mesure qu'elle avait rempli un vase, ses fils lui en présentaient un autre encore vide. Enfin, une dernière fois elle dit à celui des jeunes gens qui l'assistait dans ce travail : Apporte un autre vase. — Il n'y en a plus de vide, répondit celuici, et aussitôt la liqueur s'arrêta dans la petite fiole qui lui avait jusque-là servi de source. La femme reconnaissante vint trouver Ehsée pour lui raconter la merveille que sa parole avait opérée pour elle. Allez donc maintenant, lui dit le prophète; vendez l'huile, payez votre créancier, et vivez en paix avec le reste, vous et vos fils ^. »

créancier jusqu'à l'extinction de la dette, ou du moins jusqu'à l'année saba hatique. {Exod., cap. xxii, 26, 27. Voir tom. I de cette Histoire, pag. 622.)

* IV Reg., cap. iv, 1. — » Tel est le sens que Sanctius donne à ce verset, et qui nous paraît réellement le seu' acceptable (Sanctius, In IV lib. Reg., c-.p« IV, 2). — » lY Reg., :ap. iv, 1-7.

631 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — V' fPOQUE (IOOI-086).

La famille 7. Un jouF, Eljsée travorsau i~ vuio de Sunara*, patrie de la

hospitalière ,. , ,, ,. , , • • -iiij

deSunani. jeunc Abisag, dont la douce mémoire est a jamais unie a celle de oracle, la vieillcsse de David. c< Une riche Sunamite le força par ses instances à accepter chez elle le repas ds l'hospitalité, et lui fit un accueil si bienveillant que dans la suite, quand le Prophète passait par cette ville, il entrait toujours sous ce toit ami. La Sunamite dit à son mari : Ce vieillard qui nous visite fréquemment ^ est un homme de Dieu et un saint. Préparons-lui dans notre maison un petit appartement qui sera le sien. Nous y mettrons une natte qui servira de lit, une table, un siège et un flambeau; de sorte que l'homme de Dieu pourra y séjourner, s'il le désire. — Tous ces arrangements furent faits en commun par les deux époux, et Elisée étant revenu les visiter, passa la nuit dans" leur demeure. — Le lendemain, le Prophète dit h Giézi, son serviteur : Appelle la Sunamite, et dis lui de ma part : Vous nous avez servis avec les soins les plus empressés et les plus bienveillants. Que puis-je faire pour vous? Avez-vous quelque affaire dans laquelle je puisse vous être utile, quelque requête à présenter au roi ou au chef de la milice? — Giézi transmit cette proposition à la Sunamite qui se contenta de répondre : Nous n'avons aucune affaire de ce genre, et nous vivons en paix au milieu de nos frères. — Quand Elisée revit son serviteur et en reçut cette réponse, il reprit : Cependant elle a une grâce à me demander, que veut-elle donc que je fasse pour elle? — Ne cherchez pas davantage, répondit Giézi, elle n'a point d'enfants et son mari touche à la vieillesse. — Fais-la venir, dit Elisée, et quand elle fut en sa présence, il lui dit : Dans un an, à pareille heure, vous aurez un fils. — Seigneur! s'écria cette femme, dans le saisissement o\i la jeta cette parole, homme de Dieu! je vous en prie, ne faites point une promesse irréalisable à votre servante, et ne vous jouez point

' Sunam, dans la tribu d'Issachar, est située daus la vdlée d'Endor, eutna les iuoalagnes de Gelboii et le Thabor.

* Les uoiiibreux voyages qu'Elisée était obligé de faire du Carmel à Gaigala pour y visiter l'établissement des disciples des prophètes dont il avait la direction depuis la mort d'Elie, lui donnaient en effet l'occasion de passer fréiinciiiiiient par Sunam. C'est ainsi que tout se tient et s'enchaîne dans la récit biblique.

de sa crédulité I — Or, un an après, à l'heure prédite par le Prophète, la Sunamite avait un fils. »

8. « L'enfant grandit. Un iour il était allé reioindre son père qui L'insolation. ^ '' d j: M Mort et ré-

présidait aux travaux de la moisson dans les champs. » Imprudem- surrection ds

ment exposé à l'ardeur d'un soleil tel que celui de la Judée, l'enfant Sunamitot éprouva l'effet subit et désastreux d'une insolation , pliénomène si commun en Orient. « Il se plaignit tout à coup d'une violente douleur à la tête. Son père dit à un serviteur : Emmène l'enfant et conduis-le à sa mère. — Le serviteur s'empressa d'obéir; la Sunamite prit son fils sur ses genoux et essaya de calmer les souffrances du malade par ses soins maternels ; mais tout fut inutile : à midi elle le vit expirer entre ses bras. La foi de la pieuse Israélite triompha en ce moment de sa douleur; elle porta le corps inanimé de son fils dans l'appartement d'Elisée , le déposa sur le lit de l'homme de Dieu, sortit ensuite, en fermant soigneusement la porte, et alla rejoindre son époux. Sans lui rien apprendre de ce cruel événement, elle lui dit : Donnez-moi un serviteur pour conduire ma monture et m'accompagner jusqu'auprès de l'homme de Dieu ; je ne ferai qu'aller et revenir. — Pourquoi voulsz-vous, répondit celui-ci, aller aujourd'hui trouver le Prophète? Nous ne sommes ni à la néoménie, ni au jour du sabbat, pour aller entendre lespai'oles saintes de l'homme de Dieu. — N'importe, répondit la femme, j'ai à l'entretenir. — Sellant alors elle-même son ànesse, elle dit à un des serviteurs : Conduis-moi promptement; ne perds pas une minute et suis exactement tous mes ordres. — Elle partit donc, et traversa la plaine d'Issachar, en suivant la rive gaucije du Cison. Elle arriva ainsi à la montagne du Carmel où habitait l'homme de Dieu. Giézi l'aperçut de loin et dit à son maître : Voici la Sunamite qui vient à nous. — Cours à sa rencontre, lui dit Elisée, et demande lui : La prospérité continue-t-elle dans votre demeure, et la bénédiction de Dieu repose-t-elle toujours sur vous, sur votre mari et 3ur votre enfant?— Oui! répondit la Sunamite, qui ne voulait nen apprendre à Giézi; et continuant sa course, elle vint se précipiter aux pieds du Prophète, les embrassant et les inondant de larmes. Giézi voulait la forcer à se relever. Laisse-la, dit Elisée, son âme

Commcnci'ment de la famine. Ix'!> coloqninteï.

Multiplicatiou des pains.

est remplie d'amertume, et le Seigneur n'a point daigné m'en ap prendre la cause. — Enfin, d'une voix entrecoupée de sanglots, la Sunamito dit h l'homme de Dieu : Seigneur, vous ai-je demandé d'obtenir pour moi la faveur d'avoir un fils?. Quand vous m'en avez spontanément fait la promesse, au nom de Jéliovab, ne vous ai-je pas répondu : Ne me trompez point? — Elisée comprit tout. Se tournant vers Giézi : Hâte-toi, lui dit-il, ceins tes reins, prends mon bâton et cours à Sunam. Ne t'arrête pas un instant en chemin, pas même pour répondre à la salutation d'un voyageur. Entre dans la chambre où est dûposé le corps de l'enfant et pose mon bâton sur son visage ^

— ViveJéhovahet vive Elisée son prophète! s'écria la Sunamite, je ne vous quitterai pas jusqu'à ce que vous sojez venu vous-même.

— Elisée se rendit à ses instances maternelles et l'accompagna jusqu'à sa demeure. Cependant Giézi les avait précédés. Il était monté à la chambre où reposait le corps inanimé, avait posé sur ses lèvres décolorées le bâton de son maître, et la vie n'avait pas reparu. Il revint en toute bâte et dit à Elisée : L'enfant n'est pas ressuscité. — L'homme de Dieu entra lui-même dans la demeure, monta près de l'enfant, ferma sur lui la porte de la cellule et pria le Seigneur : puis, comme l'avait fait Elie dans une circonstance analogue, il s'étendit à deux reprises sur ce cadavre glacé. En ce moment la bouche de l'enfant s'ouvrit dans un bâillement qui se renouvela sept fois, comme si l'enfant ne pouvait vaincre un lourd sommeil, enfin il ouvrit les yeux. EUsée appela Giézi : Fais venii la Sunamite, lui cria-t-il. — Elle accourut : Prenez votre enfant, dit l'homme de Dieu, il est plein de vie. — L'heureuse mère se prosterna aux pieds d'Elisée, et adora le Seigneur qui venait d€ manifester ainsi sa puissance. Elle prit ensuite son fils dans sef br-is, et le couvrit de larmes de joie et d'amour*. »

9. Au sortir de cette maison où il venait de rappeler la vie, Elisée ne retourna point au Carme), a II se rendit à Galgala, dans la p/ line du Jourdain, à l'établissement des disciples des prophètes, où il se fixa pendant plusieurs années, prenant la diiection de ces

«lVfle^.,oap. IV, 18-37.

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jeunes gens. Or une famine survint à cette époque sur la terre d'Israël. Elisée en avait été prévenu miraculeusement par lEsprit du Seigneur, et il avait dit à la Sanamite : Le Seigneur va frapper ce royaume du fléau de la famine, qui durera sept années. Allez donc avec toute votre famille chercher Thospitalité sur une terre plus fertile *. — La Sanamite était partie aussitôt avec son époux, son fils et ses serviteurs, pour le pays des Philistins. Pendant cette période de temps, le Prophète ne quitta point l'étabHssement de Galgala. Un jour celui des disciples qui avait le soin de préparer les aHments, trouva dans les champs voisins une sorte de vigne sauvage dont les fruits jaunes, comme ceux de la courge, lui parurent propres à servir de nourriture. C'étaient des coloquintes*. Le jeune homme n'en connaissait point la vertu. Il recueillit une quantité de ces fruits , les coupa par tranches et les fit cuire pour le repas. Quand on servit cet aliment inusité, une exclamation générale s'échappa des lèvres des convives : Homme de Dieu, direntils, c'est la mort qu'on nous a servie sur notre table ! — Aucun d'eux ne pouvait goûter à cette amère décoction. Apportez-moi de la farine, dit Ehsée. — Le Prophète en saupoudra la mixtion de coloquintes et dit : Servez maintenant les convives, et qu'ils mangent. — L'amertume avait disparu, et tous se nourrirent de cet aliment miraculeux. Quelques jours après un fidèle Israélite de Baal-Sahsa' vint apporter à l'homme de Dieu, à Galgala , vingt petits pains d'orge cuits sous la cendre, et les prémices du blé nouveau, qu'il

* IV Reg., cap. vin, 1, 2.

* La coloquinte {cucumis coîocynihis) n'est pas un poison proprement dit; c'est un drastique très-violent et d'une excessive amertume. « Elle croit » spontanément dans l'Afrique septentrionale et dans le Levant. Ce végétal » a les tiges grêles, anguleuses, hérissées de poils et couchées; les feuilles > découpées comme celles de la vigne, velues et blanchâtres en dessous; les » fleurs grandes et jaunâtres. Le fruit est globuleux, d'abord verdâtre, puis » jaune, à éoorce mince et dure; sa pulpe est blanche et spongieuse. On em- • ploie la pulpe sèche, à petites doses, contre l'apoplexie, l'hydropisie et la » colique des peintres. La meilleure vient d'Alep. »

8 Baai-Salisa, dans les montagnes d'Ephraïm. C'est là queSaùl cherchait le« ènesses égarées de son père. Eusèbe et saint Jérôme placent celte localité 4 quinze milles de Diospolis.

638 HISTOIBE DE L'fGLISE. — V* ÉPOQUE (1001-586).

avait placés dans son sac de voyageur. Elisée en recevant cette offrande, dit à son serviteur : Dislribuez cet aliment à vos frères.— Hélas! répondit celui-ci, comment cent jeunes gens pourront-ils trouvet- dans ces provisions la plus petite part ? — Fais ce que j'ai commandé, répondit le Prophète; car voici la parole de Jéhovah : Es en mangeront tous, et quand ils seront rassasiés, il en restera encore. — Le serviteur obéit; tous furent rassasiés des pains mira culeux, et après le repas, il en restait encore ^ » le lépreux 10. L'iuvestiturc de la rovauté spirituelle d'Elisée par le miracle lïaaman.àia était désormais un fait de notoriété publique en Judée, et le récit

conr de » i i i

Samarie. qui va suivre nous montrera comment la réputation de l'homme de Dieu se propageait jusqu'aux contrées les plus lointaines, portée par tous les échos populaires, o Quelques pillards, comme il s'en trouve encore à toutes les limites des déserts syriens, avaient franchi la frontière septentrionale d'Israël, et dans un hardi coup de main, avaient fait des prisonniers qu'ils allèrent vendre à Damas. Au nombre des captifs se trouvait une jeune fille juive qui fut achetée par l'épouse de Naaman, j^iince de la milice syrienne. Cet oûicier était un des plus puissants de cet empire; la faveur que Bénadad lui accordait était la récompense de ses sages conseils et de ses illustres services. C'était à lui que la Syrie était redevable de sa prospérité et de sa gloire '. Naaman eut le malheur d'être atteint par la lèpre. La jeune esclave, en le voyant dans ce cruel état, dit à sa maîtresse : Plût à Dieu que votre époux, mon seigneur, se trouvât en ce moment à Samarie. Le Prophète le guérirait de la lèpre. — Celte parole rendit l'espoir à Naaman, il la fit transmettre à Bénadad. Pars pour Samarie, lui manda le roi; je te

* IV Reg., cap. iv, 38 ad ultim.

» Nous ne mentionnons ici que pour mémoire l'interprétation thalmudique de ce verset de l'Ecriture. Les rabbins croient que Naaman était l'archL-r dont la flèche, lancée au ha-ard, avait tué Acliab, à la lialaille de Ramoth- Galaad. Kn rëcoinpcuse de cet exploit, il aurait été ooniblé d'honneurs et de riches?»'» par Bénadad, et se serait montré digne de celte fortune inespérée par sa sagesse et sa rare prudence. Le nom d'Aman, donné par l'iiistorien Jost;|)lie au soldat de Ramoth-Galaad. a pu faire naître cette tradition, dont la Bible ne parle pas.

flonnerai des lettres de recommandation pour le roi d'Israël. — Naaman se mit en route ; il emportait dix talents d'argent, six mille d'or et vingt riches manteaux des étoffes les plus précieuses. La missive roj'ale adressée à Joram était ainsi conçue : Sachez, par cette lettre, que je vous envoie Naaman, mon serviteur, pour que vous le guérissiez de la lèpre. — En lisant une telle communication, le roi d'Israël déchira ses vêlements : Suis-je un Dieu, s'écria-t-il, pour ôter et rendre la santé comme il me plaît? Pourquoi m'envoyer un lépreux à guérir. Vous le voyez, r.jouta-t-il en s'adressant à ses officiers , le roi de Syrie cherche un prétexte pour me déclarer la guerre * ! »

11. Cependant Elisée avait appris à Galgala l'arrivée du lépreux syrien qui jetait la consternation à la cour de Samarie. « Il fit dire à Joram : Pourquoi avez-vous déchiré vos vêtements en signe de désespoir? Envoyez-moi cet étranger, et qu'il sache qu'il y a un prophète de Jéhovah en Israël. Naaman se rendit aussitôt avec son escorte de chars et de cavaliers à Galgala, et se tint à la porte de la maison du Prophète. Elisée lui fît dire par Giézi : AUez vous plonger à sept reprises différentes dans les eaux du Jourdain; votre corps recouvrera sa santé première et vous serez guéri. — La parole et le procédé de l'homme de Dieu blessèrent Torgueil du Syrien. J'avais pensé, dit-il, que ce Voyant aurait pris la peine de se rendre près de moi. 11 aurait alors invoqué le nom de Jéhovah, son Dieu, et, en touchant de la main cette horrible tache de lèpre qui me dévore, m'aurait rendu la santé! Croit-il que les eaux d'Abana et de Pharphar, les fleuves de Damas, ma patrie, ne soient pas meilleures que toutes cefies de la Judée? Je pouvais m'y plonger à loisir et recouvrer la santé sans venir la chercher si loin ! — Dans sa colère, il donna l'ordre à ses serviteurs do reprendre le chemiq delà Syrie. Cependant les officiers qui l'accompagnaient cherchèrent à l'apaiser : Père , lui dirent-ils , si le Prophète vous avait prescrit la chose la plus difficile, certainement vous auriez dû la tenter, Comoien plus n'avez-vous pas l'obligation de le faire quand il vous

Gucrîsou

mirc.culen*!

de

Naaman,

»IV Rerj., cap. v, 1-7,

640 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — V" ÉPOQUE (1001-586).

conseille une chose si simple, et qu'il se contente de vous dire: Baignez-vous dans le Jourdain et vous serez guéri. — Naaraan se rendit à leurs instances; il descendit sur la rive du fleuve, se plongea sept fois dans ses ondes , et sa chair devint saine comme celle d'un pelit enfant ; la lèpre avait disparu *. » Conversion 1:2. « Transporté de joie, Naaman revint avec toute son escorte

Ae Na*nan.

Infidélité troiivcr Eliséc. Admis en sa présence, il lui dit : Je sais maintenant,

•t punition- , / • i i i i-,-

de Giézi. sans pouvoir en douter, que le Dieu unique et véritable est le Dieu d'Israël. Mais, je vous prie, daignez accepter une marque de ma reconnaissance. — Vive Jéhovah, sous le regard duquel je suis en ce moment! s'écria le prophète. Je n'accepterai rien de vousl — Et malgré toute l'insistance du noble étranger, il persévéra dans soi\ refus. Qu'il soit donc fait ainsi que vous le désirez, dit Naaraan. Cependant accordez-moi une nouvelle faveur. Permettez-moi d'emporter la charge de deux mulets de la terre d'Israël. Sur celle terre sacrée je dresserai dans ma patrie un autel d Jéhovah; car désormais votre serviteur n'oÛriia plus ni un holocauste ni une victime à aucun autre Dieul Veuillez pourtant intercéder auprès de Jéhovah pour qu'il me fasse encore une grâce. Lorsque le roi mon maître entre dans le Temple de Remmon, pour y adorer son Dieu, il s'appuie sur mon bras. Je serai forcé de me prosterner avec lui dans ce temple idolâtrique. Priez Jéhovah de pardonner à son jerviteur cet acte oii le cœur n'aura aucune part. — Allez en paix, répondit Ehsée. — L'officier syrien prit congé de l'homme de Dieu, et se mit en route pour sa patrie. Il avait déjà quitté Galgala, lorsqu'il aperçut Giézi qui courait après son char. Le serviteur infidèle s'était dit : Pourquoi mon maître a-t-il ainsi ménagé les trésors de ce Syrien, et refusé ses présents? Vive le Seigneur! Je vais courir iprès l'étranger, et en obtenir une riche ohiande! — Naaman, à la vue de Giézi, descendit de son char, et vint lui-même à sa rencoi. Ire. Tout va-t-il bien? demanda-t-il. — Oui, répondit Giézi. Elisée, mon mai Ire, m'envoie vous dire : Deux jeunes gens m'anivcnt de la montaijue d'Epluaïm, pour demeurer avec les disciples des pro-

» IV hi-'j., cap. y, 1-15.

CHAP. III. — JORAM, ROI DE JUDA (882-875). (j^j

pbètes. Donnez pour eux un talent d'argent et deux paires de manteaux. — Je donnerai deux talents au lieu d'un, reprit le Syrien. -■ Giézi fît quelque difficulté pour accepter cette aumône ainsi doublée, puis il céda aux instances de Naaman. Deux Syriens de l'escorte reçurent l'ordre de l'accompagner à Galg..Ki en portant les deux sacs d'argent où la somme avait été comptée , et la double paire de manteaux. Le soir était venu, au moment où ils approchaient de la demeure du prophète, Giézi déchargea les deux étrangers de leur farden.u , les congédia et rentra seul à la maison, dissimulant avec soin le produit de sa fraude. Qnand il reparut devant Elisée, le prophète lui adressa ces paroles : D'où viens-tu, Giézi?

— Votre serviteur n'a été nulle part , répondit-il avec impudence!

— Quand le Syrien est descendu de son char, reprit l'homme de Dieu, qnand il s'est avancé à ta rencontre, mon esprit était présent. Maintenant donc tu as accepté de l'argent et des étoffes précieuses; tu peux acheter des oliviers et des vignes, des brebis et des bœufs, des serviteurs et des servantes; mais la lèpre de Naaman s'attachera à toi et à ta race pour jamais. - Le serviteur infidèle se retira : sou corps était couvert d'une lèpre farineuse et blanche comme la neige '. »

13. L'étabhsseraent dirigé par le prophète à Galgala devenait Leferd, trop étroit pour la foule des disciples que sa réputation y attirait. 'L'Stir (c Ils duent un jour à l'homme de D^eu : Ce lieu ne suffit plus pour '"ourd°l* nous donner asile. Si vous le permettez, nous descendrons au bord du Jourdain; avec les arbres de la forêt qu'il arrose nous construirons une nouvelle demeure. - Allez, répondit Elisée. — Mais l'un d'eux reprit : Que notre maître daigne venir lui-même diriger ses serviteurs. — J'irai donc avec vous, dit le prophète, et il se mit à la tête de cette jeune colonie. Arrivés au bord dû fleuve, les disciples se mirent à abattre les arbres de la forêt et à préparer le bois dont ils avaient besoin. Dans ce travail, le fer d'une cognée se détacha du manche et vint tomber dans le Jourdain. HelasI s^écria le jeune homme auquel arrivait cet accident, la hache dont je m«

' IV Reg., cap. v, 15 ad ulhm.

-g mtraclei' #V Elisée sont - ils , conanie le prétend le rationalisme, indignes de Dieu?

servais ne m'appartient point. Je l'avais empruntée; comment la rendre à son maître?— Où est tombé le fer? demanda le prophète. - Et quand on le lui eut indiqué, Elisée jeta sur l'eau un rameau de verdure. Le fer de la hache remontant alors à la surface vint s'attacher au rameau et surnageait avec lui. Prends ce fer, dit l'homme de Dieu. — Le disciple étendit la main et ramena sur le nvage cette épave miraculeuse K »

14. Tels sont les miracles d'EHsée. Us ne ressemblent en rien à des actes de bienfaisance philanthropique ou de générosité vulo-aire. Le naturalisme ne saurait expliquer comment un morceau de fer remonte à la surface de l'eau, par le seul fait qu'on aura jeté un rameau de verdure à l'endroit du fleuve où.le lourd métal est tombé. Il ne sa\irait davantage nous dire comment sept bains dans les tlots du Jourdain ont guéri un lépreux; comment une pincée de farine a fait disparaître l'amertume et les autres propriétés d'un drastique aussi puissant que la coloquinte; comment un vieillard, en s'étendant sept fois sur un cadavre, peut y rappeler la vie; comment une goutte d'huile peut sufEi-e à remplir des tonnes de ce liquide, ou comment vingt petits pains d'orge cuits sous la cendre peuvent rassasier cent jeunes convives. Le rationalisme voudrait bien essayer d'une autre méthode; il aurait quelque plaisir à nier en masse tous ces miracles comme indignes de Dieu et insultants pour la raison humaine. Indignes de Dieu! dites-vous. Ce grand Dieu a-t-il trouvé indigne de lui de créer la coloquinte avec la propriété de guérir les maladies que les passions humaines infligent à leurs victimes; et s'il lui a plu de donner de telles qualilés°à ce végétal au jour de la création, où avez-vous lu qu'il se soit retiré le droit de les lui enlever au jour de sa Providence? Trouve-t-il chaque année indigne de lui de multiplier les tonnes d'huile qui encombrent vos entrepôts et vos ports, et de les tirei goutte a goutte d'un grain aussi menu que celui du sénevé, ou de la pulpe d'un fruit qui ne dépasse pas la noisette en grosseur? Et si cnaque année vous lui voyez abcomphr cette merveille que vous

* IV Reg., cap. vi, 1-7.

appelez naturelle parce qu'elle vous est familière , où avez-vous lu que ce grand Dieu se soit privé du droit de multiplier une goutte d'huile et d'en faire jaillir un fleuve? A-t-il trouvé indigne de lui de façonner le limon dont se compose le corps d'un homme ; et, s'il l'a fait, où avez-vous lu qu'il se soit enlevé le droit, quand il le veut et comme il lui plaît, de faire disparaître une lèpre immonde, ou de rappeler l'âme dans la prison de boue qu'elle vient d'abandonner? En vérité, on croirait que la raison humaine, avec ses progrès, avec ses lumières , avec ses médecins , avec ses anatomistes , avec ses mathématiciens, a découvert le secret de la vie animale ou vé» gétale! 0 rationalistes, empêchez donc de tomber le cheveu que le vent de la vieillesse secoue sur votre tête; ajoutez donc un pouce à votre taille ou une heure au nombre de vos heures ! Il était réservé à notre siècle d'entendre des hommes qui vivent des miracles de Dieu , déclarer le miracle indigne de lui et indigne d'eux î

13. La paix n'avait pas été rétablie entre le royaume d'Israël et l'empire syrien, depuis la défaite de Ramoth-Galaad. Benadad, vainqueur d'Achab, après tant de revers précédents, cherchait toutes les occasions de profiter, sous' ses faibles successeurs, des avantages de sa situation. Quand Joram, au miheu de la cour de Samarie , protestait contre l'intention de la lettre royale dont Naaman était porteur, il ne faisait qu'exprimer une vérité générale, quoiqu'il se trompât dans la circonstance particulière. Les hostilités de la part du roi syrien étaient incessantes. L'épisode de la eune Israélite, captive de Naaman, prouve que les frontières sep- 'entrionales de la Judée étaient le théâtre de fréquentes déprédaions, et le récit qui va suivre nous le montrera encore plus clairement. « Benadad multipHait ses agressions contre le royaume d'Israël. Un jour, dans un conseil de guerre, il dit à ses officiers: Nous dresserons une embuscade en tel lieu, et nous userons de tel artifice. — Cependant Elisée envoya dire à Joram : Gardez-vcua de passer tel jour en tel lieu, parce que les Syriens y doivent préparer une embuscade. — Le roi de Samarie profita de l'avis de l'homme de Dieu; il prévint les ennemis, en s'emparani à lavunce du poste qu'ils avaient désigné et fit échouer leur tentative. Des

Inenrsiont

partielles dirigées par

Benadad

contre le

royaume d'Israël. Elisée informe

Joram, roi de Samarie, de toutes lei délibJrationj

du prince

syrien. Epia

soie rte

Dotbaïn.

incidents de ce genre se renouvelèrent jusqu'à trois fois de suite. Déconcevtë dans ses projets, Benadad dit à son conseil réuni: Pourquoi ne me dénoncez-vous pas le traître qui livre tous mes secrets au roi d'Israël? — L'un des officiers répondit : 0 roi, mou seigneur, il n'y a pas de traître parmi nous. C'est Elisée, prophète d'Israël, qui informe Joram de toutes nos délibérations. — Allez donc, reprit Benadad, informez-vous du séjour de cet homme. J'enverrai des soldats qui le feront prisonnier. — Quelques jours après, on vint diie au roi syrien : Elisée est en ce moment à Dothaïn *. — Benadad envoya aussitôt des cavaliers et des chars, l'élite de son armée, qui, marchant toute la nuit, arrivèrent près de cette ville. Au matin , le serviteur du prophète aperçut les ennemis qui environnaient les remparts. Maître, dit-il à Elisée, qu'uUons-nous faire? Nous sommes enveloppés de toutes parts! —-Ne crains rien, dit l'homme de Dieu. Nos défenseurs sont plus nombreux que les ennemis. — Ach-essant alors sa prière à Jéhovah : Seigneur, dit-il, ouvrez les yeux de cet enfant. — Dieu exauça cette prière, et le serviteur vit autour d'Elisée une armée de chars et de coursiers de feu qui semblaient groupés sur des montagnes aériennes. Cependant Elisée était sorti des portes de Dotliaïn, marchant à la rencontre des Syriens. Seigneur, avait-il dit, frappez d'aveuglement toute cette foule. — L'espiit d'aveuglement frappa les Syriens, et le prophète s'avançant au milieu des ennemis leur dit : La route que vous avez prise n'est point celle que vous deviez prendre; cette Tille n'est pas celle que vous cherchez; suivez-moi, je vous montrerai le prophète que vous poursuivez. — Les Syriens le suivirent. Elisée les conduisit à Samarie , et quand la troupe tout entière en

* Dothaïn était située entre Belbsan (Scylhopolis) et le lac de Géuézarelh, dans le voisinage do la grande plaine d'Esdrelou et de l'ancienne Béthuliar « Mais sou identification précise, dit M. de Sauicy, est encore à faire. » {Antiq. i.'Z//., p.'ig. 294.) « Au xv^ siècle, dit RîBr Misliu, on montrait encore la » citerne de Dothaïn, dans laquelle on croyait que Joseph avait été enfermé » par ses frères. » (Ms' Mislin, Les Lieux saints, tom. 111, pag. 361.) Il est regrettaMe que les explorations de.s voyageurs ne se dirigent pas vers cette piaiîie d'KsdrtloD, où tant de localités importantes, telles que Béthulie Dothaïn, Thébès, restent encore 4 découvrir.

CHAP. m. — JORAM, ROI DE JUDA (8S2-875). 645

eut franchi l'enceinte : Seigneur, dit-il, dissipez l'illusion de ces hommes. — A l'instant, leurs yeux s'ouvrirent à la réalité, et lis s'aperçurent qu'ils étaient au milieu de Samarie. Mon perc, dit Joram à l'homme de Dieu, ferai-je passer tous ces cîiptifs au fil do l'épée? — Non, répondit Elisée, ni votre glaive ni votre arc n'ont fait cette conquête et vous n'avez point droit sur leur Aie. Faites apporter à ces hommes du pain pour réparer leurs forces et de l'eau pour les désaltérer. Qu'ils mangent et boivent; ils retourneront ensuite vers le roi leur maître ! — La miséricordieuse sentence fut exécutée. D'abondantes provisions furent distribuées aux Syriens, qui reprirent librement la route de Damas, et à parlir de ce joupj les partis ennemis cessèrent de dévaster le territoire d'Israël '. »

16. Toutefois en renonçant à son sj^stème de déprédalious par- Siéîfe de

" Simarie par

tielles, Benadad, plus irrité que iamais, songeait à une grande ex- Benarfad.

Les horreur»

pédition dont il se promettait l'asservissement définitif du royaume «eia f.iim.

^ Les diiux

de Samarie. « Réunissant donc toute son armée, il vint en personne mères. Vto-

pliélie d'Eii»

mettre le siège devant cette capitale. Il l'enveloppa de toutes parts sèe. i/nrncie»,

° *■ incré<lalo.

d'un réseau de troupes, et les communications furent rigoureusement interceptées. Bientôt la famine fut extrême parmi les assiégés. On vendait une tête d'âne quatre-vingts sicles d'argent. Le combustible n'était ni moins rare ni moins cher. On vendait cinq sicles le quart d'un cab rempli de détritus de colombier, dont les mallieureux Samaritains se servaient pour faire cuire leurs détestables aliments. Un jour, le roi d'Israël, Joram, parcourant les remparts, vit deux femmes dont l'une lui cria : Roi, mon seigneur, sauvez-moi. — Hélas! dit Joram, le Seigneur ne nous envoie pas le salut; comment pourrai-je te sauver? L'aire de mes greniers est vide, et les cuves de mes pressoirs sont épuisées; mais enfin que me demandes-tu? — Cette femme, ma voisine, répondit-elle, m'a dit il y a quelques jours : Donne-moi ton enfant, il nous servira aujourd'hui de nourriture, demain ce sera le tour de mon fils! Nous en somme'' v

convenues. Après avoir épuisé les restes de cet aflVeux repas, j'ai dit à cette femme : Donne-moi maintenant ton enfant, qu'il serve à

IV Reff., cap. vj, 1-23.

646 HISTOIRE DE L 7» «rOQU^ v'^O'-SSÔ).

assouvir notre faim. Or elle a soustrait son fils à toutes mes r8 cherches. — En entendant cet effroyable récit. Joram déchira son manteau, et couvert seulement de sa tunique, il continua à par-< courir los remparts au milieu de la foule émue. Que toutes les malédictions du ciel me foudroient, s'écria-t-il, si la tête d'Elisée, le fils de Saphat, demeure aujourd'hui sur ses épaules* ! » Les rationalistes exphqueront, s'ils le peuvent, cette exclamation de Jorafo^ en présence de tout le peuple de Samarie. Pour faire peser sur le prophète Elisée la responsabihté d'événements qui dépassaient la puissance humaine, il fallait que le roi d'Israël reconnût à Elisée un pouvoir surnaturel. Et s'il le lui reconnaissait, il fallait évidemment qu'Elisée eût fait antérieurement de nombreux et d'éclatants miracles. « Cependant l'homme de Dieu était assis dans sa maison à Samarie, entouré des vieillards qui venaient recueillir de sa bouche les oracles de la sagesse divine. 11 interrompit tout à coup le sujet de l'entretien, et dit à ses auditeurs : Ne savez-vous point ce qui se passe? En ce moment, le fils de l'homicide Aciiab a donné l'ordre de me mettre à mort. Fermez la porte et ne laissez point entrer l'officier qu'il envoie. J'entends déjà les pas de Joram qui accourt lui-même, et suit son messager. — 11 parlait encore lorsque l'ofiScier arrivait à la porte, en criant : Le roi d'Israël fait dire à Elisée : Quand Jchovah nous réduit à de telles extrémités, que puis-je encore attendre de ce Dieu 2? — Joram lui-même, suivi de ses serviteurs et d'une foule nombreuse, avait rejoint son envoyé. La porte de la maison du Prophète ne s'ouvrit point; mais Elisée parut à la fenêtre de l'étage supérieur : Ecoulez, dit-il, la parole du Dieu que vous outragez. Voici ce que dit Jéhovah : Demain, à pareille heure, la mesure de farine se donnera pour un sicle ù la porte de Samarie, et pour le même prix on aura deux mesures d'orge. — L'officier sur le bras duquel Joram s'appuyait en ce moment s'écria : Quand Jéhovah ouvrirait sur nos tètes les cataractes du ciel pour faire pleuvoir l'abondance, ta parole ne saurait se réaliser! — ïu le verra» de tes yeux, répondit Elisée, mais tu n'en profiteras pas '. »

*IV Reg., cap. vi, 24-31. — *Ibid., 32 ad uUim. — ' IV Beg., cap. vu, 1, t.

17. « Or il y avait dans l'enceinte du rempart de Samarie quatre ^^e^c^^p^ iepreux qui se tenaient près de la porte fermée. Ils disaient entre abandonné. eux : Nous mourons ici de faim. Quand même nous parcourrions ^lépreu,^ cette ville, nous n'y trouverions plus aucune ressource. Allons au jde^SamarUu camp des Svriens; s'ils ont pitié de nous ils nous donneront quel- .L'crjcjer^^ ques aliments. S'ils nous tuent, nous nous serons épargné les ^étouj^;?-^ cruelles angoisses d'une longue agonie. - Ils profitèrent donc de ^^p^,rt«^.^^ l'obscurité de la nuit pour se glisser hors de l'enceinte fortifiée et se dirigèrent vers les tentes ennemies. Ils francliirent la première ligne du camp, et s'étonnèrent de n'y rencontrer personne. Or cette nuit même les Syriens avaient entendu dans la plaine le bruit de chariots de guerre et d'une nombreuse cavalerie. Dans leur surprise, ils s'étaient dit : Le roi d'Israël aura soudoyé les princes Héthéens et le Pharaon d'Egypte pour marcher contre nous. Ce sont leurs armées qui s'avancent. — La nouvelle se propagea avec la consternation dans le camp; les Syriens prirent la fuite dans toutes les directions, abandonnant les tentes, les chevaux et les mulets, dans une panique générale où chacun ne songeait plus qu'à son salut individuel. Les lépreux, étonnés du silence et de la solitude, se hasardèrent à pénétrer sous une des tentes. Us se jetèrent sur les vivres qu'ils y trouvèrent, et commencèrent par apaiser la faim et la soif dont ils souffraient; puis ils emportèrent l'or, l'arg-«nt, les étoffes précieuses et allèrent les enfouir hors du camp. Us revinrent à une autre tente; elle était aussi abandonnée, ils la pillèrent encore; puis s'assurant que le camp était vide : Nous nous compromettons inutilement, dirent-ils, voici le jour d'une heureuse nouvelle pour Samarie. Si nous gardons le silence jusqu'au malin, on s'apercevra bientôt de la réalité, et on nous mettra à mort pour nous punir d'avoir tant tardé à la faire connaître. Allons informer le roi de cet étrange incident.— Les lépreux revinrent donc à la porte de Samarie et crièrent aux gardes : Nous venons de parcourir tout le camp syrien. Il n'y a plus un seul homme; cependant les ientes sont debout avec les chevaux et les ânes, attachés à leur campement. — On courut au palais de Joram; h cette nouvelle, le roi se leva et fit convoquer ses officiers. Je comprends, dit-U à son

648 HISTOIRE DE l'Église. — v« époque (i 001 -586).

conseil, la ruse des Syriens; ils savent l'alroce famine à laquelle nous sommes réduits, et ils ont imaginé d'abandonner leur camp, dans l'espoir que le peuple affamé sortira des murs de Samarie pour le piller. Cependant ils attendent, cachés dans la forêt ou dans fes champs, le moment de fondre sur la multitude qu'ils feront prisonnière, et d'entrer à Samarie sans résistance. — Il nous reste encore cinq chevaux dans cette malheureuse ville, dit un des conseillers, nous pouvons envoyer éclaircir le fait. — On amena deux chevaux qui furent montés par des officiers auxquels Joram donna cet ordre : Allez et visitez le camp Syrien.- Les envoyés parcoururent les tentes abandonnées, traversèrent la plaine du Jourdain et vinrent jusqu'à la rive occidentale du fleuve. La route était ionchée de dépouilles de toutes sortes, riches étoffes et vases précieux, dont les ennemis s'étaient débarrassés dans leur précipitation pour alléger leur fuite. A leur retour les cavaliers samaritains rendirent compte à Joram de celte situation inespérée. Des transports de joie accueillirent l'heureuse nouvelle , le peuple s'élança hors des murs de la ville pour piller le camp abandonné, et à l'heure prédite par Elisée, la mesure de farine se donnait pour un sicle d'argent; pour cette même somme on avait deux mesures d'orge. Pour prévenir les accidents que l'encombrement de la foule à la porte de la ville aurait pu faire naître, Joram commanda à l'officier sur le bras duquel il s'appuyait la veille, d'y prendre position avec ses soldats et de maintenir l'ordre. Mais la multitude affamée, dan? son empressement, foula aux pieds ce malheureux. La prédiction del'hommede Dieu se vérifiait ainsi à son égard, et son incrédulité recevait un terrible châtiment*. »

kiS^oi ^^- l'endant que la miséricorde de Dieu se manifestait par des té- LmL ^^^Sn^S^^ si éclatants en faveur de Joram, roi d'Israël, son beau-

,ro^hé,.a„e frère, Joram, roi de Juda, continuait à provoquer par ses crimes la vengeance céleste. La conduite du prince samaritain était plutôt dictée par une iuditiVrence complète au point de vue religieux que par une hostilité ouverte contre le culte de Jéhovah. Le roi de Jéru-

* IV Reg., cap. vu, 3 ad ultim.

salem, au contraire, semblait prendre à tâche d'eûacerlous les vestiges de la religion de Josapliat son père, pour y substituer le culte des idoles. « On lui présenta un jour une lettre écrite par Elie, et dictée par l'Esprit de Dieu à ce grand Prophète, avant qu'il eût été enlevé à la terre *. Cette prédiction était ainsi conçue : Voici la parole de Jébovah Dieu de David, ton aïeul : Parce que tu n'as pas suivi l'exemple de Josaphat ton père et d'Asa, le pieux roi de Juda; parce que tu as voulu imiter l'impiété des rois d'Israël, et que tuag prostitué le cœur de Jérusalem et de Juda aux idoles d'Acbab; parce que tu as fait égorger les princes tes frères qui valaient mieux que toi, et que tu as exterminé la famille de Josaphat tcn père, Jéhovab fera tomber ses vengeances sur toi, sur ton peuple, tes fils, tes épouses et toute ta maison. La mort te frappera après une cruelle maJadie où tes entrailles s'échapperont par lambeaux^. »

19. Cette prophétie ne ramena point à de meilleurs sentiments Mottde

Joram, roi

le roi impie. « Le Seigneur suscita contre lui l'animosité des Phi- deJud*

listins et des tribus arabes, voisines de l'Ethiopie. Daus une invasion formidable, ces peuples ennemis inondèrent le territoire de Juda, entrèrent h Jérusalem, pillèrent le palais de Joram, et tuèrent ou emmenèrent en captivité ses fils et ses femmes. Un seul prince, ,e dernier des fils de Joram, nommé Ochosias, parvint à se soustraire a leurs recherches. A la suite de cette épouvantable catastrophe, Joram tomba dans une maladie de langueur qui dura deux ans, après lesquels les souffrances s'aggravèrent, et devinrent intolérables ; ses entrailles, consumées comme par un poison inconnu, se détachaient par lambeaux. Il mourut enfin, à la tleur de l'âge, au milieu d'atroces douleurs. Le peuple ne lui rendit pas les honneurs de la sépulture royale; on ne brûla point de parfums autour de son corps, comme on l'avait fait pour ses ancêtres, et il ne fut point déposé dans le sépulcre de David. Il avait régné huit ans

' Ou peut croire avec quelques interprètes modernes que cette prophétie avait été écrite du vivant d'Elie, et qu'elle ne fut présentée à Joram qu'après que le grand Prophète eut été enlevé à la terre. C'est ainsi que nous verroQ» Isaïe inscrire le nom de Cyrus dans le livre de ses prophéties, deux sièclM •vaut la naissance du héros. — * II Paralip., cap. xxi, i2-15.

650 HISTOIRE DE l'église. — \° ÉPOQUE (1001-586)*

sur le trône de Jérusalem*. Le détail des actions de Joram, fils de Jopaphat, a été conservé dans les Annales des Bois de Juda '.

% n. Ochosiasj roi de Jnda (873-874). — Joram, roi d'Israël (8S7-874)

Arénement 20. « Apiès la mort de Joram, les habitants de Jérusalem pro-

d'Octiosias '■ '■

ta trône de clamèrent la royauté d'Ochosias, le seul des princes de Juda

Juda. "^ ' '^

échappé au glaive des Arabes. Son règne ne dura qu'un an. Mais, • dans ce court intervalle, il eut le temps de donner la preuve de son impiété. Livré à la direction d'Athalie, sa mère, il se montra l'héritier des traditions d'Achab et de Jézabel. Ses conseillers étaient tous vendus à l'influence de la cour de Samarie, et il suivait aveuglement leur impulsion^. » L'heure du châtiment commun approchait pour les deux races royales alhces maintenant dans le crime. Joram, roi 21. Los avertissements solennels n'avaient cependant point man-

d Israël et -^ -^

Giézi le lé- que à Joram, roi de Samarie, mais il semble que la lumière aveugle

preui. Retour ^ ' » ^i o

deiaSuna- les impics au lieu de les diriger. « Quelque temps après la miracupatr:3. leuse délivrance de sa capitale, Joram rencontra Giézi le lépreux; il fit arrêter son char et voulut que l'ancien serviteur d'EUsée lui racontât les actions prodigieuses dout il avait été témoin quand il accompagnait le grand Prophète. Giézi venait de citer la résurrection du fils de la Sunamite. Pendant qu'il parlait, cette femme vint à passer. Après les sept années de la disette, elle avait quitté les côtes de la Phénicie, et repris avec sa famille le chemin de sa ville natale; mais, de retour à Sunani, elle avait trouvé sa maison et ses domaines saisis par les officiers royaux, comme des biens tombés en déshérence. En voyant Joram, elle lui adressa sa requête, pour être admise à rentier dans l'héritage de ses pères. 0 roi, mon sei gneur, s'écria Giézi en la voyant, c'est la Sunamite dont je vouC racoutais lliistoire ! C'est eUe dont Elisée a ressuscité le fils! — Jo< ram se fit redire cet événement de la bouche même de la Sunamite. Quand elle eut terminé son récit, il s'adressa à l'un de ses officiers :

» II Paralip., cap. XXI, 12 ad ultim. — * ." ^jg'.^cap. viii, 23. — * II Paralip.f cap. xxn, 1-5.

CHAP. m. — OCHOSIAS, ROI DE JDDA (875-874). 6ot

5on rende à cette femme, dit-il, tout l'héritage qui lui a été en- •é, et qu'on lui restitue également les revenus qu'ont produits champs, depuis l'époque où elle a quitté le royaume jusqu'à ce ur*.» — Que les rationalistes essaient de se rendre compte de cet ^ode du récit biblique; ils y trouveront la plus éclatante confiration de l'authenticité des miracles d'Elisée. Le roi d'Israël est un témoin tel qu'ils peuvent le souhaiter; ils ne le soupçonneront pas d'attachement au culte de Jéhovah. Pourquoi donc le nom d'EHsée et le récit d'un de ses plus étonnants prodiges suffisent-ils à protéger la Sunamite, et sont-ils pour cette femme des titres à la faveur royale ? Pourquoi Joram s'arrète-t-il dans sa course devant un misérable lépreux, et bravant à la fois le danger et l'horreur d'un entretien de ce genre, pourquoi recueille-t-il avidement de cette bouche flétrie par la punition divine, le récit des miracles d'EHsée? Evidemment il fallait qu'un prodige récent, public, incontesté, fût venu éveiller l'attention sur l'homme de Dieu, et donner à sa vie un intérêt extraordinaire. La délivrance miraculeuse de Samarie avait dû préparer Joram à croire à la résurrection du fils de la Sunamite; et réciproquement les miracles antérieurs à la déhvrance de Samarie avaient dû préparer cette singulière appréciation de Joram, dont nous avons parlé plus haut, et qui tendait à rejeter sur Elisée la responsabilité d'une situation qui défiait tous fil remèdes humains. Encore une fois donc, tout se tient étroitement dans la chahie du récit biblique, et les efforts du rationalisme sont impuissants à en détacher un seul anneau.

22. Benadad, roi de Syrie, après la levée du siège de Samarie, ^^^B^Sd, était revenu à Damas, sa capitale. « n y tomba malade, et ses offi- '%%^gj^' . tiers lui dirent : Elisée, l'homme de Dieu, vient d'arriver en notre jja™avit K)ays. En effet, le prophète , dirigé par l'Esprit du Seigneur, avait J^f^^^t' quitté la capitale d'Israël pour se rendre en Syrie. Benadad dit à le trône et la Hazaël, un de ses officiers (celui-là même sur le front duquel Ehe avait autrefois versé l'huile mystérieuse de l'onction) : Prends avec toi de riches oiïrandes, et va trouver le prophète. Consulte Jéhovah,

» IV Rcg., cap. viii, 1-6.

652 niSTOiFiE DE l'église. — V* ÉroQUE (1001-.^86).

son Dieu, et demandc-lai si je dois échapper à rinfirmité dont je suis atteint. — Hazaël fit disposer une caravane de quarante chameaux, choisit parmi les richesses de Dam;is les présents du plus grand prix, et vint trouver le prophète. En l'abordant il lui dit : Votre QJs Benadad, le roi de Syrie, m'envoie pour vous transmettre ce message : Pourrai-je échapper à la cruelle maladie qui est venue fondre sur moi? — Eh?ée répondit : Va dire à ton maître : Tu guériras; mais Jéhovah, mon Dieu, m'apprend que tu dois succomber à une mort plus terrible. — Puis regardant fixement Hazaël, le prophète versa un torrent de larmes. Pourquoi mon seigneur pleure-t-il? demanda le Syrien. — Parce que je sais, répondit l'homme de Dieu, ce que ta main doit accumuler de désastres sur les fils d'Israël ! Tu livreras aux flammes leurs forteresses, lu passeras les jeunes guerriers au fil de l'épée, tu égorgeras les entants et tu ouvriras les entrailles maternelles pour massacrer leur fruit! — Qui suis-je donc, s'écria Hazaël, pour exercer jamais une pareille puissance? Votre serviteur est en Syrie ce que l'insecte de la solitude est sur ce chemin ! — Mais Elisée reprit : Jéhovah me fait voir que tu seras roi de Syrie. — Hazaël prit congé de l'homme de Dieu, et retourna près de Benadad. — Qu'a dit Elisée? demanda le roi. — Il a dit que vous devez guér/r. — L'espoir rentra, avec cette consolante réponse, dans le cœur du malade. Mais, quelques jours après, Hazaël s'approcha de son maître, pendant son sommeil, étendit sur son visage une couverture humide etréloutfa. Le meurtrier succéda à sa victime, et se fit proclamer roi de Syrie •. » Expédition 23. La révolution qui venait de s'accomplir en Syrie parut sans roi^disraë'i, doutc à Joram , roi d'Israël, une occasion favorable pour renouve- *ro1deliuda°' 1 .T, coutrc la ville de Ramoth-Galaad, l'expédition qui avait si mal ^ih-Gaïaad réiissi à SOU père Achab. « De concert avec Ochozias, roi de Juda, qui suivaiV toutes ses inspirations, il organisa donc une armée dinvasion. Les deux rois franchirent le Jourdain, cl se dirigèrent vers la cité de Ramoth. Hazaël, le nouveau roi de Syrie, les attendait à la tclp de ses troupes. Un premier combat fut livré sans amener de

• IV lieg., cap. vm, 7-15.

CriAP. III — OCHOSIAS, ROI DE JUDA (873-874). 633

ïésultat définitif, mais Joram fut. grièvement blessé dans la mêlée, et le soir de la bataille il se fit transporter au palais de Jezraël pour s'y faire soigner par ses médecins, laissant au roi de Juda ie soin de continuer la guerre. Ochosias fit toutes les dispositions pour le siège de Ramotb-Galaad, puis, quand l'armée eut investi la place, il laissa pour quelques jours le commandement aux généraux, et vint lui-même à Jezraël pour visiter son allié, dont les nombreuses blessures lui donnaient quelque inquiétude. Telle était la volonté de Dieu qui permit cette démarche pour envelopper Ochosias et Joram dans la même punition et les livrer tous deux aux mains de Jchu, l'instrument de ses vengeances*. »

2k. « Le prophète Elisée avait appelé un de ses disciples, et lui Le dîscipîa avait dit : Ceins-loi les reins, prends à la main une fiole d'huile, et aucampd'i».

raë!, sous les

va au camp d'Israël, sous les murs de Ramoth-Galaad. Tu trouveras murs de Ra-

. motli-GalaAd.

un officier de Joram, nommé Jéhu, fils de Namsi. Il sera assis au L'Uuiiede

l'onction

milieu des autres chefs, tu entreras sous la tente du conseil, tu le fe- royale versé»

de nouveau

ras lever et tu répandras Thuile sainte sur son front, en disant : Voici sur la tête d» la parole de Jébovah : Je t'ai sacré roi d'Israël. Tu sortiras ensuite, et sans t'arrêter un instant, tu prendras le chemin du retour. — Le jeune homme partit aussitôt pour accomplir sa mission. Arrivé à Ramoth-Galaad, il trouva en effet les chefs de l'armée assis à la table du conseil, et entrant au milieu d'eux : Prince, dit-il, j'ai à le parler. — Auquel d'entre nous? demanda Jéhu. — A toi-même, prince, répondit l'envoyé. — Jéhu se leva et passa avec l'inconnu dans un autre appartement. Alors le disciple du prophète lui versa sur le front l'huile sainte, en disant : Voici la parole de Jébovah, Dieu d'Israël : Je t'ai sacré roi de ce peuple. Tu frapperas la maison d'Acbab, ton ancien maître; je vengerai par les mains le sang âe mes prophètes et de mes serviteurs, versé par Jézabel. Je perdi'ai la race d'Acbab et en exterminerai le dernier rejeton. Elle sera traitée comme celles de Jéroboam et de Baasa. Les chiens de Jezraël dévoreront les restes sanglants de l'épouse d'Achab, et elle

• IV Reg., cap. vni, 28 ad ultim.; II Paralip., cap. xxu, 5-7,

654 HISTOIRE DE l'Église. — v* époque (1001-586).

n'aura pas d'autre sépulture. — Ainsi parla l'inconnu. Il ouvrit ensuite la porte de l'appartement et s'enfuit*. » Jéhuetse» 25. « Jéliu rentra dans la salle du conseil. Tout va-t-il bien? lui

cavaliL-rs

lansia plaine demandèrent les autres chefs. Que te voulait cet illuminé? — Vous

de Jezraél.

La vigie de Tavez bien jugé, répondit Jébu, et vous pouvez deviuer ce qu'il palais. Lc8 m'a dit. — Tout ce qu'il a dit est faux, reprirent-ils; mais n'im-

olficierseu- ^ "■

voyésen porte. Raconte-le nous. — II vient de verser sur mon front l'buile

reconnais-

sance.joMm, sainte cu disiiut : Voici la parole de Jébovah : Je t'ai sacré roi d'Is-

roi d Isracl. ^

est tué delà raël. — A ces mots les officiers se levèrent, chacun vint déposer

main de ^ j.

Jéhu (874). son manteau aux pieds du nouveau roi; puis le faisant monter âur ce trône improvisé, ils sonnèrent de la trompette, aux cris mille fois épétés de : Vive le roi Jébu * ! » L'Ecriture ne nous laisse pas deviner si, dans la pensée des acteurs, cette scène était une ironie ou une démarche sérieuse. Quoi qu'il en soit, Jébu en tira parti. « Il organisa une conspiration contre Joram, roi d'Israël, et, à la tète de ses partisans, se dirigea vers ce priijce à Jezraël où le retenaient ses blessures. Ochozias, roi de Juda, s'y trouvait lui-même, ainsi qu'il a été dit plus haut. Un jour la sentinelle placée en observation au haut de la tour du palais fit entendre cet avis : J'aperçois une troupe de cavaliers dans la plaine. — Qu'on attelle un char, dit Joram, et qu'un de mes officiers aille à leur rencontre. Il leur demandera : Tout va-t-il bien? — L'ordre du roi fut exécuté. Un officier partit sur un char à la rencontre de la troupe signalée par la sentinelle. En approchant il cria aux cavaliers : Le roi Joram vous demande si le siège de Ramoth-Galaad est heureusement terminé et si vous apportez la nouvelle de la paix? — Qu'y a-t-il de commun entre la paix et toi? répondit Jébu. Va prendre rang dans mon arrièregarde et suis-moi. — La sentinelle avait observé du sommet de If tour les mouvements du char ; elle cria de nouveau à Joram : L'envoyé est arrivé jusqu'à ces cavaliers, mais il ne revient pas. — Dans son impatience d'avoir des nouvelles, Joram fit atteler un second cliar, et un autre officier fut chargé de la même mission. As^

« IV Reg., cap. ii, 1-10.

CHAP. m. — ocnosiAS, roi de juda (875-874).

rivé près de Jéliii il lui répéta la parole du premier : Nous apportestu la nouvelle de la paix? — Jéliu lui donna la même réponse et le même ordre qu'au précédent. Encore une fois la sentinelle s'écria du sommet de la tour : L'envoyé est arrivé jusqu'aux cavaliers, mais il ne revieni pas. Je crois reconnaître Jéhu, le fils de Namsi. Il s'avance rapidement en tète de la troupe. — Attelez mon char, dit Joram à ses serviteurs. On s'empressa d'obéir. Ochozias, de son côté, avait donné un ordre semblable pour lai-même. Les deux rois s'élancèrent donc chacun sur son char, et sortirent de Jezraël pour aller en personne reconnaître les cavaliers dans la plaine. Le char de Joram marchait le premier. Il arrivait à la vigne de Naboth lorsqu'il rencontra la troupe ennemie. En apercevant Jéhu, le roi d'Israël lui cria : M'apportes-ta la paix? — Quelle paix? répondit Jéhu. Les infamies de Jézabel, ta mère, et ses sacrilèges abominations crient vengeance. — A ces mots, Joram fit retourner les chevaux de son char : Fuyons ! dit-il à Ochosias. Nous sommes trahis ! — Mais Jéhu avait bandé son arc ; sa flèche, guidée par un œil expérimenté, sifiQa en volant et vint frapper Joram entre les deux épaules, la pointe traversa le cœur et sortit par la poitrine. Joram s^afFaissa sm* son char; il était mort. Jéhu dit alors à Badacer, capitaine de ses gardes : Prends ce cadavre et jette-le dans le champ de Naboth. Il me souvient de la prédiction qui fut fuite eu ce lieu même. J'étais monté avec toi sur un char, et nous suivions tous deux Achab, le père de celui-ci, lorsque la voix d'Elie fit entendre . cette sentence au nom de Jéhovah : Le champ qui t'a vu répandre le sang de Naboth verra couler celui de tes iils! Jette donc le corps de Joram dans ce champ maudit et que la parole de Jéhovah soit accomplie M »

26. Ochozias s'était enfui à travers les jardins du palais. Jéhu donna l'ordre de le poursuivre. Tuez-le, dit-il, sur son char même, comme le roi d'Israël. — Les cavaliers se précipitèrent sur les traces du fugitif. Déjà Ochozias avait franchi la chaîne de montagnes au pied de laquelle Jezraël est bâtie, il arrivait à la colline de Ga-

Menrtre d'Ochosias.

roi de Juda

Jézabel précipitée soua les pieds dei cheTauz de

1 IV Beg.^ cap. IX, 10-26.

636 HISTOIRE DE L'ÉCLfSE. — V ÉPOQUE (1001-5o6).

ver, dans la tribu de MaDassé, lorsqu'il hit rejoint par les soldats de Jf'hu, et percé d'une flèche comme Joram. La blessure était mcrtellc; cependant les serviteurs dOchozias purent encore le con« duiie jusqu'à la ville de Mageddo, où il expira. Le corps du jeune prince fut ensuite ramené à Jérusalem, et enseveli dans le tombeau de ses pères. Cependant Jéliu avait continué sa marcbe triomphale gur Jezraël. A son approche, la reine Jôzabel eut le courage de se parer comme pour nue fête, rehaussant l'éclat de ses yeux en se fardant les paupières, et chargeant sa chevelure de bijoux et d'ornenients. Dans cette attitude, elle vint se placer à la fenêtre qui dominait la porte de la ville, et assista au défilé du coitége. Au moment où Jéhu allait franchir le seuil de la porte , Jézabel lui cria : Peut-il Y avoir du bonheur pour le nouveau Zambri qui a tué le roi, son maître ? — Jéhu levant les yeux reconnut Jézabel ; il fit un signe à deux officiers qui se tenaient de chaque côté de la reine, et leur dit: jetez cette femme par la fenêtre. — L'ordre fut exécuté à l'instant. Le sang rejaillit jusque sur les murs de la porte, et les chevaux foulèrent aux pieds le cadavre. Après le festin royal qui termina cette journée, Jéhu dit à ses serviteurs : Allez, faites relever ces restes maudits, et donnez-leur la sépulture, car enfin, Jézabel fut fille de roi. — Les olUciers se rendirent sur le théâtre de cette exécution, mais ils ne trouvèrent plus que le crâne, les pieds et l'extiémité des mains. Ils revinrent en informer leur maître : Voilà, leur dit-il, l'accomplissement de la parole que Jéhovah avait placée sur les lèvres de son serviteur Elle : Les chiens de Jezraël dévoieiont les restes sanglants de l'épouse d'Achab, et les passants se diront, à la vue de son cadavre : Voilà Jézabel, cette reine impie ' ! »

§ III. L'usurpatrice Allialie à Jérusnlcm (894-8GS) Jéhu, roi d'Israël (894-848).

Athaiie 27. La mort d'Ochosias et de Joram, sous la main venfroresse de

massacre Jcliu, laissait los deux trônes de Juda et d'Israël à la merci du

* IV lier/., cap. IX, m ad ulliin.

CUAP. m. — l'usurpatrice ATHAUE a JÉRUSALEM (874-868). 657

meurtrier. Il ne paraît pas cependant que Jéhu ait formé le dessein de placer sur sa tête la couronne de Jérusalem. Du moins, il n'entrava point la cruelle politique d'Athalie et laissa cette aïeule dénr.tnrée se frayer vers le trône un chemin qu'elle inonda du sang de ses petits fils. «Athalie, la mère d'Ocliozias, après les funérailles do ce prince, donna l'ordre d'égorger tous les enfants qu'il laissait après lui. » A la faveur de cet épouvantable forfait, elle put so faire proclamer reine de Juda. Jamais la race royale de David n'avait été plus près d'une extinction totale; mais Dieu avait promis de veiller sur cette famille prédestinée, et toutes les fureurs d'Athalie échouèrent devant la promesse solennelle de Jéhovah. « Pendant que les bourreaux immolaient les malheureux fils d'Ochozias, Josabeth, sœur du dernier roi et épouse de Joïada le grand-prêtre, réussit à soustraire à leurs mains le plus jeune de ces princes, nommé Joas. Elle emporta cet enfant encore au berceau, le déroba à toutes les recherches d'Athalie, et le cacha, avec sa nourrice, dans la salle dite des lits, dépendante du Temple de Jérusalem, où elle prit soin de son éducation ^ » Le secret fut religieusement gardé, et les années s'écoulèrent sans que les soupçons de la reine fussent éveillés par le plus léger indice. Athalie profita d'un pouvoir aussi cruelleut usurpé pour faire revivre sur le trône de Juda tous les crimes iamt Jézabel, sa mère, avait donné l'exemple sur le trône d'Israël. Seule de toute la famille d'Acliab, elle avait échappé à la vengeance . ine exercée par Jéhu contre cette race impie; elle régnait sans rivaux, et sans doute elle se fiattait de démentir, par son insolente prospérité, la prédiction d'Elie.Les événements renverseront plus tard cette vaine espérance.

28. Pendant que le sang royal de David coulait à Jérusalem sous la main de la fille d'Achab, le sang des fils d'Achab coulait à Sa marie par les ordres de Jéhu, le nouveau roi d'Israël. Aussitôt après la mort de Joram, «Jéhu avait envoyé aux motriptrats de la ville, aux anciens du peuple et aux oiiiciers du^».*,-^',, une missive conçue en ces termes : Aussitôt que vous aui:^» "oçu

de loin ie« l'iinces Je i udi ses petits-fils. Joas,

encore au

berceau, est

sauvé jifir

sa tarrfe

f.alernella.

Meurtre des priuces de la familla

d'Achab,

à Samarie,

et des prin»

cipaux o.Ti-

ciers de la

cour de

Joram, à

Jezrai-i.

» IV Reg., cap. xi, 1, 2; II Paralip., cap. xxil, tO, 11.

ce! te lettre, réimissez les gouverneurs des princes fiis de votre roi, les commandants des forteresses, les chefs qui ont l'intendance de la cavalerie et des chars; de concert avec eux, choisissez celui des jeunes princes que vous croirez le plus digne et le plus vaillant. Faites-le monter sur le trône de Joram , son père , et mettez-le à ■votre tête pour me combattre, si vous l'osez. — Les Samar-ilains n'osèrent pas accepter ce défi. Voilà, disaient-ils, deux puissants rois que Jéhu a renversés, comment serions-nous assez forts pour lui résister nous-mêmes? — Toute l'assemblée envoya donc au nouveau chef des députés chargés de lui dire : Nous sommes prêts à vous obéù". Nous ne choisirons pas de roi, faites tout ce qui vous sera agréable. — Jéhu fit alors connaître ses intentions par de nouvelles lettres. Si vous acceptez mon empire et si vous êtes prêts à exécuter mes ordres, disait-il, venez me trouver demain à Jezraël, et apportez-moi la tête des enfants du roi, votre ancien maître. — Or, soixante-dix jeunes princes, descendants d'Achab, étaient alors à Samarie, élevés dans la maison des principaux olliciers du palais. On les mit tous à mort, leurs têtes sanglantes furent recueillies dans des corbeilles , et le lendemain ces trophées funèbres étaient apportés au palais de Jezraël. On vint en prévenir Jéhu. Déposez-les, dit-il, en deux monceaux de chaque côté de la porte de la ville, et qu'ils y restent jusqu'à demain matin. — Le lendemain, dès l'aurore, Jéhu se trouvait à la porte de la ville, où le peuple s'était réuni selon la coutume. Vous êtes justes, dit-il à la foule. Si j'ai réellement conspiré contre le roi, mon ancien maître, si je l'ai tué de ma main, qui a fait mourir ceux-ci? Comprenez donc que tout ce qui se passe est l'accomplissement des paroles de Jéhovah, prononcées autrefois contre la maiçnn tVAchab, par Elie le prophète. — Après avoir ainsi justifié aux yeux de la multitude les cruauté' précédentes, et ceïieaau'il méditait encore, il donna l'ordre de re- 'L^rcher tous ceux qui avient été attachés par des emplois ou des t: . • 'tés à la cour d'Achab, les officiers, les amis, les prêtres qui av. >".' ioui des faveurs de Jorm et qui se trouvaient en ce moment - «^zraèl, et les fit tous mttre à mort ^ »

CHAP. III. — l'usurpatrice ATHALIE A. JÉRUSALEM (874-868). 659

29. Après ces sanp^lantes exécutions, il se dirigea vers Samarie. Les événements s'étaient précipités avec une telle rapidité , que la nouvelle n'avait pas encore eu le temps de parvenir dans les campagnes lointaines. « En approchant de Samarie , Jéliu rencontra près d'une cabane de pasteurs, une caravane qui avait fait halte au milieu du jour. Qui êtes-vous? demanda-t-il aux voyageurs. — Nous sommes, répondirent-ils, des parents d'Ochosias, roi de Juda. Nous allons à Jezraël pour saluer les fils du roi el de la reine. — ^u'on les saisisse ! commanda Jéhu : et la caravane tout entière, composée de quaranle-deux personnes, fut égorgée près d'une citerne voisine. * » Le rôle de vengeur, que prenait Jéhu avec tant de solennité, snppo?c, dans l'opinion publique des esprits en Israël, un mouvement de réaction profonde contre les impiétés idolâtriques des deux races royales de Jérusalem et de Samarie. La terreur du nom de Jéhu n'aurait pas sulii seule à ce sanglant ministère. Jéhu le reconnaît lui-même aux portes de Jezraël, devant la foule assemblée, en face des restes de soixante-dix victimes royales. Il en appelle aux menaces de Jéhovah et aux paroles d'Elie, le prophète. Aucune voix ne s'élève pour protester contre un tel souvenir; ces tragiques événements apportent ainsi une confirmation rétrospective de l'authenticité des prédictions d'Elie.

30. Après le massacre qui avait rougi les eaux de la citerne des Pasteurs, Jéhu continua sa marche sur Samarie. « Jonadab, fils de Réchab,vint à sa rencon^xe. En l'apercevant, Jéhu fît arrêter son char, le salua en invoquant sur lui la bénédiction du Seigneur, et lui dit : Ton cœur est-il avec moi, comme mon cœur est avec le tien ? — Oui, répondit Jonadab, mon cœur est avec vous. — S'il en est ainsi, reprit Jéhu, donne-moi la main. — Jonadab le fit, et Jéhu l'ayant |)rifce dans la sienne, attira vers lui Jonadab, et le fit monter sur son char, en disant : Viens avec moi à Samarie, tu seras témoin du zèle que je vais déployer pour le nom de Jéhovah. ») Le personnage que Jéhu traitait avec des marques de respect si éclatantes, et en compagnie duquel il voulait faire son entrée à Samarie, était en oe »'*-•

Jéh« fait mettre i mort, prèa de Samarie, quarante et ■an membres delà famille d'Ochosias.

Jéliti et

Jonadab, fils

de llechab.

Les Hécha-

bites.

» IV Tl'-y., cap. X, 12-14.

ment l'objet de la vénération publique. Frappé des ravages que i'idolùd-ie faisait parmi le peuple d'Israël, depuis l'époque du schisme, il avait joint ses efforts à ceux d'Elie et.d'Elisée, et formé au sein de sa famille une institution analogue à celle des établissements où ces grands Prophètes élevaient leurs disciples. Les fils de Jonadab se distinguèrent bientôt par l'austérité de leurs mœurs, la singularité de leur genre de vie et leur altacliement à la foi mosaïque. Le peuple les désignait sous leur nom patronymique de Réchabites. « Jonadab, fils de Récbab, leur avait dit : Vousneferew plus usage du vin, ni vous, ni vos descendants à jamais. Vous ne bâtirez point de maisons, vous ne sèmerez point, vous ne planterez ni ne cultiverez de vignes; mais vous habiterez sous des tentes, servant Jéhovah, comme des voyageurs sur cette terre de votre pèlerinage «. v Les Réchabites, fidèles aux préceptes de leur père et de leur fondateur, donneront dès lors l'exemple en Israël de la vie que les institutions monastiques devaient développer plus tard avec tant de fécondité au sein de l'Eglise de Jésus-Christ, a Nos » maîtres dans la vie cénobitique, dit saint Jérôme, sont Elie et » Elisée : nos prédécesseurs sont les disciples des Prophètes, qui » habitaient les campagnes écartées, les solitudes du désert, et se » construisaient des tabernacles sur les rives du Jourdain. De ce » nombre furent les fils de Récbab, austè.es anachorètes, qui ne .) buvaient ni vin ni liqueur fermentée; qui habitaient sous des p tentes, dont le Seigneur fait l'éloge par la bouche de Jérémie, et » au sujet desquels il a fait cette solennelle promesse : Jusquà la » fin des (emps il se trouvera un descendant de Réchab dont la prière » s'élèvera vei^s mon trône'^. »

31. Tel était Jonadab, le père d'une génération immortelle dont ..,.„e ^"^ '^"'"'^^ "" ^^^'^ ^°"'^' ^^' révolutions et tous les siècles, etdonUes ihd. descendants font lleurir aujourd'hui, dans la solitude des cloîtres les vertus qui germaient autrefois sous la main des Prophètes dans •.es grottes creusées au flanc du Carmcl, ou sous les cabanes de

; •^^;^;; ^^7- '^•^xv, 6, 7. - s Hierouym, E,,isiol. ad Paulin., V.trolog. lat., t.n, XXII; Jereu,., cap. xov, 19; Msr Mblin, Les Lieux saints, tou/. H.

l'Jîiael, met à mort les prfir.-s de

tîîAP. III. — l'usurpatrice ATHAtlE A JERUSALEM (87^868;. CCI

feuillage dressées au bord du Jourdain. « Le peuple le vit entrer à Samarie, assis sur le char royal, à la droite de Jëliu. Une assemblée nationale fut convoquée, et Jëhu dit à la multitude : Achab n'a rendu au dieu Baal qu'un culte insuiiisant. Je prétends décerner à ce dieu tous les hoimeurs qu'il mérite. Rassemblez donc tous les prophètes de Baal, tous ses prêtres, tous les ministres de ses temples. Que pas un d'eux ne manque à mou appel. Je veux' offrir un grand sacrifice à cette divinité. Celui d'entre eux qui refusera d'y prendre part, aura prononcé son arrêt de mort! — Or c'était un piège que Jéhu tendait à la crédulité des prêtres idolâtres. Il fit publier cette proclamation dans toute l'étendue du royaume d'Israël. Les serviteurs de Baal accoururent à Samarie, aucun ne manqua au rendez-vous. Jéhu avait donné l'ordre aux intendants du palais de remettre à chacun d'eux les insignes de leur dignité et de leurs fonctions. Ainsi revêtus de leurs ornements, ils vinrent, au jour marqué pour la cérémonie, prendre place dans le temple de Baal dont l'enceinte fut bientôt remplie par la multitude des prêtres idolâtres. Jéhu, accompagné deJonadab, parut alors dans l'appareil de la majesté royale, et se tint avec son escorte sous le vestibule du temple. Il dit aux principaux sacrificateurs : Parcourez tous les rangs, et assurez-vous qu'il n'y a parmi ces prêtres que dos ministres de Baal. Si un seul prêtre de Jéhovah se trouvait avec eux, faites-le sortir. — Les sacrificateurs exécutèrent cet ordre; puis ils commencèrent à immoler les victimes, et à oflrir les holocaustes. Or Jéhu «ivait fait cerner le temple par quatre-vingts soldats auxquels il avait dit : Ne laissez échapper aucun de ceux que je désigneiai à la mort. Vous me répondriez sur votre âme de l'évasion d'un seul d'entre eux. Quand l'holocauste eut été consumé, Jéhu s'adressant à ses guerriers leur cria : Pénélrez dans le temple, frappez tous ceux qui s'y trouvent, que pas un n'échappe à la mort! — Le glaive à la main, les soldats se précipilèrcnt dans l'enceinte, tuèrent toute cette multitude, et quand le carnage eut cessé faute de victimes, ils jetèrenl dehors les cadavres. Par ordre de Jéhu, ils allèrent ensuite renverser lu statue de Baal, qui dominait le monticule sur lequel était bâti le temple, et mirent cette idole en pièces. Le temple lui-même

fut rasé, et l'emplacement réservé par ordre de Jélui à un usage immonde. Telle est encore aujourd'hui sa destination. Ainsi le nouveuu roi d'Israël effaçait tous les vestiges du culte impur de Baal. Cependant il s'arrêta dans cette voie, et n'osa point franchir la barrière posée par la main schismalique de Jéroboam. Il laissa donc ijbsister les veaux d'or de Dan et de Béthel. Son œuvre de restauration demeura incomplète; le Seigneur restreignit de même la récompense, et un Prophète vint avertir Jéhu que quatre gêné rations de sa race régneraient seules après lui'. ;> Le prar.d 32. Pendant que l'autorité de Jéhu s'atTermissait sur le trône d'Is-j

prclre Jrïuda j

renverse le raël, le rovaume de Juda gémissait sous la dommation idolàtrique de

OOQVùir

nsurpéd-A- la cruclle Athalie. Mystérieusement élevé dans le Temple de Jcrii Jérusalem, salem, et Tcserve a une royale destinée, Joas avait ete entouré des thaiie (868). soins du Grand Prêtre son oncle; mais le pontife n'avait rien laissé transpirer au dehors de l'important secret dont il était dépositaire, et le peuple fidèle déplorait l'extinction de la race de David, sans qu'une pensée d'espérance vînt tempérer l'amertume de ses regrets, a Cependant l'enfant royal avait atteint sa septième année. Joïada, se résolut enfin à rompre le silence. Il découvrit la vérité à cinq des centeniers de l'armée royale : Azarias, fils de Jéroham; \smahel, fils de Johanan; Azarias, fils d'Ûbed; Maasias, fils d'Aâaïas et Elisaphat, fils de Zecliri. Après s'être assuré de leur zèle et de leur discrétion sous la foi du serment, il les chargea de parcourir le royaume et de réunir à Jérusalem les lévites dispersés dans toutes les villes de Juda, les chefs des principales familles c^ les anciens du peuple. Ces mesures s'exécutèrent sans éveiller les soupçons d'Athalie. Les conjurés s'assemblèrent dans la maison du Grand Prêtre, dépendance du Templede Jérusalem. Là, Joïada leur fit prêter à tous le serment de fidélité, au nom du Seigneur, puis introduisan l'enfant royal : Voici, leur dit-il, le fils de vos maîtres, l'héritier du trùne et des promesses de David! — De?? larmes de joie cMulcrent alors de tous les yeux. Quand cette première émotion lut un peu calmée, le pontife leprit : Distribuons-nous les

* IV Reg., cap. x, 17-30,

CUAP. III. — - l'usurpatrice ATHALIE a JÉRUSALEM (874-868). 663

îôles et que cbacim comprenne et exécute mes ordres. Vous serea repartis en trois sections. La première se composera de tous les prêtres, lévites et portiers qui sont entrés en fonction depuis le dernier sabbat. Ceux-là sont chargés de ne laisser pénétrer personne dans le Temple, sauf les prêtres et les lévites que le devoir de leur ministère y appelle. Tout le peuple sera retenu hors de l'enceinte sacrée, et si quelqu'un avait la témérité de franchir les portes, qu'il soit à l'instant mis à mort. En outre la première section aura exclusivement la garde du jeune roi. Des lévites, Tépée h la main, entoureront sa personne sacrée, et ne le perdront pas un instant de vue. La seconde section, composée d'une partie des prêtres et des lévites qui ne sont point en ce moment en fonction, cernera le palais d'Athaiie ; la troisième, comprenant l'autre moitié des ministres libres des devoirs de leurs charges, gardera la grande porte de l'Orient. — Joïada remit alors aux conjurés les lances, les boucliers et les glaives déposés par David dans le Temple du Seigneur. On tixa au prochain jour du sabbat l'exécution du complot. Dès le matin, les lévites et les autres conjurés, le glaive à la main, vinrent se ranger en demi cercle, depuis le côté droit du Temple, jusqu'à la gauche de l'autel des holocaustes, du côté du palais d'Athaiie. Un peuple immense était réuni dans les parvis extérieurs. Au milieu de cet appareil militaire , Joas piit place sur un trône. Le Grand Prêtre déposa sur le front du royal enfant la couronne de David, le revêtit des insignes du pouvoir, et remit dans sa main le livre de la loi. 11 répandit ensuite sur sa tête l'huile de l'onciion royale : en ce moment une clameur unanime retentit jusqu'aux cieux, et la foule répétait avec des transports d'enthousiasme les cris de : Vive le roi!— A ce bruit extraordinaire, Athalie accourut au palais de David et entra précipitamment dans le parvis du Temple. A la vue du jeune roi debout sur le trône, entouré des princes de Juda, des otïïciers et des lévites en armes; en entendant les sons des trompettes guerrières, des cymbales et des chœurs de musique qui se mêlaient aux acclamations de la foule, flic déchira son manteau de reine, et s'écria : Trahison ! trahison !— Les chefs de l'armée et les centeniers se saisirent de sa personne : Qu'on

l'entraîne hors de l'enceinte du Temple, dit Joïada, et qu'elle expie ses forfaits par le dernier supplice, mais que son sang ne souille point la maisun du Seigneur. — On la fit donc sortir du parvis sacré, et à l'instant où elle mettait le pied sur le sol du palais, au seuil même de la porte des Cavaliers, le glaive des soldats en fit justice '. .) La fille d'Achab et de Jézabel avait subi le sort prédit par Elie à tous les descendants de leur union maudite.

HOIS D'iSRAEt :

§ n. Joas, roi de Jnda (8G8-S31) - Jélm (874-848).

Joachaz (848-83«).

^dlSs!'' ^^- L'avènement de Joas sur le trône de Juda fut une restaura- ^Su? ^'°'' complète du culte national et des institutions mosaïques. à Jérnsdem. a Quand la nouvelle de la mort d'Athalie eut été apportée au peuple assemblé, le grand prêtre Joïada fît renouveler à la multitude le serment de fidélité à l'alliance du Seigneur, et d'obéissance au jeune roi. La foule s'écria qu'elle voulait désormais et irrévocablement rester le peuple de Jéhovah. Sur-le-champ, on se précipita vers le temple de Baal, qui fut rasé; les autels et les statues de ce dieu furent renversés et anéantis; Mathan, le minisli^c de ce culte idolâlrique, fut immolé sur les marches de son autel. Cependant Joïada réunissant les légions des Céréthi et des Phéléthi, les officiers et les soldats de l'armée royale, leur ordonna de se diriger vers le palais de David. Le jeune roi, escorté par ces vaifiantes troupes et suivi d'une foule immense, quitta le Temple du Seigneur pour aller prendre possession de la demeure de ses pères. Il y rentra par la porte des Ecuyers, et vint s'asseoir sur le trône de David. Les transports de joie redoublèrent alors et l'allégresse du peuple fut à son comble 2.» Le Pontife par les soins duquel cet heureux événement avait été si longtemps préparé et si habilement accompli, fut chargé d'adniinistrer le royaume pendant la minorité du roi, son neveu.'' u politique S4. JîShu régnait depuis sept ans à Samarie, au moment où la

• IV neg., cap. XI, 4-16; II Paralip,, cap. XXHI, 1-15. - îJV Reg., cap. xi. 17 ad uiLiuj. ; il Paralip., 16 ad ultiua.

race royale de David était ainsi restaurée sur le trône de Jérusalem. A celte époque, si la détestable politique qui s'imposait à tous les rois d'Israël, n'avait pas aveuglé l'espvil de Jéha, ii était encore possible de relever la nation juive de rabaissement où tant de révolutions l'avaient plongée. Il suflBsait de lever, pour les sujets du royaume d'Israël, la défense de se rendre au Temple de Jérusalem, et de laisser les esprits et les cceui's se retremper dans la sincérité et la ferveur du culte de Jébovah. C'était la grande idée nationale, la vraie politique de l'avenir; toutes les défiances subalternes, toutes les banalités de l'intérêt secondaire et de la question locale, si l'on peut parler ainsi, devaient disparaître en présence de ce grand et patriotique résultat. Mais aux époques de décadence et de disseiisions civiles, les caractères, même les plus énergiques, subissent, comme malgré eux, Tiniluence de la médiocrité générale, et n'osent pas s'abstraire du milieu vulgaire où ils se développent, pour s'élever aux principes féconds et régénéra, teurs dont la sublimité ferait un contraste trop frappant avec le niveau des mœurs abaissées. Ordinairement c'est moins la saine intelligence des s-rais besoins de leur temps qui manque alors aux bommes d'Etat, que le courage de Tinitiative. Et pourtant on peut affirmer que, même au point de vue purement politique, il y a mille fois plus de chances de succès dans un rôle de réformation, que dans un rôle d'inertie. Tous les dévouements honnêtes, tous les esprits nobles et généreux se rallient d'eux-mêmes autour du souverain qui lutte pour la grandeur de la patrie, tandis qu'ils s'isolent, découragés et impuissants, du roi qui recule devant sa tâche et désespère de sa mission. Jébu prit le parti de l'inertie. lui qui avait anéanti le culte de Baal, qui avait lavé dans le sang les Fouiliures intligées au ti'ône de Samarie par trois générations de rois idolâtres, qui avait hautement proclamé son rôle de vengeur de Jéhovah, n'osa pas aile« plus loin et se faire le restaurateur du culte national. En quittant les tentes de Ramoth-Galaad pour venir s'asseoir sur le trône de Joram, il n'avait aucun antécédent royal, il n'était lié par aucun engagement antérieur de famille, de dynastie ou de parti-pris gouvernemental, il était l'épée intclli-

du schismo arrête Jéha Jans sa mi»

sion de rea»

taurateur reliffieux à

Samarie.

6G6 uiSTOiRE DE l'Église. — v* époque (1001-586).

génie du Seigneur, Mais à peine installé dans le palais de ses anciens maîtres, il semble puiser leur vieille politique dans l'atmosphère qu'il respire, et dans les conseils mercenaires qui répètent le même écho aux oreilles de tous les pouvoirs successifs. Il retomba dans les fautes que sa main venait de punir. Etrange aveuglement des hommes, que l'expérience d'auti'ui est impuissante à éclairer!

Invasion 35. Jéhu ne permit donc point à ses sujets le libre exercice du

«5a royriome

difraiiipar cultc mosaïquc. Jérusalem fut pour lui un épouvautail, comme elle

Hazael, roi -^ ^ ^ '

de Syrie, l'avait été pour Jéroboam et pour ses successeurs. Les veaux d'or

Mort de Jéhn ^ '■

(848). de Dan et de Bélliel prirent la place des cultes d'Astarté et de Baal. L'idolâtrie égyptienne remplaçait le paganisme syrien ou phénicien, « et le Seigneur, dit l'Ecriture, commença à prendre en dégoût ce royaume toujours infidèle. L'instrument de sa vengeance était prêt. Hazaël, roi de Syrie, entreprit une série d'incursions victorieuses sur toutes les frontières orientales, au-delà du Jourdain. Le territoire de Galaad, les tribus de Gad, de Ruben et de Manassé, jusqu'au torrent de l'Arnon, furent le théâtre de ses déprédations et de ses exploits sanguinaires. * » La cruauté déployée en cette circonstance par Hazaël nous est attestée dans la prophétie d'Amos. L'incendie, la dépopulation ou la captivité ne sullisaient point à aesouvir les fureurs du roi de Syrie. 11 faisait passer sous les roues de ses chariots de guerre les femmes et les enfants ^, et marquait son passage par des scènes d'horreur. Jéhu qui avait déployé tant d'énergie au début de son règne , dut nécessairement essayer de repousser les attaques de ce redoutable ennemi. L'Ecriture semble l'indiquer par ces paroles : « Le reste des actions de Jéhu, le détail de toutes ses entreprises et le courage dont il donna les |)reuves, ont été consignés dans les Annales des rois d'Israël^. » Malheureusement, ainsi que nous l'avons déjà dit, ce livre précieux Dc nous est point parvenu. « Jéhu s'endormit ensuite du sommeil de SCS pères et fut enseveli à Samarie; il avait régné environ vingthuil ans *. »

• IV Uerj., cap. X, 31-3:5. — « Amos, cap. i, 3-5. — » IV Rcg., cap. i, 34. — IV lieg., cap. x , 35, 36.

CUAP. III. —

36. Le nom de Jéhu vient de se retrouver dans 'ts inscriptions ^^i^j« ^<i;^»j^ cunéiformes de l'obélisque de Nimroud. Il y est accompagné de ^^l^;^ celui de Hazael, roi de Damas. M. Oppert, à qui l'exégèse biblique ^^oi^^^ est redevable de cette découverte et de beaucoup d'autres plus ^^«^^ip^if:";;;,.^ Vnpoitantes encore, dont nous aurons à entretenir nos lecteurs, deNi-nn..;.!. s'exprime ainsi . « Bien qu'antérieurement à la cbute de Nmive la » Bible ne mentionne pas la lutte avec l'Assyrie, celle-ci n'en fit » pas moins la guerre à la Pbénicie et à la Judée, et certainement » les annales perdues des rois de Juda et d'Israël ont dû en rendre .) compte. Belochus IV (850-822) envahit la Palestine qu'il dcsi.^ue B sous ce nom, et Salmanassar IH (898-870) nomme Jéhu parmi 0 ses tributaires, et Hazaël, roi de Syrie, parmi les rois combat- » tants. — Le monument connu sous le nom de l'obélisque ^de I) Nimroud raconte succinctement les trente et une premières cam- » pagnes de Salmanassar III. — « Dans ma dix-huitième cam- » pagne, dit le monarque assyrien, je franchis l'Euphrate pour la » seizième fois. Hazaël, roi de Syrie, vint pour se battre avec moi, » je lui pris onze cent vingt et un chars, quatre cent soixante cava- » hers et son armée. — Bans ma vingt et unième campagne, je » franchis l'Euphrate pour la vla^t et unième fois , je marchai sur » les villes de Hazaël de Syrie, j'occupai ses forteresses. Je perçus » les tributs de Tyr, de Sidon, de Biblos. » — L'inscription circu- » laire, au-dessus des bas-rehefs de la seconde bande, dit : « Voici D les tributs que j'imposai à Jéhu, fils d'Omri * : de l'argent, de » l'or, dés plats en or, des zoukout en or, des dalani en or, des......

» des sceptres sculptés pour la main du roi, du bdeUium '-. » Ainsi ^s revers ("es dernières années de Jéhu, dont la Bible ne contient

i Le^ ;u.criptions cunéiformes désignent ordinairement le royaume de So/oarie par le nom de Maison d'Omri, et ses rois par celui de Fils dOmr,^ Faut-il rapporter ce fait au roi d'Israël Amri, le premier peul-êlre avec lequf* l'A=-vrie aurait eu des relations, ou à la prononciation as-ynenne qui aurait changé /e nom de Samarie eu celui dOmri? C'est ce que M. Oi.pert, le savanl assyriologue français, ne manquera certainement pas de nous ai-prendre, ea Doursnivant le cours de ses glorieuses découvertes.

« J. Oppert, InscripHons assyriennes des Sargomdes. [Ann. de phuosoijn. chrel.^ l,ai M. Connetty, juillet 1862, tom. LXV, pag. 53 et ti6.)

qu'une mention sommaire, se contentant de dire : « En ces jours- )) là le Seigneui commença à prendre en dégoût le royaume d'Is- » raël *, » auraient eu pour cause, outre les incursions de Hazaël, l'invasion plus redoutable de Salmanassar III, et le tribut de vassalité qu'il imposa au roi de Samarie.

jiTéneir.eiii 37 ^^ Joacliaz, fîls de Jébu, lui succéda sur le trône d'Israël, et

«le Joacr.az ' ' '

turamii') ^'^'^^'^ prévaloir, sous son gouvernement, la déplorable politique à laquelle le royaume du schisme devait déjà tant de désastres. Joachaz fit le mal devant le Seigneur, il se prosterna devant les veaux d'or établis par Jéroboam; comme lui, il défendit à ses sujets l'accès de Jérusalem, et les entraîna à son exemple dans l'impiété *.» Les châtiments ne devaient pas se faire attendre, a Hazaël poursuivit le cours de ses exploits. Non content de ravager les frontières orientales, il pénétra sur l'autre rive du Jouidain, et dans une suite de combats où il était toujours vainqueur, affaiblit tellement le malheureux royaume d'Israël, que Joachaz se vit réduit à une armée de dix mille fantassins, de cinquante cavaliers et dix chariots de guerre. Tout le reste avait été moissonné sur les champs de bataille par le roi de Syrie, qui semblait broyer les bataillons comme une meule broie les grains de sable ^. » Le temps n'était plus oîi des armées innombrables semblaient sortir de terre, à la voix de Jéroboam et d'Achab. La décadence se précipitait maintenant, et les enfants d'Israël portaient la peine des erreurs ei de l'impiété organisées avec tant de peisévéraiice dans leur sein.

Administra- 38. Cependant la minorité de Joas, roi de Juda, s'était écoulée

tion du

frand-prétre daiis la paix et la lidélité au Seigneur, sous la direction du ffrand-

Joîaflaà <- ' o

Jérusalem, prêtre, SOU oncle. « Joïada avait apporté ses soins à rétablir le

pendant la ,

minorité de cullc de Jéhovah dans toute sa sincérité. Des oliîciers, sous les ordres des lévites et des prêtres, furent préposés à la garde du Temple, pour en interdire l'entrée à tous ceux qui étaient sous le coup de quelque impureté légale, et y maintenir les règlements étabhs autrefois par David. Dès lors, les holocaustes et les sacrifices furent offerts régulièrement, et toutes les prescriptions de

» lY I\es., cap. x\, 32, — ' IV lieg., cap. siii, 1,J. — 3 IV %., 3-7.

Moïse furent exactement observées. Le peuple, dans l'allégresse, servait Jéhovah *. L'enfant royal se prêtait avec docilité à la sage direction du saint Pontife, et tout faisait prévoir un règne qui rappellerait les glorieux souvenirs d'Asa et de Josapliat, Joïada , préoccupé de l'avenir, et désirant voir se perpétuer la race de David, préservée par ses soins d'une destruction imminente , maria son jeune pupille, aussitôt que son âge le permit. Il lui fit épouser Jeux femmes, dont il eut des fils et des tilles *; » et ainsi la royale lamille sembla renaître de ses cendres.

39. Le Grand Prêtre remit alors au jeune prince le royaume de Joa« famt

Ig d roi et

Juda dans un état prospère et florissant. Tant que vécut le sage derestaurei vieillard, Joas continua sa politique ferme et prudente, et se fit bénir Saiomon de ses sujets. Il débuta par un acte de piété et de reconnaissance. Le Temple de Jérusalem, berceau de son enfance, avait été dévasté par Athalie, qui en avait enlevé les ornements pour décorer les autels de Baal. Le défaut d'entretien, pendant les trois règnes idolâtres écoulés depuis Josaphat, avait compromis, en quelques parties, la solidité de l'édifice, et, si l'on voulait conserver à l'admiration du monde le merveilleux ouvrage de Saiomon, il fallait au plus tôt pourvoir à des réparations urgentes. « Joas convoqua donc les prêtres et les lévites : Parcourez, leur dit-il, les cités de Juda, étendez les efforts de votre zèle au peuple d'Israëllui-même, et recueillez de partout les oflfrandes pour suffire à la restauration du Temple de Jéhovah. — Cet ordre ne fut pas exécuté par les lévites avec l'ardeur qu'on avait droit d'en attendre. Le roi fit alors appeler Joïada, le grand prêtre. Pourquoi, lui dit-il, n'avez-vous pas usé de toute votre autoiité pour contraindre les lévites à réunir les offrandes de Jérusalem et de tout le royaume, pour la répa- • ration du Temple? La loi de Moïse a prescrit les sommes qui devaient être prélevées sur toute la multitude des enfants d'Israël, pour subvenir à l'entretien du Tabernacle. Or le Temple a remplacé le Tabernacle. La cruelle Athalie, et Ochozias, son fils, dans leur

» il Paralip., cap. Xiiii, 18, 19. — * II Paralip., cap. xxiv, 3,

670 msTOiRE DE l'église. — v^ ÉroQCE (1001-386).

impiété, ont ruiné la maison de Dieu! Ils ont pillé le dépôt sacré de ses richesses pour décorer les autels de Baal ' ! » (^

L'arche 40. Ainsi parla le roi. Pour seconder ses pieux desseins, « Joïada

desoffrandos,

ozGazopi.y- fit placer près de l'autel des holocaustes, à la droite de la porte du Pe-taiiration Temple, uue arche fermée, dans le couvercle de laquelle il avait

eJcrtisaiem ménagé Une ouverture pour recevoir les offrandes. Les prêtres chargés de la garde de la porte recevaient les dons des Israéhtes lidèles, et tout l'argent qu'on apportait ainsi, était remis par eux dans l'arche des offrandes. » TeDe fut l'origine du Gazophylaciurriy dont il est assez souvent fait mention dans l'Evangile. « Quand l'arche était suffisamment remplie, le Grand Prêtre, accompagné d'un scrihe royal, procédait à l'ouverture. Les sommes renfermées dans ce dépôt de la piété publique étaient comptées soigneusement, et servaient à payer les intendants de la maçonnerie et de la charpente, qui présidaient à la restauration du Temple. Ce fut ainsi qu'on pourvut à la dépense nécessitée par la réparation des murailles et du toit de l'édifice sacré, et qu'on put se procurer les bois et les marbres précieux qu'il fallait extraire des forêts et des carrières, et approprier à leur religieuse destination. Aucone des sommes ainsi recueillies ne fut distraite pour être employée à un autre usage même pieux. Ce ne fut qu'après l'entière restauration de l'édifice qu'on songea à remplacer les urnes, les forceps, les encensoirs, les trompettes et tous les instruments nécessaires au culte, dont limpiété d'Athalie et des rois ses prédécesseurs avait dépouillé le Temple. Le zèle des intendants et leur bonne foi étaient tels, qu'on n'eut jamais besoin de prendre vis-à-vis d'eux les précautions ordinaires, pour s'assurer qu'ils ne percevaient pas plus que leur légitime salaire. Ils recevaient l'argent et le distribuaient à leurs ouvriers, sans jamais abuser de la confiance dont ils étaient honorés. D'un autre côté la libéralité publique ne se démentit pas un seul instant. Les prince? de Juda et tout le peuple, Liformés par une proclamation royale des besoins du sanctuaire, envoyaient des villes lointaines ou apportaient eux-mêmes leurs

' Il l'aralii}., cap. xxiv, 4-8.

ciiAr. m. — .TOAS, ROI de juda (868-831). 671

ûfirandes avec une sainte allégresse et un religieux empressement *. — a Ce lut ainsi que toutes les dégradations des murailles tarent réparées , que les ornements intérieurs et extérieurs furent rétablis dans leur état primitif, et que les ouvrages de fer ou d'airain, qui avaient souffert des injures du temps ou des spoliations àe l'impiété, reprirent leur éclat et leur solidité 2. »

41. La vieillesse de Joïada semblait se prolonger au-delà des Mortda

T .. T • 1 1 • 1 • 1 ■ .0 « grand prêtrt

limites ordinaires de la vie humaine, pour que le saint Pontife put Joïada. jouir des splendeurs d'une restauration à laquelle il avait tant contribué. « Il parvint à l'âge de cent trente ans, et tant qu'il vécut, les holocaustes et les sacrifices furent constamment offerts au Temple de Jérusalem selon les rites et les cérémonies de la loi mosaïque. Quand cet auguste vieillard, plein de jours et de saintes œuvres, fut mort, on l'ensevelit dans le tombeau des rois, bâti par David : honneur exceptionnel qui lui fut accordé pour récompenser les services rendus pendant sa longue carrière au peuple de Juda et à la famille de ses rois ^. »

42. « Après la mort du saint Pontife, les princes du rox^aume. Retour da

peuple de

jusque-là fidèles au Seigneur, crurent le moment favorable pour Juiiaàridos'affranchir des prescriptions de la loi, et reprendre, avec les cultes Jieurtro du

, ' r ' ^ grand-prêtrf

idolâlriques, une liberté dont leurs passions s'accordaient mieux. f./-f}'^^}^^^ Ils vinrent trouver Joas, et, par leurs empressements affectés, en obtinrent ce qu'ils désiraient. Le Temple de Jérusalem fut de nouveau abandonné; le culte de Jéhovah, Dieu de leurs pères, fîiîi remplacé, comme au temps d'Athalie, par celui des bois sacrés d© .3aal et d'Astarté. Le courroux du Seigneur s'alluma encore une fois contre le royaume de Juda et contre Jérusalem sa capitale. Vainement les prophètes, envoyés par Dieu lui-même, essayèrent de rappeler ces impies dans le sentier de la vérité et de la justice, leurs efforts échouaient devant la protestation de ces esprits opiniâtres. L'Esprit du Seigneur investit alors le nouveau grand piêre Zacharie, fils et successeur de Joïada. Au milieu d'une assem-

♦ IV Reg., 9-15; II Paralip., cap.xxiv, 9-12. — MI Paralip., cap. XXIV, 13, il. »- 3 IJ Paralip., cap. xxiv, 15, 16.

nij de Joïada

blée nationale, Zacharie fit entendre la voix de Jéhovah : Voici, dit-il, la parole du Seigneur votre Dieu : Pourquoi violer les lois de l'Eternel et vous précipiter aveuglément à votre perte? Vous avez abandonné votre Dieu; à son tour, votre Dieu vous abandonnera! — La multitude, furieuse de ces reproches, et excitée encore par l'ordre de Joas lui-même, s'arma de pierres et poursuivit le Grand Prêtre jusque sous le vestibule du Temple. Joas, oubliant que Joïada lui avait conservé le trône et la vie, laissa lapider sous ses yeux Zacharie, le fils de son libérateur. En mourant sous les coups de ses meurtriers, le Grand Prêtre s'écria : Que Jéhovah soit témoin de ma mort, et qu'il en punisse les auteurs •. »

Repentir 43. Au moment oîi cet attentat mettait le comble aux crimes de

et mort de

ioacha2,roi Jérusalem, la vengeance du Seigneur était déjà aux portes de la cité coupable. Le roi d'Israël Joachaz venait de mourir de douleur et d'impuissance, laissant son royaume dévasté et presque tout entier soumis au prince syrien Hazaël. « Dans la dernière année de sa vie , Joachaz avait reconnu ses erreurs, et s'était humihé sous la main de Jéhovah qui le châtiait. Touché de sou repentir, le Seigneur eut pitié des soutlrances du royaume d'Israël, et promit de lui susciter un libérateur. Joachaz s'endormit du sommeil de ses pères et reçut la sépulture dans le tombeau des rois de Samarie. Le reste de ses actions, le détail de ses entreprises et de ses combats ont été écrits au livre des Annales du royaume d'hraël^. » L'armée 44. Cependant Hazaël, roi de Syrie, continuait le cours de ses

syrienne à

Jérusalem, expéditions victorieuses. Non content d'avoir subjugué le royaume ToideJuda de Samario, il entreprit de soumettre à son joug celui de Juda. « Un an s'était à peine écoulé depuis le meurtre de Zacharie, lors-

> II Paralip. cap. xxiv, n-2S. Ou croit géuéraliniieut que c'est au meurtre dq gmuiJ prctre Zacharie que N.-S. fait allusion clans J'Evaugile de saiut Mallhieu, «Mf». XXHI, 35. — S. Epiphane uieuliouuc, à propos de ce fait, une Inulitiou iuiporlaule, dont il nous est mallieureuseineut impossible de contrôler r xMtliludc. Ce grand docteur rapporte q\ie, depuis i'utteutat sacrilège dont /^.icliarie fut victime entre le vestibule et l'autel, l'oracle du Seigneur ces?a uc se faire entendre dans le Saint des saints ou Débir.

» iV liey., cap. Ull, i, 5, 8, ».

CHAP. m. — JOAS, ROI DE JUDA (868-831). 673

que l'armée syrienne, après avoir enlevé la cité de Gefl), se dirigea sur Jérusalem, mettant à mort tous les princes de Juda sur son passage, dévi^tant les villes et les campagnes, dont les dépouilles étaient envoyo-^^ à Damas comme un trophée de victoire. Les bandes ennemie?* qui tentaient l'invasion étaient loin d'être assez nombreuses pour résister aux forces du royaume de Juda, si ces dernières se fussent réunies pour la défense du territoire. Mais le Seigneur voulut rendre la punition plus éclatante, en livrant des multitudes entières au joug d'une poignée de Syriens. Assailli dans Jérusalem, Joas subit le traitement le plus ignominieux de la part de cette soldatesque dont le succès doublait l'audace *. Pour débarrasser Jérusalem de ces odieux vainqueurs, il prit le parti de réunir toutes les richesses du Temple, et tout l'argent qui se trouva dans le trésor du palais; il envoya ce tribut à Damas, en priant Hazaël de recevoir cette marque de soumission et de retirer ses troupes^. » Ce moyen déjà employé par les rois de Juda et d'Israël eut encore cette fois le succès que s'en promettait Joas. « Les pillards s'éloignèrent de sa capitale. Mais le prince, consumé par le chagrin que lui causèrent ces événements, avait contracté une maladie de langueur qui le tint dans l'impossibilité de surveiller luimême les affaires. Une conspiration fut ourdie en silence par deux de ses officiers, Josachar, fils de Semmaath l'Ammonite, et Jozabad, fils de Semarith de Moab. Ils le mirent h mort dans sa litière, au moment où il descendait la colline de Sella, au milieu des jardins de Mello, attenant au palais de Jérusalem. Ainsi fut vei:i^é le sang du grand-prêtre, fils de Joïada. Joas reçut la sépulture dans la cité de David, mais on lui refusa l'honneur d'être déposé dans le tombeau des mis. Son histoire détaillée , le récit de tous les actes de son règne, et en particuher l'énumération des sommes dépensées par lui pour la restauration du Temple, ont été soigneusement en» registres dans les Annales des rois de Juda ^. »

1 II Paralip., cap. xxiv, 23, 24; IV Reg., cap. xil, 17. — « IV Reg., cap. xil, iS. — 2 II Paralip., cap. xxiv, 23 «d ultiin.; IV Reg., cap. xn, 19 ad ulliîr:. «Sella, dit M. de Saulcy, est la desceule du mont Sion pour se rendre au » Teup'e. » {Aritiq. hihl., jiag. 804»)

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